(Semblant de) Guerre et (semblant de) Paix

Si la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens, notre problème contemporain est peut-être que la paix est devenue, trop souvent, la continuation de la guerre.
Sous d’autres formes. L’utopie fixe l’horizon ; la civilisation construit le chemin. La frustration est peut-être, parfois, une transition à laquelle personne n’a donné de chemin.

Nous ne pouvons qu’être admiratifs devant les prodiges accomplis par la Chine en quelques décennies. Il faut commencer par le reconnaître, sans réticence ni arrière-pensée, parce que toute réflexion sérieuse sur la relation que nous entretenons avec elle doit partir de cette réalité.

Mais, cet hommage sincère rendu, une autre question apparaît : jusqu’où ce chemin peut-il se prolonger sous sa forme actuelle ?

Il ne débouche pas sur un état définitif de la mondialisation. Il rencontre progressivement une butée. L’accumulation des excédents chez les uns, des déficits chez les autres, la captation successive de la production, puis de la distribution et désormais d’une partie de l’intermédiation commerciale, ne peuvent se poursuivre indéfiniment sans produire leurs propres réactions.

L’affaire Shein n’en constitue qu’une manifestation particulièrement visible.

Lorsque l’usine s’est déplacée, nous avons cru pouvoir conserver le comptoir. Lorsque le comptoir commence à se déplacer à son tour, nous découvrons que la division internationale du travail sur laquelle reposait une partie de notre prospérité n’était pas un état stable du monde mais un moment de sa transformation.

Ils ont dépensé les dividendes de la paix
sans suffisamment investir dans les conditions
permettant à cette paix de continuer à produire
ses mêmes dividendes.

Alors apparaissent les droits de douane, les clauses de sauvegarde, les restrictions technologiques, les subventions défensives, les contrôles des investissements, la sécurisation des chaînes d’approvisionnement et, plus loin encore, la sécurisation des ressources et des territoires.

Entre la paix et la guerre s’installe ainsi tout un continuum d’états larvés que l’expression même de « guerre commerciale »» révèle assez bien.

J’ai déjà proposé de renverser la célèbre formule de Clausewitz. Celui-ci faisait de la guerre la continuation de la politique par d’autres moyens. Notre époque invite à se demander si ce que nous appelons encore la paix ne tend pas, dans certaines circonstances, à devenir la continuation de la guerre sous d’autres formes.

Tarifs, sanctions, embargos, contrôle des technologies, extraterritorialité du droit, sécurisation des matières premières, constitution de stocks, réarmement : la violence n’a pas disparu. Elle change de support, d’intensité et de comptabilité.

C’est ici que la question de la valeur réapparaît.

La guerre possède une valeur décomposable, mais essentiellement négative : vies humaines perdues, infrastructures détruites, capital productif immobilisé ou anéanti, échanges interrompus, populations déplacées, compétences détournées, ressources consacrées à l’armement puis à la reconstruction. Elle prélève sur les sociétés une sorte de « tribut négatif ».

La paix possède symétriquement une valeur décomposable : infrastructures préservées, commerce maintenu, confiance conservée, capitaux disponibles pour l’investissement productif, temps humain épargné, continuité des apprentissages, accumulation des savoirs et des patrimoines. Elle peut donc être regardée non seulement comme l’absence d’un coût, mais comme un « investissement positif ».

Dès lors que ces deux valeurs sont décomposables, elles deviennent au moins partiellement mesurables. Et dès lors qu’elles sont mesurables, rien n’interdit d’essayer de les faire entrer dans les instruments par lesquels nous administrons nos anticipations.

C’est peut-être là que les pays développés, et particulièrement l’Europe, ont commis leur erreur la plus profonde après la fin de la guerre froide.

Ils ont dépensé les dividendes de la paix sans suffisamment investir dans les conditions permettant à cette paix de continuer à produire ses mêmes dividendes.

Le postulat selon lequel nos économies pouvaient devenir des sociétés prospères de biens et de services n’avait rien d’absurde.

Ce postulat correspondait même à une intuition raisonnable : laisser progressivement les productions les plus intensives en travail à des économies en développement, conserver les fonctions à forte valeur ajoutée, investir dans la connaissance, les technologies, les infrastructures, les services et l’amélioration du niveau de vie.

Mais une société de biens et de services ne se décrète pas.
Elle s’organise.

Elle suppose de savoir :

Quelles compétences doivent demeurer souveraines,
Quelles productions peuvent être externalisées,
Quelle valeur doit rester sur le territoire,
Quelles dépendances sont acceptables,
Comment les gains de productivité sont répartis,
Comment les travailleurs déplacés par les transformations économiques sont reconvertis
Et, surtout, comment la valeur libérée par la mondialisation est réinvestie dans l’étape suivante.

Or l’accélération technologique a été foudroyante tandis que nos représentations économiques et politiques sont demeurées beaucoup plus lentes, figées dans la chrysalide ancienne.

Comment investir
dans la compensation
avant de devoir investir
dans la coercition ?

Nous avons raisonné en secteurs quand les chaînes de valeur devenaient des réseaux. Nous avons compté les marchandises lorsque les plateformes commençaient à capter les données. Nous avons surveillé les usines lorsque se déplaçait le comptoir. Nous avons regardé les balances commerciales lorsque se constituait une nouvelle géographie mondiale des infrastructures, des technologies et de la puissance.

Et nous avons souvent traité comme une dépense ce qui aurait dû être un investissement d’anticipation.

C’est précisément à cet endroit que l’ingénierie de la valeur prend son sens.

Elle ne consiste plus seulement à demander comment corriger un déficit commercial entre l’Europe et la Chine. Elle pose une question beaucoup plus générale : « Comment donner aujourd’hui une valeur aux déséquilibres dont nous savons qu’ils produiront demain des coûts infiniment supérieurs si nous les laissons s’accumuler ? »
Autrement dit, comment investir dans la compensation avant de devoir investir dans la coercition ?

Car le capital que nous refusons de consacrer suffisamment tôt à l’organisation d’un équilibre ne disparaît pas nécessairement.

Il peut revenir plus tard sous une autre forme.
Et beaucoup plus cher.

Il peut apparaître sous forme de barrières commerciales, de subventions défensives, de sécurisation des approvisionnements, de course aux armements, d’accaparement territorial ou, au terme de la dégradation, de destruction et de reconstruction.
Il peut acquérir une forme intraitable.

C’est peut-être l’un des paradoxes majeurs de notre époque : nous hésitons devant le coût de l’anticipation, mais nous trouvons des centaines de milliards lorsque l’échec de cette anticipation transforme la tension en urgence.

L’ingénierie de la valeur aurait précisément pour fonction de faire apparaître avant la crise la valeur que la crise nous forcera, autrement, à reconnaître après elle.

Au terme de cette réflexion apparaît donc une question qui dépasse encore celle de la mondialisation.

Si nous savons décomposer le coût de la guerre, si nous pouvons identifier le tribut négatif qu’elle prélève sur les hommes, les infrastructures, les patrimoines, les échanges, les connaissances et la confiance ; si nous pouvons, symétriquement, décomposer les bénéfices produits par la paix et considérer leur préservation comme un investissement positif, alors la question n’est plus seulement de savoir comment commercer.

Elle devient celle des conditions économiques, politiques et institutionnelles du « vivre-ensemble », dont il est notable de constater que c’est cette notion même qui a été attaquée en premier par les extrêmes-droites réactionnaires.

Il ne s’agit évidemment pas de rêver d’un monde sans nations, sans frontières, sans intérêts divergents ni rapports de puissance. Une civilisation universelle ne saurait être une civilisation uniforme.

Elle devrait précisément permettre la différence.

Mais permettre la différence suppose d’organiser les conditions dans lesquelles aucune différence de puissance, de richesse, de modèle politique, de démographie, de ressources ou de développement ne soit condamnée à se transformer mécaniquement en domination, frustration ou affrontement.
C’est peut-être ce qui manque encore à la mondialisation pour que les bonheurs qu’elle pourrait dispenser ne soient pas qu’ilusions et mirages.

Nous avons formidablement organisé la circulation des marchandises, des capitaux, des informations et, dans une moindre mesure, des personnes. Nous avons beaucoup moins bien organisé la circulation et la compensation des conséquences que ces mouvements produisent.

Or aucun système ne peut durablement demander à certains de supporter les externalités de la prospérité des autres sans faire naître tôt ou tard une réaction.

La réussite chinoise elle-même en fournit une illustration remarquable. Elle doit être reconnue pour ce qu’elle est : l’une des transformations économiques, industrielles, scientifiques et humaines les plus considérables de l’histoire contemporaine.

Mais précisément parce qu’elle a réussi, elle transforme les conditions de l’équilibre qui avait permis son succès.

Le monde qui a permis à la Chine de devenir ce qu’elle est ne peut demeurer exactement le même lorsque la Chine est devenue ce qu’elle est.

Et la réponse ne peut raisonnablement consister à lui demander de cesser de réussir.

Elle ne peut davantage consister, pour l’Europe ou les États-Unis, à accepter indéfiniment les conséquences de transformations qu’ils ne parviennent plus à absorber politiquement, économiquement ou socialement.

Il faut donc passer de la recherche d’un équilibre statique à l’organisation permanente des métamorphoses.

C’est ici que pourrait commencer une véritable civilisation universelle du « vivre-ensemble ».

Non par l’abolition des intérêts, mais par leur explicitation.
Non par la disparition des déséquilibres, mais par leur mesure.
Non par l’interdiction des ambitions, mais par l’organisation de voies permettant de les réaliser sans prédation.
Non par la négation des frustrations, mais par l’existence de mécanismes permettant de les reconnaître avant qu’elles ne deviennent ressentiment.
Non par la promesse d’une paix éternelle, mais par l’investissement permanent dans les conditions qui rendent la guerre moins rationnelle que la coopération.

Une telle civilisation aurait donc besoin d’une grammaire.

Elle devrait savoir distinguer le prix de la valeur, le commerce de la prédation, la dépendance de l’interdépendance, l’ambition de l’accaparement, la souveraineté de l’autarcie, la sécurité de la domination et la concurrence de la destruction.

Elle devrait également apprendre à introduire le temps dans ses calculs.

Car une frustration peut être reconnue aujourd’hui et compensée demain. Une ambition peut être légitime sans devoir être immédiatement satisfaite. Un déséquilibre peut être toléré s’il existe une trajectoire crédible permettant de le réduire. Un investissement peut constituer la contrepartie future d’un avantage présent.

C’est tout l’intérêt du paramètre d’attente.

Il permet de passer d’une civilisation de la réaction à une civilisation de l’anticipation.

Nous savons déjà inscrire une dette dans le temps. Nous savons actualiser un revenu futur. Nous savons assurer un risque qui ne s’est pas encore réalisé. Nous savons donner aujourd’hui une valeur à une tonne de carbone dont les conséquences climatiques se déploieront pendant des décennies.

Pourquoi serions-nous incapables d’élaborer progressivement des instruments permettant de donner une valeur aux déséquilibres économiques, sociaux ou stratégiques dont nous savons qu’ils nourriront demain les tensions ?

La technologie rend désormais envisageables des systèmes de mesure, de certification, de conditionnalité et de compensation infiniment plus sophistiqués que ceux dont disposaient les architectes de l’ordre international du XXe siècle.

Mais elle ne décidera de rien à notre place.

Le véritable problème n’est pas informatique.

Il est politique, juridique et, finalement, civilisationnel : qu’acceptons-nous de reconnaître comme valeur chez l’autre afin qu’il puisse reconnaître comme valeur ce que nous voulons préserver chez nous ?

C’est peut-être cela, au fond, le vivre-ensemble à l’échelle du monde.
Non pas s’aimer.
Non pas se ressembler.
Non pas renoncer à défendre ce que nous sommes.

Mais construire suffisamment de langage, de mesure, de droit, de confiance et de contreparties pour que la poursuite de nos intérêts respectifs produise davantage de valeur à partager que de valeur à détruire.

La civilisation ne commencerait alors pas avec la disparition du conflit.
Elle commencerait avec notre capacité à lui donner d’autres instruments que la destruction.

Inesthétique de la dialectique politique

Autres temps, autres moeurs. Autres moeurs, autre temps. Ce qu’impose, avec le soutien d’Elon Musk, qui en est un fervent adepte, à la communication politique, la pratique de mèmes, relève de l’amputation de la capacité cognitive des masses. C’est, à la démocratie, ce qu’est l’analogique les formats compressés. Mais qu’est-ce qui est altéré et perdu?

Trump publie régulièrement des mêmes, à haute fréquence: dernier en date sur le changement de nom du lac Ontario en lac America.

Cette communication « sous-réaliste », tellement inattendue de la part de l’hôte de la Maison Blanche, choque, amuse, brise les codes politiques, détourne l’attention peut-être, écrase les circuits de la critique de la raison.

Le surréalisme cherchait à libérer l’esprit par-delà le réel ; le sous-réalisme politique pourrait chercher à l’atteindre en deçà de la raison.

Peut-être, pire, de manière massive, ce mode d’expression représente, s’appuyant sur ce curieux objet qu’est le méme, le déploiement d’une technologie, urbi et orbi, de guerre cognitive. Elle installe un puissant comité central qui régit la perception du réel, détermine ce que doit être la volonté, qui la commande et comment elle est commandée.

Le mème possède, en effet, une propriété politique assez extraordinaire: il court-circuite l’argumentation. Il ne demande presque aucun temps de lecture, ne développe aucun raisonnement susceptible d’être réfuté et produit immédiatement une émotion : rire, indignation, sidération, jubilation, colère.

Une étude universitaire publiée cette semaine décrit précisément le mème politique comme une unité sémiotique comprimée, conçue pour la circulation algorithmique et l’activation émotionnelle avec une très faible « friction cognitive ». Elle observe que la communication de Trump et de la Maison-Blanche en a fait une véritable technologie institutionnelle de production de visibilité, d’affect et de controverse.

L’étude en question est celle-ci: « When power speaks in memes: contemporary political communication in the age of artificial intelligence in democracy ». Elle a été publiée le 26 août 2026 dans Cogent Social Sciences.
Les auteurs analysent plus d’un millier de commentaires, réactions et métriques autour de contenus audiovisuels et mémétiques.

Une seconde étude, publiée, elle, le 10 août 2026 dans Social Media Society, beaucoup plus quantitative : « Make Campaigns Dance Again: The Trumpdance and the Memeaesthetic Logic of TikTok ». Elle analyse 6 799 vidéos TikTok liées à la fanfaronade dansée que figure le Trumpdance et développe le concept de « memeaesthetic »: le geste politique devient un modèle esthétique reproductible, imitable et circulant indépendamment de l’argument politique initial.

Le cerveau du peuple est-il le cerveau d’un consommateur comme un autre?

Car les technologies utilisées ici ne sont pas nées pour gouverner. Elles ont été perfectionnées pour capter l’attention, provoquer le désir, susciter l’engagement, mesurer la réaction, recommencer et optimiser. Elles ont appris à connaître le consommateur par ses impulsions avant même de prétendre s’adresser au citoyen par sa raison.

Le problème démocratique commence peut-être exactement là : lorsque les techniques qui permettaient hier de faire préférer une marque, une vidéo ou un produit deviennent suffisamment puissantes pour faire préférer une représentation du réel.

Le consommateur peut être ciblé. Segmenté. Profilé. Sollicité jusqu’à l’achat.

Mais le Peuple ?

Dans une démocratie, le peuple n’est précisément pas un marché disponible. Il est le souverain.

Si les mêmes technologies de captation peuvent agir sur l’un et sur l’autre sans rencontrer de différence fondamentale de régime, alors ce n’est plus seulement la communication politique qui est transformée. C’est le lieu même où réside la souveraineté qui devient vulnérable.

La guerre cognitive commencerait peut-être ainsi : non pas lorsque quelqu’un nous impose ce que nous devons penser, mais lorsqu’une technologie acquiert suffisamment de puissance pour décider de ce à quoi nous allons penser avant même que nous ayons commencé à penser.

Pour rappel, simplement : Versailles était un gigantesque objet de communication politique. Le Sacre de Napoléon, de Jacques-Louis David, était de la communication politique. Michel-Ange l’était aussi lorsqu’il recevait des papes la commande de la chapelle Sixtine et du Jugement dernier. Sans parler des Médicis, faisant de Florence l’épicentre d’un courant artistique qui portait en lui-même la puissance de leur paradigme.

Ces objets de communication, d’une complexité, d’une ambition et parfois d’une beauté vertigineuses, étaient ceux que les pouvoirs adressaient à des peuples souvent rustres, largement illettrés.

Comparons-les aux objets que les hégémons contemporains adressent à des peuples massivement alphabétisés, éduqués, souvent cultivés, disposant théoriquement d’un accès presque illimité à la connaissance.

Versailles, David, Michel-Ange, Florence (pour ne citer qu’eux) d’un côté. Le mème et ses avatars de l’autre.

Avant, le pouvoir cherchait la puissance par la densité symbolique ; aujourd’hui, une certaine forme de pouvoir cherche la puissance par la compression cognitive.

Le problème du mème politique n’est pas seulement ce qu’il dit du pouvoir qui l’émet. Il est ce qu’il suppose du peuple auquel il s’adresse.

Le paradoxe est cruel.

L’Homme de Sitruve dans l’enfer numérique

En qualifiant de « sociaux » des dispositifs industriels de médiation comportementale, nous avons commis une erreur fondamentale. Quand le dommage devient statistiquement incontestable, la transformation anthropologique a déjà eu lieu.

Le jugement transactionnel accepté par Meta, la compagnie créée par Mark Zuckerberg à partir de Facebook, à près de 20 milliards de dollars, permet de faire un parallèle avec le processus progressif et de plus en plus sévère de bannissement de l’industrie du tabac. Au terme d’un procès de 5 jours, organisé à Oakland, en Californie, cette transaction a permis d’éviter, à ce jour, une avalanche de procédures.

Il ne reporte pas les questions de fond. Il y en a. Elles sont lourdes.

Parmi elles, le moment juridique à partir duquel a été admise l’idée que des applications, auxquelles Facebook a ouvert la voie, pouvaient être qualifiées de « réseaux sociaux » mérite, à ce titre, un examen méticuleux car, à l’épreuve des faits, rien n’est plus étranger à un réseau social que ce que nous nommons sous le label générique de « réseaux sociaux ».

Quelque chose de fondamental, ici, au premier degré, si j’ose dire, a cédé aux pulsions et au miroir des illusions.

On pourrait reconstituer une généalogie juridique et sémantique assez vertigineuse.

Au commencement, Facebook est essentiellement un service informatique privé : une entreprise fournit une interface permettant à des individus de publier, d’échanger, de constituer des listes de relations et de produire des données.

Puis nous avons accepté collectivement de désigner cet objet comme un « réseau social ».

Or le glissement n’est pas innocent. Le réseau existait réellement ; mais qu’il fût social au sens où l’on parle du lien social, de la société ou de l’espace public était déjà une proposition beaucoup plus considérable.

Car Facebook ne reproduit pas simplement les relations sociales. Il les formalise, les mesure, les classe, les recommande et, surtout, en organise l’intermédiation selon ses propres finalités économiques.

C’est ici que le parallèle Big Tobacco devient puissant en même temps qu’il présente une limite.

Pendant très longtemps, la cigarette a été juridiquement appréhendée essentiellement comme un produit de consommation. L’individu était supposé souverain : il achetait, fumait, assumait.

Progressivement, cette représentation s’est effondrée à mesure qu’étaient établis trois éléments : le dommage, la dépendance et la connaissance qu’en avait l’industriel.

La question juridique s’est alors déplacée :

« Pourquoi les gens fument-ils ? »

est devenue :

« Qu’a fait l’industriel pour qu’ils continuent à fumer ? »

C’est exactement le déplacement auquel nous assistons avec Meta, premier finalement à encourir les foudres de la justice des Hommes, comme en témoigne l’audience à laquelle il a dû faire face et dont Meta s’est tirée en limitant substantiellement, même si la somme paraît astronomique, les dégâts.

Nous avons peut-être commis une erreur fondamentale en considérant ces entreprises comme les fabricants de nouveaux espaces sociaux, alors qu’elles fabriquaient d’abord des dispositifs industriels de médiation du comportement humain.

Cette confusion leur a conféré une extraordinaire légitimité.

On parlait de « communauté », d' »amis », de « partage », de « conversation », de « réseau social ».

Tout le vocabulaire provenait du registre anthropologique et affectif, alors que le modèle économique relevait de l’industrie: acquisition, rétention, engagement, segmentation, monétisation.

C’est presque une privatisation du vocabulaire de la sociabilité.

À quel moment le droit a-t-il accepté de qualifier de « social », un dispositif industriel dont l’objet économique consistait précisément à capturer, mesurer et monétiser les interactions sociales?

Le sujet de cette double imbrication du droit et de la technologie – le premier accusant constamment un retard devant la surprise créée par la seconde – apparaît alors dans toute son ampleur. Le droit nomme tardivement ce que la technologie a déjà installé dans les usages; mais, en le nommant, il lui confère une réalité juridique qui contribue en retour à le naturaliser.

Cela entraîne les démocraties à subir le phénomène qui les transforme et dénature les rapports sociaux authentiques.

Big Tobacco captait une dépendance individuelle.

Les prétendus « réseaux sociaux » captent et organisent l’attention, la perception et jusqu’aux conditions de formation du jugement collectif. Ils agissent sur les masses, selon des opérateurs et des intérêts qui nous échappent.

Leur marché est l’espace cognitif plus que celui du psychisme individuel. C’est là que se développe toute une catégorie d’influences nocives, à la rencontre de ce potentiel et des sources de lucre.

Je ne parle pas des messageries cryptées de type Telegram qui ouvrent à la fois d’autres brèches et d’autres passerelles.

Et cela change complètement l’orientation juridique.
Le RGPD demande essentiellement: « Que faites-vous de mes données? »
Le droit qui vient devra également demander: « Que faites-vous de moi à partir de mes données ? »

Pour ne pas perdre cette course entre le droit et la technologie, au cœur de la notion de souveraineté et de l’intégrité anthropologique, que faut-il anticiper?

Il ne suffit plus d’anticiper les technologies ; il faut anticiper ce qu’elles rendent possible avant que leurs usages aient acquis la force du fait social.

Autrement dit, le droit ne gagnera jamais la course s’il attend le dommage pour qualifier l’objet. La cigarette pouvait être réglementée après constatation statistique de ses effets. Avec l’IA, les plateformes algorithmiques, les interfaces neuronales ou les agents autonomes, lorsque le dommage devient statistiquement incontestable, la transformation anthropologique peut déjà avoir eu lieu.

Six choses à anticiper :

1. La captation de l’attention.

Nous avons longtemps protégé le corps, la propriété, la correspondance, les données personnelles. L’attention reste beaucoup moins constituée juridiquement comme un bien à protéger. Or une industrie capable d’organiser continuellement ce que nous regardons, dans quel ordre, pendant combien de temps et avec quelles sollicitations possède quelque chose qui ressemble à un pouvoir d’administration de la disponibilité mentale.

2. La formation du jugement.

C’est l’étape supérieure. Le problème n’est plus seulement : mes données ont-elles été utilisées sans mon consentement ? Il devient : dans quelles conditions mon opinion s’est-elle formée ? Une démocratie protège jalousement le secret du vote, beaucoup moins l’intégrité du processus cognitif qui précède le vote. Il y a là, à mon sens, un immense chantier juridique.

3. La simulation du social.

Après avoir appelé « amis » des relations médiatisées par Facebook, nous allons appeler interlocuteurs, conseillers, compagnons, peut-être collègues ou amants, des entités synthétiques. Le droit devrait cette fois poser la question avant la naturalisation du vocabulaire : quelle différence voulons-nous juridiquement préserver entre relation humaine et simulation industrielle d’une relation humaine ?

4. La délégation cognitive à l’IA.

Il ne s’agit pas seulement de savoir si une IA donne une bonne réponse. À partir de quel degré de délégation — chercher, résumer, choisir, écrire, négocier, acheter, décider — l’utilisateur cesse-t-il progressivement d’exercer certaines facultés ? Cela ne conduit évidemment pas à interdire l’IA ; l’écriture elle-même est une technologie de délégation de la mémoire. Mais une société doit pouvoir déterminer quelles facultés elle juge constitutives de l’autonomie humaine et politique.

5. L’agentivité.

C’est peut-être le prochain grand choc juridique. Une plateforme nous recommandait quoi faire. Un agent d’IA pourra faire à notre place : contracter, acheter, négocier, communiquer avec un autre agent, filtrer l’information, engager certaines ressources. Le droit devra déterminer très tôt où s’arrête la délégation et où commence l’abandon de souveraineté individuelle. Le consentement ne peut plus être seulement le clic initial donnant accès à un système susceptible d’enchaîner ensuite des milliers d’actes.

6. Enfin, l’intégrité anthropologique.

Il ne s’agit pas de la concevoir comme la défense d’un homme supposément « naturel » contre la technique — l’humanité est technicienne depuis toujours — mais comme la conservation des conditions permettant à un être humain de demeurer auteur de ses représentations, de ses relations et de ses décisions.

Et cela change complètement l’orientation juridique.
Le RGPD demande essentiellement : « Que faites-vous de mes données? »
Le droit qui vient devra également demander : « Que faites-vous de moi à partir de mes données ? »

C’est une différence considérable puisqu’elle se signale au niveau de la conscience de soi, de soi dans une communauté, dans une société, dans une humanité.

Elle permet aussi de comprendre pourquoi le parallèle avec Big Tobacco possède une limite qui, loin de l’affaiblir, rend tout raisonnement sérieux sur l’horizon plus inquiétant.

Big Tobacco pouvait produire une dépendance dans l’individu. Les technologies cognitives peuvent simultanément agir sur l’individu et modifier l’environnement dans lequel cet individu construit sa représentation du réel.

Simulacre de puissance Obligation de vérité

« Désolé », même s’il est tentant de s’y allier, la sortie honorable que tente de forcer le président américain en crachant une dernière fois le feu sur Téhéran, avec une violence spectaculaire qui s’est voulue parfaitement calculée, ne peut pas lui être accordée. L’épilogue à des années de manipulation ne saurait consister en une esquive.

@realDonaldTrump tente de faire entrer le monde entier, avec la complaisance des médias, dans l’ère du mensonge la plus désinhibée et brutale qui puisse être, fondée sur le spectre largement surestimé du nucléaire iranien.
Il croit pouvoir compter sur l’étranglement de l’économie mondiale pour s’assurer l’impunité et fait miroiter un accord scellé au G7 qui ravirait tout le monde, y compris Israël.

Ses bombardements à Téhéran, dans le nuit du 11 au 12 juin 2026, pour intimider la République Islamique d’Iran – qui, selon lui, s’est rangée à son accord – ne sont que des coups de bluff dans une incroyable partie de poker menteur qu’il a cru mener en maître du jeu absolu.

Le président de l’ex-première puissance mondiale abat ses dernières cartes devant des peuples et des capitales internationale médusées.

Seuls les médias gobent le récit. C’est dire.

L’agenda du G7, qui se réunit du 15 au 17 juin prochains, à Evian-les-Bains n’est pas tant l’ouverture du détroit d’Ormuz que l’acceptation ou pas d’entrer, pieds et mains liés par Trump, Netanyahu et Poutine, dans cette ère détestable.

La raison pousse à espérer la résistance de l’Iran à ce coup de force car c’est la famille humaine, sacrée dans son ensemble, qui a le plus à perdre à s’accommoder d’un simulacre de puissance basé sur la machination et le mensonge.

Nous ne pouvons pas, tout simplement, nous le permettre.

Que la main de justice requise soit de velours dans un gant de velours ou de fer dans un gant de velours ne doit pas empêcher l’existence d’une main ferme pour mettre le holà à cette gestuelle.

L’Iran accède, aujourd’hui, aux moyens de sa métamorphose quand d’autres doivent faire face à la dureté du miroir.

Ces moyens, dans une région et un monde qui n’aspirent qu’à la Paix, les lui sont, après 40 années de privation dus à un embargo sévère et injuste, accordés.

La République Islamique d’Iran entre dans une nouvelle phase et fera selon ce que lui dicte sa souveraineté et son sens de l’histoire.

PS: Pour une raison que j’ignore, ce texte, fidèle à l’original dont la traduction en anglais [ci-dessus en anglais] y a été publiée, a été censuré, malgré plusieurs tentatives en ce sens, par X. Cette publication sur mon blog en représente une version très légèrement remaniée, à l’exception du paragraphe final consacré à l’usage que fera la République Islamique d’Iran de la dite victoire.

« There’s a killer on the road »

De l’assistance militaire à la symbiose algorithmique : la Section 224 du Congrès américain s’apprête à sceller une fusion sans précédent entre les appareils de guerre des États-Unis et d’Israël. Entre mécanique aveugle et perte de contrôle démocratique, analyse d’une matière politique où la Paix, désormais tenue en laisse, semble suivre une trajectoire dont l’issue nous échappe.

Le Congrès des Etats-Unis d’Amérique s’apprête à assurer une intégration totale et fusionnelle des systèmes de guerre americano-israélien
J’appelle donc à prêter une attention toute particulière à la publication repostée ci-dessous.

Cette analyse n’est pas à ranger – je tiens au distinguo  – dans le registre des simples points de vue et du débat d’idée, qui inscrit toute choses dans une perspective relativiste transformant le discernement en variable de désajustement démocratique.

Le Quincy Institute dresse un examen clinique. C’est une observation médico-légale à laquelle il se livre, laquelle souligne un net changement de paradigme qui nous place au seuil de l’ère des apocalypses.

Il ne faut pas avoir peur des mots.
Il faut avoir peur de la réalité. Il faut le courage des mots pour ne pas avoir à craindre la réalité.
Habituellement, les États-Unis fournissent une aide financière ou matérielle (le modèle de l’aide), permettant au Congrès de voter chaque année sur le maintien de ce soutien.

Avec la Section 224, le Quincy Institute dénonce qu’on bascule dans une intégration technique et industrielle avec Israël: partage de données brutes, co-production d’IA, systèmes cyber et technologies autonomes. Pour Quincy, cela crée un « verrouillage » technologique rendant la séparation des deux armées quasiment impossible.

Cette symbiose aboutit à une entité qui n’appartient plus à aucune souveraineté nationale propre. C’est d’elle dont on peut dire qu’elle a enclenché la dynamique du détroit d’Ormuz ; c’est elle qui, en vertu d’objectifs opaques, tient la Paix en laisse et l’affale, la dresse comme un chien à enrager.

Pour paraphraser le 45/47e président des États-Unis : payez une attention toute particulière à cette matière.

En guise de conclusion face à cette mécanique infernale, ces mots de Jim Morrison me reviennent:

« There’s a killer on the road / His brain is squirmin’ like a toad / Take a long holiday / Let your children play… »

(Il y a un tueur sur la route / Son cerveau se tortille comme un crapaud / Prends de longues vacances / Laisse jouer tes enfants).

Trump, Netanyahou et Poutine unis contre la Paix des Nations

Le monde est en guerre, mais personne ne le voit.

Je mesure en lisant et écoutant de nombreux commentaires qui jonglent, alternativement, entre le sort de l’Ukraine et la situation dans le détroit d’Ormuz, combien les observateurs semblent désemparés pour expliquer l’actualité.

Ils sont incapables de sa sortir d’un schéma mental selon lequel Trump n’a qu’une hâte, se sortir du guépier dans lequel il serait entré par erreur.

C’est une erreur de considérer qu’il y est entré par erreur.

Dans le cas du Moyen-Orient comme à Kyiv, où la Russie a changé de gamme d’armement, et demandé, par la voix de Sergueï Lavrov, aux chancelleries étrangères de retirer leurs diplomates, celui qui exige le prix Nobel de la Paix n’a jamais cessé d’alimenter un jeu de tensions, au détriment des alliés traditionnels de ce qui formait l’Occident.

Cet Occident, Donald Trump le tue à petit feu, lui et ses valeurs, au profit d’une autre version, dont l’axe court de Washington à Moscou en passant par Tel-Aviv. C’est un Occident où Palantir a son mot à dire et où le pape Léon XIV et son encyclique « Magnifica Humanitatis », lui, n’a plus la parole.


Dans les deux cas, les cadres analytiques sont inopérants. C’est pour cette simple et unique raison que les experts ne parviennent plus à comprendre et la logique des conflits et la logique de leur règlement. Il n’y a pas de solution dans un seul cadre, parce que le cadre ne s’appartient pas à lui seul. Il fait partie d’un ensemble plus vaste, coordonné avec la précision d’un montre russe.


Les pièces ne s’alignent pas avec les intentions car les événements ne concernent pas plusieurs échiquiers différents, mais un échiquier global où les fous de Mar-a-Lago, de Tel-Aviv et de Moscou, imposent leur loi.

C’est ce qui me fait dire et assumer qu’ils sont liés par un complot contre la Paix des Nations ayant pour buts de livrer le Moyen-Orient au chaos, les pays de l’Union Européenne à la Russie, et le contrôle du monde aux USA.


Tant qu’on n’a pas compris cela, on n’a rien compris.

On n’y voit que du feu.

Tant qu’on n’a pas compris ça, on se désespère des voltefaces de Donald Trump qui trouve toujours le moyen de faire dérailler les négociations qu’il prétend engager.

Israël et les USA de Trump ont réussi à faire de la question du nucléaire iranien un enjeu existentiel pour l’ensemble de l’Occident.

Ce fut un coup magistral car il permet de maintenir sur le sujet des négociations avec la République Islamique d’Iran, et sur l’ensemble du débat politico-médiatique, une pression négative utile pour masquer l’étendue de la tromperie.

La Paix n’est jamais un processus dans lequel on entre à reculons. Ici, l’Amérique non seulement entre à reculons, mais fait tout pour saboter le dénouement, bien aidée par Israël et son exigence sécuritaire absolue.

L’exigence de sécurité est légitime. Elle suppose une réciprocité. L’exigence de sécurité offre un horizon de réalisation satisfaisant les belligérants.

Elle est donc à distinguer de l’exigence sécuritaire qui ne se satisfait de rien sinon de l’annihilation et de la destruction de toutes les souverainetés externes.

Les soi-disant « Accords d’Abraham » sont, à la lumière des événements comme de l’injonction, hier, de Trump à obtenir ratification des pays arabes, et notamment de l’Arabie Saoudite contre une désescalade, un tour de passe-passe.

Ces accords ne mystifient plus personne de sérieux, j’entends par sérieux quiconque regarde la réalité, la structure qu’elle compose, sans avaler les grosses couleuvres des fictions, fussent-elles sophistiquées, auxquelles, tourvà tour, Netanyahou, Trump ou Poutine exigent que nous adhérions.

Voici l’état du sionisme aujourd’hui et nul ne peut reprocher à l’Iran de prétendre défaire de monstre. L’adage selon lequel qui se ressemble s’assemble n’a pas a été bousculé pour comprendre la dynamique monstrueuse qui unit les protagonistes et qui en fait les frais.

Certains estiment que ces guerres, susceptibles d’aboutir à une guerre mondiale, sont déjà hors de contrôle et que rien ne pourra arrêter les puissances de feu engagées.

Je ne suis pas d’accord. Je vois, personnellement, un coup d’arrêt brutal advenir. Mais ce coup d’arrêt ne pourra advenir qu’au moment où l’ensemble des nations, tétanisées, cesseront de discuter du sexe de la future et hypothétique bombe nucléaire iranienne pour regarder le film complet sur tout l’écran.

Il est permis de remonter assez loin.

A ce moment-là cette guerre par morceaux, pour reprendre un qualificatif de Jean-Paul II, sera achevée.
Un nouveau monde pourra naître. Il en aura les moyens et l’opportunité.

Comment, et avec qui, l’Amérique de Trump s’apprête à nous manger

Le National Security Strategy publié en novembre 2025 établit précisément une feuille de route. Ce n’est pas une doctrine, ce sont des ordres de mission.

L‘hypothèse que j’ai eu l’honneur de développer pour expliquer, aux antipodes du narratif livré par les protagonistes, la guerre engagée par les USA et Israël s’inscrit un processus de domination énergétique.

Pour en résumer les conclusions auxquelles j’aboutis, ma thèse, publiée sous le titre « Make America Little Again » développe l’idée qu’une partie de la stratégie américaine contemporaine ne viserait plus à maintenir un ordre mondial ouvert, mais à recentrer la puissance des États-Unis sur une forme d’autarcie énergétique et géopolitique dont, d’une part, la guerre engagée contre l’Iran constitue l’axe de redistribution et, autre part, la prise de contrôle de ressources stratégiques (Venezuela, Essequibo, Panama, Groenland), l’exutoire régulier pour convertir les désordres créés au Moyen-Orient en flux de liquidités.

L’objectif consiste à la fois à sécuriser l’approvisionnement intérieur américain, au prix d’un déséquilibre global. Il fait dépendre l’Europe et l’Asie de ressources et potentiels localisés en Amérique, et, s’agissant du rôle dévolu à Israël, en Méditerranée Orientale et au Moyen-Orient.

Le cœur de la manœuvre m’apparait ne pouvoir être que celle-là, même si elle se présente sous les atours de défense des valeurs démocratiques et avec des arguments consistant à  exagérer la menace nucléaire iranienne pour en faire l’enjeu du conflit.

L’hypothèse que je retiens présente de surcroît l’avantage d’être conforme à la Stratégie de Sécurité Nationale, telle que publiée en novembre 2025, par la Maison Blanche.

La nouvelle doctrine américaine s’y détache du magistère moral et de phare de la liberté.  Le continent américain redevient la priorité stratégique centrale (« Trump Corollary » à la doctrine Monroe). Le texte insiste sur le contrôle de l’hémisphère occidental, des routes énergétiques, des frontières, du Panama, du Groenland et de l’influence chinoise dans les Amériques.

Bien plus qu’un instrument intellectuel recalibrant les relations internationales, le NSS 2025 propose une feuille de route rendant très polyvalente la notion de sécurité stratégique.

Sa mise en application a été très rapide. Le 3 janvier 2026, Maduro est capturé et une équipe gouvernementale favorable aux intérêts américains est installée.

En janvier 2026, Donald Trump relance frontalement l’idée d’un contrôle américain sur le Groenland, refuse d’exclure la contrainte économique ou militaire, menace de tarifs douaniers contre plusieurs alliés européens et rattache explicitement le Groenland à la sécurité nationale américaine.

Le 28 février, en pleine phase de négociations, Israël et les USA attaquent l’Iran et décapitent les dignitaires et un nombre élevé de hauts responsables croyant précipiter la chute du régime.

Il a été dit que Trump ne s’attendait pas à un blocus du détroit d’Ormuz au moment où il a décidé de déclencher le conflit.

Qui peut accorder crédit à cette hypothèse ?

​Par ailleurs, à défaut de disposer d’une doctrine israélienne, elle se déduit du concept de « Régional Capstone Alliés »  que pose le nouveau document stratégique américain. Désormais Israël doit agir comme un Régulateur Régional Autonome.

C’est dans ce cadre que la guerre contre l’Iran s’inscrit. Israël s’établit comme la force de torsion qui empêche la pénétration adverse dans le « corridor énergétique » vital.

Israël ne veut plus être une petite grande puissance. Cette guerre, et les effets à en recueillir, lui permettrait de revendiquer le statut intégral de grande puissance.

Cela suppose qu’Ormuz et Suez soient voués aux perturbations, promis à des épisodes de crises, pendant que de nouveaux couloirs, de nouveaux réseaux et dispositifs logistiques, des systèmes de production alternatifs suppléent et prennent le relais, abandonnant aux pays du Golfe un rôle subalterne et supplétif.

​Dans cette optique, l’intervention au Liban Sud est le bras armé d’une stratégie de clôture territoriale : transformer la frontière en une membrane étanche pour protéger les actifs économiques du bassin levantin et permettre leur croissance.

Le concept de « Regional Capstone Allies » dans la NSS 2025 n’est pas formulé comme une définition doctrinale unique et stabilisée, mais il apparaît comme une architecture géopolitique nouvelle: les États-Unis veulent s’appuyer sur quelques alliés-pivots régionaux capables de porter localement une partie du fardeau stratégique américain.

Dans la mesure où l’Europe est présentée comme un continent affaibli et sur le déclin civilisationnel, et compte tenu des services rendus à Poutine, qui bénit une guerre qui redonne de l’oxygène à son économie, qui tarit le stock d’armes disponibles pour l’Ukraine, et voit le désaveu de l’OTAN sanctionné par un retrait de plusieurs milliers d’hommes, il est souhaitable de se demander à qui sera dévolu le rôle d’allié clé de voute en Europe?

Décrypté par cette grille, le Sommet d’Anchorage du 15 août 2025 n’était pas une simple tentative de paix en Ukraine, mais l’acte de naissance d’un nouvel axe de régulation planétaire: le Condominium Trump-Poutine-Netanyhou.

Voici donc, comment – et avec qui – l’Amérique de Trump s’apprête à nous manger.

Les yeux sont parfois plus gros que le ventre.

Tout donne pourtant à penser que le plan, et plus encore le complot contre la paix mondiale que cela représente au sens même que lui a prêté le procureur Jackson au procès de Nuremberg, ne fonctionne pas comme sur du papier à musique.

Je vois une rébellion des nations poindre et un retour en fanfare des Nations Unies.

Trump, qui voulait achever le multilatéralisme, sera battu, finalement, par une vieille idée américaine. Celle de Roosevelt: les Nations-Unies.

Sources:

National Security Strategy

.Téhéran, .Beyrouth, .Marioupol, .Gaza, .com

​La vérité, c’est que l’expression la plus dense des humains ne tient pas dans des phonèmes. Elle réside dans leurs villes, et dans le monde auquel elles s’attachent.

​La cité, quelle que soit son importance, est l’expression absolue de tous les autres langages dont nous sommes capables. Les civilisations rayonnent à travers les cités qu’elles édifient pour établir la pacification des mœurs, la prospérité et le développement économique, ainsi que le fleurissement des arts et des sciences.

Tout ce qu’il y a à savoir d’un individu ou d’une collectivité est ramené à la conscience qu’il établit avec la cité, la ville, non pas comme son territoire personnel, mais comme lieu et empreinte universels. Car il pourrait être ici, jouissant du confort et de la sécurité de cette cité, comme il pourrait être ailleurs, dans telle autre.

La cité est l’alphabet du monde, qu’elle forme une vaste métropole grouillante de vies anonymes, ou qu’elle se tienne dans une position plus modeste. Toutes les cités appartiennent au même vocabulaire et lui rendent des comptes ; un vocabulaire permettant le vivre-ensemble, l’hospitalité et la sécurité. Cela participe à l’écriture indistincte du livre de la vie, au chapitre de l’exercice des nations dans leur rivalité de génie à trouver des solutions aux problèmes que pose la gestion de la multitude.

Elle est le théâtre de ce qui est immortel.

​Elle nous survit toujours. Le mythe de l’Atlantide y veille.

​Il y a, en ce moment, des hommes qui ont pris la responsabilité de réduire en cendres des villes entières. Ils crachent comme des dragons les flammes de la destruction, quand ils ne promettent pas le feu de l’enfer et de renvoyer leurs populations à l’âge de pierre, au déracinement, au dénuement, en attaquant les infrastructures de production, de mobilité, d’enseignement et de culture, tout cela en invoquant la guerre.

​Ce n’est pas digne.

C’est criminel. C’est outrageant.

​On n’écrit pas l’histoire par la destruction de quartiers, en rasant des villes et des pays.

​Trump, Poutine et Netanyahou sont, aujourd’hui, la honte de l’humanité.

​Si la démocratie, livrée à des légions d’activistes et de minorités dites agissantes, se fait l’instrument de cette abomination, elle perdra toute légitimité historique.

​Elle doit s’attacher à entendre le pouls régulier de l’histoire et de la tradition des peuples comme des nations qu’ils forment.

​Cette violation du droit inaliénable des nations n’est pas un simple sujet d’actualité et, par conséquent, un sujet offert à l’opinion.

​C’est un sujet de conscience qui doit être pesé avec le scrupule que requiert ce siècle.

La vérité persona non grata

Ce qu’a fait l’ambassadeur israélien Danny Danon devant le Conseil de sécurité de l’ONU, pour se dédouaner de la mort de trois soldats de la Paix tués par Tsahal et des intimidations exercée contre des soldats et le chef d’Etat Major de la FINUL, n’est pas sans rappeler le numéro de Colin Powell en 2003. Comme Trump, il a pris à partie la France.

Israël est passé maître dans l’art de se victimiser, dans l’art de l’inversion ou le report de la charge, dans celui de manipuler l’hostilité qu’il inspire à dessein, comme si elle faisait partie du projet de ce régime.

C’est sa signature systématique.

Il faut fermer les yeux pour ne pas la voir.

Israël ne recherche pas les conditions de la paix, mais celles de la guerre qui l’arrange.

Il veut décomposer le Liban. Le désosser littéralement et lorgne, protégé par un Donald Trump qui y a un intérêt stratégique aussi, sur le statut que lui confèrerait, avec un Liban déchiré et amoindri, la maîtrise exclusive ou à des conditions dépendantes principalement de sa seule souveraineté, les gisements gaziers (530 milliards de m3) en Méditerranée Orientale, situés à la frontière au sud du fleuve Litani.

Nul ne parle de cet enjeu. Il est pourtant la vraie clé, du Venezuela au détroit d’Ormuz, jusqu’au passage du Nord-Ouest sur lequel veille un gros caillou de glace qui a pour nom le Groenland, convoité par Trump qui avait pour plan de se l’approprier avec de déclencher la guerre contre l’Iran.

Pour satisfaire cet appétit stratégique, les ogres sont de sortie. Ils font peu de cas des vies humaines, de la dignité des Etats.

Le Liban est écartelé vif et réduit à l’impuissance des uns et à la colère contre-productive et désespérée des autres.

Je le pense promis à l’équarrissage si  rien n’est fait pour entraver le mécanisme activé lorsque l’attaque contre l’Iran a été perpétrée.

Le terrorisme a de beaux jours devant lui si Israël peut agir les mains libres. Il saura manipuler les émotions des démocraties à son bénéfice.

Les faits sont là et restent là. De Gaza au Liban Sud, que l’Etat hébreu entend occuper pour se l’approprier, les journalistes sont tués, les soldats de la Paix visés, le Chef d’Etat Major intimidé, les populations civiles terrorisées et forcées de fuir.

Les témoins potentiels sont expulsés du territoire.

La vérité est persona non grata dans la diplomatie de cet Israël. Je ne suis de ceux qui prétendent savoir que le projet sioniste portait à l’origine cette perversion.

Beaucoup d’Israélien ont cru sincèrement en leur démocratie. L’innocente jeunesse sacrifiée à Nova Festival le 7-Octobre-2023 est le témoin qui objecte pour l’éternité que le sionisme peut être une rose, une marguerite, plutôt qu’une fleur carnivore  considérant ses voisins comme des insectes qu’il doit attirer dans son système digestif.

Aujourd’hui, il ne faut pas avoir peur de dire que la perversion de ce sionisme est manifeste.

Nul ne sait qui est tué et qui ne l’est pas, ni pourquoi? Le temps où Israël relâchait 1200 terroristes, parmi les plus dangereux et fanatiques, contre un seul soldat a laissé place au temps de la peine de mort réservée aux Palestiniens qui oseraient encore résister.

Gideon, archétype de la ruse, a sévi et sévit encore.

La communauté internationale et le droit sur laquelle elle repose, que les Etats-Unis et Israël, dans ce conflit, tiennent pour partir négligeable, n’est pas condamnée à subir, indéfiniment, l’empire du mensonge et du machiavélisme.

Les planètes vont finir par s’aligner. Elles ne peuvent plus faire autrement compte tenu de leurs orbites.

Si elles ne s’alignent pas, elles vont entrer en collision.

Cela, a priori, nul ne le souhaite.

Il est donc de plus en plus probable, et tout dans la direction que prennent les faits et les tensions l’indique, que les événements auxquels nous assistons conduira à une recomposition géopolitique et aux prémisses d’une Grande Paix qu’il faudra savoir construire et consolider sur des nouvelles bases, le plus éloignées possible de celles qui nous font frôler les perspectives d’une guerre mondiale.

Les armes ne seront pas décisives ici.

La justice le sera.

Les USA et Israël seront les premiers perdants, car l’affront fait à toutes les nations, entraînées de près ou de loin, dans cette trappe à antagonisme et ce nid de guerres larvées, aura des conséquences politiques, judiciaires et morales pour les dirigeants et les dépositaires de l’autorité publique qui, guidés par la soif de pouvoir et la cupidité, ont mis leurs doigts dans une telle machination au service du désordre international.

Leur chute entraînera, inéluctablement, la chute de Poutine.

Localisation des blocs libanais
Bloc 4 : Il est situé à l’ouest de l’embouchure du fleuve Litani, dans la Zone Économique Exclusive (ZEE) libanaise. Il est opéré par TotalEnergies (France), ENI (Italie) et QatarEnergy.
Statut : En phase d’exploration avancée, avec des forages débutés en 2020. Les réserves estimées sont de l’ordre de 500 milliards de m³ (non confirmées).
Bloc 9 : Il est situé au sud-ouest de l’embouchure du Litani, proche de la frontière maritime contestée avec Israël.
Partiellement chevauché par le gisement Karish (côté israélien).
Statut : Zone litigieuse – Un accord provisoire en 2022 (médiation américaine) permet au Liban d’explorer une partie du bloc, mais sous des conditions strictes pour éviter les tensions

Le civilisation Judéo-Chrétienne est une  imposture

Le concept de culture et de civilisation judeo-chrétienne tels qu’ils sexsint imposés dans la narratif géo-politique est une contre-vérité historique et une offense mémorielle. surtout lorsqu’elle sert une stratégie de domination géopolitique, énergétique et des desseins impérialistes.


L’expression « judéo-chrétien », autrefois porteuse d’une volonté de réparation et de dialogue, est devenue aujourd’hui un artefact idéologique. Sous couvert de défense des valeurs occidentales, elle masque une stratégie de confrontation globale

1. Un Détournement Théologique : De la Réconciliation à l’Exclusion

À l’origine, le rapprochement opéré par le Concile Vatican II (Nostra Aetate) visait à reconnaître la « racine sainte  » du judaïsme et à extirper l’antisémitisme chrétien. C’était un acte de repentance et de vérité historique.


L’imposture actuelle: Ce lien spirituel est aujourd’hui « soudé » de force pour créer un bloc monolithique, où le judaïsme est confondu avec un pan-sionisme, un évangélisme américain et une orthodoxie russe érigés tous trois, de manière évidente, en religion d’Etat.

En transformant une parenté théologique en une identité politique fermée, on trahit l’esprit universel du dialogue. On ne cherche plus à honorer le judaïsme, mais à s’en servir comme d’un rempart identitaire contre un tiers exclu: l’Islam, et sa terre.

2. Le Mythe d’une Unité Historique Linéaire


Affirmer l’existence d’une « civilisation judéo-chrétienne » millénaire est un anachronisme complet.
La réalité historique, c’est que, pendant près de deux mille ans, l’histoire européenne a été marquée par l’antijudaïsme chrétien, l’accusation de déicide, l’exclusion et le mythe du juif errant et les persécutions.


La construction rétrospective: Ce concept est une invention de l’après-guerre. Projeter cette unité dans le passé sert à masquer les fractures réelles de l’Europe pour construire un récit de « nous contre eux » et eux c’est un autre étranger, un des fils d’Abraham aussi: l’arabe et le musulman. C’est une fiction historique mise au service d’un agenda politique qui a pris le relais du voeu de réconciliation aux dépends d’une nouveau bouc-émissaire.

3. L’Outil du « Choc des Civilisations »

Le danger majeur réside dans l’alignement de cette notion sur les thèses de Samuel Huntington. Le terme n’est plus une main tendue, mais il a ouvert une ligne de front. Tout le monde s’y est précipité.


Une vision messianique: Chez certains dirigeants (Trump, Netanyahou, ou dans la rhétorique de la « Sainte Russie » de Poutine), le bloc judéo-chrétien devient le bras armé d’une lutte contre la « barbarie  » que le terrorisme dit islamique a rendu  tangible à la perfection.


L’effet « Papillon » au Moyen-Orient: Cette vision binaire transforme des conflits territoriaux ou politiques en guerres de religion métaphysiques. En sacralisant la géopolitique sous l’étiquette judéo-chrétienne, on rend tout compromis impossible, chaque camp se persuadant de mener une bataille pour la survie de la civilisation. C’est une tromperie à laquelle il faudra savoir mettre fin.

4. Une Arme de l’Identitarisme Moderne

L’ironie suprême est que ce terme est souvent brandi par des courants politiques qui, par ailleurs, défendent des visions nationalistes autrefois hostiles aux minorités et particulièrement juives.
L’hypocrisie politique: On utilise le « judéo-christianisme » pour justifier un rejet de l’altérité (immigration, multiculturalisme) tout en ignorant les préceptes éthiques profonds des deux religions (accueil de l’étranger, justice sociale).
Le résultat: Une civilisation « vide » de spiritualité réelle, réduite à une marque déposée pour justifier la domination occidentale et nier la réalité de toute autre culture, de toute autre forme de dignité.

Que cela puisse s’incarner, par des figures telles que celles qui s’approprient un tel pouvoir de perversion sur les masses, depuis toujours et encore plus aujourd’hui, à travers le totalitarisme informationnel sur l’opinion publique appelle à retrouver le centre de gravité par rapport aux processus de déstabilisation idéologiques et moraux.


La « trouée conceptuelle » que représente le détournement du concept de « civilisation judeo-chrétienne » – auquel je me suis moi-même laissé prendre-  aspire les puissances vers une logique d’affrontement permanent.

En substituant la politique à la foi, et le choc à la rencontre, la notion de civilisation judéo-chrétienne n’est plus le pont qu’elle prétendait être, mais le mur sur lequel viennent s’écraser les espoirs de stabilité au Moyen-Orient et au-delà.


L’imposture flagrante est là : invoquer Dieu pour justifier la géopolitique, et utiliser l’histoire pour mieux la nier.

La question que cela pose est celle de la présence du mal en ce monde, de sa capacité à s’insinuer partout pour permettre sa domination et corrompre les coeurs, indifféremment de ce par quoi ils finissent par croire ou s’estiment être guidés.

Le canevas brodé par les fils de l’actualité, l’aiguille des narratifs séculaires, ne valent pas la tapisserie générale de l’oeuvre patiente.