Retraite: anatomie de l’abus social dont est victime la « Nation »

La démocratie, détournée en marché électoral et en démagogie du court terme, est devenue l’instrument légal de l’abus social commis contre la personne morale « Nation » et contre ses générations futures. Histoire d’un fric-frac.

Partir de la Constitution n’est jamais une erreur. Cela permet d’y voir clair! Alors que le débat ressasse ses sempiternels couplets, et que la vision française louche, avec toujours autant d’intensité sur le temps de travail et l’âge du départ à la retraite, revenons au principe que dispose la Constitution.

Elle ne dit pas grand chose. C’est vrai. L’alinéa 11 du Préambule de la Constitution du 27 octobre 1946 pose le fondement constitutionnel de la protection sociale et de la santé en France avec une économie de mots rigoureuse.
Que dit-il?

« Elle [ndr: la Nation] garantit à tous,
notamment à l’enfant, à la mère
et aux vieux travailleurs,
la protection de la santé, l
a sécurité matérielle,
le repos et les loisirs… »

La Constitution laisse le soin au législateur d’établir les conditions de la sécurité que la nation alloue aux siens. L’article 34, figurant dans le bloc constitutionnel de 1958, donne ainsi au Parlement la gestion complète des outils de la cuisine, tandis que l’alinéa 11, hérité de la Constitution de 1946, veille uniquement à ce que le service minimum de la table demeure assuré.

Avec la rigueur initiale, presque spartiate, la Nation se promettait donc la prospérité suffisante pour répondre aux besoins de tous.

N’est-il pas terrible d’en être là où nous en sommes aujourd’hui, assommés par des injonctions idéologiques, par une pression fiscale, un déficit endémique et un endettement considérable?

Un pays peut-il décréter sa propre prospérité sans se soucier de la fabriquer? C’est le grand malentendu du « gâteau à partager » qui traverse notre histoire moderne. Depuis près d’un siècle, la France s’est installée dans une illusion confortable: celle d’un droit pur, affranchi de l’effort, où la redistribution prime sur la création de valeur et où le décret tient lieu de réalité économique.

À mesure que les « conquêtes sociales » se commuaient en « acquis intangibles », le discours politique a troqué la rigueur de l’appareil productif pour la facilité du crédit et de la rente. De l’ivresse insouciante de l’été 1936 au renoncement gaullien de 1959, de la retraite à soixante ans aux dérives de la fiscalité punitive, ce texte retrace la généalogie d’un aveuglement collectivement entretenu.

Au cœur de cette trajectoire se noue une anomalie majeure: l’abus social. Tout comme la justice punit le dirigeant qui siphonne les actifs de sa société au détriment de son avenir, la collectivité s’est mise à consommer le travail futur des actifs pour financer son confort présent. En prétendant sanctuariser les parts d’un gâteau tout en dégradant la capacité des fourneaux, l’État a transformé la solidarité en spoliation intergénérationnelle.

Cette réflexion n’est pas un réquisitoire contre la protection sociale, mais une sommation du réel. Car aucune société ne peut durablement distribuer ce qu’elle refuse de produire, ni fonder son avenir sur la ruine de sa propre jeunesse.

L’été 1936 s’ouvre dans l’enivrement des départs. Sur la Nationale 7, sous le soleil de juillet, des milliers de Français s’élancent vers Palavas-les-Flots, poussés par l’enthousiasme d’un temps nouveau.
Le Front Populaire vient de décréter les congés payés et la semaine de quarante heures.
Dans le débat public, la langue politique accouche d’une formule promise à une immense fortune : les « conquêtes sociales ».

Pour la première fois, le repos n’est plus la simple trêve du travailleur fatigué ; il devient un droit proclamé, une part de liberté arrachée à l’ordre ancien. Une nation entière célèbre le droit au bonheur et s’abandonne à l’illusion bienheureuse d’un progrès désormais garanti par le seul pouvoir des décrets.

Mais le paysage européen dissimule une effroyable tragédie en embuscade. À quelques centaines de kilomètres de cette insouciance estivale, trois ans avant que le monde ne sombre et bien avant les ténèbres de Vichy, la réalité historique s’écrit dans l’acier et le feu.

À Berlin, le Reichstag a brûlé. Le nazisme a pris le contrôle absolu de l’Allemagne, convertissant la société tout entière et les esprits à l’impératif de la guerre. Alors que la France chante la douceur de vivre et la suspension de l’effort, la puissance industrielle voisine tourne à plein régime pour forger les armes de la destruction future. Le contraste est saisissant, presque obscène : d’un côté, le miracle célébré du temps libre ; de l’autre, la fabrique implacable de la force brutale.

Pendant que la foule se presse sur le littoral, un officier encore totalement inconnu du grand public observe le désastre imminent depuis la pénombre des états-majors. Charles de Gaulle a déjà publié Le Fil de l’épée en 1932 et Vers l’armée de métier en 1934. Là où ses contemporains s’enivrent de phrases creuses et célèbrent la victoire du droit sur les nécessités économiques et militaires, lui ne voit que l’illusion d’une nation qui s’expose nue face au danger. De Gaulle rappelle une vérité fondamentale et cruelle : aucune proclamation morale, aucun texte législatif, aucune conquête ne tient bien longtemps sans la rigueur de l’appareil productif, la puissance de l’outil et l’acceptation de l’effort.

Dans ce face-à-face silencieux entre la Nationale 7 et la pensée gaullienne se noue le drame du XXe siècle français et le marasme actuel dont nous ne parvenons pas à nous défaire.

En sacralisant le droit au repos au moment précis où le monde exigeait la tension des volontés, la France a inauguré une déconnexion majeure entre la fiction du droit acquis et la matérialité de la production. C’est dans ce refus catégorique de la démagogie que germera, deux décennies plus tard, la rigueur de la Constitution de 1958 : la conviction qu’une nation ne vit pas de formules magiques, mais de sa capacité à affronter la réalité du monde

Vingt-deux ans après l’ivresse de 1936, revenu aux affaires à la faveur d’une crise majeure, Charles de Gaulle dote la France d’un cadre institutionnel taillé dans le roc. La Constitution du 4 octobre 1958 entend restaurer l’autorité de l’État sur les féodalités parlementaires et soumettre la gestion publique à une exigence de réalité. Pourtant, ce texte d’une grande sobriété ne réinvente pas l’architecture des droits sociaux : son propre Préambule renvoie explicitement à celui de la Constitution du 27 octobre 1946.

C’est dans ce socle que réside la véritable portée normative de la solidarité nationale. L’alinéa 11 dispose avec une clarté limpide que la Nation « garantit à tous, notamment à l’enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs ». Le texte constitutionnel dit cela, et rien de plus. Il pose un devoir de secours, de dignité et de couverture des besoins vitaux pour ceux que l’âge ou la fatigue retirent du circuit productif. Nulle part il ne décrète la préservation ad vitam aeternam d’un niveau de vie relatif, ni la transformation d’une prestation de solidarité en un titre de rente intouchable sur le travail vivant.

Fort de la rigueur de ces principes et pressé par l’urgence du redressement national, de Gaulle lance dès 1959 le plan d’assainissement financier préparé par Jacques Rueff et Antoine Pinay. Pour stopper l’inflation et assainir les comptes de la Nation, le pouvoir s’attaque aux avantages catégoriels et décide la suppression de la retraite versée aux anciens combattants valides. Dans une allocution restée célèbre, le Général résume l’esprit de l’arbitrage : « Il n’y avait pas de raison pour qu’aucune catégorie, si respectable, ne participât pas au sacrifice général ».

Dans cette cavalerie budgétaire,
la personne morale « Nation » est dépouillée
de son capital productif,
tandis que la charge du remboursement
est rejetée sur les actifs de demain,
absents des bureaux de vote.

C’était compter sans la puissance du corporatisme et la cristallisation des rentes. La levée de boucliers est immédiate, organisée et impitoyable. Face à la coalition des associations, au chantage politique et au risque d’impopularité, le pouvoir capitule. De Gaulle doit renoncer et rétablir la prestation.

L’échec de 1959 constitue le drame inaugural de la Vᵉ République. En cédant sur ce point, le pouvoir politique a révélé une faille systémique: même abrité derrière la Constitution la plus concrète et la plus solide de notre histoire, l’État recule dès qu’une catégorie organisée érige un transfert financier en privilège intouchable. La brèche était ouverte. La fiction de l’acquis venait de remporter sa première victoire sur la rigueur du texte fondamental.

Ce que 1959 avait esquissé, le tournant de 1981 le parachève avec l’autorité du suffrage universel. En abaissant l’âge légal de la retraite à soixante ans, le pouvoir mitterrandien ne se contente pas de distribuer une prestation supplémentaire: il consacre définitivement la doctrine du progrès décrété à crédit. La retraite cesse d’être l’ajustement prudent d’une capacité économique pour devenir une promesse souveraine, affranchie des réalités de la production et financée par l’emballement de la dette publique. L’illusion du gâteau disponible est portée à son acmé; il suffit d’une signature au bas d’un texte de loi pour s’approprier le travail que les générations futures n’ont pas encore accompli.

Mais attention! Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit.
Je n’ai jamais dit et je dirai jamais qu’il faut travailler plus et plus longtemps pour satisfaire le capital, pour gagner plus, pour chercher le pouvoir d’achat avec la rage au ventre.

Je dis, simplement, qu’il eût fallu, particulièrement à la fin des « Trente Glorieuses », travailler plus et plus longtemps pour produire la société qui permet – justement – d’acquérir les progrès durables qu’offre une économie florissante, sans chercher à faire porter la charge sur une partie de la population et non pas par la vision d’un prospérité biaisée et illégitime.
La prospérité biaisée et illégitime finit par présenter sa facture à tous.
Elle génère son tableau d’amortissement.

Dénoncer la déconnexion entre le « gâteau » et la « cuisine » qui permet sa préparation ne revient nullement à épouser le credo du productivisme marchand, ni à exhorter l’individu à courir après le « pouvoir d’achat » pour satisfaire les appétits du capital et l’élan purement consumérisme.

Le travail n’est pas invoqué – et ce n’est en aucun cas mon propos – comme une servitude due au marché ou un sacrifice offert à l’accumulation, mais comme la condition stricte de la soutenabilité sociale.

Dans l’idée du Gaullisme, l’action de « grâce » sociale avait pour nom générique: « La Participation ». Ce n’était pas un simple guichet de dividendes.

Ce n’était ni un guichet de distribution, ni un chèque en blanc délivré par l’État-providence. C’était une philosophie du réel : associer les travailleurs à la propriété, aux bénéfices et aux responsabilités de l’entreprise.

La France a choisit de haïr ses chefs d’entreprise. De mépriser leur fonction pourtant essentielle au point aujourd’hui de dresser des guillotines lexicales et de faire écho à l’assimilation de cette catégorie à des « nuisibles ».

C’est précisément au tournant des années 1990, au milieu finalement du « Mitterrandisme », que cette logique révèle toute sa duplicité morale.

Dans les tribunaux comme dans les colonnes des journaux, l’époque s’enivre de la chasse aux dérives du monde des affaires. Des chefs d’entreprise sont menés au pilori, poursuivis au titre de l’abus de biens sociaux.

La justice sanctionne avec une sévérité légitime le dirigeant qui détourne le crédit ou les actifs de sa société à des fins personnelles, au détriment de l’intérêt social et de la pérennité de la personne morale.

Mais pendant que l’opinion publique s’indigne à juste titre de la moindre confusion de patrimoine chez le patronat, la collectivité s’adonne en toute impunité à un véritable abus social.

Le mécanisme est rigoureusement identique, mais transposé à l’échelle de la Nation.
Tout comme le mandataire infidèle siphonne la trésorerie de son entreprise pour maintenir un train de vie fictif, le pouvoir politique – encouragé par le corps social – détourne la capacité d’endettement de la collectivité pour financer de la consommation immédiate et distribuer des dividendes sociaux sans couverture financière.

Dans cette cavalerie budgétaire, la personne morale « Nation » est dépouillée de son capital productif, tandis que la charge du remboursement est rejetée sur les actifs de demain, absents des bureaux de vote.

L’hérésie conceptuelle est là : la société s’arroge le droit de condamner chez le chef d’entreprise le comportement exact qu’elle érige en modèle de justice redistributive pour elle-même.

Mais à la différence de la société commerciale où la sanction pénalise le fraudeur, l’aléa moral démocratique produit l’effet inverse : l’élu qui organise cet abus social en est récompensé électoralement, scellant l’alliance du mandataire et du rentier sur les décombres de la production.

Le processus engagé par le raccourcissement législatif du travail franchit un seuil névralgique à la fin des années 1990 avec le passage forcé aux 35 heures.

Par une étrange illusion qui fait ignorer la réalité d’un monde qui partout ailleurs se retrousse les manches, la puissance publique prétend distribuer le travail comme un stock fini, convaincue qu’il suffit d’en rationner l’accès pour créer de l’emploi.

Le système touche ici au sommet de son incohérence : dégrader délibérément l’outil de production – abîmer la capacité même des fourneaux – tout en exigeant le maintien inchangé des revenus et des transferts. La société proclame qu’elle peut travailler moins, produire moins, mais consommer autant et redistribuer toujours davantage.

La présidence de François Hollande vient porter cette trajectoire à son point de saturation.
Confronté au mur du déficit structurel et de la dette accumulée, le pouvoir renonce à interroger la soutenabilité des dépenses de fonctionnement ou l’architecture des droits d’attribution.

Le choix politique s’oriente alors vers un matraquage fiscal d’une ampleur inédite — incarné par la taxe symbolique à 75 % —, érigeant la fiscalité punitive en mode de gestion de l’impasse.

En plein mouvement social qui entraînera la dissolution de 1996, le Secrétaire fédéral du parti socialiste et député au parlement, donne la leçon à Alain Juppé, Premier ministre de Jacques Chirac.

François Hollande proclame, alors que la France est paralysée par des spectaculaire et longs mouvements sociaux: « La démocratie n’est pas le problème. Elle est la solution. ». Ce mot résonne encore.Il ne fait plus trembler les institutions.
Il fait trembler la démocratie car aucune démocratie ne peut opposer un droit de veto aux besoins de la réalité, pas plus qu’elle ne peut invoquer un droit de retrait devant le mouvement global de l’histoire, sans perdre ses moyens de subsistance et, plus tragiquement encore, sa raison d’être.

L’impôt est ainsi détourné de sa fonction première fixée par l’article 13 de la Déclaration de 1789 : il ne s’agit plus d’une « contribution commune » équitablement répartie pour entretenir la force publique et l’administration, mais d’un instrument de coercition idéologique et de ponction désespérée et désespérante sur le travail vivant.

Cette dérive fiscale parachève l’asphyxie du modèle productif. Pour continuer à financer des rentes générationnelles et garantir le maintien de hauts niveaux de prestations déconnectés de la création de richesse contemporaine, l’État frappe directement la force contributive des actifs et le capital de croissance. Les travailleurs contemporains et les créateurs de valeur se retrouvent pris dans un étau : soumis à un prélèvement au caractère confiscatoire pour honorer des promesses faites hier à d’autres qu’eux, tout en sachant que le système ne leur offrira aucune garantie équivalente le moment venu.

Le piège est désormais refermé. Le Politique se réduit à des effets dialectiques autour d’un totem.

L’appareil productif est affaibli, la force de travail découragée par la punition fiscale, mais le corps social exige toujours le service des mêmes parts de gâteau sous peine de tempête politique. En érigeant la spoliation de la valeur produite en mode de survie de la rente, le système a épuisé ses derniers ressorts : il ne fabrique plus d’avenir, il brûle ses propres outils pour retarder d’un instant l’inévitable choc avec la réalité économique.

De la promenade insouciante de 1936 aux dérives de la fiscalité punitive, la France s’est enfermée dans une impasse théorique et morale : la croyance qu’un décret politique ou un slogan peut prévaloir sur les lois intangibles de la production. En substituant le culte du « droit acquis » à l’exigence de la création de valeur, notre modèle a progressivement détourné la solidarité nationale de sa noble ambition initiale.

L’alinéa 11 du Préambule de 1946 posait pourtant une règle limpide de justice et de dignité : garantir aux plus vulnérables la sécurité matérielle et le secours.

Mais en cédant, dès 1959, devant la première pression catégorielle, puis en généralisant en 1981 la distribution de droits financés par la dette, le pouvoir politique a commis un abus social à l’échelle de la Nation.
La collectivité s’est approprié le travail non encore accompli des générations futures pour entretenir le confort présent, confondant sciemment un flux prélevé en temps réel avec un capital accumulé.

Le drame de cette trajectoire réside dans le sacrifice systématique des fourneaux au profit de la taille des parts. En rationnant le travail vivant et en assommant les forces productives sous une fiscalité punitive pour préserver des rentes électorales, l’État abîme l’outil de production au moment même où la démographie exigerait d’en décupler la puissance.

Sortir de cette asphyxie imposera de dissiper l’enivrement des phrases creuses.
Le droit ne crée pas la richesse ; il ne fait que la distribuer.

Tant que la France refusera de regarder en face la matérialité de l’effort et la primauté de la création de valeur, elle condamnera sa jeunesse à la dépossession et son modèle social à l’effondrement.

C’est à elle qu’incombe le devoir de remettre les choses en place.

Inglorious bastards

Les analyses de Claire Martel sont des eaux fortes.

L’ennui – et la situation électorale allemande vient de le faire sauter au visage de l’Europe avec une certaine cruauté! – est que ce tango auquel l’Allemagne se livre avec elle-même, ou plutôt avec l’ombre d’elle-même, davantage qu’avec son partenaire naturel et fondateur, la France, finit par la ramener vers les deux pôles de dépendance dont l’Europe devrait précisément permettre de s’affranchir.

Cela la conduit dans les bras de Poutine et ceux de Trump, au profit d’un bâtard politique, l’AfD qui est, comme le RN en France, ou le Reform UK au Royaume-Uni.

Vers Poutine, par l’attraction énergétique.
Vers Trump, par l’attraction technologique.

Et, à l’intérieur même de l’Allemagne, vers l’AfD, qui transforme ces dépendances extérieures et les frustrations qu’elles engendrent en promesse de souveraineté retrouvée.

C’est là que l’histoire devient presque dynastique.

L’Allemagne, la France et le Royaume-Uni – les trois dernières grandes puissances impériales européennes qui ont largement façonné l’ère dont nous sortons – semblent continuer, sous une autre forme, ce qui appartenait jadis à l’ordre des mariages et des sagas dynastiques: alliances contrariées ou corrompues, successions mal réglées, lignées concurrentes et rejetons cachés revenant réclamer leur héritage.

Aujourd’hui, c’est la démocratie qui copule, créé et élève les rejetons au sein de ses pulsions.
AfD, RN, Reform UK: trois bâtards politiques de trois empires disparus, auxquels on promet le retour du père alors que celui-ci ne reviendra pas.

L’Histoire européenne ne se répète pas.
Mais elle a parfois de curieuses histoires de famille.

Facturation électronique : la simplification que l’on voudrait nous faire craindre

C’est un vrai choc de simplification que l’Etat a mis en place avec la facturation électronique. Déjà, il est attaqué en coulisses, sur fond de cyberattaques sur des sites institutionnels. Au point de se demander si ces attaques ne visent pas à faire dérailler ce processus.

La facturation électronique devient obligatoire en France.
Il fallait donc, presque fatalement, qu’elle devienne inquiétante.

L’État connaîtrait désormais nos clients, nos fournisseurs, les montants que nous leur facturons. Il pourrait observer nos transactions. Et puisque les administrations françaises ont récemment subi des intrusions informatiques importantes, voilà réunis tous les ingrédients nécessaires pour transformer une réforme comptable et fiscale en symptôme supplémentaire de la dérive « illibérale » de nos démocraties.

Alors que la probabilité de voir les attaques cyber auxquelles nous assistons depuis quelques semaines, accrédite – sérieusement – la possibilité d’opérations de guerre hybride.
Le raisonnement mérite pourtant d’être repris depuis son commencement.

Une facture électronique n’invente pas la facture. Elle ne crée ni le client, ni le fournisseur, ni le montant facturé, ni la TVA. Elle transforme en données structurées des informations qui existent déjà, qui sont déjà très largement produites par informatique, qui entrent déjà dans les comptabilités des entreprises et auxquelles l’administration fiscale peut déjà accéder dans l’exercice de ses missions de contrôle.

La véritable nouveauté est ailleurs.

Elle réside dans la capacité de faire circuler certaines de ces informations sous une forme normalisée, structurée et exploitable automatiquement.

Et cette différence, loin d’être anodine, pourrait permettre d’accomplir un saut qualitatif considérable dans la relation entre l’entreprise et l’État.

Dans le système déclaratif traditionnel, l’entreprise réalise ses opérations, établit ses factures, tient sa comptabilité, calcule la TVA collectée et la TVA déductible, établit périodiquement une déclaration, transmet le résultat de ses calculs à l’administration et acquitte ce qu’elle lui doit.

L’administration reçoit cette déclaration et conserve le pouvoir de la contrôler.

Autrement dit, nous demandons à l’entreprise de produire une information, de la comptabiliser, de la transformer en déclaration et de transmettre à l’État le résultat d’un calcul que celui-ci doit ensuite être capable de vérifier.

La facture électronique change potentiellement cette logique. Lorsque les informations nécessaires sont structurées et transmises automatiquement, l’administration dispose progressivement des éléments lui permettant de reconstituer elle-même une partie croissante de la position fiscale de l’entreprise.

Elle connaît la facture émise. Elle connaît la TVA correspondante. Elle peut connaître les éléments nécessaires à son exigibilité et, dans les situations où l’encaissement la détermine, disposer des informations de paiement prévues par le dispositif.

Dès lors apparaît une question étonnamment peu présente dans le débat :

Pourquoi continuer à demander aux entreprises de déclarer à l’État ce que l’État est désormais capable de calculer lui-même?

Voilà pourtant de la simplification au moment où tout le monde appelle à en provoquer le choc, avant probablement de s’incliner devant le souffle, plus ou moins téléguidés, des contestations levées dans l’opinion publique.

On peut alors imaginer progressivement une relation différente.
L’entreprise facture.
Le système comptable transmet les informations fiscalement nécessaires.
L’administration calcule ou préremplit la TVA dont elle estime l’entreprise redevable.
L’entreprise vérifie.
Elle valide ou rectifie.

Elle conserve évidemment un droit de contestation et les voies de recours qui accompagnent normalement l’établissement de l’impôt.

Lorsque des circonstances particulières de trésorerie le justifient, elle peut demander, dans le cadre prévu par le droit, un délai ou un échéancier.

Le changement paraît technique.
Il est en réalité philosophique.

Il permettrait de passer progressivement d’un système dans lequel l’entreprise calcule, déclare et l’État contrôle à un système dans lequel l’État calcule à partir des données dont il dispose et l’entreprise contrôle ce que l’État a calculé.

C’est une modernisation au sens propre.

Les hackers prennent un malin plaisir à communiquer sur les données qu’ils sont parvenus à dérober, à fanfaronner sur leur importance, à focaliser les médias et nourrir le débat public, sur leurs « exploits ».

Aucune de ces perspectives ne dispense d’examiner les risques associés à la concentration et à la circulation des données. Bien au contraire.

Une facture peut révéler énormément sur une entreprise: ses fournisseurs, ses clients, ses volumes d’activité, ses dépendances, parfois sa stratégie industrielle. Agrégées à grande échelle, ces informations peuvent permettre de cartographier des filières économiques entières.

Les questions relatives à l’hébergement, aux plateformes intermédiaires, à leur actionnariat, à l’extraterritorialité de certaines législations, au secret professionnel, à la durée de conservation et à la cybersécurité sont donc parfaitement légitimes.

Confondre la nécessité de sécuriser une infrastructure avec la légitimité de la fonction qu’elle remplit constitue un curieux raccourci.

Or ce raccourci devient particulièrement intéressant dans le climat actuel, caractérisé par une hypersensibilité aux attaques cyber qui se multiplient au cours des dernières semaines et mois, en ciblant, précisément, des sites institutionnels ou de grandes bases de données.

Les hackers prennent un malin plaisir à communiquer sur les données qu’ils sont parvenus à dérober, à fanfaronner sur leur importance, à focaliser les médias et nourrir le débat public, sur leurs « exploits ».

Il faut les documenter, rechercher leurs auteurs, comprendre leurs méthodes, corriger les vulnérabilités et mesurer les conséquences.
Mais il faut également observer ce qu’elles produisent dans notre représentation collective.

Chaque intrusion devient la preuve que l’État ne peut protéger aucune donnée. Chaque fuite rend suspecte toute centralisation. Toute centralisation devient surveillance. Toute automatisation devient contrôle social.

C’est ici qu’apparaît une dimension cognitive beaucoup plus intéressante.

Il n’est nul besoin de prétendre que les cyberattaques seraient nécessairement organisées dans le but de faire échouer la facturation électronique. Une telle affirmation exigerait des preuves que nous n’avons pas.

Le phénomène peut être beaucoup plus subtil.

Une attaque informatique possède deux effets: l’effet matériel de l’intrusion et l’effet cognitif de la défiance qu’elle produit.

Le premier appartient à la cybersécurité.
Le second appartient désormais pleinement au champ politique.

Et celui qui souhaite affaiblir un État n’a pas nécessairement besoin de détruire ses infrastructures. Il peut aussi contribuer à persuader sa population que toute infrastructure commune est dangereuse, que toute administration est suspecte, que toute donnée transmise est une liberté abandonnée et que toute modernisation cache une volonté de contrôle.

La défiance fait ensuite le reste.
Les précédents ne manquent sans doute pas. Mais, pour l’avoir personnellement rencontré, celui du déploiement du compteur Linky mérite d’être rappelé. Maillon de la transformation du réseau électrique en réseau intelligent, il fut lui aussi présenté comme un instrument de surveillance, d’intrusion dans la vie privée, voire de dépossession de l’usager.

Or la numérisation du comptage et du réseau de distribution participe précisément de cette évolution vers un système électrique davantage observable, pilotable et capable d’intégrer des flux devenus plus complexes : productions décentralisées, autoconsommation, effacement, nouveaux usages électriques et, plus largement, adaptation à un système énergétique européen de plus en plus interdépendant.

Le parallèle est instructif. Une infrastructure destinée à donner davantage d’intelligence au système qui nous relie peut être cognitivement retournée contre sa propre finalité : ce qui doit permettre de mieux connaître le réseau devient « surveillance » ; ce qui doit permettre de mieux le piloter devient « contrôle » ; ce qui doit contribuer à sa résilience devient une menace pour la liberté individuelle.

Il ne s’agit évidemment pas d’interdire la critique de ces dispositifs. Il s’agit de distinguer la vigilance, indispensable, de la fabrication de la défiance.

L’ombre agitée du Big Brother dans le contrechamp des cyberattaques laisse passer le méchant loup.

La guerre cognitive n’a pas besoin de fabriquer les faits. C’est probablement le point essentiel: une opération cognitive efficace n’a pas nécessairement besoin d’inventer une cyberattaque parfaite, une fuite de données ou une erreur administrative.

Les faits peuvent être parfaitement authentiques.
Il suffit de les agréger, de les ordonner et de leur donner une signification.
Une fuite réelle devient la preuve de l’incapacité générale de l’État.
Une plateforme étrangère devient la preuve d’une perte de souveraineté.
Une donnée fiscale devient une donnée de surveillance.
Un dispositif antifraude devient un dispositif de contrôle social.
Une obligation comptable devient une atteinte aux libertés.
Pris séparément, chacun des problèmes mérite examen.
Assemblés dans une même chaîne narrative, ils produisent autre chose : un récit.

Et le récit finit par déplacer la question.

Nous ne nous demandons plus : « Comment construire une infrastructure fiscale numérique efficace, proportionnée, souveraine et sûre ? »

Nous nous demandons : « De quel droit l’État connaît-il mes factures ? »
Comme si l’administration fiscale venait de découvrir qu’une entreprise avait des clients, des fournisseurs et de la TVA à acquitter.

La question, lancinante et inévitable, consiste à mesurer les conséquences, qui adviendraient si une puissance étrangère, ayant développé et actualisé un art complet de la guerre hybride, parvenait à « gripper » le mécanisme en un ou plusieurs endroits? Et comment elle s’y prendrait?

Si une puissance étrangère parvenait réellement à « gripper » durablement le mécanisme de facturation électronique – directement ou par l’intermédiaire d’un prestataire critique – plusieurs effets pourraient se cumuler:

  • Économique: retards d’émission ou de réception des factures, perturbation des rapprochements comptables, difficultés de paiement, tensions de trésorerie, particulièrement pour les PME dépendantes de règlements rapides.
  • Fiscal: dégradation ou retard des informations permettant à la DGFiP de suivre la TVA, anomalies artificielles, difficultés de préremplissage et, dans une attaque sophistiquée, risque de compromettre l’intégrité des données plutôt que leur seule disponibilité.
  • Systémique: puisque toutes les entreprises assujetties sont progressivement intégrées à la même architecture réglementaire, une défaillance touchant un nœud important peut avoir des effets en cascade. Cela impose précisément redondance, continuité d’activité et possibilité de fonctionner en mode dégradé.
  • Informationnel: les métadonnées de facturation peuvent révéler les relations entre entreprises, volumes, rythmes d’approvisionnement et dépendances. Pour un acteur hostile, la valeur ne réside donc pas seulement dans le vol d’une facture particulière mais potentiellement dans la cartographie du tissu économique.
  • Cognitif et politique: Quelques incidents spectaculaires pourraient suffire à installer l’idée que « l’État numérique ne fonctionne pas », que la réforme était dangereuse et que la modernisation administrative constitue une menace.

Ce dernier point produit un paradoxe remarquable puisqu’il n’est même pas nécessaire de faire tomber durablement le système pour atteindre un objectif stratégique. Il peut suffire d’ébranler suffisamment sa fiabilité pour que la société demande elle-même son démantèlement.

L’ombre agitée du Big Brother laisse passer le méchant loup.

C’est pourquoi la résilience du dispositif, sa redondance, la possibilité de fonctionner en mode dégradé, la maîtrise de ses dépendances technologiques et la souveraineté juridique de ceux qui en détiennent les données ne sont pas des objections à la facturation électronique.

Elles sont les conditions de sa réussite.

Dans une administration gouvernée par la donnée, la donnée devient une infrastructure. Et lorsqu’une infrastructure a pour fonction de produire de la confiance, la confiance elle-même devient une surface d’attaque.

Mais une opération hostile pourrait rechercher un résultat plus subtil encore.

Pour affaiblir une infrastructure, il n’est pas toujours nécessaire de la détruire.

Il peut suffire de détruire la confiance qu’on lui accorde.

Quelques interruptions spectaculaires, quelques fuites de données, quelques entreprises incapables d’émettre leurs factures, quelques témoignages suffisamment médiatisés pourraient produire un effet politique infiniment supérieur à l’effet technique de l’attaque elle-même.

Le sabotage atteint alors son rendement maximal lorsque la société attaquée en tire elle-même la conclusion qu’elle doit renoncer à l’infrastructure.

C’est ici que cybersécurité et guerre cognitive commencent véritablement à se rejoindre.

L’attaque informatique produit un événement.

Sa mise en récit produit une représentation.

Et cette représentation peut devenir : l’État est incapable de protéger vos données ; la numérisation vous expose ; l’administration vous surveille ; la modernisation menace votre liberté ; il faut donc revenir en arrière.

Une puissance hostile n’aurait même plus besoin d’obtenir elle-même le démantèlement du système. Elle pourrait chercher à créer les conditions dans lesquelles nous le réclamerions.

The End of Digital Naivety: Reclaiming the People’s Right to Self-Defense in the Age of Encrypted ShadowsBrouillon auto

Why absolute privacy advocates cannot deprive democratic societies of their defensive shields while encryption fuels underground economies, systemic crime, and asymmetric destabilization.

To: Policy Makers, Cryptographers, Civil Liberty Advocates, and Digital Rights Stakeholders

Subject: Moving Beyond the Binary of Mass Surveillance vs. Absolute Opacity: A Proposal for Democratic Semantic Vigilance at the Reading Stage

Reference Article (French): Chat Control: de la surveillance de masse au contrôle ciblé à la lecture

The era of digital naivety is over. For too long, the debate surrounding end-to-end encryption (E2EE) has been paralyzed by a dogmatic absolute: the belief that total, unregulatable digital opacity is the only path to liberty.

In reality, this absolutism has created a critical vulnerability at the heart of our democracies. Under the guise of protecting private correspondence, absolute encryption has become the premier infrastructure for underground economies, international criminal networks, and hybrid operations of geopolitical destabilization designed to tear down the public good.

Democratic societies have a right—and a duty—to defend themselves. Conscientious objectors of the digital space, who demand absolute secrecy at any cost, cannot strip the Sovereign People of their means of self-defense. This brief presents a realist, democratic alternative originally published in August 2025: Semantic Vigilance at the Reading Stage. It is a model designed to preserve mathematical transit while reintroducing the essential reflex of societal self-defense.

The ongoing legislative and public debate surrounding the European Union’s « Chat Control » initiative has reached a dangerous deadlock. On one side, democratic states face an authentic and critical vulnerability: the weaponization of end-to-end encrypted (E2EE) channels by criminal networks, bad actors, and forces of social destabilization. On the other side, proposed solutions rely on mass, a priori surveillance (Client-Side Scanning before sending), which effectively destroys the presumption of innocence and turns every citizen into a preemptive suspect.

This brief introduces a paradigm shift originally published in August 2025 on En attendant la Renaissance: Semantic Vigilance at the Reading Stage (Vigilance sémantique à la lecture). By shifting the automated analytical lens from the sender (emission) to the recipient (reception), we can preserve absolute cryptographic transit while establishing democratic, accountable safeguards against critical societal harms.

The Core Concept: Shift the Scan to the Screen

Existing « Chat Control » frameworks demand that messages be scanned on the device before they are encrypted and sent. This destroys the core principle of E2EE and establishes a structural backdoor.

The alternative proposed in this paper shifts the mechanism entirely:

  1. Absolute Freedom of Transit: Messages are written, encrypted, and transmitted through the network without any filtering, scanning, or delay. The sender’s presumption of innocence is structurally guaranteed.
  2. Local Semantic Analysis at Reception: The local device performs a scan only at the moment of reading—after local decryption, a split second before the pixels are rendered on the screen.
  3. Advanced « Camouflage » Detection: Rather than relying on easily bypassed keyword lists, the local on-device NPU (Neural Processing Unit) monitors for semantic clouds and contextual dissonance. It detects the structural signatures of evasion, linguistic camouflage, and adversarial manipulation.
  4. Democratic Oversight as a Sovereign Shield: The local AI models do not report to a sovereign state or a private monopoly. They operate under a strict, independent, and auditable international governance body comprising citizens, magistrates, and NGOs.

Why This Reconciles Liberty and Security

  • No Prior Suspicion: No user is flagged for merely communicating. The check occurs only upon the consumption/exposure of potentially destructive content, honoring the analog rules of physical mail.
  • A Defense Against Societal Self-Destruction: It acknowledges that absolute, unmonitored digital secrecy can become a vector of systemic instability. This model provides society with a defensive reflex without turning it into a panopticon.
  • Preservation of Cryptographic Trust: The network remains mathematically secure. The encryption keys are never weakened, escrowed, or shared.

Read the Full Proposal

The complete essay, detailing the philosophical foundation of this compromise, the technical architecture of the proposed Global Agency for Cryptographic Freedom, and the ethical framework required to prevent function creep, is available here:

👉 Read the Full Article on « En attendant la Renaissance » (French)

« Information societies can no longer avoid the ethical and political dilemma posed by digital surveillance. This challenge is neither technical nor marginal: it is civilizational. The response we must bring must be transparent, intelligent, democratically controlled, and grounded in the irreducible respect of fundamental presumptions. »

Daniel Ciccia, En attendant la Renaissance

Le retour du Peuple

Du fait divers érigé en spectacle à la crise parlementaire issue de la dissolution de 2024, le « Léviathan médiatique » dicte désormais sa loi au détriment des institutions. Cet article explore les rouages de cette dérive démocratique et rappelle l’urgence, pour la République, de rompre avec le bavardage informationnel pour retrouver le sens du Réel.

L’inflammation médiatique autour de la disparition de Lyhanna, survenue à Fleurance, pose un problème auquel chacun devrait être profondément attentif. Au-delà du fait que, désormais, chaque ouverture de journal est consacrée aux faits divers et au spectacle de la délinquance ou des troubles à l’ordre public, en faisant un objet de délectation et de dénigrement, qui excède le rôle critique qui leur est dévolu, les médias adoptent une posture qui surplombe l’Etat, qui transcende l’état de Droit, qui superpose la sensibilité de l’opinion publique à la présence du peuple, avec pour conséquence directe de s’installer en cinquième pouvoir comme premier pouvoir.

Le procès médiatique est entré dans les mœurs. Le lynchage aussi.

Il ne s’agit pas, ici, de délégitimer l’émotion qui s’empare de public pas plus que l’horreur d’un crime abominable.

Il ne s’agit pas davantage de dire que tout est parfait dans le fonctionnement des institutions et que l’expérience ne doit pas servir à améliorer les services publics.

Il s’agit simplement d’essayer de conserver les choses à leurs places respectives, et une vue, la plus équilibrée possible, de l’ensemble, condition de l’intégrité et de la cohésion de la République.

La République n’est pas la propriété de la populace et de ceux qui veillent sur elle.

La prosternation devant le tout puissant Léviathan médiatique ne correspond pas à l’identité républicaine.

Il est temps de dire l’échec cumulatif de la société dite de l’Information et de la démocratie dite d’opinion qui ont enfanté un monstre qu’ils ont substitué à la réalité salutaire du Peuple.

La société d’information et la démocratie d’opinion n’ont sans doute pas été amenés, avec les chewing-gums, par les GI’s en Europe après la seconde guerre mondiale.

Avant-guerre, la démocratie européenne reposait davantage sur:

  • Les partis,
  • Les syndicats,
  • Les grandes idéologies,
  • Les corps intermédiaires.

Après-guerre, et surtout à partir des années 1960-1980, nous avons assisté progressivement à un déplacement :

  • Du Parti vers les médias,
  • Du militant vers le téléspectateur,
  • Du programme vers la communication et les effets d’image,
  • De la libre délibération vers le contrôle de l’opinion

Les techniques américaines de sondage, développées notamment par George Gallup, jouent un rôle majeur dans cette transformation. C’est une industrie omniprésente.

Les sondages gouvernent désormais, à un point inacceptable, la vie publique. Ils s’imposent comme le miroir devant lequel chacun mesure et se mesure.

L’américanisation d’après 1945 constitue donc un tournant historique majeur parce qu’elle a ouvert la voie à un modèle civilisationnel où la puissance médiatique devient une composante centrale du pouvoir.

La hantise de voir la démocratie européenne se voir dénaturée et défigurée occupe les esprits depuis longtemps.

On la décèle dans le Discours à la nation européenne de Julien Benda. Il ne critique évidemment pas encore la  « société de l’information » au sens contemporain. En revanche, il identifie déjà un phénomène qui lui paraît extrêmement dangereux : la substitution de la passion collective à la raison critique.

C’est même le fil conducteur qui guide sa pensée depuis La Trahison des clercs puisqu’il voit les intellectuels cesser de servir la vérité et la justice pour servir les passions politiques, nationales, raciales, sécuritaires ou partisanes.

Le clerc moderne a abdiqué sa fonction de sentinelle de l’esprit pour devenir le claqueur des passions de la foule. Les effets de cette emprise sur le fonctionnement et la conscience que le peuple possède de lui-même, de sa disponibilité à se ressaisir, donc, altèrent jusqu’à l’économie.

Ce « capitalisme » moral est une capitulation.

Nous sommes plus ou moins dans l’œil de ce cyclone « informationnel ». Nous avons tort de considérer que le premier devoir de l’Etat est « sécuritaire ». Le premier devoir de l’Etat est de préserver la dignité nationale. De la stature découlent les sécurités fonctionnelles.

D’autres, André Malraux, parmi eux, le diront d’une autre manière, en remarquant que de De Gaulle, tel Lazare, a longtemps porté le cadavre de la France, avant d’être répudié au référendum sur les régionales. Je pourrais citer Paul Varéry aussi. Ou Raymond Aron.

Le parlementarisme, que beaucoup de médias décrivent comme la solution vers un consensus national, l’illustre, depuis la dissolution de 2024, jusqu’au grotesque. Il transforme des sujets essentiels comme le sont le vote d’un budget en sujets de bavardage, de surenchères d’élucubrations et objets de polémiques.

La Ve République s’était faite fort de contenir ce risque en maintenant le lien au Réel, en faisant du président de la République la clé de voute institutionnelle. On a réduit si dimension de conscience, qui relève du magistère, à des périmètres programmatiques.

Le peuple français a, sous les yeux, un parlement devenu le siège de ce mal, qui n’est pas que français, accompagné d’irrépressibles poussées de fièvres politico-médiatiques qui rongent les piliers de la République et paralyse l’Exécutif.

Les médias s’en font l’arbitre. Ils dirigent, systémiquement, le jeu.

« There’s a killer on the road »

De l’assistance militaire à la symbiose algorithmique : la Section 224 du Congrès américain s’apprête à sceller une fusion sans précédent entre les appareils de guerre des États-Unis et d’Israël. Entre mécanique aveugle et perte de contrôle démocratique, analyse d’une matière politique où la Paix, désormais tenue en laisse, semble suivre une trajectoire dont l’issue nous échappe.

Le Congrès des Etats-Unis d’Amérique s’apprête à assurer une intégration totale et fusionnelle des systèmes de guerre americano-israélien
J’appelle donc à prêter une attention toute particulière à la publication repostée ci-dessous.

Cette analyse n’est pas à ranger – je tiens au distinguo  – dans le registre des simples points de vue et du débat d’idée, qui inscrit toute choses dans une perspective relativiste transformant le discernement en variable de désajustement démocratique.

Le Quincy Institute dresse un examen clinique. C’est une observation médico-légale à laquelle il se livre, laquelle souligne un net changement de paradigme qui nous place au seuil de l’ère des apocalypses.

Il ne faut pas avoir peur des mots.
Il faut avoir peur de la réalité. Il faut le courage des mots pour ne pas avoir à craindre la réalité.
Habituellement, les États-Unis fournissent une aide financière ou matérielle (le modèle de l’aide), permettant au Congrès de voter chaque année sur le maintien de ce soutien.

Avec la Section 224, le Quincy Institute dénonce qu’on bascule dans une intégration technique et industrielle avec Israël: partage de données brutes, co-production d’IA, systèmes cyber et technologies autonomes. Pour Quincy, cela crée un « verrouillage » technologique rendant la séparation des deux armées quasiment impossible.

Cette symbiose aboutit à une entité qui n’appartient plus à aucune souveraineté nationale propre. C’est d’elle dont on peut dire qu’elle a enclenché la dynamique du détroit d’Ormuz ; c’est elle qui, en vertu d’objectifs opaques, tient la Paix en laisse et l’affale, la dresse comme un chien à enrager.

Pour paraphraser le 45/47e président des États-Unis : payez une attention toute particulière à cette matière.

En guise de conclusion face à cette mécanique infernale, ces mots de Jim Morrison me reviennent:

« There’s a killer on the road / His brain is squirmin’ like a toad / Take a long holiday / Let your children play… »

(Il y a un tueur sur la route / Son cerveau se tortille comme un crapaud / Prends de longues vacances / Laisse jouer tes enfants).

Guerre cognitive, souveraineté européenne et fracture transatlantique

La déclaration, postée il y a deux heures, du secrétaire d’État américain marque un tournant préoccupant dans les relations transatlantiques. Sous couvert de défense de la liberté d’expression, elle remet en cause la légitimité des dispositifs européens de protection contre la désinformation et les ingérences informationnelles. Cette prise de position intervient dans un contexte de guerre cognitive avérée, où l’intégrité informationnelle est devenue un attribut central de la souveraineté démocratique.

La déclaration du secrétaire d’État américain Marco Rubio ne relève pas d’un simple désaccord de principe sur la régulation des plateformes numériques. Elle trace une ligne de rupture dans l’Atlantique, dont il faut mesurer la portée stratégique. Cette ligne pourrait, à terme, se transformer en un véritable mur politique et normatif entre l’Europe et les États-Unis d’Amérique.

Une telle situation est inédite. Elle ne trouve d’écho historique, pour de nombreuses nations européennes, que dans le souvenir du mur de Berlin, symbole d’une Europe divisée par des logiques de puissance antagonistes. Mais la comparaison révèle ici un paradoxe fondamental : le mur qui se dessine aujourd’hui ne vise pas à contenir une menace extérieure clairement identifiée ; il s’érige contre les dispositifs de protection que l’Europe a mis en place face à une menace contemporaine avérée : la guerre cognitive.

Car c’est bien de cela qu’il s’agit. La conflictualité moderne ne se limite plus aux champs militaire, économique ou énergétique. Elle investit désormais l’espace informationnel, cognitif et symbolique. Elle ne cible plus seulement des territoires ou des infrastructures, mais les opinions publiques elles-mêmes, leur capacité de discernement, leur cohésion et, en dernière instance, leur libre arbitre. La guerre cognitive vise à altérer la perception du réel, à polariser artificiellement les sociétés ouvertes et à affaiblir leur capacité collective à décider souverainement.

Sous l’étendard ambigu de la « libre expression », la position américaine tend à délégitimer les efforts européens destinés à contenir des campagnes de désinformation organisées, massives et transnationales. Or ces campagnes ne sont ni spontanées ni neutres. Elles s’inscrivent dans des stratégies de long terme, dont les pratiques informationnelles de la Russie offrent un exemple désormais documenté, et auxquelles s’agrègent des plateformes devenues des vecteurs structurants de la guerre cognitive.

C’est ici qu’il convient de souligner avec clarté que le « pont » qui semble aujourd’hui se dessiner n’a rien de comparable avec celui que le plan Marshall avait établi pour sauver Berlin-Ouest du blocus soviétique.
Là où ce pont historique visait à préserver la liberté, la stabilité et la souveraineté démocratique face à une coercition manifeste, le mouvement actuel tend, à l’inverse, à rejoindre objectivement les intérêts du Kremlin, en affaiblissant la capacité des États européens à se défendre dans l’espace informationnel.

Cette convergence n’est peut-être ni revendiquée ni assumée. Elle n’en est pas moins stratégiquement lisible. En contestant la légitimité des dispositifs européens de protection contre les campagnes d’ingérence et de manipulation, elle sape ce que les pays européens sont en droit — et en devoir — de considérer comme relevant de leur souveraineté, de leur intégrité informationnelle et de leur défense, entendue dans son acception contemporaine, qui inclut pleinement le champ cognitif.

Qualifier ces mécanismes de « censure extraterritoriale » revient à nier la nature du conflit dans lequel les démocraties européennes sont engagées. Ce n’est pas la liberté d’expression qui est en cause, mais son instrumentalisation délibérée comme arme d’influence, destinée à fracturer les sociétés ouvertes, à miner la confiance dans les institutions et à altérer le libre arbitre des citoyens.

En confondant la défense absolue de la liberté d’expression avec le refus de reconnaître la guerre cognitive comme un champ de conflictualité à part entière, les États-Unis prennent un double risque : celui d’affaiblir leurs alliés européens, et celui d’exposer leurs propres sociétés aux mêmes stratégies de manipulation.
Il est profondément préoccupant de constater que l’Europe, déjà exposée en première ligne à ces menaces, voit désormais un allié historique se présenter à elle non plus comme un soutien dans la défense des démocraties, mais comme un partenaire devenu inamical sur la question décisive de l’intégrité informationnelle.

Aucune puissance ne peut s’acheter le libre-arbitre des peuples. Chacun se doit de le protéger.

Cognitive Warfare, European Sovereignty, and the Transatlantic Fracture

Posted just two hours ago, the statement by the U.S. Secretary of State marks a troubling inflection point in transatlantic relations. Framed as a defense of free speech, it challenges the legitimacy of European measures designed to counter disinformation and foreign interference at a time of active cognitive warfare.

The statement by U.S. Secretary of State Marco Rubio goes far beyond a technical disagreement over the regulation of digital platforms. It draws a line of fracture across the Atlantic whose strategic implications must be fully understood. That line could, over time, harden into a genuine political and normative wall between Europe and the United States.

Such a situation is unprecedented. For many European nations, it evokes only one historical parallel: the memory of the Berlin Wall, the symbol of a Europe divided by antagonistic power logics. Yet the comparison reveals a fundamental paradox. The wall now taking shape is not meant to contain an external threat; it is being erected against the protective mechanisms Europe has developed in response to a clearly identified contemporary threat: cognitive warfare.

For this is precisely what is at stake. Modern conflict no longer confines itself to military, economic, or energy domains. It now fully occupies the informational, cognitive, and symbolic space. Its targets are no longer only territories or infrastructures, but public opinion itself—its capacity for discernment, its cohesion, and ultimately its free will. Cognitive warfare seeks to distort perceptions of reality, to artificially polarize open societies, and to weaken their collective ability to decide sovereignly.

Under the ambiguous banner of “free speech,” the American position tends to delegitimize European efforts to counter organized, large-scale, transnational disinformation campaigns. Yet these campaigns are neither spontaneous nor neutral. They are embedded in long-term strategies, of which Russian information practices now provide a well-documented example, and they are amplified by platforms that have become structural vectors of cognitive warfare.

It must be stated clearly that the “bridge” now seemingly being built bears no resemblance whatsoever to the one established by the Marshall Plan to save West Berlin from the Soviet blockade.
Where that historic bridge aimed to preserve freedom, stability, and democratic sovereignty in the face of overt coercion, the current dynamic tends instead to **objectively converge with the interests of the Kremlin, by weakening Europe’s capacity to defend itself in the informational domain.

This convergence may be neither claimed nor intended. It is nonetheless strategically legible. By challenging the legitimacy of European safeguards against interference and manipulation, it undermines what European states are fully entitled—and indeed obliged—to regard as matters of sovereignty, informational integrity, and defense, understood in their contemporary sense, which unequivocally includes the cognitive domain.

Labeling these protective measures as “extraterritorial censorship” amounts to denying the very nature of the conflict in which European democracies are now engaged. What is at issue is not freedom of expression as such, but its deliberate instrumentalization as an influence weapon, designed to fracture open societies, erode trust in institutions, and compromise citizens’ free will.

By conflating an absolutist defense of free speech with a refusal to recognize cognitive warfare as a fully-fledged domain of conflict, the United States runs a double risk: weakening its European allies, and exposing its own society to the very same manipulation strategies.
It is deeply troubling that Europe—already on the front line of these threats—now finds itself facing a historic ally that no longer appears as a partner in the defense of democratic resilience, but rather as an increasingly unfriendly counterpart on the decisive issue of informational integrity.

No power is able to design the free will of people. The duty of each is to protect and elevate it.

Le visage de l’hydre

Contrairement à ce qu’insinue ce compte X, s’affichant comme « de réinformation »:

, si des tracteurs — outils de production — sont détournés en instruments de blocage massif et de paralysie territoriale, ce à quoi s’emploient les coordination rurale et confédération paysanne qui ont subverti l’entier du syndicalisme agricole, alors il est – juridiquement, symboliquement et surtout, opérationnellement – cohérent qu’ils rencontrent, sur leur route, des VBRG – Véhicules Blindés à Roues de la Gendarmerie.

Ce qui est en jeu ici n’est pas la paysannerie, mais son instrumentalisation.
Exploiter sa figure pour affaiblir l’État, démobiliser ses forces de l’ordre et produire un renversement cognitif des légitimités relève d’une stratégie connue.

L’injection, dans l’espace public, d’un narratif qui renverse le sens des lieux, des rôles et des missions — au nom d’une prétendue “réinformation” — constitue une signature symbolique claire.

Ce travail de l’ombre ne vise pas à défendre le vivant, mais à troubler l’intégrité de l’État dans l’exercice de ses fonctions régaliennes.

Lorsqu’un tigre est accusé d’être violent parce qu’il garde la frontière de la jungle, ce n’est pas le tigre qui est en cause, mais le récit que l’on fabrique autour de lui.

Le compte @reseau_internat s’inscrit dans un écosystème informationnel identifié, caractérisé par:

  • une hostilité systémique à l’Union européenne,
  • une délégitimation constante de l’État français,
  • une valorisation implicite ou explicite des puissances autoritaires dites “souverainistes”, au premier rang desquelles la Russie.

Les publications analysées présentent des invariants rhétoriques:

  • recours à des sources non vérifiables ou circulaires,
  • usage intensif de témoignages anonymes ou émotionnels (« les policiers sont dégoûtés »),
  • cadrage des forces de l’ordre comme instrumentalisées contre le peuple,
  • inversion systématique des responsabilités (l’État comme cause exclusive du désordre).

Le post analysé (tracteurs face aux VBRG) — qui émane d’un compte qui n’est qu’un des innombrables tentacules de l’hydre à laquelle la France et l’UE ont affaire — ne vise pas à informer sur un événement, mais à produire trois effets cognitifs simultanés:

a) Séparer les forces de l’ordre de la République

En prétendant parler au nom des policiers et gendarmes [dire tout haut ce qu’ils pensent tout bas], le compte tente de:

  • les extraire de leur mission régalienne,
  • les présenter comme moralement en rupture avec l’État.

C’est un classique des stratégies de subversion informationnelle.


b) Légitimer l’escalade par victimisation

La mise en scène d’un État « aux abois », « en fin de règne », ne vise pas à analyser, mais à:

  • normaliser l’idée d’un effondrement proche,
  • rendre acceptable une radicalisation ultérieure.

c) Renverser le symbolique

Le face-à-face tracteurs/VBRG est cadré pour:

  • essentialiser la paysannerie comme figure du peuple pur,
  • assimiler l’État à une force d’occupation.

Ce procédé est strictement homologue aux narratifs utilisés dans les théâtres ukrainien, balte ou moldave avant des phases de tension accrue.

En retournant un panneau indicateur en Français, ce qui se lit, c’est Moscou en cyrillique

Le compte @reseau_internat s’inscrit parfaitement dans un contexte plus large de renversement symbolique, illustré par le phénomène qui s’est étendue comme une trainée de poudre dans la ruralité et qui a consisté à renverser les panneaux indicateurs à l’entrée et au sortir des localités:

  • le retournement durable des panneaux d’entrée de communes,
  • l’acceptation, voire la valorisation, de ce geste par des élus locaux.

Ce phénomène:

  • n’exprime plus une revendication,
  • installe une inversion de l’ordre de signification du territoire.

Il constitue un terrain cognitif favorable aux stratégies de désorientation et de délégitimation de l’État.

Sans préjuger d’un pilotage direct, les contenus et méthodes observés sont compatibles point par point avec:

  • la doctrine russe de guerre informationnelle (Gerasimov),
  • l’usage de vecteurs locaux, idéologiquement marqués,
  • la stratégie de fragmentation des sociétés européennes de l’intérieur,
  • l’exploitation des fractures rurales, sociales et identitaires.

Il s’agit moins de convaincre que de désorganiser, moins de proposer que de faire douter.

Le compte @reseau_internat ne doit pas être compris comme un acteur central, mais comme:

  • une tentacule d’un dispositif d’Intelligence étrangère plus large,
  • un amplificateur local d’un narratif hostile à la République,
  • un agent de pollution cognitive durable.

La menace qu’il représente n’est pas militaire, elle est épistémologique, même si elle sait déployer quelques drones pour fixer notre vigilance sur le conventionnel et nous tromper sur le fait qu’elle attaque la capacité collective à distinguer critique légitime et délégitimation systémique.

Les médias, fascinés par l’expression des colères paysannes, sont à ce système frauduleux, médiatiquement et informationnellement, et parfaitement typique de la guerre cognitive, ce que les façades commerciales sont au blanchiment d’argent.

Une démocratie peut absorber la contestation.
Elle ne survit pas longtemps à la désorientation organisée.

Ce qui se joue réellement: une inversion de la hiérarchie des compétences

Dans une République moderne, le principe n’est pas que tout le monde sait tout,
mais que:

  • chacun parle depuis son champ de compétence,
  • les savoirs sont articulés, discutés, contredits,
  • la décision politique arbitre, elle ne remplace pas le savoir.

Or ce que qui se montre sous les traits de la colère, à laquelle il n’est pas anormal d’être empathique — et que nous observons — est autre chose:

la colère vécue comme titre de compétence supérieur.

Le paysan n’est plus:

  • un acteur économique,
  • un citoyen porteur d’intérêts légitimes,
  • un expert de son métier,

mais il est érigé en rival épistémique:

  • du vétérinaire,
  • de l’épidémiologiste,
  • de l’économiste,
  • du législateur.

Non pas contre eux, mais à leur place.

C’est exactement la matrice du Soviet suprême. Historiquement, le Soviet suprême ne reposait pas sur la compétence, mais sur:

  • la représentation immédiate,
  • la légitimité morale du “producteur”,
  • la suspicion envers les savoirs spécialisés (jugés bourgeois, technocratiques, dévoyés).

Le schéma était le suivant:

Celui qui produit (acier, blé, charbon) est réputé comprendre le monde mieux que celui qui l’étudie.

C’est ce que Lénine puis Staline ont institutionnalisé :

  • l’ouvrier contre l’ingénieur,
  • le paysan contre l’agronome,
  • le comité contre l’expertise.

Le résultat fut connu:

  • terreur idéologique contre les savants.
  • désastre agronomique (Lyssenko),
  • famines,
  • effondrement de la rationalité économique,

Ce qui ressurgit aujourd’hui n’est pas le communisme, mais sa pathologie cognitive exploitée avec une rare efficacité par Poutine:

Si je souffre, alors j’ai raison.
Si je suis en colère, alors la science ment.
Si je produis, alors je décide du vrai.

C’est exactement :

  • la délégitimation de la médiation,
  • la haine du tiers (expert, institution, règle),
  • le court-circuit du temps long par l’émotion.

Quand la colère devient une compétence; quand la production devient un droit au vrai; et quand l’expertise est disqualifiée comme ennemie du peuple; ce n’est pas la République qui s’approfondit —
c’est l’ombre du Soviet suprême qui réapparaît.

Et la créature antéhistorique qu’est Soviet suprême est l’antithèse de l’Etre Suprême que la République Française, elle, a érigé en son centre symbolique — non comme régime politique, mais comme structure mentale.
Retrouvons-le d’urgence et chassons l’alien!

PS: Cette analyse, très opérationnelle, touche au nœud central de la Théorie Etendue de l’Information, développée par ailleurs: le moment où l’information cesse d’être structurée par des champs et devient un rapport de force brut entre affects.

Emmanuel Macron, le mage du Kremlin et les ingénieurs du chaos

Les “ingénieurs du chaos” sont, dans la réalité géopolitique contemporaine, au service du “Mage du Kremlin”. Giuliano Da Empoli a écrit deux livres qui, mis bout à bout, décrivent exactement le dispositif à l’œuvre. C’est cet ennemi qu’affronte, chaque jour, Emmanuel Macron, comme ses pairs avant et autour de lui, sur l’échiquier européen.  Cet ennemi doit être vaincu.

Cette réflexion m’est inspirée par un énième post circulant aujourd’hui, sur X pour forcer le trait entre l’“incroyable différence” entre un 11-Novembre soi-disant « lugubre » sous Emmanuel Macron, et celui de Chirac et Jospin, présenté comme radieux, chaleureux, populaire.
Ce n’est évidemment pas la première fois que ce type de comparaison est instrumentalisé.
C’est même devenu une mécanique récurrente, systématique, consistant, a installant un référentiel émotionnel et subjectif fallacieux.

Chaque événement public — du 1er mai 2018 au 11-Novembre 2025, en passant par le Salon de l’Agriculture qui est pourtant une véritable liturgie nationale — est pourri, déformé, corrompu, s’ils le peuvent,  par les protagonistes qui ne méritent rien d’autre que d’être qualifiés « d’ingénieurs du chaos », pour atteindre l’image du président.

Lorsqu’un même schéma se répète pendant des années, toujours avec les mêmes ressorts psychologiques, c’est qu’on n’est plus dans la critique politique.
On est dans une technique, qui admet la création et la manipulation opportuniste d’événements contestataires et émeutiers, comme la crise des gilets jaunes l’a prouvé.

Comparer des foules pour fabriquer du chaos : voilà l’art le plus discret de nos ingénieurs du trouble — et la matière première de leur guerre contre la démocratie.

C’est là que le tableau devient clair: l’action d’Intelligence  —  car il s’agit bien de l’élément fondamental d’une action stratégique — appliquée au président de la République, vise,  méthodiquement, au long cours, à le discréditer, l’isoler, l’invisibiliser.

Ce n’est pas une succession d’incidents: c’est une méthode, une coordination, un processus visant à immobiliser la proie dans la toile du désamour patiemment tissée, avec la soie de la défiance, au coeur de la République.

Ce mécanisme, auquel le système médiatique ne veut voir que du feu, contrefait l’apparence de la démocratie

Contrairement à ce que l’on veut laisser croire, cette stratégie n’a pas épargné les anciens chefs d’État. Elle a simplement trouvé, avec l’actuel président, son point de raffinement maximal, son terrain d’expérimentation le plus abouti. Sa conclusion espérée par les ennemis de la France, c’est la destitution ou la démission du président de la République.

Le schéma observable en France présente des similitudes troublantes avec ce qui se passe dans toutes les autres démocraties européennes: mêmes leviers psychologiques, mêmes relais, mêmes séquences d’usure, mêmes mécanismes de déplacement du réel.

Ce mécanisme, auquel le système médiatique ne veut voir que du feu, contrefait l’apparence de la démocratie, dont il détourne les prérogatives, au point de se confondre en elle.
Mais il n’en est qu’un camouflage: celui d’une guerre menée contre la démocratie elle-même, une guerre déclarée à la République française.

Pourquoi ?

Parce que certains faits de l’actualité de ces dernières années — si vous les examinez objectivement, rationnellement — font apparaître des pivots, des alignements, des interférences qui amplifient le mouvement et expliquent sa brutalité.

La souveraineté n’existe réellement que si les conditions du débat qui l’a fait naître sont garanties.
Autrement dit : elle n’est pas étrangère au fait que, sans un débat authentique, libre et constitutif, il n’y a plus de souveraineté véritable.

Et si, d’aventure, vos propres signaux d’alerte ne s’allument pas, demandez-le à ChatGPT ou à n’importe quelle intelligence artificielle: elle vous ressortira la carte, les nœuds, les pressions, et les intérêts qui, mis bout à bout, composent le tableau réel.

> Giuliano da Empoli, Les Ingénieurs du chaos (2019) et ** Le Mage du Kremlin (2022)**.
Deux œuvres complémentaires : la première analyse les stratégies contemporaines de perturbation cognitive et de manipulation politique ; la seconde éclaire, par le biais du roman, la logique de pouvoir et la dramaturgie du réel qui inspirent ces mécanismes — offrant ainsi une grille de lecture précieuse pour comprendre certaines dérives observables aujourd’hui dans plusieurs démocraties européennes.