Jordan Bardella, ombre couvée de Marine Le Pen, s’indigne aujourd’hui sur X
« On marche sur la tête : l’UE débloque des millions d’euros pour la filière viticole sud-africaine, alors que nos viticulteurs subissent de grandes difficultés. Je demande à la Commission d’annuler cette provocation et de consacrer cette somme à nos vignerons ! »
Une formule bien rodée, martelée, tel un leitmotiv appelant au fameux bon sens paysan, au métronome des éruptions de la colère paysanne — “on marche sur la tête” — et déjà vue lors des crises agricoles passées. Une mécanique à deux temps, huilée par des officines :
1. Impressionner la carte-mémoire du monde rural par des mots-clés soigneusement choisis — Afrique, culture, diversité, viticulture, abandon, par une campagne préalable sur les réseaux sociaux, constatée sur X…
2. Faire surgir le redresseur de torts : figure de résolution providentielle, incarnée par celui qui, “enfin”, remettra la tête à l’endroit.
C’est aussi puissant qu’un axiome philosophique énonçant que l’essence précède l’être, mais ici c’est du toc subliminal.
Remettons la tête à l’endroit dans quoi il est impossible d’y voir clair. Un accord commercial européen n’est pas un caprice bureaucratique : c’est l’expression concertée d’intérêts souverains, négociés, arbitrés, équilibrés. Cela se pense — cela ne “marche pas sur la tête”, cela pense avec la tête.
Comme le lui a opposé, avec force argumentation, le journaliste Maurice MARTIN, sur X, que je cite à partir de X, si Jordan Bardella siégeait réellement à Strasbourg, il saurait que ces 15 millions d’euros sont la régularisation d’un engagement vieux de 2002, pris dans le cadre d’un accord de libre-échange entre l’UE et l’Afrique du Sud.
Il saurait que cet argent est destiné à aider de petits producteurs historiquement exclus, dans un pays marqué par l’héritage de l’apartheid.
Il saurait, surtout, que cet accord a permis de protéger nos appellations françaises (Champagne, Cognac, Bordeaux…) en Afrique du Sud, mettant fin à des usurpations comme “Port” ou “Sherry”. Un gain stratégique pour nos terroirs.
Mais non. Il préfère travestir un acte de diplomatie commerciale en “cadeau fait à la concurrence”.
La réalité ? Il ne s’agit pas d’un scandale, mais d’un remboursement tardif.
Pas d’une trahison, mais d’un investissement réciproque.
Ce n’est pas de l’ignorance seule. L’ignorance serait vénielle. C’est une stratégie populiste, une mise en scène méthodique du ressentiment des foules pour corrompre le peuple :
> Surjouer l’indignation, travestir les faits, flatter et verser le sel de la terre dans les blessures ouvertes — et récolter, ensuite, en bout de processus dit démocratique, les dividendes électoraux.
C’est une faute indélébile. Car le sein que Monsieur Bardella tête, ce n’est pas celui de Marianne.
La mamelle de Natacha — nourricière de toutes les rancunes — abreuve ce poupon d’État, gonflé à l’hélium de sa vanité, le peuple n’en ayant jamais aucune.
Mais ce lait-là n’est pas un lait de croissance démocratique.
Il est l’arme la plus sûre de ceux qui veulent faire croire que l’intelligence est une trahison, et que le mensonge est un droit du sang.
À force d’avoir laissé diaboliser la technocratie, le peuple a fini par confier sa destinée aux caricatures.
Il n’est pas impossible de devoir se résoudre à admettre, c’est vrai, que
Natacha, et son foutu lait, ont du bon.
Le lait maternel qui coule du sein de Marianne est plus sûr.
PS: Ce lait que je tête toujours goûlument, même à un âge canonique, a fait de l’enfant à qui d’anciens maîtres ont littéralement fait entrer dans caboche – à travers la devise de Sully faisant les labourages et des pâturages les deux mamelles de la France -, celui qui croit à une Marianne qui ne s’en laisse pas conter. Sinon le goût de son lait ne serait pas le même et je le reconnaitrais.
