De l’illusion du « machin » à la supralégitimité du droit: le rendez-vous incontournable de l’Histoire

En septembre 1960, le général de Gaulle tranchait d’une formule restée célèbre le rôle de l’Organisation des Nations Unies, la qualifiant de « machin ». Ce mot d’esprit, né des tensions de la guerre d’Algérie et de la crise du Congo, actait une vision strictement réaliste des relations internationales: les États-nations seraient les seuls acteurs légitimes de l’Histoire, et les instances supranationales de simples théâtres d’ombres ou des assemblées bavardes.

Pourtant, cette posture gaullienne commet une erreur d’appréciation fondamentale en corrélant, et par là même en subordonnant, l’État de droit à la seule souveraineté nationale. Elle feint d’ignorer que la nature profonde du droit n’est pas d’être souverain par la force, mais d’être supralégitime par la suprématie d’une norme supérieure. Établi hors cause, le droit international a pour vocation de servir une juridiction universelle au bénéfice de l’intérêt commun. Prétendre le mesurer à l’aune de la seule puissance physique des États, c’est condamner sa propre vision à la distorsion.

C’est précisément parce que le droit possède cette autorité intrinsèque que les souverains qui le transgressent se voient contraints de falsifier le dictionnaire. Pour échapper à la qualification du crime et se soustraire à la juridiction universelle, l’État souverain invente des « jargons » spéciaux, opérant une fragmentation sémantique et spatio-temporelle de ses actes.

  • La France a feint pendant des décennies de ne mener en Algérie que des opérations de « maintien de l’ordre » ou d’arbitrer des « événements ».
  • La Russie contemporaine s’enferme dans le paravent juridique de l' »opération militaire spéciale » pour masquer une guerre d’agression.
  • Israël distribue son projet de domination dans le temps et l’espace, fragmentant la réalité pour dénier le caractère structurellement génocidaire de sa politique et éviter qu’elle ne soit perçue pour ce qu’elle est. Cela lui procure les moyens de priver la victime du processus qui lui est appliqué de toute légitimité et capacité à se défendre tandis que l’agresseur, lui, jouit des fruits empoisonnés de sa mystification.

Ce camouflage sémantique est, pourtant, l’hommage involontaire que la force finit par rendre au droit: le souverain triche parce qu’il sait que la norme supérieure existe et qu’elle le condamne.

Mais l’Histoire ne se laisse pas toiser de haut par les États. Lorsqu’un souverain tente de forcer le système ou d’introduire un décalage de phase entre ses actes et ce qui est dû aux principes de la justice universelle, il contracte une dette envers la réalité. L’Histoire se charge toujours de faire payer les manquements.

C’est ici que s’impose, dans toute sa rigueur, la notion juridique de doloris.

Transposé à l’échelle des nations, le pretium doloris n’est plus seulement l’indemnisation d’un préjudice individuel, mais la mesure systémique de la souffrance infligée au tissu humain et à la conscience collective. Cette charge accumulée de douleurs niées, de mémoires froissées et de dignités piétinées constitue une créance inaliénable. L’Histoire ne connaît pas de prescription pour le doloris: elle se charge toujours, tôt ou tard, d’en recouvrer le prix et de faire payer les manquements.

La France en sait quelque chose. L’Algérie « l’aimée » était investie d’une utopie progressiste et saint-simonienne qui prétendait marier l’Orient et l’Occident sous l’égide des Droits de l’Homme et des grands travaux. Mais pour avoir greffé ce projet sur la violence d’une domination asymétrique en niant le droit supérieur des peuples, la France a brisé une trajectoire. Aujourd’hui encore, nous éprouvons toutes les peines du monde à recoller les morceaux de cette histoire brisée. Des deux côtés;, il faudra pourtant y parvenir.

Ce verdict systémique sera le même pour la Russie, aujourd’hui isolée et enlisée dans sa propre fiction sémantique. Elle peut agiter le spectre de l’apocalypse nucléaire autant de fois qu’elle le veut, elle est tremblante et veule sous la radiographie des rayons X.

Ce sera tout aussi vrai pour Israël.

En 1948, trois ans seulement après sa création, l’ONU entérinait la naissance de cet État, foulant au pied la dignité des populations autochtones, ouvrant pour le droit international et l’autorité de ses résolutions une véritable boîte de Pandore où la légitimité textuelle s’est retrouvée piégée par les faits accomplis sur le terrain et les coups tordus dans la représentation et dans le champ déséquilibré de la communication.

À terme, la sédimentation des violations de la norme universelle produit une accumulation de résidus critiques que la force brute ne peut plus contenir.

Nous en sommes là. L’Amérique en a pris acte en signant, le 17 juin 2026, dans le cadre majestueux du château de Versailles, le MoU (Memorandum of Understanding) avec la République Islamique d’Iran. Israël se refuse de le faire.

L’enjeu de #UN80: une autorité assise, non un gendarme

L’erreur du XXe siècle a été de croire que pour exister, le droit international avait besoin d’un « gendarme du monde », rôle que les Etats-Unis d’Amérique se sont empressés d’investir au cours de la fin du XXe siècle et au début du XXIe siècle, avec des résultats contrastés.

C’était maintenir le droit sous la dépendance de la force physique, celle-là même qui le paralyse via le droit de veto au Conseil de sécurité. Le contexte d’alors, la division du monde en deux blocs « idéologiques » proéminents, favorisait ce besoin. Une gouvernance globale digne de ce ce nom, aujourd’hui, autorise un nouveau paradigme.

C’est là tout l’enjeu de l’échéance #UN80. La refondation de l’institution multilatérale ne doit pas viser l’utopie d’une force supranationale, mais l’assise définitive d’une loi de cohérence élémentaire. Si l’autorité du droit est pleinement intégrée comme la condition sine qua non de la viabilité d’un État au sein du réseau interconnecté mondial, le contrevenant se placera de lui-même hors-jeu et le saura.

Le droit n’est pas un « machin »; il est la matrice. Et les États qui choisissent de l’ignorer ne font qu’accélérer leur propre déphasage face à ce qu’imprime le logos de l’Histoire.

Ce n’est pas prendre un risque que de sortir d’une époque pour entrer dans une nouvelle ère.

Trump, Netanyahou et Poutine unis contre la Paix des Nations

Le monde est en guerre, mais personne ne le voit.

Je mesure en lisant et écoutant de nombreux commentaires qui jonglent, alternativement, entre le sort de l’Ukraine et la situation dans le détroit d’Ormuz, combien les observateurs semblent désemparés pour expliquer l’actualité.

Ils sont incapables de sa sortir d’un schéma mental selon lequel Trump n’a qu’une hâte, se sortir du guépier dans lequel il serait entré par erreur.

C’est une erreur de considérer qu’il y est entré par erreur.

Dans le cas du Moyen-Orient comme à Kyiv, où la Russie a changé de gamme d’armement, et demandé, par la voix de Sergueï Lavrov, aux chancelleries étrangères de retirer leurs diplomates, celui qui exige le prix Nobel de la Paix n’a jamais cessé d’alimenter un jeu de tensions, au détriment des alliés traditionnels de ce qui formait l’Occident.

Cet Occident, Donald Trump le tue à petit feu, lui et ses valeurs, au profit d’une autre version, dont l’axe court de Washington à Moscou en passant par Tel-Aviv. C’est un Occident où Palantir a son mot à dire et où le pape Léon XIV et son encyclique « Magnifica Humanitatis », lui, n’a plus la parole.


Dans les deux cas, les cadres analytiques sont inopérants. C’est pour cette simple et unique raison que les experts ne parviennent plus à comprendre et la logique des conflits et la logique de leur règlement. Il n’y a pas de solution dans un seul cadre, parce que le cadre ne s’appartient pas à lui seul. Il fait partie d’un ensemble plus vaste, coordonné avec la précision d’un montre russe.


Les pièces ne s’alignent pas avec les intentions car les événements ne concernent pas plusieurs échiquiers différents, mais un échiquier global où les fous de Mar-a-Lago, de Tel-Aviv et de Moscou, imposent leur loi.

C’est ce qui me fait dire et assumer qu’ils sont liés par un complot contre la Paix des Nations ayant pour buts de livrer le Moyen-Orient au chaos, les pays de l’Union Européenne à la Russie, et le contrôle du monde aux USA.


Tant qu’on n’a pas compris cela, on n’a rien compris.

On n’y voit que du feu.

Tant qu’on n’a pas compris ça, on se désespère des voltefaces de Donald Trump qui trouve toujours le moyen de faire dérailler les négociations qu’il prétend engager.

Israël et les USA de Trump ont réussi à faire de la question du nucléaire iranien un enjeu existentiel pour l’ensemble de l’Occident.

Ce fut un coup magistral car il permet de maintenir sur le sujet des négociations avec la République Islamique d’Iran, et sur l’ensemble du débat politico-médiatique, une pression négative utile pour masquer l’étendue de la tromperie.

La Paix n’est jamais un processus dans lequel on entre à reculons. Ici, l’Amérique non seulement entre à reculons, mais fait tout pour saboter le dénouement, bien aidée par Israël et son exigence sécuritaire absolue.

L’exigence de sécurité est légitime. Elle suppose une réciprocité. L’exigence de sécurité offre un horizon de réalisation satisfaisant les belligérants.

Elle est donc à distinguer de l’exigence sécuritaire qui ne se satisfait de rien sinon de l’annihilation et de la destruction de toutes les souverainetés externes.

Les soi-disant « Accords d’Abraham » sont, à la lumière des événements comme de l’injonction, hier, de Trump à obtenir ratification des pays arabes, et notamment de l’Arabie Saoudite contre une désescalade, un tour de passe-passe.

Ces accords ne mystifient plus personne de sérieux, j’entends par sérieux quiconque regarde la réalité, la structure qu’elle compose, sans avaler les grosses couleuvres des fictions, fussent-elles sophistiquées, auxquelles, tourvà tour, Netanyahou, Trump ou Poutine exigent que nous adhérions.

Voici l’état du sionisme aujourd’hui et nul ne peut reprocher à l’Iran de prétendre défaire de monstre. L’adage selon lequel qui se ressemble s’assemble n’a pas a été bousculé pour comprendre la dynamique monstrueuse qui unit les protagonistes et qui en fait les frais.

Certains estiment que ces guerres, susceptibles d’aboutir à une guerre mondiale, sont déjà hors de contrôle et que rien ne pourra arrêter les puissances de feu engagées.

Je ne suis pas d’accord. Je vois, personnellement, un coup d’arrêt brutal advenir. Mais ce coup d’arrêt ne pourra advenir qu’au moment où l’ensemble des nations, tétanisées, cesseront de discuter du sexe de la future et hypothétique bombe nucléaire iranienne pour regarder le film complet sur tout l’écran.

Il est permis de remonter assez loin.

A ce moment-là cette guerre par morceaux, pour reprendre un qualificatif de Jean-Paul II, sera achevée.
Un nouveau monde pourra naître. Il en aura les moyens et l’opportunité.

Make America Little Again (Like Never before)

Trump joue au Golf. Mais Trump joue aussi aux Golfes, persique ou du Mexique. Les répercussions sur le détroit d’Ormuz étaient prévisibles. Il n’en ignorait rien. Ils les attendaient et, de « blocage » du « déblocage » aux attaques en pleine négociations, elles sont au centre de sa stratégie. Le coup de théâtre final, isolationniste sur le plan énergétique, surviendra avant les midterms. Le reste, c’est du vent.

Ceux qui pensent que Trump a un comportement stratégique erratique et qu’il est dépassé par les événements devraient prendre en considération ce schéma. Ce qui se profile, et dont il gère les effets de façon redoutable, c’est d’accumuler le mécontentement sur le prix du gallon pour abattre sa carte finale: déconnecter le marché national US du marché global et apparaître, même si c’est un artifice grossier, comme le sauveur d’un désastre dont il laissera les autres nations se « dépatouiller ».

C’est cette stratégie de découplage qui se dessine pour les midterms de novembre 2026. Plutôt que de gérer les États-Unis comme un simple acteur d’un marché mondial fluide, l’administration s’oriente vers une logique de « Forteresse Amériques ». Ce changement de pied repose sur une saisie stratégique de la géographie énergétique de l’hémisphère ouest pour isoler artificiellement le consommateur national de la volatilité mondiale, notamment des tensions dans le détroit d’Ormuz. En transformant l’énergie d’une marchandise globale en un bouclier national, l’objectif est de provoquer un choc psychologique à la pompe au moment précis où les électeurs se dirigent vers les urnes.

Ce plan s’appuie de toute évidence sur une feuille de route géographique précise où le Venezuela, l’Essequibo, Panama et le Groenland servent de piliers à un système en circuit fermé. Dans ce scénario de 2026, le contrôle opérationnel des majors américaines sur les gisements vénézuéliens permet l’extraction massive de brut lourd, parfaitement calibré pour les raffineries de la côte du Golfe. Combiné au brut léger de l’Essequibo, sécurisé sous un protectorat américain de fait, et à la production domestique de schiste, les États-Unis atteignent un mix chimique autosuffisant. Le « verrou de Panama » et la surveillance arctique depuis le Groenland, qui est l’élément du plan sur lequel il s’est cassé les dents, garantissent que ces ressources restent dans un périmètre sécurisé, retirant de fait les molécules américaines du pool d’approvisionnement mondial pour saturer le marché intérieur.

L’industrie pétrolière et parapétrolière américaine s’aligne déjà sur ce nouveau paradigme. Des entreprises comme Exxon, Chevron et Halliburton pivotent leurs chaînes logistiques vers un modèle d’intégration régionale. Sous couvert de sécurité nationale et soutenus par le Defense Production Act, ces géants passent d’une stratégie de « vente au plus offrant mondial » à un mandat de « priorité à l’approvisionnement domestique ». En échange de garanties fédérales et de contrats de reconstruction massifs dans le bassin de l’Orénoque, ils acceptent – du moins temporairement – de déconnecter leurs prix de vente intérieurs du Brent international en pleine envolée. Cela crée un marché à deux vitesses: un marché mondial marqué par la pénurie pour l’Europe et l’Asie, et un marché d’abondance à prix cassé pour l’électeur américain.

Tel est l’art du deal. Il ne subjuguera pas tout le monde, mais pendant que nous demandons à TotalEnergie de se rogner les ailes, les compagnies américaines les déploient, subjuguées par un président qui les comprend, dans des conditions qui devraient indigner le monde.

En ce mois de mai 2026, l’attractivité du « nouveau » Venezuela ne repose pas seulement sur ses réserves géantes, mais sur un système de compensation multidimensionnel que Trump utilise comme un aimant à capitaux.

Pour les Majors américaines (Chevron, ExxonMobil, ConocoPhillips), l’incitation est irrésistible car elle règle des contentieux vieux de vingt ans tout en ouvrant des marges inédites. Le cadre fiscal imposé par le National Energy Dominance Council (le nouveau bras armé de l’énergie à la Maison-Blanche) a fixé des plafonds de redevances (royalties) à 30 %, avec une flexibilité totale selon les projets. C’est une rupture nette avec l’ère Maduro où les prélèvements rendaient l’exploitation non rentable pour les acteurs étrangers.

L’aspect le plus génial — et le plus politique — de cette compensation est le mécanisme de « recouvrement de créances par le forage ». Des entreprises comme ConocoPhillips, qui couraient après des milliards de dollars suite aux expropriations de 2007, se voient offrir la possibilité de se payer directement sur la bête. En gros : « Investissez pour reconstruire l’infrastructure, et chaque baril extrait servira d’abord à rembourser vos dettes historiques avant même que l’État vénézuélien ou américain ne prenne sa part. »

Cette mine d’or permettrait à Trump d’exiger une contrepartie politique de la part de ces compagnies: le découplage des prix. En échange de ces conditions royales au sud, les pétroliers accepteraient de rediriger ce brut lourd vers les raffineries du Golfe du Mexique à un prix préférentiel. Ce flux, combiné à la montée en puissance de l’Essequibo qui atteint désormais presque un million de barils par jour, crée une masse critique de pétrole « sous contrôle » qui n’a plus besoin de passer par les bourses mondiales.

La finalité politique pour novembre 2026 est un événement déflationniste massif. En forçant le prix du gallon à des niveaux planchers, l’administration entend dissiper l’orage du mécontentement qui s’est accumulé sur le coût de la vie. Pour l’électeur de la Rust Belt ou de la Sun Belt, la réalité quotidienne d’une essence bon marché devient une preuve de succès incontestable, éclipsant les vents contraires économiques plus complexes. Ce basculement mercantiliste ne vise pas seulement une victoire électorale ; il signale un retrait permanent de l’ordre énergétique mondial, où les États-Unis ne cherchent plus à stabiliser les marchés mondiaux, mais utilisent leur domination régionale pour créer une île de prospérité exclusive.

La crise du détroit d’Ormuz n’est pas une erreur. Elle est l’élément central d’un calcul perfide.

Non seulement les médias et experts en géopolitique ne voient pas ce qui se passe sous leurs yeux, mais ils ne voient pas davantage celui qui dit ce qui se passe sous leurs yeux et démonte le scénario.

L’ère de la forfaiture globalisée

L’initiative du président de la République Française en vue de la création d’un moratoire consacrant le fait que nul ne peut s’en prendre aux infrastructures civiles, en particulier les infrastructures énergétiques et hydrauliques, à la suite des frappes qui ont touché ce jour des sites de production gazière en Iran et au Qatar, est essentielle.

Elle l’est au regard des risques d’escalade que ces attaques engendrent.

Elle l’est, surtout, sur les plans stratégique, moral et juridique, les trois étant imbriqués.

L’interdépendance aux marchés, notamment celle qui lie l’Amérique de Donald Trump au marché des hydrocarbures, est encore tenue pour constituer le garde-fou ultime susceptible de refreiner les excès de violence et les outrages au bien commun.

Israël a créé un précédent et, contrairement à la plupart des commentateurs, j’ai du mal à penser que cela ne soit pas parfaitement coordonné, pour obtenir une montée en gamme de la riposte iranienne et plonger la région dans une situation sans issue.

Trop de gens ont des difficultés à penser que barrer le détroit d’Ormuz puisse être un objectif rationnel que d’autres que la République Islamique d’Iran pourraient poursuivre.

Dans le jargon politique américain, on appelle cela l’économie de la « table de la cuisine » (kitchen-table economics).

Historiquement, un gallon de lait coûte un peu plus cher qu’un gallon d’essence. Lorsque la courbe s’inverse — c’est-à-dire quand aller travailler (l’essence) commence à coûter plus cher au litre que nourrir sa famille (le lait) — le seuil de tolérance de la classe moyenne américaine s’effondre.

Ce n’est plus perçu comme une simple inflation, mais comme une attaque contre le mode de vie.

L’impossibilité dans laquelle se trouve tant d’experts à penser au-delà du seuil « politique » critique où, pour les Etats-Unis, le prix du pétrole à la pompe serait supérieur au prix du lait est une erreur.

Pour quelle raison l’actuel président des Etats-Unis d’Amérique, loin d’être le pantin de Netanyahu, et son administration, auraient-ils intérêt à mettre le Proche et le Moyen-Orient, essentiels à l’économie mondiale, à feu et à sang?

Pour mémoire, je redis qu’il y a là un problème à trois corps: cette Amérique, cet Israël et cette Russie, et la puissance américaine est prescriptive et organisatrice. Il ne s’agit pas de la voir s’être laissée entraîner par Netanyahu.

Ces trois Etats profanent tout ce sur quoi nous pouvions penser subsister dans le Politique pour opérer un basculement de puissance tel qu’il ne s’en est jamais produit dans l’histoire.

La mécanique maîtresse du « deal » tient à la contradiction apparente dans laquelle que d’observateurs pensent que Donald Trump ne peut transgresser. Elle est liée au fameux seuil entre le prix du lait et au prix du pétrole et chacun veut y voir une loi d’airain.

Mais il y a une contradiction, ici, que nul ne veut voir telle qu’elle est. Les USA sont autosuffisants et exportent une partie de leur production.

En annexant – comme il vient de le faire quelques semaines avant que la guerre illégale contre l’Iran soit engagée sur des bases suspectes – les immenses réserves pétrolières du Venezuela, légèrement supérieures à celles que détient l’Arabie Saoudite, et en affichant ses prétentions territoriales sur le Groenland, Donald Trump exécute le seul plan qui peut permettre de résoudre cette question.

Comment Donald Trump peut-il à la fois vouloir un baril mondial très cher (pour rentabiliser la prise du Venezuela par ses majors pétrolières) et une essence très bon marché à la pompe (pour s’assurer la soumission de la classe moyenne américaine) ?

Les Américains sont capables, si la crise énergétique menace leur consommateur de faire de l’Amérique une forteresse énergétique. Ils l’ont déjà fait à trois reprises, et ne bénéficiaient pas de l’atout, ni des motivations de lucre qu’il représente, que constitue le gisement venezuelien.

->L’exemple le plus pur de découplage nous ramène au choc pétroilier de 1973. Pour faire face à l’embargo de l’OPEP, Richard Nixon a instauré un contrôle fédéral strict des prix de l’énergie. Il a littéralement créé un marché à deux vitesses avec l’Emergency Petroleum Allocation Act. La loi obligeait les producteurs américains à vendre le « vieux pétrole » (celui des puits existants aux USA) à un prix artificiellement bas et plafonné, tandis que le monde entier payait le prix fort.

->En 1975, pour s’assurer que l’énergie américaine profite d’abord aux Américains, le Congrès a interdit l’exportation de pétrole brut américain. Pendant 40 ans, le brut extrait aux États-Unis était « prisonnier » sur le territoire. Conséquence? Le prix de référence américain (le WTI) était structurellement déconnecté et moins cher que le prix mondial (le Brent). Les grandes compagnies de raffinage américaines achetaient le pétrole de l’Oklahoma ou du Texas au rabais, et revendaient l’essence avec des marges colossales. C’était un découplage de fait, organisé par le protectionnisme d’État.

->Plus récemment, au début de la guerre en Ukraine, face à l’explosion des prix à la pompe, l’administration Biden a sérieusement étudié l’idée — poussée par l’aile populiste et protectionniste — d’interdire aux compagnies américaines d’exporter de l’essence et du diesel. Il ne s’y est pas résolu. La logique était mathématique: si Exxon et Chevron ne peuvent plus vendre leur essence à l’Europe ou à l’Amérique du Sud, ils sont obligés d’inonder le marché intérieur américain. Il y a surabondance locale, et le prix du fameux gallon d’essence s’effondre pour le citoyen américain, même si le reste du monde brûle de pénurie.

Comme sur le plan des missiles, en nombre insuffisant pour honorer le marché avec les Européens pour défendre l’Ukraine, que des « circonstances nouvelles », qui répondent à une construction délibérée, exigent qu’elles soient réservées à ses propres besoins de défense, l’Amérique offre l’Ukraine et l’Europe à son prédateur.

Trump est dans cette veine. Mais il veut la culbute financière absolue.

1. Le secret industriel : L’Amérique a besoin du « lourd »

Les États-Unis sont techniquement le premier producteur mondial grâce au gaz et au pétrole de schiste. Mais il y a un problème structurel majeur: le pétrole de schiste américain est un brut « léger et doux ». Or, le gigantesque complexe de raffineries du Golfe du Mexique (le désormais « Golfe d’Amérique ») a été construit il y a des décennies pour traiter du brut « lourd et soufré ».

Où trouve-t-on ce brut lourd ?

Au Moyen-Orient et… au Venezuela.

L’autosuffisance américaine est donc une demi-illusion: pour que leurs raffineries tournent à plein régime et produisent de l’essence bon marché, les Américains ont un besoin vital du pétrole vénézuélien.

2. Le coût de revient vs Le prix de vente mondial

C’est ici que l’analyse économique trouve sa résolution potentielle et explique cette guerre, ces assassinats, les provocations permanentes, auxquelles s’est prêté ingénument l’Iran.

Les 80$ ne représentent pas le prix auquel les Américains achètent le pétrole, c’est le coût de production (d’extraction et de raffinage) de ce pétrole lourd. Si les majors américaines (Exxon, Chevron) prennent le contrôle des puits vénézuéliens sous l’égide de l’administration Trump, elles deviennent propriétaires de la ressource et voient miroiter des profits et une puissance sans égale.

Leur coût de production : ~80$ le baril.

Le prix de vente sur le marché mondial (enflammé par le chaos en Iran/Ormuz) : 115$ ou plus. La marge de profit sur les exportations mondiales devient colossale.

3. Le pacte de corruption politique : Le Découplage

C’est là que le cynisme politique, à mes yeux, est entré en scène pour protéger « la table de la cuisine » de l’électeur américain. Le « Deal » entre Trump et les géants de l’énergie est simple parce que son enjeu est si lourd, qu’il est conçu comme offrant trois leviers irrésistibles:

->Trump offre aux majors pétrolières le contrôle du Venezuela et laisse le Moyen-Orient s’embraser (ce qui garantit un cours mondial très élevé pour leurs exportations en Europe ou en Asie).

->En échange, les majors inondent le marché intérieur américain d’essence à prix cassé. Fortes de leurs profits astronomiques réalisés sur le dos du reste du monde, elles peuvent se permettre de vendre l’essence américaine à un tarif préférentiel.

->Trump peut aussi utiliser l’arme législative: interdire ou limiter l’exportation des produits raffinés pour saturer le marché intérieur, ce qui fait mécaniquement chuter le prix à la pompe pour l’Américain moyen (le fameux gallon de lait).

La conclusion: L’Empire paie son essence avec le chaos du monde de la même manière qu’Israël achète sa sécurité sur un vaste pacte de corruption. Ce deal satisfait parfaitement Poutine à qui revient la domination de l’Europe.

Il n’y a donc pas de contradiction, mais un transfert de charge. L’inflation énergétique et le coût de la guerre ne sont pas payés par le consommateur américain, ils sont payés par le reste du monde (l’Europe, l’Asie, les pays émergents) qui doit acheter un baril à plus de 110$.

L’Amérique s’enferme dans une bulle de prospérité captive: le citoyen américain a son essence bon marché, les pétroliers ont leurs milliards de bénéfices mondiaux, et Trump a sa réélection. Le prix de cette équation, c’est l’effondrement du Moyen-Orient et la vassalisation de l’Europe.

Le chaos extérieur subventionne la paix intérieure de l’Empire.

Jusqu’à quel point est utile de dire qu’il faut faire barrage à ce dessein et faire en sorte que les monstres dévastateurs engendrés retournent dans leurs boites et y restent à jamais?

Trump ne ment pas lorsqu’il promet des jours meilleurs au consommateur américain. Pas plus que Poutine lorsqu’il assure que le plan se déroule comme prévu.

Ce sont des actes de forfaiture.

L’Europe et l’Asie ne paieront pas la note. Les peuples américain, russes et israéliens devront dire s’ils demeurent aveugles (ou complice) du pillage.

Nul n’échappera à sa responsabilité.

Le Spoofing et les attaques sous fausse bannière

Quand la guerre se transforme en labyrinthe de mensonges, sur fond de rivalités messianiques.

Depuis quelques semaines, les tensions entre l’Iran, l’Azerbaïdjan, la Turquie et, plus largement, le Moyen-Orient tout entier, semblent évoluer dans une atmosphère étrange, presque irréelle, qui ne trouve aucun équivalent dans l’histoire de la guerre.

Des attaques sont attribuées à Téhéran : drones frappant des installations en Azerbaïdjan, missiles interceptés en Turquie, menaces évoquées contre des lieux saints à Jérusalem. Pourtant, l’Iran nie catégoriquement. Les accusations se répondent, les démentis s’accumulent et ceux de la République Islamique d’Iran passent à la trappe, et les certitudes semblent se dissoudre à mesure que les récits se multiplient.

En observant ces événements, je ne peux m’empêcher d’avoir le sentiment que quelque chose de plus profond est à l’œuvre et que cela donne raison à la prudence – réputé être mère de sureté – dont se réclame la France.

La guerre contemporaine ne se joue plus seulement sur le terrain. Elle se joue dans les signaux, dans les systèmes de navigation, dans les récits diffusés au monde.

Et parfois, il devient presque impossible de distinguer l’événement réel de sa mise en scène.

Le spoofing: une guerre qui manipule la réalité

Parmi les technologies qui participent à cette transformation, le spoofing des systèmes de navigation satellitaire occupe une place particulière.

Contrairement au simple brouillage, qui se contente de bloquer un signal, le spoofing consiste à remplacer un signal réel par un signal falsifié.
Un drone, un missile ou un navire peut alors croire se trouver ailleurs que là où il est réellement.

Cette manipulation peut avoir des conséquences redoutables.

Un drone peut être redirigé vers une cible qu’il n’était pas censé frapper.
Un missile peut sembler provenir d’un pays qui n’est pas responsable du tir.
Une attaque peut ainsi être attribuée à un adversaire désigné.

Autrement dit, la technologie permet désormais de fabriquer un événement militaire crédible tout en dissimulant son véritable auteur.

Cette perspective est vertigineuse.

Des exemples troublants

Les conflits récents offrent déjà plusieurs indices de cette évolution.

En Ukraine, les systèmes de spoofing ont été utilisés pour détourner certains drones russes vers des zones sans importance stratégique. Dans le même temps, la Russie a déployé ses propres capacités pour perturber les systèmes de navigation ukrainiens et civils.

Dans le Caucase, l’attaque contre l’aéroport de Nakhitchevan a été attribuée à l’Iran par l’Azerbaïdjan. Téhéran, lui, affirme qu’il s’agit d’une manipulation destinée à détériorer ses relations avec Bakou.

La vérité, pour l’instant, reste insaisissable.

Et c’est peut-être là l’élément le plus inquiétant.

Car dans un environnement où les signaux peuvent être falsifiés, la preuve technique elle-même devient fragile.

S’agissant de cette faculté à « duper » le système de navigation d’un drone ou d’un missile, elle porte la guerre dans une dimension de laquelle il faudra savoir s’extraire. Car il y a une différence entre la posture de défense qui légitime l’expertise ukrainienne dans le domaine et sa valeur, d’une posture qui consisterait à dérouter un missile ou un drone vers une cible qui arrangerait l’opérateur invisible.

Il n’est pas indifférent de savoir que le Shahed 136, à l’origine de la mort d’un de nos soldats, Arnaud FRION et des blessures de 6 de ses camarades du 7e BCA, bascule sur GLONASS, le système de navigation russe lorsque le GPS est brouillé.
Ce drone, comme le président de la République Française, a cru bon d’insister, est fabriqué par deux pays: l’Iran et la Russie.

Reste que prouver une attaque par spoofing GPS/GLONASS est un défi technique et juridique, mais plusieurs méthodes et indices permettent de l’établir avec un degré de confiance variable. Si le drone ou missile intercepté ou crashé dispose d’un enregistreur de données (black box), l’analyse de sa trajectoire réelle (via capteurs inertiels ou logs internes) peut être comparée à la trajectoire attendue selon les coordonnées GPS reçues. Une divergence inexplicable suggère un spoofing.

Les fausses bannières : une pratique ancienne, une puissance nouvelle

Les attaques sous fausse bannière ne sont pas nouvelles dans l’histoire.
Depuis des siècles, des opérations ont été menées en se faisant passer pour l’ennemi afin de provoquer une réaction ou de justifier une escalade.

Mais la combinaison de ces pratiques avec les technologies modernes change profondément leur portée.

Autrefois, une fausse bannière nécessitait des moyens lourds et risqués.
Aujourd’hui, quelques équipements électroniques peuvent suffire à créer un incident international.

Il devient alors possible de provoquer une crise, voire une guerre, sans que l’auteur réel de l’attaque soit clairement identifiable.

Ce simple fait modifie déjà les équilibres stratégiques.

Le cas particulièrement sensible de Jérusalem

Parmi les rumeurs qui circulent actuellement, et dont il n’est pas improbable qu’elles soient distillées intentionnellement, pour « tramer » le tissu de la future réalité dans laquelle tous seront condamnés à  évoluer, un retient mon attention. Elle concerne le Dôme du Rocher, à Jérusalem.

Elle est évoquée comme pouvant être la cible d’une possible attaque de la République Islamique d’Iran, qu’il faudrait considérer comme désespérée et suicidaire. Dans ce contexte, l’écho que procure à cette éventualité les propos tenus par l’actuel secrétaire à la Guerre des Etats-Unis, Pete Hegseth, en 2018, prend une résonance des plus inquiétantes !  « Il n’y a aucune raison pour que le miracle du rétablissement du temple sur le Mont du Temple ne soit pas possible. Je ne sais pas comment cela arriverait, vous ne savez pas comment cela arriverait, mais je sais que cela pourrait arriver. « .

Ce qui circule sur les réseaux sociaux (surtout sur X/Twitter, Instagram, Facebook) depuis début mars 2026, ce sont principalement deux types de rumeurs opposées et hautement spéculatives, observe GROK, amplifiées par le contexte de la guerre en cours entre les États-Unis/Israël et l’Iran (débutée fin février 2026) :

  1. Rumeurs d’une attaque iranienne imminente ou accidentelle sur le site
    • Certains posts et vidéos sensationnalistes (souvent pro-israéliens ou conspirationnistes) prétendent qu’un missile iranien a visé ou risque de frapper le Dôme du Rocher.
    • En réalité, des missiles iraniens ont bien frappé près de Jérusalem : par exemple, le 1er mars 2026, un warhead est tombé à quelques centaines de mètres du Mur Occidental / Temple Mount (zone de la piscine du Sultan), et d’autres salves ont survolé Jérusalem (y compris le 12 mars). Israël a accusé l’Iran de viser de manière « indiscriminée » des zones sacrées (Mur Occidental, Al-Aqsa, Saint-Sépulcre).
    • Mais aucun impact direct sur le Dôme ou Al-Aqsa n’a été rapporté par des sources fiables (Times of Israel, Al Jazeera, Reuters, etc.). Les défenses israéliennes (Dôme de fer) ont intercepté la plupart, et les rares impacts étaient en zones ouvertes ou périphériques.
    • Ces événements ont déclenché des sirènes, des fermetures temporaires d’Al-Aqsa (notamment pour la prière du vendredi début mars, première depuis 1967), et des accusations mutuelles, mais pas de plan déclaré pour détruire le site.
  2. Rumeurs d’un « false flag » israélien pour blâmer l’Iran
    • De nombreux posts (souvent pro-iranien, pro-palestinien ou conspirationnistes) affirment que les services de renseignement iraniens ont « obtenu des informations » sur un plan israélien : frapper le Dôme / Al-Aqsa avec un drone ou missile (autour du Jour de Qods fin mars / début avril ?), puis accuser l’Iran pour discréditer Téhéran, unir le monde musulman contre lui, et justifier la reconstruction du Troisième Temple.
    • Ces allégations proviennent souvent de sources iraniennes officielles ou affiliées (Ministère du Renseignement iranien via agences comme Iran in Arabic News), relayées par des comptes comme @IranMilitaryEN,@SilentlySirs, etc. Elles évoquent une « évacuation progressive » de Juifs autour du site comme « preuve ».
    • Aucune source indépendante (ONU, médias occidentaux, arabes modérés) ne corrobore cela. C’est présenté comme une « révélation » sans preuves tangibles, souvent lié à des théories plus larges sur le sionisme chrétien/évangélique, Pete Hegseth, Tucker Carlson (qui a évoqué des scénarios similaires), ou des rabbins extrémistes appelant à détruire le Dôme pour le Temple.

En résumé :

  • La guerre a causé des tirs de missiles iraniens près / survolant Jérusalem et des sites sacrés, ce qui a créé une panique réelle et des fermetures d’accès.
  • Mais pas d’indication sérieuse d’une frappe délibérée imminente sur le Dôme du Rocher par l’Iran ou ses alliés (Hezbollah a repris des tirs sur Israël nord/centre en solidarité, mais pas ciblant Jérusalem spécifiquement).
  • Les posts que tu as vus sont très probablement des rumeurs conspirationnistes des deux côtés : un camp accuse l’Iran de viser les lieux saints, l’autre accuse Israël de préparer un false flag pour des motifs eschatologiques (Troisième Temple, fin des temps).
  • Rien de tout cela n’est confirmé par des briefings militaires, ONU, ou médias mainstream au 14 mars 2026. La situation reste très tendue avec des salves continues, mais pas de menace spécifique et crédible contre le Dôme lui-même.

Au-delà des allégations « conspirationnistes », un tel événement aurait des conséquences incalculables.
Il pourrait déclencher une vague d’indignation mondiale et entraîner une escalade militaire immédiate.

Or, dans un environnement saturé de manipulations électroniques et d’opérations psychologiques, une question s’impose:

  • comment être certain de l’identité de l’attaquant, comment être certain que tous les éléments versés au conspirationnisme sont conspirationniste ?

Une attaque réelle, une opération sous fausse bannière, ou simplement une rumeur amplifiée pour préparer l’opinion… chacun de ces scénarios devient plausible.

Une guerre devenue cognitive

Ce brouillage ne relève pas seulement de la technologie. Il s’inscrit dans une stratégie visant à désemparer tous les systèmes de défense intègres, à les submerger de doutes et d’ambiguïtés, ce qui va au-delà de opérations psychologiques.

Chaque acteur diffuse certes son propre récit. Mais les accusations circulent plus vite que les vérifications et les réseaux sociaux amplifient les versions contradictoires.

Les populations, les journalistes et même les décideurs doivent naviguer dans un océan d’informations incertaines, et sont privés de l’imagination du vrai. Cela emprisonne le peuple et le prive de la clé de discernement dont il a besoin.

Et il y a, pour certains acteurs, une vraisemblable habileté à mouvoir leur but de guerre dans ces eaux troubles. Il y a une aisance qui n’est pas de mon goût et qui ne doit l’être de personne.

Dans ce contexte, la question n’est plus seulement qui agit, mais qui parvient à imposer son interprétation de l’événement.

Une réalité devenue fragile

En observant cette évolution, une impression persiste: la réalité elle-même semble devenir négociable. Elle est soumise au vote. Elle est une matière, comme une autre, d’opinion.

Les technologies numériques permettent désormais de modifier les signaux qui structurent notre perception du monde: positions, trajectoires, images, données.

Si ces signaux peuvent être falsifiés, alors les événements eux-mêmes deviennent contestables.

Nous entrons peut-être dans une époque où la guerre ne consiste plus seulement à détruire des infrastructures ou des armées, mais à déstabiliser la perception même du réel.

La nécessité d’une vigilance nouvelle

Face à cette transformation, plusieurs pistes apparaissent nécessaires: renforcer les systèmes de navigation hybrides, développer des capacités de détection du spoofing, créer des mécanismes indépendants d’analyse technique.

Mais au-delà des solutions technologiques, un autre enjeu apparaît.

Celui de la vigilance cognitive.

Car dans un monde où les signaux peuvent être manipulés et les récits fabriqués, comprendre ce qui se passe devient un exercice exigeant, presque philosophique.

Il faut apprendre à douter sans sombrer dans la paralysie ou la paranoïa.
À analyser sans céder à la manipulation. Il faut penser non plus la banalité du mal, mais sa potentielle expertise.

Conclusion: un monde où la vérité devient un enjeu stratégique et où en manipuler les conditions d’émergence et de tenue peut se faire sans le moindre scrupule, est un enfer.

Les tensions actuelles autour de l’Iran, de l’Azerbaïdjan, de la Turquie, de Chypre et du Moyen-Orient, pourraient bien être les premiers signes d’une mutation plus profonde.

La technologie permet désormais d’altérer les traces mêmes de l’action militaire.
Les récits concurrents se superposent.
La responsabilité devient difficile à établir.

Dans cet univers incertain, une chose semble claire :

la vérité n’est plus seulement une question morale ou philosophique.

Elle devient un enjeu stratégique majeur.

Et peut-être l’un des défis, l’une de ses plus emblématiques trahisons, auxquels notre époque doit faire face.

L’Iran dans le cyclone informationnel

Guerre cognitive, polarisation et illusion du récit libérateur

La République Islamique d’Iran est dans l’œil du cyclone.
La question n’est pas seulement de savoir si elle traverse une crise politique, mais si cette crise peut être qualifiée, sans abus ni aveuglement, de démocratique.

Cette question, à l’heure de X, le réseau social d’Elon Musk qui se caractérise par une partialité problématique, de systèmes d’informations opaques, n’est pas secondaire.

Elle appartient même à ce qui fixe et détermine la souveraineté dans un monde où la souveraineté, celle des Etats, des ensembles géopolitiques, et celle des peuples doit primer.

Il ne suffit pas qu’il y ait la colère d’une partie du peuple;

Il ne suffit pas qu’il y ait, face à des troubles à l’ordre public croissants, une violence d’Etat;

Il ne suffit pas qu’il y ait contre un régime un consensus médiatique et d’opinion accréditant au fur et à mesure qu’il le pousse un narratif pour que les événements tragiques auxquels nous assistons procèdent, de près ou de loin, de la démocratie.

C’est peut-être, plus simplement, un vol de souveraineté.

La séquence dans laquelle s’inscrit ce qui advient de l’Iran, indépendamment de l’opinion personnelle qu’inspire la République Islamique d’Iran, devrait donc appeler à un degré de circonspection dont il est notable de constater que tous s’affranchissent.

L’effort des uns et des autres pour isoler le caractère particulier des événements qui secouent l’Iran du schéma stratégique auquel il appartient sans doute met en cause le système d’information. Il se distingue par un mimétisme coupable et par la renonciation, si paradoxale, à interroger la réalité des situations, l’enchaînement des événements et, pire encore, la perspective, voire l’impasse tragique, où cela mène.

En Iran, aujourd’hui, il s’agit de choisir le moins pire des maux car nul ne peut savoir s’il de l’effondrement de ce grand pays ne naîtra pas un monstre difficile à contenir.

Nous savons que les peuples ne sont pas connus pour savoir choisir entre deux maux le moindre. Ils ont plutôt tendance, si nul n’a le courage de les guider et si eux-mêmes n’y consentent pas, à choisir le pire.

L’histoire nous enseigne cela depuis l’éclosion des premières grandes cités.

Mais cela est effrayant dans un monde nucléarisé, où des continents se réveillent est aspirent, dans leurs traditions, à être respectés.

Ce qui se joue ici dépasse le cas iranien : c’est une transformation de la conflictualité politique elle-même.

La propension à la violence sociale et politique est une réalité. L’islamisme, le pan-sionisme, la Russie, l’Amérique de Trump ont organisé cette capacité à peser sur les opinions publiques en un moyen de guerre qui transforme le peuple lui-même en champ de bataille: la guerre cognitive.

  • les uns en instrumentalisant la seule religion pour en faire un fondamentalisme;
  • les autres, en mixant les leviers que représentent ces accès identitaires pour atteindre plusieurs couches populaires et atteindre le pouvoir presque absolu sur les consciences.

La « guerre cognitive » est, certes, un terme qui peut sembler flou face aux menaces conventionnelles

Pourtant, son pouvoir est le plus redoutable, précisément parce qu’il est invisible. Au gré des polarisations que fournissent les éclats de l’actualité, les tensions économiques ou sociales, les clivages sociétaux, elle convertit des individus au passage à l’acte, à la rébellion, à la violence, à la division et à la confrontation.

Cela fait voler en éclat l’unité d’une nation.

Cette guerre fait rage aujourd’hui. Certains Etats s’en protègent et en protègent leurs peuples, en sacrifiant des libertés qui peuvent sembler élémentaires. L’Union Européenne la subit de plein fouet sur le front est, ce qui n’est pas nouveau mais qui a pris des formes tout à fait inattendues, intrusives et perverses, mais aussi sur le front ouest.

La démocratie aurait tort de dire qu’elle est cette voix-là parce qu’elle n’est pas cela et que, si elle veut faire la démonstration de son intégrité, elle ne peut et ne doit pas le faire en violant l’intégrité des autres acteurs multipolaires.

S’il s’agit de scander « démocratie » d’un côté et d’organiser les conditions dans lesquelles des flux de protestations dégénèrent en émeutes, de lever un sentiment d’hostilité envers un régime et ses institutions, alors la démocratie se déshonore et, pire encore, elle se discrédite.

L’analyse des faits, la manière dont les mouvements de contestations se sont coordonnés et amplifiés, dans des proportions et selon des modus operandi qui nous échappent aujourd’hui, seront mis à jour, finalement.
En Iran comme ailleurs, cette capillarité des influences extérieures remontera à la surface.

Que, au début des émeutes, dans le contexte si particulier qui oppose Israël, allié des USA, à la République Islamique d’Iran, le président Donald Trump, dans ce qui ne s’apparente que de plus en plus loin à la première puissance « du monde libre », ait cru bon de menacer les dirigeants iraniens en annonçant qu’il répliquerait par la force si le régime faisait couler le sang des manifestants pose un problème majeur.

Donald Trump exige d’un régime qu’il renonce à se défendre face à des manifestations qu’il n’est pas en mesure de contrôler parce qu’elles l’attaquent sur tous les flancs et au cœur de son autorité alors même qu’il délivre un blanc-seing aux manifestants pour exercer eux-mêmes la violence.

Si, dans une situation d’urgence telle que les gilets jaunes ou les agriculteurs, en France, ont semblé et semblent les affectionner – c’est-à-dire dans une dimension pré insurrectionnelle – la République est livrée pieds et mains liés à ses pourfendeurs et ennemis extérieurs, que se passe-t-il?
Faudrait-il qu’elle se prive des moyens de sa protection parce qu’un narratif et des complaisances médiatiques et politiciennes passent au-dessus de la loi et de la raison de la loi?

Que se passe-t-il, aujourd’hui, avec X, au Royaume-Uni? Que se passe-t-il, toujours avec X, en Allemagne?

L’Etat de Droit est ce qui sépare les peuples des barbaries et la plus redoutable des barbaries est celle qui peut émaner de lui par lui.

🥇 De Pékin 2022 à Milan–Cortina 2026 : l’agenda olympique et le retour du sens stratégique

Le dimanche 9 novembre 2025, alors que Canton (Guangzhou) s’illuminait de lumières, d’acclamations et d’histoire pour l’ouverture des 15ᵉ Jeux nationaux de Chine — organisés pour la première fois conjointement par le Guangdong, Hong Kong et Macao — le président Xi Jinping a rencontré Kirsty Coventry, présidente du CIO, et Thomas Bach, président honoraire à vie.

La rencontre, mise en avant par @XisMoments, n’était pas seulement un geste de continuité olympique, mais aussi un symbole d’unité culturelle et d’harmonie intérieure que la Chine souhaite relier à l’esprit universel des Jeux.

Les Jeux olympiques d’hiver de Pékin 2022 se sont clos le 20 février 2022 ; deux jours plus tard, la Russie envahissait l’Ukraine.
Ce qui devait être un triomphe d’harmonie devint une blessure silencieuse pour le prestige moral de la Chine.
Xi Jinping n’a pas gâché la cérémonie de clôture — il a attendu.
Mais « l’amitié sans limites » proclamée avec Moscou venait déjà d’être rompue, non par la diplomatie, mais par un missile au-dessus de Kyiv.

Alors que le monde se tourne vers Milan–Cortina 2026 et se prépare à Los Angeles 2028, la séquence olympique retrouve son rôle : celui du calendrier des civilisations, la mesure de la conscience mondiale.
La flamme passe désormais à l’Ouest, où Los Angeles 2028 pourrait, peut-être, devenir les Jeux du Rééquilibre : le retour du récit sur le chaos, du sens sur la domination.

En parallèle, Donald Trump agit sur un autre front — mais dans la même logique de transition.
Sa décision de suspendre la livraison des Tomahawk à l’Ukraine, loin d’une hésitation, vise à reconfigurer la logique des sanctions et à reprendre la maîtrise stratégique du récit.

De même, sa volonté déclarée de reprendre le conflit israélo-palestinien à travers les Accords d’Abraham signale un glissement : de la confrontation militaire vers la résolution narrative, du pilotage de la guerre à la maîtrise de la paix.

Ces deux gestes — celui de Xi à Canton, celui de Trump à Washington — se rejoignent sur le pont symbolique qui relie, d’une part, Pékin 2022 à Milan–Cortina 2026, et, d’autre part, Paris 2024 à Los Angeles 2028.

Le sport change la donne.

Il rend au monde la mesure de sa civilisation, rappelant que la force ne sert plus à détruire, mais à garantir la paix et à restaurer le sens.

> j’ai dit cela. Chaque être choisit, par sa propre voix liée à son libre-arbitre, la réalité à laquelle il souhaite donner corps. Ainsi, les monstres s’effacent.

#XiJinping #15thNationalGames #Trump #Olympics #SoftPower #Paris2024 #MilanCortina2026 #LosAngeles2028 #CredimusInOptimumHumanis

🕊️ From Beijing 2022 to Milan–Cortina 2026: The Olympic Agenda and the Return of Strategic Meaning

On Sunday, November 9, 2025, as lights, cheers and history illuminated Guangzhou for the opening of China’s 15th National Games — the first ever to be jointly hosted across Guangdong, Hong Kong and Macao — President Xi Jinping met with IOC President Kirsty Coventry and Honorary President for Life Thomas Bach.

The meeting, highlighted by @XisMoments, was not only a gesture of Olympic continuity but also a symbol of China’s expanding cultural unity and its aspiration to connect domestic harmony with the universal spirit of the Games.

The Beijing 2022 Winter Games had closed on February 20, 2022; two days later, Russia invaded Ukraine.
What should have been a triumph of harmony became a silent wound to Beijing’s moral prestige.
Xi Jinping did not spoil the closing ceremony — he waited.
But the “friendship without limits” declared with Moscow had already been shattered, not by diplomacy, but by a missile over Kyiv.

As the world prepares for Milan–Cortina 2026 and looks toward Los Angeles 2028, the Olympic sequence resumes its role as the calendar of civilization — a chronometer of global conscience.
The torch now passes westward, where Los Angeles 2028 may become the Games of Rebalancing: a return to narrative over chaos, meaning over domination.

In parallel, Donald Trump acts on a different front — but within the same logic of transition.
His decision to pause the delivery of Tomahawks to Ukraine, far from hesitation, aims to reshape the logic of sanctions and reclaim strategic authorship.

Likewise, his declared intent to re-engage the Israeli-Palestinian conflict through the Abraham Accords signals a shift from military confrontation to narrative resolution — from managing war to mastering peace.

The two gestures — Xi’s at Guangzhou, Trump’s in Washington — converge across the symbolic bridge between, in one part, Beijing 2022 and Milan–Cortina 2026, and, in another, Paris 2024 and Los Angeles 2028.

Sport is a game changer.

It restores the measure of civilization, reminding us that force no longer destroys — it safeguards peace, and restores meaning.

>This is what I have said, from now on:
Every single person, through his own voice, chooses the reality they wish to bring into being.
Thus, monsters disappear.

#XiJinping #15thNationalGames #Trump #Olympics #SoftPower #Paris2024 #MilanCortina2026  #LosAngeles2028 #CredimusInOptimumHumanis

Sudan Dismembered: The Geopolitics of Displacement, Act II

El Fasher’s fall is not a local tragedy — it is a geopolitical execution.
A sovereign state, already bled dry by proxy wars and looted by mercenaries, is being converted into a dumping ground for the region’s moral refuse.
From Katz’s plan to deport Palestinians to the hybrid war waged by Wagner and the UAE in Darfur, one single logic unfolds: displacement as policy, chaos as profit, Africa as laboratory.

Sudan — once a pillar of the African continent — is being methodically crushed, not for what it is, but for what it can serve.
On August 13, 2025, the Sudanese Ministry of Foreign Affairs issued a statement of rare firmness:

“Sudan categorically rejects the allegations that it has agreed to host displaced Palestinians.”

The very clear statement issued by the Sudanese Ministry of Foreign Affairs on August 13, 2025.

That declaration responded to a plan formulated by Israel Katz, Israel’s Minister of Defense, who proposed to “relocate” the people of Gaza to parts of East Africa — notably Sudan and South Sudan.
Behind its humanitarian varnish lies a deportation plan — a political project of mass expulsion.
Khartoum, though ravaged by war, still finds the strength to say no:
no to humiliation,
no to manipulation,
no to the transformation of Africa into a dumping ground for the Palestinian question.

What is happening today in El-Fasher, capital of a sovereign state now gangrened by hidden forces, proves that Netanyahu’s Israel adheres to Donald Trump’s “Peace Plan” only in appearance — while still conspiring to create the conditions for the realization of its own plan.

Two months later, El Fasher falls.

The city collapses under shells and dust.
Hospitals burn, civilians flee, the sky fills with drones.
The Rapid Support Forces — the recycled Janjawid — complete their conquest of El Fasher with the logistical and technical assistance of the Wagner network, now rebranded as Africa Corps, the Kremlin’s armed extension on the continent.
Their weapons, their drones, their instructors come from Russia, which feeds on the decomposition of African states as a lever of global negotiation.
And who pays for this? Gold. Always gold.
Gold from Darfur, torn from the mines under militia guard, exported to Dubai, melted into the laundering circuits of the Gulf.
The United Arab Emirates, through economic complacency and political silence, finance the devastation they pretend to soothe.
And, in the height of cynicism, it is this same axis — Moscow, Abu Dhabi, Tel Aviv — that stands behind the façade of “stabilisation.”

This is no longer coincidence; it is a monstrous convergence.
A hideous hybridisation in which everyone profits:

Russia, extending its tentacles over Africa, dressing its plunder in anti-Western rhetoric;

The Emirates, turning chaos into financial flows and aligning, without saying it, with Netanyahu’s doctrine — reject the Palestinian, delegitimise his cause, dissolve his suffering into the rhetoric of security;

Israel, finally, pursuing by other means the morbid dream of a Greater Israel cleansed of Gaza, searching amid Sudan’s ruins for the space where it might deport those it no longer wants to see.

This chain of reality is no theory — it writes itself before our eyes.
On August 13, 2025, a sovereign state rises up against the idea of hosting refugees whom others seek to expel.
On October 26, 2025, that same state watches its last provincial capital fall under the bullets and drones of a militia maintained by Russian networks and financed by gold flowing through the Gulf.
Between those two dates, the link closes: the deportation of populations and the disintegration of a state belong to one and the same continuum of domination.

Sudan is no longer merely a field of ruins — it becomes the mirror of Gaza,
a mirror reflecting the methods of a world that knows no peace except through the destruction of maps.
And this must end.
Those responsible — Moscow, Abu Dhabi, Tel Aviv — must be named, exposed, and sanctioned.
The chain must be broken before other African states, too, are transformed into strategic dumping grounds for the perverted ambitions of powers that live off the chaos they create.

Sudan burns, and with it burns our last illusion —
that disintegration is an accident.
It is not.
It is a system.
And it is time for those who built it to pay.

Le Soudan dépecé : la géopolitique du déplacement, acte II

Ce n’est pas une guerre civile. C’est une mise à mort.
Le Soudan, jadis pilier du continent africain, est aujourd’hui méthodiquement broyé — non pour ce qu’il est, mais pour ce qu’il peut servir.
Le 13 août 2025, le ministère soudanais des Affaires étrangères publie un communiqué d’une rare fermeté : « Le Soudan rejette catégoriquement les allégations selon lesquelles il aurait accepté d’accueillir des Palestiniens déplacés.« 

Cette déclaration répond au plan formulé par Israël Katz, ministre israélien de la Défense, qui prévoit de “relocaliser” les Gazaouis dans des zones d’Afrique de l’Est, en particulier au Soudan et au Soudan du Sud.
Derrière le vernis humanitaire, il s’agit d’un plan de déportation — un projet politique d’expulsion de masse.
Khartoum, pourtant ravagé par la guerre, trouve encore la force de dire non : non à l’humiliation, non à l’instrumentalisation, non à la transformation de l’Afrique en exutoire du problème palestinien.
Ce qui se passe aujourd’hui à El-Fasher, capitale d’un Etat souverain gangréné par des forces obscures, témoigne que l’Israël de Netanyahou ne souscrit au plan de Paix de Donald Trump qu’en façade, mais conspire toujours à créer les conditions favorables à la réalisation de son propre plan.


Deux mois plus tard, El Fasher tombe.

La ville s’effondre sous les obus et la poussière.
Les hôpitaux brûlent, les civils fuient, le ciel s’emplit de drones.
Le Rapid Support Forces — ces Janjawid recyclés — achève la conquête d’El Fasher avec l’aide logistique et technique du réseau Wagner, désormais rebaptisé Africa Corps, bras armé du Kremlin sur le continent.
Leurs armes, leurs drones, leurs instructeurs viennent de la Russie, qui se repaît de la décomposition des États africains comme d’un levier de négociation global.
Et qui paie ? L’or, toujours.
L’or du Darfour, arraché des mines sous la garde de milices, exporté vers Dubaï, fondu dans les circuits de blanchiment du Golfe.
Les Émirats arabes unis, par leur complaisance économique et leur silence politique, financent la dévastation qu’ils prétendent apaiser.
Et, comble du cynisme, c’est ce même axe — Moscou, Abu Dhabi, Tel-Aviv — qui se tient derrière la façade de “stabilisation”.

Ce n’est plus une coïncidence : c’est une convergence monstrueuse.
Une hybridation hideuse où chacun trouve son compte :

  • La Russie, qui étend ses tentacules sur l’Afrique en habillant son pillage de discours anti-occidental;
  • Les Émirats, qui transforment le chaos en flux financiers et s’alignent, sans le dire, sur la doxa de Netanyahou : rejeter le Palestinien, délégitimer sa cause, dissoudre sa souffrance dans la rhétorique sécuritaire;
  • Israël, enfin, qui poursuit par d’autres moyens le rêve morbide d’un Grand Israël débarrassé de Gaza, en cherchant dans les ruines du Soudan l’espace où déporter ceux qu’il ne veut plus voir.

Cette chaîne de réalité n’a rien de théorique : elle s’écrit sous nos yeux.
Le 13 août 2025, un État souverain s’insurge contre l’idée d’accueillir des réfugiés que d’autres veulent expulser.
Le 26 octobre 2025, ce même État voit sa dernière capitale provinciale tomber sous les balles et les drones d’une milice entretenue par les réseaux russes et financée par l’or transitant par le Golfe.
Entre ces deux dates, le lien se ferme : la déportation de populations et la désintégration d’un État participent d’un même continuum de domination.

Le Soudan n’est plus seulement un champ de ruines : il devient le miroir de Gaza.
Un miroir où se reflètent les méthodes d’un monde qui ne sait plus faire la paix qu’en détruisant la carte.
Et il faut que cela cesse.
Il faut que les responsables — Moscou, Abu Dhabi, Tel-Aviv — soient nommés, exposés, sanctionnés.
Il faut rompre la chaîne, avant que d’autres États africains ne soient eux aussi transformés en dépotoirs stratégiques pour les ambitions dévoyées de puissances qui vivent du chaos qu’elles provoquent.

Le Soudan brûle, et avec lui brûle notre dernière illusion : celle que la désintégration est un accident.
C’est un système.
Et il est temps que ceux qui l’ont bâti paient.