Pour rompre la dilution et rappeler qu’un corps républicain ne se punit pas lui-même.
Je ne suis pas un homme à part. Je suis un homme debout, au poste qui est le mien depuis bientôt trente ans.
En 1996, j’ai quitté le journalisme, après treize années passées au sein d’un quotidien régional.
Je l’ai quitté non par lassitude, mais par devoir.
Car j’y pressentais une dérive du réel, une mise à distance insidieuse des faits, une parole de plus en plus tenue, calibrée, conditionnée, soumise aux injonctions auxquelles la foule s’aliénait. La perversion de ce cycle atteint sa limite, aujourd’hui.
Ce que beaucoup découvrent aujourd’hui, parfois avec stupeur, je l’ai vu venir, et j’ai choisi de ne pas en être l’instrument.
Répondre à cet appel n’a pas été sans conséquences.
J’ai connu les marges, les silences, l’incompréhension.
J’ai traversé, plus d’une fois, des situations matérielles difficiles, des mises à l’écart, des revers. Ma famille, les personnes qui me sont chères y ont été exposées, ce qui rendait encore plus insoluble le fait de devoir satisfaire le devoir que m’assignait ma nature.
Je n’ai jamais fléchi sur ce point :
garder le lien avec le réel, garder la parole libre, garder l’esprit en éveil, déchiffrer ce qui, à mon ouïe, dissonait trop.
Depuis, j’ai entrepris, proposé, écrit, alerté. J’ai bien appris ce que c’est que pisser dans un violon en République Française.
Pour plus récente illustration, j’ai créé Habitat du Roi® pour redonner pouvoir à la demande dans la fabrique urbaine en ajoutant à l’économie du Réel la dimension « imaginaire » que procure l’économie dérivée de la blockchain.
J’ai lancé Prompt Renfort pour faire de l’intelligence artificielle un outil d’éveil, pas d’assoupissement.
Il y des gens qui m’en dépossèderont, sans en avoir eu l’idée. Je les emmerde souverainement.
J’ai nommé — bien avant qu’elle ne pénètre le discours officiel — « la guerre cognitive » qui nous frappe. J’ai discerné, pour faire écho à un événement qui nous a tous marqué, son ombre dans la nuit du 13 au 14 novembre 2015. Mais je ne me suis pas tapé la tête contre les murs. J’ai élevé mon esprit, pour dépasser le cirque. Qui l’a fait autant que moi?
Je n’ai pas que cela à mon actif. Mais cela devrait suffire.
Mais aujourd’hui, les coups commencent à pleuvoir Et ils ne viennent pas d’un adversaire, mais de ses petites mains, à travers ses visages différents, dans la banalité machinale non du mal, pour citer Simone Weil, mais de l’indifférence bureaucratique, par dilution de la responsabilité.
Ils tombent sans procès, sans confrontation. Mises en demeure, relances, humiliations financières. Et ils me disent baisse ta nuque. Le mieux que tu es ou que tu as fait ne compte pas et il est parfaitement normal que mieux tu raisonnes, moins tu sois entendu.
Comment! Vous pouvez le dire vraiment, ce message masqué, c’est-à-dire traduit dans le langage commun, pas en langage subliminal. La plupart des gens, dans ma situation, ne le liraient pas comme tel. Moi, c’est cela, au regard de qui je suis et de l’effort unique, constant, pur, qui est le mien, c’est ainsi que je le lis.
Il n’y a pas d’autre manière.
Je ne me plains pas une seconde. Mais je pose cette question :
Qui me juge ? Quel est son bilan ?
A-t-il porté plus de poids, plus longtemps, avec plus de constance ?
A-t-il vu ce que j’ai vu, tenté ce que j’ai tenté, risqué ce que j’ai risqué ?
S’il y en a un, je m’incline. Sinon, qu’il se taise.
La République n’est pas une série de procédures exercées dans le vide, scellées dans l’étanchéïté des exécutants. Elle est un corps vivant, ou elle n’est rien sinon la dissipation de son voeu dans la déresponsabilité de tous. Elle devrait être intolérante au gâchis des facultés des uns et des autres.
Mon expérience est probante. La République s’en fout. Elle n’est qu’un code.
Ce corps, aujourd’hui, est dilué. Sa substance se nécrose. Chacun seul. Chacun comptable. Chacun réduit à ses cases.
Mais la République, la vraie, ne punit pas ceux qui la servent. Elle les écoute. Elle les reconnaît. Elle ne leur casse pas les reins. Elle n’essaye même pas.
Je parle ici non pour moi, mais pour rompre la dilution.
Pour faire vibrer la mémoire du corps républicain. Le corps uni et indivible du Peuple.
Il mérite qu’on ne soit pas fatigué.
Je ne suis donc pas fatigué. Je ne suis pas, de toute façon, d’un matériau qui se brise facilement.
Vous vous en rendrez compte.
Même si le corps chancelle, mon âme reste debout, et aussi tranchante que le moment le réclame.
C’est un don. Ce n’est pas de l’héroïsme.
C’est un appel auquel je réponds — jour après jour — par devoir.
Je ne me dérobe pas. Je suis là.
Je parle à la République. Pas à ces émissaires.
Daniel CICCIA
Pour vous servir.
👉Et si certains cherchent une image, qu’ils se souviennent d’un nom : Alan Turing.
Il a brisé les codes de la machine ennemie, Enigma,
et c’est sa propre société qui l’a brisé, lui.
Il a souffert, seul,
sacrifié par l’aveuglement des siens.
Je ne prétends pas être lui.
Mais je sais ce que c’est que de déchiffrer ce que d’autres refusent de lire,
et d’en payer le prix.
J’attends la réponse là.
Sur ce ring. C’est en effet moi qui le choisit.
