Angela était démon

Les mots d’Angela Merkel, accusant les États baltes et la Pologne d’avoir provoqué la Russie, marquent un tournant. C’est une déclaration d’une légèreté inouïe, à l’heure où l’Europe défend chaque centimètre carré de son territoire et aide l’Ukraine à défendre le sien, parce que sa victoire est existentielle pour elle.

Post d’images et vidéos d’archives de Jeremy Smithson @VindiceLiber sur X.


Des images d’archives la montrant défilant avec les Jeunesses Communistes et y poser au premier rang émergent aujourd’hui. Des voix, en Allemagne, l’accusent, déjà, de haute trahison.

Celle qui fit de l’Allemagne la vassale énergétique de Moscou, au nom d’un pacifisme écologique et au prétexte de la sûreté nucléaire devenus dépendance, tombe le masque. Et plus personne ne peut désormais lui accorder le bénéfice du doute quant à sa fidélité d’ancienne citoyenne de la RDA.

Nord Stream n’était pas une erreur stratégique, mais une ligne de continuité.
Et comment ne pas revoir cette conférence de presse où Vladimir Poutine, connaissant sa peur « notoire » des chiens, fit entrer un cerbère — symbole de l’Est dominant l’Ouest, gardien des portes de l’Enfer devant une Europe muette et tétanisée.

Il y a tant à dire et à interroger.

Et comment oublier, aussi et surtout, son geste le plus spectaculaire : l’ouverture soudaine des frontières européennes aux réfugiés syriens ?
Sur le plan humain, ce fut un élan que j’ai- moi-même – applaudi.
Mais, avec le recul, c’est aussi l’acte fondateur de la polarisation politique qui dévore aujourd’hui l’Europe. Car ce n’était pas la fille d’un pasteur agissant par compassion : c’était l’intellectuelle formée à l’Est, parfaitement consciente des ressorts idéologiques et des fractures qu’elle déclenchait.
C’était, très objectivement, derrière quelques paravents, l’alliée de Vladimir Poutine mettant en oeuvre un plan machiavélique. C’est impardonnable.

Mais il serait trop facile de croire qu’Angela Merkel a agi seule.
Car c’est la structure même des médias et des réseaux sociaux, en Europe, qui l’a portée au rang d’icône morale, d’infaillible conscience que les médias traditionnellement progressistes et humanistes s’évertuaient à justifier. Cette icone, dont tout porte à croire, à posteriori, qu’elle était artificielle, ouvrait un boulevard au contre récit souverainiste et populiste, levier politique d’une force sans pareille, inscrite dans la trame d’une actualité dominée par l’insécurité générale ponctuée de vagues d’attentats et de plus en plus défigurée par la phobie du grand remplacement.

Dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas, est diablement facile lorsque la condition dialectique ressort d’un plan ourdi par une intelligence étrangère très expérimentée en la matière.

L’ancienne chancelière a, de cette manière, procuré à l’AfD, en Allemagne, au RN, en France, – à toutes les forces politiques souverainistes et nationalistes continentales et au Royaume-Uni – la chair fraîche leur permettant de donner du muscle à leur discours. Elle a donné le contexte permettant de restructurer la classe politique européenne et la classe médiatique autour de deux populismes, en éliminant la portée, dans l’opinion publique, de la voix de la raison.

Angela était démon.

>Lire aussi, pour constater qu’Angela Merkel n’était pas qu’un militante ordinaire des Jeunesses Communistes, mais qu’elle a étudié, dans l’Académie des Sciences de RDA, dans la division « Agitation et Propagande », l’article intitulé « La face cachée d’Angela Merkel » publié par Le Temps, le 16 mai 2013.

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