Nessum Dorma triomphe au palais de Shéhérazade

🧠🐘 Une fable circule sur X. Au départ, je n’y ai prêté qu’un regard distrait, puis j’ai lu les commentaires qu’elle suscitait.

J’ai décidé de consacrer une réflexion à ce qui peut sembler n’être qu’anecdotique lorsque j’ai réalisé qu’en fait, le phénomène est partout et constitue un perturbateur, invisible, diffus, mais efficace, diablement directeur, de l’opinion publique sensibilisée à une connotation sourde.

C’est le bruit de fond sourd qui tapisse notre univers médiatique. On n’y prête pas spécialement attention, à la fois en raison de l’insignifiance factuelle et la variété des glues utilisés. Nous devrions. Parce que la formule de base est identique.

Tout le monde n’y trouve rien à redire. Ni le système médiatique qui finit par retrouver dans ce bruit le diapason sur lequel il vient régler, irrésistiblement, la mire de son « la », ni les partis politiques, et particulièrement, les oppositions,  à l’affût du moindre narratif leur permettant d’exister dans la démocratie.

Le sujet mérite d’être vraiment documenté, car, sous un biais ou un autre, sa répétition et sa propulsion – que quelqu’un finance -, tamponne, oblitére, méthodiquement, notre sensiblerie et nous engage, tel un troupeau,  dans un corridor d’harmoniques mentaux qui déterminera, si on suscite, dans le temps des élections des marqueurs qui stimulent ces agents dormants, des triangulations, empiriques, fatales au système démocratique.

Le conditionnement démarre là, en prédisposant la sensibilité à des polarisations si discrètes qu’elles semblent à ce point innocentes et inoffensives qu’on peut lui ouvrir son libre-arbitre sans danger.

Notre empathie pour les animaux (ce n’est pas elle que je remets en cause) constitue, d’ailleurs, une glue parfaite pour fixer, orienter, diriger les personnes qui se sont montrées hyper-sensibles à la fable racontée vers d’autres chambres d’écho et amplificateurs à opinion.

Il y a autres sujets propices, ponctuels, mais celui-là, passe-partout, peut être parfaitement instrumentalisé pour  persuader que le règne animal est plus humain que les humains eux-mêmes, ce qui, ontologiquement, est l’acceptation d’une défaite qui signe l’acceptation inexorable des autres. Certains partis politiques sont parés pour recycler.

Mais le biais, dans le flou des postures, sert un autre horizon, plus désarmant, au sens étymologique. Celui de la nation qui sauve l’Occident décadent se cristallise dans ce prisme.

Pour être plus précis, la fable dont je parle est la fable de l’éléphant dans l’avion entouré de poussins. Elle est présentée comme un vrai stratagème utilisé par les compagnies pour sécuriser le vol, le système empathique de l’éléphant, analogue à celui de l’être humain, étant présenté tel que le roi des animaux ne bouge jamais de peur d’écraser un seul poussin et ne déstabilise pas, ainsi, l’avion. Il faut comprendre là, subliminalement, et vous verrez que l’intérêt de la « fable » est là: il ne menace, lui, aucun de ses passagers.

Qu’est-ce que cette fable dit, car une fable dit toujours quelque chose pour atteindre, profondément, le subconscient et, c’est sa fonction de toujours, l’éveiller, le dresser, face à ses ennemis invisibles.

Là, elle fait le contraire. A l’échelle d’une fable, c’est un piqûre de moucheron. Mais s’il en a des milliers, des centaines de milliers. Cela devient un autre problème. Cela devient un problème d’une nature qu’il seraît irresponsable de négliger.

Pour que cet enfant vienne en aide à l’homme qu’il sera, si par malheur, ce dernier en a besoin et qu’il a oublié


Esope et La Fontaine, Grimm, Lewis Caroll, Mozart avec sa symphonie des jouets qui fait crisser, dans le tympan, le piaillement des oiseaux et le froissement du serpent à sonnettes*, participent à la méthodologie précieuse de l’éveil et du maintien de la vigilance cognitive, installée avec douceur et bienveillance dans l’esprit de l’enfant, pour que cet enfant vienne à l’aide à l’homme qu’il deviendra si, par malheur, il en a besoin et qu’il a oublié.

Si une fable ne dit pas quelque acidité au palais, si elle y est sirupeuse, ce n’est pas une vraie fable.

Nous sommes envahis, chacun étant libre de choisir le sien, sous des formes très diverses, de fables, de contes, de narratifs à dormir debouts. Quelques contes, grotesques parce que parfaitement grimmés, font suffisamment rire pour tenir éveillé. Ils n’endorment que qui veut. Chaplin savait le pouvoir du rire.

Dans les vraies fables — les anciennes — le langage clignote, ruse, désarçonne.
Chez Carroll, l’absurde est une alarme masquée.
Mozart, dans sa Symphonie des jouets, fait crisser la lucidité, grâce à deux sons qui résonnent dans la mémoire archaïque, dans le creux des oreilles enfantines.
Tout est jeu, mais tout y prépare à résister.

Une fable qui dit la sagesse de l’éléphant de l’Antonov – A124  à peau de requin et arête fractale

Le point de rencontre des contes à dormir debout, lorsqu’ils ont fini de déployer leur charme, leur convergence de lutte intestine, en quelque sorte, est le pacifisme béat qui finit dans les rues de Rome, aujourd’hui ou hier ou demain, par une foule conspuant la douce Georgia Meloni, demain  Keir Starmer au Royaume-Uni (Puissance dotée), en France (les carottes, ou les retraites, ou les deux, sont déjà cuites, semble-t-il) d’avoir souscrit les efforts demandés par « Daddy » à chaque pays au titre de notre défense commune.

Boooh, la vilaine!

Boooh, le vil Karmer qui livre les jeunes filles anglaises aux gangs pakistanais, l’hôpital et l’école à la charité budgétaire, et déshérite l’ensemble pour habiller l’Otan.

La petite musique qui s’infiltre par tous les pores que l’épiderme tendre de nos démocraties offre à notre ennemi y résonne par ces voix qui disent la sagesse de l’éléphant rose dans l’Antonov – An124 à peau de requin et arête fractale qui sillone, furtif comme une carpe, les eaux profondes, glacées et endormies de nos démocraties, comme je le crains dans toutes les autres profondeurs où son gigantesque appareil a pu, sous un jour ou un autre, s’engouffrer et opérer le calcul de son emprise.

Tout n’est pas tant politique qu’articulation de fables, dit sans connotation péjorative.

Il n’en faut pour preuve -autant donner le mot de la fin à une authentique créature de rêve, n’est-il pas? – que ce à quoi est suspendu le sort de Shéhérazade dans « Le Conte des mille et une nuits ».

Mais bien sûr, sous ses voiles transparents et aériens — que notre imagination l’habille comme d’un mythique parfum n°5 — Shéhérazade assume une fonction vitale. Et c’est pour cela que cette jeune fille, innocente, est choisie pour inventer et renouveler le récit. Pour coller indéfectiblement au Réel, car le Réel est la couronne du roi. Ce n’est qu’en apparence que c’est un ennui à tromper: c’est le pouvoir qui est en jeu dans le jeu du récit.

C’est l’éveil de l’esprit du roi dont Shéhérazade a, strictement, la charge. Il ne faut pas qu’il s’endorme, dans la volupté des caresses ou des draps.


Ce qu’il faut donc détailler, dans les plis du voile du conte, c’est l’injonction à demeurer éveillé. Au début, je pensais que le phantasme érotique était un paravant.

Mais, l’imbrication hélicoïdale est autrement plus justifiée. L’ondulation érotique n’est aucunement distractive ou ornementale. Elle dit avec une subtile volupté, que  la vie du Roi tient au fil ténu de l’éveil de tous ses sens et, en premier, de son sens cognitif.

Il se nourrit d’histoire, non pour se distraire, mais pour maintenir et reconnaître, donc, la vie en lui et toujours détromper l’imitation la plus parfaite et accomplie que porte l’autre fable.

De fait, dans le contexte des Mille et Une Nuits, Eros, expression de la vie, est croisé avec Thanatos, expression de la mort, et ensemble, dans ce tissage sublime, inscrit dans le Saint des Saints du subconscient, ils récitent ensemble:

Roi, il ne faut pas dormir. Peuple, il ne faut pas dormir.


Ce à quoi, dans l’Opéra, Nessum Dorma, fait un écho triomphal.

Nessum Dorma au pays de Sheherazade.

Celui qui dit ce qu’il dit

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*Il y en a tant, dans des champs si variés qui vont de Chaplin à Saint-Saens, à Tchaïvkosky, de Dysney à Marvel, – en passant leurs équivalents que je ne connais pas – qui ont dressé les fables pour faire déborder leur grâce enfantine hors de leur langage initial vers celui de la grâce et du mouvement. Ils doivent, dans toutes les langues, être remerciés. Ils permettent que se sauve le monde. Ouïr. Voir. Parler.

Kerbala doit être nulle part

Passer de « Kerbala is everywhere » à « Kerbala is nowhere » : déjouer l’instrumentalisation historique. Ne donnons pas à l’ayatollah Khamenei l’occasion de réaliser le coup parfait pour complaire aux calculs de Netanyahu, car lui aussi en fait un qui est loin d’être neutre.

Les tensions géopolitiques autour du dossier nucléaire iranien franchissent aujourd’hui un nouveau seuil critique, avec une radicalisation marquée de l’administration Trump, prête à engager directement les États-Unis aux côtés d’Israël face au régime des mollahs à Téhéran. Cette situation, déjà volatile, menace d’entraîner une escalade incontrôlable pouvant dépasser les frontières du Moyen-Orient.

En 2016, dans une réflexion stratégique intitulée « Vulnérabilité des démocraties à l’âge de la mondialisation », j’avais souligné comment une psyop conjointe orchestrée par la Russie de Poutine, utilisant la palette des nationalismes et des souverainismes en Europe, et l’Iran de Khamenei, instrumentalisaient idéologiquement la question palestinienne. Cette dernière était ainsi formatée pour nourrir diverses « révolutions » (anticapitalistes, altermondialistes, écologistes), cristallisant toutes les dimensions de l’injustice occidentale et des ressentiments anti-coloniaux comme levier stratégique. Pour l’avoir portée, je ne peux être suspect d’aucune sympathie envers ces régimes autoritaires et manipulateurs.

Dans cette crise, il est vraiment impératif de rappeler un élément central, souvent négligé dans les calculs géostratégiques occidentaux : la profondeur symbolique et émotionnelle du chiisme, structuré autour de la martyrologie et d’un ressentiment historique profondément enraciné face au sunnisme. Au cœur de cette sensibilité historique se trouve la bataille de Kerbala (680), où l’imam Hussein, petit-fils du prophète Mahomet, fut tué par les troupes sunnites du calife Yazid. Cet événement tragique constitue, depuis, le noyau spirituel et politique du chiisme, incarnant à la fois l’oppression, le martyr et la nécessité éternelle de la résistance face à l’injustice.

Or, les Etats terroristes
doivent mourir
de leur plus belle mort,
sans faire l’objet
d’un culte
ou d’une réminiscence
quelconques.

Le régime de la République Islamique d’Iran, depuis sa fondation en 1979, a constamment mobilisé cette mémoire collective, cultivant une conscience victimaire qui peut être activée stratégiquement en cas d’agression extérieure. L’Iran a certes récemment cherché une certaine normalisation diplomatique avec l’Arabie Saoudite sous l’égide de la Chine, mais cela ne doit pas faire oublier que, pendant des décennies, Téhéran proclamait avec force « Kerbala is everywhere », vouant le Royaume Saoudien à la damnation et plaçant le martyr au cœur de son identité politique et religieuse.

Pourtant, il est essentiel de passer d’une emprise dans l’inconscient collectif qui scande « Kerbala is everywhere » à un constat lucide : « Kerbala must be nowhere », révélant ainsi que l’évocation permanente de ce martyr est un instrument conscient et délibéré de manipulation historique par la Révolution Islamique d’Iran. Cette dernière, tout en se rapprochant opportunément de l’Arabie Saoudite, masque son jeu par une instrumentalisation habile du conflit israélo-palestinien, espérant ainsi coaliser la Oumma (communauté musulmane mondiale). Ne lui donnons pas l’occasion de réaliser le coup parfait pour complaire aux calculs de Netanyahu, dont la stratégie est loin d’être neutre et elle aussi porte des arrière-pensées dangereuses.
Tout le monde y perdrait.

Aujourd’hui, les déclarations agressives de Donald Trump évoquant explicitement la possibilité d’éliminer physiquement le guide suprême iranien Ali Khamenei, bien que tentantes sur le plan tactique, seraient catastrophiques à long terme. Car un acte aussi brutal ne ferait qu’incarner davantage Kerbala dans le présent. La mort violente du leader spirituel suprême iranien, loin de décourager ses soutiens, risquerait de le sanctifier comme martyr, galvanisant les forces chiites bien au-delà de l’Iran, et enracinant une haine plus profonde et plus durable contre l’Occident.

L’Iran pourrait sombrer dans une instabilité politique profonde, certes, mais son idéologie de résistance et de revanche historique se répandrait, telle une onde de choc, alimentant de nouvelles générations prêtes à prolonger un conflit sans fin. La Révolution Islamique d’Iran n’hésiterait pas, même au-delà des dégâts militaires et civils qu’elle pourrait subir ou faire subir à ses ennemis, à exploiter pleinement ce potentiel martyrisant qu’elle a minutieusement cultivé.
Or, les Etats terroristes nous doivent ce service de mourir de leur plus belle mort, sans faire l’objet d’un culte ou d’une réminiscence quelconques.

Les récentes mobilisations dans les universités occidentales, conjuguant des mouvements anticapitalistes, altermondialistes et écologistes, jusqu’à associer des figures telles que Greta Thunberg et Rima Hassan dans des happenings pro-Gaza, montrent comment l’Iran a réussi à infiltrer subtilement les imaginaires politiques et sociaux occidentaux dont l’agitation et la bordélisation ce qui ne passe pas par pertes et profits pour tout le monde puisque cela sert, au passage, les partis politiques alliés de Poutine, en leur mâchant leur rhétorique, dans la stratégie de faire éclater l’Union Européenne.

L’Occident doit donc mesurer soigneusement ses actions et ses mots. Si la neutralisation de la menace nucléaire iranienne est légitime, elle doit se faire par des stratégies plus intelligentes que le recours à la violence immédiate. Ne jouons pas inconsciemment le scénario écrit il y a plus de mille ans sur les sables de Kerbala.

Il est impératif, aujourd’hui plus que jamais, d’éviter que l’histoire du martyr ne se répète. Car une fois réveillé, le martyr ne meurt jamais. Il vit éternellement, alimentant un cycle sans fin de ressentiment et de vengeance.

Soyons vigilants. Kerbala pourrait bien résonner encore, aujourd’hui et demain, avec des conséquences incalculables pour notre monde déjà fragilisé.

#LeCID

La République sous dépression

Chronique d’une guerre métamorphe

L’extrême-droite parade aujourd’hui en France. Jamais elle n’a été aussi proche du pouvoir.

Pendant ce temps, la République se replie. Le peuple est pris dans une nasse invisible, tissée d’algorithmes, de récits toxiques, et de fausses évidences.

Le système d’information — jadis rempart — a livré les esprits aux démons : division, xénophobie, nationalisme. Ce ne sont pas des idées. Ce sont des vecteurs. Des agents. Des armes.

Je parle ici de guerre métamorphe.

Une guerre sans déclaration. Sans frontières visibles. Mais où les fractures communautaires, identitaires, religieuses sont instrumentalisées. Par des mains étrangères. Par des intérêts obscurs. Par des mécanismes bien rodés.

L’antisémitisme gangrène certaines couches. L’antisionisme devient un outil. Manipulés par des extrémismes — y compris ceux d’une droite radicale israélienne — et relayés par des influenceurs bien placés. Tout cela converge vers un seul but : jeter l’opprobre sur l’islam, le confondre avec le Hamas, étouffer l’humanité de Gaza.

Et dans cette confusion, certains affirment :

« L’islamophobie n’existe pas. »

Tout est mis dans le même sac. La parole est piégée. Le discernement, interdit.

Comme dans un système dépressionnaire, les couches chaudes de colère croisent les couches froides de ressentiment, et créent des tempêtes cognitives.

Mais ces tempêtes n’émergent pas du ciel. Elles sont provoquées. Par des drones à ailes de papillon. Des programmes invisibles, conçus pour flairer les humeurs de l’opinion et déclencher la tornade au bon moment.

Et la République ? Elle chancelle. Elle ne parle plus. Elle est noyée.


Michel Rocard nous avait mis en garde dans une formule devenue mantra :

« Il faut toujours préférer l’hypothèse de la bêtise à celle du complot. C’est moins dangereux et plus fréquent. »

Mais cette phrase, tant de fois répétée, peut devenir un sommeil de la raison, un mécanisme d’autocensure. Comme si la bêtise devait être éternellement présumée… même quand l’organisation, la récurrence, la pénétration des récits laissent entrevoir une logique. Une intention. Des moyens. Des relais.

Des agents étrangers tagguent une étoile de David sur une école juive. Ou une svastika sur une permanence. On dit : n’exagérons rien. On répète : n’allons pas imaginer…

Mais s’ils savent instrumentaliser un pôle, ne sauraient-ils pas en activer d’autres ?

Après le 11 septembre, un livre grotesque — L’Effroyable imposture — prétendait que les États-Unis s’étaient attaqués eux-mêmes. La thèse était absurde. Mais elle a connu un succès. Pourquoi ? Parce qu’elle a ouvert un gouffre.

Et si le vrai complot approchait toujours masqué par un faux ? Et si le grotesque servait de paravent ? Et si le tabou n’était pas un accident, mais un verrou stratégique ?


Il faut aussi reconnaître ceci : les démocraties, comme les États intègres en général, sont désarmés face à cette guerre. Y compris cognitivement.

Ils se méfient des raccourcis. Ils préfèrent le doute à l’intuition. Ils avancent à pas comptés, là où l’ennemi se faufile, joue, saute, mime, ment. Leur éthique les ralentit. Leur attachement à la vérité les rend vulnérables. Leur refus de penser l’impensable — par crainte d’y ressembler — les empêche souvent d’en percevoir les contours.

Alors ils ont toujours, à minima, un coup de retard.


L’impuissance de la République fait peine à voir.

L’auteur de la modeste réflexion stratégique « Vulnérabilité des démocraties au temps de la mondialisation », que je n’ai pas cessé de poursuivre, ne peut s’y résoudre.

Justice sous pression : le piège dialectique qui se referme sur la République

Avant toute chose, il est impératif de combattre cette affirmation initiale, présentée comme une évidence par certains à dessein : celle selon laquelle la justice, en France, serait « laxiste ». Ce prolégomène est faux. Acceptable, à la faveur d’un prisme médiatique et sous l’effet de manipulations délibérées, en termes de ressenti individuel ou collectif, il n’en reste pas moins factuellement infondé.

Or, poser une prémisse fausse à l’origine du débat, c’est piéger l’ensemble de la discussion qui en découle, et compromettre, dès l’origine, la possibilité même d’une réflexion démocratique authentique. Ce piège cognitif doit être identifié, combattu et déconstruit pour éviter que la République ne soit enfermée dans un faux dilemme où elle perdrait à tous les coups.

Dans la nuit du 31 mai au 1er juin 2025, le sacre du PSG a été éclipsé par une vague de violences urbaines. Près de 500 personnes ont été interpellées, traduites devant la justice. Les premières décisions, parfois assorties de sursis, ont été aussitôt qualifiées d’indulgentes. Immédiatement, un appel au « durcissement » s’est propagé comme une onde réflexe dans les rangs politiques et médiatiques. La machine s’est emballée.

La pression « sécuritaire » sur la justice atteint désormais un seuil critique. Un consensus émerge pour dénoncer une justice devenue « hors-sol », accusée de ne pas comprendre le peuple. Dans cet emballement émotionnel, c’est la République elle-même qui s’expose à un piège dialectique.

Marine Le Pen, pour l’extrême-droite, s’engouffre méthodiquement dans cette brèche :

« En octobre dernier, j’appelais le Gouvernement à mettre en place des peines planchers et la double peine… Aujourd’hui, s’ils ont changé d’avis, je propose que ces mesures soient soumises au vote. »

Ce retournement scénarisé fait passer l’idée que la République se serait réveillée trop tard, que ses gouvernements successifs l’ont rendue hors-sol et impuissante, et que l’extrême-droite aurait eu raison avant tout le monde. Le piège se referme : celui d’une démocratie qui se laisse dicter sa politique pénale par la peur, et ses choix constitutionnels par l’hystérisation du débat.

Hier, en réponse à ceux qui réclament « plus de sévérité » pour contenir l’extrême-droite, j’ai tenu à rappeler ceci :

« Si vous répétez à l’envi que la justice est laxiste — ce que recherchent précisément ceux qui manipulent les bandes et bombardent l’opinion alors vous nourrissez l’extrême-droite qui exploite ce phénomène comme pain béni.
La dialectique des événements, dans la centrifugeuse des médias, piège la République en donnant le sentiment qu’elle est impuissante.
Un effet de stress psychique s’empare du réel pour le soumettre à la peur.
Ce sentiment, il faut l’inoculer, l’amplifier, pour désarmer l’État de droit, dénaturer et terrasser la République.
C’est cela qui se passe.
C’est cela, l’enjeu réel. »

Je vois clairement un piège dialectique, silencieux mais redoutablement efficace, se refermer sur la République. Une manipulation cognitive – désolé, il n’y a que ce mot pour dire la nature du piège,n s’insinue, laissant croire que la solution serait dans un durcissement aveugle, au mépris même des fondements de l’État de droit.

Cela n’interroge donc personne, cette route qui semble s’ouvrir toute seule vers le pouvoir, sans effort, sans contradiction ? Si ce sont les idées qui gagnent, alors c’est bien la démocratie à l’œuvre. Mais si ce sont les nerfs qui cèdent, et les médias qui tracent la voie sous la pression, alors ce n’est plus le suffrage qui gouverne, mais le conditionnement.

Je l’affirme clairement : si cette ascension politique est le fruit d’une stratégie étrangère, d’un pourrissement méthodique du débat public, par la Russie, au profit de partis amis, alors c’est un acte de guerre contre la démocratie. Une guerre cognitive. Notre fragmentation partisane actuelle, si fière de ses nuances, nous rend pourtant totalement impuissants face à cette offensive.

On en est, aujourd’hui, à réclamer l’ouverture d’une commission d’enquête. Sénatoriale, je l’espère, ai-je répondu avec ironie, afin de ne surtout pas regarder au-delà de son nez. Une commission d’enquête pour se rassurer en restant enfermée dans le seul prisme sécuritaire. Mais pourquoi s’interdire, dans le contexte, d’autres perspectives, d’autres questionnements ?

Rappelons-nous précisément ce qui s’est produit lors de la finale de la Ligue des Champions en 2022, initialement prévue à Saint-Pétersbourg mais finalement déplacée à Paris en représailles au déclenchement de la guerre en Ukraine. Ce soir-là déjà, Paris avait subi un déferlement inexplicable de violence et de casseurs organisés, semant le chaos et laissant perplexes tous les observateurs attentifs.

Ce précédent doit impérativement nous interroger au-delà du seul prisme sécuritaire immédiat. Si nous prenons de la hauteur, si nous considérons froidement la logique stratégique et existentielle de Vladimir Poutine et de la Russie actuelle, nous devons nous demander clairement : à qui profite ce désordre méthodiquement répété ?

Les partis qui représentent la Nation, dans leurs chambres respectives (le Sénat et l’Assemblée Nationale), doivent se saisir lucidement de cet enjeu et sortir du confort intellectuel et partisan qui consiste à ne considérer que ce qui semble immédiatement évident ou utile électoralement. Ne tombons pas dans ce piège trop facile qui consiste à exploiter politiquement la peur et le désordre. Car il s’agit là, précisément, d’un cadeau offert sur un plateau à ceux qui bénéficient du spetaclme du chaos, dont je crains qu’il soit monté de toutes pièces, pour affaiblir durablement notre démocratie.

A cette aune, l’indépendance de la justice n’est pas une simple figure de style. Elle n’est pas négociable. Elle est la condition sine qua non de l’État de droit. Oui, certains jugements peuvent sembler discutables ; c’est la nature humaine. Mais l’institution judiciaire elle-même mérite respect et protection. Car la tentation du populisme pénal, avec son cortège de « peines planchers », de suppression du sursis, et même de propositions délirantes (réinventer Cayenne à Saint-Pierre-et-Miquelon), ne relève pas de la justice, mais de l’agitation et de la plus vaine des surenchère.

Il n’y a pas de République possible si le droit qui l’anime est soumis à la peur. La peur est mauvaise conseillère. Elle confond la foule avec le peuple, le sentiment avec le droit, la colère avec la légitimité.

Je constate que le doute s’empare désormais ouvertement de la Nation. Il transparaît dans les discours, dans les projets de modifications constitutionnelles, dans la facilité avec laquelle l’hystérie sécuritaire devient le cheval de Troie d’un démantèlement subtil de l’ordre républicain.

Mais la République ne doit pas céder à ce vertige.
Elle doit tenir bon. Tenir juste. Tenir debout.

Victoire, désordre et desseins obscurs – Ce que la nuit du PSG révèle

La victoire du PSG, ce 31 mai 2025, censée être un moment de liesse populaire, a de nouveau été marquée par des scènes de violence urbaine. Ce type d’événement, devenu presque rituel, ne donne plus lieu à la stupéfaction mais à une mécanique désormais bien huilée : celle de l’instrumentalisation politique.

Comme à chaque épisode, l’extrême-droite s’engouffre dans les images d’émeutes pour renforcer son récit préféré : celui d’une infiltration des banlieues par le Qatar, via le PSG et le soft power du sport, dans une logique d’islamisation rampante.

Le sous-entendu n’est plus voilé.
Il se propage désormais à visage découvert, à l’air libre, comme une vérité qui n’aurait plus besoin ni de preuve, ni de contradiction.
Il s’installe dans les esprits à force d’être répété, jusqu’à devenir un réflexe politique, un réflexe médiatique, un réflexe social.

Et ce récit, autrefois marginal, prospère aujourd’hui.
Pourquoi ? Parce qu’il est :


– validé par certains universitaires ou figures médiatiques,
– relayé avec constance par la droite et l’extrême-droite,
– et entériné par l’absurde, presque dialectiquement, par une extrême-gauche qui, sous sa posture critique, partage parfois une connivence objective — consciente ou non — avec ce discours.

Le débat se referme. Toute tentative de proposer une autre hypothèse, d’explorer une forme de recul et de lucidité, est aussitôt disqualifiée comme « complotiste ».

Un précédent: Paris 2022, miroir du chaos

Ce n’est pas la première fois que le sport devient le révélateur, ou le prétexte, d’un trouble profond de l’opinion publique.

En 2022, la finale de la Ligue des Champions — initialement prévue à Saint-Pétersbourg — fut relocalisée à Paris en raison de l’agression militaire de la Russie contre l’Ukraine.
Or cette soirée fut, elle aussi, marquée par des scènes de désordre, d’envahissements, d’agressions, de chaos.

La presse internationale titra alors sur le “déferlement des barbares”, pointant déjà les “quartiers”, “la banlieue”, “les failles de l’ordre public français.”
L’effet politique fut immédiat : les extrêmes gagnèrent du terrain, sur une base d’indignation aussi émotionnelle que stratégiquement exploitée.

Il est frappant de constater la répétition quasi à l’identique du phénomène :
un événement planétaire → des incidents prévisibles → une couverture médiatique saturée → une polarisation politique maximale.

La Russie veut la peau de la République française. Il faut garder cela à l’esprit.

Qui manipule cette répétition ?
Qui sait l’exploiter ?
Le hasard sait-il tirer tout seul de telles ficelles ?

Au cœur de cette mécanique, le système d’information, censé éclairer l’opinion, ne protège plus rien.
Il diffuse le choc, mais refuse l’analyse.
Il livre l’émotion brute, mais évacue les causes structurelles.
Il ne questionne pas les récits dominants — il les relaie, les redouble, les recycle, zhreuse de l’illusion de pouvoir que les « événements » produisent.

Ce n’est plus un contre-pouvoir : c’est un amplificateur de fragmentation.

Nous subissons un bombardement cognitif, permanent, diffus, insidieux.
Une guerre de l’attention, livrée au nom de l’actualité.

Et ceux qui s’en nourrissent n’ont pas besoin d’être subtils : ils attendent que l’effet de saturation produise mécaniquement ses fruits.


À chaque nouvelle flambée, les mêmes partis gagnent des points.
Toujours les mêmes : pro-russes, anti-européens, souverainistes autoritaires.

Le hasard peut-il, à lui seul, faire preuve d’autant de cohérence stratégique ?

Poutine peut-il avoir le même sourire que celui de La Joconde?

Trump, en homme lige qui a imposé l’idée d’un deep state au sein de la démocratieceuropéenne pour embrasser celui qui oeuvre dans dans les profondeurs du Kremlin, provoque, sans le vouloir un retour aux racines.

Il n’est pas le guide.
Il est l’instrument passager, bientôt oublié, de cette force plus ancienne qu’il réveille sans le vouloir :
le retour des peuples vers la matrice première de la Liberté.

Et ce mouvement — profond, archaïque, souterrain — ne dépend d’aucun homme providentiel.
Il appartient à l’Histoire des peuples souverains et intègres.

Il n’y a pas de Liberté sans souveraineté.
Il n’y a pas de souveraineté sans lucidité.
Il n’y a pas de lucidité sans intelligence.