Une éclosion qui ne donne pas naissance à un monstre

« For those who may have forgotten what it means. »

Ce 30 juin 2025 à 13h40, le président Xi Jinping publie cette phrase sur son compte X, laconique mais chargée. Elle accompagne un extrait de débat citant la résolution 2758 de l’Assemblée générale des Nations unies, adoptée en 1971, qui reconnaît la République populaire de Chine comme seule représentante légitime de la Chine à l’ONU, et qualifie Taïwan de « province ».

La puissance d’un tel rappel ne réside pas tant dans la démonstration que dans l’intention. Xi Jinping ne cherche pas à convaincre — il réaffirme. Mais, contrairement à ce que certains pourraient croire, cette affirmation n’est pas tactique. Elle ne répond pas à une logique de manœuvre militaire ou diplomatique. Elle s’inscrit dans une intelligence du champ, non du plan. Il ne s’agit pas de tendre vers une fin prédéfinie, mais de modeler l’espace jusqu’à ce qu’il livre lui-même sa résolution.

Hier, le président chinois a cru bon de rappeler — sans qu’il soit besoin d’y voir un plan, ni une annonce — les jeux dont sont censés être maîtres les grandes puissances, respectivement les échecs, le jeu de Go et le Poker. La manière dont il a présenté les rangs de chacun, les Russes pour les échecs; les Chinois, pour le Go; les Américains pour le poker n’est pas à prendre au pied de l’énumération.

Le jeu d’échecs vise l’échec et mat. Le poker, la domination du bluff. Le Go, lui, étend la forme. Il ne détruit pas : il absorbe, il attire, il remodèle le champ adverse jusqu’à le rendre inexorablement connexe. C’est un jeu de plasticité. Et c’est dans ce paradigme que la Chine opère.

Le premier encombrant est déjà écarté : le Japon n’a jamais revendiqué Taïwan depuis 1945. Il y a même officiellement renoncé, dans le traité de San Francisco, sans ambiguïté ni retour.
Un problème évacué. Il faut dégager les encombrants.

Le deuxième encombrant, c’est la terre elle-même, dissociée des hommes qui l’habitent.
La Chine sait que la souveraineté ne se joue pas seulement sur le sol. Elle se joue sur la conscience. Ce n’est pas seulement la province qu’elle regarde, c’est la singularité politique qui s’y est développée. Une singularité issue d’elle, mais qui a pris forme ailleurs. Plus qu’une dissidence, Taïwan est un jumeau affirmé.

D’ailleurs, elle ne peut pas faire chair avec une terre considérée comme une province. C’est peut-être même ce que Xi Jinping porte à l’attention. La résolution de l’ONU qu’il cite, à l’attention de ceux qui oublient, rappelle, si on accepte de se placer dans l’esprit et non dans son doigt, que Taïwan n’est pas une province. C’est une continuité en retard d’elle-même, mais la condition humaine, n’est-il pas, finit par se faire la raison de réunir tout le monde.

À l’inverse des deux Corées, où l’une vit et l’autre s’enferme dans le théâtre sinistre de sa propre terreur — la Chine observe. Et elle tire une leçon de cette glaciation stratégique :
ce que l’Histoire a figé, elle ne le rend pas. Une anomalie quantique peut devenir permanente. C’est précisément ce que la Chine veut éviter.

Mais ce qu’il y a de singulier, ici, c’est que, contrairement à la péninsule coréenne, les deux Chines ont réussi. Le défi est encore plus grand.
La République populaire a tenu, redressé, transformé, porté.
Taïwan a prospéré, innové, séduit, résolu.
Il n’y a pas ici, et il ne saurait y avoir, de vainqueur ou de vaincu.
Il ne saurait y avoir qu’un seul gagnant : les Chinois, en un peuple réuni.

C’est là que s’impose le recours au modèle quantique.
La mécanique quantique enseigne que certaines particules peuvent exister en superposition d’états, jusqu’à ce qu’une mesure — ou une décision — vienne trancher.
Rien ne décrit mieux la situation.

Taïwan et la Chine continentale sont dans une superposition historique, culturelle, politique.
Avec, à l’origine, la brutalité d’une divergence, mais aujourd’hui, une corrélation complexe, oscillante, fragile, mais réelle.

Le problème ne peut être résolu par l’annulation d’un des états — cela provoquerait un effondrement du système pour rester dans cette dialectique.
Il ne peut être résolu que s’il s’ouvre à sa propre perspective :
celle d’un dépassement qui présente, de mon propre point de vue, dans l’imbroglio apparent des une fenêtre spéciale et, du désordre spatial, un alignement très particulier, dans ce sens où il n’est pas dans la ligne de droite, mais fait des beaucoup de courbures, y compris celle imprimée par le président Trump.
Est-ce délibéré et conscient n’est pas la question. Cela ouvre à la perspective une voie de résolution qui ne réside plus dans l’unité forcée, mais dans l’unification de sens.
Le territoire n’est pas l’enjeu. Seule la géographie le tient pour enjeu. L’histoire tient le peuple pour enjeu.
Le devenir du peuple chinois — dans toutes ses formes vivantes — l’est.

Et peut-être que ce que dit Xi Jinping, à demi-mot, dans son tweet, c’est cela :
« Souvenez-vous non pas de ce que vous devez faire, mais de ce que vous êtes. »
Et alors, ce que vous ferez — advient. Dans ma langue, on est ce qu’on devient et on devient ce qu’on est. Première liberté, garantissant les autres, présentes, en gestation, et plus lointaines à venir.

Si c’est bien ce que je lis c’est une preuve de mon intelligence qui, tout en me faisant plaisir, ne servirait que ma vanité. Si c’est bien ce que je lis dans l’intelligence placide de Xi Jinping, la portée ne se mesure à aucune aune sinon celle du devenir des contentieux territoriaux et de la résolution de morsures que le passé inflige aux nations et à leurs peuples.

C’est ce en quoi que je veux croire.
Une éclosion qui ne donne pas naissance à un monstre.


Pour ceux qui veulent en savoir un peu moins:
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Le lait de Natacha et celui de Marianne

Jordan Bardella, ombre couvée de Marine Le Pen, s’indigne aujourd’hui sur X

« On marche sur la tête : l’UE débloque des millions d’euros pour la filière viticole sud-africaine, alors que nos viticulteurs subissent de grandes difficultés. Je demande à la Commission d’annuler cette provocation et de consacrer cette somme à nos vignerons ! »

Une formule bien rodée, martelée, tel un leitmotiv appelant au fameux bon sens paysan, au métronome des éruptions de la colère paysanne — “on marche sur la tête” — et déjà vue lors des crises agricoles passées. Une mécanique à deux temps, huilée par des officines :

1. Impressionner la carte-mémoire du monde rural par des mots-clés soigneusement choisis — Afrique, culture, diversité, viticulture, abandon, par une campagne préalable sur les réseaux sociaux, constatée sur X…

2. Faire surgir le redresseur de torts : figure de résolution providentielle, incarnée par celui qui, “enfin”, remettra la tête à l’endroit.

C’est aussi puissant qu’un axiome philosophique énonçant que l’essence précède l’être, mais ici c’est du toc subliminal.

Remettons la tête à l’endroit dans quoi il est impossible d’y voir clair. Un accord commercial européen n’est pas un caprice bureaucratique : c’est l’expression concertée d’intérêts souverains, négociés, arbitrés, équilibrés. Cela se pense — cela ne “marche pas sur la tête”, cela pense avec la tête.

Comme le lui a opposé, avec force argumentation, le journaliste Maurice MARTIN, sur X, que je cite à partir de X, si Jordan Bardella siégeait réellement à Strasbourg, il saurait que ces 15 millions d’euros sont la régularisation d’un engagement vieux de 2002, pris dans le cadre d’un accord de libre-échange entre l’UE et l’Afrique du Sud.
Il saurait que cet argent est destiné à aider de petits producteurs historiquement exclus, dans un pays marqué par l’héritage de l’apartheid.
Il saurait, surtout, que cet accord a permis de protéger nos appellations françaises (Champagne, Cognac, Bordeaux…) en Afrique du Sud, mettant fin à des usurpations comme “Port” ou “Sherry”. Un gain stratégique pour nos terroirs.

Mais non. Il préfère travestir un acte de diplomatie commerciale en “cadeau fait à la concurrence”.
La réalité ? Il ne s’agit pas d’un scandale, mais d’un remboursement tardif.
Pas d’une trahison, mais d’un investissement réciproque.

Ce n’est pas de l’ignorance seule. L’ignorance serait vénielle. C’est une stratégie populiste, une mise en scène méthodique du ressentiment des foules pour corrompre le peuple :

> Surjouer l’indignation, travestir les faits, flatter et verser le sel de la terre dans les blessures ouvertes — et récolter, ensuite, en bout de processus dit démocratique, les dividendes électoraux.

C’est une faute indélébile. Car le sein que Monsieur Bardella tête, ce n’est pas celui de Marianne.
La mamelle de Natacha — nourricière de toutes les rancunes — abreuve ce poupon d’État, gonflé à l’hélium de sa vanité, le peuple n’en ayant jamais aucune.
Mais ce lait-là n’est pas un lait de croissance démocratique.
Il est l’arme la plus sûre de ceux qui veulent faire croire que l’intelligence est une trahison, et que le mensonge est un droit du sang.

À force d’avoir laissé diaboliser la technocratie, le peuple a fini par confier sa destinée aux caricatures.

Il n’est pas impossible de devoir se résoudre à admettre, c’est vrai, que
Natacha, et son foutu lait, ont du bon.

Le lait maternel qui coule du sein de Marianne est plus sûr.

PS: Ce lait que je tête toujours goûlument, même à un âge canonique, a fait de l’enfant à qui d’anciens maîtres ont littéralement fait entrer dans caboche – à travers la devise de Sully faisant les labourages et des pâturages les deux mamelles de la France -, celui qui croit à une Marianne qui ne s’en laisse pas conter. Sinon le goût de son lait ne serait pas le même et je le reconnaitrais.

La conjecture d’Abraham, dite de la Terre Promise

Entre l’injonction, propice au mirage d’horizon, de Donald Trump à la justice israélienne et la conscience des soldats, un nuage cherche sa décharge.

Un tribunal a reporté, il y a peu, les auditions du Premier ministre israélien dans le procès pour corruption engagé contre lui.

Le président Trump s’en est félicité, allant jusqu’à exiger que le procès “should be CANCELLED, IMMEDIATELY, or a Pardon given”. Au mépris de toute ambiguïté, il a ajouté : “We are not going to stand for this.”

Donald Trump, péremptoire et comminatoire en chef, est énervé, et le fait savoir, en vertu de ce que Daddy veut…

L’histoire retiendra que Bibi s’est empressé de retweeter (XpwX) l’injonction supposée, en toute apparence démonstrative, avoir été faite à sa propre justice par @POTUS.

Les observateurs s’offusquent. Ils interprètent la saillie de Trump comme l’aveu d’une connivence grossière, une solidarité entre figures acculées. Entre canailles.

Mais, au-dessus de cette tempête dans un verre d’eau — tempête d’émois médiatico-démocratiques — je vois un petit cumulo-nimbus chargé de je-ne-sais-quoi :
de quoi formuler, peut-être, une ébauche de résolution de la conjecture mathématique, chère à Abraham, père des peuples du Livre, de la Terre Promise pour tous — à deux États, si l’aspiration réconciliée des peuples voulait bien y consentir.

Ce petit nuage, accroché à sa dérisoire et persistante volonté, tente cette opération à partir des accusations accablantes, si elles s’avéraient avérées, de soldats de Tsahal recueillies par le quotidien Haaretz (La Terre — promise, par extension ?).


Il rêve, dans le mystère d’une atmosphère ionisée, d’opérer sa décharge anti-cyclonique à visée pacifiquement définitive.

L’ambassade d’Israël, comme toujours, jure ses grands dieux que l’accusation est un outrage à la vérité.
C’est devenu un réflexe pavlovien.

Mais le temps des grands dieux lasse.
Il est temps, simplement, qu’une enquête internationale soit diligentée.

Une enquête qui inclurait l’audition de ces soldats — qui, peut-être par infidélité à Tsahal, par infidélité plus coupable encore au rêve de la promesse de la Terre Promise qu’ils ont charge de défendre aux prix de leur chair, ou par fidélité à l’un contre l’infidélité de l’autre, ont porté devant l’opinion une charge trop lourde pour leur conscience pour justifier qu’ils ne l’a conservent plus par devers eux

Que lumière vienne puisque lumière est appelée.

La France, que l’ambassade d’Israël en France — porte-parole de la ligne Netanyahu — n’hésite plus à qualifier d’“antisémite” à la moindre critique, prépare ainsi le terrain d’un désordre public, moral et politique opportun.

Mais la France a élevé, il y a quelques semaines, le capitaine Dreyfus au rang de général.

La France honore le soldat.Elle en fourmille dans son hymne .
Elle sait ce qu’est un soldat.
Surtout, à ses dépens, un soldat bouc émissaire.

Plus je regarde, dans le pinceau de Turner, ce nuage, plus je lui trouve des formes entêtantes.
Comme s’il était tenu, de zéphir formé, par Damoclès.
Le bouclier de l’antisémitisme instrumentalisé, affaiblissant la structure du vrai, n’y résistera pas.

….

Quelques respirations, et soupirs, plus tard.

….

Charybde et Scylla.
La mythologie rappelle que le soulagement de l’équipage, dans le détroit de Messine, fut bref.
Juste le temps d’une traversée.

Sauver n’importe qui de la ruine de son âme est un acte de grande charité.
Israël y serait-il devenu inaccessible ?
Depuis quand ?
Sous quelle influence ?

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Nessum Dorma triomphe au palais de Shéhérazade

🧠🐘 Une fable circule sur X. Au départ, je n’y ai prêté qu’un regard distrait, puis j’ai lu les commentaires qu’elle suscitait.

J’ai décidé de consacrer une réflexion à ce qui peut sembler n’être qu’anecdotique lorsque j’ai réalisé qu’en fait, le phénomène est partout et constitue un perturbateur, invisible, diffus, mais efficace, diablement directeur, de l’opinion publique sensibilisée à une connotation sourde.

C’est le bruit de fond sourd qui tapisse notre univers médiatique. On n’y prête pas spécialement attention, à la fois en raison de l’insignifiance factuelle et la variété des glues utilisés. Nous devrions. Parce que la formule de base est identique.

Tout le monde n’y trouve rien à redire. Ni le système médiatique qui finit par retrouver dans ce bruit le diapason sur lequel il vient régler, irrésistiblement, la mire de son « la », ni les partis politiques, et particulièrement, les oppositions,  à l’affût du moindre narratif leur permettant d’exister dans la démocratie.

Le sujet mérite d’être vraiment documenté, car, sous un biais ou un autre, sa répétition et sa propulsion – que quelqu’un finance -, tamponne, oblitére, méthodiquement, notre sensiblerie et nous engage, tel un troupeau,  dans un corridor d’harmoniques mentaux qui déterminera, si on suscite, dans le temps des élections des marqueurs qui stimulent ces agents dormants, des triangulations, empiriques, fatales au système démocratique.

Le conditionnement démarre là, en prédisposant la sensibilité à des polarisations si discrètes qu’elles semblent à ce point innocentes et inoffensives qu’on peut lui ouvrir son libre-arbitre sans danger.

Notre empathie pour les animaux (ce n’est pas elle que je remets en cause) constitue, d’ailleurs, une glue parfaite pour fixer, orienter, diriger les personnes qui se sont montrées hyper-sensibles à la fable racontée vers d’autres chambres d’écho et amplificateurs à opinion.

Il y a autres sujets propices, ponctuels, mais celui-là, passe-partout, peut être parfaitement instrumentalisé pour  persuader que le règne animal est plus humain que les humains eux-mêmes, ce qui, ontologiquement, est l’acceptation d’une défaite qui signe l’acceptation inexorable des autres. Certains partis politiques sont parés pour recycler.

Mais le biais, dans le flou des postures, sert un autre horizon, plus désarmant, au sens étymologique. Celui de la nation qui sauve l’Occident décadent se cristallise dans ce prisme.

Pour être plus précis, la fable dont je parle est la fable de l’éléphant dans l’avion entouré de poussins. Elle est présentée comme un vrai stratagème utilisé par les compagnies pour sécuriser le vol, le système empathique de l’éléphant, analogue à celui de l’être humain, étant présenté tel que le roi des animaux ne bouge jamais de peur d’écraser un seul poussin et ne déstabilise pas, ainsi, l’avion. Il faut comprendre là, subliminalement, et vous verrez que l’intérêt de la « fable » est là: il ne menace, lui, aucun de ses passagers.

Qu’est-ce que cette fable dit, car une fable dit toujours quelque chose pour atteindre, profondément, le subconscient et, c’est sa fonction de toujours, l’éveiller, le dresser, face à ses ennemis invisibles.

Là, elle fait le contraire. A l’échelle d’une fable, c’est un piqûre de moucheron. Mais s’il en a des milliers, des centaines de milliers. Cela devient un autre problème. Cela devient un problème d’une nature qu’il seraît irresponsable de négliger.

Pour que cet enfant vienne en aide à l’homme qu’il sera, si par malheur, ce dernier en a besoin et qu’il a oublié


Esope et La Fontaine, Grimm, Lewis Caroll, Mozart avec sa symphonie des jouets qui fait crisser, dans le tympan, le piaillement des oiseaux et le froissement du serpent à sonnettes*, participent à la méthodologie précieuse de l’éveil et du maintien de la vigilance cognitive, installée avec douceur et bienveillance dans l’esprit de l’enfant, pour que cet enfant vienne à l’aide à l’homme qu’il deviendra si, par malheur, il en a besoin et qu’il a oublié.

Si une fable ne dit pas quelque acidité au palais, si elle y est sirupeuse, ce n’est pas une vraie fable.

Nous sommes envahis, chacun étant libre de choisir le sien, sous des formes très diverses, de fables, de contes, de narratifs à dormir debouts. Quelques contes, grotesques parce que parfaitement grimmés, font suffisamment rire pour tenir éveillé. Ils n’endorment que qui veut. Chaplin savait le pouvoir du rire.

Dans les vraies fables — les anciennes — le langage clignote, ruse, désarçonne.
Chez Carroll, l’absurde est une alarme masquée.
Mozart, dans sa Symphonie des jouets, fait crisser la lucidité, grâce à deux sons qui résonnent dans la mémoire archaïque, dans le creux des oreilles enfantines.
Tout est jeu, mais tout y prépare à résister.

Une fable qui dit la sagesse de l’éléphant de l’Antonov – A124  à peau de requin et arête fractale

Le point de rencontre des contes à dormir debout, lorsqu’ils ont fini de déployer leur charme, leur convergence de lutte intestine, en quelque sorte, est le pacifisme béat qui finit dans les rues de Rome, aujourd’hui ou hier ou demain, par une foule conspuant la douce Georgia Meloni, demain  Keir Starmer au Royaume-Uni (Puissance dotée), en France (les carottes, ou les retraites, ou les deux, sont déjà cuites, semble-t-il) d’avoir souscrit les efforts demandés par « Daddy » à chaque pays au titre de notre défense commune.

Boooh, la vilaine!

Boooh, le vil Karmer qui livre les jeunes filles anglaises aux gangs pakistanais, l’hôpital et l’école à la charité budgétaire, et déshérite l’ensemble pour habiller l’Otan.

La petite musique qui s’infiltre par tous les pores que l’épiderme tendre de nos démocraties offre à notre ennemi y résonne par ces voix qui disent la sagesse de l’éléphant rose dans l’Antonov – An124 à peau de requin et arête fractale qui sillone, furtif comme une carpe, les eaux profondes, glacées et endormies de nos démocraties, comme je le crains dans toutes les autres profondeurs où son gigantesque appareil a pu, sous un jour ou un autre, s’engouffrer et opérer le calcul de son emprise.

Tout n’est pas tant politique qu’articulation de fables, dit sans connotation péjorative.

Il n’en faut pour preuve -autant donner le mot de la fin à une authentique créature de rêve, n’est-il pas? – que ce à quoi est suspendu le sort de Shéhérazade dans « Le Conte des mille et une nuits ».

Mais bien sûr, sous ses voiles transparents et aériens — que notre imagination l’habille comme d’un mythique parfum n°5 — Shéhérazade assume une fonction vitale. Et c’est pour cela que cette jeune fille, innocente, est choisie pour inventer et renouveler le récit. Pour coller indéfectiblement au Réel, car le Réel est la couronne du roi. Ce n’est qu’en apparence que c’est un ennui à tromper: c’est le pouvoir qui est en jeu dans le jeu du récit.

C’est l’éveil de l’esprit du roi dont Shéhérazade a, strictement, la charge. Il ne faut pas qu’il s’endorme, dans la volupté des caresses ou des draps.


Ce qu’il faut donc détailler, dans les plis du voile du conte, c’est l’injonction à demeurer éveillé. Au début, je pensais que le phantasme érotique était un paravant.

Mais, l’imbrication hélicoïdale est autrement plus justifiée. L’ondulation érotique n’est aucunement distractive ou ornementale. Elle dit avec une subtile volupté, que  la vie du Roi tient au fil ténu de l’éveil de tous ses sens et, en premier, de son sens cognitif.

Il se nourrit d’histoire, non pour se distraire, mais pour maintenir et reconnaître, donc, la vie en lui et toujours détromper l’imitation la plus parfaite et accomplie que porte l’autre fable.

De fait, dans le contexte des Mille et Une Nuits, Eros, expression de la vie, est croisé avec Thanatos, expression de la mort, et ensemble, dans ce tissage sublime, inscrit dans le Saint des Saints du subconscient, ils récitent ensemble:

Roi, il ne faut pas dormir. Peuple, il ne faut pas dormir.


Ce à quoi, dans l’Opéra, Nessum Dorma, fait un écho triomphal.

Nessum Dorma au pays de Sheherazade.

Celui qui dit ce qu’il dit

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*Il y en a tant, dans des champs si variés qui vont de Chaplin à Saint-Saens, à Tchaïvkosky, de Dysney à Marvel, – en passant leurs équivalents que je ne connais pas – qui ont dressé les fables pour faire déborder leur grâce enfantine hors de leur langage initial vers celui de la grâce et du mouvement. Ils doivent, dans toutes les langues, être remerciés. Ils permettent que se sauve le monde. Ouïr. Voir. Parler.

L’être immédiat

Oscar Wilde, dans Le Portrait de Dorian Gray, met en scène un jeune homme qui échange l’intégrité de son âme contre la promesse d’une jeunesse éternelle. Tandis que son visage reste intact, c’est son portrait — caché — qui encaisse les marques du temps et de la déchéance.

Notre époque, elle aussi, vit ce pacte faustien.
Elle confie à ses représentations numériques, festives, radicalisées, le soin de briller — pendant que le réel, lentement, se corrompt. L’être recule. Le masque triomphe.

Ce n’est plus la vérité de l’être qui appelle au respect de sa dignité, c’est le slogan qui dénature les deux

Ce n’est plus l’âme qui s’exprime, c’est la bannière.
Ce n’est plus la vérité de l’être qui appelle au respect de sa dignité, c’est le slogan qui dénature les deux.

C’est dangereux. Très dangereux. Même en couvrant le tout de bons décibels aux couleurs de la tolérance.

Là où certains vivaient leur orientation ou leur identité avec pudeur, dans la dignité,
on érige désormais des caricatures — parfois provocantes, souvent manipulées — pour tester les lignes de fracture.

Et quand ces figures outrancières sont brandies comme des défis culturels et des injonctions à plier la conviction de l’autre en y soumettant celle du plus grand nombre, en particulier face à des traditions comme l’islam, ce n’est pas la paix qu’on cherche. C’est la collision et le malaise.

A force d’expressions externalisées, de mises en scène émotionnelles, l’individu devient incompatible avec lui-même

Le plus dangereux n’est pas cette guerre extérieure, mais la fracture intérieure qu’elle provoque.

L’individu, poussé à se sur-affirmer, finit par ne plus coïncider avec sa propre vertu et, moins encore, avec la variété de sa propre nature.
À force d’expressions externalisées, d’identités surjouées, de mises en scène émotionnelles, il devient incompatible avec lui-même. Ce qui le rend incompatible avec son prochain.

Toute politique, qui consiste à faire dialoguer la fécondité des vertus, recelées sous tant de formes surprenantes, et la nature humaine, y devient vaine. De plus en plus bavarde, quand elle se rend compte qu’elle devient vaine.

Elle devient slogan sensible uniquement aux slogans.

C’est cela, le dessein silencieux de l’époque :
conduire chacun à sa propre désintégration.
Utiliser les paroxysmes pour que plus rien ne tienne,
ni les liens entre les hommes,
ni la cohérence intime de l’âme.

Ce qui devrait s’élever en pudeur, se dresse, totem phallique au milieu du forum, en performance.

Car sous des désirs souvent sincères, parfois joyeux, parfois blessés, parfois beaux,
se glisse un piège — celui du démonstratif.
Ce qui devrait s’élever en pudeur, en intelligence, en lucidité — en sainteté décalée,
comme chez tant de poètes, de chanteurs, de littérateurs…
se dresse, totem phallique au milieu du forum, en performance.

Ce n’est pas cette place qui revient au totem phallique.

Il a plein d’autres lieux pour se manifester à bon droit.

Car cette performance venue de l’oeil pour toucher l’oeil, pour pure qu’elle soit dans son dessein natif, est exploitée, récupérée, montée en étendard, et devient
un poison à effet lent et rétrograde pour la convivialité.

Ce poison, ceux qui ne veulent pas le vivre-ensemble le connaissent bien :
ils s’en saisissent, le brandissent,
et au gré des circonstances — qui ont, n’en doutez pas, leur propre génie et leur propre imagination —,
ils en font une arme. Une fracture. Un levier.

Je ne fais danser personne autour de mon point de vue. Même s’il en avait l’attrait et le pouvoir logistique.

Je serai heureux, simplement, qu’il danse partout ailleurs. Car la danse est essentielle. Elle libère de toute entrave.

Une vertu criée est déjà une vertu trahie puisqu’elle déchire l’intégrité de l’autre vertu

La déflagration mentale que traverse notre époque est d’abord une affaire de vision.

Il ne s’agit pas de prôner le silence ou le retour à l’ombre,
mais de se souvenir que l’authenticité n’a pas besoin de projecteur.
Une vertu criée, autant que celle qui surenchérit par la provocation du dogme, est déjà une vertu trahie puisqu’elle déchire, comme si elle n’était de rien, l’intégrité de la vertu de l’autre.


Il existe, entre la pudeur et la liberté, un lien subtil, mais sacré, auquel la République Française, dans l’intelligence spéciale qu’elle s’efforce de faire prévaloir, tente de conserver, tiraillée de toutes part, de donner à la fois principe et nom.

Car ce n’est qu’en lavant les yeux — en retrouvant un regard juste, non altéré, non instrumentalisé —
que le libre-arbitre peut à nouveau respirer.
Et avec lui, la possibilité d’un dialogue.
Et peut-être même, d’une paix.

La grande paix.

La grande paix, méritée par tous autant que par chacun.

Elle ne peut survenir que, cessant d’être des personnages,
nous redevenons des êtres.

L’être immédiat.
En chacun, il est.

PS: Suis-je bête, j’ai oublié de dire qu’Oscar Wilde était homosexuel. George Mickaël, qui chantait de si belles choses, aussi. Alan Turing, qui brisa Enigma, également. Ils interprétaient, par-dessus cela, la partition de leur vraie nature. Leur grâce demeure.

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Les voies de l’hameçonnage sont-elles si impétrables

On ne sait rien de la teneur des échanges qui ont eu lieu au Kremlin, ce 23 juin 2025, entre le ministre des Affaires étrangères de la République islamique d’Iran et son homologue russe, en présence de Vladimir Poutine.
On sait seulement que le MAE iranien était porteur d’une lettre personnelle de l’ayatollah Ali Khamenei.

Publiquement — ce qui ne constitue pas une surprise — la Russie a condamné les frappes engagées par Israël.
Mais nul, sinon les intéréssés eux-mêmes, ne sait si la proposition avancée la veille par Dmitri Medvedev, vice-président du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie (présidé par Vladimir Poutine lui-même), a été abordée et surtout si l’IRR a mordu à ce qui ressemblait plus à un grossier hameçonnage qu’à un soutien sérieux et authentique.

Medvedev y assurait que plusieurs pays seraient prêts à fournir à l’Iran des têtes nucléaires afin d’armer ses missiles.

On ne sait pas ce qui s’est dit. On ne peut entrer dans le secret des dieux.
Restons par conséquent sur le terrain des hommes, avec cette évidence : si des secrets compromettants lient la République islamique d’Iran à la Russie d’un ancien agent du KGB, alors le moment vient pour ce dernier de les neutraliser.

Vladimir Poutine n’a jamais hésité à sacrifier ses adversaires et ses partenaires encombrants pour avancer.

Car cet homme — les cadavres sur son chemin le confirment — possède des protocoles opérationnels pour ce genre de liquidation silencieuse.
Toujours à l’abri d’être exposé.

Il agit, toujours, avec plusieurs coups d’avance. Et l’offre — retirée depuis, à 11h59 précisèment ce jour, après une spectaculaire réaction de Donald Trump sur Truth Social — n’était peut-être pas tant une erreur qu’un grossier hameçonnage opéré avec l’épée de Damoclès américaine suspendue au dessus de la tête.

Il n’a échappé à personne que Donald Trump a récemment menacé le guide suprême de l’Iran, de suppression physique en affirmant savoir où il se trouvait et pouvoir donc l’atteindre « à tout moment ».

Cela signifie la mort

de l’UE à terme,

car un puissant mainstream

de « normalisation doctrinale »

passera sur nous

Bien sûr, la Russie se prévaut d’avoir signé, en mai, un partenariat stratégique avec l’Iran. L’Iran l’a honoré en livrant des drones utilisés contre l’Ukraine par les Russes. La Russie, en retour, lui assure un service minimum, mais cela ne tient qu’en apparence à la limitation de ses capacités militaires concentrées pour venir à bout de l’Ukraine.

La raison en est qu’un partenariat n’est pas une alliance, et que Poutine a sans doute déjà embrassé la perspective d’un axe géopolitique autrement plus profitable — idéologiquement et impérialement. Le sacrifice de l’Iran, qui appréciera ce cynisme froid, échangé contre l’Ukraine scellant, en définitive, le deal du siècle, avec prix Nobel à la clé pour Trump.

Et l’effacement de l’UE à terme, car un puissant mainstream de « normalisation doctrinale »  passera sur nous. Car c’est cela que cela signifie. La Russie fera la loi. Elle fera sa loi sur l’Europe ou, alors, il faudra la guerre.

Cet axe illibéral et néo-Occidental part de Washington pour rejoindre Moscou, en passant par Tel-Aviv.
Il tente d’embarquer tout le monde, à la faveur de l’effet aphrodisiaque globalisé qu’exerce la chute de Qom.

Poutine rassure Khamenei quant à sa fidélité. Trump joue le saltimbanque virevoltant d’une position à l’autre, sans paraître poursuivre une ligne cohérente. Rassurant quand le temps vient de sembler le redevenir, fantasque le reste du temps. Il est surtout cohérent quand il est fantasque. C’est son camouflage. Sa furtivité à lui.

La ligne qui semble incohérente est l’axe qui se forme irrésistiblement, sous l’effet aphrodisiaque de la mise à mort d’un régime que nous avons appris à haïr.

Sous ce prisme, beaucoup de choses prennent sens.
Cet axe doit être brisé.
Avant qu’il ne nous brise car c’est ce qu’il fera.

Il a hameçonné, lui aussi, déjà tant de monde.

La fourmi noire, la nuit, la pierre noire.

#LeCID

Dans l’obscurité, l’étincelle du double langage

Le vice-président des États-Unis, J.D. Vance (@VP), a déclaré, le 22 juin 2025 :

> « La Russie et la Chine ne veulent pas que l’Iran développe des armes nucléaires. »

Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, lui a répondu sèchement :

> « La Russie et la Chine n’acceptent aucune ingérence des États-Unis dans leurs affaires intérieures. Toute personne parlant au nom de nos deux pays, sans le faire en notre nom, devrait s’en abstenir. »

Elle a insisté : la Russie et la Chine expriment elles-mêmes leurs positions, par la voie de leurs ministères respectifs. Toute prise de position conjointe doit être explicite, et non supposée.

Mais ce qui est curieux, c’est que Zakharova elle-même s’exprime ici au nom de la Chine — officiellement, et à ses risques et périls.

Ce miroir tendu soulève des questions :
– Vance a-t-il été induit en erreur par ses liens connus avec certains cercles pro-russes ?
– Ou bien a-t-il, sans le vouloir, révélé la duplicité du discours du Kremlin ?

Car, au même moment, Dmitri Medvedev déclarait publiquement que « plusieurs pays » pourraient fournir à l’Iran des ogives nucléaires — contredisant à la fois la position chinoise et la doctrine officielle de non-prolifération.

Ce désalignement tactique révèle une asymétrie plus profonde :

– L’Iran cherche une légitimité stratégique.
– La Russie cherche, elle, un chaos régional maîtrisé, particulièrement susceptible de faire grimper les prix du pétrole pour compenser l’hémorragie de son budget de guerre.

La République islamique d’Iran doit se poser la question :
Quel rôle la Russie veut lui faire jouer ?
Dans quel jeu est-elle réellement impliquée ?

Elle doit hâter sa métamorphose, ou elle pourrait bien se retrouver sacrifiée comme un pion.

Une interrogation existentielle.
Comme Shakespeare aurait pu le dire : To be, or to be used?

Soyons clairs :

Ce que nous voyons se dessiner est peut-être plus qu’une crise diplomatique.
C’est l’esquisse d’un troc silencieux, presque parfait, et difficile à arrêter.

Une reconfiguration des priorités mondiales, où le chaos au Moyen-Orient n’est pas une menace, mais un levier.
Une région volontairement inflammable pour faire grimper le prix des hydrocarbures.
Un Iran livré aux flammes pour payer le prix de l’abandon de l’Ukraine auquel Trump veut contraindre l’Europe et le monde.

Et, dans l’ombre, un nouvel axe en formation — non plus Est contre Ouest, mais une convergence de souverainismes durs, alignant Washington, Tel-Aviv et Moscou.
Une configuration déjà assumée, sans honte, par les droites radicales montantes sur plusieurs continents.

09/08/2035: cette version est, sans doute, à amender.

Chronique prudente à l’ère des récits viraux

La vitesse, cette fois indépassable, car accordée à celle de la vérité — est bien celle de la lumière. Du viol des femmes  (Dr Denis Mukwege) comme acte de guerre au viol de l’idée des femmes dans l’inconscient collectif, symptômes du retour de l’archaïsme. On ne joue pas avec la nature humaine. Je vous le dis: elle finit par se rebeller.

À la Fête de la Musique qui a eu lieu le 21 juin 2025, 145 femmes disent avoir été piquées. L’an dernier, c’était pareil. L’année d’avant aussi. Ce phénomène, serpent de mer médiatique et policier, se rappelle à nous comme les punaises de lit : on le redoute, on en parle, mais on ne l’attrape jamais. Il démange plus qu’il ne se démontre.

Cela active un réflexe collectif : œstrogènes, testostérone, pulsions et paranoïa mêlées — toujours autour de « nos » femmes. Le « nos » est, ici, à comprendre au sens strictement politique, tribal même. On ne protège pas des femmes : on protège nos femmes. Une Ferrari nerveuse de peurs masculines, d’honneurs symboliques et de souveraineté intime. L’eau de Cologne des récits nationaux.

Un Ferrari rouge vif de nationalisme se cabre dans l’inconscient collectif.

Une affaire à retentissement mondial,
Cologne 2016, multipliée à l’échelle médiatique…
et judiciairement ? Que reste-t-il ?
Une montagne idéologique et une souris procédurale.

Au Royaume-Uni, l’histoire semble inversée. Ce ne fut pas le surgissement du scandale, mais, doublement efficace puisque jetant le soupçon de la corruption et de la pusillanimité des moeurs judiciaires, et donc du pouvoir jusqu’à son sommet, son potentiel étouffement qui alimente les flammes du ressentiment.

Il s’agit ici de mettre en application, de manière subreptice, un ressort particulier. Il s’agit d’accuser non plus l’événement en soi, mais la peur de nommer les choses par leur nom de peur de l’onde de choc que recèle la vérité. Entendu que c’est cette peur, et non le scrupule et tout ce qui s’y rattache de positif, qui paralyserait les institutions légales et constitutionnelles. La lâcheté du gouvernement, donc.

Ce registre est accusatoire. Il a cette puissance. Il incrimine le sacrifice scient, par l’Etat, au nom d’une forme de « Pas de vagues » – petite musique récurrente en France s’agissant des rapports entre l’islam et l’école publique, soit dit en passant, révélatrice de l’emprise de ce phénomène cognifitif à l’oeuvre.

Mais, si, pour revenir aux gangs pakistanais et aux jeunes adolescentes anglaises, tel devait être le cas, c’est-à-dire si cette « vérité », sous-entendue pour être implacable et qui fait peur à ce titre (au point qu’un gouvernement de sa gracieuse majesté le place au dessus de l’intérêt de ces filles à lui pour préserver, sauver même, la paix communautaire) doit être levée, alors il faut mettre cette vérité entièrement nue sur la place publique, sans lui faire dire d’avance ce qu’elle a à dire. La regarder – sous tous les angles! – et entendre tout ce qu’elle a à dire elle-même, plus que ce que ceux qui exploitent sa prétendue veine lui font dire.

S’agissant du RU, je voudrais conclure par quelque chose de très décevant, infiniment décevant: on ne peut que se garder de jugements hâtifs en dépit et même en raison de la pression médiatique qui s’exerce, et attendre que la Justice dont il est bon et sage d’attendre qu’elle se hâte lentement parce qu’il est infiniment rassurant de ne pas la voir obéir ni à l’écume ni aux rugissement des Ferraris du nationalisme aveugle, qui a déjà conduit le Royaume-Uni à brexiter.

Ce qui compte, donc, lorsque tous les repères sont brouillés (à dessein, cela ne fait aucun doute), c’est conserver aux événements une saine distance critique et épistémologique, comme on dit.


Le processus judiciaire dira. Il doit dire.
Mais souvenons-nous de l’Allemagne :
Une affaire à retentissement mondial, Cologne 2016, multipliée à l’échelle médiatique… et judiciairement ? Que reste-t-il ? Une montagne idéologique et une souris sur le plan judiciaire.
C’est toujours la même histoire.

Dans l’un cas comme dans l’autre : la même trame. La même tentation de conclure avant de juger.

Les « agressions de Cologne » surgirent à travers plusieurs villes, et jusque Göteborg, dans une étrange simultanéité, précisément au sommet de la politique d’accueil des réfugiés par Merkel ?
Trop net, trop bien cadré pour n’être que spontané.

Tout indique une opération psychologique : un signal, un trauma, offert aux caméras. Un point de rupture de plus pour ouvrir une ligne de fracture immense dans le récit humaniste européen et sa géographie mentale.

L’AfD n’avait plus qu’à dire : « Le gouvernement ne protège plus vos filles ». L’AfD, bien sûr, l’a fait.
Et laisser faire son travail profond, avec sa puissance archaïque, à l’instinct patriarcal et à celui de conservation.

Si par impossible, il s’était trouvé
que des centaines de jeunes filles
aient été sacrifiées,
pour provoquer une répression calculée
au plan stratégique,
contre la République d’Iran,
cela entâcherait ses auteurs

Toute règle possède son exception. L’exception qui soulève le même levier mais non plus à partir de nos femmes, mais des leurs, c’est le soulèvement des filles iraniennes. Sauf que, trop de choses m’amènent à le craindre, j’ai bien peur que les scènes de jeunes filles défiant, cheveux au vent, la Révolution Islamique d’Iran, utilise le même ressort.

Les récentes position politiques, cette fois, prises au nom du mouvement Woman Life Freedom, ou à tout le moins en lien avec sa cause, interroge sérieusement l’idée qu’il ait lui-même pu être instrumentalisé, pour cristalliser un ressentiment de la même nature à l’encontre de le République Islamique d’Iran.

Je le dis tout de go, sans la moindre complaisance: je forme le voeu de ne pas avoir à constater qu’il a été artificialisé à rebours. Ce serait appelerait une condamnation sans appel de l’opinion publique.

Si jamais, si par impossible, si en effet, il s’était trouvé que des centaines de jeunes filles aient été envoyées, sacrifiées, utilisées à dessein pour provoquer une répression calculée, cela afin de gonfler une réprobation médiatique utile, cela en retournant l’effet de ressort narratif (cette fois les filles qu’un autre tue, regardez comme il est vil), alors ce serait un crime à double visage, qui entâcherait de manière impardonnable ses auteurs, comme ses relais opératoires, pas ceux – dont je suis – dont l’innocence est flouée, utilisée sans vergogne.

Il s’agirait, stratégiquement, à partir du même potentiel, mais retourné pour afficher la cruauté de celui qui, lui, a une nature si éloignée de la nôtre, que c’est nous qui éprouvons l’empathie.

Car il n’y a pas d’honneur à cela, pas plus chez les bourreaux que chez ceux qui brandiraient ces supplices comme stratégie.

À jouer avec les ombres, on oublie parfois qu’elles vont plus vite que la lumière.
Du moins, selon les travaux réputés de Pierre Dac et Francis Blanche.

Ne jamais perdre de vue, non plus, les échelles.

Une éclipse solaire n’est qu’un petit caillou noir qui passe devant une étoile mille fois plus vaste. Et pourtant, il fait nuit.
Le petit satellite de la terre paraît aussi grand que le soleil alors qu’il n’en est rien.
Tout le monde le sait. Même Jean de la Fontaine.
Sauf les platistes.

De la dissuasion à l’impunité : dérive nucléaire et désordre stratégique

Il faut remettre en cause un postulat trompeur : celui selon lequel un pays « doté », c’est-à-dire possédant l’arme nucléaire, jouirait d’une impunité absolue. Ce postulat, que viendrait étayer le cas ukrainien et par extension démonstrative tirée à vitesse hypersonique des sorts advenus aux tyran irakien ou lybien, repose moins, si on examine avec un peu de soin la situation du soutien à Kyiv, sur une vérité stratégique que sur la prudence naturelle des chefs d’État européens, soucieux d’éviter une escalade continentale et, surtout, d’épargner à leurs peuples le prix du sang, tant que cela leur est encore possible.

Depuis l’agression brutale de l’Ukraine par la Russie en février 2022, cette prudence a pris la forme d’un soutien militaire massif, mais indirect : fourniture d’armement, formation, soutien logistique, mais sans engagement direct des troupes de l’OTAN. Cette ligne rouge — que Moscou cherche à exploiter — reflète un équilibre fragile entre solidarité active et peur de l’engrenage.

Ce prix, les sociétés européennes ne sont plus prêtes à le consentir, protégées depuis plusieurs générations par les dividendes de la paix que leur a apportés le rêve européen — ce même rêve aujourd’hui vilipendé par les promoteurs d’un souverainisme dicté par Vladimir Poutine.

Répéter que l’OTAN ou les Européens s’abstiennent d’un engagement plus direct aux côtés de l’Ukraine par crainte d’une rétorsion nucléaire russe est devenu une hérésie télévisuelle, un réflexe commode pour meubler le vide stratégique de certains débats.

Or, l’arme nucléaire n’a en réalité que deux portées :

1. Une portée militaire : la dissuasion par l’annihilation mutuelle

Elle repose sur un principe d’équilibre : toute attaque nucléaire entraînerait une riposte équivalente, donc la destruction de l’agresseur. Son usage est unique, terminal, et c’est justement cette certitude qui la rend dissuasive. Elle n’est pas une arme de conquête, mais de non-emploi.

2. Une portée dialectique : la rhétorique de la peur

C’est ici que la Russie excelle. En floutant volontairement sa doctrine d’usage, notamment autour de la notion d’« atteinte existentielle », elle instille le doute, la peur, et fait glisser la dissuasion vers l’impunité. C’est le cœur de ce qu’on peut appeler une doctrine d’impunité existentielle : toute entrave à ses ambitions impériales est posée comme une menace vitale, donc potentiellement justiciable d’une réponse nucléaire.

Ce détournement de la logique nucléaire ne menace pas seulement l’Ukraine ou l’Europe. Il subvertit l’ordre international, sape le multilatéralisme, et encourage la prolifération, non seulement par les armes, mais par les doctrines.

Medvedev, le messager
de la dérive

Ce n’est pas un hasard si Dmitri Medvedev, ancien président russe et actuel vice-président du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie, a publié, ce jour, 22 juin 2025, sur X, ce message :

> 2. The enrichment of nuclear material — and, now we can say it outright, the future production of nuclear weapons — will continue.
3. A number of countries are ready to directly supply Iran with their own nuclear warheads.

Familier des outrances, il est parfaitement aligné avec le sujet qu’il m’a semblé bon de soumettre, en parfait Candide, à analyse.

Car ce message ne protège pas l’Iran. Il prolonge la stratégie russe.
En affirmant la possibilité de livrer des têtes nucléaires à Téhéran, Medvedev multiplie les centres d’impunité, externalise la dissuasion et fait proliférer la doctrine d’anéantissement potentiel au profit des intérêts du Kremlin. C’est une forme de pollinisation stratégique, une dissémination de la menace.

Plus elle a d’adeptes, plus la Russie impérialiste et son systéme de prédation sont légitimés et essaimés.

Vous voyez le danger?

☢️L’Iran face à une tentation vénéneuse

L’offre de Medvedev est alléchante. Elle a tout l’air d’être une solidarité expresse. Elle est un couteau dans le dos. C’est, en effet, pour la République islamique d’Iran une tentation aussi séduisante que létale : celle de rejoindre le cercle vénéneux des puissances nucléaires.

Mais cette voie, si elle est prise, n’ajoutera aucune sécurité au peuple iranien. Au contraire, elle exposera ce dernier à l’isolement, à une intensification des tensions régionales, à des représailles à peine différées.
Et surtout, elle ne renforcera, en vérité, que la Russie, en propageant cette doctrine de l’impunité existentielle, dont il ne fait aucun doute qu’elle doit être tuée dans tous ses oeufs.

L’Iran va donc devoir, pour longtemps, assumer la légitimité du principe existentiel qu’il invoquera. Et dire de quoi elle émane. Car dans cette grammaire du monde, tout se paie — un jour ou l’autre.

C’est ce qui revient au régime de Téhéran pour sauver, beaucoup plus qu’une chimère, une nation réelle, faite de personnes honorables.

Telle est sa responsabilité à leur endroit.

La Chine ne met pas le bout
d’un seul de ses doigts
dans ce débat,
la Corée du nord ses deux mains;
Les autres puissances nucléaires : silences et distances

Fait remarquable : des puissances nucléaires comme l’Inde ou le Pakistan restent à distance stratégique de ce débat. Loin de cette rhétorique, elles n’entretiennent pas l’ambiguïté de doctrine. Leur posture est celle d’un équilibre régional contenu, malgré leurs tensions.

La Chine, impénétrable Empire du Milieu, se garde d’intervenir dans cette grammaire stratégique. Son silence n’est pas prudence : il est position, calcul, et souveraineté intacte.

En revanche, la Corée du Nord, elle, met tous ses doigts dans l’engrenage, assumant jusqu’à l’excès la dissuasion comme vecteur de chantage et de survie.

Kerbala doit être nulle part

Passer de « Kerbala is everywhere » à « Kerbala is nowhere » : déjouer l’instrumentalisation historique. Ne donnons pas à l’ayatollah Khamenei l’occasion de réaliser le coup parfait pour complaire aux calculs de Netanyahu, car lui aussi en fait un qui est loin d’être neutre.

Les tensions géopolitiques autour du dossier nucléaire iranien franchissent aujourd’hui un nouveau seuil critique, avec une radicalisation marquée de l’administration Trump, prête à engager directement les États-Unis aux côtés d’Israël face au régime des mollahs à Téhéran. Cette situation, déjà volatile, menace d’entraîner une escalade incontrôlable pouvant dépasser les frontières du Moyen-Orient.

En 2016, dans une réflexion stratégique intitulée « Vulnérabilité des démocraties à l’âge de la mondialisation », j’avais souligné comment une psyop conjointe orchestrée par la Russie de Poutine, utilisant la palette des nationalismes et des souverainismes en Europe, et l’Iran de Khamenei, instrumentalisaient idéologiquement la question palestinienne. Cette dernière était ainsi formatée pour nourrir diverses « révolutions » (anticapitalistes, altermondialistes, écologistes), cristallisant toutes les dimensions de l’injustice occidentale et des ressentiments anti-coloniaux comme levier stratégique. Pour l’avoir portée, je ne peux être suspect d’aucune sympathie envers ces régimes autoritaires et manipulateurs.

Dans cette crise, il est vraiment impératif de rappeler un élément central, souvent négligé dans les calculs géostratégiques occidentaux : la profondeur symbolique et émotionnelle du chiisme, structuré autour de la martyrologie et d’un ressentiment historique profondément enraciné face au sunnisme. Au cœur de cette sensibilité historique se trouve la bataille de Kerbala (680), où l’imam Hussein, petit-fils du prophète Mahomet, fut tué par les troupes sunnites du calife Yazid. Cet événement tragique constitue, depuis, le noyau spirituel et politique du chiisme, incarnant à la fois l’oppression, le martyr et la nécessité éternelle de la résistance face à l’injustice.

Or, les Etats terroristes
doivent mourir
de leur plus belle mort,
sans faire l’objet
d’un culte
ou d’une réminiscence
quelconques.

Le régime de la République Islamique d’Iran, depuis sa fondation en 1979, a constamment mobilisé cette mémoire collective, cultivant une conscience victimaire qui peut être activée stratégiquement en cas d’agression extérieure. L’Iran a certes récemment cherché une certaine normalisation diplomatique avec l’Arabie Saoudite sous l’égide de la Chine, mais cela ne doit pas faire oublier que, pendant des décennies, Téhéran proclamait avec force « Kerbala is everywhere », vouant le Royaume Saoudien à la damnation et plaçant le martyr au cœur de son identité politique et religieuse.

Pourtant, il est essentiel de passer d’une emprise dans l’inconscient collectif qui scande « Kerbala is everywhere » à un constat lucide : « Kerbala must be nowhere », révélant ainsi que l’évocation permanente de ce martyr est un instrument conscient et délibéré de manipulation historique par la Révolution Islamique d’Iran. Cette dernière, tout en se rapprochant opportunément de l’Arabie Saoudite, masque son jeu par une instrumentalisation habile du conflit israélo-palestinien, espérant ainsi coaliser la Oumma (communauté musulmane mondiale). Ne lui donnons pas l’occasion de réaliser le coup parfait pour complaire aux calculs de Netanyahu, dont la stratégie est loin d’être neutre et elle aussi porte des arrière-pensées dangereuses.
Tout le monde y perdrait.

Aujourd’hui, les déclarations agressives de Donald Trump évoquant explicitement la possibilité d’éliminer physiquement le guide suprême iranien Ali Khamenei, bien que tentantes sur le plan tactique, seraient catastrophiques à long terme. Car un acte aussi brutal ne ferait qu’incarner davantage Kerbala dans le présent. La mort violente du leader spirituel suprême iranien, loin de décourager ses soutiens, risquerait de le sanctifier comme martyr, galvanisant les forces chiites bien au-delà de l’Iran, et enracinant une haine plus profonde et plus durable contre l’Occident.

L’Iran pourrait sombrer dans une instabilité politique profonde, certes, mais son idéologie de résistance et de revanche historique se répandrait, telle une onde de choc, alimentant de nouvelles générations prêtes à prolonger un conflit sans fin. La Révolution Islamique d’Iran n’hésiterait pas, même au-delà des dégâts militaires et civils qu’elle pourrait subir ou faire subir à ses ennemis, à exploiter pleinement ce potentiel martyrisant qu’elle a minutieusement cultivé.
Or, les Etats terroristes nous doivent ce service de mourir de leur plus belle mort, sans faire l’objet d’un culte ou d’une réminiscence quelconques.

Les récentes mobilisations dans les universités occidentales, conjuguant des mouvements anticapitalistes, altermondialistes et écologistes, jusqu’à associer des figures telles que Greta Thunberg et Rima Hassan dans des happenings pro-Gaza, montrent comment l’Iran a réussi à infiltrer subtilement les imaginaires politiques et sociaux occidentaux dont l’agitation et la bordélisation ce qui ne passe pas par pertes et profits pour tout le monde puisque cela sert, au passage, les partis politiques alliés de Poutine, en leur mâchant leur rhétorique, dans la stratégie de faire éclater l’Union Européenne.

L’Occident doit donc mesurer soigneusement ses actions et ses mots. Si la neutralisation de la menace nucléaire iranienne est légitime, elle doit se faire par des stratégies plus intelligentes que le recours à la violence immédiate. Ne jouons pas inconsciemment le scénario écrit il y a plus de mille ans sur les sables de Kerbala.

Il est impératif, aujourd’hui plus que jamais, d’éviter que l’histoire du martyr ne se répète. Car une fois réveillé, le martyr ne meurt jamais. Il vit éternellement, alimentant un cycle sans fin de ressentiment et de vengeance.

Soyons vigilants. Kerbala pourrait bien résonner encore, aujourd’hui et demain, avec des conséquences incalculables pour notre monde déjà fragilisé.

#LeCID