Depuis quarante ans, tout le monde cherche les raisons du déclin et du désordre croissants.
Elles tiennent moins à la société qu’au système lui-même.
Dans la Ve République, celui qui parle le mieux, celui que le suffrage a désigné pour incarner et ordonner la volonté générale, se trouve aussitôt effacé — non par le peuple, mais par les appareils, les connivences et la mécanique d’impuissance installée.
Emmanuel Macron, à sa manière, en fait la sinistre expérience : parler juste ne suffit plus, dès lors que le système récompense le blocage, la ruse et la nuisance.
Le mot “compromis” revient souvent, comme une vertu politique cardinale.
On le pare de toutes les vertus : sagesse, modération, maturité.
On en fait la clé de voûte de la démocratie moderne.
Mais la France, singulièrement, s’y refuse.
Non par orgueil ni par archaïsme, mais par instinct de civilisation.
Ce qui, ailleurs, fonde la paix des partis, fonde ici la discorde des âmes.
Le compromis suppose la conciliation entre des forces égales.
La France, elle, ne se reconnaît que dans l’arbitrage du supérieur : ce qui tranche, ce qui ordonne, ce qui élève.
Elle ne se résout pas à se partager.
Elle veut être décidée — non divisée.
L’histoire en a donné mille preuves.
La IVᵉ République fut celle des compromis et de l’impuissance.
Elle a accouché du Front populaire, qui accorda les congés payés,
mais dans le même mouvement, elle a livré une France rancuneuse, divisée et vulnérable à Hitler :
un pays rançonné par ses querelles, où le compromis partisan l’emporta sur la conscience nationale.
Et l’Histoire, aujourd’hui, recommence à rimer.
Car voilà qu’une classe politique et syndicale, tout aussi sûre d’incarner le bien,
prépare — au nom de la justice sociale ou du pacifisme — le même abandon, cette fois au profit de la Russie.
Les mêmes ressorts d’aveuglement, les mêmes mots de bonne foi,
les mêmes indignations pavées de renoncements.
La Ve République, en naissant, n’a pas cherché à corriger la précédente : elle l’a périmée.
C’est là le sens profond du mot péremptoire,
qui ne désigne pas l’arbitraire, mais le principe vital par lequel un ordre nouveau abolit ce qui lui est inférieur.
La Ve République ne saurait être que péremptoire.
Non par dérive autoritaire — car l’État de droit, la hiérarchie, la nomination, la préséance et le rang de chacun y tiennent lieu de garde-fous —,
mais parce qu’elle exige, à travers la délibération même, que ce qu’il y a de meilleur pour le Peuple s’impose à tous.
Le compromis, lorsqu’il devient culte, engendre la paralysie.
Il fabrique des gouvernements “mort-nés”, des coalitions sans autorité, des simulacres de vie démocratique où la négociation remplace la vision.
Le péremptoire, lui, tranche pour que la vie continue.
Il n’écrase pas la diversité : il l’ordonne.
Il n’étouffe pas la contradiction : il la résout.
La République ne vit pas de concessions, mais de cohérence.
Elle n’existe que lorsqu’elle sait faire taire les intérêts pour faire parler la Nation.
Et lorsque ceux qui s’opposent refusent de s’incliner devant la légitimité constitutionnelle,
instrumentalisant leur capacité de nuisance pour donner corps à une démocratie fantôme,
alors c’est la paix sociale elle-même qui se défait.
Le compromis apaise pour un temps.
Le péremptoire construit pour toujours.
L’un gère la survie.
L’autre entretient la vie.
C’est le propre du mouvement, et de la dynamique républicaine.
