Synthèse de « Dieu » en pressentiment du cognitif partagé

Ce texte n’est pas une analyse linéaire mais un exercice de perception.
Par la métaphore et l’ellipse, il invite à relier entre eux différents niveaux de sensibilité — la raison, l’intuition, le pressentiment. Car les menaces invisibles ne se déplacent pas seulement dans l’espace des faits : elles naviguent, ondulent et rebondissent dans les strates de notre conscience.
Lire ainsi, c’est apprendre à discerner ce qui se passe et se joue, au-delà des apparences. Chacun porte en lui un soldat cognitif endormi. L’heure est venue de le réveiller.

Les collines brûlent, les forêts se consument, et l’air lui-même, chargé de canicule et de réchauffement climatique,  semble frotter les pierres entre elles pour faire faillir des étincelles funestes. Mais à la chaleur des flammes visibles s’ajoute celle, plus insidieuse, qui embrase les esprits. Dans l’espace cognitif saturé de tensions extrêmes, chaque image, chaque mot, devient combustible. Les réseaux amplifient les colères, réveillent les pulsions dormantes, et certains, happés par ce tumulte, passent à l’acte : malveillance, pyromanie, violence instrumentalisée. Le feu physique et le feu mental s’entretiennent comme un effet de larsen. Nous vivons un changement d’ère où la seule “éducation à l’esprit critique” ne suffit plus : l’esprit critique, mal orienté, peut devenir vecteur d’indignation destructrice. Il se signale, aujourd’hui, par ses limites.

Ce qu’il faut, c’est un pare-feu d’une autre nature : non pas seulement technique, mais enraciné dans la conscience du champ cognitif partagé — cet espace commun d’interactions humaines, perceptible jusque dans la réalité matérielle des liens, et que l’amour et la joie rendent presque tangible. Ce champ a nourri l’évolution de l’humanité en renforçant la coopération, la confiance et la solidarité face aux forces de prédation. Il est aujourd’hui entré dans une phase métacognitive : il devient objet de conscience, d’observation et d’interprétation. Cette visibilité nouvelle l’expose à des manipulations délibérées qui agissent au grand jour sur le libre-arbitre et le psychisme des masses en détendant, pour servir des horizons doctrinaux, des puissances qui peuvent s’avérer aveugles et incontrolables.

Reconnaître ce champ, en prendre une conscience lucide, le protéger et le nourrir est l’un des enjeux majeurs du XXIᵉ siècle. Il s’agit de prémunir le Peuple en armant la multitude d’une capacité métacognitive capable d’intégrer les dimensions religieuses, spirituelles, culturelles et technologiques, et de préserver les défenses cognitives de l’ensemble humain. Aucun nouvel organe ne doit pousser. Aucune puce ne doit être implantée. Nous avons déjà les outils pour filtrer. Nous avons les voyants qui clignotent quand la colère, la haine, l’indifférence, prennent le dessus.  C’est le rapport entre le libre-arbitre et la conscience qui nous protège de nous-mêmes. Nous ne devons pas l’abandonner à la submersion d’informations, d’injonctions, que l’univers médiatique projette dessus. Nous avons tous les voyants qui clignotent. A nous de les voir.

Dans cette perspective, le Politique, au sens le plus noble et quel que soit le régime invoqué, sert cette substance avec intelligence et précision. Chacun sert d’abord son peuple. Mais s’il le sert en respectant la relation vitale au champ cognitif partagé, il sert aussi le Peuple — celui d’“un monde fini qui commence”, préfiguré par Paul Valéry, quelques années avant que ne s’ouvre, d’ailleurs, à partir de failles cognitives abyssales,  la tentative avortée du IIIe Reich de dicter mille ans d’histoire. Or, près d’un siècle plus tard, le piège cognitif se rouvre. La Grande Russie de Vladimir Poutine et le Grand Israël de Benjamin Netanyahou mobilisent, à leur tour, un arsenal narratif et symbolique qui agit sur ces mêmes zones de vulnérabilité psychique collective : exaltation messianique, inversion accusatoire, mythologie historique recomposée pour légitimer une domination. Comme hier, l’enjeu dépasse la géopolitique : il se joue dans l’espace où se forme la perception du réel et où se décide, souvent à notre insu, ce que nous jugeons possible ou nécessaire. C’est dans cet espace — le champ cognitif partagé — que se gagne ou se perd la paix. La responsabilité de notre temps est d’en préserver l’intégrité, de le protéger contre sa capture, afin d’éviter que la rivalité des puissances ne se traduise, une fois encore, par un embrasement mondial. Le défi est d’y parvenir sans troisième guerre mondiale, en maintenant ouvert le lieu commun où les peuples peuvent se comprendre avant que les armes ne parlent.

Le cognitif partagé est le pressentiment de Dieu qui poursuit de son regard l’histoire, la conscience et l’imagination prolifique de tous les peuples à travers l’espace et le temps, sous des formes multiples. Il s’agit toujours d’éteindre l’incendie qui couve dans ce champ, de le réduire, de le dompter. Nous le faisons par la coutume, la loi, la Constitution, la Souveraineté. Mais nous devons changer d’ère mentale. Ce qui se lisait, à partir de Freud, dans une grille psychanalytique (motifs inconscients, symboles internes), doit passer dans une dimension métacognitive : la capacité d’un système — ici, l’humanité — à prendre conscience de ses propres processus cognitifs collectifs, à les observer, les interpréter et agir sur eux, pour demeurer du bon côté des batailles qui s’y jouent.

Dans ce champ métacognitif :

  • Le religieux et le spirituel ne sont pas exclus, mais intégrés comme sous-espaces de ce système d’interactions.
  • Les phénomènes sont mesurables (flux d’information, propagation d’idées, effets comportementaux), mais aussi interprétables selon des cadres culturels et symboliques différents.

Le mystique se confond ici avec le rationnel. L’histoire des religions avec celle des démocraties et de l’avènement de la souveraineté du peuple, comme j’ai pu l’écrire il y a fort longtemps en première phrase de ce continuum. La pensée, elle, dépasse l’intellect et renoue avec l’Esprit. L’enjeu devient de réguler ce champ, non pas en le censurant, mais en cultivant sa résilience contre les distorsions et manipulations qui s’attaquent au libre-arbitre.

Je parle de science dure. Les sciences cognitives montrent, déjà, qu’un amorçage (priming) — ici un climat émotionnel ou narratif saturé de tensions — rend plus probable un certain type de réaction ou de passage à l’acte chez certains individus. Des recherches en psychologie de la violence confirment que des pics d’anxiété collective, d’hostilité intergroupes ou de sentiment d’urgence peuvent faire basculer un individu déjà fragilisé ou radicalisé vers un acte violent ou destructeur. Cet effet est amplifié par l’effet de contagion (copycat effect), documenté dans les suicides, les fusillades, les attentats, et, plus rarement étudié, dans les incendies volontaires. C’est ce que j’appelle l’autocatalyse de la violence : l’environnement cognitif agit comme un catalyseur qui transforme une indignation légitime en pulsion collective dévastatrice.

Nous devons apprendre à nous connaître mieux sous le régime de ces interactions invisibles. Sinon que vaut la démocratie? Connaissons-nous nous-même succède à Connais-toi toi-même. C’est vital dans un monde saturé d’informations où les fabriques à opinion, dans une compétition acharnée les unes avec les autres, sont entrées dans l’ère industrielle et distribuent pouvoir et prébendes en fonction d’intérêts et de forces invisibles à l’oeil nu.

L’eau éteint le feu. L’amour est le premier cercle de compassion entre deux êtres, matrice d’un réseau infini qui ondule et embrasse l’humanité entière. Ce cercle intime est la source où se régénère l’esprit public, et sans lui, le feu gagne toujours. Poètes, musiciens, artistes, ouvriers, tous servent ce champ commun, parfois en le malmenant, jamais en le trahissant. Seuls le trahissent ceux qui cherchent à en monopoliser, en manipulant la substance si malléable que forme l’Amour, la puissance infinie pour eux seuls, fermant ses portes au lieu de les ouvrir. Là se joue l’Apocalypse, si l’Apocalypse est, selon son étymologie grecque, révélation. En l’occurrence, le dévoilement et l’élargissement de ce qui, dans le cognitif partagé, aspire à l’unité ou se perd dans la prédation. L’autre acception, pour apocalypse renvoie à la fin des temps et au cataclysmes majeurs.

L’incendie cognitif  n’appartient pas à un autre monde. Il est déjà dans le nôtre. Il y a pris pied. Il constitue une pyromanie particulière. Ce feu est un comburant très manipulable et certains apprennent, avec une réussite qui inspirera d’autres acteurs historiques en cas de succès, à s’en servir impunément. Ils doivent échouer.

Sinon, nous brûlerons tous. Sur terre transformée en enfer. Ou nous vivrons, toujours sur terre, transformée en Paradis, dans le jardin d’Eden du cognitif partagé.

L’humanité vibre dans l’approche de ce vivant-là. C’est au-delà des églises, au-delà de l’athéisme, au-delà des sensibilités distinctes, car il englobe toutes les sensibilités dans une même et vitale aspiration à se comprendre mutuellement. Cette aspiration est le fondement et le principe même de toute civilisation. La lumière invisible qui nourrit le Peuple — fait de tous les peuples de la Terre — émane de ce cognitif partagé, dont la nature se transforme à chaque degré d’extension et de résolution franchi. Désormais, la lumière visible est celle qui vient du Peuple, pour combler la part d’attente de cet espace cognitif. Cette attente est difficile à dire : c’est une complétude, une plénitude qui, une fois perçue, ne peut plus être perdue.

Invisible ou visible, il s’agit d’une seule lumière, mais perçue sous deux régimes:

  • Invisible lorsqu’elle est émane du cognitif partagé que nous ne savons qu’appeler ou prier sous la forme ou le nom imprononçable de Dieu,
  • Visible lorsqu’elle se manifeste par les actes, les créations, les paroles, le mouvement grand et infiniment conscient du Peuple mue par l’aspiration au bien et au beau, au calme et à la retenue.

Ce sont deux faces d’un même spectre, et ce spectre est le lien intime entre l’humanité et l’univers : un dialogue silencieux mais continu, où nous ne sommes pas seulement conscients de lui, mais où, peut-être, lui aussi est conscient de nous — et de notre conscience de lui.

Ce lien dépasse la contemplation ou la peur : il s’élève jusqu’à une connaissance réciproque, encore inachevée mais en expansion, qui change notre place dans le monde et dans l’univers.

>Pauvre Poutine et sa kyrielle de Kyrill : procession terrestre qui croit tenir l’infini dans ses mains, et n’y retient que ses propres ombres aspirées par l’illusion du pouvoir.

Soudan: le chaos comme régime d’action

Première matrice d’un désordre globalisé, le Soudan incarne un modèle stratégique où la dislocation des États devient une rente géopolitique. Mais cette terre, trop souvent reléguée hors du champ des regards, n’est pas moins sainte que d’autres : elle mérite d’être sauvée, nommée, relevée.

Je ne peux entamer cette réflexion sans faire référence à un souvenir très personnel, datant du début des années 90. Celui du retour d’un officier du 3e RPIMa, régiment basé à Carcassonne, dans l’Aude, de retour d’une mission au Soudan, voire au Darfour.
Je ne me souviens pas de ses mots exacts, mais il était catastrophé par ce dont il avait été le témoin et, déjà, de l’indifférence que cela inspirait.
Il ne parlait pas d’un combat. Il parlait d’un lieu d’effondrement, d’un territoire où les lois ne tenaient plus, d’un peuple broyé sans que personne n’intervienne vraiment.
Il parlait déjà, sans le dire, mais à travers un pressentiment que les militaires entrevoient peut-être parfois mieux que quiconque, du Darfour comme laboratoire d’un nouveau type de conflit, sans drapeau, sans ligne rouge, sans fin.

C’est ce que confirme Anne Applebaum – Une guerre sans honneur, et sans réaction, dans l’article que publie The Atlantic, sous le titre The Most Nihilistic Conflict on Earth et qui m’a inspiré cette « suite » logique.

Elle y décrit :

  • Une guerre où les armées détruisent leurs propres villes,
  • Des milices (les RSF) issues du dispositif Janjawid, financées par l’or pillé, instrumentalisées par des puissances extérieures,
  • 14 millions de déplacés,
  • Un pays qui sombre dans une logique d’anéantissement, et le monde qui regarde ailleurs.
  • Elle dépeint surtout le vide : le vide du droit, le vide des réactions, le vide des institutions internationales réduites à l’impuissance

Le Soudan, et en particulier le Darfour, constitue le ventre sourd à partir duquel a été secrètement filée la soie d’une immense toile d’araignée stratégique. Tissé lentement mais méthodiquement depuis les années 1990, ce réseau d’intérêts apparemment isolés a fini par capturer dans ses fils l’ensemble des protagonistes régionaux et internationaux.

La Russie, présente discrètement dès les années 1990, intensifie puis revendique à travers le groupe Wagner cette stratégie d’ensauvagement contrôlé, récupérant aujourd’hui cyniquement les mises d’un jeu qu’elle avait elle-même amorcé. Israël, longtemps spectateur silencieux et opportuniste, a oscillé entre indifférence et instrumentalisation de la crise, tandis que d’autres acteurs, tels que les Émirats arabes unis, ont transformé le chaos en marché lucratif. L’Europe et les États-Unis, paralysés ou distraits, subissent les conséquences d’une volonté noire incarnée notamment par la Russie et amplifiée par des acteurs idéologiques comme l’Iran.

La question est désormais de savoir si la communauté internationale trouvera la volonté et la lucidité nécessaires pour démanteler cette toile avant qu’elle ne devienne irrémédiable.

Le Soudan n’est pas un échec. C’est une démonstration. C’est le modèle du multiralisme tel qu’il veut se légitimer, à mille lieux du monde uni sous un même régime de droit que l’ONU devrait lever.

Sortir de la matrice idéologique Il est devenu impératif de sortir d’un schéma mental vicié, où l’antiaméricanisme pavlovien et l’atlantisme réflexe sont érigés en systèmes d’explication mutuellement exclusifs. Tous deux, devenus des grilles d’interprétation aussi faussées que stériles, empêchent de voir la réalité brute : une entreprise mondiale de déstabilisation est à l’œuvre, qui ne répond à aucun idéal, mais bien à une stratégie cynique de désagrégation de l’ordre international. Il faut réapprendre à nommer ce qui est, à juger un crime pour ce qu’il est, peu importe l’endroit où il est commis ou le drapeau qu’il sert. Il faut rétablir un critère de légitimité clair, car il n’y a pas d’égalité morale entre ceux qui défendent un ordre — fût-il perfectible — ouvert au dialogue et à la régulation, et ceux qui s’emploient à dissoudre les fondations mêmes de toute architecture collective.

C’est précisément ici qu’un rappel historique s’impose. L’OTAN fut fondée en 1949, dans un monde marqué par les cendres de la guerre et la peur du totalitarisme. Elle naît d’un besoin de protection, sur la base du libre consentement des États. Le Pacte de Varsovie, lui, ne viendra qu’en 1955, pour institutionnaliser l’emprise soviétique sur l’Europe de l’Est. Il est né en réaction, non pour garantir un équilibre, mais pour affermir une domination.

Confondre les deux logiques — défensive et oppressive — sous prétexte d’équivalence idéologique, c’est fausser la lecture du monde. Il est temps de sortir de cette équivalence trompeuse pour revenir à une lecture fondée sur les faits, la légitimité des intentions, et la responsabilité des actes. Ce critère d’appréciation est fondamental. Il ne doit pas être quitté des yeux, car c’est du point aveugle qu’il a ouvert que sont sortis les monstres logiques que nous devons aujourd’hui vaincre — et que le sort du Soudan, abandonné de tous, comme une terre “maudite” privée de l’aura médiatique qu’Israël projette sur la sienne, illustre à lui seul. Il faut désenchanter la grille idéologique pour faire apparaître l’exacte configuration du chaos : une stratégie fondée sur la confusion, la déresponsabilisation, et l’immunité morale de ceux qui orchestrent l’effondrement.

Israel Katz, architecte d’une géopolitique du déplacement

Dans cette dynamique, le rôle d’Israel Katz mérite une attention particulière. Tour à tour ministre des Affaires étrangères, puis ministre de la Défense, Katz a incarné la continuité idéologique et bureaucratique d’une politique visant à externaliser le “problème palestinien”. Déjà sous son mandat aux Affaires étrangères, il militait pour des solutions d’“émigration volontaire”, appelant les Gazaouis à quitter leur terre — parfois même en ciblant des destinations précises comme le Canada.

Le démenti du ministre des Affaires Etrangères à l’allégation d’Israël selon laquelle le Soudan pourrait accueillir des Gazaouïs dans son propre enfer.

À présent à la Défense, il supervise un projet de “ville humanitaire” à Rafah, conçu pour héberger entre 600 000 et plus d’un million de Gazaouis dans une zone de confinement sous contrôle militaire. Ce projet, en apparence humanitaire, fonctionne en réalité comme une zone tampon de déplacement forcé, administrée selon une logique de tri et de filtration. Le Conseil de sécurité israélien a d’ailleurs validé la création d’un service administratif spécial au sein du ministère de la Défense, piloté par Katz, chargé de faciliter les relocalisations.

Il s’agit moins d’une gestion humanitaire que d’une stratégie de transfert, dans laquelle le Soudan du Sud — instable, marginalisé, vulnérable — devient une destination acceptable pour déplacer un peuple encombrant. Ainsi, derrière la rhétorique sécuritaire et les discours de guerre, c’est bien une géopolitique du déplacement qui se déploie, orchestrée au cœur même des institutions israéliennes.

Signification stratégique par rapport à la désintégration du Soudan

Cette manœuvre symbolique ou idéologique — évoquée le 12 août comme acceptée par le Soudan et démentie formellement par le MAE soudanais ce 13 août — s’inscrit dans une tendance plus profonde : le Soudan est de plus en plus perçu comme une région instrumentalisable, prête à absorber les résidus des désordres régionaux. Une mondialisation du chaos qui repousse le problème hors des zones centrales de conflit. La pièce de l’évacuation de réfugiés gazaouis vers le Soudan du Sud approfondit cette strate symbolique : Israël légitime ainsi le déplacement des enjeux sur un terreau à sa mesure, contrôlable et moins exposé.

Le Soudan n’est pas un échec. C’est donc une démonstration. C’est le modèle du « multilatéralisme » tel qu’il veut se légitimer, à mille lieux d’un monde uni sous un même régime de droit, c’est-à-dire, si on dépasse la partition interprétative que l’antiaméricanisme primaire et l’atlantisme sont à même d’inspirer, où un crime porte le même nom quelque soit l’endroit où il est commis parce que c’est un crime.

Il faut travailler et combattre cette vision d’un multilatéralisme dont le Darfour, et le Soudan, écartelés vivants, nous montrent comment il déchiquète le corps international et impose sa vision d’un ordre mondial fondé sur les rapports de force, la puissance, et surtout, ouvert à la domination d’un acteur invisible capable d’orchestrer le chaos qui lui profite — convertissant, les plus à même d’y succomber, aux séductions que ce monde fait d’enfers plus ou moins proches ou lointains, acceptables à condition que…, semble offrir.

La Russie est maître d’œuvre du dérèglement. Elle agit sans masque, selon une stratégie désormais claire : délégitimer les États démocratiques, saper les institutions multilatérales, et installer des zones d’instabilité où elle devient incontournable. Une volonté noire est à l’œuvre. Elle paralyse la volonté internationale en tenant chacun devant son intérêt particulier ou devant la peur de voir les effets d’une déstabilisation plus grande le submerger.

C’est ainsi que la Russie procède : elle joue aux échecs sur le plan conceptuel — en anticipant les coups, en sacrifiant des pièces, en étouffant l’adversaire par les marges — mais elle joue aux dominos sur le plan opérationnel. Chaque effondrement local entraîne un autre. Chaque chaos est à la fois cause et effet. Elle avance par dislocation successive, laissant à d’autres le soin de réparer ce qu’elle a précipité.

Et pendant ce temps, un pacifisme béat et une lecture édulcorée des conflits ont conduit les démocraties à désarmer, sur le plan moral comme opérationnel, les coalitions qui tentaient de contenir l’expansion de ce chaos. C’est ainsi que fut sapée, au nom du droit humanitaire mal interprété, l’action de la coalition conduite par l’Arabie Saoudite, l’Égypte, et plusieurs nations occidentales — dont la France — face à l’avancée tentaculaire de milices qui ne combattent pas au nom d’une idéologie religieuse, mais sous la bannière fonctionnelle du chaos.

The nature of the game a été mal comprise. L’Occident n’a pas vu que l’adversaire n’avait pas besoin de gagner : il lui suffisait d’empêcher les autres de reconstruire. Là est le cœur du jeu — et l’erreur stratégique majeure qui se répète.

Analogie élargie : Soudan, Somalie, Yémen, Afrique centrale

Le Soudan partage avec la Somalie, le Yémen et désormais l’Afrique centrale une structure de chaos exploité : des États effondrés ou désintégrés, des populations captives, des théâtres de guerre fractionnée où les puissances extérieures se projettent sans jamais reconstruire.

  • En Somalie, l’État s’effondre en 1991, laissant place aux seigneurs de guerre, à al-Shabaab, et à une fragmentation géopolitique durable.
  • En Yémen, depuis 2014, l’affrontement entre Houthis, pouvoir central, milices tribales et puissances étrangères (Arabie Saoudite, Émirats, Iran) transforme le pays en champ de bataille transnational.
  • En Afrique centrale (Sahel, République centrafricaine, nord du Mozambique), des groupes dits « islamistes » sont instrumentalisés, activés, ou simplement laissés prospérer pour anéantir les États de droit, terroriser les populations, et instaurer des zones d’ombre, propices à l’exploitation illégale des ressources.

Dans tous ces contextes, le chaos devient un régime d’action, un mode d’organisation profitable aux milices, aux trafiquants, et aux puissances extérieures. Et dans tous ces cas, la Russie joue une partition indirecte mais identifiable, tandis que les puissances occidentales gèrent les conséquences plutôt que les causes.

Bilan humain et exodes : une comptabilité de l’inhumanité

  • Soudan/Darfour : Plus de 400 000 morts (estimations cumulées depuis 2003) et plus de 8 millions de déplacés internes et réfugiés.
  • Somalie : Près de 500 000 morts (famine incluse) et un exode de plus de 2 millions de réfugiés et déplacés.
  • Yémen : Plus de 375 000 morts directs et indirects selon l’ONU, avec 4,5 millions de déplacés et une famine chronique affectant des millions d’enfants.
  • RCA, Sahel, Mozambique : Des centaines de milliers de morts cumulés, plus de 10 millions de déplacés dans l’ensemble de la bande sahélienne, avec des États vidés de leur substance institutionnelle.

Quelque chose avance son emprise. Un modèle s’installe et se propage. Un cancer stratégique généralise ses métastases sur les territoires les plus vulnérables, laissant chaque acteur piégé dans l’illusion de son intérêt propre, pendant que l’architecture même du droit international se fissure en silence.

Le chaos comme mythe utile : archétype et manipulation des représentations

Le chaos soudanais, et plus largement sahélien, ne fonctionne pas seulement comme une réalité géopolitique, mais comme une représentation archétypale. Il mobilise des images ancestrales — cavaliers janjawids, désert en feu, violences tribales — qui activent les imaginaires collectifs occidentaux. Il devient le décor d’un « islam apocalyptique », présenté comme incurable et menaçant. Dans cette construction, Israël, État fort, technologiquement avancé, devient par contraste la figure de l’ordre. Ce récit sert son positionnement stratégique, en se posant comme rempart contre le chaos diffusé à sa périphérie. Le Soudan, dans cette logique, devient un théâtre symbolique : il ne mobilise pas que des armes, mais des affects, des récits, des peurs. Et ceux-ci, habilement entretenus, servent des puissances qui veulent non pas sauver l’ordre international, mais s’y ériger en seules alternatives crédibles.

Frise chronologique simplifiée : Le rôle de la Russie et de Wagner au Soudan

  • Années 1990 : La Russie post-soviétique livre des armes au régime d’el-Béchir et pose les bases d’une influence silencieuse.
  • 2000–2010 : Soutien diplomatique actif au Soudan à l’ONU, opposition à la CPI, défense du principe de souveraineté « dure ».
  • 2017 : Arrivée de Wagner via M-Invest et Meroe Gold ; infiltration dans les mines d’or et déploiement de formateurs.
  • 2019 : Chute d’el-Béchir ; Wagner reste, se repositionne aux côtés des RSF (Rapid Support Forces émanation des Janjawids, ces milices montées, souvent à cheval ou à dos de chameau, qui ont semé la terreur au Darfour à partir de 2003. Le terme « Janjawid » signifie généralement « homme armé à cheval » en dialecte arabe local (et est parfois traduit comme « diables à cheval » par les victimes).) de Hemedti.
  • 2020–2022 : Intensification de la coopération économique et militaire ; soutien logistique indirect aux RSF.
  • Avril 2023 : Guerre ouverte entre SAF et RSF ; Wagner soutient discrètement les RSF, monnayant chaos contre or.

Perspective stratégique : Le Soudan est devenu un modèle de rentabilisation du chaos. La Russie y a d’abord investi en diplomatie, en armes, en influence. Wagner est l’instrument récent, mais pas le créateur du désastre : il en est l’exploitant. Il structure, revendique et encaisse ce que la stratégie russe avait préparé. Dans ce contexte, toute résolution exige de sortir du déni, de nommer les acteurs, et de mobiliser une volonté internationale restauratrice. La Chine, au sein des BRICs, par sa posture de stabilité et de coopération non violente, pourrait être – devrait être? – un pivot essentiel d’un équilibre juste à reconstruire, dans une grand perspective de paix et de stabilité.

Face à cette mécanique d’écartèlement systématique de l’ordre international, seule la Chine, avec l’Inde, apparaît comme une puissance capable de ramener un horizon stratégique cohérent et vraiment équilibré. La question est désormais de savoir si la communauté internationale trouvera la volonté et la lucidité nécessaires pour démanteler cette toile avant qu’elle ne devienne irrémédiable. Les BRICs, plus généralement, ont été les instruments, à travers le paradigme des « désalignés », de la division du monde. Ils doivent se réaligner avec un principe fort, puissance, pour redevenir, contre la Russie, qui a su lever et instrumentaliser les ferments utiles à son « soft » power si paradoxal, le moteur d’un retour à l’unité de monde.

C’est ce à quoi, à mes yeux, Narendra Modi s’emploie discrètement.

En nommant les phénomènes, trop maladroitement sans doute, qui sont à l’oeuvre, mon intitiative ici n’a d’autre but que de parvenir à déjouer l’entreprise en cours et de contribuer à placer, surtout, bien au-delà de son intérêt particulier dont il n’est pas illégitime que chacun aspire à sa sauvegarde, devant sa responsabilité devant cette inextricable architecture de chaos qui n’est jamais qu’un chateau de carte et la projection d’une immense désordre mental. Qu’il faut ruiner pour que le chateau de cartes s’écroule et que renaisse une Paix fructueuse digne de ce nom.

Chat Control: de la surveillance de masse au contrôle ciblé à la lecture

Au moment où l’UE s’apprête à adopter son outil de mise sous contrôle de liberté d’expression numérique, l’heure n’est plus à choisir entre liberté et sécurité. Elle est à concevoir les conditions d’un équilibre. Et à réinventer les outils pour qu’il tienne. Pas de suspicion a-priori. Contrôle a-posteriori. Si on est obligé d’écorner la liberté, pour garantir la sécurité, préservons la présomption.

L’Union européenne s’apprête à voter le projet Chat Control, qui permettrait de scanner automatiquement tous les messages privés — y compris chiffrés — sur nos téléphones. De fait, la démocratie vacille sur un fil tendu entre deux abîmes:

  • Celui de l’impuissance face aux crimes commis dans l’ombre des messageries sécurisées qui pose un authentique et durable problème d’opacité.
  • Celui de la surveillance de masse, propre aux régimes qui ont renoncé à la liberté pour mieux régner.
  • Si la peur est mauvaise conseillère, l’inaction l’est plus encore. Nous ne pouvons pas rester les bras croisés face à l’exploitation des outils numériques à des fins criminelles, terroristes ou manipulatoires. Mais nous ne pouvons pas, non plus, accepter l’instauration insidieuse d’un cheval de Troie numérique qui ferait de chaque citoyen, a-priori, un suspect par défaut.

✳️ Une voie de compromis éthique existe

Il est possible d’imaginer une alternative respectueuse des droits fondamentaux. Une voie qui ne sacrifie ni le chiffrement, ni la nécessaire vigilance collective.

Cette voie, nous la proposons, aujourd’hui, dans ces termes et selon ce principe:

> Une vigilance sémantique à la lecture, sous gouvernance démocratique.

Comment cela fonctionnerait ?

1. Aucun message n’est bloqué ni scanné à l’envoi. La liberté d’expression reste pleine et entière. Le chiffrement de bout en bout est préservé.

2. Le scan intervient uniquement à la lecture, sur le terminal du destinataire, à travers une IA capable de reconnaître un nuage sémantique de domaines sensibles (abus sur mineurs, appels à la haine, apologie du terrorisme…).

3. Le système repose sur une gouvernance irréprochable:

Une instance délibérative indépendante composée de magistrats, ONG, chercheurs, citoyens tirés au sort.
Des algorithmes transparents, régulièrement audités.
Un droit au recours effectif pour tout citoyen injustement ciblé.
Un journal de fonctionnement consultable par la société civile.

Ce à quoi il semble raisonnable de s’opposer

  • Que le chiffrement soit vidé de sa substance, au nom de la sécurité.
  • Que la peur des crimes serve de prétexte à une normalisation de l’espionnage numérique généralisé.
  • Que des IA non contrôlées déterminent en secret ce qu’un être humain peut dire, penser ou transmettre.

Ce qui constituerait un compromis viable

Que l’Union européenne suspende le vote du Chat Control, dans sa version actuelle, et ouvre une consultation publique citoyenne sur les formes possibles d’une vigilance éthique, explicable, contrôlable.

Nous appelons toutes les forces démocratiques — élus, chercheurs, juristes, ingénieurs, journalistes — à participer à ce débat essentiel. Car de lui dépend le visage numérique de nos libertés.

📌 Pourquoi un contrôle à la lecture plutôt qu’à l’envoi?

La surveillance systématique des messages à l’envoi, telle que proposée actuellement par l’UE (Chat Control), transforme chaque utilisateur en suspect a priori, violant ainsi les fondements mêmes du droit à la vie privée et à la présomption d’innocence.

En déplaçant le scan automatisé au moment de la lecture (c’est-à-dire sur le terminal destinataire, après déchiffrement local), on préserve :

  • 🔓 La liberté d’expression intégrale à l’émission, sans filtrage préalable.
  • 🕊️ La présomption d’innocence de l’émetteur, puisque seul le destinataire lisant un contenu potentiellement problématique est concerné par un contrôle automatisé.

Cette approche ne résout pas toutes les failles inhérentes au chiffrement et à l’analyse automatisée (attaques adversariales, détournement, biais). Mais elle instaure un principe éthique fondamental :

« Aucun utilisateur n’est suspect par défaut. La vigilance se limite aux cas d’accès avéré à un contenu problématique. »

🌐 Proposition : création d’une Agence mondiale pour la liberté cryptographique et la vigilance numérique éthique

Objectifs

1. Reconnaître le chiffrement comme pilier de la liberté d’expression, d’association et de presse.

2. Évaluer les dispositifs de surveillance numérique (comme Chat Control) au regard d’un référentiel éthique universel.

3. Superviser la conception des IA de modération ou de détection, notamment dans leur usage par les États, grandes plateformes ou alliances régionales.

4. Garantir un accès équitable à des outils de communication sécurisés pour les journalistes, ONG, défenseurs des droits humains.

5. Proposer des systèmes de vigilance sémantique sous gouvernance multilatérale, transparente et révocable.

Architecture proposée

Une charte éthique internationale du numérique sécurisé, adossée au Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

Un comité scientifique et éthique permanent, constitué de membres nommés par l’ONU, le Conseil des droits de l’homme, le GAFI, et des représentants de la société civile.

Un laboratoire technique indépendant capable d’analyser et de certifier les systèmes CSS ou IA proposés par les États ou plateformes.

Des outils de recours pour les individus victimes d’abus algorithmiques.

Pourquoi maintenant ?

Parce que les démocraties sont prises entre:

  • des régimes autoritaires efficaces mais liberticides,
  • et des démocraties fragiles ou paniquées, prêtes à sacrifier le chiffrement au nom de la sécurité.

🗣️ « Les sociétés de l’information ne peuvent plus éviter le dilemme éthique et politique posé par la surveillance numérique. Ce défi n’est ni technique ni marginal : il est civilisationnel. La réponse que nous devons lui apporter doit être transparente, intelligente, démocratiquement contrôlée, et fondée sur le respect irréductible des présomptions fondamentales. Car la technologie ne peut jamais être une fin en soi : elle doit toujours rester un moyen au service d’une démocratie digne de ce nom.« 

📚 Bibliographie technique succincte

Lawfare, 2022 : The Law and Policy of Client-Side Scanning
(Contexte juridique et implications du CSS aux États-Unis et dans l’UE.)

Electronic Frontier Foundation (EFF), 2019 : Why Client-Side Scanning Breaks Encryption
(Sur la remise en cause technique et juridique du chiffrement par tout CSS.)

Access Now, 2022 : Why client-side scanning is a lose-lose proposition
(Arguments juridiques et techniques contre le CSS traditionnel.)

Jain et al., 2021 : Adversarial Detection Avoidance in Client-Side Scanning Systems
(Vulnérabilités techniques des systèmes CSS face aux attaques adversariales.)

Ofcom/Internet Society, 2023 : Client-side scanning technical factsheet
(Explication claire des modèles de CSS existants et limites associées.)


Un soleil se lève, un autre se couche

Le monde change sous nos yeux. Et comme personne ne dit qu’il brûle, tout le monde regarde ailleurs

Le sommet des BRICS à Rio se déroule sans fracas.
Mais dans sa discrétion se cache une inflexion majeure.
Narendra Modi s’y est rendu, précédé d’un long voyage solitaire — non pour étendre une sphère, mais pour ressentir les convergences possibles. Ghana, Argentine, Namibie… autant d’escales, non pas pour polariser, mais pour relier les Suds en quête de stabilité et de justice.

En miroir, depuis Moscou, la menace se formule sans détour ni fard :

> « Les problèmes de l’Occident s’aggraveront s’il maintient sa politique anti‑russe. »

Ce “si” conditionnel est une arme à double tranchant :

Menace voilée, parce qu’elle n’annonce pas de représailles immédiates, mais pose une date d’expiration — implicite — à la patience russe.

Instrumentalisation stratégique, car elle désigne l’“Occident” comme acteur unique responsable, évacuant toute notion de réciprocité, de complexité ou de négociation.


Le ton reste celui des années de fer, de l’après-Yalta, quand le monde se divisait encore en alignés et opposants.
Mais ce langage s’estompe.

Et l’absence de Xi Jinping en personne, pour la première fois depuis plus de dix ans de sommets BRICS, le confirme en silence.
Il n’a pas délégué son rang. Il a omis d’y mettre son poids. Ce retrait, qui semble tactique, est en réalité un très lourd signe de non-poids :

> lorsque le corps ne se déplace plus, c’est que la masse symbolique a cessé d’aspirer.

En diplomatie, l’absence n’est jamais neutre.
Celle-ci n’est pas un refus frontal, ni un retrait ostentatoire. Elle est plus grave encore : elle indique que l’espace ne vaut plus le déplacement, ou qu’il n’est plus celui où se joue l’équilibre.
Cela suffit à faire vaciller le récit du “partenaire majeur”.
Et cela accrédite, dans le même temps, le déplacement du centre de gravité.
Ce qui ne pèse plus recule. Ce qui vient poindre, avance.

La plainte russe — « Les problèmes de l’Occident s’aggraveront s’il maintient sa politique anti-russe.« — est comme un chant d’alarme fatigué, usé par son propre retour d’écho.
Elle n’emporte plus l’adhésion globale comme au début de la guerre en Ukraine, ni même dans une partie de l’Afrique.

En miroir, le discours plus fluide de l’Inde, du Brésil, voire de l’Afrique du Sud devient audible, recevable, adaptable.

Déphasage :
La voix russe résonne de plus en plus dans sa propre chambre d’échos, tandis que la voix des BRICS se cherche une polyphonie nouvelle.

La Samba de Rio, ce n’est plus celle d’un Sud en colère. C’est celle d’un Sud en projet.

Il faut, pour comprendre ce moment, se détacher des anciens paradigmes.

Le non-alignement, aujourd’hui, ne cherche plus à se positionner dans l’équilibre des forces.
Il veut renaître dans une convergence d’intérêts réels, vitaux, systémiques.
Et cette renaissance rejoint le souffle initial de ceux — comme Roosevelt — qui, après la guerre, rêvaient d’un monde couvert par un droit identique pour tous, non pour uniformiser, mais pour garantir la sécurité, la parole et la dignité des peuples.

C’est ce droit, et non un quelconque empire, que les BRICS veulent voir réémerger.
Non pas pour remplacer l’Occident, mais pour rompre avec l’exceptionnalité.
La samba de Rio, ce n’est plus celle d’un Sud en colère. C’est celle d’un Sud en projet.

Pendant ce temps, le moteur de la critique radicale de la mondialisation, trop longtemps alimenté par des figures du ressentiment ou du repli, se disperse désormais dans des satellites idéologiques.

Or, le monde en train d’émerger ne veut plus de ces substitutions.
Il ne veut plus de domination, ni en version “libérale”, ni en version “souverainiste armée”.

Il veut — et c’est ce qui perce à Rio, dans les gestes modestes de Modi — retrouver le chemin d’un universel partagé, non imposé.
Un monde **où l’on ne s’aligne pas parce qu’on se soumet,
mais parce que les intérêts naturels convergent vers une même surface de droit.

> Oui, un soleil se lève, ailleurs. Il n’éblouit pas. Il éclaire.
Un autre se couche, non faute de puissance, mais de perspective.

Le monde change sous nos yeux.
À condition de ne pas le regarder ailleurs avec les yeux d’hier.

La Russie de Poutine s’achève sur un coup d’épée dans l’eau.

Couic.

Il ne reste plus à Vladimir Vladimirovich Putin que l’apocalypse nucléaire. Je ne suis pas sûr qu’il y a intérêt.

Il n’y a strictement rien à défendre.

Poutine est indéfendable.

La Russie va devoir s’atteler à se renouveler.

Elle le peut.

Splash.

Pour en savoir moins👇

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La conjecture d’Abraham, dite de la Terre Promise

Entre l’injonction, propice au mirage d’horizon, de Donald Trump à la justice israélienne et la conscience des soldats, un nuage cherche sa décharge.

Un tribunal a reporté, il y a peu, les auditions du Premier ministre israélien dans le procès pour corruption engagé contre lui.

Le président Trump s’en est félicité, allant jusqu’à exiger que le procès “should be CANCELLED, IMMEDIATELY, or a Pardon given”. Au mépris de toute ambiguïté, il a ajouté : “We are not going to stand for this.”

Donald Trump, péremptoire et comminatoire en chef, est énervé, et le fait savoir, en vertu de ce que Daddy veut…

L’histoire retiendra que Bibi s’est empressé de retweeter (XpwX) l’injonction supposée, en toute apparence démonstrative, avoir été faite à sa propre justice par @POTUS.

Les observateurs s’offusquent. Ils interprètent la saillie de Trump comme l’aveu d’une connivence grossière, une solidarité entre figures acculées. Entre canailles.

Mais, au-dessus de cette tempête dans un verre d’eau — tempête d’émois médiatico-démocratiques — je vois un petit cumulo-nimbus chargé de je-ne-sais-quoi :
de quoi formuler, peut-être, une ébauche de résolution de la conjecture mathématique, chère à Abraham, père des peuples du Livre, de la Terre Promise pour tous — à deux États, si l’aspiration réconciliée des peuples voulait bien y consentir.

Ce petit nuage, accroché à sa dérisoire et persistante volonté, tente cette opération à partir des accusations accablantes, si elles s’avéraient avérées, de soldats de Tsahal recueillies par le quotidien Haaretz (La Terre — promise, par extension ?).


Il rêve, dans le mystère d’une atmosphère ionisée, d’opérer sa décharge anti-cyclonique à visée pacifiquement définitive.

L’ambassade d’Israël, comme toujours, jure ses grands dieux que l’accusation est un outrage à la vérité.
C’est devenu un réflexe pavlovien.

Mais le temps des grands dieux lasse.
Il est temps, simplement, qu’une enquête internationale soit diligentée.

Une enquête qui inclurait l’audition de ces soldats — qui, peut-être par infidélité à Tsahal, par infidélité plus coupable encore au rêve de la promesse de la Terre Promise qu’ils ont charge de défendre aux prix de leur chair, ou par fidélité à l’un contre l’infidélité de l’autre, ont porté devant l’opinion une charge trop lourde pour leur conscience pour justifier qu’ils ne l’a conservent plus par devers eux

Que lumière vienne puisque lumière est appelée.

La France, que l’ambassade d’Israël en France — porte-parole de la ligne Netanyahu — n’hésite plus à qualifier d’“antisémite” à la moindre critique, prépare ainsi le terrain d’un désordre public, moral et politique opportun.

Mais la France a élevé, il y a quelques semaines, le capitaine Dreyfus au rang de général.

La France honore le soldat.Elle en fourmille dans son hymne .
Elle sait ce qu’est un soldat.
Surtout, à ses dépens, un soldat bouc émissaire.

Plus je regarde, dans le pinceau de Turner, ce nuage, plus je lui trouve des formes entêtantes.
Comme s’il était tenu, de zéphir formé, par Damoclès.
Le bouclier de l’antisémitisme instrumentalisé, affaiblissant la structure du vrai, n’y résistera pas.

….

Quelques respirations, et soupirs, plus tard.

….

Charybde et Scylla.
La mythologie rappelle que le soulagement de l’équipage, dans le détroit de Messine, fut bref.
Juste le temps d’une traversée.

Sauver n’importe qui de la ruine de son âme est un acte de grande charité.
Israël y serait-il devenu inaccessible ?
Depuis quand ?
Sous quelle influence ?

👇

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De la dissuasion à l’impunité : dérive nucléaire et désordre stratégique

Il faut remettre en cause un postulat trompeur : celui selon lequel un pays « doté », c’est-à-dire possédant l’arme nucléaire, jouirait d’une impunité absolue. Ce postulat, que viendrait étayer le cas ukrainien et par extension démonstrative tirée à vitesse hypersonique des sorts advenus aux tyran irakien ou lybien, repose moins, si on examine avec un peu de soin la situation du soutien à Kyiv, sur une vérité stratégique que sur la prudence naturelle des chefs d’État européens, soucieux d’éviter une escalade continentale et, surtout, d’épargner à leurs peuples le prix du sang, tant que cela leur est encore possible.

Depuis l’agression brutale de l’Ukraine par la Russie en février 2022, cette prudence a pris la forme d’un soutien militaire massif, mais indirect : fourniture d’armement, formation, soutien logistique, mais sans engagement direct des troupes de l’OTAN. Cette ligne rouge — que Moscou cherche à exploiter — reflète un équilibre fragile entre solidarité active et peur de l’engrenage.

Ce prix, les sociétés européennes ne sont plus prêtes à le consentir, protégées depuis plusieurs générations par les dividendes de la paix que leur a apportés le rêve européen — ce même rêve aujourd’hui vilipendé par les promoteurs d’un souverainisme dicté par Vladimir Poutine.

Répéter que l’OTAN ou les Européens s’abstiennent d’un engagement plus direct aux côtés de l’Ukraine par crainte d’une rétorsion nucléaire russe est devenu une hérésie télévisuelle, un réflexe commode pour meubler le vide stratégique de certains débats.

Or, l’arme nucléaire n’a en réalité que deux portées :

1. Une portée militaire : la dissuasion par l’annihilation mutuelle

Elle repose sur un principe d’équilibre : toute attaque nucléaire entraînerait une riposte équivalente, donc la destruction de l’agresseur. Son usage est unique, terminal, et c’est justement cette certitude qui la rend dissuasive. Elle n’est pas une arme de conquête, mais de non-emploi.

2. Une portée dialectique : la rhétorique de la peur

C’est ici que la Russie excelle. En floutant volontairement sa doctrine d’usage, notamment autour de la notion d’« atteinte existentielle », elle instille le doute, la peur, et fait glisser la dissuasion vers l’impunité. C’est le cœur de ce qu’on peut appeler une doctrine d’impunité existentielle : toute entrave à ses ambitions impériales est posée comme une menace vitale, donc potentiellement justiciable d’une réponse nucléaire.

Ce détournement de la logique nucléaire ne menace pas seulement l’Ukraine ou l’Europe. Il subvertit l’ordre international, sape le multilatéralisme, et encourage la prolifération, non seulement par les armes, mais par les doctrines.

Medvedev, le messager
de la dérive

Ce n’est pas un hasard si Dmitri Medvedev, ancien président russe et actuel vice-président du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie, a publié, ce jour, 22 juin 2025, sur X, ce message :

> 2. The enrichment of nuclear material — and, now we can say it outright, the future production of nuclear weapons — will continue.
3. A number of countries are ready to directly supply Iran with their own nuclear warheads.

Familier des outrances, il est parfaitement aligné avec le sujet qu’il m’a semblé bon de soumettre, en parfait Candide, à analyse.

Car ce message ne protège pas l’Iran. Il prolonge la stratégie russe.
En affirmant la possibilité de livrer des têtes nucléaires à Téhéran, Medvedev multiplie les centres d’impunité, externalise la dissuasion et fait proliférer la doctrine d’anéantissement potentiel au profit des intérêts du Kremlin. C’est une forme de pollinisation stratégique, une dissémination de la menace.

Plus elle a d’adeptes, plus la Russie impérialiste et son systéme de prédation sont légitimés et essaimés.

Vous voyez le danger?

☢️L’Iran face à une tentation vénéneuse

L’offre de Medvedev est alléchante. Elle a tout l’air d’être une solidarité expresse. Elle est un couteau dans le dos. C’est, en effet, pour la République islamique d’Iran une tentation aussi séduisante que létale : celle de rejoindre le cercle vénéneux des puissances nucléaires.

Mais cette voie, si elle est prise, n’ajoutera aucune sécurité au peuple iranien. Au contraire, elle exposera ce dernier à l’isolement, à une intensification des tensions régionales, à des représailles à peine différées.
Et surtout, elle ne renforcera, en vérité, que la Russie, en propageant cette doctrine de l’impunité existentielle, dont il ne fait aucun doute qu’elle doit être tuée dans tous ses oeufs.

L’Iran va donc devoir, pour longtemps, assumer la légitimité du principe existentiel qu’il invoquera. Et dire de quoi elle émane. Car dans cette grammaire du monde, tout se paie — un jour ou l’autre.

C’est ce qui revient au régime de Téhéran pour sauver, beaucoup plus qu’une chimère, une nation réelle, faite de personnes honorables.

Telle est sa responsabilité à leur endroit.

La Chine ne met pas le bout
d’un seul de ses doigts
dans ce débat,
la Corée du nord ses deux mains;
Les autres puissances nucléaires : silences et distances

Fait remarquable : des puissances nucléaires comme l’Inde ou le Pakistan restent à distance stratégique de ce débat. Loin de cette rhétorique, elles n’entretiennent pas l’ambiguïté de doctrine. Leur posture est celle d’un équilibre régional contenu, malgré leurs tensions.

La Chine, impénétrable Empire du Milieu, se garde d’intervenir dans cette grammaire stratégique. Son silence n’est pas prudence : il est position, calcul, et souveraineté intacte.

En revanche, la Corée du Nord, elle, met tous ses doigts dans l’engrenage, assumant jusqu’à l’excès la dissuasion comme vecteur de chantage et de survie.

La République sous dépression

Chronique d’une guerre métamorphe

L’extrême-droite parade aujourd’hui en France. Jamais elle n’a été aussi proche du pouvoir.

Pendant ce temps, la République se replie. Le peuple est pris dans une nasse invisible, tissée d’algorithmes, de récits toxiques, et de fausses évidences.

Le système d’information — jadis rempart — a livré les esprits aux démons : division, xénophobie, nationalisme. Ce ne sont pas des idées. Ce sont des vecteurs. Des agents. Des armes.

Je parle ici de guerre métamorphe.

Une guerre sans déclaration. Sans frontières visibles. Mais où les fractures communautaires, identitaires, religieuses sont instrumentalisées. Par des mains étrangères. Par des intérêts obscurs. Par des mécanismes bien rodés.

L’antisémitisme gangrène certaines couches. L’antisionisme devient un outil. Manipulés par des extrémismes — y compris ceux d’une droite radicale israélienne — et relayés par des influenceurs bien placés. Tout cela converge vers un seul but : jeter l’opprobre sur l’islam, le confondre avec le Hamas, étouffer l’humanité de Gaza.

Et dans cette confusion, certains affirment :

« L’islamophobie n’existe pas. »

Tout est mis dans le même sac. La parole est piégée. Le discernement, interdit.

Comme dans un système dépressionnaire, les couches chaudes de colère croisent les couches froides de ressentiment, et créent des tempêtes cognitives.

Mais ces tempêtes n’émergent pas du ciel. Elles sont provoquées. Par des drones à ailes de papillon. Des programmes invisibles, conçus pour flairer les humeurs de l’opinion et déclencher la tornade au bon moment.

Et la République ? Elle chancelle. Elle ne parle plus. Elle est noyée.


Michel Rocard nous avait mis en garde dans une formule devenue mantra :

« Il faut toujours préférer l’hypothèse de la bêtise à celle du complot. C’est moins dangereux et plus fréquent. »

Mais cette phrase, tant de fois répétée, peut devenir un sommeil de la raison, un mécanisme d’autocensure. Comme si la bêtise devait être éternellement présumée… même quand l’organisation, la récurrence, la pénétration des récits laissent entrevoir une logique. Une intention. Des moyens. Des relais.

Des agents étrangers tagguent une étoile de David sur une école juive. Ou une svastika sur une permanence. On dit : n’exagérons rien. On répète : n’allons pas imaginer…

Mais s’ils savent instrumentaliser un pôle, ne sauraient-ils pas en activer d’autres ?

Après le 11 septembre, un livre grotesque — L’Effroyable imposture — prétendait que les États-Unis s’étaient attaqués eux-mêmes. La thèse était absurde. Mais elle a connu un succès. Pourquoi ? Parce qu’elle a ouvert un gouffre.

Et si le vrai complot approchait toujours masqué par un faux ? Et si le grotesque servait de paravent ? Et si le tabou n’était pas un accident, mais un verrou stratégique ?


Il faut aussi reconnaître ceci : les démocraties, comme les États intègres en général, sont désarmés face à cette guerre. Y compris cognitivement.

Ils se méfient des raccourcis. Ils préfèrent le doute à l’intuition. Ils avancent à pas comptés, là où l’ennemi se faufile, joue, saute, mime, ment. Leur éthique les ralentit. Leur attachement à la vérité les rend vulnérables. Leur refus de penser l’impensable — par crainte d’y ressembler — les empêche souvent d’en percevoir les contours.

Alors ils ont toujours, à minima, un coup de retard.


L’impuissance de la République fait peine à voir.

L’auteur de la modeste réflexion stratégique « Vulnérabilité des démocraties au temps de la mondialisation », que je n’ai pas cessé de poursuivre, ne peut s’y résoudre.

Lettre à ceux qui croient encore en la République

Et à ceux qui se sont convaincus qu’ils n’y ont plus leur place. Où il est question de plomb, d’or, de blockchain et de République

Je ne vais pas vous mentir.

Il y a des jours où je me demande ce qu’il faut faire pour réussir.

Jamais au cours de ma vie, il ne m’a semblé parler aussi juste que maintenant et être digne d’être écouté.

Jamais, il ne m’a semblé porter quelque chose d’aussi clair que ce que je porte, à travers le projet Habitat du Roi.

Cette startup synthétise toute les autres dimensions où court ma volonté, mais je dois reconnaître que tous mes efforts sont, jusqu’à présent, couronnés par le néant.

Je vous avoue que ce sentiment est très curieux.  En fait, dans la vie, on devrait s’attendre à tout, sauf, peut-être, à ce que le meilleur que l’on puisse donner, vraiment le meilleur que l’on puisse donner, ne suscite pas le moindre intérêt.

Ne me faites pas l’insulte d’objecter que je ne suis pas juge de ma propre valeur et de la manière dont elle est apprécié par le système qui ne fait plus que décerner la valeur et que je dois plier sous son joug.

Je suis du côté d’un système qui suscite et délivre la valeur, pas du côté de celui qui ne fait que la décerner, s’appauvrit et dessèche son idéal.

Ma révolte vient de là: au moment où j’ai produit mon pic de vertu, des pierres se sont abattues sur moi.

Je n’ai pas peur de dire qu’il y a un contentieux qui s’est formé entre moi et la République, à ce moment-là. Mais ma révolte ne s’est pas transformée en violence, en nihilisme, en course aux pseudos révolutions, elle s’est transformée en besoin de mieux faire, en besoin de prouver.

Et, s'il le faut, j'emploierai des moyens légaux

Je me suis toujours convaincu que rien de ce que l’on dit, même le plus maladroit des mots, ne tombe dans l’oreille d’un sourd. On essaie de le redire mieux, de sonner plus juste.

J’ai toujours pensé qu’il y avait une grande oreille, à l’extérieur, dans l’univers, mais peut-être, qu’en fait, cette grande oreille, à qui on confie l’irrésolu, le mouvement des tréfonds, l’absolu du ressac des idées et des rêves, elle est surtout à l’intérieur de soi, à l’intérieur de moi comme elle est à l’intérieur de chacun.

Je lui ai beaucoup parlé.

Car il faut que je vous avoue : en 1996, j’ai quitté une vie toute tracée parce que j’ai eu l’impression que mon peuple, c’était perdu en lui-même,  et qu’il ne parvenait pas à sortir du labyrinthe qu’il s’était lui-même construit.

J’ai cru qu’il m’appelait. Oui, j’ai cru que le Peuple m’appelait, ou, plutôt, qu’il disait à la cantonade, qu’il livrait à l’atmosphère qui  grésille jusqu’à l’assourdissement de la somme nulle de tous les bruit : y a-t-il quelqu’un qui peut nous sortir de là ?

Et j’ai fini par répondre : oui moi.

Je n’ai pas répondu en parole. Je n’ai pas dit : « oui moi ».  J’ai essayé de former un acte, d’initier, au fond comme Monsieur Jourdain pour sa prose, une organisation autonome décentralisée avant la Lettre, bien plus large que celle que je destine à votre habitat, à l’Habitat du Roi.  Chacun de mes projets qui se sont succédé a procèdé et procède toujours de cette logique et de cette volonté.

Tous mes pas, depuis ce moment, forment la dimension de cet acte, en réalisent l’arpentage et alimentent sa cohérence.

C’est probablement incompréhensible pour beaucoup, mais c’est ainsi et seulement ainsi que je me situe.

Et s’il se trouve, ici et maintenant, des personnes pour douter de l’adéquation de l’homme au projet, au projet « Habitat du roi », je veux être très clair avec elles, il n’y a que moi, à travers ce chemin qui est le mien, qui pouvait parvenir à énoncer le Droit qu’énonce Habitat du Roi, car il s’agit bien d’un droit, il n’y a que moi pour parvenir à comprendre cela.

Je le dis afin que cela, au moins, soit gravé.

Ce projet est incopiable.  Ce projet est moi, mais il est moi dans une complexité ouverte que j’accepte.

Ce projet est à la personne que je suis ce qu’elle reflète de vous et ce projet est à vous, ce qui devrait se refléter de moi ayant l’espérance de vous.

Je ne la dirais jamais vaine, cette espérance. Je ne serais donc jamais vaincu, même s’il est vrai,  après tant de pas, qu’il y a de quoi être découragé par l’indifférence, le silence, la solitude.

Je pense même que le plus courageux des hommes finirait par déposer les armes, par se rendre à cette étrange raison qui sait se dire à chacun quand il poursuit une étoile ou lève un tabou : « Pour qui tu te prends ? »

J’ai croisé beaucoup de gens qui ont dû penser plus ou moins fort « Mais pour qui il se prend ».

Des gens qui m’ont dit mais : « Vous ne croyez pas avoir raison contre tout le monde ? »

Et à qui j’ai répondu : ‘Je veux avoir raison pour tout le monde par contre tout le monde. »

Mais je ne vais pas faire le bravache. Souvent, c’est moi-même qui me suis demandé : pour qui tu te prends ? sans avoir le début d’un argument rationnel en mettre sur la balance.

Alors, je me répondais la seule réponse qui tombe d’elle-même : Je suis moi.

Je me rends compte que j’ai un peu digressé par rapport à ce que je voulais initialement dire.

Ce que je voulais dire, au moment d’entamer ce propos, c’est qu’il y a quelques années, il m’était venu à l’esprit que, quoi que je puisse faire, je ne serai pas reçu ; Quoi que je puisse apporter, ce que j’apportais ne serait pas reconnu et, pour donner l’image la plus définitive de cette impasse, j’avais pensé que si je venais avec la formule qui permet de transformer le plomb en or, que je la déposais aux pieds du peuple, il ne s’en rendrait pas compte.

Je repense à cela, ce soir, parce que je me rends compte que, d’une certaine manière, habitat du roi veut transformer le plomb en or. Il veut donner, grâce aux nouvelle technologie à l’internet de 3e génération et grâce à la blockchain,  de la valeur à ce qui n’a pas de valeur aujourd’hui.

C’est transformer le plomb en or, non ?

C’est ce gisement en déshérence qui est inexprimé parce qu’il n’a pas de valeur, et qui n’a pas de valeur parce qu’il est inexprimé. Et je me dis qu’il est temps, en responsabilité et en authentique souveraineté, que la qualité de vos aspirations dicte ce qu’elle a à dicter. La République française ne conduit-elle pas à la grandeur de l’idée du peuple.

Tous mes pas, tous mes efforts, depuis peut-être toujours, depuis le souvenir d’un enfant si difficile, si désarmé, si malheureux, se demandant ce qu’il fiche là, trouvent leur sens dans l’empreinte que ce projet tente d’apposer.

Il faut être fait d’une matière d’une rare dureté pour continuer à affronter une telle adversité. Je me suis surpris à penser que mon cœur était un diamant et que le monde s’y rayerait s’il comptait le réduire en miettes.

C’est une conviction intenable.

Un tel degré d’obstination confine à la folie. Suis-je soluble dans ce monde ? Ou bien le suis-je dans cet état du monde ? Suis-je soluble dans la République française qui m’a vu naître et grandir?

Si j’écoute ce que dit la situation, j’entends que le Peuple me dit au fond : tu es prisonnier de ton image, de la représentation que nous nous faisons de toi. Cela ne changera jamais.

Mais si je l’entends – c’est-à-dire l’interprétation du sens de son action – me dire cela, et exercer par conséquent, tout le poids de cette réalité à mon encontre, j’entends aussi qu’il est lui-même rendu à être la somme de ces mêmes assignations à résidence, déferrements de destins, formes d’oppressions et de gâchis insupportables à mes yeux.

Cela ne me convient pas.

La liberté doit aller plus loin.

Elle doit ouvrir plus grand.

 

 

 

Réapprendre à marcher pour La France Entière

De Promothée à la refondation démocratique. Je propose que le Parti Renaissance, héritier de La République en Marche, achève sa mue en devenant le parti de La France Entière.

Il semble qu’une grande partie de nos élites politiques, médiatiques et intellectuelles, arrimées au régime partisan, ont encore le « En même temps », qui constitue la marque de fabrique du Macronisme, en travers de la gorge.

Elles ont considéré la victoire de Macron en 2017, annonciatrice prématurée d’un nouveau monde, comme un vol avec effraction.

Elles ont tenu sa victoire de 2022 pour une usurpation.

Le vieux monde s’est pris pour Zeus et s’est vengé.
Il s’est vengé de Jupiter.

Le vieux monde, son clergé, ses clercs, n’ont que faire de l’intérêt de la France. Ils n’aiment que leur propre image, leur propre importance dans le jeu des représentations.

Ainsi ont-ils mis l’opinion publique à feu et, parfois, à sang, portant les idéologies à leur paroxysme, déchirant la laïcité, éloignant la République de la paix civile qu’elle porte en son cœur.

Rappelons-nous de ce que le postulat du « En même temps », c’est-à-dire l’adoption du meilleur de la gauche et du meilleur de la droite, avait de Prométhéen.
Rappelons-nous de ce que Prométhée a dû subir à cause de l’épisode de Benalla face aux black-blocs, de Mac Kinsey, du COVID, de la réforme des retraites.
Depuis des années, un aigle vient, tous les jours, lui manger un bout de foie et nous ne rendons pas compte que, ce faisant, il mange le nôtre.

Mais Prométhée n’est pas mort.

Est-ce que les marcheurs de la première heure, devenus porteurs de Renaissance, peuvent renoncer à vouloir faire entrer la France et l’Europe dans le XXIe siècle?

Est-ce que nous ne sommes pas le corps et l’âme de ce Prométhée républicain qui meurt à un endroit mais renaît à un autre, dans et par le corps du Peuple, le vrai, pas l’agglomérat des foules, des communautés et des tribus?


Nous, on va enfoncer le clou, avec un positionnement de campagne qui ne cherche pas à ratisser large, mais bien à lever profond, à renouer avec le radicalisme républicain qui n’exprime qu’une volonté, celle d’aimer le peuple entier pour le représenter pleinement.


C’est la raison pour laquelle je nous ai déposé la marque politique : La France Entière.
C’est La France entière que nous devons embrasser et ça tombe bien que nous soyons à Saint-Denis, là où reposent les siècles des rois et reines, pour redonner tout son sens au destin du peuple qui reprend les authentiques attributs de sa souveraineté, insensibles aux démagogues, aux diviseurs, aux stigmatiseurs.

La marque La France Entière est là pour enfoncer une pointe d’argent au cœur de cette politique qui vampirise les âmes et dessèche les cœurs, qui est celle que nos concitoyens détestent et rêvent de pouvoir dépasser si on leur en donne l’occasion réelle.

C’est beaucoup plus qu’un programme politique.
C’est même plus qu’un projet politique.
C’est presque un discours amoureux.
C’est une espérance que nous devons concrétiser.
C’est ce pourquoi Je marche,
C’est ce pourquoi Nous marchons.

Je marche, nous marchons pour La France entière.

Cette marque, cette bannière, cet entête, s’inscrit dans l’ADN du mouvement. Il représente la continuité logique entre les pas du marcheur, depuis son origine, et sa destination révélée qui est celle du peuple dans son entier, dans son intégrité.
Car La France Entière ce n’est rien d’autre que le peuple Un et Indivisible, pas celui de gauche, de droite, du centre, des patriotes, des souverainistes, des écologistes, des altermondialistes, pas le peuple des déchirures, des genres opposables à l’infini, des Kramer contre Kramer, pas le peuple de Paris contre celui de la périphérie, de la voiture à essence contre la voiture électrique, celui du gluten et celui du cholestérol, celui des champs et des villes, du foot ou du rugby.

Non, pas cette République qui s’invective du soir au matin, où chacun devient de plus en plus allergique à l’autre parce que des forces politiques, syndicales et sociales choisissent de fonder leur pouvoir sur la facilité à diviser, à diviser toujours plus, jusqu’à jour où ne reste que le néant de la République à diviser.
Nous ne laisserons pas faire cela. Moi, je ne le laisserai pas faire, en tout cas.

Nous sommes au service de La France Entière. Elle commence ici et elle n’a pas de limite que celle que la volonté du peuple saura susciter en nous et réveiller en elle.

Daniel CICCIA

De la mondialisation malheureuse à la démondialisation à pleurer

En rejetant, au motif que la mondialisation était malheureuse, un système imparfait mais régulé, le monde s’expose à un désordre encore plus grand, où les rapports de force dominent. Il est essentiel de repenser les mécanismes de coopération internationale pour éviter que la démondialisation ne nous plonge définitivement dans le chaos et l’injustice. La question est : avec ou sans la Chine, qui a été la grande bénéficiaire de la mondialisation malheureuse?

Depuis plus de vingt ans, l’Europe et, plus largement, l’Occident semblent engagés dans une série de rendez-vous manqués avec l’Histoire. Chaque peuple s’applique, avec un zèle déconcertant, à ne plus honorer les rendez-vous qu’il s’était fixé avec lui-même, trouvant mille prétextes à bannir un projet de civilisation fondé sur la coopération, la régulation, et la dignité humaine.
Pour les Français, cibles du terrorisme islamique, cibles de la Russie, il s’est agi de faire mentir et de renier leur goût pour l’universalisme. De démentir, comment dans les années, leur adn.

Le 11 septembre 2001 marque la fin brutale d’une certaine innocence occidentale et inaugure une période où la peur, la méfiance et le repli sécuritaire prennent le pas sur la confiance et l’ouverture.
« La fin de l’histoire » de Francis Fukuyama érigé sur les décombres du mur de Berlin rencontre les eaux froides du « Le choc des civilisations » de Samuel Huttington.

Tout ce qui, jusque-là, coulait de source cesse de couler de source.

Quelques années plus tard, en 2005, l’Europe rate un rendez-vous décisif avec elle-même : le référendum sur la Constitution européenne. La dynamique ambitieuse de construction d’une identité politique commune est stoppée net.


Une trouvaille sémantique, parfaitement traduisible en alphabet cyrillique, fait son apparition favorisant l’idée que le temps de l’Europe devait être celui l’approfondissement plutôt que celui l’élargissement.


Ironiquement, c’est le spectre caricatural du « plombier polonais » – symbole d’une peur irrationnelle que l’ouvrier français soit dépouillé par l’ouvrier polonais – qui contribue à détourner le regard des Européens de leur avenir commun.
Se pouvait-il que le plombier polonais ait pu être un agent d’influence russe ?

Vient ensuite la crise financière de 2008, fruit d’une dérégulation excessive et d’une mondialisation qui subit le procès d’être devenue incontrôlable et prédatrice. Celle-ci nourrit une critique radicale du libre-échange, le présentant comme source d’inégalités croissantes, de destruction économique locale, d’érosion culturelle et d’être antinomique avec la lutte contre le changement climatique. Ainsi se forge le concept de « mondialisation malheureuse ».

Pourtant, en rejetant radicalement ce modèle certes imparfait mais régulé, l’Europe s’est privée elle-même des outils indispensables à son influence sur l’ordre mondial. L’échec du traité TAFTA, en 2016, en est la parfaite illustration.


Vladimir Poutine n’a jamais caché qu’il considérait ce traité comme « une manifestation de l’égoïsme économique de l’Occident ». Il l’a dit, à la tribune des Nations Unies.


Ironiquement, en refusant ce projet qui aurait pu donner naissance au plus grand espace économique intégré au monde, l’Europe a involontairement favorisé les intérêts de ceux qui préfèrent une Europe divisée, fragmentée, isolée – et donc vulnérable.


Les historiens, à froid, analyseront ce qui s’est passé réellement, au-delà des représentations politiques et du ressac médiatique que cela provoque. Cela mérite un rapport clinique car il s’agira, à un moment, d’édifier notre postérité, qui doit commencer aux générations qui héritent de ce sombre et lourd fardeau que nous avons, par faiblesse, par indiscipline, parce que notre ennemi est trop fort et trop rusé, laissé se constituer.


Aujourd’hui, la situation s’est encore aggravée. Les États-Unis sous Trump ont choisi une forme de démondialisation brutale et chaotique, dominée par le protectionnisme et le rapport de force.
L’Europe, quant à elle, semble errer dans ses propres contradictions internes, affaiblie par ses choix passés.


Cette prise de conscience historique doit nous inviter aujourd’hui à lever le regard, à sortir de l’immédiateté étouffante du quotidien et à nous retrouver dans une véritable perspective historique.

Comprendre ce dont nous avons été victimes est la première étape indispensable pour élaborer une riposte réparatrice à l’heure où les nationalismes, les souverainismes et les isolationnismes se préparent à sabler le champagne. Il ne s’agit plus seulement de réagir, mais de reconstruire activement les fondations d’une coopération internationale éclairée, solidaire et juste.


Pour cesser de péricliter, il faut que les Européens embrassent maintenant leur destin européen et le rendent irrésistible.