Et si le complotisme n’était pas un accident, mais une pièce maîtresse du dispositif narratif moderne ? Sous couvert d’irrationalité, il joue un rôle parfaitement rationnel : disqualifier la possibilité même d’une véritable conspiration. En érigeant une frontière mentale entre la critique légitime et la folie suspecte, le système immunitaire des démocraties s’est retourné contre leur propre vitalité critique. Le résultat? Un espace public saturé de soupçons où la recherche de vérité devient, paradoxalement, le premier symptôme du délire.
Symptôme ou catalyseur, le complotisme est rarement étranger à la violence : il en partage la structure, celle d’un monde perçu comme verrouillé, où la vérité ne circule plus librement et qui se révèle être le champ idéal pour y implanter la guerre cognitive.
La parution, en 2002, de « L’Effroyable Imposture » de Thierry Meyssan, au lendemain du 11 septembre, en fut l’illustration la plus saisissante. Présenté comme un brûlot conspirationniste, le livre a pourtant profondément marqué les esprits. Est-ce le hasard si L’Effroyable Imposture a eu un tel retentissement, si l’on prend en considération les sources, proximités et généalogies de son auteur, et la manière dont sa trajectoire s’est ensuite arrimée à Damas, Téhéran ou Moscou ?
Il est donc permis de penser que le complotisme, loin d’être un simple délire collectif, a été fonctionnalisé : pour qu’aucune véritable conspiration – hors celle émanant du fait que nous entrions dans une guerre asymétrique nous mettant en prise avec des entités exclusivement non-étatiques islamiques – ne puisse être perçue, il fallait que toute interprétation non conforme à ce schéma tombe sous le stigmate du complot.
Le Sezboz, un système qui possède toutes les caractéristiques d’un État dans l’Etat
C’est là que s’est enracinée l’idée d’un « Deep State », prétendument à l’œuvre dans les démocraties occidentales, que certains ont brandie comme preuve d’un totalitarisme rampant. Mais ce miroir déformant a surtout servi à détourner le regard du véritable État profond : celui, bien tangible, du Conseil de Sécurité de la Fédération de Russie (SozBez), institution opaque où s’élaborent les décisions stratégiques, économiques et militaires, à l’abri de tout contrôle parlementaire — un système qui possède toutes les caractéristiques d’un État dans l’Etat.
En d’autres termes: un deep state, authentique, lui. Et dont les “chutes accidentelles par la fenêtre” et suicides « assistés” forment la sinistre ponctuation.
Le complotisme, en ce sens, n’est pas qu’un symptôme: il a été fonctionnalisé. Il a servi le narratif des extrêmes-droites et souverainistes trop heureux de pouvoir tomber à bras raccourcis sur Bruxelles. Marine Le Pen n’a-t-elle pas assimilé l’Union Européenne a un totalitarisme alors que son parti trouvait son financement auprès du Kremlin? Aujourd’hui, l’UE est une dénoncée par les mêmes cercles comme une dictature et la Russie comme un ami qui nous veut du bien.
> Pour qu’une véritable conspiration ne puisse être perçue, il faut que toute interprétation non conforme soit rendue inacceptable.
Ainsi, le complotisme sert deux maîtres à la fois : 1️⃣ Il confisque la critique légitime, en la réduisant à la folie. 2️⃣ Il fournit un instrument de guerre informationnelle, en diffusant la suspicion là où la confiance est vitale.
C’est cette double servitude, paradoxale mais redoutablement efficace, qui marque la vulnérabilité des démocraties à l’âge de la mondialisation : quand le champ du pensable se referme, la vérité n’est plus un bien commun, mais une ligne de front.
Non, il ne faut pas toujours préférer la bêtise à la conspiration.
Les récentes déclarations de Donald Trump sur le Nigeria sont sans ambiguïté : “If the Nigerian government continues to allow the killing of Christians, the U.S.A. will immediately stop all aid and assistance to Nigeria, and may very well go into that now-disgraced country, ‘guns-a-blazing’. (AP News, novembre 2025). Une force politique tente de cadrer le potentiel sans limites de ressentiment interconfessionnel, disponible en Afrique et au Moyen-Orient, dans la confrontation religieuse et la dialectique du clash des civilisations. Ce contexte invite Donald Trump sur la cause des Chrétiens au Nigéria ou pris dans l’engrenage de chaos soudanais. Au milieu de cet enfer, l’élection – le 4 Novembre dernier – de Zohran Mandani comme maire de New-York, est attaquée au vitriol, à l’échelle globale. Elle dresse une figure paratonnerre.
Sous couvert de défense des chrétiens, l’ancien président américain adresse un ultimatum diplomatique et moral à un État souverain. Porté par son électorat évangélique et par l’imaginaire messianique de son propre parcours, il se présente en protecteur de la foi et en justicier des âmes. Mais derrière cette posture que le sort des chrétiens, qui forment une population parmi toutes les autres à être sacrifiées, c’est un piège tendu : une injonction politique qui attise la confrontation religieuse mondiale et réactive la logique du clash des civilisations. Dans ce piège se croisent aujourd’hui plusieurs forces: la droite chrétienne américaine, la connexion judéo-chrétienne téléguidée par Netanyahu, l’appareil narratif russe primaire, et la fragilité cognitive d’un monde désemparé par la prolifération des signes et injonctions.
1. La réactivation du récit civilisationnel
Sur X, la phrase du cardinal Robert Sarah — « Les barbares sont déjà dans la ville » — a ressurgi, relayée par @75secondes, @Wolf, etc, au moment même où Trump annonçait vouloir “sauver les chrétiens du monde”. En surface : deux appels à la vigilance spirituelle. En profondeur : une même trame cognitive — celle d’un Occident assiégé, d’un christianisme encerclé par la barbarie.
Les violences africaines (Nigeria, Soudan, Sahel) deviennent les scènes symboliques d’une guerre sainte mondialisée ; la complexité politique, ethnique et économique s’efface derrière le vocabulaire de la croisade. La foi n’explique plus : elle désigne.
Un million de vues pour cette seule publication.
Elle vient d’un entretien de 2019 accordé à La Nef / The Catholic Herald, où le cardinal Robert Sarah disait : « As a bishop, it is my duty to warn the West! The barbarians are already inside the city. ». CERC+1
Dans ce texte, il précise ce qu’il appelle les barbares : « tous ceux qui haïssent la nature humaine, qui piétinent le sens du sacré, ne respectent pas la vie, se rebellent contre Dieu… » – en visant l’avortement, l’euthanasie, la pornographie, l’idéologie de genre, etc.
Plus loin dans le même entretien, il parle aussi de l’islamisme comme d’une menace, mais dans un passage distinct, et en l’articulant à la crise spirituelle de l’Occident.
Ce qui circule aujourd’hui, c’est donc une citation sortie de son contexte et recyclée :
On retrouve exactement la même formule sur Facebook, Instagram, Threads, X, souvent sur fond de photo ou de mème, sans le paragraphe explicatif qui élargit sa définition des “barbares”. Instagram+3Facebook+3Instagram+3
@75secondes ne fait qu’amplifier une phrase devenue slogan dans certains milieux conservateurs catholiques / identitaires, en la reliant au cardinal et à la question de l’immigration de masse. Instagram+1
Sur le sous-entendu “on entendait l’islam…”
Dans le texte original, Sarah ne dit pas“les musulmans sont les barbares”. Il parle d’une barbarie morale occidentale et de l’islamisme comme menace politico-religieuse ; mais ce sont surtout les relais militants qui condensent tout ça en une punchline utilisable contre “l’islam” en bloc.
2. La résonance russe : miroir du messianisme évangélique
Depuis 2014, le Kremlin, appuyé par le patriarche Kirill, promeut la Russkiy Mir — le “monde russe” — présenté comme dernier bastion du christianisme face à la décadence occidentale et à la menace islamiste. La rhétorique de Trump s’y superpose comme un calque.
Thème
Rhétorique russe
Rhétorique trumpiste
Mission
Moscou protectrice de la foi orthodoxe
Washington sauveur des chrétiens persécutés
Ennemi symbolique
Occident libéral et “dénaturé”
Islam radical et “barbarie” du Sud
Registre
Métaphysique du salut
Théologie de la puissance
Finalité
Légitimer la verticalité russe
Re-sacraliser la suprématie américaine
Ces deux narrations s’auto-alimentent : l’une cherche à fracturer l’Occident, l’autre à le rallier sous l’étendard du sacré. L’effet est identique : un monde polarisé autour des fractures, rendues abyssales et irrémédiables, du religieux décliné sous la forme de mouvements de fractales dans un monde où les chimères sont faites pour régner en maîtres
3. L’ingénierie cognitive de la croisade
Ce champ narratif repose sur une architecture précise :
Amplifier sélectivement les massacres chrétiens en Afrique ;
Détourner la compassion en colère ;
Recycler les mots prophétiques (“barbares”, “mal”, “sacré”) ;
Fusionner les discours politiques, spirituels et militaires.
C’est une véritable machinerie cognitive, qui transforme la douleur en énergie politique. Trump y trouve un levier électoral, Mel Gibson y ajoute une aura mythique (“Defend what’s sacred”), et Moscou y glisse sa grammaire civilisationnelle : la guerre du bien contre le chaos.
En mêlant mystique et brutalité, Mel Gibson construit un imaginaire où le salut passe par la violence — un miroir parfait du temps présent, où l’on confond de plus en plus la sainteté avec la revanche.
4.L’effet Mamdani : le paratonnerre du récit
Au cœur de cette tempête, l’élection à New York de Zohran Mamdani, premier maire musulman d’origine ougandaise, agit comme un paratonnerre cognitif. Plus qu’une dissonance, c’est une zone d’absorption du choc symbolique. Son élection résonne avec la promesse d’un pluralisme pacifié — mais, dans les flux polarisés, elle devient la cible parfaite :
pour certains, preuve que l’Occident et dispose des outils cognitifs pour résister à l’onde de haine qui déferle partout et, ainsi, reste ouvert, aspace d’équilibre et de résolution au service de la Paix ;
pour d’autres, c’est le signe que “l’ennemi est déjà dans la place”.
Comme Benjamin Franklin saisissant la foudre, Zohran Mamdani dresse le paratonnerre sur la plus orageuse des ères. Les haines se concentrent sur sa personne symbolique.
La dissonance que Zohran Mamdani incarne révèle l’intensité du champ magnétique : plus la société réelle s’apaise, plus la sphère numérique s’enflamme et déverse anathèmes préfabriqués et excommunications politiques. @ZohranMamdani devient malgré lui le test de résistance du vivre-ensemble face à la montée des récits guerriers. Il s’est installé, à partir de Ground Zero, sur le seuil d’un monde attiré irrésistiblement vers les profondeurs insondables de son propre enfer, et ouvre un autre chemin vers le possible retour à soi.
5. Le piège du sacré politique
Sous des apparences de ferveur, c’est une architecture de domination symbolique qui se met en place. Le sacré devient vecteur d’influence, la foi devient vecteur d’ordre, et la liberté spirituelle devient l’appât d’une guerre cognitive mondiale. Le piège de Trump n’est donc pas seulement diplomatique : il est psychologique. Il invite l’humanité à choisir un camp dans un conflit que la raison n’a pas décidé.
Et dans cette bataille des signes, ce ne sont plus les croyants qui prient — ce sont les algorithmes qui recrutent.
November 4, 2025, enters history not as the symbol of radical Islam’s entry into the establishment—with its undertones of suspicion toward what is “ethnically pure” or “civilizationally sound”—but as a moment of moral rebirth and reconstruction. As New York emerges from the shadow of September 11, 2001, the shadow of October 7, 2023 now tries to catch up with the momentum of the city that never sleeps.
For several weeks, Zohran Mamdani’s candidacy for mayor of New York had crystallized tensions and fantasies. His critical stance toward Israel’s policy in Gaza was enough to trigger a wave of hostility. Neoconservative circles, supported by certain Republican lawmakers, tried to turn him into the symbol of ideological infiltration. Thus, Congressman @RepOgles posted, with the caption “WAKE UP NEW YORK!”, the video of the first plane crashing into the North Tower of the World Trade Center. This gesture, seemingly trivial, reactivates the deepest wound in contemporary America: September 11 as a matrix of fear and a tool of political disqualification.
Yet where others might have faltered, Zohran Mamdani embodied a generational rupture. The son of immigrants, a practicing Muslim and an avowed socialist, he represents the New York that no longer lives under the shadow of 9/11, but emerges from it. His discourse does not deny trauma; it transmutes it into collective responsibility. Where the hawks built a moral order out of fear, he proposes a civic order rooted in social justice and reconciled memory.
His emergence signals a profound shift: Ground Zero, which one must not forget also served—under the guise of Western solidarity—as a global stage for Vladimir Putin and Benjamin Netanyahu, finally offers a face of inner reconstruction. Where tragedy once cemented alliances of fear, legitimized wars, and founded a new security order, a face of reconciliation now rises. Ground Zero, once the symbolic epicenter of a world divided between Good and Evil, becomes, with Zohran Mamdani, a site of moral reconciliation.
In this sense, his election marks a historic turning point. Twenty-four years after the collapse of the towers, New York no longer speaks from its wound but from its scar. The America that emerges here is no longer one that seeks enemies, but one that seeks meaning.
Yet the danger remains. For the manipulation of fear has its mirror image: ideological capture. While conservative circles attempt to demonize Mamdani, others—on the far left or in Islamist-leaning movements, such as La France insoumise in Europe—hasten to recycle him as a symbol of communal revenge. This, too, is a betrayal of what he represents. His victory must not become a banner of identity, but a signal of reconciliation—a moral and democratic reappropriation of the city by itself.
Between fear and recuperation, Mamdani stands as a fragile yet decisive figure: the first serene heir of a traumatized system. Through him, New York ceases to be the wounded city of 9/11 and becomes once more what it was always meant to be: a living laboratory of resilience and courage.
Subliminal / Supraliminal
Some still circulate the image of 9/11 to shame those who have “forgotten”, as if voting freely were a betrayal. That is the power of a subliminal image: it works below consciousness, reawakens fear, and lulls reason to sleep.
But Zohran Mamdani’s election reverses the mechanism. It belongs to the realm of the supraliminal — no longer the image that haunts, but the one that reveals. New York is no longer hypnotized by trauma; it finally faces itself.
On sait ce que sont les images subliminales : celles qui s’imposent à la mémoire sans passer par la conscience, qui réveillent la peur sans qu’on sache pourquoi. Depuis le 11-Septembre, le plan de l’avion percutant la tour nord appartient à cette catégorie d’images : il ne se regarde pas, il s’imprime. Et certains l’utilisent encore aujourd’hui pour culpabiliser ceux qui ont simplement permis qu’un maire soit élu conformément au processus démocratique.
Mais il existe un inverse du subliminal : le supraliminal. C’est l’image qui ne cherche plus à hanter, mais à révéler. Elle ne se cache pas sous la conscience : elle l’éveille. Le 11-Septembre, utilisé comme arme symbolique, fige New York dans la peur. Zohran Mamdani, élu maire de la ville, lui rend au contraire sa capacité de voir, de comprendre, de décider — en un mot, de penser librement.
Là où les images subliminales endorment les peuples, les images supraliminales les réveillent. Et c’est peut-être cela, la véritable victoire de New York en 2025 : avoir substitué à la mémoire traumatique une conscience éveillée.
Ce 4 novembre 2025 entre dans l’histoire moins comme le symbole de l’entrisme de l’islamisme radical dans l’establishment, avec son fond de soupçon de trouble à l’ethniquement pur civilisationnel, que comme un moment de renaissance et de reconstitution morale. Alors que New-York sort de l’ombre du 11-Septembre-2001, celle du 7-Octobte-2023 tente de rattraper l’élan de « the city that never sleep ».
Depuis plusieurs semaines, la candidature de Zohran Mamdani à la mairie de New York a déclenché une série d’attaques d’une rare intensité. Ses prises de position critiques à l’égard de la politique israélienne à Gaza ont suffi à faire de lui une cible privilégiée des cercles néoconservateurs et pro-israéliens les plus radicaux. C’est dans ce contexte qu’un membre du Congrès, @RepOgles, a publié une séquence du 11-Septembre — l’instant où le premier avion s’écrase sur la tour nord — accompagnée du slogan : “WAKE UP NEW YORK!”.
Ce geste n’est pas anodin : il révèle comment l’imaginaire du 11-Septembre-2001, matrice de la peur et de la cohésion nationale américaine, continue d’être instrumentalisé à des fins de disqualification politique.
On ne montre plus l’avion pour commémorer, mais pour réactiver la peur — pour raviver le réflexe d’assimilation entre critique d’Israël, islamisme et menace terroriste. Or, la trajectoire de Zohran Mamdani, né à Kampala de parents immigrés indiens, musulman pratiquant et socialiste déclaré, incarne précisément la génération qui émerge du traumatisme. Il ne vit plus sous l’ombre du 11-Septembre : il en sort. Là où les faucons ont bâti un ordre moral sur la peur, Mamdani propose un ordre civique fondé sur la justice sociale et la mémoire réconciliée. Il ne nie pas la blessure de l’Amérique, il la transmute en responsabilité.
Son émergence traduit une mutation profonde : Ground Zero, dont nul ne doit oublier comment, sous couvert de solidarité avec l’Occident, il a aussi servi de tribune mondiale à Vladimir Poutine et Benyamin Netanyahou, offre enfin un visage de reconstruction intérieure. Là où, hier, la tragédie fut instrumentalisée pour cimenter des alliances de peur, légitimer des guerres ou fonder un nouvel ordre sécuritaire, émerge aujourd’hui un visage de réconciliation. Ground Zero, jadis le centre symbolique d’un monde fragmenté entre le Bien et le Mal, devient, avec Zohran Mamdani, le lieu d’une possible réconciliation morale.
A la manipulation par la peur répond, aussi, la récupération par l’idéologie
New York, avec lui, ne parle plus depuis la plaie mais depuis la guérison. L’Amérique qu’il incarne n’est plus celle qui cherche des ennemis, mais celle qui cherche du sens. En cela, sa candidature constitue un acte politique majeur : elle fait vaciller vingt ans de narratif sécuritaire et identitaire.
Mais le danger inverse est réel. Car à la manipulation par la peur répond, aussi, la récupération par l’idéologie. Tandis que les milieux conservateurs tentent de diaboliser Mamdani, certains courants islamistes ou d’extrême gauche — à l’image de La France insoumise en Europe — s’empressent de le recycler en figure de revanche communautaire.
Or cette récupération est tout aussi illégitime : elle trahit le sens même de son engagement, qui n’est pas de représenter une communauté contre une autre, mais de réconcilier la ville avec elle-même, de réinsuffler un humanisme politique au cœur d’un espace saturé de mémoire et de peur.
Entre l’instrumentalisation du 11-Septembre et sa captation par la rhétorique victimaire, Mamdani se trouve au centre d’un champ de forces qui excède sa propre personne. Mais c’est justement là que réside sa portée symbolique : s’il parvient à résister à ces deux logiques de capture — celle du nationalisme blessé et celle de la victimisation militante —, alors il deviendra bien plus qu’un candidat. Il sera le premier héritier apaisé d’un système traumatisé, celui qui, au cœur même de New York, rappelle que le courage du XXIe siècle consiste à désarmer la peur.
En lui, New York cesse d’être la ville blessée du 11-Septembre pour redevenir ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être: le laboratoire vivant de la résilience et du courage.