Un climat séditieux s’empare de la France

La censure du Conseil constitutionnel sur la loi Duplomb, et les attaques désinhibées qu’elle déclenche, démontrent qu’un climat séditieux s’empare de la France. Il a ses têtes d’affiches. Ses artisans. Ses petites plumes. Ses héros.
Le Conseil constitutionnel, juge de paix de la République et garant de la constitutionnalité des lois, est aujourd’hui dans l’œil du cyclone. Et le cyclone est partout. Les partis d’opposition rêvent de le dissoudre pour dire eux-mêmes la volonté du peuple, s’érigeant en interprètes uniques de la souveraineté et prêts à faire entrer la démocratie dans l’ère des rapports de forces médiatiques.

C’est ici que la bordélisation apparaît dans toute sa complexité. Elle possède son agitateur histrion (LFI), qui assume sa violence iconoclaste et théorise ouvertement la “conflictualité nécessaire” comme passage obligé vers la révolution, imposant sa doctrine à l’essentiel de ce que fût la gauche de responsabilité. Mais cette agitation sert en réalité tout le spectre de l’opposition, chacun entretenant sa posture, tout devenant une compétition entre postures.

Dans ce climat, l’exécutif se retrouve comme les bourgeois de Calais devant Édouard III : contraint d’avancer en pleine lumière, dépouillé de ses armes, de ses habits de majesté et même de sa liberté de mouvement, tenant entre ses mains les clefs de la maison France. Ce n’est pas ici l’ennemi extérieur qui dicte la mise en scène, mais un système intérieur devenu fou, où chaque camp joue sa partition sur fond de bordélisation. L’exécutif devient l’otage consentant d’un rituel d’humiliation, offert à l’opinion publique, sous les regards mêlés de ses adversaires et de ses alliés supposés.

Le processus suit une mécanique en deux temps :

  1. Phase d’accoutumance rhétorique
    On habitue l’opinion à entendre des attaques systématiques, outrancières ou conspirationnistes contre le Conseil constitutionnel. Individuellement, elles échappent toujours à la sanction, mais elles instillent une suspicion permanente. L’auditeur régulier ne voit plus un organe neutre, mais un adversaire politique à abattre, un empêcheur de tourner en rond. Cette phase est latente depuis les années 90, mais elle est plus marquée depuis Jacques Chirac. Aujourd’hui , elle achève sa mue dans la décomplexion totale.
  2. Phase de justification a posteriori
    Lorsqu’une décision défavorable est rendue, la défiance semée en amont est exploitée. La critique devient légitime, “évidente” : « Voyez, nous l’avions bien dit, ils sont partiaux ». On inverse ainsi la charge morale : l’attaque ne serait plus illégitime, c’est la décision institutionnelle qui devient suspecte.

📌 Ce mécanisme relève d’un usage séditieux de la liberté d’expression : non pas contester une décision (ce qui est démocratique), mais instrumentaliser la contestation pour saper la confiance dans la régulation constitutionnelle, tout en feignant de défendre l’État de droit.

Or, le Conseil constitutionnel n’est pas une épine dans le pied de la République : il est son scrupule — au sens étymologique, ce petit caillou pointu qui oblige à ralentir la marche pour éviter de tomber. Ce scrupule est la garantie que la souveraineté ne s’exerce pas seulement par la force de la majorité du moment, mais dans le respect durable des règles qui nous lient collectivement.

La bordélisation déborde partout. Elle annonce une rentrée parlementaire, sociale et politique qui, d’une manière ou d’une autre, entrera dans l’Histoire — la grande Histoire de France — comme le moment où toutes les digues ont cédé, ou celui, que j’espère et soutiens, où elles auront mieux que résisté : où elles auront fait reculer la tempête.

Toutes les organisations sont sur le pont et portent des revendications variées, mais convergent dans leur cible : réforme budgétaire, réforme sociale, défense des services publics. Elles traduisent une convergence des luttes, entre secteur public (santé), transport, salaires, conditions de travail, et aspirations citoyennes « spontanées » du type de celles que le mouvement des gilets jaunes a su lever, pour casser ce gouvervement et désceller le président de la République de sa position institutionnelle.
C’est, derrière l’apparence bigarrée des banderoles et l’air faussement festif, un projet de renversement de la République habillé en polichinelle de gaîté triste.
Les agriculteurs, la ruralité, caressée dans tous les sens du poils par les populistes et démagogues, devraient trouver moyen de faire entendre leur voix. Tout dans le contexte est favorable pour réalimenter le feu éternellement frondeur de leur « colère » et justifier, ainsi, que la France est bien le pays de toutes les colères.

1. La loi Duplomb comme révélateur

Le point de départ est clair : la loi Duplomb, adoptée en juillet 2025, visait à corriger — ou plutôt assouplir — certaines dispositions jugées rigides de la loi Egalim.
Loi Egalim 1 (2018, Macron / Édouard Philippe) et Egalim 2 (2021, Macron / Jean Castex) avaient introduit des normes environnementales strictes : interdiction des néonicotinoïdes, encadrement des pesticides, contraintes accrues sur l’eau et les élevages.
Ces mesures répondaient à une sensibilité écologiste forte, mais souvent au détriment de l’agriculture intensive — pilier de la souveraineté alimentaire et de la puissance exportatrice française.
Il est nécessaire de considérer que les périodes de durcissement réglementaire (néonicotinoïdes, acétamipride, méga-bassines) coïncident avec des phases où l’aile écolo au gouvernement était incarnée par des personnalités au profil militant ou assumant un rapport idéologique fort à l’écologie — Hulot et Pompili en particulier.
Ce sont eux qui ont porté ou soutenu l’intégration des normes contraignantes dans Egalim et dans la politique agricole/environnementale.
La loi Duplomb n’était pas une révolution : elle cherchait à revenir partiellement sur ces verrous qui rendent l’agriculture à vocation productrice impossible. C’est dans ce contexte que le Conseil constitutionnel, saisi, a censuré certaines dispositions (dont la réintroduction élargie de l’acétamipride).

Peut-on lui reprocher de lire la constitutionnalité?

En nommant Agnès Pannier-Runacher et Christophe Béchu, en 2022, Emmanuel Macron a rompu avec l’écologie militante incarnée par Hulot ou Pompili, au profit d’une approche plus industrielle et centriste.
Il faut voir comment ce recentrage a déclenché un mur de propagande, porté à la fois par certaines ONG, relais médiatiques et oppositions politiques, visant à délégitimer cette orientation dans l’opinion.
Chaque pas hors du dogme écologique établi devient alors une bataille d’usure, où la politique publique se joue moins sur ses résultats que sur la capacité à survivre à la tempête médiatique.

>Imagine-t-on tolérer qu’un cénacle s’arroge le droit d’apposer, avant toute élection, un sceau de conformité “marxiste” sur chaque candidat ?
Pourtant, sous une autre étiquette, cette logique s’est installée : un filtre idéologique préalable, imposant à tout prétendant à la magistrature suprême de se plier aux dogmes d’une cause, au risque de l’excommunication médiatique.

2. La mécanique de la bordélisation

Là commence l’opération politique :

  • Ceux qui ont voté pour la loi (y compris des ténors en costume) s’indignent ensuite de sa censure, accusant le Conseil constitutionnel d’entraver “la volonté du peuple”.
  • On a ainsi préparé le terrain par un discours d’accoutumance : habituer l’opinion à considérer l’institution comme un acteur politique partial.
  • Cette bordélisation n’est pas spontanée : elle s’alimente du désordre de rue, des coups médiatiques, des narratifs simplistes, et elle sert aussi bien les radicaux visibles (ZAD, black blocs, anti-bassines) que les politiques policés qui prospèrent sur la défiance.

Le désordre nourrit le marché des postures : plus la situation est chaotique, plus il est facile pour ces acteurs de se présenter comme l’alternative “lucide” ou “courageuse”.

Dans un système saturé de bruit et d’images fortes, le discours nuancé ne passe plus — il faut donc exagérer, provoquer, marteler des formules qui polarisent.

Le chaos de rue et la confusion institutionnelle sont alors les conditions idéales pour ce marketing politique.

3. Les fourches caudines acceptées par tous

La situation telle qu’elle apparaît aujourd’hui n’est pas le fruit du hasard.

Elle vient de loin et, si procès il doit y avoir, c’est de l’ensemble de cette période, relâchement après relâchement, qu’il faut le faire. Car, cepuis l’inscription du principe de précaution dans la Constitution sous Chirac (2005), inspirée en partie par la rhétorique de Nicolas Hulot (« La maison brûle… ») qui a donné un second souffle au mandat, tous les gouvernements se sont pliés à un cadre qui réduit leur marge de souveraineté au nom d’une écologie d’affichage.

Chaque exécutif a intégré qu’il devait sa respectabilité et, surtout, sa faisabilité politique à une “caution écologiste” et à la conformité à des injonctions émotionnelles plutôt qu’à l’arbitrage fondé sur la raison et le consensus scientifique.
Ce filtrage idéologique a glissé de l’environnement au cœur même de la décision stratégique — avec pour effet que la gestion du risque a remplacé sa maîtrise, et que la prudence est devenue paralysie.

Cette soumission s’est traduite d’une manière inodore et incolore, mais elle devrait inspirer, au-delà du consensus bon enfant, des questions, car il s’agit de souveraineté énergétique, alimentaire et agricole qu’il est, tout de même, question.

Lors de la campagne présidentielle 2017, Nicolas Hulot, via sa fondation (Fondation pour la Nature et l’Homme, ex-Fondation Nicolas Hulot), avait mis en place un audit environnemental des programmes de chaque candidat.
Cet audit prenait la forme d’un “baromètre” notant la compatibilité des propositions avec les objectifs écologiques fixés par la fondation, et les résultats étaient rendus publics.
C’était une manière de mettre la pression sur tous les partis, en donnant à l’écologie un statut d’épreuve obligatoire pour tout candidat à la magistrature suprême.


Après 2017 :

  • Ce dispositif a été réédité pour la présidentielle de 2022, toujours sous la forme d’un baromètre, mais cette fois porté par un collectif élargi (Réseau Action Climat, FNH, Greenpeace, etc.) et davantage relayé par les médias spécialisés et généralistes.
  • Ce type d’“audit” est désormais institutionnalisé dans le débat politique français : chaque grande échéance électorale (présidentielle, européennes) voit paraître des grilles d’évaluation des programmes sur des critères écologiques, portées par des ONG ou des think tanks.

📌 Cette pratique se perpétue, même si Hulot n’en est plus la figure centrale.
L’outil est devenu un rituel d’entrée dans la compétition politique — et constitue, un filtre idéologique de fait : tout candidat est sommé de se positionner par rapport à ces critères, ce qui façonne le cadre du débat avant même qu’il commence.

4. Le rôle de l’environnement médiatique

Tous les gouvernements, tous, sont passés sous ces fourches caudines. Il est temps de s’en libérer car elles font mal à la France et elles font mal à l’Europe et au monde.
Et nous savons qui, en favorisant l’hystérie des débats, tire le plus froidement du monde les dividendes de chaque retrait de notre souveraineté et s’apprête à rafler la mise finale si la République rend gorge.
Mais, si le Politique s’est enfermé lui-même dans un système qui lui ôte des prérogatives de souveraineté, renonçant au pouvoir qui consiste, au nom du peuple, de l’effort de régner sur la complexité du réel, il ne l’a fait que parce que l’environnement médiatique a trahi son service et que le peuple, qui n’est que lui-même, c’est-à-dire une cible cognitive facile dont les réactions n’ont jamais été aussi manipulables, s’y sont prêtés.
On ne peut rien faire d’autre que pardonner au peuple.
Mais cet auto-enfermement n’aurait pas été possible sans la trahison d’un environnement médiatique qui a cessé d’éclairer pour préférer mobiliser l’émotion brute.
Il doit rendre des comptes à la République et au peuple français soumis au micro-ciblage algorithmique et à la surenchère visuelle des réseaux sociaux — Cambridge Analytica et le Brexit n’en furent que le prologue. Mais le Peuple n’est pas que cela, même si la phase actuelle, pour le réduire à ce que des impulsions bien dosées font de lui – est beaucoup plus dévastateur et pernicieux que ce Cambridge Analytica a exercé.
Résultat: les gouvernements agissent sous pression constante, arbitrant moins en fonction de l’intérêt national que du coût médiatique immédiat d’une décision. Et on les blâme. On blâme Jupiter, pour cela.

5. Activisme radical et violence feutrée

Les groupes radicaux, de l’ultra-gauche zadiste aux black blocs en passant par les anti-bassines, entretiennent la visibilité médiatique de causes extrêmes.
Ils rappellent que le pacte politique est devenu rapport de force, et non ce que la République inscrit dans son idéal marmoréen : un pacte d’intelligence et de raison au service du bien public.
Mais il y a aussi les “costumés” qui attaquent le Conseil constitutionnel : ils ne cassent pas de vitrines, ne dansent pas le pogo, mais la bordélisation leur sert.
Ils participent au même écosystème de fragilisation des institutions.

6. De Gaulle, Debré et la conscience souveraine

C’est précisément pour éviter ce morcellement que de Gaulle et Michel Debré avaient conçu un exécutif fort — ce que les détracteurs ont appelé une “monarchie républicaine” — afin qu’un homme libre, élu du peuple, puisse penser l’intérêt national et agir au-dessus des partis.
Ce système repose sur une exigence : la conscience bien nourrie, bien disciplinée de celui qui exerce la souveraineté au nom du peuple.
Sans cette conscience, le système se dégrade en ce que nous voyons aujourd’hui : un pouvoir qui n’ose plus affronter la complexité du réel et se laisse enfermer dans le théâtre de la bordélisation.

7. La lente agonie et l’espoir

Depuis vingt ans, nous assistons à une lente agonie :

  • Institutions affaiblies,
  • Décisions paralysées,
  • Peuple réduit à un public réactif,
  • Souveraineté cédée morceau par morceau.

Mais l’histoire enseigne que le grand corps du peuple peut se réveiller, et que le souffle de son esprit peut renverser les inerties les mieux installées.
Alors, peut-être, la France se souviendra que sa souveraineté n’est pas un vestige, mais une force vivante, et que nul ne peut lui retirer ce qu’elle décide de reprendre.

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