Le retour du Peuple

Du fait divers érigé en spectacle à la crise parlementaire issue de la dissolution de 2024, le « Léviathan médiatique » dicte désormais sa loi au détriment des institutions. Cet article explore les rouages de cette dérive démocratique et rappelle l’urgence, pour la République, de rompre avec le bavardage informationnel pour retrouver le sens du Réel.

L’inflammation médiatique autour de la disparition de Lyhanna, survenue à Fleurance, pose un problème auquel chacun devrait être profondément attentif. Au-delà du fait que, désormais, chaque ouverture de journal est consacrée aux faits divers et au spectacle de la délinquance ou des troubles à l’ordre public, en faisant un objet de délectation et de dénigrement, qui excède le rôle critique qui leur est dévolu, les médias adoptent une posture qui surplombe l’Etat, qui transcende l’état de Droit, qui superpose la sensibilité de l’opinion publique à la présence du peuple, avec pour conséquence directe de s’installer en cinquième pouvoir comme premier pouvoir.

Le procès médiatique est entré dans les mœurs. Le lynchage aussi.

Il ne s’agit pas, ici, de délégitimer l’émotion qui s’empare de public pas plus que l’horreur d’un crime abominable.

Il ne s’agit pas davantage de dire que tout est parfait dans le fonctionnement des institutions et que l’expérience ne doit pas servir à améliorer les services publics.

Il s’agit simplement d’essayer de conserver les choses à leurs places respectives, et une vue, la plus équilibrée possible, de l’ensemble, condition de l’intégrité et de la cohésion de la République.

La République n’est pas la propriété de la populace et de ceux qui veillent sur elle.

La prosternation devant le tout puissant Léviathan médiatique ne correspond pas à l’identité républicaine.

Il est temps de dire l’échec cumulatif de la société dite de l’Information et de la démocratie dite d’opinion qui ont enfanté un monstre qu’ils ont substitué à la réalité salutaire du Peuple.

La société d’information et la démocratie d’opinion n’ont sans doute pas été amenés, avec les chewing-gums, par les GI’s en Europe après la seconde guerre mondiale.

Avant-guerre, la démocratie européenne reposait davantage sur:

  • Les partis,
  • Les syndicats,
  • Les grandes idéologies,
  • Les corps intermédiaires.

Après-guerre, et surtout à partir des années 1960-1980, nous avons assisté progressivement à un déplacement :

  • Du Parti vers les médias,
  • Du militant vers le téléspectateur,
  • Du programme vers la communication et les effets d’image,
  • De la libre délibération vers le contrôle de l’opinion

Les techniques américaines de sondage, développées notamment par George Gallup, jouent un rôle majeur dans cette transformation. C’est une industrie omniprésente.

Les sondages gouvernent désormais, à un point inacceptable, la vie publique. Ils s’imposent comme le miroir devant lequel chacun mesure et se mesure.

L’américanisation d’après 1945 constitue donc un tournant historique majeur parce qu’elle a ouvert la voie à un modèle civilisationnel où la puissance médiatique devient une composante centrale du pouvoir.

La hantise de voir la démocratie européenne se voir dénaturée et défigurée occupe les esprits depuis longtemps.

On la décèle dans le Discours à la nation européenne de Julien Benda. Il ne critique évidemment pas encore la  « société de l’information » au sens contemporain. En revanche, il identifie déjà un phénomène qui lui paraît extrêmement dangereux : la substitution de la passion collective à la raison critique.

C’est même le fil conducteur qui guide sa pensée depuis La Trahison des clercs puisqu’il voit les intellectuels cesser de servir la vérité et la justice pour servir les passions politiques, nationales, raciales, sécuritaires ou partisanes.

Le clerc moderne a abdiqué sa fonction de sentinelle de l’esprit pour devenir le claqueur des passions de la foule. Les effets de cette emprise sur le fonctionnement et la conscience que le peuple possède de lui-même, de sa disponibilité à se ressaisir, donc, altèrent jusqu’à l’économie.

Ce « capitalisme » moral est une capitulation.

Nous sommes plus ou moins dans l’œil de ce cyclone « informationnel ». Nous avons tort de considérer que le premier devoir de l’Etat est « sécuritaire ». Le premier devoir de l’Etat est de préserver la dignité nationale. De la stature découlent les sécurités fonctionnelles.

D’autres, André Malraux, parmi eux, le diront d’une autre manière, en remarquant que de De Gaulle, tel Lazare, a longtemps porté le cadavre de la France, avant d’être répudié au référendum sur les régionales. Je pourrais citer Paul Varéry aussi. Ou Raymond Aron.

Le parlementarisme, que beaucoup de médias décrivent comme la solution vers un consensus national, l’illustre, depuis la dissolution de 2024, jusqu’au grotesque. Il transforme des sujets essentiels comme le sont le vote d’un budget en sujets de bavardage, de surenchères d’élucubrations et objets de polémiques.

La Ve République s’était faite fort de contenir ce risque en maintenant le lien au Réel, en faisant du président de la République la clé de voute institutionnelle. On a réduit si dimension de conscience, qui relève du magistère, à des périmètres programmatiques.

Le peuple français a, sous les yeux, un parlement devenu le siège de ce mal, qui n’est pas que français, accompagné d’irrépressibles poussées de fièvres politico-médiatiques qui rongent les piliers de la République et paralyse l’Exécutif.

Les médias s’en font l’arbitre. Ils dirigent, systémiquement, le jeu.

« There’s a killer on the road »

De l’assistance militaire à la symbiose algorithmique : la Section 224 du Congrès américain s’apprête à sceller une fusion sans précédent entre les appareils de guerre des États-Unis et d’Israël. Entre mécanique aveugle et perte de contrôle démocratique, analyse d’une matière politique où la Paix, désormais tenue en laisse, semble suivre une trajectoire dont l’issue nous échappe.

Le Congrès des Etats-Unis d’Amérique s’apprête à assurer une intégration totale et fusionnelle des systèmes de guerre americano-israélien
J’appelle donc à prêter une attention toute particulière à la publication repostée ci-dessous.

Cette analyse n’est pas à ranger – je tiens au distinguo  – dans le registre des simples points de vue et du débat d’idée, qui inscrit toute choses dans une perspective relativiste transformant le discernement en variable de désajustement démocratique.

Le Quincy Institute dresse un examen clinique. C’est une observation médico-légale à laquelle il se livre, laquelle souligne un net changement de paradigme qui nous place au seuil de l’ère des apocalypses.

Il ne faut pas avoir peur des mots.
Il faut avoir peur de la réalité. Il faut le courage des mots pour ne pas avoir à craindre la réalité.
Habituellement, les États-Unis fournissent une aide financière ou matérielle (le modèle de l’aide), permettant au Congrès de voter chaque année sur le maintien de ce soutien.

Avec la Section 224, le Quincy Institute dénonce qu’on bascule dans une intégration technique et industrielle avec Israël: partage de données brutes, co-production d’IA, systèmes cyber et technologies autonomes. Pour Quincy, cela crée un « verrouillage » technologique rendant la séparation des deux armées quasiment impossible.

Cette symbiose aboutit à une entité qui n’appartient plus à aucune souveraineté nationale propre. C’est d’elle dont on peut dire qu’elle a enclenché la dynamique du détroit d’Ormuz ; c’est elle qui, en vertu d’objectifs opaques, tient la Paix en laisse et l’affale, la dresse comme un chien à enrager.

Pour paraphraser le 45/47e président des États-Unis : payez une attention toute particulière à cette matière.

En guise de conclusion face à cette mécanique infernale, ces mots de Jim Morrison me reviennent:

« There’s a killer on the road / His brain is squirmin’ like a toad / Take a long holiday / Let your children play… »

(Il y a un tueur sur la route / Son cerveau se tortille comme un crapaud / Prends de longues vacances / Laisse jouer tes enfants).

Guerre cognitive, souveraineté européenne et fracture transatlantique

La déclaration, postée il y a deux heures, du secrétaire d’État américain marque un tournant préoccupant dans les relations transatlantiques. Sous couvert de défense de la liberté d’expression, elle remet en cause la légitimité des dispositifs européens de protection contre la désinformation et les ingérences informationnelles. Cette prise de position intervient dans un contexte de guerre cognitive avérée, où l’intégrité informationnelle est devenue un attribut central de la souveraineté démocratique.

La déclaration du secrétaire d’État américain Marco Rubio ne relève pas d’un simple désaccord de principe sur la régulation des plateformes numériques. Elle trace une ligne de rupture dans l’Atlantique, dont il faut mesurer la portée stratégique. Cette ligne pourrait, à terme, se transformer en un véritable mur politique et normatif entre l’Europe et les États-Unis d’Amérique.

Une telle situation est inédite. Elle ne trouve d’écho historique, pour de nombreuses nations européennes, que dans le souvenir du mur de Berlin, symbole d’une Europe divisée par des logiques de puissance antagonistes. Mais la comparaison révèle ici un paradoxe fondamental : le mur qui se dessine aujourd’hui ne vise pas à contenir une menace extérieure clairement identifiée ; il s’érige contre les dispositifs de protection que l’Europe a mis en place face à une menace contemporaine avérée : la guerre cognitive.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. La conflictualité moderne ne se limite plus aux champs militaire, économique ou énergétique. Elle investit désormais l’espace informationnel, cognitif et symbolique. Elle ne cible plus seulement des territoires ou des infrastructures, mais les opinions publiques elles-mêmes, leur capacité de discernement, leur cohésion et, en dernière instance, leur libre arbitre. La guerre cognitive vise à altérer la perception du réel, à polariser artificiellement les sociétés ouvertes et à affaiblir leur capacité collective à décider souverainement.

Sous l’étendard ambigu de la « libre expression », la position américaine tend à délégitimer les efforts européens destinés à contenir des campagnes de désinformation organisées, massives et transnationales. Or ces campagnes ne sont ni spontanées ni neutres. Elles s’inscrivent dans des stratégies de long terme, dont les pratiques informationnelles de la Russie offrent un exemple désormais documenté, et auxquelles s’agrègent des plateformes devenues des vecteurs structurants de la guerre cognitive.

C’est ici qu’il convient de souligner avec clarté que le « pont » qui semble aujourd’hui se dessiner n’a rien de comparable avec celui que le plan Marshall avait établi pour sauver Berlin-Ouest du blocus soviétique.
Là où ce pont historique visait à préserver la liberté, la stabilité et la souveraineté démocratique face à une coercition manifeste, le mouvement actuel tend, à l’inverse, à rejoindre objectivement les intérêts du Kremlin, en affaiblissant la capacité des États européens à se défendre dans l’espace informationnel.

Cette convergence n’est peut-être ni revendiquée ni assumée. Elle n’en est pas moins stratégiquement lisible. En contestant la légitimité des dispositifs européens de protection contre les campagnes d’ingérence et de manipulation, elle sape ce que les pays européens sont en droit — et en devoir — de considérer comme relevant de leur souveraineté, de leur intégrité informationnelle et de leur défense, entendue dans son acception contemporaine, qui inclut pleinement le champ cognitif.

Qualifier ces mécanismes de « censure extraterritoriale » revient à nier la nature du conflit dans lequel les démocraties européennes sont engagées. Ce n’est pas la liberté d’expression qui est en cause, mais son instrumentalisation délibérée comme arme d’influence, destinée à fracturer les sociétés ouvertes, à miner la confiance dans les institutions et à altérer le libre arbitre des citoyens.

En confondant la défense absolue de la liberté d’expression avec le refus de reconnaître la guerre cognitive comme un champ de conflictualité à part entière, les États-Unis prennent un double risque : celui d’affaiblir leurs alliés européens, et celui d’exposer leurs propres sociétés aux mêmes stratégies de manipulation.
Il est profondément préoccupant de constater que l’Europe, déjà exposée en première ligne à ces menaces, voit désormais un allié historique se présenter à elle non plus comme un soutien dans la défense des démocraties, mais comme un partenaire devenu inamical sur la question décisive de l’intégrité informationnelle.

Aucune puissance ne peut s’acheter le libre-arbitre des peuples. Chacun se doit de le protéger.

Cognitive Warfare, European Sovereignty, and the Transatlantic Fracture

Posted just two hours ago, the statement by the U.S. Secretary of State marks a troubling inflection point in transatlantic relations. Framed as a defense of free speech, it challenges the legitimacy of European measures designed to counter disinformation and foreign interference at a time of active cognitive warfare.

The statement by U.S. Secretary of State Marco Rubio goes far beyond a technical disagreement over the regulation of digital platforms. It draws a line of fracture across the Atlantic whose strategic implications must be fully understood. That line could, over time, harden into a genuine political and normative wall between Europe and the United States.

Such a situation is unprecedented. For many European nations, it evokes only one historical parallel: the memory of the Berlin Wall, the symbol of a Europe divided by antagonistic power logics. Yet the comparison reveals a fundamental paradox. The wall now taking shape is not meant to contain an external threat; it is being erected against the protective mechanisms Europe has developed in response to a clearly identified contemporary threat: cognitive warfare.

For this is precisely what is at stake. Modern conflict no longer confines itself to military, economic, or energy domains. It now fully occupies the informational, cognitive, and symbolic space. Its targets are no longer only territories or infrastructures, but public opinion itself—its capacity for discernment, its cohesion, and ultimately its free will. Cognitive warfare seeks to distort perceptions of reality, to artificially polarize open societies, and to weaken their collective ability to decide sovereignly.

Under the ambiguous banner of “free speech,” the American position tends to delegitimize European efforts to counter organized, large-scale, transnational disinformation campaigns. Yet these campaigns are neither spontaneous nor neutral. They are embedded in long-term strategies, of which Russian information practices now provide a well-documented example, and they are amplified by platforms that have become structural vectors of cognitive warfare.

It must be stated clearly that the “bridge” now seemingly being built bears no resemblance whatsoever to the one established by the Marshall Plan to save West Berlin from the Soviet blockade.
Where that historic bridge aimed to preserve freedom, stability, and democratic sovereignty in the face of overt coercion, the current dynamic tends instead to **objectively converge with the interests of the Kremlin, by weakening Europe’s capacity to defend itself in the informational domain.

This convergence may be neither claimed nor intended. It is nonetheless strategically legible. By challenging the legitimacy of European safeguards against interference and manipulation, it undermines what European states are fully entitled—and indeed obliged—to regard as matters of sovereignty, informational integrity, and defense, understood in their contemporary sense, which unequivocally includes the cognitive domain.

Labeling these protective measures as “extraterritorial censorship” amounts to denying the very nature of the conflict in which European democracies are now engaged. What is at issue is not freedom of expression as such, but its deliberate instrumentalization as an influence weapon, designed to fracture open societies, erode trust in institutions, and compromise citizens’ free will.

By conflating an absolutist defense of free speech with a refusal to recognize cognitive warfare as a fully-fledged domain of conflict, the United States runs a double risk: weakening its European allies, and exposing its own society to the very same manipulation strategies.
It is deeply troubling that Europe—already on the front line of these threats—now finds itself facing a historic ally that no longer appears as a partner in the defense of democratic resilience, but rather as an increasingly unfriendly counterpart on the decisive issue of informational integrity.

No power is able to design the free will of people. The duty of each is to protect and elevate it.

Le visage de l’hydre

Contrairement à ce qu’insinue ce compte X, s’affichant comme « de réinformation »:

, si des tracteurs — outils de production — sont détournés en instruments de blocage massif et de paralysie territoriale, ce à quoi s’emploient les coordination rurale et confédération paysanne qui ont subverti l’entier du syndicalisme agricole, alors il est – juridiquement, symboliquement et surtout, opérationnellement – cohérent qu’ils rencontrent, sur leur route, des VBRG – Véhicules Blindés à Roues de la Gendarmerie.

Ce qui est en jeu ici n’est pas la paysannerie, mais son instrumentalisation.
Exploiter sa figure pour affaiblir l’État, démobiliser ses forces de l’ordre et produire un renversement cognitif des légitimités relève d’une stratégie connue.

L’injection, dans l’espace public, d’un narratif qui renverse le sens des lieux, des rôles et des missions — au nom d’une prétendue “réinformation” — constitue une signature symbolique claire.

Ce travail de l’ombre ne vise pas à défendre le vivant, mais à troubler l’intégrité de l’État dans l’exercice de ses fonctions régaliennes.

Lorsqu’un tigre est accusé d’être violent parce qu’il garde la frontière de la jungle, ce n’est pas le tigre qui est en cause, mais le récit que l’on fabrique autour de lui.

Le compte @reseau_internat s’inscrit dans un écosystème informationnel identifié, caractérisé par:

  • une hostilité systémique à l’Union européenne,
  • une délégitimation constante de l’État français,
  • une valorisation implicite ou explicite des puissances autoritaires dites “souverainistes”, au premier rang desquelles la Russie.

Les publications analysées présentent des invariants rhétoriques:

  • recours à des sources non vérifiables ou circulaires,
  • usage intensif de témoignages anonymes ou émotionnels (« les policiers sont dégoûtés »),
  • cadrage des forces de l’ordre comme instrumentalisées contre le peuple,
  • inversion systématique des responsabilités (l’État comme cause exclusive du désordre).

Le post analysé (tracteurs face aux VBRG) — qui émane d’un compte qui n’est qu’un des innombrables tentacules de l’hydre à laquelle la France et l’UE ont affaire — ne vise pas à informer sur un événement, mais à produire trois effets cognitifs simultanés:

a) Séparer les forces de l’ordre de la République

En prétendant parler au nom des policiers et gendarmes [dire tout haut ce qu’ils pensent tout bas], le compte tente de:

  • les extraire de leur mission régalienne,
  • les présenter comme moralement en rupture avec l’État.

C’est un classique des stratégies de subversion informationnelle.


b) Légitimer l’escalade par victimisation

La mise en scène d’un État « aux abois », « en fin de règne », ne vise pas à analyser, mais à:

  • normaliser l’idée d’un effondrement proche,
  • rendre acceptable une radicalisation ultérieure.

c) Renverser le symbolique

Le face-à-face tracteurs/VBRG est cadré pour:

  • essentialiser la paysannerie comme figure du peuple pur,
  • assimiler l’État à une force d’occupation.

Ce procédé est strictement homologue aux narratifs utilisés dans les théâtres ukrainien, balte ou moldave avant des phases de tension accrue.

En retournant un panneau indicateur en Français, ce qui se lit, c’est Moscou en cyrillique

Le compte @reseau_internat s’inscrit parfaitement dans un contexte plus large de renversement symbolique, illustré par le phénomène qui s’est étendue comme une trainée de poudre dans la ruralité et qui a consisté à renverser les panneaux indicateurs à l’entrée et au sortir des localités:

  • le retournement durable des panneaux d’entrée de communes,
  • l’acceptation, voire la valorisation, de ce geste par des élus locaux.

Ce phénomène:

  • n’exprime plus une revendication,
  • installe une inversion de l’ordre de signification du territoire.

Il constitue un terrain cognitif favorable aux stratégies de désorientation et de délégitimation de l’État.

Sans préjuger d’un pilotage direct, les contenus et méthodes observés sont compatibles point par point avec:

  • la doctrine russe de guerre informationnelle (Gerasimov),
  • l’usage de vecteurs locaux, idéologiquement marqués,
  • la stratégie de fragmentation des sociétés européennes de l’intérieur,
  • l’exploitation des fractures rurales, sociales et identitaires.

Il s’agit moins de convaincre que de désorganiser, moins de proposer que de faire douter.

Le compte @reseau_internat ne doit pas être compris comme un acteur central, mais comme:

  • une tentacule d’un dispositif d’Intelligence étrangère plus large,
  • un amplificateur local d’un narratif hostile à la République,
  • un agent de pollution cognitive durable.

La menace qu’il représente n’est pas militaire, elle est épistémologique, même si elle sait déployer quelques drones pour fixer notre vigilance sur le conventionnel et nous tromper sur le fait qu’elle attaque la capacité collective à distinguer critique légitime et délégitimation systémique.

Les médias, fascinés par l’expression des colères paysannes, sont à ce système frauduleux, médiatiquement et informationnellement, et parfaitement typique de la guerre cognitive, ce que les façades commerciales sont au blanchiment d’argent.

Une démocratie peut absorber la contestation.
Elle ne survit pas longtemps à la désorientation organisée.

Ce qui se joue réellement: une inversion de la hiérarchie des compétences

Dans une République moderne, le principe n’est pas que tout le monde sait tout,
mais que:

  • chacun parle depuis son champ de compétence,
  • les savoirs sont articulés, discutés, contredits,
  • la décision politique arbitre, elle ne remplace pas le savoir.

Or ce que qui se montre sous les traits de la colère, à laquelle il n’est pas anormal d’être empathique — et que nous observons — est autre chose:

la colère vécue comme titre de compétence supérieur.

Le paysan n’est plus:

  • un acteur économique,
  • un citoyen porteur d’intérêts légitimes,
  • un expert de son métier,

mais il est érigé en rival épistémique:

  • du vétérinaire,
  • de l’épidémiologiste,
  • de l’économiste,
  • du législateur.

Non pas contre eux, mais à leur place.

C’est exactement la matrice du Soviet suprême. Historiquement, le Soviet suprême ne reposait pas sur la compétence, mais sur:

  • la représentation immédiate,
  • la légitimité morale du “producteur”,
  • la suspicion envers les savoirs spécialisés (jugés bourgeois, technocratiques, dévoyés).

Le schéma était le suivant:

Celui qui produit (acier, blé, charbon) est réputé comprendre le monde mieux que celui qui l’étudie.

C’est ce que Lénine puis Staline ont institutionnalisé :

  • l’ouvrier contre l’ingénieur,
  • le paysan contre l’agronome,
  • le comité contre l’expertise.

Le résultat fut connu:

  • terreur idéologique contre les savants.
  • désastre agronomique (Lyssenko),
  • famines,
  • effondrement de la rationalité économique,

Ce qui ressurgit aujourd’hui n’est pas le communisme, mais sa pathologie cognitive exploitée avec une rare efficacité par Poutine:

Si je souffre, alors j’ai raison.
Si je suis en colère, alors la science ment.
Si je produis, alors je décide du vrai.

C’est exactement :

  • la délégitimation de la médiation,
  • la haine du tiers (expert, institution, règle),
  • le court-circuit du temps long par l’émotion.

Quand la colère devient une compétence; quand la production devient un droit au vrai; et quand l’expertise est disqualifiée comme ennemie du peuple; ce n’est pas la République qui s’approfondit —
c’est l’ombre du Soviet suprême qui réapparaît.

Et la créature antéhistorique qu’est Soviet suprême est l’antithèse de l’Etre Suprême que la République Française, elle, a érigé en son centre symbolique — non comme régime politique, mais comme structure mentale.
Retrouvons-le d’urgence et chassons l’alien!

PS: Cette analyse, très opérationnelle, touche au nœud central de la Théorie Etendue de l’Information, développée par ailleurs: le moment où l’information cesse d’être structurée par des champs et devient un rapport de force brut entre affects.

Emmanuel Macron, le mage du Kremlin et les ingénieurs du chaos

Les “ingénieurs du chaos” sont, dans la réalité géopolitique contemporaine, au service du “Mage du Kremlin”. Giuliano Da Empoli a écrit deux livres qui, mis bout à bout, décrivent exactement le dispositif à l’œuvre. C’est cet ennemi qu’affronte, chaque jour, Emmanuel Macron, comme ses pairs avant et autour de lui, sur l’échiquier européen.  Cet ennemi doit être vaincu.

Cette réflexion m’est inspirée par un énième post circulant aujourd’hui, sur X pour forcer le trait entre l’“incroyable différence” entre un 11-Novembre soi-disant « lugubre » sous Emmanuel Macron, et celui de Chirac et Jospin, présenté comme radieux, chaleureux, populaire.
Ce n’est évidemment pas la première fois que ce type de comparaison est instrumentalisé.
C’est même devenu une mécanique récurrente, systématique, consistant, a installant un référentiel émotionnel et subjectif fallacieux.

Chaque événement public — du 1er mai 2018 au 11-Novembre 2025, en passant par le Salon de l’Agriculture qui est pourtant une véritable liturgie nationale — est pourri, déformé, corrompu, s’ils le peuvent,  par les protagonistes qui ne méritent rien d’autre que d’être qualifiés « d’ingénieurs du chaos », pour atteindre l’image du président.

Lorsqu’un même schéma se répète pendant des années, toujours avec les mêmes ressorts psychologiques, c’est qu’on n’est plus dans la critique politique.
On est dans une technique, qui admet la création et la manipulation opportuniste d’événements contestataires et émeutiers, comme la crise des gilets jaunes l’a prouvé.

Comparer des foules pour fabriquer du chaos : voilà l’art le plus discret de nos ingénieurs du trouble — et la matière première de leur guerre contre la démocratie.

C’est là que le tableau devient clair: l’action d’Intelligence  —  car il s’agit bien de l’élément fondamental d’une action stratégique — appliquée au président de la République, vise,  méthodiquement, au long cours, à le discréditer, l’isoler, l’invisibiliser.

Ce n’est pas une succession d’incidents: c’est une méthode, une coordination, un processus visant à immobiliser la proie dans la toile du désamour patiemment tissée, avec la soie de la défiance, au coeur de la République.

Ce mécanisme, auquel le système médiatique ne veut voir que du feu, contrefait l’apparence de la démocratie

Contrairement à ce que l’on veut laisser croire, cette stratégie n’a pas épargné les anciens chefs d’État. Elle a simplement trouvé, avec l’actuel président, son point de raffinement maximal, son terrain d’expérimentation le plus abouti. Sa conclusion espérée par les ennemis de la France, c’est la destitution ou la démission du président de la République.

Le schéma observable en France présente des similitudes troublantes avec ce qui se passe dans toutes les autres démocraties européennes: mêmes leviers psychologiques, mêmes relais, mêmes séquences d’usure, mêmes mécanismes de déplacement du réel.

Ce mécanisme, auquel le système médiatique ne veut voir que du feu, contrefait l’apparence de la démocratie, dont il détourne les prérogatives, au point de se confondre en elle.
Mais il n’en est qu’un camouflage: celui d’une guerre menée contre la démocratie elle-même, une guerre déclarée à la République française.

Pourquoi ?

Parce que certains faits de l’actualité de ces dernières années — si vous les examinez objectivement, rationnellement — font apparaître des pivots, des alignements, des interférences qui amplifient le mouvement et expliquent sa brutalité.

La souveraineté n’existe réellement que si les conditions du débat qui l’a fait naître sont garanties.
Autrement dit : elle n’est pas étrangère au fait que, sans un débat authentique, libre et constitutif, il n’y a plus de souveraineté véritable.

Et si, d’aventure, vos propres signaux d’alerte ne s’allument pas, demandez-le à ChatGPT ou à n’importe quelle intelligence artificielle: elle vous ressortira la carte, les nœuds, les pressions, et les intérêts qui, mis bout à bout, composent le tableau réel.

> Giuliano da Empoli, Les Ingénieurs du chaos (2019) et ** Le Mage du Kremlin (2022)**.
Deux œuvres complémentaires : la première analyse les stratégies contemporaines de perturbation cognitive et de manipulation politique ; la seconde éclaire, par le biais du roman, la logique de pouvoir et la dramaturgie du réel qui inspirent ces mécanismes — offrant ainsi une grille de lecture précieuse pour comprendre certaines dérives observables aujourd’hui dans plusieurs démocraties européennes.

Réseau puis Boulevard, l’ombre de Voltaire

Voltaire et Rousseau s’affrontent encore, au-delà des siècles. L’un a survécu sous forme d’ombre, l’autre sous forme d’idéal blessé. De l’esprit critique, on a fait une arme ; du contrat social, un champ de bataille. Et ceux qui continuent d’y croire passent pour des naïfs — ou pour des Bisounours. 🐺 Atenti al lupo

Curieux destin que celui du nom de Voltaire, devenu au tournant du siècle le sceau commun de deux entreprises en apparence éloignées :
le Réseau Voltaire, fondé par Thierry Meyssan en 1994, et Boulevard Voltaire, créé en 2012 par Robert Ménard, actuel maire de Béziers et chroniqueur patenté de l’actualité, et Emmanuelle Duverger.

Le premier, né à gauche dans la défense de la laïcité et de la liberté d’expression, a glissé vers le conspirationnisme géopolitique, trouvant appui à Damas, Téhéran et Moscou.


Le second, issu du journalisme de combat, s’est mué en tribune identitaire, accompagnant la métamorphose du Front National en Rassemblement National.
Tous deux se réclamaient d’un même héritage — l’esprit libre contre les dogmes — mais l’ont retourné : l’esprit voltairien s’y est changé en surplomb, posture de celui qui sait, face à un monde supposé trompé.

Alain Soral, dans ce paysage, fait figure de lien mobile entre ces univers.
Ses ambiguïtés récentes vis-à-vis de La France Insoumise, sa reprise de thèmes “anti-impérialistes” ou “anti-OTAN”, révèlent le degré d’hybridation atteint :
les extrêmes ne se rencontrent plus sur le plan des programmes, mais sur celui de la grammaire cognitive.


Ils partagent une même forme — la défiance voltairienne devenue réflexe —, et une même proie : la République elle-même, dans l’esprit de tolérance qui en anime le cœur à travers la laïcité de l’apaisement.
De ce principe de concorde, ils ont fait une machine de guerre.
Là où Voltaire éclairait le débat, ils en ont fait une lampe torche braquée sur l’adversaire.

Le Rassemblement National, longtemps fasciné par la Russie de Poutine et la Syrie d’Assad, a joué sa part dans ce dispositif.
Son anti-sunnisme implicite, hérité du soutien à Damas, répondait en miroir à l’anti-occidentalisme de certains courants de LFI.
Deux pôles d’une même tension, deux mâchoires d’un même dispositif :
l’une fixe, l’autre mobile — mais toutes deux refermées sur le corps politique français.

Ainsi est née la guerre cognitive interne :
celle où les oppositions s’alimentent mutuellement,
où les médias servent de turbocompresseur à la combustion,
et où la “raison” voltairienne, revendiquée de toutes parts, se retourne contre elle-même.

Un système d’information radicalisé peut-il générer autre chose que du radicalisme? Ce qui s’est passé à l’occasion de l’effroyable virée sanglante mercredi sur l’île d’Oléron qui a vu un automobiliste d’une trentaine d’années faucher volontairement cinq piétons et cyclistes au gré de son itinéraire dit quelque chose sur le désir des rédactions excitées par l’odeur du sang qui constitue l’encre.

Quelques minutes à peine après le drame de l’île d’Oléron, les rédactions étaient déjà, en effet, sur les dents.
On percevait, à travers les bandeaux et les boucles d’antenne, le désir impatient d’un mot : terrorisme islamique.
Le mot qui fait sens, le mot qui fait peur, celui qui ramène le chaos à une catégorie connue.
Mais dans le même temps, les praticiens du réel — magistrats, policiers, responsables publics — résistaient à cette pression lexicologique, refusant de céder à la logique de précipitation.
Cette tension, entre l’attente du mot et la prudence du fait, dit tout du déséquilibre actuel : le média moderne ne supporte plus le silence ni l’incertitude, il lui faut du sens immédiatement consommable.

Ainsi, chaque drame devient un test de réflexe cognitif : non pas une enquête sur la réalité, mais une course à la narration dominante.
Et c’est dans ce court-circuit — entre la vitesse de l’interprétation et la lenteur de la vérité — que s’engouffre la guerre cognitive.

> Dans ce jeu d’ombres, Voltaire ne veille plus sur la liberté de conscience: il la dévore.

🗽 Zohran Mamdani, Mayor of New York

November 4, 2025, enters history not as the symbol of radical Islam’s entry into the establishment—with its undertones of suspicion toward what is “ethnically pure” or “civilizationally sound”—but as a moment of moral rebirth and reconstruction. As New York emerges from the shadow of September 11, 2001, the shadow of October 7, 2023 now tries to catch up with the momentum of the city that never sleeps.

For several weeks, Zohran Mamdani’s candidacy for mayor of New York had crystallized tensions and fantasies. His critical stance toward Israel’s policy in Gaza was enough to trigger a wave of hostility. Neoconservative circles, supported by certain Republican lawmakers, tried to turn him into the symbol of ideological infiltration.
Thus, Congressman @RepOgles posted, with the caption “WAKE UP NEW YORK!”, the video of the first plane crashing into the North Tower of the World Trade Center.
This gesture, seemingly trivial, reactivates the deepest wound in contemporary America: September 11 as a matrix of fear and a tool of political disqualification.

Yet where others might have faltered, Zohran Mamdani embodied a generational rupture.
The son of immigrants, a practicing Muslim and an avowed socialist, he represents the New York that no longer lives under the shadow of 9/11, but emerges from it.
His discourse does not deny trauma; it transmutes it into collective responsibility.
Where the hawks built a moral order out of fear, he proposes a civic order rooted in social justice and reconciled memory.

His emergence signals a profound shift: Ground Zero, which one must not forget also served—under the guise of Western solidarity—as a global stage for Vladimir Putin and Benjamin Netanyahu, finally offers a face of inner reconstruction.
Where tragedy once cemented alliances of fear, legitimized wars, and founded a new security order, a face of reconciliation now rises.
Ground Zero, once the symbolic epicenter of a world divided between Good and Evil, becomes, with Zohran Mamdani, a site of moral reconciliation.

In this sense, his election marks a historic turning point. Twenty-four years after the collapse of the towers, New York no longer speaks from its wound but from its scar.
The America that emerges here is no longer one that seeks enemies, but one that seeks meaning.

Yet the danger remains. For the manipulation of fear has its mirror image: ideological capture.
While conservative circles attempt to demonize Mamdani, others—on the far left or in Islamist-leaning movements, such as La France insoumise in Europe—hasten to recycle him as a symbol of communal revenge.
This, too, is a betrayal of what he represents. His victory must not become a banner of identity, but a signal of reconciliation—a moral and democratic reappropriation of the city by itself.

Between fear and recuperation, Mamdani stands as a fragile yet decisive figure: the first serene heir of a traumatized system.
Through him, New York ceases to be the wounded city of 9/11 and becomes once more what it was always meant to be: a living laboratory of resilience and courage.

Subliminal / Supraliminal

Some still circulate the image of 9/11 to shame those who have “forgotten”, as if voting freely were a betrayal.
That is the power of a subliminal image: it works below consciousness, reawakens fear, and lulls reason to sleep.

But Zohran Mamdani’s election reverses the mechanism.
It belongs to the realm of the supraliminal — no longer the image that haunts, but the one that reveals.
New York is no longer hypnotized by trauma; it finally faces itself.

Twins Towers

De l’image subliminale à l’effet supraliminal

On sait ce que sont les images subliminales : celles qui s’imposent à la mémoire sans passer par la conscience, qui réveillent la peur sans qu’on sache pourquoi.
Depuis le 11-Septembre, le plan de l’avion percutant la tour nord appartient à cette catégorie d’images : il ne se regarde pas, il s’imprime. Et certains l’utilisent encore aujourd’hui pour culpabiliser ceux qui ont simplement permis qu’un maire soit élu conformément au processus démocratique.

Mais il existe un inverse du subliminal : le supraliminal.
C’est l’image qui ne cherche plus à hanter, mais à révéler. Elle ne se cache pas sous la conscience : elle l’éveille.
Le 11-Septembre, utilisé comme arme symbolique, fige New York dans la peur.
Zohran Mamdani, élu maire de la ville, lui rend au contraire sa capacité de voir, de comprendre, de décider — en un mot, de penser librement.

Là où les images subliminales endorment les peuples, les images supraliminales les réveillent.
Et c’est peut-être cela, la véritable victoire de New York en 2025 : avoir substitué à la mémoire traumatique une conscience éveillée.

🗽 Zohran Mamdani, maire de New-York (VI)

Ce 4 novembre 2025 entre dans l’histoire moins comme le symbole de l’entrisme de l’islamisme radical dans l’establishment, avec son fond de soupçon de trouble à l’ethniquement pur civilisationnel, que comme un moment de renaissance et de reconstitution morale. Alors que New-York sort de l’ombre du 11-Septembre-2001, celle du 7-Octobte-2023 tente de rattraper l’élan de « the city that never sleep ».

Depuis plusieurs semaines, la candidature de Zohran Mamdani à la mairie de New York a déclenché une série d’attaques d’une rare intensité. Ses prises de position critiques à l’égard de la politique israélienne à Gaza ont suffi à faire de lui une cible privilégiée des cercles néoconservateurs et pro-israéliens les plus radicaux. C’est dans ce contexte qu’un membre du Congrès, @RepOgles, a publié une séquence du 11-Septembre — l’instant où le premier avion s’écrase sur la tour nord — accompagnée du slogan : “WAKE UP NEW YORK!”.


Ce geste n’est pas anodin : il révèle comment l’imaginaire du 11-Septembre-2001, matrice de la peur et de la cohésion nationale américaine, continue d’être instrumentalisé à des fins de disqualification politique.

On ne montre plus l’avion pour commémorer, mais pour réactiver la peur — pour raviver le réflexe d’assimilation entre critique d’Israël, islamisme et menace terroriste. Or, la trajectoire de Zohran Mamdani, né à Kampala de parents immigrés indiens, musulman pratiquant et socialiste déclaré, incarne précisément la génération qui émerge du traumatisme. Il ne vit plus sous l’ombre du 11-Septembre : il en sort. Là où les faucons ont bâti un ordre moral sur la peur, Mamdani propose un ordre civique fondé sur la justice sociale et la mémoire réconciliée. Il ne nie pas la blessure de l’Amérique, il la transmute en responsabilité.

Son émergence traduit une mutation profonde : Ground Zero, dont nul ne doit oublier comment, sous couvert de solidarité avec l’Occident, il a aussi servi de tribune mondiale à Vladimir Poutine et Benyamin Netanyahou, offre enfin un visage de reconstruction intérieure. Là où, hier, la tragédie fut instrumentalisée pour cimenter des alliances de peur, légitimer des guerres ou fonder un nouvel ordre sécuritaire, émerge aujourd’hui un visage de réconciliation.
Ground Zero, jadis le centre symbolique d’un monde fragmenté entre le Bien et le Mal, devient, avec Zohran Mamdani, le lieu d’une possible réconciliation morale.

A la manipulation par la peur répond, aussi, la récupération par l’idéologie

New York, avec lui, ne parle plus depuis la plaie mais depuis la guérison. L’Amérique qu’il incarne n’est plus celle qui cherche des ennemis, mais celle qui cherche du sens. En cela, sa candidature constitue un acte politique majeur : elle fait vaciller vingt ans de narratif sécuritaire et identitaire.

Mais le danger inverse est réel. Car à la manipulation par la peur répond, aussi, la récupération par l’idéologie. Tandis que les milieux conservateurs tentent de diaboliser Mamdani, certains courants islamistes ou d’extrême gauche — à l’image de La France insoumise en Europe — s’empressent de le recycler en figure de revanche communautaire.

Or cette récupération est tout aussi illégitime : elle trahit le sens même de son engagement, qui n’est pas de représenter une communauté contre une autre, mais de réconcilier la ville avec elle-même, de réinsuffler un humanisme politique au cœur d’un espace saturé de mémoire et de peur.

Entre l’instrumentalisation du 11-Septembre et sa captation par la rhétorique victimaire, Mamdani se trouve au centre d’un champ de forces qui excède sa propre personne. Mais c’est justement là que réside sa portée symbolique : s’il parvient à résister à ces deux logiques de capture — celle du nationalisme blessé et celle de la victimisation militante —, alors il deviendra bien plus qu’un candidat.
Il sera le premier héritier apaisé d’un système traumatisé, celui qui, au cœur même de New York, rappelle que le courage du XXIe siècle consiste à désarmer la peur.

En lui, New York cesse d’être la ville blessée du 11-Septembre pour redevenir ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être: le laboratoire vivant de la résilience et du courage.

Une cité normale.