Ce soir, 24/02/2026, le gouvernement de Benjamin Netanyahu fera approuver à la Knesset une loi de Halakha et cela soulève le cœur des démocrates.
Ce sujet mérite un traitement plus profond que celui dont il fait l’objet, comme d’ailleurs tout ce qui se rapporte aux questions spirituelles et religieuses.
Même si le combat civique peut avoir – intellectuellement et institutionnellement – nos faveurs, il ne faut pas l’embrasser de manière aveugle.
Nul ne peut balayer d’un revers de main l’importance de ce qui se passe, sans risquer de faire du civisme un idiot utile parmi d’autres, et, parmi le fanatisme, le plus retors d’entre eux.
Les figures du judaïsme orthodoxe sont caricaturées de manière dramatique et préjudiciable alors que de très nombreuses voix, dans le judaïsme et dans l’orthodoxie, condamnent le sionisme et se désolidarisent d’Israël. Paradoxalement, elles sont associées à la mise en place du Grand Israël.
Rien n’est plus faux.
Depuis la fin des accords d’Oslo et sous les mandats successifs de Benjamin Netanyahu, le sionisme et l’Etat ont revêtu une même peau et présentent un même visage. Le maquillage est celui de la démocratie. La chair n’est pas celle-ci.
Il y a un courant de fidélité à la Torah qui a une dimension messianique. Mais il abhorre le sionisme et, alors que les étudiants des yeshivot sont appelés à servir sous les drapeaux pour s’assimiler à la démocratie et au civisme, ce judaïsme se refuse de se laisser enrôler dans Tsahal dans un combat qu’il déclare être impur et ne pas être le sien.
Cela est passé sous silence. Mais cette objection de conscience est capitale car la conversion d’Israël, via son appareil politique et sécuritaire, au mythe du sionisme pose un problème inextricablement pervers et dangereux pour une société démocratique.
La décision d’enrôler les ultra-orthodoxes dans l’armée – à leur corps défendant – est supportée par l’ensemble de la classe politique, et par l’opinion publique. Elle clôt un chapitre et scellerait, irrémédiablement, le destin de cette nation.
La provocation que constitue pour l’Etat de Droit la mise en œuvre de la loi de Halakha compromet le judaïsme. Netanyahu utilise avec habileté ce levier politique pour le discréditer de manière irrémédiable.
Le judaïsme n’a rien à voir avec le sionisme religieux, mais en acceptant une place à la Knesset, la rencontre entre théologie, pragmatisme politique et rapports de force parlementaires a faussé l’ensemble des rapports et dénaturé la perception des devoirs.
L’appréciation de surface, à laquelle se livrent les médias, a une valeur cosmétique.
Si nous ne faisons pas l’effort de discerner les enjeux profonds et leurs conséquences réelles sur la nature du régime sioniste tel qu’il est, alors tout le monde passe à côté de l’essentiel car deux visions irréconciliables sont aux prises l’une avec l’autre et le sionisme religieux, civique et messianique à la fois, écrasera le sionisme originel: Gideon surclasse Salomon, David et même Moïse et Abraham.
Au sein du judaïsme, l’exil a un sens spirituel. Le retour doit être divin, pas politique. Créer un État juif par la force humaine correspond à une transgression.
Ici, le messianisme est passif.
Le sionisme religieux, lui, considère que l’histoire peut être accélérée par l’action humaine. A ses yeux, l’État d’Israël est un instrument du plan divin. La souveraineté sur la terre a une valeur sacrée
Là, le messianisme devient actif. Peut-il être actif, sans être usurpateur?
Le moment qu’a ouvert le 7-Octobre-2023, met à nu une tension religieuse interne autour du sens de l’histoire, du temps, et de la souveraineté.
Mais elle n’est pas simplement une lutte entre “deux blocs religieux” homogènes : c’est plutôt une fracture au sein même du religieux juif, avec des implications politiques locales mais un retentissement dont nul ne doit douter qu’il est mondial et affecte, déjà, chaque conscience.
Ce qui s’est infiltré dans l’âme d’Israël mérite d’être vu, avant d’être tenu, pour ce qu’il est.
