L’effondrement des tours jumelles ne fut pas seulement une destruction physique, mais l’ouverture d’une blessure psychique. Leur gémellité symbolisait l’équilibre, la complémentarité, deux piliers soutenant un même édifice. En les frappant toutes deux, les assaillants du 09/11/2001 n’ont pas seulement brisé l’acier et le verre, ils ont anéanti la symétrie et inscrit dans l’âme américaine la fragilité de ce qui paraissait indivisible.
En orchestrant cette séquence, les terroristes n’étaient sans doute pas conscients, aussi clairement, de cette dimension sacrilège et de sa potentielle portée. Probablement pas. Personne ne peut imaginer l’amplitude de l’onde au moment du choc destructeur. Mais l’esprit du Mal, lui, n’ignore pas ce que recèle l’âme humaine.
Et c’est là que se caractérise la guerre cognitive, qui va bien au-delà de l’action psychologique ou des tentatives de briser le moral d’une nation : elle cherche à enclencher un mécanisme d’autodestruction, un suicide collectif. Ni le peuple américain, alors réuni comme un seul homme autour de son commandant en chef George W. Bush, abasourdi comme n’importe qui l’aurait été devant un coup tétanisant, ni ses ennemis ne pouvaient en mesurer immédiatement les conséquences.
Mais l’avenir de ce moment a montré que l’Amérique allait s’engager sur le chemin de deux parallèles qui ne se rejoignent jamais, qui au contraire s’écartent toujours davantage, jusqu’à devenir insupportables l’une à l’autre.
Dès ce moment, la destruction symbolique a commencé à glisser vers une destruction ontologique, idéologique et politique. Deux tours tombées, deux Amériques surgissant, se faisant face comme si elles étaient désormais et n’étaient condamnées qu’à être à couteaux tirés.
Il y a des partis politiques et des mouvements qui s’adaptent à cette nouvelle donne pour émerger en profitant du désarroi moral et du chaos que cela provoque, renormalisant – dans la grille médiatique – ce qui n’appartient pas à la démocratie et encore moins à la haute idée de la République et des institutions vers laquelle le Politique porte naturellement.
Mais si cela paraît conforme à la grille médiatique, cela déchire le tissu de la nation et crée un mal-être abyssal, une brûlure inextinguible qui se transforme en violence et consume le cœur de la nation, n’y laissant que charbon.
Cette mutation de sens est le vrai danger : quand l’architecture s’effondre, la mémoire peut encore se reconstruire ; mais quand la mémoire collective elle-même est infectée, la nation risque de se retourner contre elle-même.
Ce n’est pas un hasard si des performances toxiques ont été mises en scène dans ce théâtre de la mémoire et que prolifèrent dans ce terreau les appels à ce que soient publiés – j’ai écrit ce que j’en pensais – les Epstein’s Files.
Plus insidieuse et assez étrangère pour savoir qu’elle n’appartient pas au camp Démocrate, la rumeur selon laquelle Trump, le 11-septembre-2001, se serait vanté que « la Trump Tower est désormais la plus haute » est l’une de ces performances.
Même fausse, elle se propage comme un poison, parfaitement ajustée à un archétype, laissant sa marque non par sa vérité, mais par son efficacité symbolique. C’est ainsi qu’une main étrangère, une main sale, trifouille l’âme de l’Amérique comme elle trifouille – et de la même manière – l’âme de la France, la sœur de l’Amérique en démocratie, y insérant – dans un contexte de fragmentation partisane mise en œuvre délibérément pour rendre toute gouvernance impossible et toute réconciliation a priori illusoire – des germes de soupçon et de division, poussant une moitié du pays à voir dans l’autre non un adversaire, mais un ennemi.
L’assassinat de Charlie Kirk, amplifié par des rumeurs de balles gravées « transgender » et « antifacist », ajoute un autre acte au drame. Ce qui compte, ce n’est pas tant l’acte lui-même que sa mise en scène, conçue pour élargir la fracture.
Dans cette séquence, l’Amérique est confrontée au danger de tomber non plus du ciel, mais de l’Histoire elle-même. Une nation peut survivre à une attaque venue de l’extérieur ; ce à quoi elle ne peut pas survivre parce que cela défigure lentement le portrait qu’elle se fait d’elle-même, c’est l’érosion de son âme par des récits si corrosifs que même leur démenti ne peut les effacer.
Si les tours symbolisaient l’unité dans la dualité, l’Amérique doit s’élever plus haut que leur mémoire, plus haut que les faisceaux de lumière qui marquent désormais leur absence, et se redécouvrir comme une seule.
C’est sur les épaules de Donald Trump, entre ses mains et dans sa bouche, que repose aujourd’hui la responsabilité écrasante de réunir les deux Amériques.
Je n’ai aucun doute.
L’épreuve toujours fait l’Homme.
> La devise « In God We Trust » apparut pour la première fois en 1864, gravée sur une pièce de deux cents, un an avant la fin de la guerre de Sécession. Elle fut alors un geste pour conjurer la division et affirmer l’unité spirituelle du pays. Plus tard, elle fut inscrite sur les billets en 1957, au cœur de la Guerre froide, comme rempart symbolique face à l’athéisme communiste.
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