L’Iran dans le cyclone informationnel

Guerre cognitive, polarisation et illusion du récit libérateur

La République Islamique d’Iran est dans l’œil du cyclone.
La question n’est pas seulement de savoir si elle traverse une crise politique, mais si cette crise peut être qualifiée, sans abus ni aveuglement, de démocratique.

Cette question, à l’heure de X, le réseau social d’Elon Musk qui se caractérise par une partialité problématique, de systèmes d’informations opaques, n’est pas secondaire.

Elle appartient même à ce qui fixe et détermine la souveraineté dans un monde où la souveraineté, celle des Etats, des ensembles géopolitiques, et celle des peuples doit primer.

Il ne suffit pas qu’il y ait la colère d’une partie du peuple;

Il ne suffit pas qu’il y ait, face à des troubles à l’ordre public croissants, une violence d’Etat;

Il ne suffit pas qu’il y ait contre un régime un consensus médiatique et d’opinion accréditant au fur et à mesure qu’il le pousse un narratif pour que les événements tragiques auxquels nous assistons procèdent, de près ou de loin, de la démocratie.

C’est peut-être, plus simplement, un vol de souveraineté.

La séquence dans laquelle s’inscrit ce qui advient de l’Iran, indépendamment de l’opinion personnelle qu’inspire la République Islamique d’Iran, devrait donc appeler à un degré de circonspection dont il est notable de constater que tous s’affranchissent.

L’effort des uns et des autres pour isoler le caractère particulier des événements qui secouent l’Iran du schéma stratégique auquel il appartient sans doute met en cause le système d’information. Il se distingue par un mimétisme coupable et par la renonciation, si paradoxale, à interroger la réalité des situations, l’enchaînement des événements et, pire encore, la perspective, voire l’impasse tragique, où cela mène.

En Iran, aujourd’hui, il s’agit de choisir le moins pire des maux car nul ne peut savoir s’il de l’effondrement de ce grand pays ne naîtra pas un monstre difficile à contenir.

Nous savons que les peuples ne sont pas connus pour savoir choisir entre deux maux le moindre. Ils ont plutôt tendance, si nul n’a le courage de les guider et si eux-mêmes n’y consentent pas, à choisir le pire.

L’histoire nous enseigne cela depuis l’éclosion des premières grandes cités.

Mais cela est effrayant dans un monde nucléarisé, où des continents se réveillent est aspirent, dans leurs traditions, à être respectés.

Ce qui se joue ici dépasse le cas iranien : c’est une transformation de la conflictualité politique elle-même.

La propension à la violence sociale et politique est une réalité. L’islamisme, le pan-sionisme, la Russie, l’Amérique de Trump ont organisé cette capacité à peser sur les opinions publiques en un moyen de guerre qui transforme le peuple lui-même en champ de bataille: la guerre cognitive.

  • les uns en instrumentalisant la seule religion pour en faire un fondamentalisme;
  • les autres, en mixant les leviers que représentent ces accès identitaires pour atteindre plusieurs couches populaires et atteindre le pouvoir presque absolu sur les consciences.

La « guerre cognitive » est, certes, un terme qui peut sembler flou face aux menaces conventionnelles

Pourtant, son pouvoir est le plus redoutable, précisément parce qu’il est invisible. Au gré des polarisations que fournissent les éclats de l’actualité, les tensions économiques ou sociales, les clivages sociétaux, elle convertit des individus au passage à l’acte, à la rébellion, à la violence, à la division et à la confrontation.

Cela fait voler en éclat l’unité d’une nation.

Cette guerre fait rage aujourd’hui. Certains Etats s’en protègent et en protègent leurs peuples, en sacrifiant des libertés qui peuvent sembler élémentaires. L’Union Européenne la subit de plein fouet sur le front est, ce qui n’est pas nouveau mais qui a pris des formes tout à fait inattendues, intrusives et perverses, mais aussi sur le front ouest.

La démocratie aurait tort de dire qu’elle est cette voix-là parce qu’elle n’est pas cela et que, si elle veut faire la démonstration de son intégrité, elle ne peut et ne doit pas le faire en violant l’intégrité des autres acteurs multipolaires.

S’il s’agit de scander « démocratie » d’un côté et d’organiser les conditions dans lesquelles des flux de protestations dégénèrent en émeutes, de lever un sentiment d’hostilité envers un régime et ses institutions, alors la démocratie se déshonore et, pire encore, elle se discrédite.

L’analyse des faits, la manière dont les mouvements de contestations se sont coordonnés et amplifiés, dans des proportions et selon des modus operandi qui nous échappent aujourd’hui, seront mis à jour, finalement.
En Iran comme ailleurs, cette capillarité des influences extérieures remontera à la surface.

Que, au début des émeutes, dans le contexte si particulier qui oppose Israël, allié des USA, à la République Islamique d’Iran, le président Donald Trump, dans ce qui ne s’apparente que de plus en plus loin à la première puissance « du monde libre », ait cru bon de menacer les dirigeants iraniens en annonçant qu’il répliquerait par la force si le régime faisait couler le sang des manifestants pose un problème majeur.

Donald Trump exige d’un régime qu’il renonce à se défendre face à des manifestations qu’il n’est pas en mesure de contrôler parce qu’elles l’attaquent sur tous les flancs et au cœur de son autorité alors même qu’il délivre un blanc-seing aux manifestants pour exercer eux-mêmes la violence.

Si, dans une situation d’urgence telle que les gilets jaunes ou les agriculteurs, en France, ont semblé et semblent les affectionner – c’est-à-dire dans une dimension pré insurrectionnelle – la République est livrée pieds et mains liés à ses pourfendeurs et ennemis extérieurs, que se passe-t-il?
Faudrait-il qu’elle se prive des moyens de sa protection parce qu’un narratif et des complaisances médiatiques et politiciennes passent au-dessus de la loi et de la raison de la loi?

Que se passe-t-il, aujourd’hui, avec X, au Royaume-Uni? Que se passe-t-il, toujours avec X, en Allemagne?

L’Etat de Droit est ce qui sépare les peuples des barbaries et la plus redoutable des barbaries est celle qui peut émaner de lui par lui.

Situation iranienne, saturation informationnelle et crise de la légitimité démocratique

De l’Iran à l’Europe : polarisation informationnelle, coagulation des colères et fragilisation institutionnelle et (ou) démocratique

Nous devons partir de la situation iranienne, qui suscite aujourd’hui une adhésion émotionnelle largement aveugle. Indépendamment du jugement que chacun peut porter sur le régime lui-même, cette séquence ouvre à des parallèles qui devraient nous alerter.
Non pas seulement sur l’Iran, mais sur les mécanismes de mobilisation, de polarisation et de narration qui s’imposent désormais dans l’espace public mondial.

L’expérience irakienne de 2003 devrait pourtant nous inciter à la prudence. Le récit de la libération, porté par une certitude morale et médiatique, a alors précédé un effondrement stratégique durable. Rien ne permet d’exclure que des dynamiques comparables soient aujourd’hui à l’œuvre, dans un environnement informationnel infiniment plus instable.

Les manifestations observées en Iran sont nourries, dans une proportion qui reste à établir, par des opérations d’influence et d’intelligence. Il serait naïf d’ignorer que des services occidentaux cherchent à exploiter des dynamiques sociales réelles que le sanctions imposées à l’Iran expliquent probablement, offrant un terreau à la contestation. Reconnaître cela ne revient ni à nier l’existence de colères légitimes, ni à défendre un régime autoritaire, mais à refuser une lecture simplifiée du réel.

Les vagues de printemps dits « arabes » devraient nous inciter à un certain recul sur les « événements ».

Nous devons aussi nous garder de conclusions hâtives et nous poser des questions en observant des parallèles potentiels en Europe :

  • Parallèle britannique avec la manière dont le Brexit a été poussé (Cambridge Analatyca)
  • Parallèle autour des « agressions sexuelles » du Premier de l’an 2016 à Cologne, avec l’émergence de l’AfD et le rôle troublant, a postériori, de l’ex chancelière Angela Merkel.
  • Parallèle avec la manière dont X, propriété d’Elon Musk, pave ouvertement le chemin des Extrêmes-Droites en France, en Allemagne, au Royaume-Uni, pour ne citer qu’elles.
  • Parallèle avec la manière dont les colères populaires sont systématiquement attisées pour produire des émeutes et mettre les gouvernements dans le coin du ring, en posture défensive.
  • Parallèle avec le président Trump, relayé par son appareil doctrinaire, qui n’hésite pas à remettre en cause la souveraineté de l’appareil judiciaire de l’Etat français s’agissant de la condamnation de Marine Le Pen.

Parmi les dangers les plus sous-estimés figure l’incapacité collective à considérer les convergences d’intérêts stratégiques qui s’exercent, dans ce canal informationnel, entre Donald Trump, Benyamin Netanyahou et Vladimir Poutine. Il ne s’agit pas d’une coordination explicite, mais d’une convergence objective, produite par des logiques politiques, judiciaires et géopolitiques distinctes, qui trouvent pourtant un point de renforcement commun.

Personne ne peut négliger cet arc s’il regarde la scène internationale dans son ensemble, sans se contenter de se laisser commander par l’empire des désirs.

Trois logiques distinctes… mais compatibles

1. Donald Trump : la délégitimation de l’État de droit

L’intérêt central de Trump est:

  • la contestation des institutions judiciaires,
  • la remise en cause de la légitimité électorale,
  • la substitution de la souveraineté institutionnelle par la souveraineté émotionnelle directe.

Toute dynamique qui :

  • fragilise les normes démocratiques,
  • banalise l’exception,
  • légitime la rupture au nom du peuple,

sert objectivement son agenda, y compris hors des États-Unis.

2. Benyamin Netanyahou: la fuite en avant sécuritaire

Netanyahou a un intérêt vital à:

  • maintenir un état de tension sécuritaire,
  • déplacer le centre du débat hors du champ judiciaire,
  • inscrire son action dans un récit existentiel,
  • évacuer le 7-Octobre-2023 hors de son agenda.

Une escalade régionale :

  • rehiérarchise les priorités,
  • suspend les débats internes,
  • rend inaudibles les critiques.

Toute polarisation géopolitique majeure neutralise la question de sa responsabilité personnelle.

3. Vladimir Poutine: la fragmentation occidentale

Pour Poutine, l’enjeu est clair :

  • affaiblir la cohésion occidentale,
  • accentuer les divisions internes,
  • nourrir la défiance envers l’UE, l’OTAN et les démocraties libérales
  • voir les revenus pétroliers et son emprise sur le marché redevenir incontournable.

Les crises énergétiques, institutionnelles et informationnelles:

  • renforcent son levier stratégique,
  • desserrent l’étau des sanctions,
  • déplacent l’attention.

Une déstabilisation prolongée autour de l’Iran sert directement ses intérêts.

Le danger n’est donc pas une alliance visible entre Trump, Netanyahou et Poutine, mais une convergence d’intérêts qui prospère dans un même régime informationnel de polarisation, où chacun trouve les conditions favorables à son propre agenda, agenda qui soumet tous les autres et asservit les opinions publiques à des mécanismes d’intérêt, parfaitement masqués mais intrinsèquement liés, qui les dépassent.

Il me semble que, si nous faisons cet effort analytique par rapport à ce à quoi nous portent les réflexes auxquels nous sommes conditionnés médiatiquement, nous ne sommes plus dans une simple phase de tension politique ou médiatique, mais dans un changement de régime informationnel qui expose n’importe quel régime, n’importe quel gouvernement, à des opérations de guerre et d’infiltration cognitives incompatibles avec l’exercice de la souveraineté.

L’arbitraire et des logiques d’intérêt implacables y règnent sous couvert de liberté, de démocratie et de souveraineté populaire.

Il n’est pas nécessaire de se faire un claquage du cerveau pour constater que, depuis des mois, les réseaux sociaux en France et X en particulier, en Europe et dans le monde (affaire Brigitte Macron) s’emploie à désigner le président de la République, légitimement élu, comme un usurpateur au sein d’une Union Européenne.

Les médias français ont choisi d’invisibiliser la pièce maîtresse de l’édifice constitutionnel dans ce moment si particulier de l’histoire. Grand bien leur fasse puisqu’ils prêtent leur immense potentiel à un phénomène qui s’apparente à une guerre cognitive engagée contre le peuple français.

Le président de la République française est présenté, et hélas, perçu par nombre de compatriotes et relais médiatiques, comme illégitime et nocif pour les intérêts du peuple.
La question qui suit n’appartient déjà plus à la fiction: dans ces conditions, que faudrait-il pour qu’un courant médiatique puissant justifie la destitution du président Macron?

La destitution n’a pas besoin d’être juridiquement fondée pour être médiatiquement légitimée.
Elle a seulement besoin d’être rendue pensable, puis désirable, puis inévitable.

C’est un processus en trois étages, que l’on a déjà vu ailleurs.

Étape 1 : la délégitimation symbolique (déjà largement engagée)

a) La contestation de l’identité ou de la “nature” du dirigeant

L’“affaire Brigitte Macron”, indépendamment de son absurdité factuelle, n’est pas anodine.
Ce type de rumeur ne vise pas :

  • une politique,
  • une décision,
  • mais la réalité même de la personne.

C’est un mécanisme classique de désontologisation :

s’il ment sur ce qu’il est, il peut mentir sur tout.

b) La transformation du président en usurpateur

On ne dit plus:

  • « je suis en désaccord avec lui »
    mais :
  • « il n’est pas légitime »
  • « il ne représente pas le peuple »
  • « il est le produit d’un système truqué »

À partir de là, l’élection devient un artefact, pas un fondement.

c) L’extension de l’illégitimité à l’Union européenne

S’agissant de l’Union Européenne, le raisonnement implicite devient:

  • UE illégitime
    → institutions nationales corrompues
    → élections biaisées
    → président illégitime

On débranche la source de légitimité, sans avoir besoin de la réfuter juridiquement.

3. Étape 2 : la fabrication d’un climat d’exception

Pour qu’un courant médiatique justifie une destitution, il faut sortir du régime normal.

Cela passe par :

a) Une crise présentée comme existentielle

Peu importe sa nature :

  • sécuritaire,
  • économique,
  • sociale,
  • migratoire,
  • ou institutionnelle.

Ce qui compte, c’est le narratif :

« Le pays ne peut plus attendre. »

La temporalité démocratique est alors décrite comme un luxe dangereux.

b) L’argument de la “volonté populaire empêchée”

On substitue au peuple réel (institutions, élections, droit) un peuple abstrait, supposé :

  • homogène,
  • unanime,
  • trahi.

À partir de là, contourner les règles devient un acte moral.

c) La disqualification préventive de l’État de droit

Les juges deviennent:

  • partiaux,
  • complices,
  • ou “déconnectés”.

Les institutions deviennent:

  • lentes,
  • corrompues,
  • ou hostiles au peuple.

La destitution n’est plus un coup de force, mais une réparation.

4. Étape 3 : l’apparition d’un “recours” présenté comme salvateur

Un courant médiatique puissant n’appelle jamais frontalement à un renversement.
Il appelle à:

  • une “clarification”,
  • un “reset démocratique”,
  • une “refondation”,
  • une “transition”.

La destitution devient alors:

  • soit un mal nécessaire,
  • soit une formalité technique,
  • soit une exigence morale supérieure.

Pour être clair et précis, il manque encore trois éléments pour que ce seuil soit franchi en France :

  1. Un événement catalyseur unique, spectaculaire, émotionnellement saturé.
  2. Une convergence explicite entre réseaux sociaux, médias alternatifs et relais politiques structurés.
  3. Un silence ou une ambiguïté prolongée des institutions européennes, qui validerait indirectement le doute.

Sans ces trois éléments réunis, on reste dans une zone grise de déstabilisation, pas dans une justification ouverte.

A l’heure où les agriculteurs tentent des coups de force et semblent ne pas se contenter d’avoir obtenu du pouvoir de ne pas ratifier l’adoption du Mercosur, la question n’est plus simplement théorique. A qui les agriculteurs français, et surtout leurs dirigeants, vont-ils faire avaler qu’ils ne savent pas à quoi ils prêtent leur influence?

Car, que font les agriculteurs, aujourd’hui même, sinon servir de catalyseur au service des extrêmes (droites et gauche, souverainistes et révolutionnaires) pour coaguler un convergence des frustrations et des discours de révolte?

Ils entrent de plain pied dans une surenchère qu’ils veulent la plus dévastatrice possible. Ils ne se contentent pas du geste, pourtant si lourd de symbole pour un pays fondateur, de ne pas voter l’accord sur le Mercosur, mais demandent à la France de ne pas payer sa quote-part au budget de l’union. En gros, ils demandent au pays fondateur de faire éclater l’Europe.

Ce faisant, ils font écho à l’appel de Marine Le Pen qui appelait, hier soir sur X, « le président de la République à défendre les intérêts de notre nation, et à annoncer, s’il le faut, la suspension de la contribution de la France au budget de l’Union européenne ».

Le danger n’est pas que les agriculteurs soient « manipulés »: ils le sont.
Le danger, désormais, est que:

  • la conflictualité change de nature,
  • la revendication se transforme en contestation de légitimité,
  • l’État soit placé dans une alternative impossible :
    • céder → précédent dangereux,
    • tenir → accusation de trahison du peuple.

C’est exactement la configuration que recherchent les stratégies de déstabilisation.

Cette dynamique se déploie alors même qu’une motion de censure est déposée pour faire tomber le gouvernement, et doit être examinée par le Parlement dans les prochains jours.
Ce calendrier n’est pas anodin. Il inscrit la saturation émotionnelle, la coagulation des colères et la délégitimation institutionnelle dans une séquence de vulnérabilité politique aiguë, où l’architecture démocratique est directement exposée aux effets de l’emballement informationnel.

Une motion de censure relève, en droit, du fonctionnement normal des institutions. Mais lorsqu’elle s’inscrit dans un champ informationnel dominé par la polarisation, elle cesse d’être perçue comme un mécanisme de régulation pour devenir, aux yeux d’une partie de l’opinion, un acte de destitution symbolique, préalable à une remise en cause plus large de la légitimité du pouvoir exécutif.

Le Venezuela pivot, à la botte de Trump, de l’ordre mondial

Quelques points incontournables au sujet de #MaduroCaptured :

1/ Ce que le 47e président américain, @realDonaldTrump, vient de faire est simple dans la forme — mais lourd dans ses conséquences: en réactivant (explicitement) une logique de doctrine Monroe, il transforme le Venezuela en pivot hémisphérique et en signal de puissance adressé au monde.

2/ Cette opération est une “arme” au sens stratégique: si Washington consolide l’accès et le contrôle effectif des réserves pétrolières vénézuéliennes, il se dote d’un réservoir de stabilité (prix/flux) et d’un levier de coercition économique — y compris dans les rapports de force extra-régionaux.

3/ Survenue dans le contexte de la séquence politique autour de @NetanyahouAR (et des débats sur l’Iran), elle reconfigure la sensibilité américaine aux chocs : plus l’Amérique sécurise un amortisseur énergétique dans son “proche hémisphère”, plus elle peut se croire moins vulnérable à une déstabilisation majeure au Moyen-Orient.

4/ Effet systémique possible : si les “réserves colossales” du Venezuela passent sous influence américaine, Pékin perd un espace de respiration énergétique et diplomatique en Amérique latine — et peut se trouver davantage contrainte de composer avec Moscou, ne serait-ce que par la structure des dépendances (énergie, sécurité, alignements). (C’est un mouvement de contrainte relative, pas un automatisme.)

5/ Dit autrement: ce n’est pas seulement Caracas qui est visé — c’est la grammaire du monde (sphères, leviers, zones) qui est revendiquée à nouveau.

Conclusion

Ce qui s’est donné à voir à Washington bis (Mar-a-Lago) n’est pas une posture, mais une reconfiguration de la dissuasion.

Les États-Unis savent qu’ils ne peuvent pas échapper à une hausse mondiale des prix des hydrocarbures en cas d’embrasement au Moyen-Orient.
Ils ont donc choisi autre chose: déplacer la ligne de douleur.

En plaçant le Venezuela sous leur influence, ils se dotent:

  • d’un amortisseur énergétique continental,
  • d’un levier de stabilisation sélective,
  • et d’une capacité à transformer un choc global en avantage relatif.

Le message implicite adressé à Iran est clair: le coût d’un chaos régional ne pèserait plus prioritairement sur l’Amérique, mais sur les autres — Europe, Chine, Inde. Que Benjamin Netanyahou se soit empressé de délivrer à Donald Trump un certificat de “leader du monde libre” n’est pas un hommage : c’est un acte d’alignement intéressé. C’est du bullshit.
Ce monde libre là n’existe pas. Il n’a aucune grandeur morale.

Ce n’est pas seulement une opération géopolitique. C’est une dissuasion énergétique intégrée, où le pétrole devient un paramètre stratégique au même titre que le militaire.

Le Venezuela n’est pas un théâtre secondaire.
Il est devenu un pivot de l’ordre mondial en gestation.