De l’illusion du « machin » à la supralégitimité du droit: le rendez-vous incontournable de l’Histoire

En septembre 1960, le général de Gaulle tranchait d’une formule restée célèbre le rôle de l’Organisation des Nations Unies, la qualifiant de « machin ». Ce mot d’esprit, né des tensions de la guerre d’Algérie et de la crise du Congo, actait une vision strictement réaliste des relations internationales: les États-nations seraient les seuls acteurs légitimes de l’Histoire, et les instances supranationales de simples théâtres d’ombres ou des assemblées bavardes.

Pourtant, cette posture gaullienne commet une erreur d’appréciation fondamentale en corrélant, et par là même en subordonnant, l’État de droit à la seule souveraineté nationale. Elle feint d’ignorer que la nature profonde du droit n’est pas d’être souverain par la force, mais d’être supralégitime par la suprématie d’une norme supérieure. Établi hors cause, le droit international a pour vocation de servir une juridiction universelle au bénéfice de l’intérêt commun. Prétendre le mesurer à l’aune de la seule puissance physique des États, c’est condamner sa propre vision à la distorsion.

C’est précisément parce que le droit possède cette autorité intrinsèque que les souverains qui le transgressent se voient contraints de falsifier le dictionnaire. Pour échapper à la qualification du crime et se soustraire à la juridiction universelle, l’État souverain invente des « jargons » spéciaux, opérant une fragmentation sémantique et spatio-temporelle de ses actes.

  • La France a feint pendant des décennies de ne mener en Algérie que des opérations de « maintien de l’ordre » ou d’arbitrer des « événements ».
  • La Russie contemporaine s’enferme dans le paravent juridique de l' »opération militaire spéciale » pour masquer une guerre d’agression.
  • Israël distribue son projet de domination dans le temps et l’espace, fragmentant la réalité pour dénier le caractère structurellement génocidaire de sa politique et éviter qu’elle ne soit perçue pour ce qu’elle est. Cela lui procure les moyens de priver la victime du processus qui lui est appliqué de toute légitimité et capacité à se défendre tandis que l’agresseur, lui, jouit des fruits empoisonnés de sa mystification.

Ce camouflage sémantique est, pourtant, l’hommage involontaire que la force finit par rendre au droit: le souverain triche parce qu’il sait que la norme supérieure existe et qu’elle le condamne.

Mais l’Histoire ne se laisse pas toiser de haut par les États. Lorsqu’un souverain tente de forcer le système ou d’introduire un décalage de phase entre ses actes et ce qui est dû aux principes de la justice universelle, il contracte une dette envers la réalité. L’Histoire se charge toujours de faire payer les manquements.

C’est ici que s’impose, dans toute sa rigueur, la notion juridique de doloris.

Transposé à l’échelle des nations, le pretium doloris n’est plus seulement l’indemnisation d’un préjudice individuel, mais la mesure systémique de la souffrance infligée au tissu humain et à la conscience collective. Cette charge accumulée de douleurs niées, de mémoires froissées et de dignités piétinées constitue une créance inaliénable. L’Histoire ne connaît pas de prescription pour le doloris: elle se charge toujours, tôt ou tard, d’en recouvrer le prix et de faire payer les manquements.

La France en sait quelque chose. L’Algérie « l’aimée » était investie d’une utopie progressiste et saint-simonienne qui prétendait marier l’Orient et l’Occident sous l’égide des Droits de l’Homme et des grands travaux. Mais pour avoir greffé ce projet sur la violence d’une domination asymétrique en niant le droit supérieur des peuples, la France a brisé une trajectoire. Aujourd’hui encore, nous éprouvons toutes les peines du monde à recoller les morceaux de cette histoire brisée. Des deux côtés;, il faudra pourtant y parvenir.

Ce verdict systémique sera le même pour la Russie, aujourd’hui isolée et enlisée dans sa propre fiction sémantique. Elle peut agiter le spectre de l’apocalypse nucléaire autant de fois qu’elle le veut, elle est tremblante et veule sous la radiographie des rayons X.

Ce sera tout aussi vrai pour Israël.

En 1948, trois ans seulement après sa création, l’ONU entérinait la naissance de cet État, foulant au pied la dignité des populations autochtones, ouvrant pour le droit international et l’autorité de ses résolutions une véritable boîte de Pandore où la légitimité textuelle s’est retrouvée piégée par les faits accomplis sur le terrain et les coups tordus dans la représentation et dans le champ déséquilibré de la communication.

À terme, la sédimentation des violations de la norme universelle produit une accumulation de résidus critiques que la force brute ne peut plus contenir.

Nous en sommes là. L’Amérique en a pris acte en signant, le 17 juin 2026, dans le cadre majestueux du château de Versailles, le MoU (Memorandum of Understanding) avec la République Islamique d’Iran. Israël se refuse de le faire.

L’enjeu de #UN80: une autorité assise, non un gendarme

L’erreur du XXe siècle a été de croire que pour exister, le droit international avait besoin d’un « gendarme du monde », rôle que les Etats-Unis d’Amérique se sont empressés d’investir au cours de la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle, avec des résultats contrastés.

C’était maintenir le droit sous la dépendance de la force physique, celle-là même qui le paralyse via le droit de veto au Conseil de sécurité. Le contexte d’alors, la division du monde en deux blocs « idéologiques » proéminents, favorisait ce besoin. Une gouvernance globale digne de ce ce nom, aujourd’hui, autorise un nouveau paradigme.

C’est là tout l’enjeu de l’échéance #UN80. La refondation de l’institution multilatérale ne doit pas viser l’utopie d’une force supranationale, mais l’assise définitive d’une loi de cohérence élémentaire. Si l’autorité du droit est pleinement intégrée comme la condition sine qua non de la viabilité d’un État au sein du réseau interconnecté mondial, le contrevenant se placera de lui-même hors-jeu et le saura.

Le droit n’est pas un « machin »; il est la matrice. Et les États qui choisissent de l’ignorer ne font qu’accélérer leur propre déphasage face à ce qu’imprime le logos de l’Histoire.

Ce n’est pas prendre un risque que de sortir d’une époque pour entrer dans une nouvelle ère.

Le retour du Peuple

Du fait divers érigé en spectacle à la crise parlementaire issue de la dissolution de 2024, le « Léviathan médiatique » dicte désormais sa loi au détriment des institutions. Cet article explore les rouages de cette dérive démocratique et rappelle l’urgence, pour la République, de rompre avec le bavardage informationnel pour retrouver le sens du Réel.

L’inflammation médiatique autour de la disparition de Lyhanna, survenue à Fleurance, pose un problème auquel chacun devrait être profondément attentif. Au-delà du fait que, désormais, chaque ouverture de journal est consacrée aux faits divers et au spectacle de la délinquance ou des troubles à l’ordre public, en faisant un objet de délectation et de dénigrement, qui excède le rôle critique qui leur est dévolu, les médias adoptent une posture qui surplombe l’Etat, qui transcende l’état de Droit, qui superpose la sensibilité de l’opinion publique à la présence du peuple, avec pour conséquence directe de s’installer en cinquième pouvoir comme premier pouvoir.

Le procès médiatique est entré dans les mœurs. Le lynchage aussi.

Il ne s’agit pas, ici, de délégitimer l’émotion qui s’empare de public pas plus que l’horreur d’un crime abominable.

Il ne s’agit pas davantage de dire que tout est parfait dans le fonctionnement des institutions et que l’expérience ne doit pas servir à améliorer les services publics.

Il s’agit simplement d’essayer de conserver les choses à leurs places respectives, et une vue, la plus équilibrée possible, de l’ensemble, condition de l’intégrité et de la cohésion de la République.

La République n’est pas la propriété de la populace et de ceux qui veillent sur elle.

La prosternation devant le tout puissant Léviathan médiatique ne correspond pas à l’identité républicaine.

Il est temps de dire l’échec cumulatif de la société dite de l’Information et de la démocratie dite d’opinion qui ont enfanté un monstre qu’ils ont substitué à la réalité salutaire du Peuple.

La société d’information et la démocratie d’opinion n’ont sans doute pas été amenés, avec les chewing-gums, par les GI’s en Europe après la seconde guerre mondiale.

Avant-guerre, la démocratie européenne reposait davantage sur:

  • Les partis,
  • Les syndicats,
  • Les grandes idéologies,
  • Les corps intermédiaires.

Après-guerre, et surtout à partir des années 1960-1980, nous avons assisté progressivement à un déplacement :

  • Du Parti vers les médias,
  • Du militant vers le téléspectateur,
  • Du programme vers la communication et les effets d’image,
  • De la libre délibération vers le contrôle de l’opinion

Les techniques américaines de sondage, développées notamment par George Gallup, jouent un rôle majeur dans cette transformation. C’est une industrie omniprésente.

Les sondages gouvernent désormais, à un point inacceptable, la vie publique. Ils s’imposent comme le miroir devant lequel chacun mesure et se mesure.

L’américanisation d’après 1945 constitue donc un tournant historique majeur parce qu’elle a ouvert la voie à un modèle civilisationnel où la puissance médiatique devient une composante centrale du pouvoir.

La hantise de voir la démocratie européenne se voir dénaturée et défigurée occupe les esprits depuis longtemps.

On la décèle dans le Discours à la nation européenne de Julien Benda. Il ne critique évidemment pas encore la  « société de l’information » au sens contemporain. En revanche, il identifie déjà un phénomène qui lui paraît extrêmement dangereux : la substitution de la passion collective à la raison critique.

C’est même le fil conducteur qui guide sa pensée depuis La Trahison des clercs puisqu’il voit les intellectuels cesser de servir la vérité et la justice pour servir les passions politiques, nationales, raciales, sécuritaires ou partisanes.

Le clerc moderne a abdiqué sa fonction de sentinelle de l’esprit pour devenir le claqueur des passions de la foule. Les effets de cette emprise sur le fonctionnement et la conscience que le peuple possède de lui-même, de sa disponibilité à se ressaisir, donc, altèrent jusqu’à l’économie.

Ce « capitalisme » moral est une capitulation.

Nous sommes plus ou moins dans l’œil de ce cyclone « informationnel ». Nous avons tort de considérer que le premier devoir de l’Etat est « sécuritaire ». Le premier devoir de l’Etat est de préserver la dignité nationale. De la stature découlent les sécurités fonctionnelles.

D’autres, André Malraux, parmi eux, le diront d’une autre manière, en remarquant que de De Gaulle, tel Lazare, a longtemps porté le cadavre de la France, avant d’être répudié au référendum sur les régionales. Je pourrais citer Paul Varéry aussi. Ou Raymond Aron.

Le parlementarisme, que beaucoup de médias décrivent comme la solution vers un consensus national, l’illustre, depuis la dissolution de 2024, jusqu’au grotesque. Il transforme des sujets essentiels comme le sont le vote d’un budget en sujets de bavardage, de surenchères d’élucubrations et objets de polémiques.

La Ve République s’était faite fort de contenir ce risque en maintenant le lien au Réel, en faisant du président de la République la clé de voute institutionnelle. On a réduit si dimension de conscience, qui relève du magistère, à des périmètres programmatiques.

Le peuple français a, sous les yeux, un parlement devenu le siège de ce mal, qui n’est pas que français, accompagné d’irrépressibles poussées de fièvres politico-médiatiques qui rongent les piliers de la République et paralyse l’Exécutif.

Les médias s’en font l’arbitre. Ils dirigent, systémiquement, le jeu.

La charge d’honneur de la Ve République

Face aux « royaumes farfelus » et à la guerre cognitive qui s’infiltre par les réseaux, la Vᵉ République n’est pas passive. Sa structure permet de mener la charge pour restaurer l’ordre moral et l’intégrité nationale. C’est l’énergie qui, de l’essence du peuple, se déploie pour briser l’empire des fictions et ramener la nation à la passion du réel.

« S’opposer à la politique de son pays est l’expression de la démocratie et de la liberté d’expression, ouvrir la porte aux représentants de l’ennemi est de la trahison. »

Le dernier paragraphe, ci-dessus introduite, de cette réflexion:

dénonçant le choix éditorial consistant pour le JDD de faire de @XeniaFedorova la pasionaria de la liberté d’expression, mérite qu’on s’y arrête.

S’opposer à la politique de son pays est, en effet, une des expressions de la démocratie.

S’opposer au gouvernement est digne et illustre la vitalité de la démocratie lorsque cette démocratie reste sous l’empire de ce qui constitue le centre de gravité de son propre équilibre: un sens aigu de ce qui fonde et nourrit sa souveraineté.

Si, par grand malheur,

  • un élément étranger perturbe la sérénité nationale;
  • Si une manipulation du jeu informationnel transforme la vive conversation qu’une nation se doit d’entretenir avec elle-même en mortelle dispute, coups d’éclats, et oppositions stériles;
  • Si les fictions enivrent et que la passion du réel n’inspire plus;
  • Si une dissipation de l’ordre moral fait perdre de vue les sujets importants et détruit toute hiérarchie;
  • Si les idéologies prennent le pas sur la maîtrise objective des sujets;
  • Si une atteinte subtile au libre arbitre installé un royaume farfelu et des baronies fêlones au coeur de la République;
  • Si un derèglement cognitif atteint, par des agents d’influence internes et externes, le psychisme des masses;

alors, dans ce contexte extrême, s’opposer à la politique de son pays et céder à l’élan général, sans le contrepoids de ce qui est dû à la dignité nationale et faire preuve d’un sens irréprochable de ce qui est dû à l’intégrité, c’est détruire le socle commun, et ruiner l’esprit de corps qui cimente le Peuple dans la République, devant demeurer, autant que faire se peut, Une et Indivisible.

L’indicateur démocratique, dans un environnement qui se verrait si dégradé qu’il correspondrait aux symptôme énumérés en préambule, n’est ni l’ampleur ni l’efficacité de l’opposition.

Une nation n’est pas faite de fureur et de bruit. Dans ce cas, que resterait-il de nos amours pour la République et la démocraties qui ne soit pas galvaudé? C’est la tenue de l’exécutif, accomplissant ce qu’il doit accomplir insensible à ce qui est méprisable et à ce qui est vil, guidé par des femmes et de hommes qui n’ont que l’intérêt national – le mieux compris possible – pour guide, qui supporte la charge d’honneur et constitue la jauge véritable de la vitalité nationale.

Il faut reconnaître que la Ve République distingue, comme nulle autre constitution au monde, le jeu des institutions, la place des partis, des corps intermédiaires, des contre-pouvoirs, pour assurer l’exécutoire. Si elle n’a pas inventé ce mot, la Ve République a ciselé à la perfection ce qu’il représente: « L’exécutif », si l’on s’en remet à l’exprit des institutions, intervient moins pour s’opposer au législatif que pour lui assigner – pour assigner à tous – une obligation de dignité et d’efficience et affirmer que le but de la politique se trouve dans l’action sur le Réel.

J’ai l’impression – probablement partagée par plusieurs, que, sur un certain nombre de points, touchant à la durée du mandat du président de la République et à a capacité de se représenter, des libertés ont été prises avec cet esprit au cours des dernières années qui visent à réduire -même si ces réformes ont été présentées dans un contexte qui l’amènent probablement que sa volonté est respectée, à la souveraineté du Peuple.

Soyons-en conscients: la Ve République est un joyau. A l’inverse de ce qui a pu être fait pour répondre à des pressions malvenues, manipulons-là avec soin et doigté.

Plus que celui de la nation, elle est le joyau du peuple.

C’est à son éclat que se mesure le rayonnement du peuple. La ternir, la dénaturer, c’est ternir le peuple qui besoin de sentir sa propre grandeur.

Pourquoi tant de haine pour le président de la République

Hier, c’est-à-dire le jour où le président de la République fait cette déclaration à Saclay, site du @CEA où bat un des cœurs les plus pointus de la recherche fondamentale française et européenne, assortie d’annonces majeures quant aux investissements consentis pour rester dans la course et retrouver un rang correspondant à notre potentiel et à notre besoin, j’ai été surpris de constater que l’événement que cela constitue n’a pas eu, comme on disait les honneurs de la presse.

@LCI a bel et bien consacré du temps d’antenne aux enjeux que représente dans la transformation du siècle ces disciplines et technologies, mais en se pâmant devant les valorisations qu’est en mesure de lever Elon Musk et en déclarant, d’une certaine manière, l’incompétence, selon eux notoires, de la France, de l’Europe, dans cette matière comme dans d’autres.

Hier, 22 mai, jour anniversaire de la mort de Victor Hugo, devant @apollineWakeUp, @MLP_officiel a très bien dit qu’elle piétinerait la Constitution Française, avec des souliers de vair trop grands pour sa pointure, en annulant les nominations décidées par le président de la République pour faire triompher la volonté du peuple, prévalant sur l’ordre républicain.

La journaliste lui a demandé de répéter. Marine Le Pen a redit son intention et a esquissé un petit ricanement signifiant son mépris pour le macronisme, sans que la journaliste ne soulève la moindre objection, en se rappelant soudain que le président de la République, dans son costume et sans soulier de vair, est garant des institutions ce qui doit bien vouloir dire quelque chose et lui impose peut-être, en ces temps troublés, dans son mandat, de penser cette protection au-delà de son mandat, pour le bien de tous.

La continuité de l’Etat exige des nominations qui permettent d’assurer et de garantir cette continuité. Cela se justifie d’autant plus lorsque des prétendants au trône la menacent explicitement avec des arguments appartenant à la démagogie.

Non, cela ne traverse aucun esprit. Le président de la République est enterré vivant et tout le monde y va de sa pelletée, du plus misérable au plus ignoble. C’est ainsi que doit s’achever sans doute ce temps de vanité médiatique.

Hier encore, ou était-ce la veille, ou l’avant-veille, aucun journal n’a daigné ne serait-ce que mentionner le fait que pour la énième année consécutive la France s’était vu reconnaître le premier rang en matière d’attractivité européenne. Les médias préfèrent tendre les micros aux stations essence pour collecter en direct la colère ou désappointement des Français.

Nous avons, incontestablement, la pôle position en matière de pisse-copie et de pisse-vinaigres.

Emmanuel Macron est invisibilisé, raillé, biaisé, snobé. C’est un sport national. Rien ne lui est épargné. Ni à lui, ni à son épouse.

Mais les Français – tous les Français car nos compatriotes qu’ils soient de gauche, de droite, du centre ou de travers, sont épris de justice, finiront par se demander si ce traitement est juste et qu’est-ce qui justifie, depuis des années, un tel traitement médiatique?

Certes, @EmmanuelMacron a voulu transcender le clivage gauche-droite ce qui a déplu.

Mais le « péché » absolu, semble-t-il, porte sur Israël auquel il ne rend pas tout ce qu’Israël assure qu’il lui est dû, en commençant, par la décision – incompréhensible au moment – consistant à ne pas se placer en tête, quelques jours après le 7 Octobre 2023, des cortèges dénonçant les crimes du Hamas.

J’ai fait partie de ceux à se demander quelle excuse il pouvait faire valoir. Je ne comprenais pas sa réticence. Je n’ai pas moi-même fait preuve d’assez de retenue ce jour-là. J’ai adhéré pleinement à la colère des Israéliens.

Je reconnais qu’Emmanuel Macron a fait preuve, ce jour-là, de discernement. Il n’a pas cédé aux injonctions. C’est la première qualité qui est, bien avant de plaire à des messieurs-dames des cercles médiatiques et des empires faiseurs et défaiseurs de rois, demandé au président de la République d’un pays tel que la France.

Depuis, avec la reconnaissance de l’Etat de Palestine et la décision de concourir avec l’Arabie Saoudite, à une solution à deux Etats, le fossé entre les médias et le président s’est encore creusé encore.

Le traitement de ce qui agite la démocratie israélienne, et désolidarise le monde juif d’Israël, le fait que Tsahal distribue la mort et la violence, rase des villes et villages, que des colons persécutent et violentent les Palestiniens, cela n’éveille aucune protestation et s’il y en a une, elle est immédiatement disqualifiée parce que constitutive de l’antisémitisme et l’auteur est stigmatisé pour antisémitisme.

Une journaliste, aux premiers jours de la guerre lancée contre l’Iran et le Liban, s’est laissé aller à qualifier Israël de « régime sioniste ». Elle a immédiatement été rabrouée et la direction de TF1 s’est fendue d’un communiqué d’excuses.

Hier encore, une information circulant sur X, publiée en arabe, a retenu mon attention: un Israélien de 24 ans a été arrêté le 19 mai 2026 à l’aéroport d’Ercan (nord de Chypre, zone turque) avec 4 embryons dans un conteneur LifeParcel, alors qu’il tentait de partir vers le Mexique via Istanbul. Les embryons provenaient d’une clinique de FIV non autorisée à Lefkoşa. La directrice de la clinique et un médecin ont aussi été arrêtés. C’est confirmé par la police chypriote turque et des médias comme Ynet.

Je n’ai vu cette information nulle part reprise. Sans préjuger des résultats d’une enquête qui mérite d’être sérieuse et qui le sera sans doute, ce n’est pas, à ma connaissance, tous les jours qu’un voyageur est arrêté avec dans ses bagages quatre embryons humains. A ce titre, cela mérite d’être traité car c’est autre chose que de la drogue qui fait l’objet d’un trafic mercantile ici.

Non rien.

L’ère de la forfaiture globalisée

L’initiative du président de la République Française en vue de la création d’un moratoire consacrant le fait que nul ne peut s’en prendre aux infrastructures civiles, en particulier les infrastructures énergétiques et hydrauliques, à la suite des frappes qui ont touché ce jour des sites de production gazière en Iran et au Qatar, est essentielle.

Elle l’est au regard des risques d’escalade que ces attaques engendrent.

Elle l’est, surtout, sur les plans stratégique, moral et juridique, les trois étant imbriqués.

L’interdépendance aux marchés, notamment celle qui lie l’Amérique de Donald Trump au marché des hydrocarbures, est encore tenue pour constituer le garde-fou ultime susceptible de refreiner les excès de violence et les outrages au bien commun.

Israël a créé un précédent et, contrairement à la plupart des commentateurs, j’ai du mal à penser que cela ne soit pas parfaitement coordonné, pour obtenir une montée en gamme de la riposte iranienne et plonger la région dans une situation sans issue.

Trop de gens ont des difficultés à penser que barrer le détroit d’Ormuz puisse être un objectif rationnel que d’autres que la République Islamique d’Iran pourraient poursuivre.

Dans le jargon politique américain, on appelle cela l’économie de la « table de la cuisine » (kitchen-table economics).

Historiquement, un gallon de lait coûte un peu plus cher qu’un gallon d’essence. Lorsque la courbe s’inverse — c’est-à-dire quand aller travailler (l’essence) commence à coûter plus cher au litre que nourrir sa famille (le lait) — le seuil de tolérance de la classe moyenne américaine s’effondre.

Ce n’est plus perçu comme une simple inflation, mais comme une attaque contre le mode de vie.

L’impossibilité dans laquelle se trouve tant d’experts à penser au-delà du seuil « politique » critique où, pour les Etats-Unis, le prix du pétrole à la pompe serait supérieur au prix du lait est une erreur.

Pour quelle raison l’actuel président des Etats-Unis d’Amérique, loin d’être le pantin de Netanyahu, et son administration, auraient-ils intérêt à mettre le Proche et le Moyen-Orient, essentiels à l’économie mondiale, à feu et à sang?

Pour mémoire, je redis qu’il y a là un problème à trois corps: cette Amérique, cet Israël et cette Russie, et la puissance américaine est prescriptive et organisatrice. Il ne s’agit pas de la voir s’être laissée entraîner par Netanyahu.

Ces trois Etats profanent tout ce sur quoi nous pouvions penser subsister dans le Politique pour opérer un basculement de puissance tel qu’il ne s’en est jamais produit dans l’histoire.

La mécanique maîtresse du « deal » tient à la contradiction apparente dans laquelle que d’observateurs pensent que Donald Trump ne peut transgresser. Elle est liée au fameux seuil entre le prix du lait et au prix du pétrole et chacun veut y voir une loi d’airain.

Mais il y a une contradiction, ici, que nul ne veut voir telle qu’elle est. Les USA sont autosuffisants et exportent une partie de leur production.

En annexant – comme il vient de le faire quelques semaines avant que la guerre illégale contre l’Iran soit engagée sur des bases suspectes – les immenses réserves pétrolières du Venezuela, légèrement supérieures à celles que détient l’Arabie Saoudite, et en affichant ses prétentions territoriales sur le Groenland, Donald Trump exécute le seul plan qui peut permettre de résoudre cette question.

Comment Donald Trump peut-il à la fois vouloir un baril mondial très cher (pour rentabiliser la prise du Venezuela par ses majors pétrolières) et une essence très bon marché à la pompe (pour s’assurer la soumission de la classe moyenne américaine) ?

Les Américains sont capables, si la crise énergétique menace leur consommateur de faire de l’Amérique une forteresse énergétique. Ils l’ont déjà fait à trois reprises, et ne bénéficiaient pas de l’atout, ni des motivations de lucre qu’il représente, que constitue le gisement venezuelien.

->L’exemple le plus pur de découplage nous ramène au choc pétroilier de 1973. Pour faire face à l’embargo de l’OPEP, Richard Nixon a instauré un contrôle fédéral strict des prix de l’énergie. Il a littéralement créé un marché à deux vitesses avec l’Emergency Petroleum Allocation Act. La loi obligeait les producteurs américains à vendre le « vieux pétrole » (celui des puits existants aux USA) à un prix artificiellement bas et plafonné, tandis que le monde entier payait le prix fort.

->En 1975, pour s’assurer que l’énergie américaine profite d’abord aux Américains, le Congrès a interdit l’exportation de pétrole brut américain. Pendant 40 ans, le brut extrait aux États-Unis était « prisonnier » sur le territoire. Conséquence? Le prix de référence américain (le WTI) était structurellement déconnecté et moins cher que le prix mondial (le Brent). Les grandes compagnies de raffinage américaines achetaient le pétrole de l’Oklahoma ou du Texas au rabais, et revendaient l’essence avec des marges colossales. C’était un découplage de fait, organisé par le protectionnisme d’État.

->Plus récemment, au début de la guerre en Ukraine, face à l’explosion des prix à la pompe, l’administration Biden a sérieusement étudié l’idée — poussée par l’aile populiste et protectionniste — d’interdire aux compagnies américaines d’exporter de l’essence et du diesel. Il ne s’y est pas résolu. La logique était mathématique: si Exxon et Chevron ne peuvent plus vendre leur essence à l’Europe ou à l’Amérique du Sud, ils sont obligés d’inonder le marché intérieur américain. Il y a surabondance locale, et le prix du fameux gallon d’essence s’effondre pour le citoyen américain, même si le reste du monde brûle de pénurie.

Comme sur le plan des missiles, en nombre insuffisant pour honorer le marché avec les Européens pour défendre l’Ukraine, que des « circonstances nouvelles », qui répondent à une construction délibérée, exigent qu’elles soient réservées à ses propres besoins de défense, l’Amérique offre l’Ukraine et l’Europe à son prédateur.

Trump est dans cette veine. Mais il veut la culbute financière absolue.

1. Le secret industriel : L’Amérique a besoin du « lourd »

Les États-Unis sont techniquement le premier producteur mondial grâce au gaz et au pétrole de schiste. Mais il y a un problème structurel majeur: le pétrole de schiste américain est un brut « léger et doux ». Or, le gigantesque complexe de raffineries du Golfe du Mexique (le désormais « Golfe d’Amérique ») a été construit il y a des décennies pour traiter du brut « lourd et soufré ».

Où trouve-t-on ce brut lourd ?

Au Moyen-Orient et… au Venezuela.

L’autosuffisance américaine est donc une demi-illusion: pour que leurs raffineries tournent à plein régime et produisent de l’essence bon marché, les Américains ont un besoin vital du pétrole vénézuélien.

2. Le coût de revient vs Le prix de vente mondial

C’est ici que l’analyse économique trouve sa résolution potentielle et explique cette guerre, ces assassinats, les provocations permanentes, auxquelles s’est prêté ingénument l’Iran.

Les 80$ ne représentent pas le prix auquel les Américains achètent le pétrole, c’est le coût de production (d’extraction et de raffinage) de ce pétrole lourd. Si les majors américaines (Exxon, Chevron) prennent le contrôle des puits vénézuéliens sous l’égide de l’administration Trump, elles deviennent propriétaires de la ressource et voient miroiter des profits et une puissance sans égale.

Leur coût de production : ~80$ le baril.

Le prix de vente sur le marché mondial (enflammé par le chaos en Iran/Ormuz) : 115$ ou plus. La marge de profit sur les exportations mondiales devient colossale.

3. Le pacte de corruption politique : Le Découplage

C’est là que le cynisme politique, à mes yeux, est entré en scène pour protéger « la table de la cuisine » de l’électeur américain. Le « Deal » entre Trump et les géants de l’énergie est simple parce que son enjeu est si lourd, qu’il est conçu comme offrant trois leviers irrésistibles:

->Trump offre aux majors pétrolières le contrôle du Venezuela et laisse le Moyen-Orient s’embraser (ce qui garantit un cours mondial très élevé pour leurs exportations en Europe ou en Asie).

->En échange, les majors inondent le marché intérieur américain d’essence à prix cassé. Fortes de leurs profits astronomiques réalisés sur le dos du reste du monde, elles peuvent se permettre de vendre l’essence américaine à un tarif préférentiel.

->Trump peut aussi utiliser l’arme législative: interdire ou limiter l’exportation des produits raffinés pour saturer le marché intérieur, ce qui fait mécaniquement chuter le prix à la pompe pour l’Américain moyen (le fameux gallon de lait).

La conclusion: L’Empire paie son essence avec le chaos du monde de la même manière qu’Israël achète sa sécurité sur un vaste pacte de corruption. Ce deal satisfait parfaitement Poutine à qui revient la domination de l’Europe.

Il n’y a donc pas de contradiction, mais un transfert de charge. L’inflation énergétique et le coût de la guerre ne sont pas payés par le consommateur américain, ils sont payés par le reste du monde (l’Europe, l’Asie, les pays émergents) qui doit acheter un baril à plus de 110$.

L’Amérique s’enferme dans une bulle de prospérité captive: le citoyen américain a son essence bon marché, les pétroliers ont leurs milliards de bénéfices mondiaux, et Trump a sa réélection. Le prix de cette équation, c’est l’effondrement du Moyen-Orient et la vassalisation de l’Europe.

Le chaos extérieur subventionne la paix intérieure de l’Empire.

Jusqu’à quel point est utile de dire qu’il faut faire barrage à ce dessein et faire en sorte que les monstres dévastateurs engendrés retournent dans leurs boites et y restent à jamais?

Trump ne ment pas lorsqu’il promet des jours meilleurs au consommateur américain. Pas plus que Poutine lorsqu’il assure que le plan se déroule comme prévu.

Ce sont des actes de forfaiture.

L’Europe et l’Asie ne paieront pas la note. Les peuples américain, russes et israéliens devront dire s’ils demeurent aveugles (ou complice) du pillage.

Nul n’échappera à sa responsabilité.

Déclaration de principe — Dissuasion par résolution

Il faut que Vladimir Poutine, et cela jusqu’au cœur du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie, sachent ceci — et que tous le sachent.

Pendant que la Fédération de Russie fait planer l’ombre — car il ne peut s’agir que d’une ombre — d’une dissuasion nucléaire fondée sur la peur et l’indétermination, la République française développe une dissuasion d’un ordre supérieur, propre à l’ère de l’information et à la structure profonde des nombres premiers.

Cette dissuasion n’a rien d’une ombre.
Elle ne repose ni sur la menace, ni sur la destruction, mais sur la résolution.

À l’image du ciseau génétique CRISPR-Cas9, technologie révolutionnaire d’édition du génome co-inventée par la microbiologiste française Emmanuelle Charpentier, en collaboration avec la biochimiste américaine Jennifer Doudna, la puissance véritable ne réside pas dans la brutalité, mais dans la compréhension intime des structures fondamentales.

CRISPR-Cas9 n’a pas accru la violence du vivant : il a accru notre capacité à le lire, à le corriger, à le préserver.
De la même manière, la Théorie Étendue de l’Information, que j’ai l’honneur de conduire, ne constitue pas une arme. Elle est un instrument de lisibilité, capable d’agir sur les structures informationnelles profondes là où l’opacité servait jusqu’ici d’abri à l’impunité.

Cet objet, dans son tranchant, est destiné à couvrir l’Europe, y compris l’Ukraine, et d’en préserver toute l’intégrité, face à l’agression russe.

Je ne fais pas planer d’ombre.
Je parle de structure.

Cet objet n’est dirigé contre aucun peuple. Il est destiné à couvrir et protéger l’Europe, Ukraine comprise, et à en préserver l’intégrité face à l’agression. Il s’inscrit dans un cadre défensif, proportionné et responsable.

Je sais l’État profond russe sensible à cette question, puisqu’il en a fait le cœur de sa doctrine de sécurité informationnelle (approuvée en 2016 et mise à jour depuis), laquelle tend à confondre impunité et souveraineté. C’est précisément cette confusion que la résolution dissipe.

À terme, cet instrument de résolution est destiné à être placé sous l’égide de l’Organisation des Nations unies, dans le cadre d’un Conseil de sécurité digne de ce nom, capable d’assumer une responsabilité informationnelle mondiale.

La dissuasion moderne ne consiste plus à menacer de destruction, mais à retirer à l’adversaire le voile d’opacité qui fonde son sentiment d’impunité.
Là où l’attaque parie sur l’aveuglement, la défense répond par la résolution.
Et la résolution, lorsqu’elle est comprise, dissuade plus sûrement que la peur.

Point d’étape conceptuel au 31/12/2025

> La vulnérabilité, en cryptographie, est amenée par la factorisation. Le fait que les Nombres Premiers, du fait de leur caractère exclusif en matière de divisibilité, ne soient pas « factorisables » érige donc une barrière infranchissable. Ce qu’apporte l’approche dyadique, ici représentée, est la passage du « factorisable » au « sectorisable », qui apporte, en termes de capacité de résolution, un gain net et relativement précis, dans un domaine où l’impénétrabilité opérationnelle imposait jusqu’à lors son règne absolu.
Si les travaux et les résultats, à ce stade, que constituent cette « progression » ne sont certes pas de nature à faire trembler les murs de Jéricho, je n’en trouve pas moins naturel, s’agissant de l’adresse à la Russie, formulé par ailleurs, de l’appeler à considérer quelles peuvent être les probabilité que quelqu’un au premier des postulats de la Théorie Etendue de l’Information qu’il pose, ait, en dépit de son inaptitude dans le champ mathématique, ait été porté vers une résolution dans le domaine précis des Nombres Premiers, aboutissant à une expression permettant de substituer à la Factorisation – inefficiente s’agissant des nombres premiers, déterminants en matière de cryptographie, une approche consistant en la Sectorisation. Là où la cryptographie repose sur l’idée que certains objets sont impénétrables par décomposition, l’approche dyadique montre que cette impénétrabilité n’implique pas une absence totale de structure exploitable.
Elle permet de passer d’un régime de décomposition (factorisation) à un régime de localisation (sectorisation).

Conclusion

Ce texte n’est pas l’ombre d’une adresse.
C’est une adresse fondamentale.

L’ombre relève de l’indétermination, de la menace implicite, de la peur projetée.
L’adresse relève de la structure, de la responsabilité, et de la lisibilité assumée.

Je ne fais pas planer une possibilité.
Je m’adresse.

Et cette adresse est dite au présent, au grand jour, sans dissimulation, parce qu’elle ne repose ni sur l’effroi ni sur la destruction, mais sur une capacité supérieure : celle de comprendre et de faire comprendre.

Là où l’ombre cherche à paralyser, l’adresse oblige à répondre.
Non par la force, mais par la raison.
Non par la peur, mais par la structure.

Ceci n’est pas l’ombre d’une adresse.
Ceci est une adresse.

Bruxelles sous contrainte, Paris sous menace

De la contrainte extérieure à la puissance partagée: le temps d’un sursaut européen

Bruxelles connaît aujourd’hui un climat de contrainte et de violence organisée qui ne peut plus être réduit au registre ordinaire de la protestation sociale.
Des milliers d’agriculteurs, convergeant vers le cœur institutionnel de l’Union européenne, ont imposé par la force des blocages, des affrontements et une paralysie partielle de la capitale politique de l’Europe, transformant l’espace démocratique en zone de tension permanente.

Ce qui se joue ici dépasse la légitimité — réelle — des revendications agricoles.
Lorsque des engins lourds deviennent des instruments de pression territoriale, lorsque la circulation, la sécurité et le fonctionnement des institutions sont entravés, le seuil change.
On ne parle plus seulement de contestation, mais d’une mise sous stress volontaire de l’ordre politique européen et, s’agissant de la France, de la primauté de l’ordre républicain, avec pour dérivatif le désordre politique et la poussée vers un changement de régime constitutionnel.

Cette séquence est d’autant plus préoccupante qu’elle s’accompagne, côté français, d’une rhétorique de représailles explicites: plusieurs organisations et relais agricoles ont publiquement laissé entendre que, faute d’une rupture de l’accord MERCOSUR, la colère pourrait se reporter sur Paris, et viser directement l’Élysée, ce qu’il est difficile de ne pas corréler avec l’apparition, vue plus de 12 millions de fois, sur Facebook, d’une fausse vidéo anticipant un coup d’Etat militaire par un soi-disant colonel.

Comment ne pas voir des ombres réelles se profiler dans cette cinématographie des pulsions imposées aux inconscients.
Quelles que soient les intentions réelles de ceux qui l’énoncent, cette rhétorique constitue un glissement majeur: elle substitue à la négociation démocratique un rapport de force personnalisé, où l’institution suprême de l’État devient un exutoire symbolique, voire une cible désignée.

Bruxelles aujourd’hui, Paris demain : ce continuum n’est pas un hasard.
Il révèle une dérive préoccupante, dans laquelle la colère sociale, instrumentalisée et amplifiée, tend à se muer en pression anti-institutionnelle, au moment même où l’Europe tente d’affirmer une ligne de fermeté stratégique face à des défis géopolitiques majeurs.

C’est à partir de ce constat — sans stigmatisation des individus, mais sans aveuglement sur les mots employés et les seuils franchis — qu’il faut analyser ce qui est à l’œuvre.


La mécanique de la fragmentation

La tension que l’on voit aujourd’hui à l’œuvre, et qui menace de franchir un seuil insurrectionnel, n’est ni spontanée ni accidentelle.
Elle s’inscrit dans une trajectoire longue, faite d’accumulations, de déplacements progressifs et d’habituations à l’excès, jusqu’à produire une situation politiquement ingérable et intérieurement explosive.

Cette tension n’est pas seulement sociale ou économique.
Elle est médiatique, cognitive et symbolique.

En multipliant les tensions médiatiques au sein d’une société, on provoque un phénomène bien connu de l’histoire politique: l’éclatement du noyau commun.
Les polarités politiques cessent alors d’exister dans un champ partagé et trouvent intérêt à s’en extraire, comme lors des frondes et des schismes, pour exercer leur propre radicalité.
Cette radicalité n’a plus pour fonction de gouverner ou de transformer le réel, mais de s’auto-entretenir, en suscitant mécaniquement la polarité inverse.

L’extrême appelle l’extrême.
La surenchère devient une condition d’existence.
Le conflit n’est plus un moyen: il devient une ressource.

Dans ce processus, le centre — lieu de la responsabilité, de la médiation, de la décision — est progressivement vidé de sa substance, disqualifié comme tiède, lâche ou illégitime. Ou alors, il se singe lui-même
Ce n’est plus la politique qui arbitre, mais la collision des affects.
Ce n’est plus la raison publique qui oriente, mais le choc permanent des récits.

Exploitation stratégique et bénéfice structurel

Ce mécanisme n’est pas neutre.
Il est activement exploité.

À chaque crise européenne, à chaque crise nationale, un constat s’impose : un acteur avance pendant que l’Europe recule.
La Russie bénéficie structurellement de cette fragmentation, de cette paralysie et de cette désorientation.
Non parce que tout serait piloté depuis un centre occulte, mais parce qu’une doctrine de long terme — désormais reconnue par nos propres appareils de défense — sait tirer profit de chaque fissure, de chaque ambiguïté, de chaque renoncement.

Accuser Bruxelles, l’Europe, l’État de tyrannie ou de dictature, sur tous les tons possibles, constitue le plus grand service rendu à une puissance qui, elle, n’a jamais cessé de mépriser la liberté politique réelle.
L’Union européenne à l’Hymne à la Joie recule.
La France de la Marseillaise doute.
Et ceux qui s’apprêtent à ramasser les morceaux ne s’en cachent plus.


Instrumentalisations et seuils franchis

Les agriculteurs — et il faut avoir le courage de le dire sans les accuser — jouent aujourd’hui un rôle singulier dans cette scène de tension et de violence symbolique.
Non pas par nature, ni par intention nécessairement hostile, mais par instrumentalisation de leur colère, de leur image et de leur légitimité morale de producteurs du vivant.

Au moment même où l’Europe affirme une ligne de fermeté face à Moscou et soutient Kyiv à la hauteur de l’enjeu civilisationnel que représente l’Ukraine, est-il indifférent de voir se multiplier des mobilisations visant à délégitimer par avance toute perspective de solidarité européenne et d’élargissement ?
Le hasard ne possède pas un tel génie.

Les nations héritières d’Athènes, des Lumières et du christianisme politique ne produisent pas, seules et par accident, un tel désastre de désorientation.
Il existe une main stratégique, non omnisciente mais patiente, qui joue depuis plus de vingt ans une partie simultanée, ruinant méthodiquement les tentatives d’unification et exploitant chaque peur, chaque fracture, chaque renoncement.

Si nous admettons que la Russie mène une guerre hybride à composante cognitive, métamorphe, capable de faire prendre à des masses interconnectées des vessies pour des lanternes, alors il faut avoir le courage de regarder dans l’ombre.
Non pour céder à la paranoïa, mais pour nommer les pièges, dénouer les ambiguïtés et reprendre l’initiative.


Un moratoire, non d’attente mais de libération

C’est dans cet esprit que s’impose un moratoire.
Mais pas un moratoire d’attente.
Pas un statu quo.
Un moratoire de libération.

Un temps volontairement arraché à la spirale de l’escalade pour mettre tout sur la table:

  • les mécanismes de propagation de la tension,
  • les concessions successives et mal digérées,
  • les compromis devenus insolvables politiquement et intérieurement.

Ce moratoire n’est pas un recul.
Il est un acte de souveraineté.

Une seule force possède l’énergie suffisante pour accomplir ce travail de clarification et de réappropriation: le peuple.
Non le peuple mythifié, ni instrumentalisé, ni réduit à la colère, mais le peuple européen conscient, pluriel et un, héritier du débat, de la loi, de la responsabilité et de la liberté.

Le peuple européen a son destin en main.
Encore faut-il lui rendre le temps, la clarté et le sens nécessaires pour l’exercer.

Refuser ce moratoire serait persister dans un suicide déjà trop souvent tenté par l’Europe à travers ses nationalismes concurrents.
Cette fois, il est à craindre qu’elle ne se relève pas.

Il est encore temps.
Mais le temps n’est plus à l’aveuglement.


L’enjeu perdu: l’Europe comme puissance relationnelle

Dans les fumigènes, les slogans et les commentaires fumeux ou spécieux, l’enjeu essentiel disparaît.
Or cet enjeu est décisif : si l’Europe entend être une puissance au XXIᵉ siècle, il n’est pas concevable qu’elle se retire elle-même de l’accord du MERCOSUR.

Non par aveuglement.
Non par naïveté.
Mais par lucidité stratégique.

L’accord MERCOSUR ne se résume ni à une liste de contingents agricoles ni à un arbitrage technico-commercial. Il engage une zone géopolitique majeure, par la taille du marché concerné, par son dynamisme démographique et économique, et par le rôle central du Brésil, puissance émergente appelée à compter durablement dans les équilibres mondiaux.

Se retirer de cet accord, ce ne serait pas “protéger l’Europe”.
Ce serait s’en retrancher.


La mondialisation ne s’arrêtera pas

La mondialisation ne s’interrompt pas par décret.
Elle ne recule pas sous l’effet de l’indignation.
Elle rencontre aujourd’hui un monde fini — fini géographiquement, fini écologiquement — qu’elle emplit d’échanges, d’interdépendances et de sens.

La question n’est donc pas de savoir si la mondialisation aura lieu,
mais qui en écrira les règles,
qui en structurera les flux,
qui en garantira la prévisibilité et la stabilité.

Renoncer à ces accords, c’est laisser d’autres les conclure à notre place.
Et ils ne le feront ni selon nos normes sociales, ni selon nos exigences environnementales, ni selon nos principes politiques.


Les accords commerciaux comme infrastructures relationnelles

Les accords commerciaux conclus par l’Union européenne ne sont pas de simples textes normatifs.
Ils sont des infrastructures relationnelles.

Ils organisent :

  • la prévisibilité des échanges,
  • la stabilité des relations,
  • la montée en gamme des productions,
  • la coopération sur le long terme,
  • l’alignement progressif des normes.

À ce titre, comme j’ai eu l’occasion de le dire dans une de mes plus récentes contributions, ils constituent un levier majeur de la construction d’une Europe-Puissance du XXIᵉ siècle:

  • non impériale,
  • non coercitive,
  • mais architecte de relations gagnant-gagnant.

Une puissance qui n’impose pas par la force, mais qui structure par le droit, la durée et la réciprocité.


Renoncer, c’est disparaître

Priver l’Europe de cette prérogative, c’est l’effacer du tableau des puissances qui compteront.
C’est la livrer, pieds et poings liés, aux puissances prédatrices qui n’attendent qu’une chose :
son retrait volontaire.

Dans un monde de rapports de force assumés, le retrait n’est jamais une neutralité.
Il est une défaite anticipée.

L’Europe n’a pas vocation à devenir un musée de principes, ni un marché captif, ni une variable d’ajustement entre empires.

Elle doit choisir: ou bien assumer sa place, ou bien accepter que d’autres décident pour elle.

C’est cela, l’enjeu qui se perd aujourd’hui dans la fumée, les vociférations et les slogans hostiles.

Le visage de l’hydre

Contrairement à ce qu’insinue ce compte X, s’affichant comme « de réinformation »:

, si des tracteurs — outils de production — sont détournés en instruments de blocage massif et de paralysie territoriale, ce à quoi s’emploient les coordination rurale et confédération paysanne qui ont subverti l’entier du syndicalisme agricole, alors il est – juridiquement, symboliquement et surtout, opérationnellement – cohérent qu’ils rencontrent, sur leur route, des VBRG – Véhicules Blindés à Roues de la Gendarmerie.

Ce qui est en jeu ici n’est pas la paysannerie, mais son instrumentalisation.
Exploiter sa figure pour affaiblir l’État, démobiliser ses forces de l’ordre et produire un renversement cognitif des légitimités relève d’une stratégie connue.

L’injection, dans l’espace public, d’un narratif qui renverse le sens des lieux, des rôles et des missions — au nom d’une prétendue “réinformation” — constitue une signature symbolique claire.

Ce travail de l’ombre ne vise pas à défendre le vivant, mais à troubler l’intégrité de l’État dans l’exercice de ses fonctions régaliennes.

Lorsqu’un tigre est accusé d’être violent parce qu’il garde la frontière de la jungle, ce n’est pas le tigre qui est en cause, mais le récit que l’on fabrique autour de lui.

Le compte @reseau_internat s’inscrit dans un écosystème informationnel identifié, caractérisé par:

  • une hostilité systémique à l’Union européenne,
  • une délégitimation constante de l’État français,
  • une valorisation implicite ou explicite des puissances autoritaires dites “souverainistes”, au premier rang desquelles la Russie.

Les publications analysées présentent des invariants rhétoriques:

  • recours à des sources non vérifiables ou circulaires,
  • usage intensif de témoignages anonymes ou émotionnels (« les policiers sont dégoûtés »),
  • cadrage des forces de l’ordre comme instrumentalisées contre le peuple,
  • inversion systématique des responsabilités (l’État comme cause exclusive du désordre).

Le post analysé (tracteurs face aux VBRG) — qui émane d’un compte qui n’est qu’un des innombrables tentacules de l’hydre à laquelle la France et l’UE ont affaire — ne vise pas à informer sur un événement, mais à produire trois effets cognitifs simultanés:

a) Séparer les forces de l’ordre de la République

En prétendant parler au nom des policiers et gendarmes [dire tout haut ce qu’ils pensent tout bas], le compte tente de:

  • les extraire de leur mission régalienne,
  • les présenter comme moralement en rupture avec l’État.

C’est un classique des stratégies de subversion informationnelle.


b) Légitimer l’escalade par victimisation

La mise en scène d’un État « aux abois », « en fin de règne », ne vise pas à analyser, mais à:

  • normaliser l’idée d’un effondrement proche,
  • rendre acceptable une radicalisation ultérieure.

c) Renverser le symbolique

Le face-à-face tracteurs/VBRG est cadré pour:

  • essentialiser la paysannerie comme figure du peuple pur,
  • assimiler l’État à une force d’occupation.

Ce procédé est strictement homologue aux narratifs utilisés dans les théâtres ukrainien, balte ou moldave avant des phases de tension accrue.

En retournant un panneau indicateur en Français, ce qui se lit, c’est Moscou en cyrillique

Le compte @reseau_internat s’inscrit parfaitement dans un contexte plus large de renversement symbolique, illustré par le phénomène qui s’est étendue comme une trainée de poudre dans la ruralité et qui a consisté à renverser les panneaux indicateurs à l’entrée et au sortir des localités:

  • le retournement durable des panneaux d’entrée de communes,
  • l’acceptation, voire la valorisation, de ce geste par des élus locaux.

Ce phénomène:

  • n’exprime plus une revendication,
  • installe une inversion de l’ordre de signification du territoire.

Il constitue un terrain cognitif favorable aux stratégies de désorientation et de délégitimation de l’État.

Sans préjuger d’un pilotage direct, les contenus et méthodes observés sont compatibles point par point avec:

  • la doctrine russe de guerre informationnelle (Gerasimov),
  • l’usage de vecteurs locaux, idéologiquement marqués,
  • la stratégie de fragmentation des sociétés européennes de l’intérieur,
  • l’exploitation des fractures rurales, sociales et identitaires.

Il s’agit moins de convaincre que de désorganiser, moins de proposer que de faire douter.

Le compte @reseau_internat ne doit pas être compris comme un acteur central, mais comme:

  • une tentacule d’un dispositif d’Intelligence étrangère plus large,
  • un amplificateur local d’un narratif hostile à la République,
  • un agent de pollution cognitive durable.

La menace qu’il représente n’est pas militaire, elle est épistémologique, même si elle sait déployer quelques drones pour fixer notre vigilance sur le conventionnel et nous tromper sur le fait qu’elle attaque la capacité collective à distinguer critique légitime et délégitimation systémique.

Les médias, fascinés par l’expression des colères paysannes, sont à ce système frauduleux, médiatiquement et informationnellement, et parfaitement typique de la guerre cognitive, ce que les façades commerciales sont au blanchiment d’argent.

Une démocratie peut absorber la contestation.
Elle ne survit pas longtemps à la désorientation organisée.

Ce qui se joue réellement: une inversion de la hiérarchie des compétences

Dans une République moderne, le principe n’est pas que tout le monde sait tout,
mais que:

  • chacun parle depuis son champ de compétence,
  • les savoirs sont articulés, discutés, contredits,
  • la décision politique arbitre, elle ne remplace pas le savoir.

Or ce que qui se montre sous les traits de la colère, à laquelle il n’est pas anormal d’être empathique — et que nous observons — est autre chose:

la colère vécue comme titre de compétence supérieur.

Le paysan n’est plus:

  • un acteur économique,
  • un citoyen porteur d’intérêts légitimes,
  • un expert de son métier,

mais il est érigé en rival épistémique:

  • du vétérinaire,
  • de l’épidémiologiste,
  • de l’économiste,
  • du législateur.

Non pas contre eux, mais à leur place.

C’est exactement la matrice du Soviet suprême. Historiquement, le Soviet suprême ne reposait pas sur la compétence, mais sur:

  • la représentation immédiate,
  • la légitimité morale du “producteur”,
  • la suspicion envers les savoirs spécialisés (jugés bourgeois, technocratiques, dévoyés).

Le schéma était le suivant:

Celui qui produit (acier, blé, charbon) est réputé comprendre le monde mieux que celui qui l’étudie.

C’est ce que Lénine puis Staline ont institutionnalisé :

  • l’ouvrier contre l’ingénieur,
  • le paysan contre l’agronome,
  • le comité contre l’expertise.

Le résultat fut connu:

  • terreur idéologique contre les savants.
  • désastre agronomique (Lyssenko),
  • famines,
  • effondrement de la rationalité économique,

Ce qui ressurgit aujourd’hui n’est pas le communisme, mais sa pathologie cognitive exploitée avec une rare efficacité par Poutine:

Si je souffre, alors j’ai raison.
Si je suis en colère, alors la science ment.
Si je produis, alors je décide du vrai.

C’est exactement :

  • la délégitimation de la médiation,
  • la haine du tiers (expert, institution, règle),
  • le court-circuit du temps long par l’émotion.

Quand la colère devient une compétence; quand la production devient un droit au vrai; et quand l’expertise est disqualifiée comme ennemie du peuple; ce n’est pas la République qui s’approfondit —
c’est l’ombre du Soviet suprême qui réapparaît.

Et la créature antéhistorique qu’est Soviet suprême est l’antithèse de l’Etre Suprême que la République Française, elle, a érigé en son centre symbolique — non comme régime politique, mais comme structure mentale.
Retrouvons-le d’urgence et chassons l’alien!

PS: Cette analyse, très opérationnelle, touche au nœud central de la Théorie Etendue de l’Information, développée par ailleurs: le moment où l’information cesse d’être structurée par des champs et devient un rapport de force brut entre affects.

Pierre de Villiers, l’ombre d’un général n’est pas celle d’un maréchal

Tout le monde n’a pas un Verdun pour éternelle auréole pour s’amender. Certains n’ont qu’un Puy du Fou. Si les agriculteurs ne comprennent pas que leurs tracteurs sont des jouets en plastique sur une grande carte d’Etat-Major piloté par la Russie, leur existence n’a pas plus de corps qu’un concombre.

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Au moment où le monde agricole s’autorise des velléités insurrectionnelles, et où des tracteurs se rêvent en blocus de Paris, pour y faire céder l’Elysée, on ne sait toujours pas à quel titre l’ombre de Pierre de Villiers, ancien chef d’Etat Major, figure éminemment respectée de la hiérarchie militaire, se dresse lentement en figure tutélaire dans le champ médiatique.

Ce général haut en couleurs, était dimanche soir l’invité de Darius Rochebin, sur LCI. Hélas, je n’ai pu arbitrer, considérant les autres priorités, en sa faveur.

Il n’en demeure pas moins que la persistance de cette figure, interroge dans le contexte actuel. Le général Pierre de Villiers (ancien chef d’état-major des Armées, démissionnaire en 2017) s’est exprimé aujourd’hui (16 décembre 2025), et lors d’interviews sur Europe 1 (chez Sonia Mabrouk) et CNews (dans La Grande Interview).

Les médias l’affectionnent et lui accordent une tribune présentielle exceptionnelle. Ses interventions récentes portent essentiellement sur des thèmes récurrents chez lui: défense nationale, réarmement, géopolitique et, surtout ici, sécurité intérieure.

Les sujets abordés et ses déclarations clés portent sur Insécurité et peur des Français. Il insiste sur le sentiment d’insécurité quotidienne. Citation principale relayée : « Le peuple de France a peur pour sa propre sécurité, et attend le sursaut. ».

Il plaide pour une restauration de l’ordre et de l’autorité dont il se pose en incarnation. Il appelle à une réponse ferme face à la violence. Il déclare qu’il faut « restaurer l’ordre et l’autorité », et que « seule la force fait reculer la violence ». Il plaide pour de l’« authenticité » et un « sursaut » politique, en étant « intransigeant » car « ils ne respectent que la force ».

Pourtant à la différence de ses successeurs: les généraux François Lecointre (2017 – 2021), Thierry Burkhard (2021 – 2025) et Schill (CEMA actuel, nommé en 2025), le général De Villiers se gardent bien de désigner ou nommer la Russie.

Son focus est presque exclusivement intérieur: sentiment d’insécurité des Français, crise de l’autorité, besoin de « sursaut » et de « force » pour restaurer l’ordre face à la violence sociétale. Il évoque aussi brièvement la préparation à la guerre pour préserver la paix, en lien avec l’Ukraine, mais sans désigner Moscou comme ennemi principal dans ces échanges précis. Il plaide même pour une paix rapide en Ukraine, en rappelant qu’on l’avait traité de « Munichois » ou « russophile » quand il le disait il y a trois ans.

Dans ses interventions du 16 décembre 2025 sur Europe 1 et CNews, médias qui recueillent ses sucs pour oindre la société toute entière, Pierre de Villiers ne cible pas explicitement les manifestations agricoles, mais il déploie un discours qui s’inscrit pleinement dans le registre de la « guerre civile » larvée ou imminente. Il évoque l’insécurité quotidienne qui terrorise les Français: « Le peuple de France a peur pour sa propre sécurité, et attend le sursaut ». Pierre de Villiers convoque Sully à l’aube de la promesse d’un siècle. Il récite « Labourage et pâturage sont les deux mamelles dont la France est alimentée, les vraies mines et trésors du Pérou. » comme Vichy pérorait sur la vertu du travail, de la famille, en lettres mortes.

Il prône la nécessité de restaurer l’ordre par la force (« Seule la force fait reculer la violence ») ce qui n’est pas éloigné d’un langage milicien, et il relie cela à l’islamisme radical qu’il voit se répandre depuis les attentats de 2015 (« En 2015, après les attentats, je savais que l’islamisme radical allait se répandre dans le monde entier, et c’est ce qu’il s’est passé »).

Cette rhétorique n’est pas nouvelle chez lui: dès 2020, il alertait sur le risque de guerre civile (« Une guerre civile, c’est une guerre entre Français »), pointant l’islam radical, le terrorisme, les migrations démultipliées, et les banlieues comme terrains de cette confrontation, où l’État de droit est dépassé et la bureaucratie empêche la riposte efficace.

Il a pris au maux, plus qu’au mot, l’ancien et défunt maire de Lyon, Gérard Collomb, ancien ministre de l’Intérieur, qui le 3 octobre 2018, lors de sa passation de pouvoirs au ministère de l’Intérieur avec Édouard Philippe, avait alors déclaré:

« Aujourd’hui on vit côte à côte… moi je crains que demain on ne vive face à face.« 

Il en fait un outil de constatation facile, puisque le champ médiatique en corrobore l’existence dans le précipité qu’il forme, pour alimenter l’idée d’une société « assise sur un volcan », avec des valeurs inversées et une haine de l’Occident alimentée par des États extérieurs. Quant à l’« invasion immigrationniste », s’il n’emploie pas ce terme cru (contrairement à son frère Philippe, qui lie explicitement immigration, islam et terrorisme dans des interventions et publications récurrentes, il est sous-jacent à l’idée d’une guerre civilisationnelle qui semble y somnoler.

Son discours sur les migrations comme facteur de déstabilisation interne y fait écho, en les intégrant à un tableau plus large de menaces existentielles pour la Nation. Ainsi, sans nommer les tracteurs ou la colère rurale, il fournit le cadre narratif parfait: une France en état de siège intérieur, face à des ennemis diffus (banlieues, islamisme, flux migratoires perçus comme invasifs), où seul un sursaut autoritaire peut sauver la mise. Il légitime l’insurrection. Il ne manque pas grand monde, dans un spectre de l’appareil politique et idéologique, ni dans celui de la manipulation étrangère, pour savoir comment exploiter la déformation de ce champ auquel les médias sont si sensibles.

Il ne cible pas la colère paysanne. Il laisse le champ instrumentalisé, par ailleurs, lui donner raison. C’est théâtral, mais aussi grand guignol.

La voix du général Pierre de Villiers élève le désordre sociétal au rang de drame national, validant subliminalement les instrumentalisations souverainistes qui transforment chaque crise (agricole, sécuritaire) en preuve d’un déclin irrémédiable.

Il ne cible pas la colère paysanne. Ce serait une erreur stratégique. Il n’a même pas besoin de la nommer. Il se place en surplomb, dans la posture du stratège qui contemple le désordre et prononce la sentence attendue: « Il faut de la force, de l’ordre, du sursaut. »

Et, comme par magie, le champ qu’il laisse vacant – cette colère rurale qui bloque les routes et fait la une – vient remplir le décor de sa pièce. Les tracteurs, préfigurant les chars de maintien de l’ordre, l’irruption du phantasme de la Légion Etrangère venant remettre de l’ordre dans les banlieux ensauvageonnées, deviennent les figurants muets qui confirment la thèse: voilà la preuve vivante que l’État est faible, que la Nation est menacée, qu’il faut un chef qui parle vrai.

C’est théâtral, oui: mise en scène impeccable, lumière crue sur l’uniforme invisible, voix grave qui résonne comme dans une tragédie classique. Mais c’est aussi grand guignol, parce que le sang est faux, les victimes sont stylisées, et le monstre (l’insécurité, Bruxelles, la mollesse macronienne) est en carton pâte.

Le spectacle effraie juste assez pour faire frissonner la salle, sans jamais proposer de sortie de scène autre que le rideau de fer souverainiste.

Le plus subtil – et le plus efficace – est précisément cette abstention: ne pas toucher directement aux agriculteurs. Les nommer serait les réduire à un sujet politique parmi d’autres; les laisser en arrière-plan, comme un bruit de fond tumultueux, les élève au rang de symptôme national, de preuve ontologique du déclin.

Ainsi, sa parole semble dépasser la conjoncture: elle n’est pas opportuniste, elle est prophétique.

Et pendant ce temps, l’instrumentalisation se fait ailleurs, dans les commentaires, les plateaux, les posts rageurs: « Vous avez vu ? Même le général le dit : il faut de la force. ». Le général Pierre de Villiers n’a pas besoin de dire « Votez RN » ou « Soutenez les blocages »; il contrefait suffisamment la dignité militaire pour que le souverainisme contemporain y colle son visage et que le peuple puisse accepter, dans une proportion inquiétante, ce mirage.

C’est une mécanique presque parfaite du mythe en action: le militaire désincarné valide, sans la salir, la révolte incarnée.

Pierre de Villiers est à la France ce que Bolsonaro du Brésil.

Et l’Europe-Puissance, dans ce théâtre d’ombres, reste la grande absente – celle dont on ne parle pas, car elle briserait l’illusion d’une France seule face à son destin tragique. Cette mécanique ne saurait résulter d’un Deus Ex Machina. Elle est trop bien huilée. Ce n’est pas une coïncidence, c’est une configuration symbolique qui se referme comme un piège.

Et l’harmonique pour en faire éclater la construction – le « La » qui se redonne en tonalité de remise en accord – une fois encore, se trouve dans le refus calme de ce grand guignol national.

Les tracteurs sont des pions colorés, bruyants, impressionnants vus du sol, mais minuscules sur la grande carte où se joue la partie. Ils bloquent les autoroutes, font la une, nourrissent le récit d’une révolte authentique, d’une France rurale qui se dresse contre l’abstraction bruxelloise. Et pendant ce temps, à l’est, on sourit : chaque « non » européen, chaque veto national, chaque fragmentation supplémentaire est un coup gagnant.

Les agriculteurs, dans leur immense majorité, ne voient pas la main qui déplace les pièces. Ils sentent la pression réelle: prix effondrés, normes asphyxiantes, concurrence déloyale, bureaucratie insensée. Leur colère est légitime, charnelle, enracinée. Mais elle est canalisée, orientée, amplifiée dans une direction qui la rend stérile: le refus systématique de toute solution à l’échelle où le problème se pose désormais.

Face à la Russie, l’Ukraine en voie de céder sa place en première ligne à l’UE

L’Ukraine ne peut rester indéfiniment le seul théâtre sacrificiel et les Européens ont leur mot à dire. A Kyiv, si un compromis doit émerger, deux lignes doivent rester intransigeantes: aucune reconnaissance internationale des annexions russes, et une garantie américaine sérieuse couvrant l’ensemble du spectre des agressions — militaires, cyber et cognitives. Ce cadre, s’il se met en place, ne rapproche pas la paix: il fait entrer l’Union européenne sur la première ligne stratégique, exposée directement à la phase suivante du conflit.


Les pourparlers qui se tiennent actuellement à Kyiv entre les émissaires américains et les équipes du président Zelensky — discussions où Washington chercherait à faire accepter un cadre de cessez-le-feu avec la Russie — marquent un tournant potentiel du conflit. Ils laissent entrevoir une architecture de compromis encore très imparfaite, mais deux points doivent, à mes yeux, demeurer absolument non négociables:

  1. L’absence d’acte international reconnaissant les annexions territoriales russes,
  2. Une garantie américaine couvrant l’ensemble des formes d’agression — militaires, cyber, informationnelles et cognitives permettant de sanctuariser la souveraineté de l’Etat Ukrainien.

Ces deux points permettent, s’ils sont tenus, d’économiser des vies humaines et d’éviter un passage de seuil qui se jouerait au prix du sang ukrainien.
Mais il serait illusoire d’y voir une paix: le conflit change d’échelle et, pour une durée que nous ne maîtrisons pas assez pour ne pas en tirer les conséquences immédiates, de forme. C’est ce qu’il faut comprendre. Nous devons l’accepter.

C’est notre intérêt. C’est notre intérêt, même si nous savons que la Russie ne renoncera pas à son plan. Elle déplacera simplement son effort: moins d’offensive frontale en Ukraine, davantage de pression diffuse sur les démocraties européennes — fragmentation politique, ingérences, manipulations, opérations d’influence, mise à l’épreuve de l’OTAN et des institutions européennes.

Et c’est précisément là que surgit une évidence que nous avons tardé à reconnaître: les désordres apparus dans nos sociétés depuis près d’une décennie — très nettement depuis le Brexit — ne sont pas des crises internes isolées.
Ils constituent les indices avancés d’une fragmentation déjà en cours, amplifiée par des stratégies extérieures.

Du Brexit et de la paralysie politique britannique, aux crises de gouvernance en Europe centrale, jusqu’aux tensions aiguës au Parlement français où Gouvernement et Assemblée peinent à résister à la pression combinée des sondages, des extrêmes, et des opérations d’influence: tout cela révèle un terrain vulnérable, travaillé en profondeur.

Le cessez-le-feu discuté à Kyiv, et qui, en 28 points négociés en catimini satisfait, a-priori, beaucoup des exigences de Moscou, n’est donc pas seulement la suspension d’une ligne de front territoriale: il met à nu l’autre front, celui qui traverse nos sociétés et nos institutions.
C’est l’Europe elle-même qui devient l’espace principal de la confrontation. Elle est visée.

Face à cela, les Européens doivent cesser d’être spectateurs de leur déclin moral et de leurs tergiversations politiques. Ils ne doivent plus se laisser attendrir par les berceuses émanant du Kremlin. L’Europe doit se mettre en ordre de bataille — non pour entrer en guerre, mais pour résister à celle qui lui est déjà faite, silencieuse, diffuse, méthodique.

C’est cela, se mettre en ordre de bataille.
Et c’est de l’ordre de bataille que surgit le génie de la bataille pas de sa désertion.

Si nous retrouvons notre intégrité politique, notre unité stratégique, notre vitalité économique et culturelle, alors le temps que Moscou pense avoir gagné, si l’accord de cessez-le-feu, est obtenu, peut devenir, paradoxalement, du temps décisif pour l’Europe. Sur ce terrain, si elle domine les sujets qui l’égarent, probablement parce que ‘ils sont posés pour provoquer ce résultat, elle est supérieure à la Russie, qui ne peut se prévaloir que de fausse foi pour masquer une nature qui la porte à la destruction.

Cette seconde phase, dans laquelle nous entrons aujourd’hui, marquée, simultanément, par le discours en France du Chef d’Etat Major, le général Maldon, et le communication gouvernementale sur le « kit de survie », oblige l’Europe à se reconnaître elle-même comme l’espace visé par la phase suivante du conflit.

Nous ne sommes plus des spectateurs ni des soutiens lointains: nous sommes déjà intégrés dans le périmètre stratégique de l’agression russe, que celle-ci le reconnaisse ou non.

C’est précisément pour cela que cette « cote », qui peut sembler mal taillée ou frustrante du point de vue ukrainien, ouvre une séquence de responsabilité pour les Européens, à laquelle ils ne doivent pas manquer.
Elle leur impose d’en tirer les conséquences d’intelligence:

  • se préparer à contenir la menace non plus seulement sur une ligne de front extérieure, mais au cœur de nos sociétés,
  • sécuriser nos institutions contre les infiltrations, la corruption, l’ingérence,
  • moderniser nos économies, nos industries de défense et nos infrastructures critiques,
  • et surtout, projeter une vitalité politique et civilisationnelle capable de résister à l’épreuve et contrer l’agresseur qui vient presque en pays conquis par les divisions qu’il y a cultivé, voire semé.

Nous entrons dans une phase où la question n’est plus seulement militaire: le vrai enjeu est de savoir si l’Europe se hissera au niveau de cette recomposition stratégique, pour transformer ce temps suspendu en moment de refondation, permettant d’aller vers la victoire, ou si elle laissera ce seuil se refermer sur elle.
À l’inverse, si nous restons immobiles, si nous refusons de voir la nature profonde de la menace et l’ensemble des ressorts sur lesquels s’appuyer, militairement et sur le plan civilisationnel, alors la défaite viendra à nous — et refermera de manière tragique la séquence ouverte par un siècle de guerres nées sur le sol européen.

La question de fond, ici, est celle de la souveraineté, mais pas celle des étendards fades. Celle des drapeaux vivants, comme « La Marseillaise » – notre hymne national – a su si bien en faire vibrer la fibre.
La souveraineté russe nie celle de l’Ukraine — puisqu’elle affirme que ce pays n’existe pas, ce qui est constitutif d’une volonté génocidaire — et elle cherche le meilleur modus operandi pour faire du statu quo militaire une victoire politique en maquillant ce moment d’une cosmétique de paix.

Les Ukrainiens ont défendu leur souveraineté avec une ardeur devant laquelle nous devons nous incliner. Mais la Russie ne s’arrête pas là : elle s’emploie, par mille moyens, à saborder la souveraineté des Européens, la souveraineté des Africains, et même la souveraineté américaine. Elle s’emploie à englober son espace politique, culturel et symbolique.

Car la souveraineté, la vraie, ne consiste pas d’abord en une frontière ou en un drapeau: elle consiste à décider, dans un monde qui change à chaque instant, ce par quoi et comment nous acceptons d’être transformés. C’est ce en quoi ce qu’elle a engagé est un combat existentiel pour chacun de nous et pour le devenir du monde, celui de la postérité.

La souveraineté de l’agresseur — celui qui rompt l’équilibre — se heurte nécessairement à la souveraineté de l’agressé: il cherche à l’écraser, à l’éteindre, à la convertir.
Et lorsque l’agresseur, pour masquer son geste, se proclame lui-même « agressé », comme le fait la Russie de Poutine, il tente simplement de rendre indistinct le point central: le droit de décider du type de transformation que l’on accepte ou refuse.

À ce titre, la guerre en Ukraine est déjà une guerre mondiale, non par l’extension géographique des combats, mais par la nature du choc des souverainetés qu’elle cristallise.
Dans un monde de post-vérité et de relativisme construit, la question devient: accepterons-nous d’être transformés par l’agresseur, ou par nous-mêmes répondant au défi que nous pose l’agresseur par ses ruses et infiltrations?

Si nous nous inclinons devant la brutalité et la perfidie de ce régime, alors, deux guerres mondiales monstrueuses, qui ont eues pour siège le sol européen, ne nous auront rien appris.