Sépulcre

La démocratie israélienne, la démocratie mondiale des voix des consciences, est enterrée vivante par Israël.

​Le président de la République française est à nouveau dans le collimateur de l’aile pro-Netanyahou après sa condamnation de l’interdiction d’exercer son rite qui a frappé le patriarche latin de Jérusalem, le cardinal Pierbattista Pizzaballa, au Saint-Sépulcre.

Évacuant toute autre considération pour ne retenir que celle du traitement sécuritaire, nombre de contempteurs du président français opposent que cette décision s’imposerait à tout pouvoir.

​Ce n’est pas ce qui semble s’être passé, notamment au Sacré-Cœur de Paris durant la Première Guerre mondiale. La prière et le rite ont continué à s’accomplir sous les bombes. À dire vrai, l’impression qui se dégage est qu’Israël prend prétexte de la sécurité pour faire taire les prières qui, par leurs gestes, s’adressent à Dieu autant qu’aux consciences humaines.

La prière et les rites ont continué, plus près de nous, dans les mosquées, les églises et les temples, au plus fort du terrorisme dit islamique.

​La dimension sécuritaire, en Israël, prend une tournure idolâtre. C’est, derrière l’argument consistant à prétendre que cette mesure vise tous les lieux de culte (y compris le Mur des Lamentations), ce qui est à la fois le plus « tordu » et le plus pitoyable dans cette affaire : transformer la violence en une religion d’État, supérieure à toutes celles émanant de ce qu’il est convenu d’appeler, de la Torah à l’Islam, le Livre. Le nom que nous pourrions donner à cette religion d’État est le sionisme.

​L’Histoire a connu d’autres régimes, ivres de leur propre messianisme, qui ont prétendu, de la même façon, briser la constance et l’unité du rite et l’adresse qu’il maintient, de la mosquée au temple, pour imposer leur tyrannie.

​Aujourd’hui, la boucle d’un enfermement implacable se referme sous nos yeux. D’un côté, ce système s’arroge le droit de vie et de mort en promouvant le rétablissement de la peine capitale pour des faits de terrorisme — une asymétrie létale dont chacun comprend qu’elle cible de fait les prisonniers palestiniens. De l’autre, il entend dicter sa loi au-delà de ses propres frontières, faisant pression pour voir le parlement français légiférer afin d’assimiler toute critique politique de son projet — l’antisionisme — à l’antisémitisme.

​C’est une offense, il faut le dire, particulièrement grave à la fois à l’intelligence et aux consciences ; le président Emmanuel Macron est loin d’être le seul à s’en émouvoir.

Il lui sera, tardivement, reconnu la prudence dont il a fait preuve en ne participant pas à la manifestation du 12 novembre 2023, considérant que sa place n’était pas là.

​L’évolution du régime en place à Tel-Aviv lui donne amplement raison.

« Horatio, il y a plus de choses au ciel et sur la terre que n’en rêve votre philosophie. » (Hamlet, Shakespeare)

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