Le Venezuela pivot, à la botte de Trump, de l’ordre mondial

Quelques points incontournables au sujet de #MaduroCaptured :

1/ Ce que le 47e président américain, @realDonaldTrump, vient de faire est simple dans la forme — mais lourd dans ses conséquences: en réactivant (explicitement) une logique de doctrine Monroe, il transforme le Venezuela en pivot hémisphérique et en signal de puissance adressé au monde.

2/ Cette opération est une “arme” au sens stratégique: si Washington consolide l’accès et le contrôle effectif des réserves pétrolières vénézuéliennes, il se dote d’un réservoir de stabilité (prix/flux) et d’un levier de coercition économique — y compris dans les rapports de force extra-régionaux.

3/ Survenue dans le contexte de la séquence politique autour de @NetanyahouAR (et des débats sur l’Iran), elle reconfigure la sensibilité américaine aux chocs : plus l’Amérique sécurise un amortisseur énergétique dans son “proche hémisphère”, plus elle peut se croire moins vulnérable à une déstabilisation majeure au Moyen-Orient.

4/ Effet systémique possible : si les “réserves colossales” du Venezuela passent sous influence américaine, Pékin perd un espace de respiration énergétique et diplomatique en Amérique latine — et peut se trouver davantage contrainte de composer avec Moscou, ne serait-ce que par la structure des dépendances (énergie, sécurité, alignements). (C’est un mouvement de contrainte relative, pas un automatisme.)

5/ Dit autrement: ce n’est pas seulement Caracas qui est visé — c’est la grammaire du monde (sphères, leviers, zones) qui est revendiquée à nouveau.

Conclusion

Ce qui s’est donné à voir à Washington bis (Mar-a-Lago) n’est pas une posture, mais une reconfiguration de la dissuasion.

Les États-Unis savent qu’ils ne peuvent pas échapper à une hausse mondiale des prix des hydrocarbures en cas d’embrasement au Moyen-Orient.
Ils ont donc choisi autre chose: déplacer la ligne de douleur.

En plaçant le Venezuela sous leur influence, ils se dotent:

  • d’un amortisseur énergétique continental,
  • d’un levier de stabilisation sélective,
  • et d’une capacité à transformer un choc global en avantage relatif.

Le message implicite adressé à Iran est clair: le coût d’un chaos régional ne pèserait plus prioritairement sur l’Amérique, mais sur les autres — Europe, Chine, Inde. Que Benjamin Netanyahou se soit empressé de délivrer à Donald Trump un certificat de “leader du monde libre” n’est pas un hommage : c’est un acte d’alignement intéressé. C’est du bullshit.
Ce monde libre là n’existe pas. Il n’a aucune grandeur morale.

Ce n’est pas seulement une opération géopolitique. C’est une dissuasion énergétique intégrée, où le pétrole devient un paramètre stratégique au même titre que le militaire.

Le Venezuela n’est pas un théâtre secondaire.
Il est devenu un pivot de l’ordre mondial en gestation.

Le complotisme comme arme de dissuasion cognitive

Et si le complotisme n’était pas un accident, mais une pièce maîtresse du dispositif narratif moderne ? Sous couvert d’irrationalité, il joue un rôle parfaitement rationnel : disqualifier la possibilité même d’une véritable conspiration. En érigeant une frontière mentale entre la critique légitime et la folie suspecte, le système immunitaire des démocraties s’est retourné contre leur propre vitalité critique. Le résultat? Un espace public saturé de soupçons où la recherche de vérité devient, paradoxalement, le premier symptôme du délire.

Symptôme ou catalyseur, le complotisme est rarement étranger à la violence : il en partage la structure, celle d’un monde perçu comme verrouillé, où la vérité ne circule plus librement et qui se révèle être le champ idéal pour y implanter la guerre cognitive.

La parution, en 2002, de « L’Effroyable Imposture » de Thierry Meyssan, au lendemain du 11 septembre, en fut l’illustration la plus saisissante.
Présenté comme un brûlot conspirationniste, le livre a pourtant profondément marqué les esprits.
Est-ce le hasard si L’Effroyable Imposture a eu un tel retentissement, si l’on prend en considération les sources, proximités et généalogies de son auteur, et la manière dont sa trajectoire s’est ensuite arrimée à Damas, Téhéran ou Moscou ?

Il est donc permis de penser que le complotisme, loin d’être un simple délire collectif, a été fonctionnalisé : pour qu’aucune véritable conspiration – hors celle émanant du fait que nous entrions dans une guerre asymétrique nous mettant en prise avec des entités exclusivement non-étatiques islamiques – ne puisse être perçue, il fallait que toute interprétation non conforme à ce schéma tombe sous le stigmate du complot.

Le Sezboz, un système qui possède toutes les caractéristiques d’un État dans l’Etat

C’est là que s’est enracinée l’idée d’un « Deep State », prétendument à l’œuvre dans les démocraties occidentales, que certains ont brandie comme preuve d’un totalitarisme rampant.
Mais ce miroir déformant a surtout servi à détourner le regard du véritable État profond : celui, bien tangible, du Conseil de Sécurité de la Fédération de Russie (SozBez), institution opaque où s’élaborent les décisions stratégiques, économiques et militaires, à l’abri de tout contrôle parlementaire — un système qui possède toutes les caractéristiques d’un État dans l’Etat.
En d’autres termes: un deep state, authentique, lui.
Et dont les “chutes accidentelles par la fenêtre” et suicides « assistés” forment la sinistre ponctuation.

Le complotisme, en ce sens, n’est pas qu’un symptôme: il a été fonctionnalisé. Il a servi le narratif des extrêmes-droites et souverainistes trop heureux de pouvoir tomber à bras raccourcis sur Bruxelles. Marine Le Pen n’a-t-elle pas assimilé l’Union Européenne a un totalitarisme alors que son parti trouvait son financement auprès du Kremlin? Aujourd’hui, l’UE est une dénoncée par les mêmes cercles comme une dictature et la Russie comme un ami qui nous veut du bien.

> Pour qu’une véritable conspiration ne puisse être perçue, il faut que toute interprétation non conforme soit rendue inacceptable.

Ainsi, le complotisme sert deux maîtres à la fois :
1️⃣ Il confisque la critique légitime, en la réduisant à la folie.
2️⃣ Il fournit un instrument de guerre informationnelle, en diffusant la suspicion là où la confiance est vitale.

C’est cette double servitude, paradoxale mais redoutablement efficace, qui marque la vulnérabilité des démocraties à l’âge de la mondialisation : quand le champ du pensable se referme, la vérité n’est plus un bien commun, mais une ligne de front.

Non, il ne faut pas toujours préférer la bêtise à la conspiration.

Lire aussi : Réseau puis Boulevard, l’ombre de Voltaire

L’Algérie comme ennemi choisi, la Russie comme ennemi occulté

La résolution historique adoptée ce 29 octobre 2025 par le Rassemblement National et l’Assemblée nationale, visant à dénoncer l’Accord franco‑algérien de 1968, constitue un moment charnière — et lourd de conséquences — pour la relation entre la France et l’Algérie.

Cet accord, signé six ans après la fin de la guerre d’Algérie, fixait un régime préférentiel concernant les droits de séjour et de circulation des ressortissants algériens en France.

Cette séquence politique témoigne, devant l’histoire plus que ce qu’en retient l’actualité, d’un glissement plus profond : la construction d’un ennemi existentiel.

En essentialisant l’Algérie comme menace permanente, le discours porté par le RN et la droite et tous les députés qui s’y sont laissés entraîner, transforme un différend bilatéral en fracture identitaire. Cette mécanique produit un effet de diversion : elle déplace la focale stratégique vers un affrontement symbolique, laissant en arrière-plan la menace concrète de la Russie.

L’obsession du conflit civilisationnel, performée dans l’espace public, affaiblit les leviers réels de la diplomatie française : elle dégrade la relation avec un acteur méditerranéen central, brouille la coopération énergétique et sécuritaire, et fragilise la stabilité régionale. Dans le même temps, elle sert objectivement les intérêts russes, en fracturant la cohésion européenne et en détournant l’attention des mécanismes d’ingérence et d’influence qui minent déjà l’espace informationnel français.

En somme, plus le clivage franco-algérien est dramatisé, plus la menace russe se banalise. Ce déséquilibre de perception constitue une erreur de hiérarchisation stratégique : l’Algérie n’est pas l’ennemi existentiel de la France ; c’est la Russie, par son action systémique et hybride, qui œuvre à la déstabilisation de notre environnement politique et de notre sécurité collective.

Ce moment présenté largement comme positivement historique méprise, au-delà des tensions conjoncturelles qu’il ne s’agit pas de nier ici, la raison d’Etat.

Or, à cet instant même où Giorgia Meloni tisse, il y a quelques semaines, avec Alger des liens diplomatiques et stratégiques renforcés — en particulier dans les domaines de l’énergie, de l’infrastructure et de la coopération méditerranéenne —  la France semble choisir une posture inverse.

En agissant ainsi, la majorité parlementaire française — et plus largement la droite qui s’agrège au RN — participe à la construction d’un « ennemi existentiel » : l’Algérie devient une cible symbolique, un point de crispation identitaire, plutôt qu’un partenaire stratégique dans un monde globalisé.

Ce glissement — volontariste ou inconscient — est problématique à plusieurs titres :

  • Il fragilise une relation franco-algérienne déjà marquée par des tensions (questions migratoires, mémoire, légitimité diplomatique) et pourrait accélérer un recul de l’influence française en Méditerranée.
  • Il favorise indirectement l’émergence d’alliances de substitution : l’Italie, par exemple, renforce sa position d’interface avec l’Algérie dans un « plan Mattei » méditerranéen qui pourrait laisser la France à l’écart.
  • Il fait courir le risque d’un alignement stratégique français hors du grand jeu géopolitique. Pendant que le front algérien s’agite, la véritable menace — celle d’un retour agressif de la Russie ou d’une redéfinition brutale des équilibres euro-méditerranéens — passe au second plan.

En conclusion : ce vote n’est pas seulement un geste symbolique interne à la politique migratoire ou identitaire. Il est un marqueur de la volonté d’orienter la diplomatie française, avec ses effets politiques visibles, mais aussi ses conséquences invisibles sur l’influence, la stabilité et la sécurité collective.

Sudan Dismembered: The Geopolitics of Displacement, Act II

El Fasher’s fall is not a local tragedy — it is a geopolitical execution.
A sovereign state, already bled dry by proxy wars and looted by mercenaries, is being converted into a dumping ground for the region’s moral refuse.
From Katz’s plan to deport Palestinians to the hybrid war waged by Wagner and the UAE in Darfur, one single logic unfolds: displacement as policy, chaos as profit, Africa as laboratory.

Sudan — once a pillar of the African continent — is being methodically crushed, not for what it is, but for what it can serve.
On August 13, 2025, the Sudanese Ministry of Foreign Affairs issued a statement of rare firmness:

“Sudan categorically rejects the allegations that it has agreed to host displaced Palestinians.”

The very clear statement issued by the Sudanese Ministry of Foreign Affairs on August 13, 2025.

That declaration responded to a plan formulated by Israel Katz, Israel’s Minister of Defense, who proposed to “relocate” the people of Gaza to parts of East Africa — notably Sudan and South Sudan.
Behind its humanitarian varnish lies a deportation plan — a political project of mass expulsion.
Khartoum, though ravaged by war, still finds the strength to say no:
no to humiliation,
no to manipulation,
no to the transformation of Africa into a dumping ground for the Palestinian question.

What is happening today in El-Fasher, capital of a sovereign state now gangrened by hidden forces, proves that Netanyahu’s Israel adheres to Donald Trump’s “Peace Plan” only in appearance — while still conspiring to create the conditions for the realization of its own plan.

Two months later, El Fasher falls.

The city collapses under shells and dust.
Hospitals burn, civilians flee, the sky fills with drones.
The Rapid Support Forces — the recycled Janjawid — complete their conquest of El Fasher with the logistical and technical assistance of the Wagner network, now rebranded as Africa Corps, the Kremlin’s armed extension on the continent.
Their weapons, their drones, their instructors come from Russia, which feeds on the decomposition of African states as a lever of global negotiation.
And who pays for this? Gold. Always gold.
Gold from Darfur, torn from the mines under militia guard, exported to Dubai, melted into the laundering circuits of the Gulf.
The United Arab Emirates, through economic complacency and political silence, finance the devastation they pretend to soothe.
And, in the height of cynicism, it is this same axis — Moscow, Abu Dhabi, Tel Aviv — that stands behind the façade of “stabilisation.”

This is no longer coincidence; it is a monstrous convergence.
A hideous hybridisation in which everyone profits:

Russia, extending its tentacles over Africa, dressing its plunder in anti-Western rhetoric;

The Emirates, turning chaos into financial flows and aligning, without saying it, with Netanyahu’s doctrine — reject the Palestinian, delegitimise his cause, dissolve his suffering into the rhetoric of security;

Israel, finally, pursuing by other means the morbid dream of a Greater Israel cleansed of Gaza, searching amid Sudan’s ruins for the space where it might deport those it no longer wants to see.

This chain of reality is no theory — it writes itself before our eyes.
On August 13, 2025, a sovereign state rises up against the idea of hosting refugees whom others seek to expel.
On October 26, 2025, that same state watches its last provincial capital fall under the bullets and drones of a militia maintained by Russian networks and financed by gold flowing through the Gulf.
Between those two dates, the link closes: the deportation of populations and the disintegration of a state belong to one and the same continuum of domination.

Sudan is no longer merely a field of ruins — it becomes the mirror of Gaza,
a mirror reflecting the methods of a world that knows no peace except through the destruction of maps.
And this must end.
Those responsible — Moscow, Abu Dhabi, Tel Aviv — must be named, exposed, and sanctioned.
The chain must be broken before other African states, too, are transformed into strategic dumping grounds for the perverted ambitions of powers that live off the chaos they create.

Sudan burns, and with it burns our last illusion —
that disintegration is an accident.
It is not.
It is a system.
And it is time for those who built it to pay.

Le Soudan dépecé : la géopolitique du déplacement, acte II

Ce n’est pas une guerre civile. C’est une mise à mort.
Le Soudan, jadis pilier du continent africain, est aujourd’hui méthodiquement broyé — non pour ce qu’il est, mais pour ce qu’il peut servir.
Le 13 août 2025, le ministère soudanais des Affaires étrangères publie un communiqué d’une rare fermeté : « Le Soudan rejette catégoriquement les allégations selon lesquelles il aurait accepté d’accueillir des Palestiniens déplacés.« 

Cette déclaration répond au plan formulé par Israël Katz, ministre israélien de la Défense, qui prévoit de “relocaliser” les Gazaouis dans des zones d’Afrique de l’Est, en particulier au Soudan et au Soudan du Sud.
Derrière le vernis humanitaire, il s’agit d’un plan de déportation — un projet politique d’expulsion de masse.
Khartoum, pourtant ravagé par la guerre, trouve encore la force de dire non : non à l’humiliation, non à l’instrumentalisation, non à la transformation de l’Afrique en exutoire du problème palestinien.
Ce qui se passe aujourd’hui à El-Fasher, capitale d’un Etat souverain gangréné par des forces obscures, témoigne que l’Israël de Netanyahou ne souscrit au plan de Paix de Donald Trump qu’en façade, mais conspire toujours à créer les conditions favorables à la réalisation de son propre plan.


Deux mois plus tard, El Fasher tombe.

La ville s’effondre sous les obus et la poussière.
Les hôpitaux brûlent, les civils fuient, le ciel s’emplit de drones.
Le Rapid Support Forces — ces Janjawid recyclés — achève la conquête d’El Fasher avec l’aide logistique et technique du réseau Wagner, désormais rebaptisé Africa Corps, bras armé du Kremlin sur le continent.
Leurs armes, leurs drones, leurs instructeurs viennent de la Russie, qui se repaît de la décomposition des États africains comme d’un levier de négociation global.
Et qui paie ? L’or, toujours.
L’or du Darfour, arraché des mines sous la garde de milices, exporté vers Dubaï, fondu dans les circuits de blanchiment du Golfe.
Les Émirats arabes unis, par leur complaisance économique et leur silence politique, financent la dévastation qu’ils prétendent apaiser.
Et, comble du cynisme, c’est ce même axe — Moscou, Abu Dhabi, Tel-Aviv — qui se tient derrière la façade de “stabilisation”.

Ce n’est plus une coïncidence : c’est une convergence monstrueuse.
Une hybridation hideuse où chacun trouve son compte :

  • La Russie, qui étend ses tentacules sur l’Afrique en habillant son pillage de discours anti-occidental;
  • Les Émirats, qui transforment le chaos en flux financiers et s’alignent, sans le dire, sur la doxa de Netanyahou : rejeter le Palestinien, délégitimer sa cause, dissoudre sa souffrance dans la rhétorique sécuritaire;
  • Israël, enfin, qui poursuit par d’autres moyens le rêve morbide d’un Grand Israël débarrassé de Gaza, en cherchant dans les ruines du Soudan l’espace où déporter ceux qu’il ne veut plus voir.

Cette chaîne de réalité n’a rien de théorique : elle s’écrit sous nos yeux.
Le 13 août 2025, un État souverain s’insurge contre l’idée d’accueillir des réfugiés que d’autres veulent expulser.
Le 26 octobre 2025, ce même État voit sa dernière capitale provinciale tomber sous les balles et les drones d’une milice entretenue par les réseaux russes et financée par l’or transitant par le Golfe.
Entre ces deux dates, le lien se ferme : la déportation de populations et la désintégration d’un État participent d’un même continuum de domination.

Le Soudan n’est plus seulement un champ de ruines : il devient le miroir de Gaza.
Un miroir où se reflètent les méthodes d’un monde qui ne sait plus faire la paix qu’en détruisant la carte.
Et il faut que cela cesse.
Il faut que les responsables — Moscou, Abu Dhabi, Tel-Aviv — soient nommés, exposés, sanctionnés.
Il faut rompre la chaîne, avant que d’autres États africains ne soient eux aussi transformés en dépotoirs stratégiques pour les ambitions dévoyées de puissances qui vivent du chaos qu’elles provoquent.

Le Soudan brûle, et avec lui brûle notre dernière illusion : celle que la désintégration est un accident.
C’est un système.
Et il est temps que ceux qui l’ont bâti paient.

🕊️ Le moteur de la prospérité mondiale, version 2035

Le 15ᵉ plénum du PCC a confirmé ce que Pékin préparait depuis plusieurs années : la Chine entre dans la phase décisive de sa modernisation socialiste à l’horizon 2035.
Ce n’est plus un objectif économique, mais une métamorphose systémique — une reconfiguration complète de la relation entre la production, la consommation et la gouvernance mondiale. Au cœur de cette mutation, le Global Governance Initiative (GGI), porté par Xi Jinping, représente l’ouverture conceptuelle et institutionnelle de cette nouvelle phase : une architecture visant à harmoniser les flux — économiques, technologiques, environnementaux et cognitifs — entre nations, plutôt que de les opposer.

La globalisation aurait dû être un mécanisme de convergence :
– baisse de l’inflation,
– montée des standards de vie,
– diffusion de la technologie,
– stabilisation géopolitique.

Ce moteur a fonctionné — tant que la Chine incarnait l’atelier du monde.
Des centaines de millions de consommateurs occidentaux n’ont pas vu leur pouvoir d’achat s’effondrer parce que Shenzhen, Shanghai et Chengdu fabriquaient à bas coût ce que leurs industries ne produisaient plus. Cela a dopé la consommation et permis l’accès à pléthore de biens de consommation.


🔧 Le moteur a été déréglé

Plutôt que d’investir ce dividende invisible dans :

  • robotisation,
  • éducation,
  • infrastructures,
  • souveraineté industrielle,
  • recherche fondamentale,

nous l’avons consommé.

Ajoutez à cela :

  • conflits commerciaux,
  • sanctions technologiques,
  • tensions informationnelles,
  • fragmentation des chaînes de valeur.

Et surtout, un acteur central — Moscou — travaillant délibérément à déstructurer la confiance :
la ressource la plus précieuse du système.

La paix se finance par la confiance.
La guerre se finance par la dissipation de la confiance.

Poutine le sait.


🔥 La mue chinoise : le compte à rebours de la convergence

Le 15ᵉ plan quinquennal envoie un signal clair :

D’ici 2035, la Chine achèvera sa modernisation.

Traduction géo-économique :

  • fin du low-cost structurel,
  • montée en gamme technologique,
  • normes chinoises exportées au Sud global,
  • robotisation industrielle massive,
  • transition énergétique accélérée.

Après 2035, la Chine ne subventionnera plus en creux le pouvoir d’achat occidental.

Cela crée une fenêtre de 10 ans.


⏳ Dix ans pour reconfigurer l’Occident

Ce laps de temps est notre seconde chance pour :

  • réindustrialiser intelligemment,
  • automatiser,
  • sécuriser les ressources critiques,
  • rénover le tissu productif,
  • refonder la fiscalité du capital,
  • réhabiliter la recherche,
  • investir dans l’IA souveraine.
  • Réinventer l’économie mondiale,

C’est maintenant que se décide la structure du monde en 2050. La cryptoactif peuvent en être le socle.


💡 L’intelligence qui manque

Pour remettre ce moteur en route, il faudra :

  • politiques courageux, capables d’expliquer un horizon,
  • chercheurs, pour modéliser la convergence soutenable,
  • théoriciens économiques, pour briser les dogmes post-1980,
  • prix Nobel, pour offrir le cadre intellectuel,
  • grandes écoles, pour former les ingénieurs des transitions.

Le vrai chantier n’est pas seulement matériel.

Il est cognitivement institutionnel.


🌐 Paix mondiale : moteur, pas conséquence

La Paix, dans cette logique, n’est pas un résultat moral.
C’est une condition thermodynamique :

  • la globalisation déteste le bruit,
  • les marchés détestent l’imprévisibilité,
  • les chaînes de valeur détestent la discontinuité.

La prospérité accélère sous la Paix.
Elle grippe sous la peur.


🔥 Machine à redémarrer

Ce que nous devons faire :

  1. décrisper la relation sino-occidentale,
  2. stabiliser l’énergie (nucléaire, renouvelables, stockage),
  3. défendre cognitivement les institutions démocratiques,
  4. réduire le parasitage informationnel hostile,
  5. convertir la dernière décennie de dividendes chinois en investissements.

C’est réalisable.

Mais pas sans intelligence nouvelle.


🚀 Accéder au “régime optimal”

Une économie mondiale harmonisée ressemble à un moteur à combustion contrôlée :

  • trop peu → stagnation et populisme,
  • trop tard → chaos stratégique,
  • trop vite → ruptures sociales.

Il faut trouver le bon régime, le bon couple, le bon refroidissement.

Et l’accélérer pendant que la fenêtre est ouverte.


🎯 Conclusion

✅ La Chine ferme progressivement la parenthèse low-cost.
✅ L’Occident a 10 ans pour convertir ce qui reste en mutation structurelle.
✅ La Paix est la condition d’accélération.
✅ L’intelligence collective — économique, académique, politique — est le facteur critique.

Si nous échouons, nous serons des visiteurs de notre propre histoire.
Si nous réussissons, nous inaugurons une nouvelle ère de convergence.

⚔️ Taking the War Out of the Cognitive Field

⚔️ Beyond Clausewitz: Rethinking Security in a Post-Conventional Era — the deeper challenge underlying tomorrow’s Peace Talks in Budapest.

If the war launched by Vladimir Putin’s Russia against Ukraine were purely territorial, it could be settled through conventional means — an exchange of land, a ceasefire, or a neutral status guaranteed by treaties.

But this conflict has carried us a thousand light-years away from Clausewitz.
The Prussian strategist described war as “the continuation of politics by other means.”
Yet Russia has transformed it into something else entirely: the continuation of politics through the confusion of means.

The battlefield is no longer the Donbas — it is the human mind itself.
This war has migrated into the cognitive field: into narratives, perceptions, emotional manipulation, and the corrosion of collective discernment.

It now unfolds across the entire planet — through social networks, media ecosystems, political discourse, economic leverage, and even cultural production.
It seeks not conquest, but disorientation; not victory, but the erosion of trust and coherence within democracies.

Hence, traditional security guarantees are no longer sufficient.
They must evolve beyond the military domain to encompass:

  • Cognitive protection of societies;
  • Information-space integrity, against manipulative and hybrid operations;
  • Psychological resilience within democracies;
  • Institutional trust as a strategic asset.

Conventional war destroys bridges.
Cognitive war destroys the bridges between minds.

Taking the war out of the cognitive field means restoring the primacy of truth, reason, and politics over narrative manipulation.
It also means redefining security itself as a global public good
for peace today is no longer merely the absence of war,
but the restoration of confidence in reality.

If the Budapest summit simply negotiates a territorial truce or freezes lines, we risk returning to a pre-Clausewitzian mindset. But if it boldly embraces this post-conventional dimension—saying: “We will rebuild the bridges between minds, not just the lines on maps”—it can mark a turning point in how the free world conceptualises war, peace and security.

President Vladimir Putin has already made clear — publicly and repeatedly — that Russia regards information operations as a legitimate and enduring instrument of statecraft. He used his address at the RT 20th-anniversary gala at the Bolshoi Theatre to praise RT’s role in challenging “monopolies” of narrative and to defend the idea of a louder Russian voice in the information space. Special Kremlin
That posture was reinforced in his Valdai Forum remarks, where he framed Western media and political moves as part of a wider confrontation and signalled Moscow’s intent to respond forcefully across political and informational domains. The Guardian

This is not a tactical quibble: it is existential. If the Budapest talks do not treat information warfare as a primary security dimension — and if they fail to secure concrete guarantees that the information domain will be demilitarised and neutralised — the conference will at best freeze a map and at worst leave the most dangerous front unconstrained. Therefore, it is vital, in terms of collective and even universal security, to crush this dimension in the egg: to make any peace settlement contingent on verifiable, enforceable mechanisms that eliminate state-led informational aggression and restore shared factual ground as the precondition for lasting peace.

The Dialectics of the Providential Ally: From Bitter Pills to Extreme Polarization

Russia with China, Israel with the US — two nations convinced that survival means making their allies swallow bitter pills, until dialectics lead them to the fait accompli of polarization.

Alexander Dugin, often described as the Kremlin’s ideologue, declares: “War is ahead of us.”
In his worldview, Russia holds a comparative advantage over China: its nuclear arsenal, vast territory, historical identity, and above all, its capacity to “conceptualize world processes”.

For him, a global confrontation is inevitable — one that will engulf China, India, the Middle East, Africa, and Latin America in a brutal polarization between unipolarity and multipolarity.

But this reasoning rests on a fragile assumption: that Beijing will obediently follow Moscow into such a confrontation. Nothing could be less certain. China moves according to its own strategic logics, where economy, social stability, and historical continuity weigh far more heavily than any adventurous war.

The most striking point, however, lies elsewhere: in the parallel between Russia and Israel.
Each believes it relies on a providential tutor — Moscow on Beijing, Jerusalem on Washington. Each overestimates the loyalty of this protector, and both indulge in the same illusion: believing that their survival depends on their ability to make their supposed steadfast allies swallow bitter pills, again and again, as if resilience were synonymous with submission.

Physical size doesn’t matter. Putin must learn this. Grand table is not that one.

Russia behaves as if Xi Jinping’s GGI proposal were not on the “grand table”. Yet Moscow has never truly known what a great table is, despite the paranoid dimensions of the Kremlin’s own piece of furniture meant to intimidate visiting leaders.
Meanwhile, the Israelis are waking up in shock: Donald Trump signed an agreement with Qatar under which any attack on Qatar would be treated as an attack on the United States.

Strategic Note – Dugin, Kirk, and the Russian Maneuver Around MAGA

The Kremlin ideologue drops the mask and launches a subtle maneuver to take control of the MAGA movement

The interview granted by Alexander Dugin to Paideuma.TV on September 24, 2025, and broadcast by Sputnik about the death of Charlie Kirk marks a decisive step in the construction of a transatlantic ideological narrative. A neo-Eurasian philosopher, considered one of the inspirers of the Kremlin’s messianic thinking, Dugin elevates Kirk to the rank of Christian martyr, a symbol of the primordial purity of MAGA, and designates his death as a “systemic turning point” comparable to a providential sign.

By contrast, Trump is portrayed as hesitant, tempted by compromises with Israel, the Republican establishment, and the state apparatus. The message is clear: the political leader remains legitimate if he stays aligned with Russia and the theologico-political narrative of MAGA; if he strays, he risks a form of “excommunication,” the movement — which is the subject of an X post on September 24, 2025 at 08:54 — being able to continue without him under the aegis of the sanctified figure of Kirk. This rhetorical operation illustrates a remarkable attempt by Dugin: to arrogate to himself the role of spiritual arbiter of American populism, to tie its destiny to that of Moscow, and to make Russian messianism the matrix of a global conservative front.

By canonizing a secondary actor of the American conservative movement, he shifts the center of gravity of MAGA away from the sole figure of Donald Trump: Kirk becomes the spiritual reference and the standard of fidelity in the battle “of light against darkness,” meaning against liberal and globalist elites.

The line of investigation closely followed by the FBI, suggesting that Charlie Kirk’s death may go beyond an isolated act, raises the question of a potential structured motive that investigators must clarify.

Whatever the conclusions, Russia has already found in this tragedy a strategic opportunity — and given how swiftly it has been able to exploit it, it would not be surprising if it had even been its inspirer.

As Dugin’s interview shows, Moscow is exploiting the event to impose, on an ideological terrain it has clearly “worked,” a Christ-like figure embodied by Kirk and meant to symbolically overshadow @POTUS.

This narrative shift — from the political leader to a sanctified martyr — illustrates the Kremlin’s ability to divert an American tragedy, apparently unrelated to it, in order to feed its own messianism and weaken Trump’s centrality by instrumentalizing MAGA.

Troubling points identified in the inquiry into the assassination of Charlie Kirk

  1. Suspicious behaviors in the podium environment
  • Multiple witnesses report atypical movements in the public zone near the podium, some individuals apparently flouting security instructions.
  • Amateur video footage shows contradictory movements (arrivals and repeated departures) in the immediate vicinity of the intervention site.

2. Security of the gathering

  • The event gathered more than 100,000 people in the Phoenix stadium, under an officially reinforced security arrangement.
  • Nevertheless, the shooter was able to approach within an effective firing distance, raising the issue of a breach or involuntary complicity in the filtering setup.

3. Shooter’s profile (Tyler Robinson, 22 years old)

  • Described as psychologically unstable and living with a transgender partner.
  • Yet equipped with a rifle bearing targeted inscriptions, suggesting ideological preparation.
  • The contradiction between his “isolated and fragile” profile and the technical means used feeds the hypothesis of manipulation or direction.

4. Flight trajectory of September 10

  • An aircraft departed Provo (PVU) Airport at 13:12 MDT, landed at Page (PGA) at 13:47, departed again at 14:30, and returned to PVU at 15:08.
  • The flight was executed per declared flight plan, without transponder shutdown.
  • The apparent normalcy contrasts with the sensitivity of the event and the timing close to the assassination, warranting deeper verification.

To these publicly disclosed leads by FBI Director Kash Patel on September 23, 2025 at 5:39, one can now add the objective effects on the cognitive level: this new war has a spatial dimension:

  1. Public reactions and divergent perception
    • In conservative circles: unanimity around the figure of Kirk, instantly sanctified.
    • In opposing milieus: displays of mockery or minimization, seen as signals of extreme polarization.
    • These divergences intensify the climate of hostility and push partisan divisions to their apex, reinforcing the hypothesis of ideological exploitation.
  2. Foreign exploitation of the tragedy
    • Russian ideologue Alexander Dugin publicly presented Kirk as a Christian martyr and attempted to reposition MAGA as a spiritual force aligned with Russia.
    • This narrative appropriation clearly aims to weaken Trump’s centrality and internationalize the ideological conflict by integrating it into Russian messianism.

Such ideological maturation in two weeks is blazing. Normally, it takes time for symbols to crystallize. It could means that Douguine has a very faster mind. Here, one has the impression of a narrative preparation in advance, ready to deploy as soon as a dramatic event could serve as a catalyst.

This corresponds well to Dugin’s method:

  • identify a fault line or a tragedy,
  • immediately integrate it into his “civilizational war” framework,
  • and impose an alternate narrative before others have time to establish a competing reading or defend themselves effectively.

⚠️ It is this rapidity that makes his intervention particularly troubling: it suggests that the ideological terrain was already “worked,” and that the assassination was instrumentalized almost in real time in an attempt to seize control of the meaning to be attributed to the event.


Ayez peur

Un mur est en train de se reconstruire sous nos yeux. Il est invisible, mais infiniment plus préjudiciable que le mur de Berlin, même s’il se reconstruit, en partie, sur les fondations de ce qu’était le rideau de fer. Le nouveau mur qui s’élève irrésistiblement court de Tel-Aviv à Moscou et cherche, attiré par l’image que donne Trump de l’Amérique, à faire sa jonction avec Washington.
Le mur grandit.
Le mur avance.
Le mur nous enferme.

C’est le véritable enjeu de ce qui saisit, depuis des années, les démocraties, mais il menace le monde entier. Ces phénomènes ne doivent pas être vus isolément, mais à l’échelle globale. C’est le mouvement du même corps, avec ses organes spécifiques, à des endroits différents.

Ne croyez pas que les troubles qui emportent les démocraties soient le fruit du hasard et ne s’inscrivent pas au service d’un dessein global. Les gouvernements chancellent, les opinions se radicalisent, et tous les foyers de contestation sont attisés méthodiquement. Le système d’information, saturé de récits contradictoires et de colères instrumentalisées, alloue sa puissance à cette mutation de l’aptitude des peuples à se sauver d’eux-mêmes, qui les fait sombrer dans les délires et passions idéologiques.

Cela les amène à déposer tout leur trésor ontologique au profit d’illusions messianiques, sécuritaires et matérielles. La valeur quitte la matière première qu’est l’Homme et se réfugie dans l’or. L’or resplendit comme jamais, en ce moment.

Les oppositions réclament la démission du président de la République et de nouvelles élections.

Ce qui s’est passé, hier, 18 septembre 2025 en France, avec la grande manifestation protestataire, est éloquent. Le rituel de toute rentrée sociale qui se respecte, dit-on, débouche sur cette routinière pression sur le pacte social et son soliloque impertinent, insensible aux orages qui se forment, de plus en plus près de nous.

  • Au nom des retraites, dont chacun prétend détenir une solution pour éviter d’en assumer la charge. Toutes ces solutions sont illusoires.
  • Au nom des trésors supposés que dissimulerait le navire France, déjà alourdi par une dette qui le condamne. Il ne voguera pas mieux si on ajoute des trous dans sa coque.
  • Au nom d’une lutte des classes qui dresse les uns contre les autres, braque pauvres contre riches, gauche contre droite, et réduit en cendres la cohésion de la Nation.
  • Au nom de colères qui se répandent partout, embrasant le moindre brin de paille, traçant des sillons de feu, près de l’arsenal bourré de barils de poudre.
  • etc.

Les oppositions politiques ne se privent pas de poursuivre et de nourrir les mirages que les colères lèvent. Elles sont comme fascinées par le sentiment de représenter, elles-mêmes, dans et par ce carnaval loufoque et tragique quelque chose qu’elles ne savent pas incarner dans le cours régulier de la vie politique et sociale d’un pays. Le mal qui ronge le pays est là.

Tout le monde sait et pressent que tout ceci n’est qu’agitation stérile. Mais chacun s’y enivre – les médias en tête qui leur accordent leur caution – ou s’indiffère ne souhaitant pas y voir autre chose que le manège insensé de sociétés qui ont l’inaliénable droit d’être frivoles et inconséquentes.

Ce n’est pas autrement, imperceptiblement, que le destin des nations, les unes après les autres, au titre d’une disposition particulière ou d’une autre, basculent dans leur propre enfer et contaminent celles qui résistent. C’est par cette désertion que cela se produit. Cela crée une tension entre elles et fait des démocraties un danger pour elles-mêmes, comme pour les autres régimes intègres qui assistent à cette lente décrépitude et mesurent combien cela est nocif et dangereux pour eux-mêmes. La Chine l’a compris.

Il vient pourtant un temps où il faut être clair.

Car derrière le bal des boniments, se cache l’essentiel. Comme toujours, l’essentiel est masqué. L’essentiel, c’est l’enjeu géopolitique. Nul ne s’émeut de la pression qu’exercent l’ensemble des partis politiques, des syndicats, avec tant d’écho dans l’opinion publique, si on en croit les sondages, pour réclamer la démission du président de la République. Après tout, si l’on en croît le bruit de fond et les slogans, ce serait légitime. Après tout, dans une démocratie, ce serait normal. On ne veut plus du président, parce que sa vue provoque de l’urticaire, alors on le dégage.

Qui peut croire, même si le concours Lépine des idées à la noix bat son plein – Qui peut croire que cela règlerait, par enchantement, les problèmes de la France qui ne sont rien d’autre que le produit de l’accumulation, au nom d’une illusion ou au nom d’une autre, des lentes démissions, dont cette propension à nous décharger de notre responsabilité collective au nom de nos intérêts corporatistes ou individuels, est l’expression même?

Qui?

Là où la Constitution de la Ve République par son architecture dominée par la figure institutionnelle trinitaire (Président de la République – Chef de l’Etat – Chef des Armées) en clé de voute se vouait à tenir le système institutionnel, nous constatons que le système d’information, loin de l’édifier et de le protéger – ce qui est sa première fonction et son seul devoir – livre le Peuple aux démons de la division et l’édifice qui le protège à toutes les corrosions possibles et imaginables.
L’orgie peut alors débuter. Elle rassasie les ambitions et vanités partisanes, excite les penchants individuels et s’enivre de soif de pouvoir.
L’orgie politique n’a rien à voir avec le banquet de Platon.
L’orgie publique n’a rien à voir avec la République.

Il faut s’attendre à des conséquences amères, car ce que la chute de cette République entraînerait, pour l’Ukraine comme pour la Palestine, n’est pas neutre. Il confirmerait le glissement de terrain que les attentats du 11-Septembre-2001 avaient pour vocation de provoquer sur la terre et au ciel, entendus en termes de géopolitique et dans les esprits.

Ce qui s’est passé le 11-Septembre-2001 a changé la toile de fond de notre histoire commune pour la remplacer par une tenture, qui n’est plus la voute éclatante de la Voie Lactée, mais celle d’un irrémédiable choc des civilisations entre l’islam et l’Occident. Il a offert la puissance que cela recèle à tout le registre de la pensée, à tous les champs de perception, structurant un cadre dont nul n’est censé pouvoir sortir. C’est ce ciel hanté qui nous habite. Il a remplacé l’autre, le vrai.

Il faudra pourtant savoir s’en émanciper car il est parvenu à nous conditionner par la peur et à nous y tenir par la défiance. A l’égal de la Russie de Poutine, l’Israël de Netanyahou manipule ces ressorts.

Ceux qui croient que c’est le fruit du hasard se trompent.

Si les mots ne disent plus rien, alors à quoi bon signaler que le monde sombre dans la post-vérité et que les peuples deviennent aussi obéissants aux injonctions et impulsions cognitives que la limaille passée sous le pôle d’un simple aimant.

Partout, cet aimant fait des ravages. En Angleterre, il a suffi d’un peu de marketing, d’un slogan, d’agiter quelques chiffons rouges, pour aboutir au Brexit. Mais l’Angleterre, d’un faux scandale à un autre, n’a pas encore cédé. Elle ne s’est pas entièrement dégondée car le Brexit n’a pas suffi à la décrocher, sur le plan stratégique, de l’Europe.

Alors, ce à quoi nous assistons, aujourd’hui, de l’autre côté de la Manche, ce n’est ni plus ni moins que les efforts de la Russie, avec ses relais, pour que l’ancien empire qui ne voyait pas le soleil se coucher se couche devant celui de la Russie et – quel malheur! – celui qu’Israël lève au dessus de son horizon.

De ce côté-ci du « channel », ce n’est pas plus reluisant. Tout le monde sait que le chaos politique ne profite qu’à un seul parti.
Il attend son heure depuis des années.
Il caresse les chats et brosse l’opinion publique dans le sens du poil.
Les sondages – auxquels on accorde bien trop de crédit et qui ont un effet redoutablement pervers sur la manière dont l’esprit public s’acquiert et s’édifie – lui promettent le pouvoir.
Tout le monde sait que ce parti est fasciné par l’axe Tel-Aviv → Moscou et y adhère.
Tout le monde sait que Moscou l’a financé et a formé, idéologiquement, ses cadres dans la vision d’une nouvelle hégémonie d’un ordre occidental, judéo-chrétien. Poutine et Netanyahou, c’est presque quarante ans de pouvoir à eux seuls.
Ils y ont appris à acérer les lames rhétoriques face à des démocraties qui en sont à se demander, en finance publique, si en le voulant vraiment, deux plus deux, cela ne peut pas faire cinq. Ce qui règlerait, il faut l’admettre, quelques problèmes.

Nous en sommes là.

Ce que veulent le RN et ses alliés, c’est une cassure irréversible de l’unité européenne, mais au-delà, ce que l’on voit aussi, c’est que le microcosme politique, chacun pour des raisons qui lui est propre, contribue irrémédiablement à cette issue. Vile représentation.

Le Rassemblement National ne peut pas dire, bien sûr, qu’il veut l’allégeance de la France à la Russie. Il ne peut pas le dire de cette manière. Cela, chacun peut le comprendre. Alors, une dialectique spéciale s’est mise en place, à laquelle la Russie contribue, opérationnellement, dans le cadre de sa guerre cognitive.
Par cette habileté à dire les mots, le Rassemblement National dit tout ce que vous voulez entendre de vos malheurs et de ce qu’ils appellent comme espoirs, sauf ça, pour obtenir, in fine, la reddition sans combat du grand pays qu’est la France et l’abdication de l’idéal de sa grande République.

Voilà ce qui est attendu du peuple français: sa déchéance, pure et simple.

Non, l’ascension du Rassemblement National ne doit rien au hasard. La guerre cognitive a détruit, lentement, surement, méthodiquement, scientifiquement, à partir de ce qu’elle croit être l’homme et le citoyen, ce qui lie, dans une République Une et Indivisible, chaque citoyen à l’autre, bien au-delà de l’inflammation de l’opinion et des querelles idéologiques.

Le souverainisme a segmenté chaque parti. Il a éparpillé les grands partis façon puzzle, pulvérisé les clivages qui avaient déjà sclérosé la nation, multiplié les figures populistes. Aujourd’hui, la guillotine festive se trimballe au milieu des manifestations populaires, sans susciter, plus que ça, la réprobation du défilé. Elle est entrée dans les mœurs et, soyez en sûr, elle continuera d’avancer jusqu’au plus profond des têtes.

La guerre cognitive, elle a commencé là, avec l’altermondialisme, le souverainisme, le fait de dire tout haut ce que tout le monde est censé penser tout bas et la dénonciation – la fameuse dénonciation – de la pensée unique. Tout le monde y a vu le moyen de s’illustrer. C’étaient de mauvaises graines. Celles de la désinhibition. Elles ont été  allègrement répandues partout au milieu des cultures vivrières et depuis quelque chose, dans l’esprit public, meurt de faim. Cela détruit la Politique. Et ce chaos, ne profite qu’à un seul parti, qu’à une seule incarnation d’un mode de pensée, puisqu’un parti, ce n’est jamais, qu’une coalition de gens qui  répliquent le même mode de pensée et l’imposent, par une majorité.
Ce n’est pas tout à fait ce que vous voyez.
Vous vous dîtes: il y a le pluralisme, et je constate qu’il y a une autre force qui combat ce parti avec la même virulence, à l’extrême opposé.
Oui, c’est vrai, mais prenez conscience que ce parti dont il est dit, à défaut de le savoir écrit, qu’il va gagner, suppose son contraire pour prendre corps.
Il suppose son contraire pour prendre corps.

Si cela aboutit, et il est à craindre désormais craindre que cela se produise, il faut que cela soit dit le plus clairement possible, la démocratie sera morte et elle aura emporté la République Française au royaume d’Hadès au moment où sa voix compte le plus.

Plus grave encore que le sort d’une nation qui s’est voulue si particulière, au nom de l’universalité de l’Homme, et qui chute par égotisme et aveuglement, c’est le fait qu’elle puisse faire défaut au moment où le monde a le plus besoin de sa voix.

Ce moment n’est pas innocent quand l’arme nucléaire mêle sa psalmodie aux messes noires de certains pouvoirs qui considèrent, ouvertement ou sans jamais en faire mention, que l’arme suprême leur confère l’impunité, soit le droit de faire ce qu’elles veulent pour décider de ce qu’est et sera la civilisation humaine.

Ayez peur.
Pas d’un dieu quelconque, susceptible de faire parler son courroux.
Ayez peur, ayez peur de vous.
Des puissances destructrices qui naissent en vous et de vous.

Il n’est pas indifférent de savoir que ces forces se meuvent et se désengourdissent, aujourd’hui, dans un monde qui peut s’autodétruire dans le feu nucléaire, s’achever en holocauste.

Assez parlé de vous.

Il me vient à l’esprit que j’aimerai avoir assez de force pour n’avoir plus à ouvrir la bouche, et, plus encore, pour ne plus avoir la vie psychique qui accorde l’insigne privilège – égal à celui de la vigie qui détecte un danger et que nul, au-delà de quelques premières oreilles compatissantes et impuissantes, n’entend – de comprendre la nature du crime auquel elle assiste.

C’est juste la nature humaine qui est lentement effacée.
Ce que l’on vit pour l’amour du Peuple est devenu impossible à vivre.


L’enfant mérite d’être sauvé1.

  1. Nous vivons dans un temps où il convient de préciser que ce n’est pas de moi que je parle et ce n’est pas de l’ordre de l’abstraction. Cela échappe à tout champ. ↩︎