Simulacre de puissance Obligation de vérité

« Désolé », même s’il est tentant de s’y allier, la sortie honorable que tente de forcer le président américain en crachant une dernière fois le feu sur Téhéran, avec une violence spectaculaire qui s’est voulue parfaitement calculée, ne peut pas lui être accordée. L’épilogue à des années de manipulation ne saurait consister en une esquive.

@realDonaldTrump tente de faire entrer le monde entier, avec la complaisance des médias, dans l’ère du mensonge la plus désinhibée et brutale qui puisse être, fondée sur le spectre largement surestimé du nucléaire iranien.
Il croit pouvoir compter sur l’étranglement de l’économie mondiale pour s’assurer l’impunité et fait miroiter un accord scellé au G7 qui ravirait tout le monde, y compris Israël.

Ses bombardements à Téhéran, dans le nuit du 11 au 12 juin 2026, pour intimider la République Islamique d’Iran – qui, selon lui, s’est rangée à son accord – ne sont que des coups de bluff dans une incroyable partie de poker menteur qu’il a cru mener en maître du jeu absolu.

Le président de l’ex-première puissance mondiale abat ses dernières cartes devant des peuples et des capitales internationale médusées.

Seuls les médias gobent le récit. C’est dire.

L’agenda du G7, qui se réunit du 15 au 17 juin prochains, à Evian-les-Bains n’est pas tant l’ouverture du détroit d’Ormuz que l’acceptation ou pas d’entrer, pieds et mains liés par Trump, Netanyahu et Poutine, dans cette ère détestable.

La raison pousse à espérer la résistance de l’Iran à ce coup de force car c’est la famille humaine, sacrée dans son ensemble, qui a le plus à perdre à s’accommoder d’un simulacre de puissance basé sur la machination et le mensonge.

Nous ne pouvons pas, tout simplement, nous le permettre.

Que la main de justice requise soit de velours dans un gant de velours ou de fer dans un gant de velours ne doit pas empêcher l’existence d’une main ferme pour mettre le holà à cette gestuelle.

L’Iran accède, aujourd’hui, aux moyens de sa métamorphose quand d’autres doivent faire face à la dureté du miroir.

Ces moyens, dans une région et un monde qui n’aspirent qu’à la Paix, les lui sont, après 40 années de privation dus à un embargo sévère et injuste, accordés.

La République Islamique d’Iran entre dans une nouvelle phase et fera selon ce que lui dicte sa souveraineté et son sens de l’histoire.

PS: Pour une raison que j’ignore, ce texte, fidèle à l’original dont la traduction en anglais [ci-dessus en anglais] y a été publiée, a été censuré, malgré plusieurs tentatives en ce sens, par X. Cette publication sur mon blog en représente une version très légèrement remaniée, à l’exception du paragraphe final consacré à l’usage que fera la République Islamique d’Iran de la dite victoire.

Trump: une stratégie claire comme de l’eau de détroits

Derrière le « patchwork » des rodomontades et l’apparente confusion cognitive qui affecterait Donald Trump se dessine une géométrie de puissance d’une clarté redoutable. Loin d’être un simple complexe de virilité territoriale, l’obsession pour l’annexion du Groenland, l’absorption du Canada et la mise sous tension du détroit d’Ormuz révèle une stratégie d’ensemble: la capture des nouvelles routes maritimes mondiales.

Un point de fragilité juridique et géopolitique dans le discours américain sur Ormuz commence à poindre et ce qu’il permet de considérer est très préoccupant, à l’aune d’ailleurs de la stratégie d’ensemble qui entoure l’entrée en guerre et la volonté délibérée, sous des prétextes qui appartiennent à des constructions narratives et informationnelles, d’empêcher un cessez-le-feu durable et la sortie de la crise.

Ici, Washington invoque, en effet, un principe de libre circulation maritime qu’il considère comme relevant du droit coutumier international, alors même que les États-Unis n’ont jamais ratifié la Convention de Montego Bay (CNUDM), et que l’Iran ne l’a pas ratifiée non plus.

Or, au passage le plus étroit du détroit d’Ormuz, il n’existe pratiquement plus de haute mer : les eaux territoriales iraniennes et omanaises se touchent ou se superposent juridiquement.

Cela signifie que la navigation passe nécessairement dans des eaux relevant de la souveraineté d’États côtiers et que l’Iran n’est peut-être pas tenu, si le droit international s’est montré incapable d’empêcher l’agression dont il a été victime de la part des USA et d’Israël, de le respecter.

La République Islamique d’Iran peut considérer, à bon droit, que, dans de telles conditions, il est légitime pour elle de remettre en cause le principe qui en découle.

La gestion de ce passage est du domaine indiscutable de la souveraineté. Il est entendu que ses décisions présentes et à venir seront sensibles et motivées par ce qui sera fait du droit aux réparations morales et économiques auxquelles la République Islamique d’Iran peut prétendre.

L’Iran a subi des destructions considérables et est en position de considérer que des réparations sont justifiées. Les taxes sur le passage que l’Iran veut imposer dans la partie du détroit qui est sous sa souveraineté exclusive et celle d’Oman sont, une manière, déguisée sans doute, habile certainement, de faire payer à l’économie mondiale, ou à certains des protagonistes de cette économie, les pots cassés.

Si le discours et les actes de la justice internationale ne produisent pas plus d’effet que ce soit sur le plan économique que de condamnation au niveau politique, sans transcender les logiques de blocs, le seul recours relève de la loi de la jungle.

La capacité de la communauté internationale à dire, via l’ONU, ce qui appartient au plus haut degré de justice et de lucidité sur les événements pèsera lourd. Cela va bien au-delà de la question iranienne vue de façon manichéenne.

Il n’est pas inutile, ici, de rappeler que jusqu’à l’attaque du 28 février 2026, perpétrée hors du droit international et alors que des négociations étaient engagées, l’Iran, sans avoir ratifié pour autant la convention de Montego Bay, en respectait l’application.

C’est le moment d’avoir la mémoire plus longue que ce à quoi l’administration américaine tient à la ramener pour voir le patchwork qui se dessine et se rappeler les phases qui ont ponctué, jusqu’à la publication du NSS 2026, en novembre 2025, rendant publique la nouvelle doctrine stratégique américaine et accepter l’idée que la valeur et la confiance détruites, pour une raison ou une autre, sur un détroit se transfère sur un autre.

Le discours sur le détroit d’Ormuz, le jeu qui s’y exerce, participe à une dialectique du droit de la mer, mais il porte, dans son ombre cachée, une dialectique sur le contrôle des nouvelles voies maritimes.

Cela regarde intensément le sort du Groënland, vers lequel, sans donner l’impression d’un strabisme compulsif, le rêve de l’Amérique devenue Grande de Trump louche.

Il faut garder en mémoire chacun des épisodes et ne rien perdre de vue parce que rien, dans la manière pour l’administration américaine de défrayer la chronique et de provoquer la stupéfaction générale, n’est dû au hasard. Toutes ces cartes, tous ces endroits, toutes ces régions du monde et ces nations, que la maison blanche ou Donald Trump a recouvert symboliquement d’une bannière étoilée, disent non pas un fantasme, mais un projet.

Un projet qu’il réalise et auquel il n’entendra pas renoncer même si les circonstances politiques, ici ou là, ne s’y prêtent pas et si les objectifs paraissent, en raison de la résistance à la prédation, plus complexe à atteindre. Pour le président des Etats-Unis, qui ne renoncera pas en si bon chemin, c’est une simple question de maturité et de croissance de sa puissance.

Le moment est venu de se souvenir du Venezuela, et du Groënland. Mais il faut se souvenir du Canada, aussi, et se demander quelle est l’architecture lisible et cohérente qui associe cet ensemble d’événements que sont:

  • le contrôle du Moyen-Orient et d’Ormuz par l’Amérique, avec une Pax Americana troquée contre la ratification des Accords d’Abraham
  • le fait que l’annexion du Groenland ait été décrétée comme existentielle par Donald Trump,
  • la revendication portant sur l’annexion du Canada comme le 51e Etat d’Amérique;
  • la sommation faite au Panama, aussi, de se tenir dans l’axe de l’intérêt stratégique américain

Contrairement à ce qui a été dit et répété, Trump n’a pas de complexe de virilité mal placée au point de vouloir accumuler un territoire plus grand que celui de Poutine, ce à quoi certains ont voulu ramener cette obsession pour le Groënland et le Canada.

Ce n’est pas un problème de terres ou de caillou de glace.

C’est un problème de mer.

Et, sous cette lumière, ce qui se passe aussi dans le détroit d’Ormuz sert à Trump et son administration à forger les nouvelles « libertés » maritimes. S’il se fait ici le héros de la liberté de passage dans le détroit d’Ormuz, affectant de faire ployer l’Iran, les faits témoignent qu’il fait tout pour obliger l’Iran à tenir une posture de résistance contradictoire.

C’est donc, probablement, qu’il n’est pas erratique mais qu’il a une idée en tête.

Il n’est pas impossible – pour ne pas en dire la haute probabilité – que Trump fasse tout pour acter, à reculons et sans économiser les cris d’orfraie, ce que l’Iran estime être devenu son droit, parce qu’il a été victime d’une agression injuste et illégale, au terme de plusieurs décennies de sanctions, pour consacrer son propre droit à transgresser le droit – CQFD: en exploitant le précédent ouvert par la crise iranienne – et l’ouvrir à d’autres puissances qui confondraient la puissance par la dignité et le droit avec la puissance par la capacité à manipuler les perceptions et à imposer la brutalité.

Malgré la confusion à laquelle participent les rodomontades et revirements auxquels le 45/47 président des Etats-Unis d’Amérique se livre depuis des mois, les intentions profondes et la volonté masquée semblent aussi claires que de l’eau, non pas l’eau pure de roche, mais celle des détroits.

S’il donne l’impression d’un désordre cognitif, c’est pour le provoquer chez les témoins de la scène de crime, car c’est un crime international, et permettre l’accomplissement de son plan, de ses investissements, de ses calculs, sans compromettre ses parties de golf.

Disons les choses le plus clairement possible: ceci est un complot contre la sécurité collective; ceci est un complot contre l’ordre des souverainetés; ceci est un complot contre la Paix mondiale; ceci est un complot contre le peuple.

Il faut en prendre la mesure.

Il faut le dénoncer tel qu’il est plutôt que tel qu’il s’affiche.

Sans quoi il parviendra à ses fins.

Comment, et avec qui, l’Amérique de Trump s’apprête à nous manger

Le National Security Strategy publié en novembre 2025 établit précisément une feuille de route. Ce n’est pas une doctrine, ce sont des ordres de mission.

L‘hypothèse que j’ai eu l’honneur de développer pour expliquer, aux antipodes du narratif livré par les protagonistes, la guerre engagée par les USA et Israël s’inscrit un processus de domination énergétique.

Pour en résumer les conclusions auxquelles j’aboutis, ma thèse, publiée sous le titre « Make America Little Again » développe l’idée qu’une partie de la stratégie américaine contemporaine ne viserait plus à maintenir un ordre mondial ouvert, mais à recentrer la puissance des États-Unis sur une forme d’autarcie énergétique et géopolitique dont, d’une part, la guerre engagée contre l’Iran constitue l’axe de redistribution et, autre part, la prise de contrôle de ressources stratégiques (Venezuela, Essequibo, Panama, Groenland), l’exutoire régulier pour convertir les désordres créés au Moyen-Orient en flux de liquidités.

L’objectif consiste à la fois de sécuriser l’approvisionnement intérieur américain, au prix d’un déséquilibre global. Il fait dépendre l’Europe et l’Asie de ressources et potentiels localisés en Amérique, et, s’agissant du rôle dévolu à Israël, en Méditerranée Orientale et au Moyen-Orient.

Le cœur de la manœuvre m’apparait ne pouvoir être que celle-là, même si elle se présente sous les atours de défense des valeurs démocratiques et  avec des arguments consistant à  exagérer la menace nucléaire iranienne pour en faire l’enjeu du conflit.

L’hypothèse que je retiens présente de surcroît l’avantage d’être conforme à la Stratégie de Sécurité Nationale, telle que publiée en novembre 2025, par la Maison Blanche.

La nouvelle doctrine américaine s’y détache du magistère moral et de phare de la liberté.  Le continent américain redevient la priorité stratégique centrale (« Trump Corollary » à la doctrine Monroe). Le texte insiste sur le contrôle de l’hémisphère occidental, des routes énergétiques, des frontières, du Panama, du Groenland et de l’influence chinoise dans les Amériques.

Bien plus qu’un instrument intellectuel recalibrant les relations internationales, le NSS 2025 propose une feuille de route rendant très polyvalente la notion de sécurité stratégique.

Sa mise en application a été très rapide. Le 3 janvier 2026 Maduro est capturé et une équipe gouvernementale favorable aux intérêts américains est installée.

En janvier 2026, Donald Trump relance frontalement l’idée d’un contrôle américain sur le Groenland, refuse d’exclure la contrainte économique ou militaire, menace de tarifs douaniers contre plusieurs alliés européens et rattache explicitement le Groenland à la sécurité nationale américaine.

Le 28 février, en pleine phase de négociations, Israël et les USA attaquent l’Iran et décapitent les dignitaires et un nombre élevé de hauts responsables croyant précipiter la chute du régime.

Il a été dit que Trump ne s’attendait pas à un blocus du détroit d’Ormuz au moment où il a décidé de déclencher le conflit.

Qui peut accorder crédit à cette hypothèse ?

​Par ailleurs, à défaut de disposer d’une doctrine israélienne, elle se déduit du concept de « Régional Capstone Alliés »  que pose le nouveau document stratégique américain. Désormais Israël doit agir comme un Régulateur Régional Autonome.

C’est dans ce cadre que la guerre contre l’Iran s’inscrit. Israël s’établit comme la force de torsion qui empêche la pénétration adverse dans le « corridor énergétique » vital.

Israël ne veut plus être une petite grande puissance. Cette guerre, et les effets à en recueillir, lui permettrait de revendiquer le statut intégral de grande puissance.

Cela suppose qu’Ormuz et Suez soient voués aux perturbations, promis à des épisodes de crises, pendant que de nouveaux couloirs, de nouveaux réseaux et dispositifs logistiques, des systèmes de production alternatifs suppléent et prennent le relais, abandonnant aux pays du Golfe un rôle subalterne et supplétif.

​Dans cette optique, l’intervention au Liban Sud est le bras armé d’une stratégie de clôture territoriale : transformer la frontière en une membrane étanche pour protéger les actifs économiques du bassin levantin et permettre leur croissance.

Le concept de « Regional Capstone Allies » dans la NSS 2025 n’est pas formulé comme une définition doctrinale unique et stabilisée, mais il apparaît comme une architecture géopolitique nouvelle: les États-Unis veulent s’appuyer sur quelques alliés-pivots régionaux capables de porter localement une partie du fardeau stratégique américain.

Dans la mesure où l’Europe est présentée comme un continent affaibli et sur le déclin civilisationnel, et compte tenu des services rendus à Poutine, qui bénit une guerre qui redonne de l’oxygène à son économie, qui tarit le stock d’armes disponibles pour l’Ukraine, et voit le désaveu de l’OTAN sanctionné par un retrait de plusieurs milliers d’hommes, il est souhaitable de se demander à qui sera dévolu le rôle d’allié clé de voute en Europe?

Décrypté par cette grille, le Sommet d’Anchorage du 15 août 2025 n’était pas une simple tentative de paix en Ukraine, mais l’acte de naissance d’un nouvel axe de régulation planétaire: le Condominium Trump-Poutine-Netanyhou.

Voici donc, comment – et avec qui – l’Amérique de Trump s’apprête à nous manger.

Les yeux sont parfois plus gros que le ventre.

Tout donne pourtant à penser que le plan, et plus encore le complot contre la paix mondiale que cela représente au sens même que lui a prêté le procureur Jackson au procès de Nuremberg, ne fonctionne pas comme sur du papier à musique.

Je vois une rébellion des nations poindre et un retour en fanfare des Nations Unies.

Trump, qui voulait achever le multilatéralisme, sera battu, finalement, par une vieille idée américaine. Celle de Roosevelt: les Nations-Unies.

Sources:

National Security Strategy

Make America Little Again (Like Never before)

Trump joue au Golf. Mais Trump joue aussi aux Golfes, persique ou du Mexique. Les répercussions sur le détroit d’Ormuz étaient prévisibles. Il n’en ignorait rien. Ils les attendaient et, de « blocage » du « déblocage » aux attaques en pleine négociations, elles sont au centre de sa stratégie. Le coup de théâtre final, isolationniste sur le plan énergétique, surviendra avant les midterms. Le reste, c’est du vent.

Ceux qui pensent que Trump a un comportement stratégique erratique et qu’il est dépassé par les événements devraient prendre en considération ce schéma. Ce qui se profile, et dont il gère les effets de façon redoutable, c’est d’accumuler le mécontentement sur le prix du gallon pour abattre sa carte finale: déconnecter le marché national US du marché global et apparaître, même si c’est un artifice grossier, comme le sauveur d’un désastre dont il laissera les autres nations se « dépatouiller ».

C’est cette stratégie de découplage qui se dessine pour les midterms de novembre 2026. Plutôt que de gérer les États-Unis comme un simple acteur d’un marché mondial fluide, l’administration s’oriente vers une logique de « Forteresse Amériques ». Ce changement de pied repose sur une saisie stratégique de la géographie énergétique de l’hémisphère ouest pour isoler artificiellement le consommateur national de la volatilité mondiale, notamment des tensions dans le détroit d’Ormuz. En transformant l’énergie d’une marchandise globale en un bouclier national, l’objectif est de provoquer un choc psychologique à la pompe au moment précis où les électeurs se dirigent vers les urnes.

Ce plan s’appuie de toute évidence sur une feuille de route géographique précise où le Venezuela, l’Essequibo, Panama et le Groenland servent de piliers à un système en circuit fermé. Dans ce scénario de 2026, le contrôle opérationnel des majors américaines sur les gisements vénézuéliens permet l’extraction massive de brut lourd, parfaitement calibré pour les raffineries de la côte du Golfe. Combiné au brut léger de l’Essequibo, sécurisé sous un protectorat américain de fait, et à la production domestique de schiste, les États-Unis atteignent un mix chimique autosuffisant. Le « verrou de Panama » et la surveillance arctique depuis le Groenland, qui est l’élément du plan sur lequel il s’est cassé les dents, garantissent que ces ressources restent dans un périmètre sécurisé, retirant de fait les molécules américaines du pool d’approvisionnement mondial pour saturer le marché intérieur.

L’industrie pétrolière et parapétrolière américaine s’aligne déjà sur ce nouveau paradigme. Des entreprises comme Exxon, Chevron et Halliburton pivotent leurs chaînes logistiques vers un modèle d’intégration régionale. Sous couvert de sécurité nationale et soutenus par le Defense Production Act, ces géants passent d’une stratégie de « vente au plus offrant mondial » à un mandat de « priorité à l’approvisionnement domestique ». En échange de garanties fédérales et de contrats de reconstruction massifs dans le bassin de l’Orénoque, ils acceptent – du moins temporairement – de déconnecter leurs prix de vente intérieurs du Brent international en pleine envolée. Cela crée un marché à deux vitesses: un marché mondial marqué par la pénurie pour l’Europe et l’Asie, et un marché d’abondance à prix cassé pour l’électeur américain.

Tel est l’art du deal. Il ne subjuguera pas tout le monde, mais pendant que nous demandons à TotalEnergie de se rogner les ailes, les compagnies américaines les déploient, subjuguées par un président qui les comprend, dans des conditions qui devraient indigner le monde.

En ce mois de mai 2026, l’attractivité du « nouveau » Venezuela ne repose pas seulement sur ses réserves géantes, mais sur un système de compensation multidimensionnel que Trump utilise comme un aimant à capitaux.

Pour les Majors américaines (Chevron, ExxonMobil, ConocoPhillips), l’incitation est irrésistible car elle règle des contentieux vieux de vingt ans tout en ouvrant des marges inédites. Le cadre fiscal imposé par le National Energy Dominance Council (le nouveau bras armé de l’énergie à la Maison-Blanche) a fixé des plafonds de redevances (royalties) à 30 %, avec une flexibilité totale selon les projets. C’est une rupture nette avec l’ère Maduro où les prélèvements rendaient l’exploitation non rentable pour les acteurs étrangers.

L’aspect le plus génial — et le plus politique — de cette compensation est le mécanisme de « recouvrement de créances par le forage ». Des entreprises comme ConocoPhillips, qui couraient après des milliards de dollars suite aux expropriations de 2007, se voient offrir la possibilité de se payer directement sur la bête. En gros : « Investissez pour reconstruire l’infrastructure, et chaque baril extrait servira d’abord à rembourser vos dettes historiques avant même que l’État vénézuélien ou américain ne prenne sa part. »

Cette mine d’or permettrait à Trump d’exiger une contrepartie politique de la part de ces compagnies: le découplage des prix. En échange de ces conditions royales au sud, les pétroliers accepteraient de rediriger ce brut lourd vers les raffineries du Golfe du Mexique à un prix préférentiel. Ce flux, combiné à la montée en puissance de l’Essequibo qui atteint désormais presque un million de barils par jour, crée une masse critique de pétrole « sous contrôle » qui n’a plus besoin de passer par les bourses mondiales.

La finalité politique pour novembre 2026 est un événement déflationniste massif. En forçant le prix du gallon à des niveaux planchers, l’administration entend dissiper l’orage du mécontentement qui s’est accumulé sur le coût de la vie. Pour l’électeur de la Rust Belt ou de la Sun Belt, la réalité quotidienne d’une essence bon marché devient une preuve de succès incontestable, éclipsant les vents contraires économiques plus complexes. Ce basculement mercantiliste ne vise pas seulement une victoire électorale ; il signale un retrait permanent de l’ordre énergétique mondial, où les États-Unis ne cherchent plus à stabiliser les marchés mondiaux, mais utilisent leur domination régionale pour créer une île de prospérité exclusive.

La crise du détroit d’Ormuz n’est pas une erreur. Elle est l’élément central d’un calcul perfide.

Non seulement les médias et experts en géopolitique ne voient pas ce qui se passe sous leurs yeux, mais ils ne voient pas davantage celui qui dit ce qui se passe sous leurs yeux et démonte le scénario.

USA: la pétro-démocratie qui se voulait plus grosse que le boeuf

Ce lundi, devant la porte du Bureau ovale, le président des États-Unis reçoit deux sacs de fast-food des mains d’une livreuse, distribue un billet de cent dollars et disserte sur l’exonération fiscale des pourboires. Entre deux sarcasmes sur la précarité et une énième marque de manque de respect envers le Pape et ce qu’il représente, il sature l’espace.

C’est la manœuvre classique du prestidigitateur: focaliser l’attention des médias et de l’opinion sur des traits de personnalité outranciers ou des polémiques de bas étage pour masquer ce qui, pourtant, saute aux yeux.

Car au milieu de ce spectacle, une phrase a été prononcée. Une phrase centrale que peu d’observateurs ont jugé bon de retenir: les États-Unis ont du pétrole et du gaz à revendre. Le marasme économique ne les handicape pas, et ils sont en mesure de doubler leur production actuelle.

Avec quelles ressources? Comment?

Cette simple déclaration déchiffre l’ensemble de la séquence. Trump a dit que l’Amérique est en position de pallier le désordre que causerait une escalade militaire, en permettant aux nations dépendantes du détroit d’Ormuz — désormais sous blocus — de s’approvisionner auprès d’elle.

A-t-il organisé ce pivot?

Israël s’est placé au premier plan pour faire de l’Iran le prétexte, en permettant de surinterpréter, dans l’opinion publique, l’imminence de la menace nucléaire que représente l’enrichissement de l’uranium, pour ensuite en faire le levier de cette opération.

L’oligarchie américaine qui entoure le président, et qui pénètre sans doute toutes les strates de l’État, exploite ce blocus à son profit exclusif.

Ce qui se passe, c’est cela et rien que cela: une manœuvre stratégique visant à imposer l’Amérique comme le maître énergétique mondial et celui qui en contrôle les voies maritimes.

Cette volonté d’hégémonie brutale sur les ressources n’est pas nouvelle, elle est la cohérence même de cette administration. Elle éclaire d’un jour implacable les positions de force prises récemment sur le Venezuela pour en contrôler la destinée pétrolière. Elle explique, tout autant, la tentative assumée – et à laquelle il n’entend pas renoncer — d’annexer le Groenland qui est la porte du passage du Nord-Ouest.

Une offensive inouïe face à laquelle, fait d’une limpidité troublante, Vladimir Poutine n’a pas levé le petit doigt.

Il n’a pas levé le petit doigt. Pour quelle raison? Pour satisfaire quel deal?

Voilà où nous en sommes: sous le vernis de la farce médiatique et de la livraison de repas, un hold-up planétaire est en train de s’accomplir. L’écran de fumée est grotesque, mais le piège, lui, est en train de se refermer sur le monde.

Les médias ont souvent honni les pétro-monarchies. Ils se montrent coupablement complaisants avec la plus grande « pétro-démocratie » qui se veut plus grosse que le bœuf.

.Téhéran, .Beyrouth, .Marioupol, .Gaza, .com

​La vérité, c’est que l’expression la plus dense des humains ne tient pas dans des phonèmes. Elle réside dans leurs villes, et dans le monde auquel elles s’attachent.

​La cité, quelle que soit son importance, est l’expression absolue de tous les autres langages dont nous sommes capables. Les civilisations rayonnent à travers les cités qu’elles édifient pour établir la pacification des mœurs, la prospérité et le développement économique, ainsi que le fleurissement des arts et des sciences.

Tout ce qu’il y a à savoir d’un individu ou d’une collectivité est ramené à la conscience qu’il établit avec la cité, la ville, non pas comme son territoire personnel, mais comme lieu et empreinte universels. Car il pourrait être ici, jouissant du confort et de la sécurité de cette cité, comme il pourrait être ailleurs, dans telle autre.

La cité est l’alphabet du monde, qu’elle forme une vaste métropole grouillante de vies anonymes, ou qu’elle se tienne dans une position plus modeste. Toutes les cités appartiennent au même vocabulaire et lui rendent des comptes ; un vocabulaire permettant le vivre-ensemble, l’hospitalité et la sécurité. Cela participe à l’écriture indistincte du livre de la vie, au chapitre de l’exercice des nations dans leur rivalité de génie à trouver des solutions aux problèmes que pose la gestion de la multitude.

Elle est le théâtre de ce qui est immortel.

​Elle nous survit toujours. Le mythe de l’Atlantide y veille.

​Il y a, en ce moment, des hommes qui ont pris la responsabilité de réduire en cendres des villes entières. Ils crachent comme des dragons les flammes de la destruction, quand ils ne promettent pas le feu de l’enfer et de renvoyer leurs populations à l’âge de pierre, au déracinement, au dénuement, en attaquant les infrastructures de production, de mobilité, d’enseignement et de culture, tout cela en invoquant la guerre.

​Ce n’est pas digne.

C’est criminel. C’est outrageant.

​On n’écrit pas l’histoire par la destruction de quartiers, en rasant des villes et des pays.

​Trump, Poutine et Netanyahou sont, aujourd’hui, la honte de l’humanité.

​Si la démocratie, livrée à des légions d’activistes et de minorités dites agissantes, se fait l’instrument de cette abomination, elle perdra toute légitimité historique.

​Elle doit s’attacher à entendre le pouls régulier de l’histoire et de la tradition des peuples comme des nations qu’ils forment.

​Cette violation du droit inaliénable des nations n’est pas un simple sujet d’actualité et, par conséquent, un sujet offert à l’opinion.

​C’est un sujet de conscience qui doit être pesé avec le scrupule que requiert ce siècle.

L’Iran dans le cyclone informationnel

Guerre cognitive, polarisation et illusion du récit libérateur

La République Islamique d’Iran est dans l’œil du cyclone.
La question n’est pas seulement de savoir si elle traverse une crise politique, mais si cette crise peut être qualifiée, sans abus ni aveuglement, de démocratique.

Cette question, à l’heure de X, le réseau social d’Elon Musk qui se caractérise par une partialité problématique, de systèmes d’informations opaques, n’est pas secondaire.

Elle appartient même à ce qui fixe et détermine la souveraineté dans un monde où la souveraineté, celle des Etats, des ensembles géopolitiques, et celle des peuples doit primer.

Il ne suffit pas qu’il y ait la colère d’une partie du peuple;

Il ne suffit pas qu’il y ait, face à des troubles à l’ordre public croissants, une violence d’Etat;

Il ne suffit pas qu’il y ait contre un régime un consensus médiatique et d’opinion accréditant au fur et à mesure qu’il le pousse un narratif pour que les événements tragiques auxquels nous assistons procèdent, de près ou de loin, de la démocratie.

C’est peut-être, plus simplement, un vol de souveraineté.

La séquence dans laquelle s’inscrit ce qui advient de l’Iran, indépendamment de l’opinion personnelle qu’inspire la République Islamique d’Iran, devrait donc appeler à un degré de circonspection dont il est notable de constater que tous s’affranchissent.

L’effort des uns et des autres pour isoler le caractère particulier des événements qui secouent l’Iran du schéma stratégique auquel il appartient sans doute met en cause le système d’information. Il se distingue par un mimétisme coupable et par la renonciation, si paradoxale, à interroger la réalité des situations, l’enchaînement des événements et, pire encore, la perspective, voire l’impasse tragique, où cela mène.

En Iran, aujourd’hui, il s’agit de choisir le moins pire des maux car nul ne peut savoir s’il de l’effondrement de ce grand pays ne naîtra pas un monstre difficile à contenir.

Nous savons que les peuples ne sont pas connus pour savoir choisir entre deux maux le moindre. Ils ont plutôt tendance, si nul n’a le courage de les guider et si eux-mêmes n’y consentent pas, à choisir le pire.

L’histoire nous enseigne cela depuis l’éclosion des premières grandes cités.

Mais cela est effrayant dans un monde nucléarisé, où des continents se réveillent est aspirent, dans leurs traditions, à être respectés.

Ce qui se joue ici dépasse le cas iranien : c’est une transformation de la conflictualité politique elle-même.

La propension à la violence sociale et politique est une réalité. L’islamisme, le pan-sionisme, la Russie, l’Amérique de Trump ont organisé cette capacité à peser sur les opinions publiques en un moyen de guerre qui transforme le peuple lui-même en champ de bataille: la guerre cognitive.

  • les uns en instrumentalisant la seule religion pour en faire un fondamentalisme;
  • les autres, en mixant les leviers que représentent ces accès identitaires pour atteindre plusieurs couches populaires et atteindre le pouvoir presque absolu sur les consciences.

La « guerre cognitive » est, certes, un terme qui peut sembler flou face aux menaces conventionnelles

Pourtant, son pouvoir est le plus redoutable, précisément parce qu’il est invisible. Au gré des polarisations que fournissent les éclats de l’actualité, les tensions économiques ou sociales, les clivages sociétaux, elle convertit des individus au passage à l’acte, à la rébellion, à la violence, à la division et à la confrontation.

Cela fait voler en éclat l’unité d’une nation.

Cette guerre fait rage aujourd’hui. Certains Etats s’en protègent et en protègent leurs peuples, en sacrifiant des libertés qui peuvent sembler élémentaires. L’Union Européenne la subit de plein fouet sur le front est, ce qui n’est pas nouveau mais qui a pris des formes tout à fait inattendues, intrusives et perverses, mais aussi sur le front ouest.

La démocratie aurait tort de dire qu’elle est cette voix-là parce qu’elle n’est pas cela et que, si elle veut faire la démonstration de son intégrité, elle ne peut et ne doit pas le faire en violant l’intégrité des autres acteurs multipolaires.

S’il s’agit de scander « démocratie » d’un côté et d’organiser les conditions dans lesquelles des flux de protestations dégénèrent en émeutes, de lever un sentiment d’hostilité envers un régime et ses institutions, alors la démocratie se déshonore et, pire encore, elle se discrédite.

L’analyse des faits, la manière dont les mouvements de contestations se sont coordonnés et amplifiés, dans des proportions et selon des modus operandi qui nous échappent aujourd’hui, seront mis à jour, finalement.
En Iran comme ailleurs, cette capillarité des influences extérieures remontera à la surface.

Que, au début des émeutes, dans le contexte si particulier qui oppose Israël, allié des USA, à la République Islamique d’Iran, le président Donald Trump, dans ce qui ne s’apparente que de plus en plus loin à la première puissance « du monde libre », ait cru bon de menacer les dirigeants iraniens en annonçant qu’il répliquerait par la force si le régime faisait couler le sang des manifestants pose un problème majeur.

Donald Trump exige d’un régime qu’il renonce à se défendre face à des manifestations qu’il n’est pas en mesure de contrôler parce qu’elles l’attaquent sur tous les flancs et au cœur de son autorité alors même qu’il délivre un blanc-seing aux manifestants pour exercer eux-mêmes la violence.

Si, dans une situation d’urgence telle que les gilets jaunes ou les agriculteurs, en France, ont semblé et semblent les affectionner – c’est-à-dire dans une dimension pré insurrectionnelle – la République est livrée pieds et mains liés à ses pourfendeurs et ennemis extérieurs, que se passe-t-il?
Faudrait-il qu’elle se prive des moyens de sa protection parce qu’un narratif et des complaisances médiatiques et politiciennes passent au-dessus de la loi et de la raison de la loi?

Que se passe-t-il, aujourd’hui, avec X, au Royaume-Uni? Que se passe-t-il, toujours avec X, en Allemagne?

L’Etat de Droit est ce qui sépare les peuples des barbaries et la plus redoutable des barbaries est celle qui peut émaner de lui par lui.

🥇 De Pékin 2022 à Milan–Cortina 2026 : l’agenda olympique et le retour du sens stratégique

Le dimanche 9 novembre 2025, alors que Canton (Guangzhou) s’illuminait de lumières, d’acclamations et d’histoire pour l’ouverture des 15ᵉ Jeux nationaux de Chine — organisés pour la première fois conjointement par le Guangdong, Hong Kong et Macao — le président Xi Jinping a rencontré Kirsty Coventry, présidente du CIO, et Thomas Bach, président honoraire à vie.

La rencontre, mise en avant par @XisMoments, n’était pas seulement un geste de continuité olympique, mais aussi un symbole d’unité culturelle et d’harmonie intérieure que la Chine souhaite relier à l’esprit universel des Jeux.

Les Jeux olympiques d’hiver de Pékin 2022 se sont clos le 20 février 2022 ; deux jours plus tard, la Russie envahissait l’Ukraine.
Ce qui devait être un triomphe d’harmonie devint une blessure silencieuse pour le prestige moral de la Chine.
Xi Jinping n’a pas gâché la cérémonie de clôture — il a attendu.
Mais « l’amitié sans limites » proclamée avec Moscou venait déjà d’être rompue, non par la diplomatie, mais par un missile au-dessus de Kyiv.

Alors que le monde se tourne vers Milan–Cortina 2026 et se prépare à Los Angeles 2028, la séquence olympique retrouve son rôle : celui du calendrier des civilisations, la mesure de la conscience mondiale.
La flamme passe désormais à l’Ouest, où Los Angeles 2028 pourrait, peut-être, devenir les Jeux du Rééquilibre : le retour du récit sur le chaos, du sens sur la domination.

En parallèle, Donald Trump agit sur un autre front — mais dans la même logique de transition.
Sa décision de suspendre la livraison des Tomahawk à l’Ukraine, loin d’une hésitation, vise à reconfigurer la logique des sanctions et à reprendre la maîtrise stratégique du récit.

De même, sa volonté déclarée de reprendre le conflit israélo-palestinien à travers les Accords d’Abraham signale un glissement : de la confrontation militaire vers la résolution narrative, du pilotage de la guerre à la maîtrise de la paix.

Ces deux gestes — celui de Xi à Canton, celui de Trump à Washington — se rejoignent sur le pont symbolique qui relie, d’une part, Pékin 2022 à Milan–Cortina 2026, et, d’autre part, Paris 2024 à Los Angeles 2028.

Le sport change la donne.

Il rend au monde la mesure de sa civilisation, rappelant que la force ne sert plus à détruire, mais à garantir la paix et à restaurer le sens.

> j’ai dit cela. Chaque être choisit, par sa propre voix liée à son libre-arbitre, la réalité à laquelle il souhaite donner corps. Ainsi, les monstres s’effacent.

#XiJinping #15thNationalGames #Trump #Olympics #SoftPower #Paris2024 #MilanCortina2026 #LosAngeles2028 #CredimusInOptimumHumanis

🕊️ From Beijing 2022 to Milan–Cortina 2026: The Olympic Agenda and the Return of Strategic Meaning

On Sunday, November 9, 2025, as lights, cheers and history illuminated Guangzhou for the opening of China’s 15th National Games — the first ever to be jointly hosted across Guangdong, Hong Kong and Macao — President Xi Jinping met with IOC President Kirsty Coventry and Honorary President for Life Thomas Bach.

The meeting, highlighted by @XisMoments, was not only a gesture of Olympic continuity but also a symbol of China’s expanding cultural unity and its aspiration to connect domestic harmony with the universal spirit of the Games.

The Beijing 2022 Winter Games had closed on February 20, 2022; two days later, Russia invaded Ukraine.
What should have been a triumph of harmony became a silent wound to Beijing’s moral prestige.
Xi Jinping did not spoil the closing ceremony — he waited.
But the “friendship without limits” declared with Moscow had already been shattered, not by diplomacy, but by a missile over Kyiv.

As the world prepares for Milan–Cortina 2026 and looks toward Los Angeles 2028, the Olympic sequence resumes its role as the calendar of civilization — a chronometer of global conscience.
The torch now passes westward, where Los Angeles 2028 may become the Games of Rebalancing: a return to narrative over chaos, meaning over domination.

In parallel, Donald Trump acts on a different front — but within the same logic of transition.
His decision to pause the delivery of Tomahawks to Ukraine, far from hesitation, aims to reshape the logic of sanctions and reclaim strategic authorship.

Likewise, his declared intent to re-engage the Israeli-Palestinian conflict through the Abraham Accords signals a shift from military confrontation to narrative resolution — from managing war to mastering peace.

The two gestures — Xi’s at Guangzhou, Trump’s in Washington — converge across the symbolic bridge between, in one part, Beijing 2022 and Milan–Cortina 2026, and, in another, Paris 2024 and Los Angeles 2028.

Sport is a game changer.

It restores the measure of civilization, reminding us that force no longer destroys — it safeguards peace, and restores meaning.

>This is what I have said, from now on:
Every single person, through his own voice, chooses the reality they wish to bring into being.
Thus, monsters disappear.

#XiJinping #15thNationalGames #Trump #Olympics #SoftPower #Paris2024 #MilanCortina2026  #LosAngeles2028 #CredimusInOptimumHumanis

🕯️ La silhouette rhétorique russo-israélienne dans la réactivation soudaine du “choc des civilisations” (VII)

Les récentes déclarations de Donald Trump sur le Nigeria sont sans ambiguïté : “If the Nigerian government continues to allow the killing of Christians, the U.S.A. will immediately stop all aid and assistance to Nigeria, and may very well go into that now-disgraced country, ‘guns-a-blazing’. (AP News, novembre 2025). Une force politique tente de cadrer le potentiel sans limites de ressentiment interconfessionnel, disponible en Afrique et au Moyen-Orient, dans la confrontation religieuse et la dialectique du clash des civilisations. Ce contexte invite Donald Trump sur la cause des Chrétiens au Nigéria ou pris dans l’engrenage de chaos soudanais. Au milieu de cet enfer, l’élection – le 4 Novembre dernier – de Zohran Mandani comme maire de New-York, est attaquée au vitriol, à l’échelle globale. Elle dresse une figure paratonnerre.

Sous couvert de défense des chrétiens, l’ancien président américain adresse un ultimatum diplomatique et moral à un État souverain.
Porté par son électorat évangélique et par l’imaginaire messianique de son propre parcours, il se présente en protecteur de la foi et en justicier des âmes.
Mais derrière cette posture que le sort des chrétiens, qui forment une population parmi toutes les autres à être sacrifiées, c’est un piège tendu : une injonction politique qui attise la confrontation religieuse mondiale et réactive la logique du clash des civilisations.
Dans ce piège se croisent aujourd’hui plusieurs forces: la droite chrétienne américaine, la connexion judéo-chrétienne téléguidée par Netanyahu, l’appareil narratif russe primaire, et la fragilité cognitive d’un monde désemparé par la prolifération des signes et injonctions.

1. La réactivation du récit civilisationnel

Sur X, la phrase du cardinal Robert Sarah« Les barbares sont déjà dans la ville » — a ressurgi, relayée par @75secondes, @Wolf, etc, au moment même où Trump annonçait vouloir “sauver les chrétiens du monde”.
En surface : deux appels à la vigilance spirituelle.
En profondeur : une même trame cognitive — celle d’un Occident assiégé, d’un christianisme encerclé par la barbarie.

Les violences africaines (Nigeria, Soudan, Sahel) deviennent les scènes symboliques d’une guerre sainte mondialisée ; la complexité politique, ethnique et économique s’efface derrière le vocabulaire de la croisade.
La foi n’explique plus : elle désigne.

Un million de vues pour cette seule publication.
  • Elle vient d’un entretien de 2019 accordé à La Nef / The Catholic Herald, où le cardinal Robert Sarah disait : « As a bishop, it is my duty to warn the West! The barbarians are already inside the city. ». CERC+1
  • Dans ce texte, il précise ce qu’il appelle les barbares : « tous ceux qui haïssent la nature humaine, qui piétinent le sens du sacré, ne respectent pas la vie, se rebellent contre Dieu… » – en visant l’avortement, l’euthanasie, la pornographie, l’idéologie de genre, etc.
  • Plus loin dans le même entretien, il parle aussi de l’islamisme comme d’une menace, mais dans un passage distinct, et en l’articulant à la crise spirituelle de l’Occident.

Ce qui circule aujourd’hui, c’est donc une citation sortie de son contexte et recyclée :

  • On retrouve exactement la même formule sur Facebook, Instagram, Threads, X, souvent sur fond de photo ou de mème, sans le paragraphe explicatif qui élargit sa définition des “barbares”. Instagram+3Facebook+3Instagram+3
  • @75secondes ne fait qu’amplifier une phrase devenue slogan dans certains milieux conservateurs catholiques / identitaires, en la reliant au cardinal et à la question de l’immigration de masse. Instagram+1

Sur le sous-entendu “on entendait l’islam…”

  • Dans le texte original, Sarah ne dit pas “les musulmans sont les barbares”. Il parle d’une barbarie morale occidentale et de l’islamisme comme menace politico-religieuse ; mais ce sont surtout les relais militants qui condensent tout ça en une punchline utilisable contre “l’islam” en bloc.

2. La résonance russe : miroir du messianisme évangélique

Depuis 2014, le Kremlin, appuyé par le patriarche Kirill, promeut la Russkiy Mir — le “monde russe” — présenté comme dernier bastion du christianisme face à la décadence occidentale et à la menace islamiste.
La rhétorique de Trump s’y superpose comme un calque.

ThèmeRhétorique russeRhétorique trumpiste
MissionMoscou protectrice de la foi orthodoxeWashington sauveur des chrétiens persécutés
Ennemi symboliqueOccident libéral et “dénaturé”Islam radical et “barbarie” du Sud
RegistreMétaphysique du salutThéologie de la puissance
FinalitéLégitimer la verticalité russeRe-sacraliser la suprématie américaine

Ces deux narrations s’auto-alimentent : l’une cherche à fracturer l’Occident, l’autre à le rallier sous l’étendard du sacré.
L’effet est identique : un monde polarisé autour des fractures, rendues abyssales et irrémédiables, du religieux décliné sous la forme de mouvements de fractales dans un monde où les chimères sont faites pour régner en maîtres

3. L’ingénierie cognitive de la croisade

Ce champ narratif repose sur une architecture précise :

  • Amplifier sélectivement les massacres chrétiens en Afrique ;
  • Détourner la compassion en colère ;
  • Recycler les mots prophétiques (“barbares”, “mal”, “sacré”) ;
  • Fusionner les discours politiques, spirituels et militaires.

C’est une véritable machinerie cognitive, qui transforme la douleur en énergie politique.
Trump y trouve un levier électoral, Mel Gibson y ajoute une aura mythique (“Defend what’s sacred”), et Moscou y glisse sa grammaire civilisationnelle : la guerre du bien contre le chaos.

En mêlant mystique et brutalité, Mel Gibson construit un imaginaire où le salut passe par la violence — un miroir parfait du temps présent, où l’on confond de plus en plus la sainteté avec la revanche.

4.L’effet Mamdani : le paratonnerre du récit

Au cœur de cette tempête, l’élection à New York de Zohran Mamdani, premier maire musulman d’origine ougandaise, agit comme un paratonnerre cognitif.
Plus qu’une dissonance, c’est une zone d’absorption du choc symbolique.
Son élection résonne avec la promesse d’un pluralisme pacifié — mais, dans les flux polarisés, elle devient la cible parfaite :

  • pour certains, preuve que l’Occident et dispose des outils cognitifs pour résister à l’onde de haine qui déferle partout et, ainsi, reste ouvert, aspace d’équilibre et de résolution au service de la Paix ;
  • pour d’autres, c’est le signe que “l’ennemi est déjà dans la place”.
Comme Benjamin Franklin saisissant la foudre, Zohran Mamdani dresse le paratonnerre sur la plus orageuse des ères. Les haines se concentrent sur sa personne symbolique.

La dissonance que Zohran Mamdani incarne révèle l’intensité du champ magnétique : plus la société réelle s’apaise, plus la sphère numérique s’enflamme et déverse anathèmes préfabriqués et excommunications politiques.
@ZohranMamdani devient malgré lui le test de résistance du vivre-ensemble face à la montée des récits guerriers. Il s’est installé, à partir de Ground Zero, sur le seuil d’un monde attiré irrésistiblement vers les profondeurs insondables de son propre enfer, et ouvre un autre chemin vers le possible retour à soi.

5. Le piège du sacré politique

Sous des apparences de ferveur, c’est une architecture de domination symbolique qui se met en place.
Le sacré devient vecteur d’influence, la foi devient vecteur d’ordre, et la liberté spirituelle devient l’appât d’une guerre cognitive mondiale.
Le piège de Trump n’est donc pas seulement diplomatique : il est psychologique.
Il invite l’humanité à choisir un camp dans un conflit que la raison n’a pas décidé.

Et dans cette bataille des signes, ce ne sont plus les croyants qui prient — ce sont les algorithmes qui recrutent.