Au risque de paraître déconnecté de la réalité politique et sociale, comme on dit, je soutiens que la responsabilité qui échoit au Politique, c’est de parler avec la hauteur, de rendre palpable le dialogue avec les idées supérieures. C’est en parlant la langue de l’abstraction (de soi, de l’égo) qu’on a le plus de chance de résoudre les problèmes en bas.
En quoi la défaite de Sartre devant Platon intéresse-t-elle la banlieue, la vocation de l’Europe, ou même le fait que, si nous étions nous-mêmes, Poutine aurait déjà perdu ?
Il faut sans doute refaire de la philosophie politique pour le comprendre.
Je veux bien être celui qui pense qu’il est important de rappeler que quand on dit que L’essence précède l’Etre cela signifie Je pense donc je suis et non pas Je veux, donc je suis.
La crise politique que l’Occident subit est une crise ontologique qu’il est temps de regarder en face.
C’est cette crise ontologique qui permet à un islam dévoyé comme à toutes sortes d’idéologues de penser qu’ils peuvent conquérir les âmes et dépecer l’immense peuple des déracinés.
Il est temps de se rendre compte que Sartre a perdu devant Platon. Il faut l’annoncer et il faut dire ce que cela implique pour nos sociétés endolories.
A l’épreuve d’une génération qui l’a expérimenté et adopté, l’existentialisme se révèle être une impasse culturelle et ontologique qui n’a fait illusion qu’en exacerbant des identités ou des états avares de droits.
Le marketing et la société de consommation se sont repus de cette chair adolescente fraîche. Mais quel est le futur qui se dessine ?
Le wokisme est le dernier avatar de ce courant de pensée, qui, de déconstruction en déconstruction, nous abandonne dans un champ de ruines sociologique où chacun prétend à reconnaissance pour exister.
@jk_rowling, mère d’Harry Potter, peut témoigner de la férocité des TERF (Trans-Exclusionary Radical Feminist).
On mesure la perversité d’un mouvement qui prétend à l’inclusion en pratiquant une excommunication qui n’a rien à envier à l’inquisition et si on regarde bien, la soi-disant cause palestinienne procède exactement de cette mécanique.
C’est pour cela que, comme la grenouille sous le scorpion, les LGBTQQIP2SAA dansent pour Gaza où le hamas les ferait tomber du dernier étage des immeubles.
Il faut sortir de ce marasme intellectuel. Il n’est pas possible de faire fonctionner un système politique démocratique dans de telles conditions.
Il devient le siège insoluble de perpétuelles contradictions, de cacophonies monstrueuses, de conflictualités larvées et cela ne permet plus de produire le minimum requis de perspective commune à l’adhésion de tous.
Les gamins et adolescents perdus des banlieues sont peut-être davantage les enfants de cette perdition que ceux de l’assimilation ratée dans le cul-de-sac de l’immigration.
Ils sont les fausse-couches de l’existentialisme.
Ils n’ont rien, pas la moindre cape d’invisibilité, pour échapper au mauvais destin qui fond sur eux. Ils n’ont même pas en eux l’idée d’un eux-mêmes qui les sauve de l’environnement qui les dévorera, à un moment ou à un autre, crus.
En fait, rien de ce qui devrait faire sens commun ne leur parle.
Le drame, c’est que la république ne peut pas en sortir autrement que par le haut.
Notre drame, c’est qu’ils ne peuvent en sortir, eux-mêmes, que par le haut et que la république est une communauté de destin qui nous oblige à nous en sortir ensemble.
La crise ontologique que j’évoque à travers l’impasse existentialiste elle les frappe eux d’abord. Elle leur enlève les mots que l’école essaie de leur mettre dans la bouche avant même qu’ils en aient pris le goût.
C’est pour cela que cette question constitue le sujet politique principal du moment.
Nous ne le voyons pas parce qu’il nous crève les yeux.
Nous ne sortirons, ensemble, du malheur qu’en le traitant bien au-delà des facilités dialectiques et des dogmes politiciens.
