USA: la pétro-démocratie qui se voulait plus grosse que le boeuf

Ce lundi, devant la porte du Bureau ovale, le président des États-Unis reçoit deux sacs de fast-food des mains d’une livreuse, distribue un billet de cent dollars et disserte sur l’exonération fiscale des pourboires. Entre deux sarcasmes sur la précarité et une énième marque de manque de respect envers le Pape et ce qu’il représente, il sature l’espace.

C’est la manœuvre classique du prestidigitateur: focaliser l’attention des médias et de l’opinion sur des traits de personnalité outranciers ou des polémiques de bas étage pour masquer ce qui, pourtant, saute aux yeux.

Car au milieu de ce spectacle, une phrase a été prononcée. Une phrase centrale que peu d’observateurs ont jugé bon de retenir: les États-Unis ont du pétrole et du gaz à revendre. Le marasme économique ne les handicape pas, et ils sont en mesure de doubler leur production actuelle.

Avec quelles ressources? Comment?

Cette simple déclaration déchiffre l’ensemble de la séquence. Trump a dit que l’Amérique est en position de pallier le désordre que causerait une escalade militaire, en permettant aux nations dépendantes du détroit d’Ormuz — désormais sous blocus — de s’approvisionner auprès d’elle.

A-t-il organisé ce pivot?

Israël s’est placé au premier plan pour faire de l’Iran le prétexte, en permettant de surinterpréter, dans l’opinion publique, l’imminence de la menace nucléaire que représente l’enrichissement de l’uranium, pour ensuite en faire le levier de cette opération.

L’oligarchie américaine qui entoure le président, et qui pénètre sans doute toutes les strates de l’État, exploite ce blocus à son profit exclusif.

Ce qui se passe, c’est cela et rien que cela: une manœuvre stratégique visant à imposer l’Amérique comme le maître énergétique mondial et celui qui en contrôle les voies maritimes.

Cette volonté d’hégémonie brutale sur les ressources n’est pas nouvelle, elle est la cohérence même de cette administration. Elle éclaire d’un jour implacable les positions de force prises récemment sur le Venezuela pour en contrôler la destinée pétrolière. Elle explique, tout autant, la tentative assumée – et à laquelle il n’entend pas renoncer — d’annexer le Groenland qui est la porte du passage du Nord-Ouest.

Une offensive inouïe face à laquelle, fait d’une limpidité troublante, Vladimir Poutine n’a pas levé le petit doigt.

Il n’a pas levé le petit doigt. Pour quelle raison? Pour satisfaire quel deal?

Voilà où nous en sommes: sous le vernis de la farce médiatique et de la livraison de repas, un hold-up planétaire est en train de s’accomplir. L’écran de fumée est grotesque, mais le piège, lui, est en train de se refermer sur le monde.

Les médias ont souvent honni les pétro-monarchies. Ils se montrent coupablement complaisants avec la plus grande « pétro-démocratie » qui se veut plus grosse que le bœuf.

L’illusion du 25e amendement: une sortie de secours pour l’oligarchie

Pas au bénéfice de la sénilité. Trump fait tout, apparemment, pour justifier le 25e amendement. Le remède, JD Vance accédant à la présidence, serait presque le mal. Ce train doit dérailler.


Invoquer la Section 4 du 25e amendement face à la crise actuelle pour démettre le 47e président des États-Unis — comme le font, ou sont tentées de le faire, de plus en plus de personnalités publiques — est un leurre politique. Ce mécanisme ne juge pas une administration, il « médicalise » une dérive.
L’absolution par la folie : Déclarer Trump mentalement inapte revient à le dédouaner politiquement. Si ses actes relèvent de la démence, ils ne relèvent plus du crime ni du cynisme. Cela efface la responsabilité morale de ses décisions géopolitiques catastrophiques.
La voie royale pour J.D. Vance : Le 25e amendement organise une transition chirurgicale et silencieuse. J.D. Vance, représentant de cette même oligarchie technologique et financière, hériterait du Bureau ovale sans avoir à répondre des errements de son prédécesseur. Le système reste intact, simplement purgé de son élément le plus bruyant.
Le calcul du chaos : Il est légitime de se demander si le comportement erratique de Donald Trump n’est pas, in fine, une stratégie de la terre brûlée volontaire. En forçant son propre camp à déclencher le 25e amendement, il s’assure une sortie par la porte de la « tragédie personnelle » plutôt que par celle de la culpabilité pénale, tout en sanctuarisant le pouvoir de son administration à travers Vance.
L’ombre portée de l’Impeachment : la mise à nu de la forfaiture
À l’inverse du 25e amendement qui isole le Président, l’Impeachment agit comme un poison lent qui s’infiltre dans tout le corps gouvernemental. Sa portée politique et historique est infiniment supérieure.
L’accusation du mensonge : L’Impeachment ne juge pas l’état clinique d’un homme, mais la nature de ses actes. Il porte en lui l’accusation formelle de mensonge, de parjure et d’abus de pouvoir. Il attaque directement le récit de l’administration.
Ronger le nerf politique : Une procédure de destitution oblige chaque membre de l’administration, du Cabinet jusqu’aux élus du Congrès, à prendre publiquement position. Elle ronge le nerf politique du camp présidentiel, car défendre l’indéfendable sous serment expose à la complicité.
La dimension de l’opprobre : Même si la majorité des deux tiers au Sénat n’est pas atteinte pour destituer le Président, le procès en lui-même est une infamie. Il installe, même dans le non-dit, le sceau de la forfaiture. L’oligarchie tout entière se retrouve entachée par l’ombre de la trahison des intérêts vitaux et moraux de la nation. Vance hériterait non pas d’un pouvoir intact, mais d’un champ de ruines.
Le second rideau : l’échéance des Midterms
Toute cette mécanique institutionnelle doit être lue à l’aune du véritable juge de paix de la démocratie américaine : les élections de mi-mandat (Midterms). C’est là que la différence entre les deux procédures prend tout son sens stratégique.
Le scénario du 25e amendement : Il permettrait à J.D. Vance d’aborder les Midterms avec l’autorité d’un Président en exercice ayant « sauvé » la nation du chaos trumpiste. L’oligarchie se présenterait blanchie.
Le scénario de l’Impeachment : Il offre à l’opposition l’arme absolue pour les élections. En exposant la forfaiture systémique au grand jour, l’Impeachment transforme le vote des Midterms en un référendum moral. Ce n’est plus seulement Trump qui est sur le banc des accusés, mais chaque sénateur et chaque représentant qui a couvert la compromission. Le procès prépare le terrain pour le véritable châtiment républicain : la déroute électorale.

.Téhéran, .Beyrouth, .Marioupol, .Gaza, .com

​La vérité, c’est que l’expression la plus dense des humains ne tient pas dans des phonèmes. Elle réside dans leurs villes, et dans le monde auquel elles s’attachent.

​La cité, quelle que soit son importance, est l’expression absolue de tous les autres langages dont nous sommes capables. Les civilisations rayonnent à travers les cités qu’elles édifient pour établir la pacification des mœurs, la prospérité et le développement économique, ainsi que le fleurissement des arts et des sciences.

Tout ce qu’il y a à savoir d’un individu ou d’une collectivité est ramené à la conscience qu’il établit avec la cité, la ville, non pas comme son territoire personnel, mais comme lieu et empreinte universels. Car il pourrait être ici, jouissant du confort et de la sécurité de cette cité, comme il pourrait être ailleurs, dans telle autre.

La cité est l’alphabet du monde, qu’elle forme une vaste métropole grouillante de vies anonymes, ou qu’elle se tienne dans une position plus modeste. Toutes les cités appartiennent au même vocabulaire et lui rendent des comptes ; un vocabulaire permettant le vivre-ensemble, l’hospitalité et la sécurité. Cela participe à l’écriture indistincte du livre de la vie, au chapitre de l’exercice des nations dans leur rivalité de génie à trouver des solutions aux problèmes que pose la gestion de la multitude.

Elle est le théâtre de ce qui est immortel.

​Elle nous survit toujours. Le mythe de l’Atlantide y veille.

​Il y a, en ce moment, des hommes qui ont pris la responsabilité de réduire en cendres des villes entières. Ils crachent comme des dragons les flammes de la destruction, quand ils ne promettent pas le feu de l’enfer et de renvoyer leurs populations à l’âge de pierre, au déracinement, au dénuement, en attaquant les infrastructures de production, de mobilité, d’enseignement et de culture, tout cela en invoquant la guerre.

​Ce n’est pas digne.

C’est criminel. C’est outrageant.

​On n’écrit pas l’histoire par la destruction de quartiers, en rasant des villes et des pays.

​Trump, Poutine et Netanyahou sont, aujourd’hui, la honte de l’humanité.

​Si la démocratie, livrée à des légions d’activistes et de minorités dites agissantes, se fait l’instrument de cette abomination, elle perdra toute légitimité historique.

​Elle doit s’attacher à entendre le pouls régulier de l’histoire et de la tradition des peuples comme des nations qu’ils forment.

​Cette violation du droit inaliénable des nations n’est pas un simple sujet d’actualité et, par conséquent, un sujet offert à l’opinion.

​C’est un sujet de conscience qui doit être pesé avec le scrupule que requiert ce siècle.

La vérité persona non grata

Ce qu’a fait l’ambassadeur israélien Danny Danon devant le Conseil de sécurité de l’ONU, pour se dédouaner de la mort de trois soldats de la Paix tués par Tsahal et des intimidations exercée contre des soldats et le chef d’Etat Major de la FINUL, n’est pas sans rappeler le numéro de Colin Powell en 2003. Comme Trump, il a pris à partie la France.

Israël est passé maître dans l’art de se victimiser, dans l’art de l’inversion ou le report de la charge, dans celui de manipuler l’hostilité qu’il inspire à dessein, comme si elle faisait partie du projet de ce régime.

C’est sa signature systématique.

Il faut fermer les yeux pour ne pas la voir.

Israël ne recherche pas les conditions de la paix, mais celles de la guerre qui l’arrange.

Il veut décomposer le Liban. Le désosser littéralement et lorgne, protégé par un Donald Trump qui y a un intérêt stratégique aussi, sur le statut que lui confèrerait, avec un Liban déchiré et amoindri, la maîtrise exclusive ou à des conditions dépendantes principalement de sa seule souveraineté, les gisements gaziers (530 milliards de m3) en Méditerranée Orientale, situés à la frontière au sud du fleuve Litani.

Nul ne parle de cet enjeu. Il est pourtant la vraie clé, du Venezuela au détroit d’Ormuz, jusqu’au passage du Nord-Ouest sur lequel veille un gros caillou de glace qui a pour nom le Groenland, convoité par Trump qui avait pour plan de se l’approprier avec de déclencher la guerre contre l’Iran.

Pour satisfaire cet appétit stratégique, les ogres sont de sortie. Ils font peu de cas des vies humaines, de la dignité des Etats.

Le Liban est écartelé vif et réduit à l’impuissance des uns et à la colère contre-productive et désespérée des autres.

Je le pense promis à l’équarrissage si  rien n’est fait pour entraver le mécanisme activé lorsque l’attaque contre l’Iran a été perpétrée.

Le terrorisme a de beaux jours devant lui si Israël peut agir les mains libres. Il saura manipuler les émotions des démocraties à son bénéfice.

Les faits sont là et restent là. De Gaza au Liban Sud, que l’Etat hébreu entend occuper pour se l’approprier, les journalistes sont tués, les soldats de la Paix visés, le Chef d’Etat Major intimidé, les populations civiles terrorisées et forcées de fuir.

Les témoins potentiels sont expulsés du territoire.

La vérité est persona non grata dans la diplomatie de cet Israël. Je ne suis de ceux qui prétendent savoir que le projet sioniste portait à l’origine cette perversion.

Beaucoup d’Israélien ont cru sincèrement en leur démocratie. L’innocente jeunesse sacrifiée à Nova Festival le 7-Octobre-2023 est le témoin qui objecte pour l’éternité que le sionisme peut être une rose, une marguerite, plutôt qu’une fleur carnivore  considérant ses voisins comme des insectes qu’il doit attirer dans son système digestif.

Aujourd’hui, il ne faut pas avoir peur de dire que la perversion de ce sionisme est manifeste.

Nul ne sait qui est tué et qui ne l’est pas, ni pourquoi? Le temps où Israël relâchait 1200 terroristes, parmi les plus dangereux et fanatiques, contre un seul soldat a laissé place au temps de la peine de mort réservée aux Palestiniens qui oseraient encore résister.

Gideon, archétype de la ruse, a sévi et sévit encore.

La communauté internationale et le droit sur laquelle elle repose, que les Etats-Unis et Israël, dans ce conflit, tiennent pour partir négligeable, n’est pas condamnée à subir, indéfiniment, l’empire du mensonge et du machiavélisme.

Les planètes vont finir par s’aligner. Elles ne peuvent plus faire autrement compte tenu de leurs orbites.

Si elles ne s’alignent pas, elles vont entrer en collision.

Cela, a priori, nul ne le souhaite.

Il est donc de plus en plus probable, et tout dans la direction que prennent les faits et les tensions l’indique, que les événements auxquels nous assistons conduira à une recomposition géopolitique et aux prémisses d’une Grande Paix qu’il faudra savoir construire et consolider sur des nouvelles bases, le plus éloignées possible de celles qui nous font frôler les perspectives d’une guerre mondiale.

Les armes ne seront pas décisives ici.

La justice le sera.

Les USA et Israël seront les premiers perdants, car l’affront fait à toutes les nations, entraînées de près ou de loin, dans cette trappe à antagonisme et ce nid de guerres larvées, aura des conséquences politiques, judiciaires et morales pour les dirigeants et les dépositaires de l’autorité publique qui, guidés par la soif de pouvoir et la cupidité, ont mis leurs doigts dans une telle machination au service du désordre international.

Leur chute entraînera, inéluctablement, la chute de Poutine.

Localisation des blocs libanais
Bloc 4 : Il est situé à l’ouest de l’embouchure du fleuve Litani, dans la Zone Économique Exclusive (ZEE) libanaise. Il est opéré par TotalEnergies (France), ENI (Italie) et QatarEnergy.
Statut : En phase d’exploration avancée, avec des forages débutés en 2020. Les réserves estimées sont de l’ordre de 500 milliards de m³ (non confirmées).
Bloc 9 : Il est situé au sud-ouest de l’embouchure du Litani, proche de la frontière maritime contestée avec Israël.
Partiellement chevauché par le gisement Karish (côté israélien).
Statut : Zone litigieuse – Un accord provisoire en 2022 (médiation américaine) permet au Liban d’explorer une partie du bloc, mais sous des conditions strictes pour éviter les tensions

Le civilisation Judéo-Chrétienne est une  imposture

Le concept de culture et de civilisation judeo-chrétienne tels qu’ils sexsint imposés dans la narratif géo-politique est une contre-vérité historique et une offense mémorielle. surtout lorsqu’elle sert une stratégie de domination géopolitique, énergétique et des desseins impérialistes.


L’expression « judéo-chrétien », autrefois porteuse d’une volonté de réparation et de dialogue, est devenue aujourd’hui un artefact idéologique. Sous couvert de défense des valeurs occidentales, elle masque une stratégie de confrontation globale

1. Un Détournement Théologique : De la Réconciliation à l’Exclusion

À l’origine, le rapprochement opéré par le Concile Vatican II (Nostra Aetate) visait à reconnaître la « racine sainte  » du judaïsme et à extirper l’antisémitisme chrétien. C’était un acte de repentance et de vérité historique.


L’imposture actuelle: Ce lien spirituel est aujourd’hui « soudé » de force pour créer un bloc monolithique, où le judaïsme est confondu avec un pan-sionisme, un évangélisme américain et une orthodoxie russe érigés tous trois, de manière évidente, en religion d’Etat.

En transformant une parenté théologique en une identité politique fermée, on trahit l’esprit universel du dialogue. On ne cherche plus à honorer le judaïsme, mais à s’en servir comme d’un rempart identitaire contre un tiers exclu: l’Islam, et sa terre.

2. Le Mythe d’une Unité Historique Linéaire


Affirmer l’existence d’une « civilisation judéo-chrétienne » millénaire est un anachronisme complet.
La réalité historique, c’est que, pendant près de deux mille ans, l’histoire européenne a été marquée par l’antijudaïsme chrétien, l’accusation de déicide, l’exclusion et le mythe du juif errant et les persécutions.


La construction rétrospective: Ce concept est une invention de l’après-guerre. Projeter cette unité dans le passé sert à masquer les fractures réelles de l’Europe pour construire un récit de « nous contre eux » et eux c’est un autre étranger, un des fils d’Abraham aussi: l’arabe et le musulman. C’est une fiction historique mise au service d’un agenda politique qui a pris le relais du voeu de réconciliation aux dépends d’une nouveau bouc-émissaire.

3. L’Outil du « Choc des Civilisations »

Le danger majeur réside dans l’alignement de cette notion sur les thèses de Samuel Huntington. Le terme n’est plus une main tendue, mais il a ouvert une ligne de front. Tout le monde s’y est précipité.


Une vision messianique: Chez certains dirigeants (Trump, Netanyahou, ou dans la rhétorique de la « Sainte Russie » de Poutine), le bloc judéo-chrétien devient le bras armé d’une lutte contre la « barbarie  » que le terrorisme dit islamique a rendu  tangible à la perfection.


L’effet « Papillon » au Moyen-Orient: Cette vision binaire transforme des conflits territoriaux ou politiques en guerres de religion métaphysiques. En sacralisant la géopolitique sous l’étiquette judéo-chrétienne, on rend tout compromis impossible, chaque camp se persuadant de mener une bataille pour la survie de la civilisation. C’est une tromperie à laquelle il faudra savoir mettre fin.

4. Une Arme de l’Identitarisme Moderne

L’ironie suprême est que ce terme est souvent brandi par des courants politiques qui, par ailleurs, défendent des visions nationalistes autrefois hostiles aux minorités et particulièrement juives.
L’hypocrisie politique: On utilise le « judéo-christianisme » pour justifier un rejet de l’altérité (immigration, multiculturalisme) tout en ignorant les préceptes éthiques profonds des deux religions (accueil de l’étranger, justice sociale).
Le résultat: Une civilisation « vide » de spiritualité réelle, réduite à une marque déposée pour justifier la domination occidentale et nier la réalité de toute autre culture, de toute autre forme de dignité.

Que cela puisse s’incarner, par des figures telles que celles qui s’approprient un tel pouvoir de perversion sur les masses, depuis toujours et encore plus aujourd’hui, à travers le totalitarisme informationnel sur l’opinion publique appelle à retrouver le centre de gravité par rapport aux processus de déstabilisation idéologiques et moraux.


La « trouée conceptuelle » que représente le détournement du concept de « civilisation judeo-chrétienne » – auquel je me suis moi-même laissé prendre-  aspire les puissances vers une logique d’affrontement permanent.

En substituant la politique à la foi, et le choc à la rencontre, la notion de civilisation judéo-chrétienne n’est plus le pont qu’elle prétendait être, mais le mur sur lequel viennent s’écraser les espoirs de stabilité au Moyen-Orient et au-delà.


L’imposture flagrante est là : invoquer Dieu pour justifier la géopolitique, et utiliser l’histoire pour mieux la nier.

La question que cela pose est celle de la présence du mal en ce monde, de sa capacité à s’insinuer partout pour permettre sa domination et corrompre les coeurs, indifféremment de ce par quoi ils finissent par croire ou s’estiment être guidés.

Le canevas brodé par les fils de l’actualité, l’aiguille des narratifs séculaires, ne valent pas la tapisserie générale de l’oeuvre patiente.

Sépulcre

La démocratie israélienne, la démocratie mondiale des voix des consciences, est enterrée vivante par Israël.

​Le président de la République française est à nouveau dans le collimateur de l’aile pro-Netanyahou après sa condamnation de l’interdiction d’exercer son rite qui a frappé le patriarche latin de Jérusalem, le cardinal Pierbattista Pizzaballa, au Saint-Sépulcre.

Évacuant toute autre considération pour ne retenir que celle du traitement sécuritaire, nombre de contempteurs du président français opposent que cette décision s’imposerait à tout pouvoir.

​Ce n’est pas ce qui semble s’être passé, notamment au Sacré-Cœur de Paris durant la Première Guerre mondiale. La prière et le rite ont continué à s’accomplir sous les bombes. À dire vrai, l’impression qui se dégage est qu’Israël prend prétexte de la sécurité pour faire taire les prières qui, par leurs gestes, s’adressent à Dieu autant qu’aux consciences humaines.

La prière et les rites ont continué, plus près de nous, dans les mosquées, les églises et les temples, au plus fort du terrorisme dit islamique.

​La dimension sécuritaire, en Israël, prend une tournure idolâtre. C’est, derrière l’argument consistant à prétendre que cette mesure vise tous les lieux de culte (y compris le Mur des Lamentations), ce qui est à la fois le plus « tordu » et le plus pitoyable dans cette affaire : transformer la violence en une religion d’État, supérieure à toutes celles émanant de ce qu’il est convenu d’appeler, de la Torah à l’Islam, le Livre. Le nom que nous pourrions donner à cette religion d’État est le sionisme.

​L’Histoire a connu d’autres régimes, ivres de leur propre messianisme, qui ont prétendu, de la même façon, briser la constance et l’unité du rite et l’adresse qu’il maintient, de la mosquée au temple, pour imposer leur tyrannie.

​Aujourd’hui, la boucle d’un enfermement implacable se referme sous nos yeux. D’un côté, ce système s’arroge le droit de vie et de mort en promouvant le rétablissement de la peine capitale pour des faits de terrorisme — une asymétrie létale dont chacun comprend qu’elle cible de fait les prisonniers palestiniens. De l’autre, il entend dicter sa loi au-delà de ses propres frontières, faisant pression pour voir le parlement français légiférer afin d’assimiler toute critique politique de son projet — l’antisionisme — à l’antisémitisme.

​C’est une offense, il faut le dire, particulièrement grave à la fois à l’intelligence et aux consciences ; le président Emmanuel Macron est loin d’être le seul à s’en émouvoir.

Il lui sera, tardivement, reconnu la prudence dont il a fait preuve en ne participant pas à la manifestation du 12 novembre 2023, considérant que sa place n’était pas là.

​L’évolution du régime en place à Tel-Aviv lui donne amplement raison.

« Horatio, il y a plus de choses au ciel et sur la terre que n’en rêve votre philosophie. » (Hamlet, Shakespeare)

Quand l’énergie devient religion: la face cachée d’un Occident en guerre contre lui-même

Quand le pétrole et le gaz deviennent les armes d’une guerre invisible, un Yalta pire que Yalta se profile et les couloirs énergétiques remplacent le mur de Berlin. Il est indispensable aujourd’hui de relier les points géographiques les plus éloignés (le Venezuela, le Groenland, Gaza, le détroit d’Ormuz) pour révéler le dessein caché sous le tapis de la guerre morale ou religieuse : l’accaparement des routes et des ressources. L’agenda atteint son point critique. La structure parle quand la cacophonie règne.

Dans un récent texte, intitulé avec un clin d’œil à André Breton, « Avida petro-dollars », je me suis évertué à mettre en évidence le plan de domination énergétique qui est la vraie cause, éminemment structurelle, de la guerre engagée par les Etats-Unis d’Amérique et Israël contre l’Iran.

Il y a un axe à résonance messianique qui court de Washington à Moscou en passant par Tel-Aviv.

Je l’ai dit et je le maintiens: un pacte caché et inavouable associe, dans cet horizon sinistre, Donald Trump, maître du « deal », Benjamin Netanyahou et Vladimir Poutine. Au-delà de leurs postures respectives, du spectacle des connivences et des bras de fer, de moins en moins nombreux au demeurant, une réalité et une ambition les amène à se rejoindre.

Il est en passe de gagner la partie et de tenir le monde dans sa tenaille.

L’Occident énergétique messianique a pris la place de l’Occident moral, chrétien, athénien, et universaliste, et téléguide les opinions publiques – en imposant la nouveauté a priori séduisante de racines judéo-chrétiennes, et en expulsant toute référence à l’islam. Les extrêmes-droites et souverainistes européennes – Jordan Bardella et Marion Maréchal, pour citer les figures françaises, fascinées par Trump et Poutine, n’ont eu aucune objection à rallier, les 26 et 27 mars 2025, la conférence internationale sur la lutte contre l’antisémitisme à Jerusalem.

Cette conférence n’était pas une conférence ordinaire: elle a provoqué une controverse internationale majeure parce qu’elle a accueilli de nombreux représentants de l’extrême droite européenne. Cela a entraîné des boycotts de figures juives et intellectuelles.

Il faudra savoir si leur présence consistait simplement à s’acheter une nouvelle conduite compte tenu du passif antisémite du FN, ou si ces partis adhérent à l’axe tel que je le définis ici, et qui ira jusqu’à inclure la dimension énergétique qu’Israël est en passe d’asseoir, en Méditerranée car, ce qui est sacrifié, ici et maintenant, c’est la souveraineté de l’Union Européenne et de tous les Etats qui la forment.

Je sais bien que l’UE est décriée et qu’elle ne manque pas de contempteurs qui l’accusent de brimer les peuples et d’être de nature totalitaire. Mais face aux titans qui tentent de se lever, et directement menaçant, la Russie, qu’ont-ils à proposer sinon un souverainisme vassalisé?

Car, dans cet immense puzzle, nombre de pièces s’ajustent d’elles-mêmes et, laissant libre ceux qui souhaitent considérer que ce serait lié à de seules coïncidences, à des aléas de la géopolitique ou au fait de l’adaptation du marché, je considère que la vraie partie se joue par le dessous des cartes et non par le dessus, comme il est de coutume.

Ces pièces ne sont pas décoratives. Elles pèsent lourd. Très lourd. trop lourd.

J’ai cité le Venezuela et la capture de Nicolas Maduro, avec à la fois le premier plan que représentent les immenses réserves pétrolières du pays, et, dans la même perspective, si on lève le regard à l’horizon immédiat, les réserves offshrore de l’Equissibo, au large du Guyana, sur lequel Nicolas Maduro avait des prétentions territoriales susceptibles de menacer les investissements et les retours hors du commun que ce gisement représentait pour ces majors américaines.

Cette perspective n’était pas compatible avec un Venezuela fantasque et menaçant. Elle ne l’était pour personne. Mais est-ce une raison de manipuler grossièrement les motifs de guerre partout impunément et de dissimuler les objectifs?

Le Venezuela, officiellement, ne semble pas avoir renoncé officiellement à cette prétention. Mais il n’en a pas les moyens. Il les a d’autant moins que Celda Rodriguez, qui a succédé à Nicolas Maduro, est dépendante du bon vouloir des Américains pour remettre à flot l’infrastructure et l’outil industriel pour exploiter son propre pétrole.

L’Amérique préfère un régime chaviste sous contrainte, tenu de gérer sa survie sous contrainte, à une démocratie véritable qui pourrait être tentée, à un moment ou à un autre, de marquer et revendiquer sa souveraineté.

Puis il y a, comme je l’ai déjà dit, le Groenland, que Donald Trump a prétendu pouvoir acheter, piétinant, au passage, ses « alliés » de l’Otan dont il entend toujours plus tordre le bras, jusqu’à le casser.

Le Groenland, ce n’est pas seulement, comme certains experts le disent, pour montrer à Poutine que le territoire américain est aussi vaste sinon plus que celui de la Russie ou de la Chine.

Ce n’est même pas pour le pétrole ou les terres rares que con sous-sol recèle.

Non, le Groenland, avec ses eaux territoriales et sa Zone Economique Exclusive, constitue la clé du passage du nord-ouest que la fonte des glaces rend praticable et place comme une voie maritime de substitution à celle que représente les anciennes issues, notamment pour le détroit d’Ormuz et donc tout le pétrole et le gaz du Moyen-Orient, le canal de Suez.

Le timing finit par dire quelque chose des opérations. Il dégage, il me semble, une logique. Et, dans cette logique, le Détroit d’Ormuz à partir duquel le Qatar délivre son gaz et qui permet à l’Iran et à touts les Etats du Golfe de livrer leur pétrole et leurs matière premières au monde entier, devient un enjeu d’insécurité local pour être un levier de sécurité et d’enrichissement sur les nouveaux espaces stratégiques.

Chacun voit les effets que le guerre illégale et injuste qu’ont lancé Israël et les Etats-Unis contre l’Iran, coupant court aux négociations, provoquent sur le commerce international ainsi que la stabilité des Etats et de leurs économies.

Mais, ce que nous ne voyons pas et que nous ne voulons pas voir, parce que cela sort de nos biais de normalité, c’est quel le calcul de cette Amérique, de cette Russie et de cet Israël est maximisé par la crise au Moyen-Orient.

Il manquait une pièce à ce puzzle. Personne ne parle de l’enjeu gazier et pétrolier qui est dans les mains d’Israël, mais la Méditerranée orientale est devenue une zone stratégique pour le gaz offshore, avec des implications majeures pour Israël et ses voisins.

Et Gaza est directement concernée par la question des eaux territoriales et des droits sur les ressources offshores en Méditerranée orientale. Le champ gazier « Gaza Marine » (ou « Gaza Marine 1 et 2 ») est situé au large des côtes de Gaza, dans les eaux territoriales palestiniennes.

Ce gisement, découvert dans les années 1990, est estimé à plusieurs milliards de dollars et pourrait jouer un rôle majeur dans l’autonomie énergétique et la reconstruction de Gaza.

Le mirage immobilier en images de synthèse porté par Trump dissimule aussi un génocide énergétique.

Selon le droit international, les eaux territoriales s’étendent jusqu’à 12 milles marins (environ 22 km) au large des côtes, et la Zone économique exclusive (ZEE) jusqu’à 200 milles marins. Gaza, bien que sous blocus, a donc théoriquement des droits sur les ressources situées dans ces zones.

Les gisements gaziers de Méditerranée orientale sont bien plus qu’une aubaine économique pour Israël : ils sont un pilier de sa stratégie de puissance, intégrant guerre, diplomatie et contrôle territorial. La question de Gaza et de la souveraineté palestinienne est donc indissociable de cet agenda, où l’énergie devient à la fois une arme et un levier de normalisation régionale.

C’est une vision de la puissance politique qui unit les USA de Trump, l’Israël de Netanyahu et la Russie de Poutine.

Quand Israël a décidé de financer le Hamas plutôt que de permettre à l’Autorité Palestinienne, quel calcul a-t-il fait? Pourquoi Netanyahou a-t-il décidé d’ignorer les alertes des services égyptiens faisant état d’une attaque imminente trois jours avant le 7-Octobre-2023?

Compte tenu de la situation dans laquelle est plongée l’économie mondiale et à la lumière des enjeux qui se forment – si on sort des narratifs sortis tout droit des think tanks, financés parfois par des compagnies pétrolières, ou écrit par Tsahal ou le Mossad, des questions légitimes, qui n’ont rien à voir avec l’antisémitisme, se posent.

C’est l’affaire des appareils judiciaires, des instances d’établir les faits, les responsabilités, de dresser les actes qui s’imposent et de faire toute la lumière sur ces dessous des cartes.

Mais nous n’avons plus d’illusions à nous faire: l’Occident énergétique messianique, tel que constitué dans les faits et déroulant sa mécanique infernale dépossédant de trop nombreux états de leur capacité à s’administrer de manière souveraine, en leur imposant la destruction, la division et l’accablement, entretenant un cycle de la violence profitable, est une machine de guerre. Il est la créature de Trump, Poutine et Netanyahou. Elle n’a pas d’autre ambition que de dominer le monde dans ses tenailles.

Il y a encore un autre Occident, capable en vertu de sa tradition et de son universalisme, de parler une autre langue que celle du chaos.

Le socle commun est la justice. Ce n’est ni le pétrole ni le gaz.

Avida petro-dollars

Donald Trump prouve qu’il est le président de toutes les hubris. Dans la tragédie grecque, l’hubris est une faute morale grave qui provoque un châtiment inévitable. Les Grecs l’appelaient Nemesis. C’est le châtiment. Dans le droit français, cette dimension qui porte en elle la trahison de l’espoir du peuple, sa manipulation et son inscription dans le vice, se retrouve dans le terme « forfaiture », abandonné, sans doute pour le péremptoire de son indication morale, par une série de crimes et délits techniques.

Au moment où Reuters annonce que le 47e président américain, rompant avec la tradition, a pris un décret qui fera apparaître dès juin prochain sa propre signature sur le billet vert, la vieille anagramme forgée par le poète surréaliste André Breton pour dénoncer le goût invétéré de Salvador Dalí pour l’argent — « Avida Dollars » — trouve un usage anachronique et d’autant plus puissant pour désigner Donald Trump.

Sa signature est faite du sang de guerres illégales et injustes et, surtout, de pétrole. Car ce qui coule dans les veines de cette Amérique n’a plus rien à voir avec ce qui fascinait Bartholdi ou Tocqueville.

Ce n’est plus le sens de la démocratie — passant par sa défense, par le scrupule et la vertu auxquels elle oblige à tout instant — qui règne, mais un amour du lucre et de sa toute-puissance, puisée dans des forces obscures. Il ne suffit pas de s’associer au messianisme démonstratif et invocateur pour mystifier le monde.

C’est un fait totalement passé inaperçu parmi les motivations qui ont porté Donald Trump et son administration à capturer Nicolás Maduro et à mettre le Venezuela au pas. Les réserves pétrolifères colossales de ce pays y ont probablement un poids déterminant pour l’avenir.

Le vice-président J.D. Vance, dans une interview accordée à Fox News, répond à la question du journaliste Jesse Watters qui lui demande en quoi le renversement d’un dictateur au Venezuela aide l’Américain moyen. Le vice-président des États-Unis ne s’embarrasse pas de périphrases : « Cela signifie que nous allons pouvoir contrôler les incroyables ressources naturelles du Venezuela. »

Mais un autre dossier présente, lui aussi, un intérêt immédiat qu’il faut relier à la stratégie énergétique systémique qui se déploie actuellement avec une force titanesque. Cela met en lumière le fait que la guerre, ici, n’est finalement conçue, livrée et administrée que comme un effet de levier. Elle sert à assurer, d’un côté, les conditions de la domination pour les nouveaux alliés des États-Unis de Trump, et de l’autre, les conditions d’un asservissement et d’une dépendance pour les alliés historiques de l’Amérique et pour ceux qui restent ses ennemis.

Le tapis rouge déroulé, le 15 août 2025, pour Vladimir Poutine à Anchorage, avec le cynisme typique de l’humour trumpien — déstabilisateur cognitif en chef : « Vous êtes chez vous ici » — avait provoqué un malaise. Le tapis rouge déroulé hier par France 2, au journal de 20h, au chef de la diplomatie de la Fédération de Russie, Sergueï Lavrov, provoque le même sentiment. Beaucoup le dénoncent.

Soyons clairs : Lavrov se rit des questions et des pudeurs morales des journalistes. Il est comme son maître. Il manipule les apparences de légalité, les ambivalences et les duplicités. Pourtant, il y aurait bien eu une question à poser au chef de la diplomatie russe.

La guerre lancée contre l’Iran n’avantage-t-elle pas, objectivement, la Russie :

  • sur le prix du pétrole et du gaz, qui culmine à nouveau, redonnant de l’oxygène à une économie qui s’asphyxiait il y a quelques semaines ?
  • sur la suspension ou l’allègement de fait des sanctions, dont le pétrole russe bénéficie dans une telle situation d’urgence ?
  • sur l’étau resserré autour de l’Europe et de la Chine, que les USA et la Russie empêcheraient ainsi d’atteindre le statut de grande puissance politique mondiale qui est à leur portée ?
  • sur la pénurie d’armements, au grand dam des Européens qui ont payé 750 millions de dollars aux États-Unis pour obtenir du matériel, et qui constatent que cet armement est désormais « priorisé » pour la guerre en Iran ?

Il faudrait, pour poser une telle question à Monsieur Lavrov, sortir des cadres narratifs et des conditionnements de pensée, et comprendre que cette région (le Moyen-Orient) est la soupape d’insécurité dont ce plan très rationnel a besoin pour fonctionner.

Pour oser porter cela, pour mettre à nu ces fils logiques, il faudrait s’affranchir du consensus général et chercher le vrai pour ce qu’il est. Ce pas, je l’ai franchi il y a déjà quelques semaines, et mentalement, il y a encore plus longtemps.

Il ne fait pas de doute qu’il y a un « deal » avec Poutine : les Russes font le service minimum dans leur ancien modèle stratégique pour embrasser le nouveau, qui intègre la puissance américaine et son messianisme. Par conséquent, les Russes acceptent d’être accusés, sur un plan stratégique limité au Moyen-Orient, de fournir leurs renseignements aux Iraniens. Cela ne fera pas gagner la guerre aux Iraniens. Cela nourrit simplement l’escalade et plonge la région dans la violence. Les tensions sur le marché des matières premières qui en découlent leur sont extrêmement profitables.

Trump s’en accommode et passe pour un imbécile ; cela l’arrange. Être pris pour un être fantasque et inculte permet de réaliser l’impensable.

Mais revenons au Venezuela, qui mérite d’être regardé au-delà de ses propres réserves gigantesques pour focaliser l’attention sur les opérations qui concernent Chevron et ExxonMobil. Chevron est aujourd’hui la seule major américaine encore opérationnelle au Venezuela. Sa production actuelle y est limitée à 250 000 barils/jour et les conditions ne se prêtent toujours pas à des investissements massifs. ExxonMobil est dans une posture très différente : ayant refusé les conditions de Chavez en 2007, elle a été expropriée. Le Venezuela est jugé « non investissable » dans son état actuel.

Avec la capture de Nicolás Maduro et son remplacement (au sein du même régime) par Celda Rodriguez, le Venezuela est pris dans une autre tenaille que les compagnies américaines sauront faire jouer. L’articulation qui donne toute sa puissance à cette tenaille, c’est le Guyana, et particulièrement le gisement pétrolifère offshore situé dans l’Essequibo, qui recèle 11 milliards de barils. La compagnie Hess a fait cette découverte. Elle a été rachetée par Chevron en 2025 pour un montant compris entre 53 et 60 milliards de dollars.

C’est une usine à cash absolue. Car au-delà de l’importance du gisement, le coût d’extraction y est l’un des plus bas au monde. Contrairement au brut vénézuélien qui exige un traitement lourd et coûteux (entre 65 et 90$ le baril pour les nouveaux projets), le brut du Guyana s’extrait entre 17 et 20$ le baril dans ses meilleures phases, et en moyenne entre 25 et 35$. Il rivalise avec les coûts de l’Arabie Saoudite, passant parfois même en dessous du pétrole de schiste américain.

C’est dans l’Essequibo qu’ExxonMobil a placé ses billes. L’ancien régime bolivaro-militariste de Maduro exerçait une revendication territoriale et militaire pressante sur cette région, menaçant directement de prendre le contrôle de ces gisements.

La capture de Maduro, et la démonstration de puissance de l’armée américaine qui l’a accompagnée, dévitalise totalement les prétentions inacceptables du Venezuela sur le Guyana. Le destin de la région est désormais tenu par les investisseurs américains.

Nous devrions voir le plan global dans lequel s’inscrivent ces grandes manœuvres. Rien ne justifie cette manœuvre capitalistique des majors américaines, soutenue par l’armée des États-Unis, qui agit ici bien au-delà de la simple sécurisation de ses intérêts. Car l’Amérique de Trump déploie, dans le même temps, des prétentions de mainmise sur les routes énergétiques stratégiques mondiales (le Canal de Panama et le passage du Nord-Ouest), ce qui lui procurerait, de concert avec la Russie, une capacité de contrôle inadmissible sur le monde.

2026, la faille


Entre ce que rabâchent les médias occidentaux et ce qu’établira l’histoire au sujet de la guerre illégale et injuste engagée par les USA et Israël contre l’Iran, une faille monstrueuse est en train de s’ouvrir.

Cette faille est beaucoup plus grande que le détroit d’Ormuz.
Il s’agit d’une matrice au sens où cette faille constitue l’utérus formé pour engendrer soit un monde meilleur soit un monde pire.

Son héritage génétique est fabriqué sous nos yeux. Nous devons, par conséquent, être très attentifs et infiniment scrupuleux quant à ce que nous souhaitons inscrire dans cet ADN.
Nous le faisons pour toute l’humanité. Pour son futur.

Il n’est pas exclu, une fois dissipés toutes les brumes et brouillards qui règnent sur les récits, qu’une grande partie des actions de la nation iranienne puisse apparaître comme ayant été une résistance légitime à une oppression dont le caractère n’était pas parfaitement distingué.

Puisque le doute n’est guère permis sur ce qui anime Trump, Netanyahu et Poutine, la réponse à cette question va dépendre, en très grande partie, de la nature de ce qui anime, fondamentalement, le régime iranien et la manière dont il va évoluer.

Le régime iranien doit se métamorphoser. Il doit faire preuve d’une sagesse dont seul l’avenir dira s’il en était capable, s’il en méritait le don.

Ce moment critique lui offre cette chance.

L’histoire se distingue de l’actualité.
Il n’y a pas de devoir envers l’actualité.
En revanche, il y en a un envers l’histoire.

Car, c’est elle qui juge. Elle n’est pas manipulable.
Quelque chose lui confère une mémoire de forme, de sorte que, même si elle est habilement froissée, pliée selon des convenances de puissance ou idéologiques, elle reprend son espace et sa réalité.

Sa violence n’est pas tonitruante. Elle ne brandit pas d’anathème. Elle ne se verra pas.
Elle n’en est pas moins réelle.

Il y a des choix, dès aujourd’hui, pour toutes les parties, qui peuvent apparaître comme irréversibles.


PS: Je ne m’adresse à personne.


(Archivé le 26 mars 2026)

Du sionisme religieux au messianisme usurpé

Ce soir, 24/02/2026, le gouvernement de Benjamin Netanyahu fera approuver à la Knesset une loi de Halakha et cela soulève le cœur des démocrates.

Ce sujet mérite un traitement plus profond que celui dont il fait l’objet, comme d’ailleurs tout ce qui se rapporte aux questions spirituelles et religieuses.

Même si le combat civique peut avoir – intellectuellement et institutionnellement – nos faveurs, il ne faut pas l’embrasser de manière aveugle.

Nul ne peut balayer d’un revers de main l’importance de ce qui se passe, sans risquer de faire du civisme un idiot utile parmi d’autres, et, parmi le fanatisme, le plus retors d’entre eux.

Les figures du judaïsme orthodoxe sont caricaturées de manière dramatique et préjudiciable alors que de très nombreuses voix, dans le judaïsme et dans l’orthodoxie, condamnent le sionisme et se désolidarisent d’Israël. Paradoxalement, elles sont associées à la mise en place du Grand Israël.

Rien n’est plus faux.

Depuis la fin des accords d’Oslo et sous les mandats successifs de Benjamin Netanyahu, le sionisme et l’Etat ont revêtu une même peau et présentent un même visage. Le maquillage est celui de la démocratie. La chair n’est pas celle-ci.

Il y a un courant de fidélité à la Torah qui a une dimension messianique. Mais il abhorre le sionisme et, alors que les étudiants des yeshivot sont appelés à servir sous les drapeaux pour s’assimiler à la démocratie et au civisme, ce judaïsme se refuse de se laisser enrôler dans Tsahal dans un combat qu’il déclare être impur et ne pas être le sien.

Cela est passé sous silence. Mais cette objection de conscience est capitale car la conversion d’Israël, via son appareil politique et sécuritaire, au mythe du sionisme pose un problème inextricablement pervers et dangereux pour une société démocratique.

La décision d’enrôler les ultra-orthodoxes dans l’armée – à leur corps défendant – est supportée par l’ensemble de la classe politique, et par l’opinion publique. Elle clôt un chapitre et scellerait, irrémédiablement, le destin de cette nation.

La provocation que constitue pour l’Etat de Droit la mise en œuvre de la loi de Halakha compromet le judaïsme. Netanyahu utilise avec habileté ce levier politique pour le discréditer de manière irrémédiable.

Le judaïsme n’a rien à voir avec le sionisme religieux, mais en acceptant une place à la Knesset, la rencontre entre théologie, pragmatisme politique et rapports de force parlementaires a faussé l’ensemble des rapports et dénaturé la perception des devoirs.

L’appréciation de surface, à laquelle se livrent les médias, a une valeur cosmétique.

Si nous ne faisons pas l’effort de discerner les enjeux profonds et leurs conséquences réelles sur la nature du régime sioniste tel qu’il est, alors tout le monde passe à côté de l’essentiel car deux visions irréconciliables sont aux prises l’une avec l’autre et le sionisme religieux, civique et messianique à la fois, écrasera le sionisme originel: Gideon surclasse Salomon, David et même Moïse et Abraham.

Au sein du judaïsme, l’exil a un sens spirituel. Le retour doit être divin, pas politique. Créer un État juif par la force humaine correspond à une transgression.

Ici, le messianisme est passif.

Le sionisme religieux, lui, considère que l’histoire peut être accélérée par l’action humaine. A ses yeux, l’État d’Israël est un instrument du plan divin. La souveraineté sur la terre a une valeur sacrée

Là, le messianisme devient actif. Peut-il être actif, sans être usurpateur?

Le moment qu’a ouvert le 7-Octobre-2023, met à nu une tension religieuse interne autour du sens de l’histoire, du temps, et de la souveraineté.

Mais elle n’est pas simplement une lutte entre “deux blocs religieux” homogènes : c’est plutôt une fracture au sein même du religieux juif, avec des implications politiques locales mais un retentissement dont nul ne doit douter qu’il est mondial et affecte, déjà, chaque conscience.

Ce qui s’est infiltré dans l’âme d’Israël mérite d’être vu, avant d’être tenu, pour ce qu’il est.