Guerre cognitive, souveraineté européenne et fracture transatlantique

La déclaration, postée il y a deux heures, du secrétaire d’État américain marque un tournant préoccupant dans les relations transatlantiques. Sous couvert de défense de la liberté d’expression, elle remet en cause la légitimité des dispositifs européens de protection contre la désinformation et les ingérences informationnelles. Cette prise de position intervient dans un contexte de guerre cognitive avérée, où l’intégrité informationnelle est devenue un attribut central de la souveraineté démocratique.

La déclaration du secrétaire d’État américain Marco Rubio ne relève pas d’un simple désaccord de principe sur la régulation des plateformes numériques. Elle trace une ligne de rupture dans l’Atlantique, dont il faut mesurer la portée stratégique. Cette ligne pourrait, à terme, se transformer en un véritable mur politique et normatif entre l’Europe et les États-Unis d’Amérique.

Une telle situation est inédite. Elle ne trouve d’écho historique, pour de nombreuses nations européennes, que dans le souvenir du mur de Berlin, symbole d’une Europe divisée par des logiques de puissance antagonistes. Mais la comparaison révèle ici un paradoxe fondamental : le mur qui se dessine aujourd’hui ne vise pas à contenir une menace extérieure clairement identifiée ; il s’érige contre les dispositifs de protection que l’Europe a mis en place face à une menace contemporaine avérée : la guerre cognitive.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. La conflictualité moderne ne se limite plus aux champs militaire, économique ou énergétique. Elle investit désormais l’espace informationnel, cognitif et symbolique. Elle ne cible plus seulement des territoires ou des infrastructures, mais les opinions publiques elles-mêmes, leur capacité de discernement, leur cohésion et, en dernière instance, leur libre arbitre. La guerre cognitive vise à altérer la perception du réel, à polariser artificiellement les sociétés ouvertes et à affaiblir leur capacité collective à décider souverainement.

Sous l’étendard ambigu de la « libre expression », la position américaine tend à délégitimer les efforts européens destinés à contenir des campagnes de désinformation organisées, massives et transnationales. Or ces campagnes ne sont ni spontanées ni neutres. Elles s’inscrivent dans des stratégies de long terme, dont les pratiques informationnelles de la Russie offrent un exemple désormais documenté, et auxquelles s’agrègent des plateformes devenues des vecteurs structurants de la guerre cognitive.

C’est ici qu’il convient de souligner avec clarté que le « pont » qui semble aujourd’hui se dessiner n’a rien de comparable avec celui que le plan Marshall avait établi pour sauver Berlin-Ouest du blocus soviétique.
Là où ce pont historique visait à préserver la liberté, la stabilité et la souveraineté démocratique face à une coercition manifeste, le mouvement actuel tend, à l’inverse, à rejoindre objectivement les intérêts du Kremlin, en affaiblissant la capacité des États européens à se défendre dans l’espace informationnel.

Cette convergence n’est peut-être ni revendiquée ni assumée. Elle n’en est pas moins stratégiquement lisible. En contestant la légitimité des dispositifs européens de protection contre les campagnes d’ingérence et de manipulation, elle sape ce que les pays européens sont en droit — et en devoir — de considérer comme relevant de leur souveraineté, de leur intégrité informationnelle et de leur défense, entendue dans son acception contemporaine, qui inclut pleinement le champ cognitif.

Qualifier ces mécanismes de « censure extraterritoriale » revient à nier la nature du conflit dans lequel les démocraties européennes sont engagées. Ce n’est pas la liberté d’expression qui est en cause, mais son instrumentalisation délibérée comme arme d’influence, destinée à fracturer les sociétés ouvertes, à miner la confiance dans les institutions et à altérer le libre arbitre des citoyens.

En confondant la défense absolue de la liberté d’expression avec le refus de reconnaître la guerre cognitive comme un champ de conflictualité à part entière, les États-Unis prennent un double risque : celui d’affaiblir leurs alliés européens, et celui d’exposer leurs propres sociétés aux mêmes stratégies de manipulation.
Il est profondément préoccupant de constater que l’Europe, déjà exposée en première ligne à ces menaces, voit désormais un allié historique se présenter à elle non plus comme un soutien dans la défense des démocraties, mais comme un partenaire devenu inamical sur la question décisive de l’intégrité informationnelle.

Aucune puissance ne peut s’acheter le libre-arbitre des peuples. Chacun se doit de le protéger.

Cognitive Warfare, European Sovereignty, and the Transatlantic Fracture

Posted just two hours ago, the statement by the U.S. Secretary of State marks a troubling inflection point in transatlantic relations. Framed as a defense of free speech, it challenges the legitimacy of European measures designed to counter disinformation and foreign interference at a time of active cognitive warfare.

The statement by U.S. Secretary of State Marco Rubio goes far beyond a technical disagreement over the regulation of digital platforms. It draws a line of fracture across the Atlantic whose strategic implications must be fully understood. That line could, over time, harden into a genuine political and normative wall between Europe and the United States.

Such a situation is unprecedented. For many European nations, it evokes only one historical parallel: the memory of the Berlin Wall, the symbol of a Europe divided by antagonistic power logics. Yet the comparison reveals a fundamental paradox. The wall now taking shape is not meant to contain an external threat; it is being erected against the protective mechanisms Europe has developed in response to a clearly identified contemporary threat: cognitive warfare.

For this is precisely what is at stake. Modern conflict no longer confines itself to military, economic, or energy domains. It now fully occupies the informational, cognitive, and symbolic space. Its targets are no longer only territories or infrastructures, but public opinion itself—its capacity for discernment, its cohesion, and ultimately its free will. Cognitive warfare seeks to distort perceptions of reality, to artificially polarize open societies, and to weaken their collective ability to decide sovereignly.

Under the ambiguous banner of “free speech,” the American position tends to delegitimize European efforts to counter organized, large-scale, transnational disinformation campaigns. Yet these campaigns are neither spontaneous nor neutral. They are embedded in long-term strategies, of which Russian information practices now provide a well-documented example, and they are amplified by platforms that have become structural vectors of cognitive warfare.

It must be stated clearly that the “bridge” now seemingly being built bears no resemblance whatsoever to the one established by the Marshall Plan to save West Berlin from the Soviet blockade.
Where that historic bridge aimed to preserve freedom, stability, and democratic sovereignty in the face of overt coercion, the current dynamic tends instead to **objectively converge with the interests of the Kremlin, by weakening Europe’s capacity to defend itself in the informational domain.

This convergence may be neither claimed nor intended. It is nonetheless strategically legible. By challenging the legitimacy of European safeguards against interference and manipulation, it undermines what European states are fully entitled—and indeed obliged—to regard as matters of sovereignty, informational integrity, and defense, understood in their contemporary sense, which unequivocally includes the cognitive domain.

Labeling these protective measures as “extraterritorial censorship” amounts to denying the very nature of the conflict in which European democracies are now engaged. What is at issue is not freedom of expression as such, but its deliberate instrumentalization as an influence weapon, designed to fracture open societies, erode trust in institutions, and compromise citizens’ free will.

By conflating an absolutist defense of free speech with a refusal to recognize cognitive warfare as a fully-fledged domain of conflict, the United States runs a double risk: weakening its European allies, and exposing its own society to the very same manipulation strategies.
It is deeply troubling that Europe—already on the front line of these threats—now finds itself facing a historic ally that no longer appears as a partner in the defense of democratic resilience, but rather as an increasingly unfriendly counterpart on the decisive issue of informational integrity.

No power is able to design the free will of people. The duty of each is to protect and elevate it.

Bruxelles sous contrainte, Paris sous menace

De la contrainte extérieure à la puissance partagée: le temps d’un sursaut européen

Bruxelles connaît aujourd’hui un climat de contrainte et de violence organisée qui ne peut plus être réduit au registre ordinaire de la protestation sociale.
Des milliers d’agriculteurs, convergeant vers le cœur institutionnel de l’Union européenne, ont imposé par la force des blocages, des affrontements et une paralysie partielle de la capitale politique de l’Europe, transformant l’espace démocratique en zone de tension permanente.

Ce qui se joue ici dépasse la légitimité — réelle — des revendications agricoles.
Lorsque des engins lourds deviennent des instruments de pression territoriale, lorsque la circulation, la sécurité et le fonctionnement des institutions sont entravés, le seuil change.
On ne parle plus seulement de contestation, mais d’une mise sous stress volontaire de l’ordre politique européen et, s’agissant de la France, de la primauté de l’ordre républicain, avec pour dérivatif le désordre politique et la poussée vers un changement de régime constitutionnel.

Cette séquence est d’autant plus préoccupante qu’elle s’accompagne, côté français, d’une rhétorique de représailles explicites: plusieurs organisations et relais agricoles ont publiquement laissé entendre que, faute d’une rupture de l’accord MERCOSUR, la colère pourrait se reporter sur Paris, et viser directement l’Élysée, ce qu’il est difficile de ne pas corréler avec l’apparition, vue plus de 12 millions de fois, sur Facebook, d’une fausse vidéo anticipant un coup d’Etat militaire par un soi-disant colonel.

Comment ne pas voir des ombres réelles se profiler dans cette cinématographie des pulsions imposées aux inconscients.
Quelles que soient les intentions réelles de ceux qui l’énoncent, cette rhétorique constitue un glissement majeur: elle substitue à la négociation démocratique un rapport de force personnalisé, où l’institution suprême de l’État devient un exutoire symbolique, voire une cible désignée.

Bruxelles aujourd’hui, Paris demain : ce continuum n’est pas un hasard.
Il révèle une dérive préoccupante, dans laquelle la colère sociale, instrumentalisée et amplifiée, tend à se muer en pression anti-institutionnelle, au moment même où l’Europe tente d’affirmer une ligne de fermeté stratégique face à des défis géopolitiques majeurs.

C’est à partir de ce constat — sans stigmatisation des individus, mais sans aveuglement sur les mots employés et les seuils franchis — qu’il faut analyser ce qui est à l’œuvre.


La mécanique de la fragmentation

La tension que l’on voit aujourd’hui à l’œuvre, et qui menace de franchir un seuil insurrectionnel, n’est ni spontanée ni accidentelle.
Elle s’inscrit dans une trajectoire longue, faite d’accumulations, de déplacements progressifs et d’habituations à l’excès, jusqu’à produire une situation politiquement ingérable et intérieurement explosive.

Cette tension n’est pas seulement sociale ou économique.
Elle est médiatique, cognitive et symbolique.

En multipliant les tensions médiatiques au sein d’une société, on provoque un phénomène bien connu de l’histoire politique: l’éclatement du noyau commun.
Les polarités politiques cessent alors d’exister dans un champ partagé et trouvent intérêt à s’en extraire, comme lors des frondes et des schismes, pour exercer leur propre radicalité.
Cette radicalité n’a plus pour fonction de gouverner ou de transformer le réel, mais de s’auto-entretenir, en suscitant mécaniquement la polarité inverse.

L’extrême appelle l’extrême.
La surenchère devient une condition d’existence.
Le conflit n’est plus un moyen: il devient une ressource.

Dans ce processus, le centre — lieu de la responsabilité, de la médiation, de la décision — est progressivement vidé de sa substance, disqualifié comme tiède, lâche ou illégitime. Ou alors, il se singe lui-même
Ce n’est plus la politique qui arbitre, mais la collision des affects.
Ce n’est plus la raison publique qui oriente, mais le choc permanent des récits.

Exploitation stratégique et bénéfice structurel

Ce mécanisme n’est pas neutre.
Il est activement exploité.

À chaque crise européenne, à chaque crise nationale, un constat s’impose : un acteur avance pendant que l’Europe recule.
La Russie bénéficie structurellement de cette fragmentation, de cette paralysie et de cette désorientation.
Non parce que tout serait piloté depuis un centre occulte, mais parce qu’une doctrine de long terme — désormais reconnue par nos propres appareils de défense — sait tirer profit de chaque fissure, de chaque ambiguïté, de chaque renoncement.

Accuser Bruxelles, l’Europe, l’État de tyrannie ou de dictature, sur tous les tons possibles, constitue le plus grand service rendu à une puissance qui, elle, n’a jamais cessé de mépriser la liberté politique réelle.
L’Union européenne à l’Hymne à la Joie recule.
La France de la Marseillaise doute.
Et ceux qui s’apprêtent à ramasser les morceaux ne s’en cachent plus.


Instrumentalisations et seuils franchis

Les agriculteurs — et il faut avoir le courage de le dire sans les accuser — jouent aujourd’hui un rôle singulier dans cette scène de tension et de violence symbolique.
Non pas par nature, ni par intention nécessairement hostile, mais par instrumentalisation de leur colère, de leur image et de leur légitimité morale de producteurs du vivant.

Au moment même où l’Europe affirme une ligne de fermeté face à Moscou et soutient Kyiv à la hauteur de l’enjeu civilisationnel que représente l’Ukraine, est-il indifférent de voir se multiplier des mobilisations visant à délégitimer par avance toute perspective de solidarité européenne et d’élargissement ?
Le hasard ne possède pas un tel génie.

Les nations héritières d’Athènes, des Lumières et du christianisme politique ne produisent pas, seules et par accident, un tel désastre de désorientation.
Il existe une main stratégique, non omnisciente mais patiente, qui joue depuis plus de vingt ans une partie simultanée, ruinant méthodiquement les tentatives d’unification et exploitant chaque peur, chaque fracture, chaque renoncement.

Si nous admettons que la Russie mène une guerre hybride à composante cognitive, métamorphe, capable de faire prendre à des masses interconnectées des vessies pour des lanternes, alors il faut avoir le courage de regarder dans l’ombre.
Non pour céder à la paranoïa, mais pour nommer les pièges, dénouer les ambiguïtés et reprendre l’initiative.


Un moratoire, non d’attente mais de libération

C’est dans cet esprit que s’impose un moratoire.
Mais pas un moratoire d’attente.
Pas un statu quo.
Un moratoire de libération.

Un temps volontairement arraché à la spirale de l’escalade pour mettre tout sur la table:

  • les mécanismes de propagation de la tension,
  • les concessions successives et mal digérées,
  • les compromis devenus insolvables politiquement et intérieurement.

Ce moratoire n’est pas un recul.
Il est un acte de souveraineté.

Une seule force possède l’énergie suffisante pour accomplir ce travail de clarification et de réappropriation: le peuple.
Non le peuple mythifié, ni instrumentalisé, ni réduit à la colère, mais le peuple européen conscient, pluriel et un, héritier du débat, de la loi, de la responsabilité et de la liberté.

Le peuple européen a son destin en main.
Encore faut-il lui rendre le temps, la clarté et le sens nécessaires pour l’exercer.

Refuser ce moratoire serait persister dans un suicide déjà trop souvent tenté par l’Europe à travers ses nationalismes concurrents.
Cette fois, il est à craindre qu’elle ne se relève pas.

Il est encore temps.
Mais le temps n’est plus à l’aveuglement.


L’enjeu perdu: l’Europe comme puissance relationnelle

Dans les fumigènes, les slogans et les commentaires fumeux ou spécieux, l’enjeu essentiel disparaît.
Or cet enjeu est décisif : si l’Europe entend être une puissance au XXIᵉ siècle, il n’est pas concevable qu’elle se retire elle-même de l’accord du MERCOSUR.

Non par aveuglement.
Non par naïveté.
Mais par lucidité stratégique.

L’accord MERCOSUR ne se résume ni à une liste de contingents agricoles ni à un arbitrage technico-commercial. Il engage une zone géopolitique majeure, par la taille du marché concerné, par son dynamisme démographique et économique, et par le rôle central du Brésil, puissance émergente appelée à compter durablement dans les équilibres mondiaux.

Se retirer de cet accord, ce ne serait pas “protéger l’Europe”.
Ce serait s’en retrancher.


La mondialisation ne s’arrêtera pas

La mondialisation ne s’interrompt pas par décret.
Elle ne recule pas sous l’effet de l’indignation.
Elle rencontre aujourd’hui un monde fini — fini géographiquement, fini écologiquement — qu’elle emplit d’échanges, d’interdépendances et de sens.

La question n’est donc pas de savoir si la mondialisation aura lieu,
mais qui en écrira les règles,
qui en structurera les flux,
qui en garantira la prévisibilité et la stabilité.

Renoncer à ces accords, c’est laisser d’autres les conclure à notre place.
Et ils ne le feront ni selon nos normes sociales, ni selon nos exigences environnementales, ni selon nos principes politiques.


Les accords commerciaux comme infrastructures relationnelles

Les accords commerciaux conclus par l’Union européenne ne sont pas de simples textes normatifs.
Ils sont des infrastructures relationnelles.

Ils organisent :

  • la prévisibilité des échanges,
  • la stabilité des relations,
  • la montée en gamme des productions,
  • la coopération sur le long terme,
  • l’alignement progressif des normes.

À ce titre, comme j’ai eu l’occasion de le dire dans une de mes plus récentes contributions, ils constituent un levier majeur de la construction d’une Europe-Puissance du XXIᵉ siècle:

  • non impériale,
  • non coercitive,
  • mais architecte de relations gagnant-gagnant.

Une puissance qui n’impose pas par la force, mais qui structure par le droit, la durée et la réciprocité.


Renoncer, c’est disparaître

Priver l’Europe de cette prérogative, c’est l’effacer du tableau des puissances qui compteront.
C’est la livrer, pieds et poings liés, aux puissances prédatrices qui n’attendent qu’une chose :
son retrait volontaire.

Dans un monde de rapports de force assumés, le retrait n’est jamais une neutralité.
Il est une défaite anticipée.

L’Europe n’a pas vocation à devenir un musée de principes, ni un marché captif, ni une variable d’ajustement entre empires.

Elle doit choisir: ou bien assumer sa place, ou bien accepter que d’autres décident pour elle.

C’est cela, l’enjeu qui se perd aujourd’hui dans la fumée, les vociférations et les slogans hostiles.

Agriculture, ressentiment et Europe-Puissance: anatomie d’une stratégie de dérèglement

Je ne voudrais pas être désagréable, mais ce qui ne souffre, à mon avis, aucune contestation, c’est que Jordan Bardella, président du Rassemblement National rendrait – ce que n’est pas la République Française, une république bananière. Or, nous n’avons pas besoin de frigidité, en politique comme ailleurs. Nous avons besoin de fécondation.

Cette phrase peut heurter. Elle n’est pourtant ni injurieuse ni excessive. Elle décrit un mode de fonctionnement politique. Une république bananière n’est pas d’abord un pays pauvre ou caricatural: c’est un régime où l’émotion immédiate, la pression sectorielle et l’opportunisme médiatique prennent le pas sur la continuité stratégique, l’autorité rationnelle de l’État et la capacité à se projeter dans le temps long.

C’est précisément ce seuil qui est aujourd’hui franchi.

Le ressentiment envers les empires agro-industriels est légitime, lorsqu’il interroge la répartition et le partage équitable de la valeur ajoutée créée. Mais lorsqu’il devient le cadre dominant de lecture, il se transforme en verrou stratégique. Il fige l’agriculture dans une posture de victime, incapable de se penser comme acteur à repositionner.

Les accords commerciaux conclus par l’Union européenne ne sont pas de simples textes normatifs. Ils sont des infrastructures relationnelles: ils organisent la prévisibilité, la stabilité, la montée en gamme et la coopération sur le long terme. À ce titre, ils constituent un levier majeur de la construction d’une « Europe-Puissance du XXIᵉ siècle »: non impériale, non coercitive, mais architecte de relations gagnant-gagnant.

Ainsi, tout accord commercial est perçu comme une menace existentielle, non comme un levier. La phobie se déplace: hier le plombier polonais, aujourd’hui le paysan brésilien. Le conflit devient identitaire, émotionnel, et court-circuite toute analyse de chaîne de valeur, de réciprocité ou de stratégie.

La séquence récente autour de la gestion de la dermatose nodulaire n’est pas un simple épisode agricole. En soufflant sur la colère paysanne, en contestant les mesures sanitaires fondées sur l’expertise vétérinaire, le Rassemblement national et d’autres courants souverainistes ont franchi une ligne rouge: ils ont fragilisé l’autorité scientifique et administrative de l’État.

L’agriculture occupe une place singulière : elle touche au sol, au vivant, à l’alimentation, à l’identité. Elle est donc le secteur idéal pour cristalliser les angoisses collectives et court-circuiter toute médiation rationnelle. Là où l’industrie, la finance ou le numérique ont déjà intégré la mondialisation, l’agriculture demeure le dernier bastion symbolique de la souveraineté immédiate.

C’est précisément pour cela qu’elle est devenue la cible privilégiée des entrepreneurs de colère. La dermatose nodulaire n’est ici qu’un révélateur: ce qui est contesté, ce n’est pas une mesure sanitaire, mais le principe même d’une décision collective fondée sur l’intérêt général, y compris lorsqu’elle est coûteuse à court terme.

Il ne s’agit plus ici de défendre un secteur, mais de délégitimer le principe même de la décision publique fondée sur la connaissance, lorsque celle-ci implique des sacrifices à court terme. Or gouverner le vivant — animaux, sols, écosystèmes — est une condition élémentaire de toute souveraineté réelle.
C’est la seule voie que le progrès connaisse.

De l’État à l’Union: la contagion organisée

Ce qui est frappant dans la déclaration publiée sur X par Marine Le Pen, que les sondages disent prête à ravir la présidence de la République française, ce n’est pas la radicalité de la déclaration, mais sa précision temporelle. Elle ne répond à aucun calendrier réel; elle épouse parfaitement un climat. Elle n’est pas une maladresse; elle est réglée comme une horloge courte destinée à dérégler la grande horloge européenne.

Dans cette séquence, il ne s’agit plus de débattre d’un accord, mais de saper la capacité même de l’Union européenne à inscrire son action dans le temps long. C’est là que se joue, silencieusement, la bataille contre « l’Europe-Puissance » et, j’espère que cela n’échappe à personne, la pulsation du quartz est donné par la Russie.

Cette contestation se prolonge logiquement dans l’attaque contre l’Union européenne et ses accords commerciaux. Elle en est l’illustration la plus claire.

Cette injonction au soulèvement ne correspond à aucun moment précis du calendrier institutionnel européen. L’accord UE–Mercosur n’est pas engagé dans une phase de négociation active appelant une décision binaire immédiate. Les termes sont stabilisés, les débats portent sur les garanties, les équilibres et les ratifications.

La déclaration n’est donc pas intempestive.
Elle est opportuniste.

Elle n’est pas réglée sur le temps réel de la décision, mais sur le temps émotionnel du ressentiment. Elle ne vise pas à améliorer un accord, mais à disqualifier le principe même de la contractualisation européenne.

Dire “Non”, sans condition, sans alternative, sans projet de substitution, ce n’est pas négocier. C’est sortir du jeu du temps long. C’est substituer à la politique une posture d’arrêt, de rupture, de blocage.

Là où l’Union européenne agit comme une puissance relationnelle, capable de structurer des équilibres gagnant-gagnant, le souverainisme oppose une politique du verrou. Une horloge courte, émotionnelle, réglée pour dérégler la grande horloge stratégique européenne.

L’agriculture comme levier de déstabilisation

Ce n’est pas un hasard si cette stratégie passe par l’agriculture. Elle touche au sol, au vivant, à l’alimentation, à l’identité. Elle permet de court-circuiter toute médiation rationnelle.

Le ressentiment agricole est réel. Mais il est instrumentalisé. Transformé en conflit existentiel, il empêche de penser le véritable enjeu : non pas la concurrence en soi, mais la place occupée dans la chaîne de valeur.

L’agriculture européenne a déjà accompli des sauts mécaniques et technologiques considérables. Le rejet des OGM, souvent caricaturé, dit moins une peur de la science qu’une angoisse de dépossession face aux empires agro-industriels. Le problème n’est pas le progrès, mais la captation de la valeur.

Le saut décisif n’a jamais été formulé politiquement: celui du déplacement assumé dans la chaîne de valeur. Sortir d’une agriculture de volume et de défense pour entrer dans une agriculture d’architecture de valeur: transformation, origine, standard, traçabilité, contrat long, marque.

Faute de ce projet, chaque accord commercial devient un bouc émissaire. Chaque norme, une agression. Et l’agriculture, au lieu de devenir le fer de lance de « l’Europe-Puissance », en devient le point de rupture.

Une convergence géopolitique qui ne peut plus être ignorée

Il n’est pas nécessaire d’invoquer un complot pour constater une convergence objective d’intérêts. Une Union européenne fragmentée, incapable d’assumer sa nature stratégique, réduite à une caricature normative, sert les intérêts de puissances extérieures qui prospèrent sur la division européenne. Une Europe capable de structurer des chaînes de valeur globales équilibrées, y compris agricoles, réduit les zones grises et neutralise les jeux bilatéraux asymétriques.

Il faut désormais poser la question frontalement : comment accepter que cette accumulation de blocages corresponde en tous points aux intérêts stratégiques de la Russie poutinienne ?

Depuis sa sortie traumatique de l’effondrement soviétique, la Russie mène contre l’Europe une guerre multiforme : énergétique, informationnelle, politique, cognitive. Son objectif est constant : empêcher l’Union européenne de se constituer en puissance autonome, cohérente, capable de se projeter dans le temps long.

Que produisent objectivement les stratégies souverainistes actuelles ?

– elles fragmentent l’Union ;
– elles délégitiment l’expertise ;
– elles sapent l’autorité de l’État ;
– elles sabotent les instruments contractuels européens ;
– elles enferment l’Europe dans l’instant et la colère.

Autrement dit : elles mettent des bâtons dans les roues de l’Europe exactement là où elle commence à avancer.

Il n’est pas nécessaire de prêter des intentions. En géopolitique, les effets comptent plus que les discours.

La Russie poutinienne ne nous fait pas seulement la guerre par les armes. Elle nous la fait par la division, la désorganisation, la saturation émotionnelle, la disqualification du temps long. Elle prospère sur les forces qui, de l’intérieur, transforment chaque crise sectorielle en crise de légitimité, chaque accord en trahison, chaque norme en oppression.

Refuser de voir cette convergence, c’est accepter l’aveuglement.

Quand l’axe Toulouse–Narbonne, qui me concerne intimement, est coupé, quand l’autoroute est bloquée, ce n’est pas seulement une protestation. C’est une rupture symbolique. La libre circulation des personnes, des biens, des idées, des libertés est un principe de confiance. On ne le remet pas en cause sans conséquence.

On ne défend pas la République et l’idée de l’Europe qu’elle fait vivre en brandissant un poulet dans une main et une faucille dans l’autre.

Ce que nous sommes en train de perdre, ce n’est pas un accord commercial.
C’est la capacité à faire société dans le temps long.

La politique du “Non”, de la peur instrumentalisée, de l’arrêt permanent, est une politique de la frigidité. Elle ne produit rien. Elle stérilise. Elle empêche l’Europe de devenir ce qu’elle est déjà en train d’inventer : une puissance du XXIᵉ siècle, non impériale, fondée sur la relation, le contrat et la confiance.

La République française n’a pas besoin de cela.
L’Europe non plus.

Elle a besoin de fécondation politique: de concepts, de projets, de chaînes de valeur repensées, d’une agriculture repositionnée comme acteur stratégique, et d’une Union qui assume enfin ce qu’elle est en train de devenir.

Ce qui se joue aujourd’hui dépasse l’agriculture et constitue un enjeu auquel aucun citoyen, quelle que soit sa condition ou son intérêt catégoriel ne devrait se montrer insensible.
Lorsque des forces politiques choisissent de délégitimer l’État au nom d’une colère sectorielle, elles ouvrent une brèche qui affaiblit l’ensemble de l’édifice démocratique et stratégique européen. L’agriculture n’est pas condamnée à être le tombeau de « l’Europe-Puissance ». C’est ce que certains veulent faire d’elle.

Mais tant que le saut de la chaîne de valeur ne sera pas pensé, nommé et porté politiquement, elle restera le terrain privilégié de toutes les déstabilisations.

Le conflit n’est pas entre paysans et Europe.
Il est entre une vision stratégique de long terme et une exploitation méthodique du ressentiment à des fins de pouvoir.

L’agriculture européenne n’est ni archaïque ni immobile. Elle a traversé, en un demi-siècle, des ruptures technologiques majeures : mécanisation lourde, agronomie scientifique, normalisation sanitaire, traçabilité, numérisation des pratiques. Peu de secteurs économiques peuvent revendiquer une telle succession de transformations structurelles.

Et pourtant, elle se présente aujourd’hui comme incapable d’évoluer davantage. Cette posture n’est pas technique ; elle est conceptuelle.

Le faux débat technologique

La résistance aux OGM est souvent invoquée comme preuve d’un refus du progrès. Elle dit en réalité autre chose. Elle exprime moins une peur de la science qu’une angoisse face à la captation de la valeur du vivant par des empires agro-industriels. Le rejet porte sur la dépossession — brevets, dépendance amont, asymétrie contractuelle — bien plus que sur la technologie elle-même.

Ce point est essentiel : l’agriculture européenne n’est pas réfractaire au changement, elle est réfractaire à un changement qui la maintient en bas de la chaîne de valeur.

Le véritable saut à accomplir n’est donc pas un saut productif, mais un saut de position.

Depuis des décennies, l’agriculture européenne est enfermée dans une logique défensive:

  • produire davantage sous contraintes,
  • absorber les normes comme des coûts,
  • compenser la perte de valeur par des aides,
  • subir la mondialisation au lieu de s’y repositionner.

Or le XXIᵉ siècle ne se gagne plus par les volumes, mais par l’architecture de la valeur: transformation, origine, standard, marque, contrat long, confiance. Ce déplacement de la chaîne de valeur n’a jamais été formulé comme projet politique agricole européen. Faute de concept, il est devenu impensable.

Le complotisme comme arme de dissuasion cognitive

Et si le complotisme n’était pas un accident, mais une pièce maîtresse du dispositif narratif moderne ? Sous couvert d’irrationalité, il joue un rôle parfaitement rationnel : disqualifier la possibilité même d’une véritable conspiration. En érigeant une frontière mentale entre la critique légitime et la folie suspecte, le système immunitaire des démocraties s’est retourné contre leur propre vitalité critique. Le résultat? Un espace public saturé de soupçons où la recherche de vérité devient, paradoxalement, le premier symptôme du délire.

Symptôme ou catalyseur, le complotisme est rarement étranger à la violence : il en partage la structure, celle d’un monde perçu comme verrouillé, où la vérité ne circule plus librement et qui se révèle être le champ idéal pour y implanter la guerre cognitive.

La parution, en 2002, de « L’Effroyable Imposture » de Thierry Meyssan, au lendemain du 11 septembre, en fut l’illustration la plus saisissante.
Présenté comme un brûlot conspirationniste, le livre a pourtant profondément marqué les esprits.
Est-ce le hasard si L’Effroyable Imposture a eu un tel retentissement, si l’on prend en considération les sources, proximités et généalogies de son auteur, et la manière dont sa trajectoire s’est ensuite arrimée à Damas, Téhéran ou Moscou ?

Il est donc permis de penser que le complotisme, loin d’être un simple délire collectif, a été fonctionnalisé : pour qu’aucune véritable conspiration – hors celle émanant du fait que nous entrions dans une guerre asymétrique nous mettant en prise avec des entités exclusivement non-étatiques islamiques – ne puisse être perçue, il fallait que toute interprétation non conforme à ce schéma tombe sous le stigmate du complot.

Le Sezboz, un système qui possède toutes les caractéristiques d’un État dans l’Etat

C’est là que s’est enracinée l’idée d’un « Deep State », prétendument à l’œuvre dans les démocraties occidentales, que certains ont brandie comme preuve d’un totalitarisme rampant.
Mais ce miroir déformant a surtout servi à détourner le regard du véritable État profond : celui, bien tangible, du Conseil de Sécurité de la Fédération de Russie (SozBez), institution opaque où s’élaborent les décisions stratégiques, économiques et militaires, à l’abri de tout contrôle parlementaire — un système qui possède toutes les caractéristiques d’un État dans l’Etat.
En d’autres termes: un deep state, authentique, lui.
Et dont les “chutes accidentelles par la fenêtre” et suicides « assistés” forment la sinistre ponctuation.

Le complotisme, en ce sens, n’est pas qu’un symptôme: il a été fonctionnalisé. Il a servi le narratif des extrêmes-droites et souverainistes trop heureux de pouvoir tomber à bras raccourcis sur Bruxelles. Marine Le Pen n’a-t-elle pas assimilé l’Union Européenne a un totalitarisme alors que son parti trouvait son financement auprès du Kremlin? Aujourd’hui, l’UE est une dénoncée par les mêmes cercles comme une dictature et la Russie comme un ami qui nous veut du bien.

> Pour qu’une véritable conspiration ne puisse être perçue, il faut que toute interprétation non conforme soit rendue inacceptable.

Ainsi, le complotisme sert deux maîtres à la fois :
1️⃣ Il confisque la critique légitime, en la réduisant à la folie.
2️⃣ Il fournit un instrument de guerre informationnelle, en diffusant la suspicion là où la confiance est vitale.

C’est cette double servitude, paradoxale mais redoutablement efficace, qui marque la vulnérabilité des démocraties à l’âge de la mondialisation : quand le champ du pensable se referme, la vérité n’est plus un bien commun, mais une ligne de front.

Non, il ne faut pas toujours préférer la bêtise à la conspiration.

Lire aussi : Réseau puis Boulevard, l’ombre de Voltaire

🕊️ Le moteur de la prospérité mondiale, version 2035

Le 15ᵉ plénum du PCC a confirmé ce que Pékin préparait depuis plusieurs années : la Chine entre dans la phase décisive de sa modernisation socialiste à l’horizon 2035.
Ce n’est plus un objectif économique, mais une métamorphose systémique — une reconfiguration complète de la relation entre la production, la consommation et la gouvernance mondiale. Au cœur de cette mutation, le Global Governance Initiative (GGI), porté par Xi Jinping, représente l’ouverture conceptuelle et institutionnelle de cette nouvelle phase : une architecture visant à harmoniser les flux — économiques, technologiques, environnementaux et cognitifs — entre nations, plutôt que de les opposer.

La globalisation aurait dû être un mécanisme de convergence :
– baisse de l’inflation,
– montée des standards de vie,
– diffusion de la technologie,
– stabilisation géopolitique.

Ce moteur a fonctionné — tant que la Chine incarnait l’atelier du monde.
Des centaines de millions de consommateurs occidentaux n’ont pas vu leur pouvoir d’achat s’effondrer parce que Shenzhen, Shanghai et Chengdu fabriquaient à bas coût ce que leurs industries ne produisaient plus. Cela a dopé la consommation et permis l’accès à pléthore de biens de consommation.


🔧 Le moteur a été déréglé

Plutôt que d’investir ce dividende invisible dans :

  • robotisation,
  • éducation,
  • infrastructures,
  • souveraineté industrielle,
  • recherche fondamentale,

nous l’avons consommé.

Ajoutez à cela :

  • conflits commerciaux,
  • sanctions technologiques,
  • tensions informationnelles,
  • fragmentation des chaînes de valeur.

Et surtout, un acteur central — Moscou — travaillant délibérément à déstructurer la confiance :
la ressource la plus précieuse du système.

La paix se finance par la confiance.
La guerre se finance par la dissipation de la confiance.

Poutine le sait.


🔥 La mue chinoise : le compte à rebours de la convergence

Le 15ᵉ plan quinquennal envoie un signal clair :

D’ici 2035, la Chine achèvera sa modernisation.

Traduction géo-économique :

  • fin du low-cost structurel,
  • montée en gamme technologique,
  • normes chinoises exportées au Sud global,
  • robotisation industrielle massive,
  • transition énergétique accélérée.

Après 2035, la Chine ne subventionnera plus en creux le pouvoir d’achat occidental.

Cela crée une fenêtre de 10 ans.


⏳ Dix ans pour reconfigurer l’Occident

Ce laps de temps est notre seconde chance pour :

  • réindustrialiser intelligemment,
  • automatiser,
  • sécuriser les ressources critiques,
  • rénover le tissu productif,
  • refonder la fiscalité du capital,
  • réhabiliter la recherche,
  • investir dans l’IA souveraine.
  • Réinventer l’économie mondiale,

C’est maintenant que se décide la structure du monde en 2050. La cryptoactif peuvent en être le socle.


💡 L’intelligence qui manque

Pour remettre ce moteur en route, il faudra :

  • politiques courageux, capables d’expliquer un horizon,
  • chercheurs, pour modéliser la convergence soutenable,
  • théoriciens économiques, pour briser les dogmes post-1980,
  • prix Nobel, pour offrir le cadre intellectuel,
  • grandes écoles, pour former les ingénieurs des transitions.

Le vrai chantier n’est pas seulement matériel.

Il est cognitivement institutionnel.


🌐 Paix mondiale : moteur, pas conséquence

La Paix, dans cette logique, n’est pas un résultat moral.
C’est une condition thermodynamique :

  • la globalisation déteste le bruit,
  • les marchés détestent l’imprévisibilité,
  • les chaînes de valeur détestent la discontinuité.

La prospérité accélère sous la Paix.
Elle grippe sous la peur.


🔥 Machine à redémarrer

Ce que nous devons faire :

  1. décrisper la relation sino-occidentale,
  2. stabiliser l’énergie (nucléaire, renouvelables, stockage),
  3. défendre cognitivement les institutions démocratiques,
  4. réduire le parasitage informationnel hostile,
  5. convertir la dernière décennie de dividendes chinois en investissements.

C’est réalisable.

Mais pas sans intelligence nouvelle.


🚀 Accéder au “régime optimal”

Une économie mondiale harmonisée ressemble à un moteur à combustion contrôlée :

  • trop peu → stagnation et populisme,
  • trop tard → chaos stratégique,
  • trop vite → ruptures sociales.

Il faut trouver le bon régime, le bon couple, le bon refroidissement.

Et l’accélérer pendant que la fenêtre est ouverte.


🎯 Conclusion

✅ La Chine ferme progressivement la parenthèse low-cost.
✅ L’Occident a 10 ans pour convertir ce qui reste en mutation structurelle.
✅ La Paix est la condition d’accélération.
✅ L’intelligence collective — économique, académique, politique — est le facteur critique.

Si nous échouons, nous serons des visiteurs de notre propre histoire.
Si nous réussissons, nous inaugurons une nouvelle ère de convergence.

⚔️ Taking the War Out of the Cognitive Field

⚔️ Beyond Clausewitz: Rethinking Security in a Post-Conventional Era — the deeper challenge underlying tomorrow’s Peace Talks in Budapest.

If the war launched by Vladimir Putin’s Russia against Ukraine were purely territorial, it could be settled through conventional means — an exchange of land, a ceasefire, or a neutral status guaranteed by treaties.

But this conflict has carried us a thousand light-years away from Clausewitz.
The Prussian strategist described war as “the continuation of politics by other means.”
Yet Russia has transformed it into something else entirely: the continuation of politics through the confusion of means.

The battlefield is no longer the Donbas — it is the human mind itself.
This war has migrated into the cognitive field: into narratives, perceptions, emotional manipulation, and the corrosion of collective discernment.

It now unfolds across the entire planet — through social networks, media ecosystems, political discourse, economic leverage, and even cultural production.
It seeks not conquest, but disorientation; not victory, but the erosion of trust and coherence within democracies.

Hence, traditional security guarantees are no longer sufficient.
They must evolve beyond the military domain to encompass:

  • Cognitive protection of societies;
  • Information-space integrity, against manipulative and hybrid operations;
  • Psychological resilience within democracies;
  • Institutional trust as a strategic asset.

Conventional war destroys bridges.
Cognitive war destroys the bridges between minds.

Taking the war out of the cognitive field means restoring the primacy of truth, reason, and politics over narrative manipulation.
It also means redefining security itself as a global public good
for peace today is no longer merely the absence of war,
but the restoration of confidence in reality.

If the Budapest summit simply negotiates a territorial truce or freezes lines, we risk returning to a pre-Clausewitzian mindset. But if it boldly embraces this post-conventional dimension—saying: “We will rebuild the bridges between minds, not just the lines on maps”—it can mark a turning point in how the free world conceptualises war, peace and security.

President Vladimir Putin has already made clear — publicly and repeatedly — that Russia regards information operations as a legitimate and enduring instrument of statecraft. He used his address at the RT 20th-anniversary gala at the Bolshoi Theatre to praise RT’s role in challenging “monopolies” of narrative and to defend the idea of a louder Russian voice in the information space. Special Kremlin
That posture was reinforced in his Valdai Forum remarks, where he framed Western media and political moves as part of a wider confrontation and signalled Moscow’s intent to respond forcefully across political and informational domains. The Guardian

This is not a tactical quibble: it is existential. If the Budapest talks do not treat information warfare as a primary security dimension — and if they fail to secure concrete guarantees that the information domain will be demilitarised and neutralised — the conference will at best freeze a map and at worst leave the most dangerous front unconstrained. Therefore, it is vital, in terms of collective and even universal security, to crush this dimension in the egg: to make any peace settlement contingent on verifiable, enforceable mechanisms that eliminate state-led informational aggression and restore shared factual ground as the precondition for lasting peace.

Angela était démon

Les mots d’Angela Merkel, accusant les États baltes et la Pologne d’avoir provoqué la Russie, marquent un tournant. C’est une déclaration d’une légèreté inouïe, à l’heure où l’Europe défend chaque centimètre carré de son territoire et aide l’Ukraine à défendre le sien, parce que sa victoire est existentielle pour elle.

Post d’images et vidéos d’archives de Jeremy Smithson @VindiceLiber sur X.


Des images d’archives la montrant défilant avec les Jeunesses Communistes et y poser au premier rang émergent aujourd’hui. Des voix, en Allemagne, l’accusent, déjà, de haute trahison.

Celle qui fit de l’Allemagne la vassale énergétique de Moscou, au nom d’un pacifisme écologique et au prétexte de la sûreté nucléaire devenus dépendance, tombe le masque. Et plus personne ne peut désormais lui accorder le bénéfice du doute quant à sa fidélité d’ancienne citoyenne de la RDA.

Nord Stream n’était pas une erreur stratégique, mais une ligne de continuité.
Et comment ne pas revoir cette conférence de presse où Vladimir Poutine, connaissant sa peur « notoire » des chiens, fit entrer un cerbère — symbole de l’Est dominant l’Ouest, gardien des portes de l’Enfer devant une Europe muette et tétanisée.

Il y a tant à dire et à interroger.

Et comment oublier, aussi et surtout, son geste le plus spectaculaire : l’ouverture soudaine des frontières européennes aux réfugiés syriens ?
Sur le plan humain, ce fut un élan que j’ai- moi-même – applaudi.
Mais, avec le recul, c’est aussi l’acte fondateur de la polarisation politique qui dévore aujourd’hui l’Europe. Car ce n’était pas la fille d’un pasteur agissant par compassion : c’était l’intellectuelle formée à l’Est, parfaitement consciente des ressorts idéologiques et des fractures qu’elle déclenchait.
C’était, très objectivement, derrière quelques paravents, l’alliée de Vladimir Poutine mettant en oeuvre un plan machiavélique. C’est impardonnable.

Mais il serait trop facile de croire qu’Angela Merkel a agi seule.
Car c’est la structure même des médias et des réseaux sociaux, en Europe, qui l’a portée au rang d’icône morale, d’infaillible conscience que les médias traditionnellement progressistes et humanistes s’évertuaient à justifier. Cette icone, dont tout porte à croire, à posteriori, qu’elle était artificielle, ouvrait un boulevard au contre récit souverainiste et populiste, levier politique d’une force sans pareille, inscrite dans la trame d’une actualité dominée par l’insécurité générale ponctuée de vagues d’attentats et de plus en plus défigurée par la phobie du grand remplacement.

Dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas, est diablement facile lorsque la condition dialectique ressort d’un plan ourdi par une intelligence étrangère très expérimentée en la matière.

L’ancienne chancelière a, de cette manière, procuré à l’AfD, en Allemagne, au RN, en France, – à toutes les forces politiques souverainistes et nationalistes continentales et au Royaume-Uni – la chair fraîche leur permettant de donner du muscle à leur discours. Elle a donné le contexte permettant de restructurer la classe politique européenne et la classe médiatique autour de deux populismes, en éliminant la portée, dans l’opinion publique, de la voix de la raison.

Angela était démon.

>Lire aussi, pour constater qu’Angela Merkel n’était pas qu’un militante ordinaire des Jeunesses Communistes, mais qu’elle a étudié, dans l’Académie des Sciences de RDA, dans la division « Agitation et Propagande », l’article intitulé « La face cachée d’Angela Merkel » publié par Le Temps, le 16 mai 2013.

Statement

Marco Rubio, Secrétaire d’Etat américain, énonce une règle générale efficiente — “un deal suppose que chacun obtienne et cède quelque chose” — mais cette logique transactionnelle atteint ses limites lorsqu’un camp est sommé de céder non pas un bien relatif, mais un principe vital universel. Autrement dit, l’art du deal a un horizon indépassable : on ne peut troquer un bien essentiel contre un mal absolu.

Cela renvoie à deux niveaux :

Philosophique : il existe des biens inaliénables (vie, liberté, dignité, souveraineté) qui ne se négocient pas. Les céder, ce n’est pas faire un compromis, c’est entrer dans une compromission.

Politique / géopolitique : dans la guerre russe contre l’Ukraine, qui était le sujet traité par Marco Rubio, il ne peut pas y avoir de « deal » qui reviendrait à légitimer l’agression en échange d’une trêve, car ce serait céder un bien (le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes) contre un mal (l’acceptation d’une conquête armée).

Le “hardware” du deal — sa limite matérielle — est atteint quand la réciprocité exigerait une corruption du juste par l’injuste.

Une histoire européenne de l’indépendance énergétique

Sur tous les sujets favorables à la Russie (par exemple: les gaz de schistes) des campagnes contre la fracturation hydraulique, ont déja systématiquement exaucé les intérêts de Poutine. L’Europe se fracture toujours au bénéfice de la Russie. Les tensions et l’agitation autour du Plan Pluriannuel Energétique (PPE), sujet de souveraineté s’il en est, en est la nouvelle illustration. Ceux qui convoquent la protection de leur pouvoir d’achat maintiennent surtout l’avenir des Français et celui des Européens entre les mains de la Russie.

Sans un mix bien dimensionné, la France reste captive du gaz d’appoint… et donc d’une géopolitique du gaz où la Russie a longtemps eu un avantage-coût (le GNL ajoute des coûts de liquéfaction/transport/regazéification). Les économistes de Bruegel le rappellent explicitement : le GNL est structurellement plus cher que le gaz par gazoduc, même s’il diversifie nos risques.

1) « Anti-PPE » = même schéma que l’anti-fracturation ?

On peut le lire ainsi : chaque frein à la diversification/équilibrage (ENR + flexibilité + stockage) retarde la sortie de dépendances fossiles et maintient un besoin d’appoint gazier où la Russie peut réapparaître dès qu’une fenêtre politique s’ouvre. L’UE a réduit fortement sa part de gaz russe depuis 2021, mais elle n’a pas supprimé le besoin de gaz — elle l’a surtout substitué par du GNL (beaucoup US) et d’autres fournisseurs.

Le climat hystérique autour du déploiement du compteur électrique Linky est aussi très instructif.

J’ai posé des Linky et j’ai constaté l’extrême violence du rejet qu’ils suscitaient. Comme pour la fracturation hydraulique, le débat technique a été recouvert par un épais rideau de fumée – électrosensibilité, espionnage, intrusion dans la vie privée – masquant un enjeu beaucoup plus stratégique : la souveraineté énergétique.

Un réseau équipé de compteurs communicants est plus flexible, mieux interconnecté avec l’Europe et donc moins dépendant des appoints gaziers. Depuis 2021, l’UE est passée d’environ 40% de gaz russe dans ses importations à moins de 15% en 2024, grâce aux interconnexions électriques, au développement des renouvelables et au recours au GNL. La Russie n’a aucun intérêt à voir cette dynamique s’amplifier. Dans ce contexte, une partie des opposants à la PPE, surtout ceux hostiles aux grands réseaux européens et aux infrastructures communes, s’oppose aussi à l’interconnexion, car elle est indissociable d’une autonomie énergétique continentale.

On voit clairement que la baisse de la dépendance au gaz russe coïncide avec l’augmentation de la capacité d’interconnexion électrique, renforçant l’idée qu’un réseau mieux intégré est un levier direct de souveraineté énergétique.

2) Une souveraineté européenne, si tous suivent ?

Oui. Deux pivots existent déjà :

  • Interconnexions : objectif UE d’au moins 15 % d’interconnexion d’ici 2030 pour mutualiser les capacités et lisser les intermittences.
  • REPowerEU : cap sur des renouvelables ≥ 42,5 % de l’énergie UE en 2030 (ambition 45 %), ce qui rend les interconnexions et la flexibilité encore plus centrales.
    À cela s’ajoutent des investissements réseaux bien plus élevés qu’anticipé (ENTSO-E révise fortement à la hausse les besoins transfrontaliers), faute de quoi l’électricité bon marché d’une zone ne « circule » pas là où elle manque.

3) Y a-t-il des frondes ailleurs ? (ex. AfD en Allemagne)

Oui. En Allemagne, l’AfD mène une opposition visible à l’Energiewende (éolien terrestre, règles d’implantation), capitalisant sur le thème « les renouvelables font grimper la facture » et sur la nostalgie du gaz russe bon marché. Même sans gouverner, ce discours déplace le débat et peut ralentir les déploiements. Des cas locaux cristallisent la « culture war » autour de l’éolien.

4) Et les prix du kWh en France : que prévoir ?

Court terme (2025) : après les chocs 2022-2023, les TRVE ont baissé début 2025 et ont encore été ajustés à l’été (baisse hors TVA, quasi-stabilité TTC), même si des effets fiscaux (TVA/accises, abonnements) bougent la facture ligne par ligne.

Moyen terme (PPE 2025-2035) : la PPE vise des prix “proches des coûts de production” via une nouvelle régulation du nucléaire (remplacement de l’ARENH) + accélération ENR + marges de sécurité pour éviter de devoir importer cher en crise. Mais elle ne publie pas un “tarif kWh cible” — l’atterrissage dépendra du coût du gaz/CO₂, du rythme d’investissements réseaux/stockage, et de la disponibilité du parc.

Profil d’investissement : les opposants au PPE qui se prétendent attentifs au pouvoir d’achat des Français font valoir le rechérissement du coût de l’énergie et plaident pour le statu quo favorable à la Russie. Mais il est légitime de considérer que le pic de renchérissement coïncide avec la phase d’investissement massif (nouveaux moyens + réseaux). Une fois les actifs en service, l’amortissement sur longue durée et la moindre exposition au gaz/imports tendent à lisser/absorber la pression sur le kWh — à condition de réussir les interconnexions et la flexibilité au bon rythme. Les analyses RTE montrent que les coûts système restent soutenables dans des trajectoires décarbonées, mais sensibles aux retards.

À retenir

  • Sans mix robuste, la France et l’UE restent gaz-dépendantes ; or le GNL (US, Qatar…) coûte plus cher que l’ex-gaz russe par gazoduc. D’où l’intérêt stratégique d’un mix + réseaux + flexibilité pour couper l’ancienne rente géopolitique et le moyen de chantage qu’exerce la Russie.
  • Une ligne européenne alignée (ENR + interconnexions + stockage) fait système et accroît la souveraineté.
  • Pour les prix, la PPE organise les conditions d’une désensibilisation au gaz et d’une trajectoire plus prévisible ; le niveau exact du kWh restera conjoncturel (énergie/CO₂/fiscalité) pendant la décennie d’investissement.