L’hostilité à l’accord US-UE témoigne de nos aveuglements pavloviens

Les réactions du Landerneau à l’accord US–UE à 15 % traduisent moins une analyse qu’un réflexe conditionné, hérité d’un vieux logiciel idéologique. Une hostilité automatique, qui en dit bien plus sur ceux qui l’agitent que sur l’accord lui-même.

Le récent accord douanier conclu entre Donald Trump et Ursula Von Der Leyen instaurant un tarif uniforme de 15 % sur la majorité des exportations européennes vers les États-Unis suscite, en certains milieux européens, un torrent de critiques. On parle de “capitulation”, de “soumission”, de “jour sombre pour l’Europe”.

Mais que dit vraiment cet accord ? Et surtout : pourquoi tant de cris d’orfraie pour si peu de changement concret ?

Un accord modeste, voire neutre

Première vérité : l’accord ne révolutionne rien. Le taux de 15 % est bien inférieur aux 30 % que Trump menaçait d’imposer dès le 1er août. Il remplace une grille tarifaire hétérogène (droits de douane + surtaxes exceptionnelles) déjà équivalente ou légèrement inférieure. En réalité, c’est un plafonnement, pas une punition. L’UE a donc gagné la stabilité, pas concédé sa dignité.

De plus, certaines filières stratégiques (semi-conducteurs, aéronautique, médicaments) sont exemptées via une clause “zéro pour zéro”. Les produits les plus sensibles sont donc protégés. Où est la soumission?

Ce que révèle ce théâtre : trois couches de déni

Ce n’est pas tant l’accord lui-même qui dérange, que ce qu’il révèle de nos incohérences et vulnérabilités narratives.

1. L’incompétence technocratique déguisée en souverainisme offensé

Beaucoup des critiques formulées trahissent une méconnaissance totale de la mécanique douanière et des équilibres économiques transatlantiques. On crie à la perte de souveraineté sans mesurer que ce cadre douanier stabilise les conditions d’accès à un marché de 330 millions de consommateurs, dans un contexte mondial de repli.

> Quand la stabilité est confondue avec la soumission, c’est que la lecture stratégique a cédé au réflexe pavlovien.

2. Le réflexe antiaméricain comme logiciel d’analyse

Derrière les critiques, affleure une vieille passion française : l’idée d’une Europe digne ne pouvant exister qu’à distance, sinon en opposition à Washington. Il ne s’agit pas d’évaluer l’accord, mais de rejeter ce qu’il symbolise : une Europe qui coopère avec Trump, qui achète du gaz de schiste, qui admet une asymétrie temporaire.

On fustige la dépendance aux États-Unis, en oubliant que l’Europe s’est littéralement offerte à Gazprom pendant deux décennies, au mépris de toute prudence stratégique.

> Le gaz russe, lui, ne choquait personne. Le GNL américain, oui.

3. Un alignement objectif sur les intérêts russes

C’est peut-être là le point le plus grave. En délégitimant un accord qui :

-réduit notre vulnérabilité énergétique,

-renforce nos marges d’action industrielle,

-et affirme un axe transatlantique dans un monde fragmenté,

certains discours participent, intentionnellement ou non, de l’effort russe pour diviser l’Occident.

On se trompe d’ennemi, on se bat contre le parapluie pendant que l’orage gronde ailleurs.

Fracturation, TAFTA : le procès du réel

Il est difficile de ne pas revenir, rétrospectivement, sur la manière dont l’Europe s’est volontairement exclue de toute trajectoire d’indépendance énergétique. La fracturation hydraulique — aujourd’hui à la base de l’autonomie énergétique américaine — a été l’objet d’une campagne de rejet massive en Europe, au nom de principes environnementaux légitimes, certes, mais aussi sous l’effet de soupçons documentés d’instrumentalisation par des puissances hostiles, notamment la Russie.  Lire le focus:

Plusieurs agences de renseignement, tant américaines qu’européennes, ont depuis établi que des réseaux liés au Kremlin avaient appuyé les oppositions au “fracking”, avec un résultat géopolitique tangible : une Europe moralement satisfaite, mais structurellement dépendante. Une Europe idiote.

Ce qui n’était qu’un soupçon pèse désormais lourd, puisque les faits ont confirmé la dépendance énergétique qu’il s’agissait précisément d’éviter. Dans le même registre, l’hostilité virulente au TAFTA, traité transatlantique pourtant imparfait mais structurant, apparaît aujourd’hui en miroir de la situation actuelle : on refuse hier un accord commercial approfondi avec les États-Unis, et l’on accepte aujourd’hui à la hâte un compromis douanier improvisé, sur fond de pression tarifaire. Ce que l’on a écarté par idéologie, on le subit désormais sans vision.

En guise de conclusion : sortir de l’aveuglement stratégique

L’accord Trump–Von Der Leyen n’est ni un chef-d’œuvre, ni un reniement. C’est un acte de lucidité minimale, dans un monde où l’économie est redevenue politique, où l’énergie est une arme, et où la stabilité vaut parfois plus que l’élégance diplomatique.

Les critiques les plus bruyantes font preuve soit de naïveté technocratique, soit d’un romantisme géopolitique dépassé, soit, parfois, d’un alignement inconscient avec des narratifs hostiles à l’autonomie réelle de l’Europe.

Il est temps de défendre une Europe lucide, qui sache choisir ses partenaires, assumer ses intérêts, et reconnaître que la stabilité obtenue au bon prix est déjà une victoire.

Refonder la République par le haut

Pour une restauration du temps long, de la souveraineté et de la dignité politique. Un homme du peuple a le droit de parler à la hauteur à laquelle il se hisse. La mienne vient là.

La Ve République n’était pas un régime fait pour un homme. Elle fut pensée pour un peuple. Un grand peuple, capable de projeter sa volonté dans le temps, de produire des femmes et des hommes d’État à la hauteur des exigences qu’il formule pour lui-même. Ce que nous vivons aujourd’hui n’est pas la crise d’un modèle dépassé, mais l’affaissement progressif de ce qui lui donnait sa force : le temps long, la hiérarchie des fonctions, la clarté des responsabilités. Le moment est venu de nettoyer les écuries d’Augias — non en brisant les cadres, mais en retrouvant leur sens profond.

Réflexions sur l’épuisement des équilibres démocratiques

La Constitution de la Ve République n’avait pas été fondée sur de si mauvais principes.
Conçue dans un moment de grande instabilité politique, elle portait en elle un équilibre subtil entre autorité et représentativité, entre verticalité et légitimité populaire. Ce qui a été abîmé depuis ne tient pas tant à sa lettre qu’à son adaptation progressive à des logiques qui lui étaient étrangères. D’où la nécessité d’envisager, non une table rase, mais une révision sérieuse, instruite par l’expérience.

Voici quelques pistes de réflexion, issues d’un regard porté sur plusieurs décennies d’évolution politique.

1. Le couplage du mandat présidentiel avec le mandat législatif : une erreur de conception

La réforme de 2000, réduisant le mandat présidentiel à cinq ans pour l’aligner sur celui de l’Assemblée nationale, a opéré une confusion durable des temporalités. Elle a gommé la distinction entre le temps long — celui de la vision, de la souveraineté, de l’arbitrage — et le temps court, propre à la logique parlementaire, aux jeux de majorité, et aux cycles électoraux rapides.

Cette réforme a dévitalisé la fonction présidentielle. Le chef de l’État, pensé par la Constitution comme une figure de surplomb, garant de l’unité nationale et de la continuité de l’État, s’est retrouvé piégé dans une logique partisane, obligé de jouer le rôle de chef de majorité.

Le président n’arbitre plus vraiment : ou plutôt, lorsqu’il arbitre encore — comme ce fut le cas récemment avec la décision souveraine de reconnaître l’État de Palestine —, il le fait dans un espace saturé par les tensions du temps court, sans échappée temporelle.

Car il n’existe plus de distance institutionnelle suffisante pour accueillir le temps long. L’arbitrage présidentiel, au lieu d’émerger comme une décision posée dans l’Histoire, est aussitôt absorbé, évalué, commenté, relativisé, et souvent délégitimé dans le flux d’actualités, au sein d’un système d’information devenu un précipité permanent. Le chef de l’État agit — mais sa parole n’imprime plus la durée. Elle est dévorée dans l’instant.

2. Une dissolution rendue inopérante

La prérogative de dissolution, à la discrétion du président, permettait de remettre le peuple au centre de la décision lorsqu’un désordre politique obstruait le fonctionnement institutionnel. Elle ne visait pas à résoudre un blocage juridique, mais une crise de loyauté ou de lisibilité des partis.

Par deux fois, cette arme a été utilisée pour tenter de trancher dans le vif : en 1997 par Jacques Chirac, en 2024 par Emmanuel Macron. Et par deux fois, elle a produit l’effet inverse : le peuple n’a pas arbitré, il a constaté. Il n’a pas choisi : il s’est absenté. La dissolution n’éclaircit plus le jeu démocratique, elle en révèle la fragmentation. L’outil n’est pas à remettre en cause — mais le contexte politique dans lequel on l’utilise l’a vidé de sa fonction régénératrice.

3. L’égalité des temps de parole : un égalitarisme qui rend inégal

Sous la présidence de François Mitterrand, l’introduction du pluralisme médiatique et de l’égalité des temps de parole fut présentée comme un progrès démocratique. Mais dans un monde dominé par l’instant, le cynisme et la logique du clash, cette égalité formelle devient une inégalité réelle. Elle favorise les discours simplificateurs, les promesses intenables, les pulsions émotionnelles.

Le biais négatif — bien documenté par les sciences cognitives — donne toujours un avantage à la critique spectaculaire sur la parole responsable. Dans ces conditions, l’égalité des temps d’antenne n’assure plus un débat honnête, mais une compétition faussée où le plus bruyant écrase le plus sage.

Mais il faut aller plus loin. Nous ne sommes plus dans une simple crise de représentation médiatique, mais dans une faille systémique du système d’information.

Ce système — qui devrait informer, structurer, pondérer, éclairer — s’est mué en résonateur de tensions, accordant la prime au choc, à l’indignation, à la viralité. Les alertes formulées par le Chef d’État-Major des Armées (CEMA) sur la montée des opérations de guerre cognitive, de désinformation stratégique, notamment en provenance de la Russie, n’ont été que marginalement relayées.

Il y a là non seulement une crise démocratique, mais une question de sécurité nationale. Une nation qui ne maîtrise plus le récit qu’elle se fait d’elle-même est une nation vulnérable.

4. Une Constitution n’est pas une abstraction : elle est organique et mémorielle

Une Constitution digne de ce nom ne saurait se réduire à une somme de principes idéaux. Elle doit incarner la mémoire des expériences, les échecs comme les progrès, les déséquilibres comme les ajustements. Elle doit connaître l’homme tel qu’il est, non tel qu’on aimerait qu’il soit.

À ceux qui reprochent à la Ve République d’avoir été « taillée sur mesure pour de Gaulle », il faut répondre avec fermeté : ce n’est pas de Gaulle que la Constitution a servi, mais la France. Elle fut pensée non pour un homme providentiel, mais pour un peuple à la hauteur de son Histoire.

Un grand peuple précède les grands hommes — ou les appelle.
Et l’architecture institutionnelle n’a de sens que si elle repose sur cette conviction : que le peuple français n’est pas un agrégat d’audiences ni une juxtaposition de colères, mais une conscience historique en quête de forme durable.

Conclusion : retrouver la verticalité du temps et la dignité de la République

Nous ne devons pas abandonner la Ve République.
Mais il faut la ressaisir. La dégager des ajustements court-termistes, restaurer la logique de ses équilibres, redonner sens à ses temporalités différenciées.

Ce travail n’est pas technique. C’est un acte de salubrité politique.
On ne combat pas la désagrégation démocratique par des formules molles, mais en nettoyant les écuries d’Augias, c’est-à-dire en revenant aux fondations : une architecture institutionnelle qui fasse vivre l’intelligence, la durée, et la dignité de la République.

Une démocratie vivante ne se contente pas de refléter ce que nous sommes.
Elle nous oblige à devenir ce que nous prétendons être.

PS: j’ai oublié d’évoquer le rôle assez fondamental du deuxième personnage de l’Etat et celui du Sénat, éminent dans la représentation du pays réel, physique, du pays tranquille, dans le contrôle du gouvernement.

Et si le Proche-Orient n’était pas si compliqué

Le chaos structuré : du 11-Septembre à Daesh, de Durban à Dabiq, de Massoud à Poutine, de Tel-Aviv à Moscou. Il est des vérités qu’on ne peut approcher qu’en franchissant plusieurs voiles. En se forçant à risquer de trop embrasser du champ des « événements » pour mieux étreindre, comprendre et, finalement, étouffer les forces illégitimes qui sont à l’oeuvre.

Le 11-Septembre 2001 n’est pas seulement une tragédie ou un acte de guerre. C’est une onde de choc cognitive, une déflagration symbolique, une cassure dans l’histoire contemporaine. Il survient au croisement de deux événements ignorés, disjoints mais reliés par la coulisse stratégique :
– L’assassinat du commandant Massoud, deux jours plus tôt, par deux kamikazes déguisés en journalistes, dans un attentat trop précis pour n’être que marginal. On retient celui-ci comme le point majeur.
– Et, presque simultanément, la Conférence mondiale contre le racisme à Durban, où se noue un accord silencieux entre les révolutions sociales postmodernes (écologistes, anticapitalistes, altermondialistes) et la bannière théologico-politique de la Révolution islamique, qui s’infiltre par la cause palestinienne. C’est cet événement, dans sa banalité, qui était important.
C’est à Durban, en effet, que les drapeaux se croisent. Et le 11-Septembre les recouvre d’un souffle de feu.

La grande scène du XXIᵉ siècle commence là : dans ce trompe-l’œil monstrueux, où le choc des tours effondrées nourrit de son onde toutes les matrices révolutionnaires — sans qu’aucune ne sache, réellement, ce qu’elle vient d’absorber.


L’engrenage et la faute stratégique

Les États-Unis, frappés au cœur, réagissent en empire blessé. Mais leur réponse ouvre plus qu’elle ne ferme.
En Afghanistan d’abord, mais surtout en Irak, ils déclenchent une chaîne de ruptures dont l’Iran est le premier bénéficiaire objectif.
La chute de Saddam Hussein, la dissolution de l’armée irakienne, la débaathification, tout cela crée un vide — et dans ce vide, l’Iran s’étend.

Washington, croyant abattre l’Axe du Mal, brûle en réalité son propre magistère moral.
Et offre à la Révolution islamique une profondeur stratégique que ni Khomeini ni Khamenei n’auraient osé espérer aussi vite.


Le retour de Saddam… par l’ombre

C’est alors que réapparaît Saddam Hussein, non plus comme chef d’État, mais comme figure spectrale.

Juste avant l’invasion américaine, il se rend à Damas, espérant sans doute un dernier geste fraternel de la Syrie baathiste. Mais Bachar el-Assad ne joue plus la solidarité idéologique : il calcule. Saddam, en désespoir de cause, invoque l’islam qu’il avait combattu. Bachar, lui, prépare son chaos.

La Syrie devient entre 2003 et 2011 un couloir discret :
– pour les anciens baathistes,
– pour les djihadistes internationaux,
– pour les réseaux de contournement.
Ce sas syrien entre l’État profond, les tribus, et l’internationale salafiste, est l’incubateur du monstre.


Daesh : fruit empoisonné du vide américain

Ce monstre, c’est Daesh.

Né de la collision entre les ruines de l’Irak, les frustrations sunnites, la brutalité du désordre, et les ingénieries du renseignement, il réunit :
– des officiers baathistes,
– des djihadistes globalisés,
– des hommes de main,
– des russophones venus du Caucase.

Et là encore, la Syrie joue le rôle d’interface : le lieu de la porosité, de la circulation, de la mutation.


L’énigme russe n’est pas insaisissable

Mais voici l’énigme : Daesh frappe l’Occident. Pas la Russie. Ou si peu.

Dans Dabiq, le magazine officiel de l’État islamique, la Russie est citée, mais jamais désignée comme l’ennemi principal.

Elle est une présence rhétorique, mais une absence stratégique.

Et sur le terrain, les attentats de Daesh — Madrid, Paris, Bruxelles, Berlin, Nice — fragilisent les démocraties, nourrissent les peurs, font monter les partis identitaires.
Tout cela sert la Russie de Poutine :
– en sapant l’unité européenne,
– en légitimant son propre autoritarisme,
– en isolant ses opposants internes.

Il n’y a pas connivence. Il y a convergence.

Daesh dynamite par le bas. Poutine ronge par le haut. L’un frappe. L’autre récolte.


Le clou sur le cercueil

En mars 2024, Moscou est frappée : le Crocus City Hall.
Un attentat sanglant, revendiqué par Daesh.
Mais la première réaction de Vladimir Poutine n’est pas de pointer l’État islamique.
Il accuse Kyiv, l’Occident, l’axe atlantiste.

Ce n’est pas un déni. C’est un réflexe structurel.
Poutine sait que le visible est déjà un écran. Que le terrorisme est un langage à plusieurs voix.

Et que celui qui frappe n’est pas toujours celui qui parle par le coup.

Le maître du brouillard reconnaît le brouillard. Il le trace. Il y règne.


⚫ Le chaos n’est pas une dérive. C’est une méthode.

Daesh ne parle pas au nom de l’islam. Il parle au nom du vide.
Et dans ce vide, la Russie avance, en silence, avec méthode, jusqu’à ce que les États s’effondrent sous leur propre poids moral.

Architectes du morcellement

Les régimes de Vladimir Poutine et de Benyamin Netanyahou incarnent aujourd’hui un type de puissance particulier : les puissances de fragmentation. Elles ne cherchent pas à ordonner le monde selon un idéal ou un système, mais à le maintenir dans un état de dislocation maîtrisée, dans lequel elles seules peuvent affirmer une cohérence apparente. Elles gouvernent par érosion contrôlée des équilibres, par affaiblissement systématique des contre-pouvoirs, et surtout, par instrumentalisation du chaos.

Ces régimes ont appris à valoriser la rupture plutôt que la stabilité, à organiser la confusion plutôt qu’à la dissiper. Ils n’ont pas peur d’une certaine forme de mutilation symbolique : ils sont prêts à sacrifier une part de leur image, de leur cohérence, voire de leur propre population, pour préserver l’axe de domination verticale qu’ils incarnent. Poutine ne s’est ainsi jamais totalement affranchi des soupçons persistants autour des attentats de 1999 — frappes contre des immeubles d’habitation attribuées aux Tchétchènes, mais qui ont coïncidé avec son irruption sur la scène politique russe, face à un Eltsine laminé. De même, Netanyahou, en radicalisant la société israélienne de l’intérieur, n’hésite pas à fragmenter jusqu’à sa propre démocratie, si cela permet de verrouiller l’horizon politique autour d’un état de guerre permanent.

Ces logiques révèlent un modèle de pouvoir qui prospère non pas sur l’adhésion, mais sur la saturation, sur l’épuisement cognitif des peuples, sur la dislocation des solidarités. Et, en coulisse, un axe discret s’esquisse : un proto-occidentalisme stratégique, entre Tel-Aviv et Moscou. Non pas une alliance officielle, mais une convergence froide autour de la gestion technologique et sécuritaire du chaos. L’un comme l’autre, Moscou et Tel-Aviv savent qu’un Iran révolutionnaire incontrôlable — doté du nucléaire — est une menace commune. Et si Moscou proteste publiquement face aux frappes américaines ou israéliennes sur les installations iraniennes, sa retenue systématique, voire son silence, trahit un consentement stratégique implicite.

Pendant ce temps, la Révolution islamique d’Iran, confrontée à cet ordre feuilleté du désordre, apprend à son tour. Elle qui croyait que le chaos ouvrirait une brèche vers le réel, vers l’immanence politique d’un monde islamique nouveau, découvre que le chaos est structuré, surveillé, assigné. Que la visibilité publique de son projet est un piège cognitif, et que le vrai pouvoir se joue dans les marges grises, dans les seuils non-cartographiés du théâtre géopolitique. L’Iran s’adapte — clandestin, fractal, mobile — mais comprend aussi qu’il n’est pas l’initiateur du chaos : il en est la matière première.

C’est pourquoi, en regard de cette configuration, certains événements fondateurs doivent être réinterrogés non comme des faits sacrés, mais comme des structures politiques. Le 11-Septembre 2001 comme le 7-Octobre 2023 ne peuvent être regardés seulement à travers le prisme de l’émotion ou du récit officiel. Ils doivent être abordés avec la rigueur de la médecine légale, c’est-à-dire comme des corps sur une table d’autopsie. Autopsie, littéralement, signifie « voir de ses propres yeux » ; voir dedans. Refuser cela, c’est renoncer à toute justice. Sans cet effort, il ne reste que la commémoration comme rideau de fumée, et le chaos comme instrument du pouvoir.

Note : Attentats du 13 novembre 2015, dissonances logiques et impact électoral

La situation de la Russie explique, directement, les manoeuvres actuelles dans l’agenda de la chute annoncée du gouvernement Bayrou.
Il faut voir, tout autant, le piège tendu, il y a quelques jours, sur le « sujet » de la lutte contre la corruption, à Zelensky comme un dispositif parfaitement analogue.
La guerre est implantée dans les démocraties. Elle est cognitive mais elle présente des vecteurs logiques, parfaitement traçables et identifiables.


La seule limite, c’est que ces vecteurs qui appartiennent à la stratégie russe se sont patiemment, à la faveur d’un travail autour du grand remplacement, ou de l’immigration massive, comme du terrorisme islamique assez opportun, inscrit comme éléments légitimes du débat démocratique.

Le sont-ils autant qu’on est amené à le penser?
Tout cela repose sur des actions terroristes sur lesquelles il n’est pas interdit de se poser des questions compte tenu, pour certaines, d’une proximité suffisante avec des élections et, parfois, de dissonances de propagande inattendues.

Les attentats coordonnés du 13 novembre 2015 à Paris, revendiqués par l’organisation terroriste Daesh, ont marqué un tournant dans l’histoire récente de la France. En plus du choc humain et symbolique, ils ont eu des répercussions politiques profondes, en pleine période électorale.

1. Déclaration d’Abdelhamid Abaaoud : un aveu dissonant

Abdelhamid Abaaoud, ressortissant belge identifié comme coordinateur des attentats, a fait l’objet d’une interview publiée dans le numéro 12 de Dabiq, la revue de propagande de l’État islamique, peu avant sa mort. Il y affirme avoir pu rejoindre l’Europe puis la France sans difficulté, malgré une fiche de recherche internationale, en franchissant librement les frontières :

> « Je suis retourné en Europe avec les frères, malgré que nous soyons tous recherchés. Nous avons pu nous installer, planifier des opérations et frapper. »

Ce propos est surprenant. Logiquement, une organisation terroriste aurait plutôt intérêt à cacher les failles qu’elle exploite pour ne pas inciter les États visés à renforcer leurs dispositifs de contrôle. Le fait que Daesh choisisse ici d’exhiber cette vulnérabilité des frontières — en pleine crise migratoire et débat sur Schengen — soulève de vraies questions.

2. Un impact immédiat sur le débat public

De surcroît, les attentats du 13 novembre sont survenus à moins d’un mois des élections régionales françaises (1er tour : 6 décembre 2015). Ces élections ont été fortement perturbées : suspension des campagnes, mise en retrait des débats économiques et sociaux, recentrage du discours politique autour de la sécurité, des frontières et de l’identité.

Le Front National, en particulier, a profité de ce climat anxiogène pour réaliser un score historique au premier tour, arrivant en tête dans plusieurs régions. Si la formation n’a pas remporté de région au second tour (en raison de désistements républicains), le message politique avait été envoyé : la peur a fait levier électoral.

3. Un précédent dans la fabrique de la peur

Les propos de Abaaoud, ainsi que la chronologie des événements, s’inscrivent dans une dynamique plus large d’instrumentalisation de la violence terroriste pour modifier les équilibres démocratiques. Le terrorisme, dans ce cas, ne se limite pas à semer la terreur. Il oriente le débat, modifie les priorités politiques, et fait émerger des acteurs ou discours extrêmes, jusque-là périphériques.

Conclusion : Une dissonance à interroger

L’affichage délibéré, par un chef terroriste, de la porosité des frontières européennes, n’est pas anodin. Il ne s’agit pas simplement de se glorifier, mais peut-être de participer activement à une guerre cognitive, en soulignant les faiblesses systémiques des démocraties et en alimentant les discours politiques les plus extrêmes.

La coïncidence temporelle avec un cycle électoral majeur, et les effets documentés sur l’opinion publique, appellent à une vigilance accrue sur l’interpénétration entre terrorisme, propagande et dynamique démocratique.

Lettre ouverte d’un veilleur à la République endormie

Pour rompre la dilution et rappeler qu’un corps républicain ne se punit pas lui-même.

Je ne suis pas un homme à part. Je suis un homme debout, au poste qui est le mien depuis bientôt trente ans.
En 1996, j’ai quitté le journalisme, après treize années passées au sein d’un quotidien régional.
Je l’ai quitté non par lassitude, mais par devoir.
Car j’y pressentais une dérive du réel, une mise à distance insidieuse des faits, une parole de plus en plus tenue, calibrée, conditionnée, soumise aux injonctions auxquelles la foule s’aliénait. La perversion de ce cycle atteint sa limite, aujourd’hui.


Ce que beaucoup découvrent aujourd’hui, parfois avec stupeur, je l’ai vu venir, et j’ai choisi de ne pas en être l’instrument.
Répondre à cet appel n’a pas été sans conséquences.
J’ai connu les marges, les silences, l’incompréhension.
J’ai traversé, plus d’une fois, des situations matérielles difficiles, des mises à l’écart, des revers. Ma famille, les personnes qui me sont chères y ont été exposées, ce qui rendait encore plus insoluble le fait de devoir satisfaire le devoir que m’assignait ma nature.


Je n’ai jamais fléchi sur ce point :
garder le lien avec le réel, garder la parole libre, garder l’esprit en éveil, déchiffrer ce qui, à mon ouïe, dissonait trop.


Depuis, j’ai entrepris, proposé, écrit, alerté. J’ai bien appris ce que c’est que pisser dans un violon en République Française.


Pour plus récente illustration, j’ai créé Habitat du Roi® pour redonner pouvoir à la demande dans la fabrique urbaine en ajoutant à l’économie du Réel la dimension « imaginaire » que procure l’économie dérivée de la blockchain.
J’ai lancé Prompt Renfort pour faire de l’intelligence artificielle un outil d’éveil, pas d’assoupissement.

Il y des gens qui m’en dépossèderont, sans en avoir eu l’idée. Je les emmerde souverainement.


J’ai nommé — bien avant qu’elle ne pénètre le discours officiel — « la guerre cognitive » qui nous frappe. J’ai discerné, pour faire écho à un événement qui  nous a tous marqué, son ombre dans la nuit du 13 au 14 novembre 2015. Mais je ne me suis pas tapé la tête contre les murs. J’ai élevé mon esprit, pour dépasser le cirque. Qui l’a fait autant que moi?

Je n’ai pas que cela à mon actif. Mais cela devrait suffire.


Mais aujourd’hui, les coups commencent à pleuvoir  Et ils ne viennent pas d’un adversaire, mais de ses petites mains, à travers ses visages différents, dans la banalité machinale non du mal, pour citer Simone Weil, mais de l’indifférence bureaucratique, par dilution de la responsabilité.


Ils tombent sans procès, sans confrontation. Mises en demeure, relances, humiliations financières. Et ils me disent baisse ta nuque. Le mieux que tu es ou que tu as fait ne compte pas et il est parfaitement normal que mieux tu raisonnes, moins tu sois entendu.

Comment! Vous pouvez le dire vraiment, ce message masqué, c’est-à-dire traduit dans le langage commun, pas en langage subliminal. La plupart des gens, dans ma situation, ne le liraient pas comme tel. Moi, c’est cela, au regard de qui je suis et de l’effort unique, constant, pur, qui est le mien, c’est ainsi que je le lis.

Il n’y a pas d’autre manière.


Je ne me plains pas une seconde. Mais je pose cette question :
Qui me juge ? Quel est son bilan ?
A-t-il porté plus de poids, plus longtemps, avec plus de constance ?
A-t-il vu ce que j’ai vu, tenté ce que j’ai tenté, risqué ce que j’ai risqué ?
S’il y en a un, je m’incline. Sinon, qu’il se taise.


La République n’est pas une série de procédures exercées dans le vide, scellées dans l’étanchéïté des exécutants. Elle est un corps vivant, ou elle n’est rien sinon la dissipation de son voeu dans la déresponsabilité de tous.  Elle devrait être intolérante au gâchis des facultés des uns et des autres.

Mon expérience est probante. La République s’en fout. Elle n’est qu’un code.


Ce corps, aujourd’hui, est dilué. Sa substance se nécrose. Chacun seul. Chacun comptable. Chacun réduit à ses cases.
Mais la République, la vraie, ne punit pas ceux qui la servent. Elle les écoute. Elle les reconnaît. Elle ne leur casse pas les reins. Elle n’essaye même pas.


Je parle ici non pour moi, mais pour rompre la dilution.
Pour faire vibrer la mémoire du corps républicain. Le corps uni et indivible du Peuple.

Il mérite qu’on ne soit pas fatigué.


Je ne suis donc pas fatigué. Je ne suis pas, de toute façon, d’un matériau qui se brise facilement.

Vous vous en rendrez compte.

Même si le corps chancelle, mon âme reste debout, et aussi tranchante que le moment le réclame.


C’est un don. Ce n’est pas de l’héroïsme.

C’est un appel auquel je réponds — jour après jour — par devoir.

Je ne me dérobe pas. Je suis là.

Je parle à la République. Pas à ces émissaires.

Daniel CICCIA

Pour vous servir.


👉Et si certains cherchent une image, qu’ils se souviennent d’un nom : Alan Turing.
Il a brisé les codes de la machine ennemie, Enigma,
et c’est sa propre société qui l’a brisé, lui.
Il a souffert, seul,
sacrifié par l’aveuglement des siens.
Je ne prétends pas être lui.
Mais je sais ce que c’est que de déchiffrer ce que d’autres refusent de lire,
et d’en payer le prix.

J’attends la réponse là.

Sur ce ring. C’est en effet moi qui le choisit.

L’histoire noire d’Israël

Une strate opaque et stratégique de l’État israélien, distincte de sa vitrine démocratique, défigure la démocratie israélienne pour « accomplir » son horizon « biblique ». Cette évidence émerge d’elle-même de toutes les zones grises de l’histoire de l’état hébreu, dominée, au cours des vingt dernières années, par Benjamin Netanyahou. Les puissances de fragmentation ne doivent pas éclore.


Pendant longtemps, la Révolution islamique d’Iran, survenue en 1979, fut perçue comme le point de rupture majeur au Proche-Orient. L’antisionisme virulent des mollahs, les slogans incendiaires promettant la destruction d’Israël, et les relais stratégiques de Téhéran — Hezbollah, Hamas, Houthis — ont permis de forger un narratif solide : celui d’un Israël assiégé, courageux, occidental, rationaliste, tenant la ligne de front face à une marée obscurantiste. Ce narratif, bien que rassurant, ne résiste pourtant plus à l’analyse historique des structures profondes. Car un autre acteur a patiemment tiré les fils invisibles de l’Orient compliqué : l’Israël de l’appareil, de la projection, de la stratégie fragmentaire. Un Israël parfois plus acteur que réactif.

1. Le mythe de la sentinelle assiégée : un écran occidental
Israël a longtemps joui d’un statut quasi intouchable dans les analyses occidentales. À la fois refuge nécessaire post-Shoah et vitrine démocratique au sein d’un environnement jugé barbare, l’État hébreu fut protégé par un double bouclier : moral et sécuritaire. À l’Est, l’Iran des Mollahs incarnait le chaos. Au centre, les Frères musulmans. Au nord, le Hezbollah. Ce récit, s’il contient des éléments de vérité, occulte la capacité d’Israël à manipuler, fragmenter et neutraliser ses voisins.

2. Une stratégie de la fragmentation régionale
Dès les années 50, la doctrine de périphérie de Ben Gourion cherche à créer des alliances indirectes avec l’Iran du Shah, la Turquie ou l’Éthiopie. L’objectif ? Contourner la masse arabe hostile. Mais plus tard, la doctrine s’affine. Il ne s’agit plus de contourner, mais d’affaiblir. Encourager le communautarisme au Liban. Soutenir, en sous-main, les islamistes palestiniens pour affaiblir l’OLP. Maintenir la Syrie dans un état de guerre larvée. Isoler la Jordanie. En somme : empêcher toute architecture unitaire au Proche-Orient.

3. Le projet enfoui du « Grand Israël »
Le groupe Stern, fondé par Avraham Stern, rêvait d’un Israël allant du Nil à l’Euphrate. Si ce projet fut marginal au départ, il infuse encore aujourd’hui certaines franges de l’armée, des colons, et de la droite religieuse. Derriere les discours sur la « sécurité » ou la « rationalité stratégique », subsiste une volonté d’expansion, découpée, dissimulée, patiente. Et chaque effondrement d’un voisin (Irak, Syrie, Liban) est une case de plus dans cette entreprise invisible.

4. Ariel Sharon : la paix des Braves avortée
Le retrait unilatéral de Gaza en 2005, orchestré par Ariel Sharon, marqua une rupture. Premier chef de guerre à expulser ses propres colons, Sharon fonda Kadima, parti centriste, pour aller plus loin : retrait partiel de Cisjordanie, tracé de frontières. Il était, au sommet de sa puissance, l’homme par lequel la paix pouvait venir. Puis vint l’AVC massif de janvier 2006. Et le silence. Aucun bulletin médical. Aucun discours. Aucune image pendant huit ans. Comme si l’État hébreu avait décidé d’oublier celui qui était sur le point de briser l’ordre de domination. Le lion était tombé, mais il ne fallait pas qu’il ressuscite.

5. Une transition oubliée : 2001–2009, l’entre-deux effacé
La période 2001–2009 échappe au clivage traditionnel entre travaillistes et droite dure. Elle est pourtant essentielle. D’abord dominée par Ariel Sharon, cette séquence marque l’affirmation d’un leadership fort capable de renoncer (retrait de Gaza, rupture avec le Likoud). Après son AVC, c’est Ehud Olmert qui prend la suite à la tête de Kadima. Moins charismatique, affaibli par des affaires de corruption, Olmert échoue à inscrire durablement une voie médiane. Cette séquence dit quelque chose de la fragilité des volontés de compromis en Israël : Sharon est foudroyé alors qu’il s’apprête à tracer un horizon de paix ; Olmert tombe dans la disgrâce. À l’inverse, Benjamin Netanyahou, objet lui aussi d’enquêtes judiciaires, parvient à imposer une figure de lion invincible, transformant chaque crise en levier de consolidation. Le contraste est saisissant.

6. Yasser Arafat, un fantôme irradié ?
Le 11 novembre 2004, Yasser Arafat meurt à l’hôpital militaire Percy de Clamart, en France, après une hospitalisation précipitée et une dégradation brutale de son état de santé. Aucun diagnostic clair n’est jamais rendu public. Aucune autopsie. Son entourage évoque rapidement un empoisonnement. En 2012, son corps est exhumé : des traces anormales de polonium 210, une substance radioactive hautement toxique — et tristement célèbre pour ses usages dans les cercles d’élimination russes — sont détectées dans ses effets personnels. Les rapports restent contradictoires, mais la coïncidence est là : un dirigeant isolé, partenaire de la paix avec Itzhak Rabin, devenu gênant, entouré de mystère, effacé sans preuve. Il n’est pas le seul fantôme sacrifié à flotter dans les plis de cette histoire fragmentée.

7. Rabin et Peres, les figures effacées de la paix
Yitzhak Rabin, ancien chef d’état-major et Premier ministre, incarna la paix des armes déposées. Signataire des accords d’Oslo, il fut assassiné en 1995 par un extrémiste juif — non par un ennemi extérieur, mais par un fils d’Israël. Ce geste mit brutalement fin à une trajectoire de reconnaissance mutuelle avec les Palestiniens. Quant à Shimon Peres, son successeur éphémère, prix Nobel de la Paix lui aussi, il fut durablement marginalisé, son aura technocratique éclipsée par les populismes montants. Tous deux furent, à leur manière, relégués dans les marges du récit national. Leur effacement progressif des mémoires officielles traduit le refus profond d’un Israël en mutation d’assumer jusqu’au bout sa propre ouverture au compromis.

8. Yigal Amir, le fantôme dans la cellule
L’assassin d’Yitzhak Rabin, Yigal Amir, purge depuis 1995 une peine de prison à perpétuité, sans possibilité de libération. Isolé durant plus d’une décennie, puis soumis à un régime strict malgré quelques assouplissements, il demeure une figure marginalisée mais obsédante dans la mémoire israélienne. Jamais repenti, invoquant la loi religieuse du « din rodef » pour justifier son acte, il incarne une part refoulée du sionisme religieux radical : celle qui préfère tuer un Premier ministre juif plutôt que de renoncer à l’expansion territoriale. Figure fantomatique lui aussi, il hante l’espace symbolique d’un pays déchiré. Son existence captive, ni effacée ni pardonnée, rappelle que le crime idéologique n’a pas disparu : il est tapi, dans l’ombre, prêt à réapparaître au rythme des convulsions nationales.

9. La parole empêchée : l’antisionisme sous tabou
Le tabou de l’antisionisme est devenu une arme redoutable. Il empêche la critique de l’appareil israélien sous peine d’être taxé d’antisémitisme. Il confisque la parole. Il permet, en même temps, de déclarer la guerre aux Palestiniens sans paix possible, tout en gardant le soutien de l’Occident. Ce même Occident qui, dans un retournement fascinant, voir monter des extrêmes droites européennes qui reconnaissent Israël comme rempart contre l’islam, et forment un axe idéologique allant de Washington à Moscou, en passant par Tel-Aviv. La lettre remise en grandes pompes en soutien de la nomination pour lauréat de Donald Trump du prix Nobel de la Paix par Benjamin Netanyahou entrera – peut-être – dans l’histoire, aux dépens de l’actuel Premier ministre israélien, comme le plus grand marché de dupes de l’histoire.
L’axe Washington->Tel-Aviv->Moscou justifie un grand point d’interrogation car Trump agit, si on dépasse le spectacle, peut-être plus comme révélateur que comme adhérent,

10. L’invisibilité se déchire : vers un examen de conscience ?
Israël devra bientôt se préparer à un véritable examen de conscience, accompagné peut-être d’une introspection judiciaire. Trop de fantômes sacrifiés hantent la mémoire collective de l’État hébreu et du peuple élu. Le rideau d’invisibilité qui le protégeait jusqu’à présent est en train de s’effilocher, et ce sont désormais des pans entiers qui vont tomber. Les récents cas, rapportés par le courageux quotidien Haaretz, faisant état de traumatismes psychologiques profonds au sein des rangs de Tsahal, ne sont que la partie immergée de la prise de conscience qui couve. Il ne s’agit plus seulement de stratégie, mais de vérité, de justice, de libération du récit.

Conclusion : La paix ne viendra que des Braves
Rabin et Sharon, deux généraux, deux lions de guerre, furent les seuls à pouvoir porter la paix car elle exige le courage de renoncer. Tous deux furent balayés. L’un assassiné, l’autre plongé dans le coma. Ce n’est pas un hasard. La paix résulte des braves. Pas des résignés, pas des fanatiques, pas des stratèges en chambre. Et tant qu’une nation investira plus dans la fragmentation de ses voisins que dans la paix avec eux, elle construira sa forteresse sur du sable.

Daniel CICCIA

Encadré spéculatif : L’arme de l’intoxication et l’ombre israélienne ?
Rétrospectivement, la guerre en Irak menée par les États-Unis en 2003 laisse un arrière-goût d’orchestration. Il a fallu convaincre la CIA, le MI6 et d’autres agences occidentales de la réalité d’armes de destruction massive — réalité qui ne fut jamais prouvée. Deux intoxications complémentaires semblent avoir convergé : l’une sur Saddam Hussein lui-même, pour le pousser à refuser les inspections de l’ONU ; l’autre sur l’Amérique des Faucons, traumatisée par le 11-Septembre, avide de frapper. Dans ce ballet d’illusions, une hypothèse se dessine : celle d’une main subtile et invisible qui aurait « aidé » les services à croire ce qu’ils désiraient croire. Israël ? À l’époque, l’idée semblait inconcevable. Et pourtant… La porosité idéologique entre certains cercles néoconservateurs américains et la droite israélienne, les affinités stratégiques, les recoupements sur le terrain syrien ou iranien, laissent entrevoir une connivence. Le récent lapsus de George W. Bush, évoquant que "la Russie était l'agresseur en Irak" avant de se corriger: "en Ukraine", pourrait être entendu comme une accusation voilée. À tout le moins, il appelle à rouvrir des dossiers trop vite refermés. Car si l’Israël de Netanyahou cultive, en surface, l’hostilité à Moscou, il entretient en coulisse une neutralité ambivalente vis-à-vis de Poutine, confirmée par certaines abstentions aux votes de l’ONU.
Cette convergence discrète entre les puissances de fragmentation ne doit pas éclore. Elle doit être dévoilée.




L’acte manqué du IVᵉ pouvoir

14-Juillet-2025. Pas un jour comme les autres. Jour de mesure militaire et de pas de danse.

Ce texte dresse le constat d’une faillite.
Celle du prétendu IVᵉ pouvoir, qui ne fut jamais institué,
mais qui prétendait, par la vigilance, l’éthique et la lucidité,
garantir la respiration démocratique.

Aujourd’hui, ce pouvoir prétendu a cédé.
Il n’a pas résisté à la confusion.
Il n’a pas signalé l’intrusion.

Il s’est laissé emporter dans l’interaction trouble entre les récits, les acteurs et les brouilles d’État.
Ce brouillage n’est pas une abstraction :
il est stratégique, coordonné, documenté.
Il a une géographie, une doctrine, des relais, des objectifs.
Il vise à affaiblir l’Europe, à fracturer la France,
à transformer ses organes de sens en chambres d’écho ou en champs de ruines.

Le IVᵉ pouvoir n’a rien empêché.
Il a tout permis.
Et en ne nommant pas l’ennemi, il a livré le pays.

Il faudra, un jour, lui demander des comptes.

Il est temps de parler sans ambage. Le système d’information a trahi la France, il enterre son peuple vivant, et il liquide, à petit feu, la République.
Il n’exprime plus aucune souveraineté nationale.
Il relaie, parfois sciemment, des narratifs hostiles.
Il est devenu perméable à l’entrisme russe, tout en continuant à se parer du manteau du pluralisme — qui n’est plus qu’un alibi, une illusion à double fond.
Le tocsin sonne dans le vide. Cela n’a jamais été vu.

Les polémiques jetées à jets continus sont des grenades cognitives.
Elles paraissent inoffensives dans le confort feutré des studios, mais elles explosent ailleurs — sur les lignes dures, là où nos soldats, dans leur chair, compensent ce que l’esprit national n’a pas su défendre.

Il faudra une rupture. Elle devient vitale.
Les responsables médiatiques devront répondre de la désinformation qu’ils ont amplifiée ou laissée passer.
Le système d’information n’est pas 🙈🙉🙊. Il est comptable. Et coupable.

Exciper du réel politique — l’émergence du RN, la fragmentation du pouvoir, la fatigue démocratique — n’excuse rien.
Le libre arbitre commande la lucidité, pas l’abdication.

Bien avant même que le Chef d’État-Major des Armées ne désigne la Russie comme acteur actif, stratégique et systémique de la déstabilisation française, il suffisait d’un regard sans complicité. D’un recul élémentaire.
Mais rien n’a été dit. Aucune autorité n’a été exercée.

Il n’y a pas de dignité professionnelle sans autorité.
Le moindre médecin de campagne le sait. Il a cela dans sa trousse.

Et quand enfin le CEMA parle, documents à l’appui, dans une précision clinique, désignant la France comme « ennemi existentiel » de la Russie, le silence.
Pas un nom. Pas une onde. Pas un sursaut.

Ce silence n’est pas une prudence. C’est un consentement.
Et ce consentement est une faute.

Le IVᵉ pouvoir n’existe pas.
Il n’est consacré nulle part.
Il ne tient que par la discipline, la puissance de la lucidité, le courage de secouer l’état narratif.
Et il n’existe que par l’amour de la patrie, dans l’élan de son intérêt réel, physique, économique, pas dans les mirages du souverainisme, ni dans les populismes, ni dans les trames du spectacle politique taillé pour satisfaire le désir des médias.

Ce que nous constatons aujourd’hui, c’est sa faillite absolue.
Une faillite déshonorante, qui laisse le peuple désarmé dans l’espace mental, et potentiellement sacrifié dans l’espace réel.

La démocratie est une matière d’esprit.
La République aussi.
Ce qui n’a pas été défendu par l’esprit risque de devoir l’être par la chair.
Cela ne doit plus être.

Tout se passe devant les yeux du Peuple.
La République française le veut grand.
Elle peut en mourir.
Mais elle ne peut pas en mourir.

C’est écrit — dans la Constitution de 1958, et dans la tapisserie de Bayeux.

❄️La larve cryogène dans l’incendie cognitif

Un compte X, intitulé « Bleu Blanc Rouge » ouvertement d’extrême-droite, propage les images d’un incendie qui se multiplie en France, favorisé par des conditions naturelles, avec le commentaire mis en index. Ces éléments d’actualité mettent en cause l’incivisme, l’inconséquence, la pyromanie délibérée ou involontaire, ou le coup du sort.
👇
« Qu’est ce que ça doit être flippant de te retrouver encerclé par les flammes comme ça ! 😳🤯

Courage aux sinistrés ! 🇫🇷😫 »

****

Sous ses airs anodins, ce tweet au ton compatissant crée un lien émotionnel, dans une toile plus vaste, pour mieux injecter et fixer la peur sous son pouvoir anxyogène.
C’est le commentaire qui accuse sans accuser, désigne sans nommer, suggère sans démontrer.
C’est le flux continu de faits divers, devenus faits systémiques par le simple effet de l’itération émotionnelle.

Personnellement, l’incendie invisible me préoccupe plus que l’incendie visible.

Ce peut-il qu’il ait une corrélation « cognitive » entre eux? Cela pose la question de la pyromanie, des multiplications des actes pyromanes dans la diversité de leurs expressions, non pas comme un objet de psychiatrie isolé, mais comme le symptôme que quelque chose d’essentiel, au coeur du noyau, est déréglé et atteint les êtres les plus fragiles psychologiquement, à la périphérie.


Cette périphérie a fait l’objet de toutes les auscultations et publications sociologiques et intellectuelles possibles, pain aussi béni pour le politique que le fût le concept de « fracture sociale », creusant une faille plutôt que voué à consacrer la continuité entre le lieu de l’emprise légale et celui où le génie du Peuple est seul avec lui-même, rapport nu de la graine et du terreau fertile.

Le mystère de la transfiguration laïque y est supplanté par la sociologie triste et prétentieuse.


La banlieue, étymologiquement, est une périphérie, ceinture où le droit, l’urbain, sont livrés au génie du peuple. C’est la cour des miracles moderne.

C’est l’endroit même où, dans la République, plus qu’ailleurs, renaît l’espoir. Assigner la banlieue à un narratif clos, à une prison de ressentis, porte atteinte à cette fonction vitale, car éminemment regénératrice.

Accepter ce récit, l’intellectualiser aux quatre vents pour en faire un matériau non pas de travail sur la tranquillité publique, mais un outil de stigmatisation et de dissession politique, c’est étouffer le génie de la cour des miracles qui a sauvé tant de belles âmes dans la légende des siècles française.

Si on s’inscrit, non plus dans le narratif des ressentis, mais dans logique qui en anime l’emploi cynique, alors on comprend la saturation des faux points d’affects dans géographie du « Comprendre ».

Ce type de communication, sous ses airs compatissants — “Qu’est-ce que ça doit être flippant… Courage aux sinistrés !  — agit en réalité comme un cheval de Troie affectif.

En apparence, elle manifeste une empathie légitime, une émotion spontanée face à la catastrophe. Mais en coulisse, elle active des ressorts bien plus troubles : elle prépare une cristallisation émotionnelle qui peut être dirigée, orientée, exploitée.

Un canon à ondes électro-cognitives vise la perception collective. Il ne détruit rien de matériel. Il rend illisible, instable, insécurisée la conscience partagée de ce qui est réel.

Ensuite, il suffit de cesser de l’alimenter pour que la réalité semble redevenir naturelle, c’est-à-dire avec son lot d’incidents (le terme qui désigne disant lui-même le fait qu’il est en somme régulier): les fameux faits divers qui relèvent d’une société d’humains, qui ne peut tout à fait être parfaite.

L’axe des ressentis contre l’abscisse des ordonnées


Elle l’a toujours été. Elle s’est juste emballée parce qu’une force joue au plus fin pour faire tomber la République Française.
La dénaturer, c’est la faire tomber.

C’est assécher son idéal ramenée à la représentation d’honnêtes gens.

Quel nom donner à une opération d’intelligence extérieure qui s’appliquerait à encourager, par ce subtil modus operandi, le désordre qui favorise l’accession d’une force autoritaire au pouvoir, et qui couperait, une fois parvenue à cette fin, l’émission qui altère le ressenti, pour se prévaloir ensuite d’un retour à l’ordre, celui auquel le Peuple aspire, mais qui n’a vraiment jamais cessé, hors l’excitation du ressenti?

La larve Chrysopa (chaude) se nourrit de ce désordre, accélère l’embrasement.

Et au milieu… la larve cryogène,

inerte mais intacte,

silencieuse mais stratégique,

qui attend la chute du système immunitaire démocratique pour éclore.

> Référence au nom scientifique du « chrysoperla carnea », insecte dont la larve est invisible, douce en apparence, mais qui dévore ses proies de l’intérieur. Belle, fragile, infiltrante, elle prépare la prise, sans jamais l’assumer frontalement.


La bataille, d’ailleurs, sur le ressenti (vs le constat lucide, statistique notamment, fait rage, comme source de stigmatisation du pouvoir et non plus de sa légitimisation.

Le Rassemblement National s’y emploie. Et pour le moment, la population – s’en remettant jusqu’à plus ample informé, à ce qu’elle ressent en érant préalablement dûment désorientée-, penche du côté de ceux qui légitiment l’axe des ressentis plutôt que l’abscisse des ordonnées.

Un soleil se lève, un autre se couche

Le monde change sous nos yeux. Et comme personne ne dit qu’il brûle, tout le monde regarde ailleurs

Le sommet des BRICS à Rio se déroule sans fracas.
Mais dans sa discrétion se cache une inflexion majeure.
Narendra Modi s’y est rendu, précédé d’un long voyage solitaire — non pour étendre une sphère, mais pour ressentir les convergences possibles. Ghana, Argentine, Namibie… autant d’escales, non pas pour polariser, mais pour relier les Suds en quête de stabilité et de justice.

En miroir, depuis Moscou, la menace se formule sans détour ni fard :

> « Les problèmes de l’Occident s’aggraveront s’il maintient sa politique anti‑russe. »

Ce “si” conditionnel est une arme à double tranchant :

Menace voilée, parce qu’elle n’annonce pas de représailles immédiates, mais pose une date d’expiration — implicite — à la patience russe.

Instrumentalisation stratégique, car elle désigne l’“Occident” comme acteur unique responsable, évacuant toute notion de réciprocité, de complexité ou de négociation.


Le ton reste celui des années de fer, de l’après-Yalta, quand le monde se divisait encore en alignés et opposants.
Mais ce langage s’estompe.

Et l’absence de Xi Jinping en personne, pour la première fois depuis plus de dix ans de sommets BRICS, le confirme en silence.
Il n’a pas délégué son rang. Il a omis d’y mettre son poids. Ce retrait, qui semble tactique, est en réalité un très lourd signe de non-poids :

> lorsque le corps ne se déplace plus, c’est que la masse symbolique a cessé d’aspirer.

En diplomatie, l’absence n’est jamais neutre.
Celle-ci n’est pas un refus frontal, ni un retrait ostentatoire. Elle est plus grave encore : elle indique que l’espace ne vaut plus le déplacement, ou qu’il n’est plus celui où se joue l’équilibre.
Cela suffit à faire vaciller le récit du “partenaire majeur”.
Et cela accrédite, dans le même temps, le déplacement du centre de gravité.
Ce qui ne pèse plus recule. Ce qui vient poindre, avance.

La plainte russe — « Les problèmes de l’Occident s’aggraveront s’il maintient sa politique anti-russe.« — est comme un chant d’alarme fatigué, usé par son propre retour d’écho.
Elle n’emporte plus l’adhésion globale comme au début de la guerre en Ukraine, ni même dans une partie de l’Afrique.

En miroir, le discours plus fluide de l’Inde, du Brésil, voire de l’Afrique du Sud devient audible, recevable, adaptable.

Déphasage :
La voix russe résonne de plus en plus dans sa propre chambre d’échos, tandis que la voix des BRICS se cherche une polyphonie nouvelle.

La Samba de Rio, ce n’est plus celle d’un Sud en colère. C’est celle d’un Sud en projet.

Il faut, pour comprendre ce moment, se détacher des anciens paradigmes.

Le non-alignement, aujourd’hui, ne cherche plus à se positionner dans l’équilibre des forces.
Il veut renaître dans une convergence d’intérêts réels, vitaux, systémiques.
Et cette renaissance rejoint le souffle initial de ceux — comme Roosevelt — qui, après la guerre, rêvaient d’un monde couvert par un droit identique pour tous, non pour uniformiser, mais pour garantir la sécurité, la parole et la dignité des peuples.

C’est ce droit, et non un quelconque empire, que les BRICS veulent voir réémerger.
Non pas pour remplacer l’Occident, mais pour rompre avec l’exceptionnalité.
La samba de Rio, ce n’est plus celle d’un Sud en colère. C’est celle d’un Sud en projet.

Pendant ce temps, le moteur de la critique radicale de la mondialisation, trop longtemps alimenté par des figures du ressentiment ou du repli, se disperse désormais dans des satellites idéologiques.

Or, le monde en train d’émerger ne veut plus de ces substitutions.
Il ne veut plus de domination, ni en version “libérale”, ni en version “souverainiste armée”.

Il veut — et c’est ce qui perce à Rio, dans les gestes modestes de Modi — retrouver le chemin d’un universel partagé, non imposé.
Un monde **où l’on ne s’aligne pas parce qu’on se soumet,
mais parce que les intérêts naturels convergent vers une même surface de droit.

> Oui, un soleil se lève, ailleurs. Il n’éblouit pas. Il éclaire.
Un autre se couche, non faute de puissance, mais de perspective.

Le monde change sous nos yeux.
À condition de ne pas le regarder ailleurs avec les yeux d’hier.

La Russie de Poutine s’achève sur un coup d’épée dans l’eau.

Couic.

Il ne reste plus à Vladimir Vladimirovich Putin que l’apocalypse nucléaire. Je ne suis pas sûr qu’il y a intérêt.

Il n’y a strictement rien à défendre.

Poutine est indéfendable.

La Russie va devoir s’atteler à se renouveler.

Elle le peut.

Splash.

Pour en savoir moins👇

https://chatgpt.com/share/686ae149-b9b4-800a-b790-65288274bdd9

Le soft-power du sport dans le PIF

Le sujet de départ : La communication sur X, ce jour, du Public Investment Fund (PIF), fonds souverain du Royaume d’Arabie Saoudite

“PIF is empowering the game, motivating you to sharpen your skills, think faster, and strive for greatness.
That’s the PIF Effect.
Invested In Better.”


Au-delà du périmètre laconique de cette annonce commerciale datée du 5 juillet 2025 — et qui, pour des fonds aussi massivement liquides que ceux de l’Arabie Saoudite ou du Qatar, consiste d’abord à rechercher, puis à tisser la structure apte à soutenir un investissement — le ressenti médiatique induit se résume à un soupçon d’entrisme.

Ce qui se joue là est révélateur de ce à quoi nous nous sommes laissés exposer.

Par un processus graduel — fait d’injonctions d’abord lentes et imperceptibles, puis de plus en plus puissantes — le catalyseur médiatique a opéré un retournement de sens.

Il a métamorphosé la joie naturelle et innocente des supporters devant le grand spectacle, en motif de culpabilité et de grief généralisé à l’égard du jeu… et de ceux qui auraient le tort d’y céder.

Cette tension est jouable.

Rappelons pourtant que le Jeu n’est pas un charme.
Il est une logique.
Une très grande logique.

Je ne suis pas le seul à le dire.
Peter Gabriel l’a chanté :

Game without frontiers
World without tears


La joie que procure un spectacle est un système de défense difficile à tromper.
Son caractère est immunitaire.

Qui touche aux fondements de la Joie touche aux fondements de la foi — entendue ici comme confiance dans la vie elle-même, et dans son génie extraordinaire à jouer et à faire jouer, à élargir la zone de jeu.


Sur le terme “Soft Power”

La facilité à adopter des formules aussi creuses que celle-ci — Soft Power — produit un effet pervers : elle concentre l’attention sur l’enveloppe lexicale, au lieu d’éveiller l’esprit à ce que cette formule pourrait contenir d’actif.

On finit par prêter à cette expression la puissance d’un principe opérant, alors qu’elle n’est peut-être qu’un excipient d’amidon — une bulle de langage.
Le rayonnement d’une émotion de base devient ainsi le foyer d’une suspicion généralisée, le vecteur supposé d’un poison mental.

Et une fois que l’attention s’est focalisée sur l’instrument que serait un “Soft Power”, celui-ci cesse d’être un contenant.
Il devient le contenu lui-même d’un autre contenant : votre cerveau. Le mien.

Le sport, alors, perd son statut de lieu de rencontre pour devenir un vecteur d’influence — par lequel les “pétro-monarchies”, selon la grammaire médiatique dominante, exerceraient leur entrisme perfide.

C’est ce germe insane qui s’est logé dans les esprits.


Et pourtant, nous devrions nous féliciter que le Qatar, l’Arabie Saoudite, ou les Émirats Arabes Unis consacrent une part significative de leurs fonds souverains à animer le jeu humain — plutôt que de se résigner à ne pas le faire.

Ce serait même l’absence d’investissement dans des activités sportives, pourtant neutres idéologiquement, qui devrait nous inquiéter.

Mais ce qu’on constate, froidement, c’est que l’a priori domine le jeu : l’activisme — souvent très chevronné — de certains prétendus lanceurs d’alerte semble parfois œuvrer à empêcher que la beauté de l’expérience ne s’accomplisse.

Or la beauté entraîne l’amour
et l’amour sauve.

Il y a, force est de le constater, une entité obscure qui ne veut pas que nous nous sauvions les uns les autres.


La Russie comme l’Iran révolutionnaire ont fait — et font encore — un autre usage de leurs flux de trésorerie, issus de la substance énergétique.

  • L’un, au risque de perdre son âme.
  • L’autre, au risque de s’y fourvoyer.

Et perdre son âme est irrémédiable.


Une fois ce précepte posé, le sens des postures multiples — climatisation des stades, températures extrêmes, soupçons de corruption, etc. — s’éclaire autrement : le microcosme médiatique agite des signaux, pour faire plier le macrocosme culturel.


À l’image du PSG qatari, qui réceptionne un ressenti fortement négatif, mis à l’index comme un pestiféré au milieu de la République.

Le malheur du club parisien dans la célébration de ses titres semble sceller davantage encore le bonheur de l’entité à la manœuvre.
Les hooligans comme la “racaille” des cités cristallisent, dans cette perspective, des images de fracture.

Mais ils n’obéissent pas seulement à eux-mêmes :
ils répondent, peut-être, à une programmation supérieure.

Le détail du modus operandi n’est même plus essentiel.
Car, à sa manière, la création d’un contexte déséquilibré appelle les agents pour le déséquilibrer davantage,
comme un mage appelle ses génies malfaisants.

Le Jeu est une logique sacrée que la rumeur s’échine à profaner.
Elle profane tout.
Le Jeu gagne toujours, car le jeu est habité par une seule chose: la grâce.