Qui donc Marine Le Pen croit-elle pouvoir abuser en prétendant incarner, aujourd’hui, au-dessus de tous, la posture gaullienne ?
Elle ne fait que surplomber le marasme qu’elle a, la première, contribué à installer.
Et cela ne lui confère aucune autorité — sinon celle du souffleur au théâtre.
Cette posture ne trompera pas les Français, et encore moins les vrais républicains.
Car c’est bien le Rassemblement national, et avant lui le Front national, qui, depuis des décennies, a dénaturé le jeu des institutions et ruiné la gouvernance, jusqu’à aboutir, aujourd’hui, à ce champ de désolation.
Il n’est pas surprenant, d’ailleurs, qu’à peine le gouvernement de Sébastien Lecornu “mort-né”, sans la moindre décence démocratique, elle cherche déjà à se hisser au-dessus du plafond de verre pour incarner, à elle seule, le destin de la France.
Qui donc Marine Le Pen croit-elle pouvoir abuser en prétendant dépasser, aujourd’hui, le clivage droite-gauche, le centre et le milieu, pour se poser en gardienne du seul intérêt des Français ?
Ce n’est pas à l’appel de la France — pas même à celui de son horizon naturel européen, ouvert par le général de Gaulle — qu’elle répond.
C’est à l’appel de la Russie.
À qui donc Marine Le Pen croit-elle pouvoir faire croire qu’elle veut défendre et protéger les Français, dont elle serait en quelque sorte la nouvelle Jeanne d’Arc — culte frauduleux s’il en est ?
Non. Jeanne d’Arc n’a pas livré la France aux Anglais, et cela lui a valu de périr brûlée vive sur le bûcher.
Elle n’a pas vendu, elle, le destin sacré du seul pays qui allait, plusieurs siècles plus tard, proclamer l’universalité des droits de l’Homme — cela pour un plat de bœuf Stroganov.
C’est cette République mystique et surnaturelle, surgie d’une Révolution sans pareille, que Marine Le Pen veut ravaler au rang d’un simple appareil, au service du syndicat du crime qui, de soviets suprêmes en kompromats, siège au Kremlin.
Un Kremlin qui cherche à annihiler la puissance économique de l’Allemagne à travers l’AfD, et la puissance politique — au sens le plus éminent — de la France, seul pays “doté” et capable de garantir l’indépendance nationale.
À qui Marine Le Pen, et son entourage — gendre, neveu ou héritiers politiques — veulent-ils faire croire que l’attaque politico-médiatique simultanée menée pour faire chuter la statue du Commandeur Emmanuel Macron de son piédestal, et celle d’Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, hier soir encore, par le dépôt d’une motion de censure à laquelle s’est joint LFI, ne répond pas à l’urgence de Vladimir Poutine, plus qu’à celle des Français et des Européens ?
Si elle pense que le peuple français — que la guerre cognitive, celle que lui livrent les nervis de Poutine et toute son “Intelligence”, a certes désorienté — va être abusé, Marine Le Pen se trompe.
Non, le peuple français n’a pas été démantelé comme une vieille carcasse politique passée méthodiquement à l’équarrissage.
Ses membres ont été séparés, écartelés par des tractions multiples, opérées avec le concours de la force mécanique de la Fédération de Russie.
Mais l’essentiel — la présence invisible de la Nation, une et indivisible — n’est pas sécable.
Cette présence ne meurt pas.
Elle prend la forme appropriée pour renaître quand il le faut.
Le Peuple est un Phénix.
« La vérité d’un homme, c’est d’abord ce qu’il cache », a écrit André Malraux.
C’est aussi valable — en accordant le genre — pour une femme.
Que cache Marine Le Pen ?
Elle ne cache qu’une chose : l’enjeu géopolitique.
Elle peut parler des retraites, de l’écologie, de l’économie, de la Bourse, de l’industrie —
mais elle ne parle pas de Défense, sinon pour affirmer qu’elle fera modifier la Constitution afin d’y inscrire que « la dissuasion nucléaire française ne peut couvrir que le seul intérêt franco-français ».
Cela elle l’a dit.
Elle peut dire un jour « Noir« . Le lendemain, « blanc ». Puis « Gris », s’il le faut, et dans ces cinquante nuances s’il en faut.
Elle peut même attendrir son monde avec la cause animale et se rendre au rendez-vous d’Etat fixé par un Premier Ministre de la France avec un chaton. Elle sait faire cela.
Mais, ce ne fait pas d’elle une girouette. Elle est toujours dans la direction du blizzard qui nous vient de Russie et qui souffle du Kremlin.
Elle ne parle pas de la Russie.
Elle ne parle pas de la Russie parce que c’est la Russie qui la gouverne pour nous gouverner, nous.
Elle ne parle pas de ce qui la détruit déjà.
Alors, parlons-en.
