Quand l’énergie devient une religion de pouvoir: la face cachée d’un Occident en guerre contre lui-même

Quand le pétrole et le gaz deviennent les armes d’une guerre invisible, un Yalta pire que Yalta se profile et les couloirs énergétiques remplacent le mur de Berlin. Il est indispensable aujourd’hui de relier les points géographiques les plus éloignés (le Venezuela, le Groenland, Gaza, le détroit d’Ormuz) pour révéler le dessin caché sous le tapis de la guerre morale ou religieuse : l’accaparement des routes et des ressources. L’agenda atteint son point critique. La structure parle quand la cacophonie règne.

Dans un récent texte, intitulé avec un clin d’œil à André Breton, « Avida petro-dollars », je me suis évertué à mettre en évidence le plan de domination énergétique qui est la vraie cause, éminemment structurelle, de la guerre engagée par les Etats-Unis d’Amérique et Israël contre l’Iran.

Il y a un axe à résonance messianique qui court de Washington à Moscou en passant par Tel-Aviv.

Je l’ai dit et je le maintiens: un pacte caché et inavouable associe, dans cet horizon sinistre, Donald Trump, maître du « deal », Benjamin Netanyahou et Vladimir Poutine. Au-delà de leurs postures respectives, du spectacle des connivences et des bras de fer, de moins en moins nombreux au demeurant, une réalité et une ambition les amène à se rejoindre.

Il est en passe de gagner la partie et de tenir le monde dans sa tenaille.

L’Occident énergétique messianique a pris la place de l’Occident moral, chrétien, athénien, et universaliste, et téléguide les opinions publiques – en imposant la nouveauté a priori séduisante de racines judéo-chrétiennes, et en expulsant toute référence à l’islam. Les extrêmes-droites et souverainistes européennes – Jordan Bardella et Marion Maréchal, pour citer les figures françaises, fascinées par Trump et Poutine, n’ont eu aucune objection à rallier, les 26 et 27 mars 2025, la conférence internationale sur la lutte contre l’antisémitisme à Jerusalem.

Cette conférence n’était pas une conférence ordinaire: elle a provoqué une controverse internationale majeure parce qu’elle a accueilli de nombreux représentants de l’extrême droite européenne. Cela a entraîné des boycotts de figures juives et intellectuelles.

Il faudra savoir si leur présence consistait simplement à s’acheter une nouvelle conduite compte tenu du passif antisémite du FN, ou si ces partis adhérent à l’axe tel que je le définis ici, et qui ira jusqu’à inclure la dimension énergétique qu’Israël est en passe d’asseoir, en Méditerranée car, ce qui est sacrifié, ici et maintenant, c’est la souveraineté de l’Union Européenne et de tous les Etats qui la forment.

Je sais bien que l’UE est décriée et qu’elle ne manque pas de contempteurs qui l’accusent de brimer les peuples et d’être de nature totalitaire. Mais face aux titans qui tentent de se lever, et directement menaçant, la Russie, qu’ont-ils à proposer sinon un souverainisme vassalisé?

Car, dans cet immense puzzle, nombre de pièces s’ajustent d’elles-mêmes et, laissant libre ceux qui souhaitent considérer que ce serait lié à de seules coïncidences, à des aléas de la géopolitique ou au fait de l’adaptation du marché, je considère que la vraie partie se joue par le dessous des cartes et non par le dessus, comme il est de coutume.

Ces pièces ne sont pas décoratives. Elles pèsent lourd. Très lourd. trop lourd.

J’ai cité le Venezuela et la capture de Nicolas Maduro, avec à la fois le premier plan que représentent les immenses réserves pétrolières du pays, et, dans la même perspective, si on lève le regard à l’horizon immédiat, les réserves offshrore de l’Equissibo, au large du Guyana, sur lequel Nicolas Maduro avait des prétentions territoriales susceptibles de menacer les investissements et les retours hors du commun que ce gisement représentait pour ces majors américaines.

Cette perspective n’était pas compatible avec un Venezuela fantasque et menaçant. Elle ne l’était pour personne. Mais est-ce une raison de manipuler grossièrement les motifs de guerre partout impunément et de dissimuler les objectifs?

Le Venezuela, officiellement, ne semble pas avoir renoncé officiellement à cette prétention. Mais il n’en a pas les moyens. Il les a d’autant moins que Celda Rodriguez, qui a succédé à Nicolas Maduro, est dépendante du bon vouloir des Américains pour remettre à flot l’infrastructure et l’outil industriel pour exploiter son propre pétrole.

L’Amérique préfère un régime chaviste sous contrainte, tenu de gérer sa survie sous contrainte, à une démocratie véritable qui pourrait être tentée, à un moment ou à un autre, de marquer et revendiquer sa souveraineté.

Puis il y a, comme je l’ai déjà dit, le Groenland, que Donald Trump a prétendu pouvoir acheter, piétinant, au passage, ses « alliés » de l’Otan dont il entend toujours plus tordre le bras, jusqu’à le casser.

Le Groenland, ce n’est pas seulement, comme certains experts le disent, pour montrer à Poutine que le territoire américain est aussi vaste sinon plus que celui de la Russie ou de la Chine.

Ce n’est même pas pour le pétrole ou les terres rares que con sous-sol recèle.

Non, le Groenland, avec ses eaux territoriales et sa Zone Economique Exclusive, constitue la clé du passage du nord-ouest que la fonte des glaces rend praticable et place comme une voie maritime de substitution à celle que représente les anciennes issues, notamment pour le détroit d’Ormuz et donc tout le pétrole et le gaz du Moyen-Orient, le canal de Suez.

Le timing finit par dire quelque chose des opérations. Il dégage, il me semble, une logique. Et, dans cette logique, le Détroit d’Ormuz à partir duquel le Qatar délivre son gaz et qui permet à l’Iran et à touts les Etats du Golfe de livrer leur pétrole et leurs matière premières au monde entier, devient un enjeu d’insécurité local pour être un levier de sécurité et d’enrichissement sur les nouveaux espaces stratégiques.

Chacun voit les effets que le guerre illégale et injuste qu’ont lancé Israël et les Etats-Unis contre l’Iran, coupant court aux négociations, provoquent sur le commerce international ainsi que la stabilité des Etats et de leurs économies.

Mais, ce que nous ne voyons pas et que nous ne voulons pas voir, parce que cela sort de nos biais de normalité, c’est quel le calcul de cette Amérique, de cette Russie et de cet Israël est maximisé par la crise au Moyen-Orient.

Il manquait une pièce à ce puzzle. Personne ne parle de l’enjeu gazier et pétrolier qui est dans les mains d’Israël, mais la Méditerranée orientale est devenue une zone stratégique pour le gaz offshore, avec des implications majeures pour Israël et ses voisins.

Et Gaza est directement concernée par la question des eaux territoriales et des droits sur les ressources offshores en Méditerranée orientale. Le champ gazier « Gaza Marine » (ou « Gaza Marine 1 et 2 ») est situé au large des côtes de Gaza, dans les eaux territoriales palestiniennes.

Ce gisement, découvert dans les années 1990, est estimé à plusieurs milliards de dollars et pourrait jouer un rôle majeur dans l’autonomie énergétique et la reconstruction de Gaza.

Le mirage immobilier en images de synthèse porté par Trump dissimule aussi un génocide énergétique.

Selon le droit international, les eaux territoriales s’étendent jusqu’à 12 milles marins (environ 22 km) au large des côtes, et la Zone économique exclusive (ZEE) jusqu’à 200 milles marins. Gaza, bien que sous blocus, a donc théoriquement des droits sur les ressources situées dans ces zones.

Les gisements gaziers de Méditerranée orientale sont bien plus qu’une aubaine économique pour Israël : ils sont un pilier de sa stratégie de puissance, intégrant guerre, diplomatie et contrôle territorial. La question de Gaza et de la souveraineté palestinienne est donc indissociable de cet agenda, où l’énergie devient à la fois une arme et un levier de normalisation régionale.

C’est une vision de la puissance politique qui unit les USA de Trump, l’Israël de Netanyahu et la Russie de Poutine.

Quand Israël a décidé de financer le Hamas plutôt que de permettre à l’Autorité Palestinienne, quel calcul a-t-il fait? Pourquoi Netanyahou a-t-il décidé d’ignorer les alertes des services égyptiens faisant état d’une attaque imminente trois jours avant le 7-Octobre-2023?

Compte tenu de la situation dans laquelle est plongée l’économie mondiale et à la lumière des enjeux qui se forment – si on sort des narratifs sortis tout droit des think tanks, financés parfois par des compagnies pétrolières, ou écrit par Tsahal ou le Mossad, des questions légitimes, qui n’ont rien à voir avec l’antisémitisme, se posent.

C’est l’affaire des appareils judiciaires, des instances d’établir les faits, les responsabilités, de dresser les actes qui s’imposent et de faire toute la lumière sur ces dessous des cartes.

Mais nous n’avons plus d’illusions à nous faire: l’Occident énergétique messianique, tel que constitué dans les faits et déroulant sa mécanique infernale dépossédant de trop nombreux états de leur capacité à s’administrer de manière souveraine, en leur imposant la destruction, la division et l’accablement, entretenant un cycle de la violence profitable, est une machine de guerre. Il est la créature de Trump, Poutine et Netanyahou. Elle n’a pas d’autre ambition que de dominer le monde dans ses tenailles.

Il y a encore un autre Occident, capable en vertu de sa tradition et de son universalisme, de parler une autre langue que celle du chaos.

Le socle commun est la justice. Ce n’est ni le pétrole ni le gaz.

Laisser un commentaire