Trouble à l’ordre public par saturation cognitive: analyse d’une stratégie de communication opérée sous couvert de lutte contre l’antisémitisme. A réprimer et à proscrire
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1. Contexte général
La présente note vise à mettre en lumière un phénomène communicationnel de plus en plus récurrent sur les réseaux sociaux, en particulier sur X (anciennement Twitter), où certains contenus, présentés comme des expressions individuelles ou militantes en faveur de la lutte contre l’antisémitisme ou des droits humains, semblent en réalité fonctionner selon une structure sous-jacente visant la stigmatisation implicite d’autres groupes sociaux, notamment les migrants ou les populations musulmanes.
Ces contenus, à travers leur viralité et leur ton pseudo-anecdotique, participent à une stratégie de confusion morale et cognitive, produisant une forme de saturation de l’espace public par des énoncés doubles : en apparence bienveillants, en substance discriminants.
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2. Cas d’étude : propos de M. Anton Struve
Dans un message publié publiquement sur X, M. Anton Struve, se présentant comme juriste, activiste et président de l’ONG « Nous Sommes Leurs Voix », relaie ce qu’il laisse apparaître comme un témoignage sincère, quasiment un cri du coeur d’un cousin québecois accablé par ce qu’il vit comme le déclin français :
> « La France, c’est sous-coté. La réputation internationale des Français, c’est d’être chiants. Le monde chiant et stressé, les migrants illégaux avec des couteaux, c’est à Paris. Les Français sont limite malaisants tellement ils sont gentils. C’est beau, l’air est bon, l’eau est potable partout. »
Ce message, ayant reçu plus de 271 000 vues au moment où j’écris ces lignes, a bénéficié d’une diffusion virale massive. Son ton prétendument empathique comme devant être celui des vrais patriotes, masque mal l’association stigmatisante entre migrants et dangerosité, déjà repérée dans des schémas de discours xénophobes contemporains. La réception massive d’un tel contenu crée un effet de normalisation, même lorsque le propos est habillé de neutralité affective.
Le statut de l’auteur, qui se revendique juriste et dirigeant d’une ONG humanitaire, accentue la portée du message, en lui conférant une aura de légitimité morale et intellectuelle.
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3. Hypothèse fonctionnelle : une stratégie de déstabilisation cognitive et de propagande politique
Nous formulons ici l’hypothèse que certains contenus viraux de ce type – ils tapissent le bruit de fond, particulèrement, du réseau X, imposant une sorte de tonalité dont il impossible de se départir – participent à une stratégie de saturation cognitive, au sens où ils opèrent un brouillage volontaire entre valeurs républicaines, causes universelles et propos insidieusement discriminants.
Ce brouillage repose sur un équilibre précis :
Revendiquer une cause morale légitime (lutte contre l’antisémitisme, droits humains)
- Introduire discrètement une représentation sociale stigmatisante (migrants violents)
- Bénéficier d’une immunité critique grâce au statut de la cause ou de l’auteur
- Provoquer un effet de contamination de l’opinion, difficilement réversible
Ce dispositif de brouillage s’inscrit également dans une action de propagande politique. En court-circuitant tout cadre régulateur (médias, débat contradictoire, temps de parole égalitaire), cette mécanique permet une capture du champ public par des forces extrêmes, en particulier les droites extrêmes et irrépublicaines, qui récoltent les effets politiques de ces diffusions virales. Par réaction, il favorise l’extrême-gauche et disqualifie le camp républicain de son à-propos.
Ces stratégies d’influence s’appuient sur des dispositifs de communication calibrés pour labourer les représentations collectives et moissonner ensuite les réflexes d’adhésion émotionnelle, en détournant les valeurs républicaines au profit d’une radicalité pré-structurée.
Ce qui est ici opéré, c’est bien une mise sous boisseau numérique de la souveraineté du peuple, dans la mesure où l’espace informationnel n’est plus un espace de délibération, mais un champ de manipulation sans contre-pouvoir réel.
Il ne laisse pour parade que le surplomb éthique ou moral qui se révèle sans effet probant dans cette toile d’araignée prompte à disqualifier l’objecteur comme hors sol ou Bisounours. Je n’en suis pas un.
Il devient essentiel de dénoncer le caractère insidieux de cette logique, qui usurpe la liberté d’expression pour court-circuiter les cadres régulateurs de la démocratie, tout en parasitant la mémoire collective. Ce dévoiement transforme le droit fondamental à la parole en un levier de captation politique déguisé.
Ce mécanisme, opérant sans média intercalé, sans règle de pluralisme, sans contre-discours organisé, résulte en une reconfiguration silencieuse du champ public, au profit de forces extrémistes qui s’affranchissent de tout processus délibératif.
Il s’agit d’un procédé communicationnel hybride entre le discours militant, le récit anecdotique, et le marketing affectif viral. Ce mécanisme peut être décrit comme une forme d’instrumentalisation de la parole publique à des fins de manipulation des représentations sociales.
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4. Conséquences juridiques et institutionnelles possibles
- Responsabilité individuelle de l’auteur au regard des articles 24 et 32 de la loi du 29 juillet 1881 (provocation à la haine ou diffamation publique contre un groupe).
- Responsabilité morale ou institutionnelle de l’ONG si elle cautionne, relaie ou ne prend pas publiquement ses distances vis-à-vis de tels propos. Une absence de réaction pourrait être interprétée comme une validation implicite.
- Signalement aux autorités compétentes (DILCRAH, CNCDH, Défenseur des droits, Préfecture) pour trouble potentiel à l’ordre public ou contradiction entre les statuts associatifs et les actes de communication.
- Réflexion élargie sur la responsabilité des plateformes à l’égard de la diffusion algorithmique de propos ambigus aux conséquences réelles sur la cohésion sociale.
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5. Conclusion
Les propos analysés ici s’inscrivent dans un cadre plus large de transformation des discours publics, où le militantisme moral peut être détourné à des fins de polarisation. La vigilance des institutions, des associations et des citoyens doit s’exercer non seulement sur le contenu explicite, mais sur la structure implicite des messages viraux, et sur les effets systémiques qu’ils produisent dans l’ordre informationnel et dans l’espace démocratique.
Un tel diagnostic appelle à des outils de détection, de régulation et de responsabilisation proportionnés à la complexité du phénomène observé.
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6. Violation des principes constitutionnels et exposition juridique des acteurs
Si des liens avérés sont établis entre des formations politiques, des activistes ou des ONG, et une stratégie visant à déstabiliser les perceptions collectives en vue de favoriser une prise de pouvoir par des voies déloyales ou contraires à l’esprit républicain, alors plusieurs principes juridiques fondamentaux sont violés.
Cela relève non seulement de la manipulation de l’opinion, mais aussi d’une forme insidieuse de fraude à la souveraineté populaire.
Parmi les principes constitutionnels bafoués :
- Article 1er de la Constitution : la France est une République démocratique et assure l’égalité devant la loi.
- Principe de pluralisme politique, garanti par la jurisprudence du Conseil constitutionnel, nécessaire à l’exercice de la démocratie.
- Principe de sincérité du débat public, qui interdit les altérations systémiques des conditions de délibération ou de perception collective.
L’article 1er de la Constitution est transgressé. Même lorsque la manœuvre échappe à la caractérisation pénale directe — du fait de son brouillage lexical, de son habillage moral ou de son apparente anecdotalité — elle n’en demeure pas moins illicite par la clarté de son effet opérationnel et l’objectivité de son intention stratégique.
Ce n’est plus ici le droit positif seul qui est mis en cause, mais le socle même de l’ordre constitutionnel, dès lors que l’on instrumentalise les libertés fondamentales — notamment la liberté d’expression et d’association — pour altérer, par voie détournée, les conditions d’un débat démocratique sincère et pluraliste.
Il convient alors de reconnaître que la Constitution peut être violée sans que la loi ordinaire ne parvienne à qualifier l’infraction, lorsque l’atteinte résulte d’une stratégie d’ensemble qui vise à renverser insidieusement le sens même de la République au profit d’une idéologie dissimulée derrière des figures d’autorité morale ou politique.
Les personnes physiques ou morales impliquées peuvent être exposées à :
- Des poursuites pénales, pour provocation à la haine, diffusion de fausses nouvelles ou incitation à la discrimination.
- Des sanctions administratives, dont la dissolution d’association (art. L212-1 CSI) ou la suppression de subventions.
- Une exposition publique majeure : disqualification morale, perte de partenariat, mise à l’écart institutionnel.
Ce type de mécanisme ne doit pas seulement être dénoncé. Il doit être documenté, contrôlé, proscrit. Il en va de la protection du processus démocratique contre les stratégies de captation médiatique et d’usurpation de la parole citoyenne.
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