Ce 4 novembre 2025 entre dans lâhistoire moins comme le symbole de lâentrisme de lâislamisme radical dans lâestablishment, avec son fond de soupçon de trouble Ă lâethniquement pur civilisationnel, que comme un moment de renaissance et de reconstitution morale. Alors que New-York sort de l’ombre du 11-Septembre-2001, celle du 7-Octobte-2023 tente de rattraper l’Ă©lan de « the city that never sleep ».
Depuis plusieurs semaines, la candidature de Zohran Mamdani Ă la mairie de New York a dĂ©clenchĂ© une sĂ©rie dâattaques dâune rare intensitĂ©. Ses prises de position critiques Ă lâĂ©gard de la politique israĂ©lienne Ă Gaza ont suffi Ă faire de lui une cible privilĂ©giĂ©e des cercles nĂ©oconservateurs et pro-israĂ©liens les plus radicaux. Câest dans ce contexte quâun membre du CongrĂšs, @RepOgles, a publiĂ© une sĂ©quence du 11-Septembre â lâinstant oĂč le premier avion sâĂ©crase sur la tour nord â accompagnĂ©e du slogan : âWAKE UP NEW YORK!â.
Ce geste nâest pas anodin : il rĂ©vĂšle comment lâimaginaire du 11-Septembre-2001, matrice de la peur et de la cohĂ©sion nationale amĂ©ricaine, continue dâĂȘtre instrumentalisĂ© Ă des fins de disqualification politique.

On ne montre plus lâavion pour commĂ©morer, mais pour rĂ©activer la peur â pour raviver le rĂ©flexe dâassimilation entre critique dâIsraĂ«l, islamisme et menace terroriste. Or, la trajectoire de Zohran Mamdani, nĂ© Ă Kampala de parents immigrĂ©s indiens, musulman pratiquant et socialiste dĂ©clarĂ©, incarne prĂ©cisĂ©ment la gĂ©nĂ©ration qui Ă©merge du traumatisme. Il ne vit plus sous lâombre du 11-Septembre : il en sort. LĂ oĂč les faucons ont bĂąti un ordre moral sur la peur, Mamdani propose un ordre civique fondĂ© sur la justice sociale et la mĂ©moire rĂ©conciliĂ©e. Il ne nie pas la blessure de lâAmĂ©rique, il la transmute en responsabilitĂ©.
Son Ă©mergence traduit une mutation profonde : Ground Zero, dont nul ne doit oublier comment, sous couvert de solidaritĂ© avec lâOccident, il a aussi servi de tribune mondiale Ă Vladimir Poutine et Benyamin Netanyahou, offre enfin un visage de reconstruction intĂ©rieure. LĂ oĂč, hier, la tragĂ©die fut instrumentalisĂ©e pour cimenter des alliances de peur, lĂ©gitimer des guerres ou fonder un nouvel ordre sĂ©curitaire, Ă©merge aujourdâhui un visage de rĂ©conciliation.
Ground Zero, jadis le centre symbolique dâun monde fragmentĂ© entre le Bien et le Mal, devient, avec Zohran Mamdani, le lieu dâune possible rĂ©conciliation morale.
A la manipulation par la peur rĂ©pond, aussi, la rĂ©cupĂ©ration par lâidĂ©ologie
New York, avec lui, ne parle plus depuis la plaie mais depuis la guĂ©rison. LâAmĂ©rique quâil incarne nâest plus celle qui cherche des ennemis, mais celle qui cherche du sens. En cela, sa candidature constitue un acte politique majeur : elle fait vaciller vingt ans de narratif sĂ©curitaire et identitaire.
Mais le danger inverse est rĂ©el. Car Ă la manipulation par la peur rĂ©pond, aussi, la rĂ©cupĂ©ration par lâidĂ©ologie. Tandis que les milieux conservateurs tentent de diaboliser Mamdani, certains courants islamistes ou dâextrĂȘme gauche â Ă lâimage de La France insoumise en Europe â sâempressent de le recycler en figure de revanche communautaire.
Or cette rĂ©cupĂ©ration est tout aussi illĂ©gitime : elle trahit le sens mĂȘme de son engagement, qui nâest pas de reprĂ©senter une communautĂ© contre une autre, mais de rĂ©concilier la ville avec elle-mĂȘme, de rĂ©insuffler un humanisme politique au cĆur dâun espace saturĂ© de mĂ©moire et de peur.
Entre lâinstrumentalisation du 11-Septembre et sa captation par la rhĂ©torique victimaire, Mamdani se trouve au centre dâun champ de forces qui excĂšde sa propre personne. Mais câest justement lĂ que rĂ©side sa portĂ©e symbolique : sâil parvient Ă rĂ©sister Ă ces deux logiques de capture â celle du nationalisme blessĂ© et celle de la victimisation militante â, alors il deviendra bien plus quâun candidat.
Il sera le premier hĂ©ritier apaisĂ© dâun systĂšme traumatisĂ©, celui qui, au cĆur mĂȘme de New York, rappelle que le courage du XXIe siĂšcle consiste Ă dĂ©sarmer la peur.
En lui, New York cesse dâĂȘtre la ville blessĂ©e du 11-Septembre pour redevenir ce quâelle nâaurait jamais dĂ» cesser dâĂȘtre: le laboratoire vivant de la rĂ©silience et du courage.
Une cité normale.
