🛑Lignes rouges prĂ©sidentielles : ce que les oppositions ne peuvent pas s’approprier

À l’approche du 8 septembre, date Ă  laquelle le Premier ministre engagera la responsabilitĂ© du gouvernement devant l’AssemblĂ©e, une clarification s’impose. Si les oppositions ont prĂ©cipitĂ© la crise sur des fondements Ă©conomiques et sociaux — retraites, budget, fiscalitĂ© — alors le champ international et stratĂ©gique doit rester hors de portĂ©e de toute tentative de reconfiguration politique. Toute mainmise ultĂ©rieure sur ces domaines relĂšverait d’une manipulation. Le PrĂ©sident de la RĂ©publique doit tracer les lignes rouges.

I. Le périmÚtre du conflit : une crise sociale, pas stratégique

Depuis plusieurs semaines, les principaux groupes d’opposition — RN, LFI, PS — convergent vers une stratĂ©gie commune : accĂ©lĂ©rer la chute du gouvernement. Cette convergence ne repose ni sur une menace extĂ©rieure, ni sur un dĂ©saccord fondamental sur les choix gĂ©opolitiques du pays, mais bien sur des contestations internes : rĂ©forme des retraites, dĂ©sĂ©quilibres budgĂ©taires, fiscalitĂ©.

En choisissant d’ignorer le contexte international, pourtant marquĂ© par une tension accrue aux frontiĂšres de l’Europe, et en ne faisant pas des enjeux de souverainetĂ© ou de dĂ©fense un motif de rupture, ces forces politiques ont dĂ©fini elles-mĂȘmes le cadre de leur intervention.

II. En démocratie, on gouverne dans les limites de sa contestation

Si demain ces mĂȘmes oppositions accĂ©daient au pouvoir ou formaient une majoritĂ© alternative, il serait inadmissible qu’elles utilisent ce mandat pour inflĂ©chir brutalement la politique Ă©trangĂšre ou remettre en cause des alliances ou engagements internationaux.

Pourquoi ?
Parce qu’elles ne se sont jamais prĂ©values de ce droit dans le dĂ©bat actuel. Leur action ne vise pas l’axe stratĂ©gique du pays, mais son organisation sociale et Ă©conomique.

En dĂ©mocratie, le pĂ©rimĂštre d’une lĂ©gitimitĂ© politique est bornĂ© par le pĂ©rimĂštre de la critique assumĂ©e. En sortir, c’est manipuler le suffrage indirect pour masquer une autre ambition.

III. Le Président Macron doit poser les lignes rouges

Face Ă  ce risque, le PrĂ©sident de la RĂ©publique, garant des institutions, des engagements internationaux, de la souverainetĂ© et de la continuitĂ© de l’État, doit agir. Il ne s’agit pas d’entraver le jeu parlementaire, mais d’en fixer les bornes constitutionnelles et politiques.

Il lui appartient, compte tenu de l’opacitĂ© des manoeuvres, opĂ©rĂ©es au nom de la dĂ©mocratie :

  • De rappeler que la dĂ©fense, la diplomatie, les alliances stratĂ©giques ne relĂšvent pas du dĂ©bat social, mais de l’architecture fondamentale de la RĂ©publique.
  • D’affirmer que toute tentative de s’arroger ces domaines par un vote de dĂ©fiance Ă©conomique serait un dĂ©tournement de la souverainetĂ© nationale.
  • D’alerter l’opinion sur la nature potentielle de la crise, et d’empĂȘcher une minoritĂ© bruyante de substituer un psychodrame national Ă  la stabilitĂ© rĂ©publicaine.
  • De rappeler que son rĂŽle de gardien des institutions l’oblige Ă  veiller Ă  ce que la dĂ©mocratie ne devienne pas le cheval de Troie d’une subversion.
  • Il ne s’agit pas ici d’appuyer un gouvernement, mais de prĂ©server les fondations du rĂ©gime rĂ©publicain face Ă  des tentatives de dĂ©tournement des rĂšgles du jeu sous des prĂ©textes conjoncturels.

C’est son devoir envers tous les Français et le prĂ©sident de la RĂ©publique est le seul Ă  possĂšder la lĂ©gitimitĂ© pour l’exercer.

IV. Une manƓuvre couverte ou un mandat restreint ?

Deux lectures sont possibles. Soit les oppositions veulent rĂ©ellement rĂ©orienter les choix Ă©conomiques du pays, dans le cadre d’un dĂ©bat lĂ©gitime — et alors leur mandat doit rester dans ce cadre. Soit elles cachent un projet plus vaste, incluant un renversement stratĂ©gique — et alors, il faut le dire clairement au peuple français.

Dans le second cas, il ne s’agirait plus d’une alternance, mais d’une entreprise de dĂ©mantĂšlement de l’autoritĂ© prĂ©sidentielle dans ses fonctions rĂ©galiennes. Un coup de force par omission, dĂ©guisĂ© sous les habits de la dĂ©mocratie parlementaire.

V. Conclusion – La souverainetĂ© ne se prend pas en douce

Le PrĂ©sident peut ne pas entrer dans la mĂȘlĂ©e, mais il ne peut ignorer les limites du jeu. En traçant ses lignes rouges, il protĂšge non pas un gouvernement, mais l’équilibre entre les pouvoirs, le rang de la France, et la transparence du dĂ©bat dĂ©mocratique.

On peut discuter d’un budget. On peut contester une rĂ©forme.
Mais on ne détourne pas une crise sociale pour opérer une bascule stratégique.

À moins de s’avouer que, depuis le dĂ©but, l’objectif rĂ©el Ă©tait ailleurs.

Laisser un commentaire