Du patriotisme Potemkine à la stratégie du chaos. Comment il est possible de souscrire au réarmement national sur le plan du principe général et de tout faire pour l’entraver dans les faits.
La Loi de Programmation Militaire 2024-2030, adoptée à 408 voix contre 87, avait donné l’image d’une France rassemblée autour de sa défense.
Majorité, droite, socialistes, et même Rassemblement National, s’étaient unis dans un rare moment d’accord national.
Mais ce consensus n’était qu’un décor : un village Potemkine dressé pour masquer la fracture politique d’un pays au bord de la paralysie.
L’illusion du patriotisme commun
En votant la LPM, le RN s’offrait une respectabilité nouvelle : celle d’un parti “patriote”, loyal à la France sinon à l’État.
La gauche socialiste y voyait un devoir républicain.
Mais chacun, derrière le rideau, jouait sa partition.
Le “transpartisan” n’était qu’un mot commode pour dire : nous ne voulons pas être ceux qui fragilisent l’armée.
Deux ans plus tard, les mêmes acteurs bloquent le budget 2026, rendant inapplicable la trajectoire qu’ils avaient sanctuarisée.
Le patriotisme devient ainsi performatif : on en parle mieux qu’on ne le finance.
Le double jeu du RN et de la NUPES
À droite comme à gauche, l’obstruction est devenue arme politique.
Le RN provoque la crise pour hâter la dissolution ; la NUPES, au nom du social, s’oppose à la logique militaire.
Résultat : les crédits des armées se retrouvent pris en otage dans une lutte de pouvoir.
Ce qui se voulait “union nationale” révèle sa vraie nature : un consensus de façade.
Un décor de respectabilité qui s’effondre dès qu’on demande aux “patriotes” d’assumer le coût de la souveraineté qu’ils invoquent.
La République sans colonne vertébrale
> Le consensus Potemkine n’était pas mensonge : il était mise en scène.
Derrière les drapeaux, les tambours et les grands mots, la mécanique budgétaire s’est arrêtée.
Ce qui fut présenté comme un acte d’unité nationale s’achève en paralysie institutionnelle.
La France ne manque pas de patriotisme ; elle manque de discipline républicaine.
Et la Défense, hier motif d’union, devient aujourd’hui symbole de désordre.
Le temps est venu de laisser ce patriotisme à ce qu’il est. Le parlement n’a pas vocation à être transformé en arme de guerre au service de sa stratégie par notre ennemi.
