2023-2025: les majors pétrolières américaines en ordre de bataille

La vague d’opérations exécutée entre 2023 et 2025 ne constitue pas une simple phase de consolidation routinière. Par son échelle financière, sa structure bilancielle et sa logique industrielle, elle représente la recomposition la plus brutale et ciblée du secteur énergétique américain depuis les grandes fusions de la fin des années 1990. La structure finit toujours par parler.

J’ai déposé, hier, un nouvel article analysant ce que, depuis des mois, je pense être ce vers quoi se dirige le 45/47e président des Etats-Unis, à savoir une déconnexion du marché domestique cajolé, à l’approche des midterms de novembre, dans le sens du « America First ». Il m’a semblé utile et nécessaire d’analyser plus profondément les conditions qui permettraient un choc protectionniste tel que je le vois se préparer.

Donald Trump a laissé monter les tensions sur le gallon, intentionnellement, avec l’intention de provoquer un retournement de la situation à son seul avantage. Mais, pour réaliser de telles opérations dans une dynamique qui n’handicape pas le secteur pétrolier américain et lui donne, au contraire, des ailes, des conditions préalables doivent être remplis.

La période 2023-2025 apporte un contexte particulièrement troublant. Cette période précède celle qui a vu Trump décomplexer ses « visées » sur le Venezuela, le Canada, le Groenland, aboutissant le 22 février 2026, à l’attaque conjointe de l’Iran.

En l’espace de 18 mois (fin 2023 à mi-2025), le secteur américain de l’amont pétrolier (upstream) a vu plus de 250 milliards de dollars de transactions « Fusions & Acquisitions » s’accumuler.

Pour l’exercice 2023–2024 seul : Les transactions dans l’amont américain ont dépassé les plus hauts historiques du boom du schiste.

Pendant la décennie 2010–2020, le pétrole de schiste était contrôlé par des centaines d’opérateurs indépendants (wildcatters). Ces acteurs creusaient à crédit, augmentaient les volumes sans se soucier des marges et créaient un désordre logistique récurrent qui écrasait les cours.

La vague 2023–2025 achève le verrouillage oligopolistique du bassin du Permien (Texas/Nouveau-Mexique) :

  • Avant 2023 : Un marché hautement fragmenté, imprévisible et impossible à piloter politiquement.
  • Après 2025 : Plus de 50 % de la production du Permien (le cœur battant du brut léger américain) est concentrée entre les mains de 3 ou 4 acteurs majeurs (ExxonMobil, Chevron, ConocoPhillips, Diamondback).

C’est décisif pour le découplage car aucune administration ne pourrait imposer une discipline de marché ni négocier une allocation préférentielle avec 200 producteurs indépendants aux abois. On peut en revanche exercer une pression réglementaire ou fiscale ciblée sur un cartel de 4 supermajors.

Cela s’apparente à une action concertée sur les éléments de la chaine de valeur, la gestion de réserves. En absorbant Pioneer, Endeavor et CrownRock, les géants ont verrouillé 15 à 20 ans de forage à très faible coût de revient. Elles ont ainsi sécurisé la rentabilité du WTI, même en cas d’écrasement artificiel des cours intérieurs, même en cas d’envol des cours extérieurs.

La déconnexion du marché domestique, sanctuarisé par le WTI (West Texas Intermediate) du marché global dont le pouls est pris par le fameux cours du Brent, est, de ce point de vue, prévisible mécaniquement. Les forces, l’organisation du marché et la logique d’ensemble conduisent à cela.

Donald Trump, qui parle exactement la même langue que Poutine, ferait ainsi d’une pierre trois coups:

  • un coup électoraliste: comblant sa majorité au moment d’affronter les urnes,
  • un coup économique: permettant, lui qui en est si friand, aux majors américaines de crouler sous le cashflow
  • un coup géopolitique: il se libèrerait du poids de la pression de sa propre opinion publique pour continuer à sceller toujours plus le destin de l’Amérique dans la viscosité manipulable de l’or noir.

Le WTI ne serait plus dès lors un bouclier. Il doit être perçu comme un vecteur d’attaque.

Mais, pour permettre aux compagnies américaines de découpler le marché domestique du marché global, il faut des infrastructures dédiées, parfaitement dimensionnées pour répondre au marché que l’on veut voir muter. Il faut notamment un réseau de ports francs, de bases Offshores, desquels le gaz ou le pétrole destiné au marché global pourrait être exporté car il n’est pas possible de maintenir deux régimes de prix étanches sans une étanchéité physique et douanière.

Pour que Big Oil puisse vendre son pétrole au cours mondial (Brent) tout en évitant que le marché intérieur américain (WTI) soit lui-même sous pression politique, il faut éviter à tout prix que les deux flux ne se mélangent dans les mêmes cuves.

Les compagnies américaines ne partent pas de zéro: cette infrastructure de déconnexion existait déjà et repose sur trois piliers logistiques et juridiques clés.

1. Les FPSO : les « ports francs » flottants du large

Sur les gisements internationaux ultra-rentables (comme le bloc Stabroek au Guyana opéré par ExxonMobil et Chevron, ou les concessions offshore vénézuéliennes), le pétrole ne touche jamais le sol américain ni son réseau de pipelines.

  • La mécanique : L’extraction se fait directement en mer vers des FPSO (Floating Production Storage and Offloading), d’immenses usines-navires ancrées dans les eaux internationales ou les ZEE étrangères.
  • L’exportation directe : Des superpétroliers (VLCC) viennent s’y amarrer directement en mer, chargent le brut et mettent le cap vers l’Asie ou l’Europe au prix fort (Brent), sans que la moindre goutte de ce pétrole n’entre dans l’espace douanier américain.

2. Les terminaux offshore et les Foreign Trade Zones (FTZ)

Sur le territoire américain même, l’isolation du pétrole destiné à l’exportation repose sur des enclaves juridiques et physiques :

  • Les terminaux deepwater au large (ex. LOOP – Louisiana Offshore Oil Port) : Situés à plusieurs dizaines de kilomètres des côtes dans le Golfe du Mexique, ces terminaux en eau profonde permettent de charger des géants des mers sans faire passer le pétrole par les nœuds logistiques continentaux.
  • Les Foreign Trade Zones (FTZ) : Ce sont des zones franches douanières installées le long de la côte du Golfe (Texas, Louisiane). Le pétrole qui y entre ou qui y est raffiné pour l’exportation est juridiquement considéré comme n’ayant jamais pénétré le territoire douanier américain. Il échappe ainsi aux réglementations de marché intérieur, aux allocations d’urgence et aux taxes domestiques.

3. La double tuyauterie du raffinage américain

Le marché intérieur américain repose sur le pétrole de schiste léger (light sweet) acheminé par pipelines continentaux vers le centre de stockage de Cushing (Oklahoma).

Pour maintenir la déconnexion:

  • Les raffineries du Golfe du Mexique sont organisées pour traiter le brut lourd (importé ou capté en offshore) pour le marché intérieur,
  • Tandis que les pipelines d’exportation contournent le réseau de distribution national pour injecter directement le surplus de schiste vers les terminaux maritimes d’exportation.

Ce système existait déjà. Les compagnies n’ont pas eu besoin de rebâtir une infrastructure : l’offshore mondial et les zones franches côtières constituent déjà ce réseau de « ports francs ». C’est ce réseau étanche qui permet d’encaisser la rente du baril mondialisé tout en protégeant artificiellement le réseau de stations-services américaines.

Mais là où se posent des questions, c’est qu’au moment où TotalEnergies, ou même Aranco, le géant saoudien, ont entrepris une politique de diversification vers le renouvable et la perspective du nucléaire civil, les compagnies américaines se sont délestées de leurs actifs.

Pour qu’un tel système fonctionne à l’échelle d’un État et de majors multinationales, deux conditions opérationnelles doivent être remplies :

  1. En amont (Upstream) : Séparer physiquement les gisements d’extraction (le schiste américain à bas coût d’un côté, l’offshore à haute marge de l’autre).
  2. En aval (Downstream & Logistique) : Construire une tuyauterie d’exportation étanche au sol américain pour expédier le surplus brut directement sur le marché mondial sans repasser par le circuit domestique.

Ce qui est remarquable, et contreintuitif à la logique économique, c’est que ce réseau de découplage a fait l’objet, au cours de la période 2023/2025, de la plus grande vague de restructuration capitalistique et industrielle du secteur énergétique américain depuis vingt ans. Il a mis ses œufs dans un même et seul panier quand d’autres les plaçaient dans plusieurs.

Fait-on cela sans savoir ce qui va se passer, sans avoir des « tuyaux » au milieu des pipelines?

Les deux opérations géantes des supermajors américaines se sont alignées sur cette stratégie bicipitale. Elles ont gonflé deux muscles:

  • ExxonMobil -> Pioneer Natural Resources (~60 milliards $) :En absorbant le premier producteur indépendant du bassin du Permien, ExxonMobil a pris le contrôle direct d’un gisement géant de pétrole de schiste continental.
    • Rôle dans le découplage : Verrouiller le coût d’extraction du WTI à un niveau ultra-compétitif pour garantir l’approvisionnement du marché intérieur et fournir la matière première à bas prix aux raffineries américaines.
  • Chevron -> Hess (~53 milliards $) :L’enjeu central de ce rachat résidait dans la prise de contrôle des 30 % détenus par Hess dans le bloc Stabroek au Guyana, l’un des gisements offshore les plus profitables de la planète.
    • Rôle dans le découplage : Capturer du pétrole produit en mer profonde qui ne franchit jamais les douanes américaines et est vendu directement aux cours mondiaux (Brent) via des navires d’exportation.

Là où « bicéphale » relève de la politique ou du gouvernement (deux têtes qui pensent ou décident), « bicipital » réintroduit la mécanique des forces: deux chefs musculaires, deux points d’ancrage sous tension qui tirent sur la même charpente pour produire un levier.

Dans le cas de TotalEnergies, il ne s’agit pas juste d’une gouvernance à deux têtes, mais d’un effort mécanique de traction entre deux vecteurs antagonistes :

  • Le tendon des hydrocarbures (qui génère le cash immédiat).
  • Le tendon de l’électrification (qui prépare la structure de long terme).

Big Oil américain n’a pas seulement tranché une ligne politique : il a sectionné le deuxième tendon pour concentrer toute sa force de frappe sur un seul axe d’effort.

Cela ressemble à des manœuvres capitalistiques et des choix stratégiques. Ils pourraient être légitimes au pays de la libre entreprise reine. Cela cesserait d’être légitime, par contre, si ce grandes opérations acquisition/développement avaient obéi, dès l’origine et en amont, à une logique consistant à anticiper le choc que la guerre en Iran était condamné à propager sur le marché global, en termes de pénurie, en termes de dépendances, au reste du monde.

La souveraineté américaine serait passée sous l’emprise directe de ces logiques. La matrice impose des choix de plus en plus durs, dirige le système vers la confrontation avec les acteurs externes.

L’exemple le plus pur et peut-être éloquent de cette infrastructure de déconnexion existe déjà dans le Gaz Naturel Liquéfié (GNL). Des acteurs comme Venture Global (avec l’extension géante de Plaquemines LNG), Cheniere, ou Golden Pass LNG (joint-venture ExxonMobil/QatarEnergy) ont investi des dizaines de milliards de dollars le long du Golfe du Mexique, que Donald Trump, quelques mois avant le déclenchement de la guerre en Iran, a rebaptisé Golfe de l’Amérique.

C’est le véritable point aveugle de la rhétorique sécuritaire: la dépendance énergétique absolue des États-Unis envers le Mexique pour leurs exportations vers l’Asie.

Pendant que le débat politique se focalise sur les crises frontalières, les fermetures de postes de tir et les menaces de tarifs douaniers punitifs, les géants de l’énergie et la Maison-Blanche orchestrent en coulisses un pacte pragmatique et transactionnel.

Le terminal de liquéfaction n’est pas seulement un outil industriel : c’est une frontière tarifaire qui transforme une ressource captive bon marché en rente internationale géopolitique.

Pour exporter le gaz du Permien (Texas/Nouveau-Mexique) vers la Chine, le Japon ou l’Inde, les navires méthaniers américains doivent traditionnellement franchir le canal de Panama – une voie engorgée, soumise aux sécheresses récurrentes et aux péages prohibitifs.

La solution industrielle a consisté à transformer le nord du Mexique en pont terrestre et maritime de rechargement :

  • Les mégaprojets de la côte Pacifique : Des projets colossaux comme Energía Costa Azul (ECA LNG) de Sempra en Basse-Californie ou Saguaro Energía de Mexico Pacific Limited dans le Sonora visent à capter le gaz américain par gazoducs transfrontaliers pour le liquéfier directement sur la côte ouest mexicaine.
  • L’avantage géographique : Cela réduit de plus de 10 jours le temps de traversée vers l’Asie et évite le goulot d’étranglement de Panama.

Sur le brut, la logistique s’est adaptée pour éviter les goulets d’étranglement continentaux:

  • Les terminaux offshore pour VLCC (ex: SPOT, LOOP expansion) : Pour exporter le brut à très grand débit sans engorger les ports continentaux, les majors et les midstreamers (Enterprise Products, Enbridge) ont développé des infrastructures d’ancrage en eau profonde à plusieurs dizaines de kilomètres au large des côtes du Texas et de Louisiane. Ces bouées d’amarrage permettent de charger des Very Large Crude Carriers (VLCC) de 2 millions de barils en quelques heures.
  • Le statut de Foreign Trade Zone (FTZ) : Ces installations logistiques sont juridiquement considérées comme des zones douanières hors-sol. Le pétrole qui y transite pour l’exportation n’est comptabilisé ni dans l’offre commerciale intérieure américaine, ni soumis aux contraintes de régulation des marchés locaux.

Dans ces conditions, la posture trumpienne sur l’immigration sert de spectacle populiste pour la scène intérieure, et de levier de pression sur le gouvernement de Claudia Sheinbaum, issu du parti Mouvement de Regénération Nationale. Il existe, enfin, une vulnérabilité opérationnelle majeure sur ce réseau: les gazoducs américains devant alimenter ces terminaux doivent traverser des zones du nord du Mexique (Sonora, Sinaloa) où la présence des cartels est forte.

Ce que les commentateurs décrivent comme un accès de fièvre populiste – Donald Trump fustigeant la « cupidité » des majors pétrolières tout en érigeant des barrières sécuritaires à la frontière mexicaine -n’est en réalité que la manifestation de surface d’une recomposition industrielle mûrie entre 2023 et 2025.

Le bras de fer engagé à la veille des midterms de novembre 2026 repose sur un triptyque d’une cohérence cynique :

  1. L’urgence électorale des midterms comme détonateur : Pour neutraliser le choc inflationniste d’une crise au Moyen-Orient, la Maison-Blanche n’a pas cherché à stabiliser le cours mondial du baril. Elle a entrepris d’extraire le marché américain du marché global. Le chantage judiciaire et les menaces de réquisitions contre ExxonMobil et Chevron ne visent pas à détruire Big Oil, mais à la contraindre d’accorder une subvention patriotique sur le WTI domestique.
  2. Le verrouillage industriel de Big Oil : Si cette manœuvre est techniquement possible, c’est parce que les majors américaines s’y sont préparées. En abandonnant la quête des renouvelables -refusant d’éparpiller leur capital dans un modèle bicipital à la européenne -, elles ont concentré leurs forces sur la maîtrise de l’amont continental (le schiste du Permien) et l’assise d’un réseau offshore hermétique (le brut du Guyana et les zones franches maritimes). Big Oil s’est taillé un outil parfait : approvisionner l’Amérique à bas coût sous la contrainte politique, tout en expédiant ses rentes mondiales au prix du Brent.
  3. Le Mexique comme nœud logistique et monnaie d’échange : Derrière le spectacle de la crise migratoire, le Mexique s’impose comme la soupape de sécurité indispensable de ce dispositif. En acceptant d’abriter les terminaux de liquéfaction du gaz texan sur sa côte Pacifique pour livrer l’Asie en contournant le canal de Panama, Mexico a monnayé son rôle infrastructurel contre une sanctuarisation de l’accord commercial nord-américain. Le théâtre frontalier masque un pacte fondamentalement transactionnel au sein duquel les Cartels sont susceptibles de tirer plusieurs épingles.

En transformant le dossier du narcotrafic d’un problème de sécurité publique en une question de sécurité nationale et de terrorisme, Washington s’est donné et conserve ainsi un moyen de pression juridique, militaire et politique permanent sur Mexico.

Dans l’architecture globale que nous analysons, la menace des cartels ne sert pas seulement la communication électorale de la Maison-Blanche ; elle est instrumentalisée pour contraindre le gouvernement de Claudia Sheinbaum sur tous les tableaux.

La tentation de maintenir une « pièce climatisée » américaine au milieu d’un marché mondial en flammes est un exercice de physique politique d’une extrême fragilité, mais si en contrôlant les cordes du narratif, en dirigeant les arcanes des marchés, en détenant les clés opérationnelles, et, surtout, en organisant la dépendance globale pour priver les autres acteurs du Big Game de latitudes d’action, Trump peut y parvenir.

« There’s a killer on the road »

De l’assistance militaire à la symbiose algorithmique : la Section 224 du Congrès américain s’apprête à sceller une fusion sans précédent entre les appareils de guerre des États-Unis et d’Israël. Entre mécanique aveugle et perte de contrôle démocratique, analyse d’une matière politique où la Paix, désormais tenue en laisse, semble suivre une trajectoire dont l’issue nous échappe.

Le Congrès des Etats-Unis d’Amérique s’apprête à assurer une intégration totale et fusionnelle des systèmes de guerre americano-israélien
J’appelle donc à prêter une attention toute particulière à la publication repostée ci-dessous.

Cette analyse n’est pas à ranger – je tiens au distinguo  – dans le registre des simples points de vue et du débat d’idée, qui inscrit toute choses dans une perspective relativiste transformant le discernement en variable de désajustement démocratique.

Le Quincy Institute dresse un examen clinique. C’est une observation médico-légale à laquelle il se livre, laquelle souligne un net changement de paradigme qui nous place au seuil de l’ère des apocalypses.

Il ne faut pas avoir peur des mots.
Il faut avoir peur de la réalité. Il faut le courage des mots pour ne pas avoir à craindre la réalité.
Habituellement, les États-Unis fournissent une aide financière ou matérielle (le modèle de l’aide), permettant au Congrès de voter chaque année sur le maintien de ce soutien.

Avec la Section 224, le Quincy Institute dénonce qu’on bascule dans une intégration technique et industrielle avec Israël: partage de données brutes, co-production d’IA, systèmes cyber et technologies autonomes. Pour Quincy, cela crée un « verrouillage » technologique rendant la séparation des deux armées quasiment impossible.

Cette symbiose aboutit à une entité qui n’appartient plus à aucune souveraineté nationale propre. C’est d’elle dont on peut dire qu’elle a enclenché la dynamique du détroit d’Ormuz ; c’est elle qui, en vertu d’objectifs opaques, tient la Paix en laisse et l’affale, la dresse comme un chien à enrager.

Pour paraphraser le 45/47e président des États-Unis : payez une attention toute particulière à cette matière.

En guise de conclusion face à cette mécanique infernale, ces mots de Jim Morrison me reviennent:

« There’s a killer on the road / His brain is squirmin’ like a toad / Take a long holiday / Let your children play… »

(Il y a un tueur sur la route / Son cerveau se tortille comme un crapaud / Prends de longues vacances / Laisse jouer tes enfants).

Trump, Netanyahou et Poutine unis contre la Paix des Nations

Le monde est en guerre, mais personne ne le voit.

Je mesure en lisant et écoutant de nombreux commentaires qui jonglent, alternativement, entre le sort de l’Ukraine et la situation dans le détroit d’Ormuz, combien les observateurs semblent désemparés pour expliquer l’actualité.

Ils sont incapables de sa sortir d’un schéma mental selon lequel Trump n’a qu’une hâte, se sortir du guépier dans lequel il serait entré par erreur.

C’est une erreur de considérer qu’il y est entré par erreur.

Dans le cas du Moyen-Orient comme à Kyiv, où la Russie a changé de gamme d’armement, et demandé, par la voix de Sergueï Lavrov, aux chancelleries étrangères de retirer leurs diplomates, celui qui exige le prix Nobel de la Paix n’a jamais cessé d’alimenter un jeu de tensions, au détriment des alliés traditionnels de ce qui formait l’Occident.

Cet Occident, Donald Trump le tue à petit feu, lui et ses valeurs, au profit d’une autre version, dont l’axe court de Washington à Moscou en passant par Tel-Aviv. C’est un Occident où Palantir a son mot à dire et où le pape Léon XIV et son encyclique « Magnifica Humanitatis », lui, n’a plus la parole.


Dans les deux cas, les cadres analytiques sont inopérants. C’est pour cette simple et unique raison que les experts ne parviennent plus à comprendre et la logique des conflits et la logique de leur règlement. Il n’y a pas de solution dans un seul cadre, parce que le cadre ne s’appartient pas à lui seul. Il fait partie d’un ensemble plus vaste, coordonné avec la précision d’un montre russe.


Les pièces ne s’alignent pas avec les intentions car les événements ne concernent pas plusieurs échiquiers différents, mais un échiquier global où les fous de Mar-a-Lago, de Tel-Aviv et de Moscou, imposent leur loi.

C’est ce qui me fait dire et assumer qu’ils sont liés par un complot contre la Paix des Nations ayant pour buts de livrer le Moyen-Orient au chaos, les pays de l’Union Européenne à la Russie, et le contrôle du monde aux USA.


Tant qu’on n’a pas compris cela, on n’a rien compris.

On n’y voit que du feu.

Tant qu’on n’a pas compris ça, on se désespère des voltefaces de Donald Trump qui trouve toujours le moyen de faire dérailler les négociations qu’il prétend engager.

Israël et les USA de Trump ont réussi à faire de la question du nucléaire iranien un enjeu existentiel pour l’ensemble de l’Occident.

Ce fut un coup magistral car il permet de maintenir sur le sujet des négociations avec la République Islamique d’Iran, et sur l’ensemble du débat politico-médiatique, une pression négative utile pour masquer l’étendue de la tromperie.

La Paix n’est jamais un processus dans lequel on entre à reculons. Ici, l’Amérique non seulement entre à reculons, mais fait tout pour saboter le dénouement, bien aidée par Israël et son exigence sécuritaire absolue.

L’exigence de sécurité est légitime. Elle suppose une réciprocité. L’exigence de sécurité offre un horizon de réalisation satisfaisant les belligérants.

Elle est donc à distinguer de l’exigence sécuritaire qui ne se satisfait de rien sinon de l’annihilation et de la destruction de toutes les souverainetés externes.

Les soi-disant « Accords d’Abraham » sont, à la lumière des événements comme de l’injonction, hier, de Trump à obtenir ratification des pays arabes, et notamment de l’Arabie Saoudite contre une désescalade, un tour de passe-passe.

Ces accords ne mystifient plus personne de sérieux, j’entends par sérieux quiconque regarde la réalité, la structure qu’elle compose, sans avaler les grosses couleuvres des fictions, fussent-elles sophistiquées, auxquelles, tourvà tour, Netanyahou, Trump ou Poutine exigent que nous adhérions.

Voici l’état du sionisme aujourd’hui et nul ne peut reprocher à l’Iran de prétendre défaire de monstre. L’adage selon lequel qui se ressemble s’assemble n’a pas a été bousculé pour comprendre la dynamique monstrueuse qui unit les protagonistes et qui en fait les frais.

Certains estiment que ces guerres, susceptibles d’aboutir à une guerre mondiale, sont déjà hors de contrôle et que rien ne pourra arrêter les puissances de feu engagées.

Je ne suis pas d’accord. Je vois, personnellement, un coup d’arrêt brutal advenir. Mais ce coup d’arrêt ne pourra advenir qu’au moment où l’ensemble des nations, tétanisées, cesseront de discuter du sexe de la future et hypothétique bombe nucléaire iranienne pour regarder le film complet sur tout l’écran.

Il est permis de remonter assez loin.

A ce moment-là cette guerre par morceaux, pour reprendre un qualificatif de Jean-Paul II, sera achevée.
Un nouveau monde pourra naître. Il en aura les moyens et l’opportunité.

La vérité persona non grata

Ce qu’a fait l’ambassadeur israélien Danny Danon devant le Conseil de sécurité de l’ONU, pour se dédouaner de la mort de trois soldats de la Paix tués par Tsahal et des intimidations exercée contre des soldats et le chef d’Etat Major de la FINUL, n’est pas sans rappeler le numéro de Colin Powell en 2003. Comme Trump, il a pris à partie la France.

Israël est passé maître dans l’art de se victimiser, dans l’art de l’inversion ou le report de la charge, dans celui de manipuler l’hostilité qu’il inspire à dessein, comme si elle faisait partie du projet de ce régime.

C’est sa signature systématique.

Il faut fermer les yeux pour ne pas la voir.

Israël ne recherche pas les conditions de la paix, mais celles de la guerre qui l’arrange.

Il veut décomposer le Liban. Le désosser littéralement et lorgne, protégé par un Donald Trump qui y a un intérêt stratégique aussi, sur le statut que lui confèrerait, avec un Liban déchiré et amoindri, la maîtrise exclusive ou à des conditions dépendantes principalement de sa seule souveraineté, les gisements gaziers (530 milliards de m3) en Méditerranée Orientale, situés à la frontière au sud du fleuve Litani.

Nul ne parle de cet enjeu. Il est pourtant la vraie clé, du Venezuela au détroit d’Ormuz, jusqu’au passage du Nord-Ouest sur lequel veille un gros caillou de glace qui a pour nom le Groenland, convoité par Trump qui avait pour plan de se l’approprier avec de déclencher la guerre contre l’Iran.

Pour satisfaire cet appétit stratégique, les ogres sont de sortie. Ils font peu de cas des vies humaines, de la dignité des Etats.

Le Liban est écartelé vif et réduit à l’impuissance des uns et à la colère contre-productive et désespérée des autres.

Je le pense promis à l’équarrissage si  rien n’est fait pour entraver le mécanisme activé lorsque l’attaque contre l’Iran a été perpétrée.

Le terrorisme a de beaux jours devant lui si Israël peut agir les mains libres. Il saura manipuler les émotions des démocraties à son bénéfice.

Les faits sont là et restent là. De Gaza au Liban Sud, que l’Etat hébreu entend occuper pour se l’approprier, les journalistes sont tués, les soldats de la Paix visés, le Chef d’Etat Major intimidé, les populations civiles terrorisées et forcées de fuir.

Les témoins potentiels sont expulsés du territoire.

La vérité est persona non grata dans la diplomatie de cet Israël. Je ne suis de ceux qui prétendent savoir que le projet sioniste portait à l’origine cette perversion.

Beaucoup d’Israélien ont cru sincèrement en leur démocratie. L’innocente jeunesse sacrifiée à Nova Festival le 7-Octobre-2023 est le témoin qui objecte pour l’éternité que le sionisme peut être une rose, une marguerite, plutôt qu’une fleur carnivore  considérant ses voisins comme des insectes qu’il doit attirer dans son système digestif.

Aujourd’hui, il ne faut pas avoir peur de dire que la perversion de ce sionisme est manifeste.

Nul ne sait qui est tué et qui ne l’est pas, ni pourquoi? Le temps où Israël relâchait 1200 terroristes, parmi les plus dangereux et fanatiques, contre un seul soldat a laissé place au temps de la peine de mort réservée aux Palestiniens qui oseraient encore résister.

Gideon, archétype de la ruse, a sévi et sévit encore.

La communauté internationale et le droit sur laquelle elle repose, que les Etats-Unis et Israël, dans ce conflit, tiennent pour partir négligeable, n’est pas condamnée à subir, indéfiniment, l’empire du mensonge et du machiavélisme.

Les planètes vont finir par s’aligner. Elles ne peuvent plus faire autrement compte tenu de leurs orbites.

Si elles ne s’alignent pas, elles vont entrer en collision.

Cela, a priori, nul ne le souhaite.

Il est donc de plus en plus probable, et tout dans la direction que prennent les faits et les tensions l’indique, que les événements auxquels nous assistons conduira à une recomposition géopolitique et aux prémisses d’une Grande Paix qu’il faudra savoir construire et consolider sur des nouvelles bases, le plus éloignées possible de celles qui nous font frôler les perspectives d’une guerre mondiale.

Les armes ne seront pas décisives ici.

La justice le sera.

Les USA et Israël seront les premiers perdants, car l’affront fait à toutes les nations, entraînées de près ou de loin, dans cette trappe à antagonisme et ce nid de guerres larvées, aura des conséquences politiques, judiciaires et morales pour les dirigeants et les dépositaires de l’autorité publique qui, guidés par la soif de pouvoir et la cupidité, ont mis leurs doigts dans une telle machination au service du désordre international.

Leur chute entraînera, inéluctablement, la chute de Poutine.

Localisation des blocs libanais
Bloc 4 : Il est situé à l’ouest de l’embouchure du fleuve Litani, dans la Zone Économique Exclusive (ZEE) libanaise. Il est opéré par TotalEnergies (France), ENI (Italie) et QatarEnergy.
Statut : En phase d’exploration avancée, avec des forages débutés en 2020. Les réserves estimées sont de l’ordre de 500 milliards de m³ (non confirmées).
Bloc 9 : Il est situé au sud-ouest de l’embouchure du Litani, proche de la frontière maritime contestée avec Israël.
Partiellement chevauché par le gisement Karish (côté israélien).
Statut : Zone litigieuse – Un accord provisoire en 2022 (médiation américaine) permet au Liban d’explorer une partie du bloc, mais sous des conditions strictes pour éviter les tensions

Le civilisation Judéo-Chrétienne est une  imposture

Le concept de culture et de civilisation judeo-chrétienne tels qu’ils sexsint imposés dans la narratif géo-politique est une contre-vérité historique et une offense mémorielle. surtout lorsqu’elle sert une stratégie de domination géopolitique, énergétique et des desseins impérialistes.


L’expression « judéo-chrétien », autrefois porteuse d’une volonté de réparation et de dialogue, est devenue aujourd’hui un artefact idéologique. Sous couvert de défense des valeurs occidentales, elle masque une stratégie de confrontation globale

1. Un Détournement Théologique : De la Réconciliation à l’Exclusion

À l’origine, le rapprochement opéré par le Concile Vatican II (Nostra Aetate) visait à reconnaître la « racine sainte  » du judaïsme et à extirper l’antisémitisme chrétien. C’était un acte de repentance et de vérité historique.


L’imposture actuelle: Ce lien spirituel est aujourd’hui « soudé » de force pour créer un bloc monolithique, où le judaïsme est confondu avec un pan-sionisme, un évangélisme américain et une orthodoxie russe érigés tous trois, de manière évidente, en religion d’Etat.

En transformant une parenté théologique en une identité politique fermée, on trahit l’esprit universel du dialogue. On ne cherche plus à honorer le judaïsme, mais à s’en servir comme d’un rempart identitaire contre un tiers exclu: l’Islam, et sa terre.

2. Le Mythe d’une Unité Historique Linéaire


Affirmer l’existence d’une « civilisation judéo-chrétienne » millénaire est un anachronisme complet.
La réalité historique, c’est que, pendant près de deux mille ans, l’histoire européenne a été marquée par l’antijudaïsme chrétien, l’accusation de déicide, l’exclusion et le mythe du juif errant et les persécutions.


La construction rétrospective: Ce concept est une invention de l’après-guerre. Projeter cette unité dans le passé sert à masquer les fractures réelles de l’Europe pour construire un récit de « nous contre eux » et eux c’est un autre étranger, un des fils d’Abraham aussi: l’arabe et le musulman. C’est une fiction historique mise au service d’un agenda politique qui a pris le relais du voeu de réconciliation aux dépends d’une nouveau bouc-émissaire.

3. L’Outil du « Choc des Civilisations »

Le danger majeur réside dans l’alignement de cette notion sur les thèses de Samuel Huntington. Le terme n’est plus une main tendue, mais il a ouvert une ligne de front. Tout le monde s’y est précipité.


Une vision messianique: Chez certains dirigeants (Trump, Netanyahou, ou dans la rhétorique de la « Sainte Russie » de Poutine), le bloc judéo-chrétien devient le bras armé d’une lutte contre la « barbarie  » que le terrorisme dit islamique a rendu  tangible à la perfection.


L’effet « Papillon » au Moyen-Orient: Cette vision binaire transforme des conflits territoriaux ou politiques en guerres de religion métaphysiques. En sacralisant la géopolitique sous l’étiquette judéo-chrétienne, on rend tout compromis impossible, chaque camp se persuadant de mener une bataille pour la survie de la civilisation. C’est une tromperie à laquelle il faudra savoir mettre fin.

4. Une Arme de l’Identitarisme Moderne

L’ironie suprême est que ce terme est souvent brandi par des courants politiques qui, par ailleurs, défendent des visions nationalistes autrefois hostiles aux minorités et particulièrement juives.
L’hypocrisie politique: On utilise le « judéo-christianisme » pour justifier un rejet de l’altérité (immigration, multiculturalisme) tout en ignorant les préceptes éthiques profonds des deux religions (accueil de l’étranger, justice sociale).
Le résultat: Une civilisation « vide » de spiritualité réelle, réduite à une marque déposée pour justifier la domination occidentale et nier la réalité de toute autre culture, de toute autre forme de dignité.

Que cela puisse s’incarner, par des figures telles que celles qui s’approprient un tel pouvoir de perversion sur les masses, depuis toujours et encore plus aujourd’hui, à travers le totalitarisme informationnel sur l’opinion publique appelle à retrouver le centre de gravité par rapport aux processus de déstabilisation idéologiques et moraux.


La « trouée conceptuelle » que représente le détournement du concept de « civilisation judeo-chrétienne » – auquel je me suis moi-même laissé prendre-  aspire les puissances vers une logique d’affrontement permanent.

En substituant la politique à la foi, et le choc à la rencontre, la notion de civilisation judéo-chrétienne n’est plus le pont qu’elle prétendait être, mais le mur sur lequel viennent s’écraser les espoirs de stabilité au Moyen-Orient et au-delà.


L’imposture flagrante est là : invoquer Dieu pour justifier la géopolitique, et utiliser l’histoire pour mieux la nier.

La question que cela pose est celle de la présence du mal en ce monde, de sa capacité à s’insinuer partout pour permettre sa domination et corrompre les coeurs, indifféremment de ce par quoi ils finissent par croire ou s’estiment être guidés.

Le canevas brodé par les fils de l’actualité, l’aiguille des narratifs séculaires, ne valent pas la tapisserie générale de l’oeuvre patiente.

Le Venezuela pivot, à la botte de Trump, de l’ordre mondial

Quelques points incontournables au sujet de #MaduroCaptured :

1/ Ce que le 47e président américain, @realDonaldTrump, vient de faire est simple dans la forme — mais lourd dans ses conséquences: en réactivant (explicitement) une logique de doctrine Monroe, il transforme le Venezuela en pivot hémisphérique et en signal de puissance adressé au monde.

2/ Cette opération est une “arme” au sens stratégique: si Washington consolide l’accès et le contrôle effectif des réserves pétrolières vénézuéliennes, il se dote d’un réservoir de stabilité (prix/flux) et d’un levier de coercition économique — y compris dans les rapports de force extra-régionaux.

3/ Survenue dans le contexte de la séquence politique autour de @NetanyahouAR (et des débats sur l’Iran), elle reconfigure la sensibilité américaine aux chocs : plus l’Amérique sécurise un amortisseur énergétique dans son “proche hémisphère”, plus elle peut se croire moins vulnérable à une déstabilisation majeure au Moyen-Orient.

4/ Effet systémique possible : si les “réserves colossales” du Venezuela passent sous influence américaine, Pékin perd un espace de respiration énergétique et diplomatique en Amérique latine — et peut se trouver davantage contrainte de composer avec Moscou, ne serait-ce que par la structure des dépendances (énergie, sécurité, alignements). (C’est un mouvement de contrainte relative, pas un automatisme.)

5/ Dit autrement: ce n’est pas seulement Caracas qui est visé — c’est la grammaire du monde (sphères, leviers, zones) qui est revendiquée à nouveau.

Conclusion

Ce qui s’est donné à voir à Washington bis (Mar-a-Lago) n’est pas une posture, mais une reconfiguration de la dissuasion.

Les États-Unis savent qu’ils ne peuvent pas échapper à une hausse mondiale des prix des hydrocarbures en cas d’embrasement au Moyen-Orient.
Ils ont donc choisi autre chose: déplacer la ligne de douleur.

En plaçant le Venezuela sous leur influence, ils se dotent:

  • d’un amortisseur énergétique continental,
  • d’un levier de stabilisation sélective,
  • et d’une capacité à transformer un choc global en avantage relatif.

Le message implicite adressé à Iran est clair: le coût d’un chaos régional ne pèserait plus prioritairement sur l’Amérique, mais sur les autres — Europe, Chine, Inde. Que Benjamin Netanyahou se soit empressé de délivrer à Donald Trump un certificat de “leader du monde libre” n’est pas un hommage : c’est un acte d’alignement intéressé. C’est du bullshit.
Ce monde libre là n’existe pas. Il n’a aucune grandeur morale.

Ce n’est pas seulement une opération géopolitique. C’est une dissuasion énergétique intégrée, où le pétrole devient un paramètre stratégique au même titre que le militaire.

Le Venezuela n’est pas un théâtre secondaire.
Il est devenu un pivot de l’ordre mondial en gestation.

Le complotisme comme arme de dissuasion cognitive

Et si le complotisme n’était pas un accident, mais une pièce maîtresse du dispositif narratif moderne ? Sous couvert d’irrationalité, il joue un rôle parfaitement rationnel : disqualifier la possibilité même d’une véritable conspiration. En érigeant une frontière mentale entre la critique légitime et la folie suspecte, le système immunitaire des démocraties s’est retourné contre leur propre vitalité critique. Le résultat? Un espace public saturé de soupçons où la recherche de vérité devient, paradoxalement, le premier symptôme du délire.

Symptôme ou catalyseur, le complotisme est rarement étranger à la violence : il en partage la structure, celle d’un monde perçu comme verrouillé, où la vérité ne circule plus librement et qui se révèle être le champ idéal pour y implanter la guerre cognitive.

La parution, en 2002, de « L’Effroyable Imposture » de Thierry Meyssan, au lendemain du 11 septembre, en fut l’illustration la plus saisissante.
Présenté comme un brûlot conspirationniste, le livre a pourtant profondément marqué les esprits.
Est-ce le hasard si L’Effroyable Imposture a eu un tel retentissement, si l’on prend en considération les sources, proximités et généalogies de son auteur, et la manière dont sa trajectoire s’est ensuite arrimée à Damas, Téhéran ou Moscou ?

Il est donc permis de penser que le complotisme, loin d’être un simple délire collectif, a été fonctionnalisé : pour qu’aucune véritable conspiration – hors celle émanant du fait que nous entrions dans une guerre asymétrique nous mettant en prise avec des entités exclusivement non-étatiques islamiques – ne puisse être perçue, il fallait que toute interprétation non conforme à ce schéma tombe sous le stigmate du complot.

Le Sezboz, un système qui possède toutes les caractéristiques d’un État dans l’Etat

C’est là que s’est enracinée l’idée d’un « Deep State », prétendument à l’œuvre dans les démocraties occidentales, que certains ont brandie comme preuve d’un totalitarisme rampant.
Mais ce miroir déformant a surtout servi à détourner le regard du véritable État profond : celui, bien tangible, du Conseil de Sécurité de la Fédération de Russie (SozBez), institution opaque où s’élaborent les décisions stratégiques, économiques et militaires, à l’abri de tout contrôle parlementaire — un système qui possède toutes les caractéristiques d’un État dans l’Etat.
En d’autres termes: un deep state, authentique, lui.
Et dont les “chutes accidentelles par la fenêtre” et suicides « assistés” forment la sinistre ponctuation.

Le complotisme, en ce sens, n’est pas qu’un symptôme: il a été fonctionnalisé. Il a servi le narratif des extrêmes-droites et souverainistes trop heureux de pouvoir tomber à bras raccourcis sur Bruxelles. Marine Le Pen n’a-t-elle pas assimilé l’Union Européenne a un totalitarisme alors que son parti trouvait son financement auprès du Kremlin? Aujourd’hui, l’UE est une dénoncée par les mêmes cercles comme une dictature et la Russie comme un ami qui nous veut du bien.

> Pour qu’une véritable conspiration ne puisse être perçue, il faut que toute interprétation non conforme soit rendue inacceptable.

Ainsi, le complotisme sert deux maîtres à la fois :
1️⃣ Il confisque la critique légitime, en la réduisant à la folie.
2️⃣ Il fournit un instrument de guerre informationnelle, en diffusant la suspicion là où la confiance est vitale.

C’est cette double servitude, paradoxale mais redoutablement efficace, qui marque la vulnérabilité des démocraties à l’âge de la mondialisation : quand le champ du pensable se referme, la vérité n’est plus un bien commun, mais une ligne de front.

Non, il ne faut pas toujours préférer la bêtise à la conspiration.

Lire aussi : Réseau puis Boulevard, l’ombre de Voltaire

L’Algérie comme ennemi choisi, la Russie comme ennemi occulté

La résolution historique adoptée ce 29 octobre 2025 par le Rassemblement National et l’Assemblée nationale, visant à dénoncer l’Accord franco‑algérien de 1968, constitue un moment charnière — et lourd de conséquences — pour la relation entre la France et l’Algérie.

Cet accord, signé six ans après la fin de la guerre d’Algérie, fixait un régime préférentiel concernant les droits de séjour et de circulation des ressortissants algériens en France.

Cette séquence politique témoigne, devant l’histoire plus que ce qu’en retient l’actualité, d’un glissement plus profond : la construction d’un ennemi existentiel.

En essentialisant l’Algérie comme menace permanente, le discours porté par le RN et la droite et tous les députés qui s’y sont laissés entraîner, transforme un différend bilatéral en fracture identitaire. Cette mécanique produit un effet de diversion : elle déplace la focale stratégique vers un affrontement symbolique, laissant en arrière-plan la menace concrète de la Russie.

L’obsession du conflit civilisationnel, performée dans l’espace public, affaiblit les leviers réels de la diplomatie française : elle dégrade la relation avec un acteur méditerranéen central, brouille la coopération énergétique et sécuritaire, et fragilise la stabilité régionale. Dans le même temps, elle sert objectivement les intérêts russes, en fracturant la cohésion européenne et en détournant l’attention des mécanismes d’ingérence et d’influence qui minent déjà l’espace informationnel français.

En somme, plus le clivage franco-algérien est dramatisé, plus la menace russe se banalise. Ce déséquilibre de perception constitue une erreur de hiérarchisation stratégique : l’Algérie n’est pas l’ennemi existentiel de la France ; c’est la Russie, par son action systémique et hybride, qui œuvre à la déstabilisation de notre environnement politique et de notre sécurité collective.

Ce moment présenté largement comme positivement historique méprise, au-delà des tensions conjoncturelles qu’il ne s’agit pas de nier ici, la raison d’Etat.

Or, à cet instant même où Giorgia Meloni tisse, il y a quelques semaines, avec Alger des liens diplomatiques et stratégiques renforcés — en particulier dans les domaines de l’énergie, de l’infrastructure et de la coopération méditerranéenne —  la France semble choisir une posture inverse.

En agissant ainsi, la majorité parlementaire française — et plus largement la droite qui s’agrège au RN — participe à la construction d’un « ennemi existentiel » : l’Algérie devient une cible symbolique, un point de crispation identitaire, plutôt qu’un partenaire stratégique dans un monde globalisé.

Ce glissement — volontariste ou inconscient — est problématique à plusieurs titres :

  • Il fragilise une relation franco-algérienne déjà marquée par des tensions (questions migratoires, mémoire, légitimité diplomatique) et pourrait accélérer un recul de l’influence française en Méditerranée.
  • Il favorise indirectement l’émergence d’alliances de substitution : l’Italie, par exemple, renforce sa position d’interface avec l’Algérie dans un « plan Mattei » méditerranéen qui pourrait laisser la France à l’écart.
  • Il fait courir le risque d’un alignement stratégique français hors du grand jeu géopolitique. Pendant que le front algérien s’agite, la véritable menace — celle d’un retour agressif de la Russie ou d’une redéfinition brutale des équilibres euro-méditerranéens — passe au second plan.

En conclusion : ce vote n’est pas seulement un geste symbolique interne à la politique migratoire ou identitaire. Il est un marqueur de la volonté d’orienter la diplomatie française, avec ses effets politiques visibles, mais aussi ses conséquences invisibles sur l’influence, la stabilité et la sécurité collective.

Sudan Dismembered: The Geopolitics of Displacement, Act II

El Fasher’s fall is not a local tragedy — it is a geopolitical execution.
A sovereign state, already bled dry by proxy wars and looted by mercenaries, is being converted into a dumping ground for the region’s moral refuse.
From Katz’s plan to deport Palestinians to the hybrid war waged by Wagner and the UAE in Darfur, one single logic unfolds: displacement as policy, chaos as profit, Africa as laboratory.

Sudan — once a pillar of the African continent — is being methodically crushed, not for what it is, but for what it can serve.
On August 13, 2025, the Sudanese Ministry of Foreign Affairs issued a statement of rare firmness:

“Sudan categorically rejects the allegations that it has agreed to host displaced Palestinians.”

The very clear statement issued by the Sudanese Ministry of Foreign Affairs on August 13, 2025.

That declaration responded to a plan formulated by Israel Katz, Israel’s Minister of Defense, who proposed to “relocate” the people of Gaza to parts of East Africa — notably Sudan and South Sudan.
Behind its humanitarian varnish lies a deportation plan — a political project of mass expulsion.
Khartoum, though ravaged by war, still finds the strength to say no:
no to humiliation,
no to manipulation,
no to the transformation of Africa into a dumping ground for the Palestinian question.

What is happening today in El-Fasher, capital of a sovereign state now gangrened by hidden forces, proves that Netanyahu’s Israel adheres to Donald Trump’s “Peace Plan” only in appearance — while still conspiring to create the conditions for the realization of its own plan.

Two months later, El Fasher falls.

The city collapses under shells and dust.
Hospitals burn, civilians flee, the sky fills with drones.
The Rapid Support Forces — the recycled Janjawid — complete their conquest of El Fasher with the logistical and technical assistance of the Wagner network, now rebranded as Africa Corps, the Kremlin’s armed extension on the continent.
Their weapons, their drones, their instructors come from Russia, which feeds on the decomposition of African states as a lever of global negotiation.
And who pays for this? Gold. Always gold.
Gold from Darfur, torn from the mines under militia guard, exported to Dubai, melted into the laundering circuits of the Gulf.
The United Arab Emirates, through economic complacency and political silence, finance the devastation they pretend to soothe.
And, in the height of cynicism, it is this same axis — Moscow, Abu Dhabi, Tel Aviv — that stands behind the façade of “stabilisation.”

This is no longer coincidence; it is a monstrous convergence.
A hideous hybridisation in which everyone profits:

Russia, extending its tentacles over Africa, dressing its plunder in anti-Western rhetoric;

The Emirates, turning chaos into financial flows and aligning, without saying it, with Netanyahu’s doctrine — reject the Palestinian, delegitimise his cause, dissolve his suffering into the rhetoric of security;

Israel, finally, pursuing by other means the morbid dream of a Greater Israel cleansed of Gaza, searching amid Sudan’s ruins for the space where it might deport those it no longer wants to see.

This chain of reality is no theory — it writes itself before our eyes.
On August 13, 2025, a sovereign state rises up against the idea of hosting refugees whom others seek to expel.
On October 26, 2025, that same state watches its last provincial capital fall under the bullets and drones of a militia maintained by Russian networks and financed by gold flowing through the Gulf.
Between those two dates, the link closes: the deportation of populations and the disintegration of a state belong to one and the same continuum of domination.

Sudan is no longer merely a field of ruins — it becomes the mirror of Gaza,
a mirror reflecting the methods of a world that knows no peace except through the destruction of maps.
And this must end.
Those responsible — Moscow, Abu Dhabi, Tel Aviv — must be named, exposed, and sanctioned.
The chain must be broken before other African states, too, are transformed into strategic dumping grounds for the perverted ambitions of powers that live off the chaos they create.

Sudan burns, and with it burns our last illusion —
that disintegration is an accident.
It is not.
It is a system.
And it is time for those who built it to pay.

Le Soudan dépecé : la géopolitique du déplacement, acte II

Ce n’est pas une guerre civile. C’est une mise à mort.
Le Soudan, jadis pilier du continent africain, est aujourd’hui méthodiquement broyé — non pour ce qu’il est, mais pour ce qu’il peut servir.
Le 13 août 2025, le ministère soudanais des Affaires étrangères publie un communiqué d’une rare fermeté : « Le Soudan rejette catégoriquement les allégations selon lesquelles il aurait accepté d’accueillir des Palestiniens déplacés.« 

Cette déclaration répond au plan formulé par Israël Katz, ministre israélien de la Défense, qui prévoit de “relocaliser” les Gazaouis dans des zones d’Afrique de l’Est, en particulier au Soudan et au Soudan du Sud.
Derrière le vernis humanitaire, il s’agit d’un plan de déportation — un projet politique d’expulsion de masse.
Khartoum, pourtant ravagé par la guerre, trouve encore la force de dire non : non à l’humiliation, non à l’instrumentalisation, non à la transformation de l’Afrique en exutoire du problème palestinien.
Ce qui se passe aujourd’hui à El-Fasher, capitale d’un Etat souverain gangréné par des forces obscures, témoigne que l’Israël de Netanyahou ne souscrit au plan de Paix de Donald Trump qu’en façade, mais conspire toujours à créer les conditions favorables à la réalisation de son propre plan.


Deux mois plus tard, El Fasher tombe.

La ville s’effondre sous les obus et la poussière.
Les hôpitaux brûlent, les civils fuient, le ciel s’emplit de drones.
Le Rapid Support Forces — ces Janjawid recyclés — achève la conquête d’El Fasher avec l’aide logistique et technique du réseau Wagner, désormais rebaptisé Africa Corps, bras armé du Kremlin sur le continent.
Leurs armes, leurs drones, leurs instructeurs viennent de la Russie, qui se repaît de la décomposition des États africains comme d’un levier de négociation global.
Et qui paie ? L’or, toujours.
L’or du Darfour, arraché des mines sous la garde de milices, exporté vers Dubaï, fondu dans les circuits de blanchiment du Golfe.
Les Émirats arabes unis, par leur complaisance économique et leur silence politique, financent la dévastation qu’ils prétendent apaiser.
Et, comble du cynisme, c’est ce même axe — Moscou, Abu Dhabi, Tel-Aviv — qui se tient derrière la façade de “stabilisation”.

Ce n’est plus une coïncidence : c’est une convergence monstrueuse.
Une hybridation hideuse où chacun trouve son compte :

  • La Russie, qui étend ses tentacules sur l’Afrique en habillant son pillage de discours anti-occidental;
  • Les Émirats, qui transforment le chaos en flux financiers et s’alignent, sans le dire, sur la doxa de Netanyahou : rejeter le Palestinien, délégitimer sa cause, dissoudre sa souffrance dans la rhétorique sécuritaire;
  • Israël, enfin, qui poursuit par d’autres moyens le rêve morbide d’un Grand Israël débarrassé de Gaza, en cherchant dans les ruines du Soudan l’espace où déporter ceux qu’il ne veut plus voir.

Cette chaîne de réalité n’a rien de théorique : elle s’écrit sous nos yeux.
Le 13 août 2025, un État souverain s’insurge contre l’idée d’accueillir des réfugiés que d’autres veulent expulser.
Le 26 octobre 2025, ce même État voit sa dernière capitale provinciale tomber sous les balles et les drones d’une milice entretenue par les réseaux russes et financée par l’or transitant par le Golfe.
Entre ces deux dates, le lien se ferme : la déportation de populations et la désintégration d’un État participent d’un même continuum de domination.

Le Soudan n’est plus seulement un champ de ruines : il devient le miroir de Gaza.
Un miroir où se reflètent les méthodes d’un monde qui ne sait plus faire la paix qu’en détruisant la carte.
Et il faut que cela cesse.
Il faut que les responsables — Moscou, Abu Dhabi, Tel-Aviv — soient nommés, exposés, sanctionnés.
Il faut rompre la chaîne, avant que d’autres États africains ne soient eux aussi transformés en dépotoirs stratégiques pour les ambitions dévoyées de puissances qui vivent du chaos qu’elles provoquent.

Le Soudan brûle, et avec lui brûle notre dernière illusion : celle que la désintégration est un accident.
C’est un système.
Et il est temps que ceux qui l’ont bâti paient.