Trois signaux, à 10 jours de l’AG de l’ONU :
À Paris, l’ambassadeur Charles Kushner réduit la cause palestinienne au seul Hamas et remet en cause la politique étrangère de la France, respectueuse de plusieurs principes qui fondent les Nations Unies.
Les propos de Charles Kushner reprennent quasiment mot pour mot la position israélienne, affirmant que tout geste de reconnaissance renforcerait le « terrorisme » et fragiliserait la sécurité d’Israël.
À Washington, Shahed Ghoreishi est limogé, par le Secrétaire d’Etat Marc Rubio, pour avoir rappelé la ligne Trump : ‘Nous ne soutenons pas la relocalisation forcée des Palestiniens de Gaza. »
À New York, les États-Unis révoquent aujourd’hui les visas du Fatah et de l’Autorité palestinienne, effaçant leur voix à l’Assemblée générale.
Les informations disponibles (Reuters, NYPost, autres reprises) indiquent que la décision porte la marque de Marco Rubio, secrétaire d’État.
Un mémo interne relayé par la presse précise que Rubio a recommandé personnellement l’annulation des visas déjà délivrés aux responsables de l’Autorité palestinienne et de l’OLP, y compris Mahmoud Abbas.
Le département d’État invoque, sans plus de précision, « des motifs de sécurité nationale » et la « violation des engagements de paix ».
Le rapprochement de l’Autorité Pzlestinienne avec les instances internationales (CPI, ONU élargie) ou le soutien aux initiatives pour la reconnaissance d’un État palestinien vont-ils jusqu’à constituer un problème de sécurite nationale, au même titre que celui qui est invoquépar Netanyahou?
Les États-Unis, en tant que pays hôte de l’ONU, sont liés par l’“Headquarters Agreement” (1947), signé avec l’ONU, qui stipule qu’ils doivent garantir l’accès aux représentants de tous les États membres et observateurs.
Il existe des exceptions de sécurité nationale, mais elles ont toujours été interprétées très restrictivement. Même l’Iran, Cuba ou la Corée du Nord ont continué à envoyer des délégués malgré des sanctions bilatérales très lourdes.
En refusant ou en révoquant des visas à Mahmoud Abbas et à des responsables de l’AP, Washington se place à la limite (voire en violation) de cet accord, ce qui revient à une forme de censure de la voix palestinienne au sein de l’Assemblée générale.
Cela s’apparente à censurer la voix d’un peuple alors que la question de la solution à deux États figure bien en bonne place, mais de façon distincte lors de la prochaine Assemblée générale de l’ONU (AG 80ᵉ session, prévue du 9 septembre 2025 au 8 septembre 2026, avec le débat général du 23 au 29 septembre 2025) .
Ce n’est pas la première fois que Washington tente de priver les Palestiniens de parole à l’ONU.
En 1988, les États-Unis refusèrent d’accorder un visa à Yasser Arafat pour s’adresser à l’Assemblée générale. Face à ce refus, l’ONU prit une décision exceptionnelle : transférer sa session à Genève afin de permettre au leader palestinien de prononcer son discours.
Ce précédent illustre un point essentiel : quand le pays hôte de l’ONU abuse de son privilège pour censurer une voix, la communauté internationale peut choisir de se déplacer ailleurs pour défendre le principe d’universalité.
Aujourd’hui, la révocation des visas des dirigeants de l’Autorité palestinienne résonne comme une répétition. Washington prend le risque de transformer une manœuvre tactique en faute stratégique, en se plaçant à nouveau en contradiction frontale avec l’esprit même des Nations Unies.
Après l’Irak et la Syrie, Washington s’avance donc, apparemment, vers une troisième erreur stratégique majeure au Moyen-Orient : bâillonner la représentation palestinienne et s’aligner la moindre sans nuance sur Tel-Aviv, alors même que la démocratie d’Israël comme celle des USA, comme les opinions publiques internationales, s’exaspèrent de plus en plus.
