Le Peuple comme miracle — L’intime conviction face à l’endogarchie et à la guerre cognitive (III)

Troisième chapitre de ma réflexion sur l’enjeu de la souveraineté du peuple et les observations sur le destin des démocraties qui se doivent de prendre à bras le corps la manière de faire vivre le débat public.  La République Française – parce qu’elle est ce qu’elle est – se doit d’être celle qui a quelque chose d’essentiel à dire au monde en temps particulier. Cela n’a rien de messianique. C’est toujours pour et à partir de l’acuité insoupçonnée de son peuple que cela émane.

Les temps que nous vivons sont saturés de paroles, mais pauvres en jugement.
Chacun commente, réagit, s’indigne — rarement pour comprendre, presque jamais pour discerner.
L’information circule plus vite que la pensée, et les opinions se multiplient sans passer par la raison.
Dans cette agitation permanente, la démocratie a perdu quelque chose de précieux : le moment du recueillement.
Ce bref instant où le citoyen se tait pour écouter sa conscience avant de décider.

I. Le silence du délibéré

Avant qu’un verdict ne soit rendu dans une affaire criminelle, la Justice française suspend le temps.
Le président de la cour d’assises lit aux jurés l’article 353 du Code de procédure pénale :

> « Interrogez-vous dans le silence et le recueillement ;
cherchez, dans la sincérité de votre conscience, quelle impression ont faite sur votre raison les preuves rapportées contre l’accusé et les moyens de sa défense.
La loi ne vous fait qu’une seule question,
qui renferme toute la mesure de vos devoirs :
Avez-vous une intime conviction ? »


Ce moment solennel, d’une densité presque liturgique, rappelle à dix citoyens choisis au hasard qu’ils sont, le temps d’un délibéré, la conscience de la République et qu’ils exercent son jugement.
Ils n’incarnent pas une opinion ; ils incarnent la Nation, dans sa faculté la plus noble : juger selon la vérité perçue, et non selon la rumeur.

Or, ce que la Justice sait encore accomplir dans ses affaires capitales, la démocratie ne sait plus le faire dans ses décisions vitales.
Elle a perdu le sens du silence avant le choix, le respect du doute, la gravité du discernement.

II. L’isoloir, sanctuaire du libre arbitre

La démocratie, soulevée et parfois malmenée par tant de leviers d’opinion a perdu le sens de l’isoloir.

L’isoloir existe pourtant matériellement : c’est le passage obligé et réglementaire, un espace clos de toile ou de bois, dont la loi garantit l’inviolabilité.
Il fut conçu pour protéger l’acte de vote de toute pression extérieure — pour que chaque citoyen puisse, dans le secret absolu de sa conscience, exercer sa part de souveraineté.
Là, nul témoin, nul parti, nul clan : seulement un homme, un bulletin, et le silence.

Mais le citoyen qui y pénètre aujourd’hui est déjà conditionné.
Son jugement a été travaillé, modelé, parfois brisé par la rumeur, la dispute, la propagande et la désorientation politique.
L’isoloir ne suffit plus à garantir la liberté s’il n’est plus habité par le libre arbitre. Son libre arbitre a subi le sort des immeubles vendus à la découpe.

La souveraineté dont le peuple se réclame est alors mise en lambeaux avant même d’être exprimée.
Le geste subsiste, mais il n’est plus porteur de la même conscience.
Nous votons encore, mais nous ne délibérons plus.
La République garde le rituel, mais elle a perdu le recueillement.

Et pourtant, la souveraineté populaire devrait être le reflet agrandi de ce délibéré judiciaire :
un grand examen collectif de la conscience nationale.
La démocratie véritable n’est pas le tumulte des opinions,
mais la construction lente d’un jugement partagé.

III. Le bruit contre le silence

Dans la salle des délibérés, le monde s’efface.
Les jurés ne consultent pas les réseaux, ne lisent pas les sondages : ils affrontent la vérité nue.
Cette distance, ce retrait, cette ascèse du jugement — voilà ce que nos démocraties ont perdu.

Le citoyen moderne vit dans un brouhaha d’informations, d’alertes, de discours simultanés.
Son attention est dispersée, son jugement affaibli.
La saturation cognitive a remplacé le recueillement civique.
Le peuple n’est plus invité à penser, mais sommé de réagir.

L’endogarchie prospère sur ce vacarme : système clos, auto-référentiel,
où le politique, le médiatique et l’économique se nourrissent mutuellement du désordre qu’ils prétendent corriger.
C’est une République d’apparence : vivante en surface, mais vide de centre.
Une démocratie sans silence est une démocratie sans conscience.

IV. Quand la Russie souffle sur la fatigue du discernement

Cette fatigue serait seulement tragique si elle n’était pas exploitée.
Mais elle l’est — méthodiquement, cyniquement — par ceux qui ont compris que désorienter la perception du réel, c’est déjà conquérir sans tirer. L’idéologie est parfaite pour accomplir cela.

Depuis plusieurs décennies, dans temps qui est le sien, la Russie mène une guerre d’un genre nouveau : une guerre de corrosion du discernement.
Elle ne cherche pas seulement à vaincre militairement, mais à affaiblir la faculté de juger des peuples libres.
Ses armes sont les symboles détournés, les récits inversés, les contre-vérités amplifiées.

Les tags sur les mémoriaux, les campagnes d’inversion accusatoire, la promotion du “souverainisme” comme mot d’ordre d’affaiblissement européen, la glorification de la brutalité sous couvert de “valeurs traditionnelles”, la manipulation de l’instinct raciste et xénophobe :
tout concourt à troubler le rapport entre le vrai et le faux, le juste et l’injuste.

La Russie ne cherche pas des partisans : elle fabrique du doute.
Et ce doute, multiplié par les algorithmes, les micro-influences et la paresse des esprits,
devient un instrument stratégique.
Les démocraties ne s’effondrent pas — elles se dissolvent dans le soupçon.

V. La République Française porte en elle la portée d’une parole historique

La République française se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins.
Pièce maîtresse de la construction européenne, elle concentre les tensions du vieux continent : sociales, politiques, culturelles, géopolitiques.
Si elle vacille, c’est l’équilibre européen tout entier qui s’effondre.

Mais elle porte aussi une mémoire singulière — une promesse.
Car c’est d’elle qu’est venue, il y a plus de deux siècles, la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.
Ce texte, qui a donné à l’humanité la conscience universelle de sa dignité,
demeure le socle invisible de l’ordre démocratique mondial.
La France, qu’elle le veuille ou non, a déjà parlé au nom de tous — et cette parole continue d’obliger.

Il n’est donc pas étonnant que, dans le tumulte actuel de la guerre cognitive, ce soit en elle que la résonance démocratique mondiale se fasse la plus sensible.
Les secousses du monde atteignent plus fort ce peuple qui a jadis nommé la liberté, l’égalité, la fraternité.
Mais cette épreuve n’est pas une malédiction : c’est un rappel.

Cela oblige.
Cela oblige le peuple français à se souvenir de ce qu’il a déjà donné à l’Histoire :
une vision de l’homme libre et responsable.
Et parce qu’il a su, en des temps plus sombres encore, inventer le langage de l’universel, il lui revient, une fois encore, de dire ce que ses ennemis n’attendent pas – et que lui-même n’ose plus attendre de lui :
une parole de clarté, de mesure, de courage moral, pour désigner la voie de sortie de ce temps troublé.

> La France ne sauvera pas le monde par la force, mais par la lucidité. La République Française porte en elle la portée d’une parole historique.
Et peut-être est-ce là, dans le tumulte de ce siècle saturé de mensonges, que se joue son véritable destin : non pas régner, mais éclairer.

VI. L’intime conviction du peuple

Comme les jurés dans la salle des délibérés,
la Nation doit, à présent, s’interroger dans le silence et le recueillement :

> « Quelle impression ont faite sur notre raison les preuves rapportées contre nous –
et les moyens de notre défense ? »

Cette question n’appelle pas de slogan, mais une prise de conscience.
Car c’est dans cet examen que se jouera la survie du modèle républicain et européen.

L’intime conviction du peuple – c’est la souveraineté retrouvée.
Non pas celle des foules bruyantes, mais celle des consciences éveillées.
Non pas le vacarme de la colère, mais le murmure de la vérité perçue.

Et si la France, une fois encore, sait transformer cette épreuve en lucidité,
alors, face à la guerre du mensonge,
elle redeviendra ce qu’elle fut au cœur des ténèbres :

> l’héritière parfaite des Lumières.

VII. Sous un ciel bas et lourd

Certes, la Russie nous met à l’épreuve, avec toute la brutalité dont, sous l’emprise de Vladimir Poutine, elle est capable.
Elle nous force à surmonter nos disputes, nos peurs, nos fatigues, les fantasmes qu’elle a su faire naître dans les cœurs.
Elle ne nous croit pas capables de soulever cette chape de plomb qu’avait si bien décrite Baudelaire,
ce « ciel bas et lourd pesant comme un couvercle » sur nos âmes lassées.

Mais l’enjeu dépasse de loin le ridicule calcul sur lequel mise le maître du Kremlin.
Car à travers le sort de la démocratie française, c’est la nature même de ce qu’est une démocratie — dans son caractère, sa vitalité, sa capacité d’équilibre — qui se joue.
C’est de savoir de quoi elle se nourrit pour croître sans se trahir, pour juger sans se diviser, pour affirmer sa liberté sans perdre sa mesure.

Nous touchons là au nœud de l’histoire :
au-delà du défi lancé par la Russie, une autre compétition, avec une Chine par exemple qui entame sa méramorphose ou encore avec les pays du Moyen-Orient s’est ouverte — plus pacifique, plus souterraine —
entre des régimes dits autoritaires, qui, à tort ou à raison, ne placent pas leur confiance absolue dans la raison du peuple
et prétendent le protéger de lui-même,
et des démocraties, qui continuent de croire que la liberté intérieure vaut les risques de la liberté politique.

Soyons objectifs! Le spectacle que donnent d’elles-mêmes les démocraties leur donnent-ils tort, aujourd’hui?

Il est temps de montrer à ces régimes —
qui ne sont pas nécessairement moins intègres que nous, mais peut-être plus méfiants —
que la liberté du peuple est un gisement de bonnes surprises, qu’elle ne conduit pas toujours à la démesure, mais parfois à la sagesse, qu’elle peut faire naître le courage, la générosité et l’espérance.

Si la France parvient à le prouver, alors le destin du monde pourrait s’en trouver changé.
Le temps d’une grande paix s’ouvrirait,
celle où les peuples apprendraient à gouverner non plus par la peur,
mais par la confiance dans leur propre discernement.

Tel est l’enjeu. Le Peuple comme miracle.

🏛️ Résolution anti-Algérie : le président Macron dans la ligne de mire

D’une manière générale, toutes les institutions françaises se trouvent aujourd’hui sous la pression des deux pôles de l’actualité : la tension politique et la tension médiatique. Le Sénat, à travers sa commission culturelle, met en cause la chaîne publique dans l’affaire du col du Louvre ; l’Assemblée nationale, quant à elle, s’arroge le droit d’orienter la diplomatie du pays en votant une résolution contre l’accord franco-algérien de 1968. Il se dégage de cet ensemble une atmosphère de crise permanente et globale, où chaque pouvoir semble sommé de s’opposer à l’autre. Mais sur l’affaire du traité France-Algérie, la gravité franchit un seuil : c’est le président de la République lui-même qui se retrouve mis sur la sellette, dans des conditions qui ne sont ni acceptables au regard de la Constitution, ni responsables sur le plan diplomatique. Ni la France, ni l’Algérie ne doivent se tromper sur la nature de ce qui se déroule sous nos yeux : ce n’est pas un simple débat de politique étrangère, mais une tentative de déstabilisation de l’équilibre institutionnel et de la parole souveraine de l’État.

Ce qui est « historique » dans le vote du 29 octobre 2025, ce n’est pas qu’un texte porté par le Rassemblement National ait été adopté pour la première fois, mais bien le coup de canif porté à l’ordre institutionnel.
Sous couvert de souveraineté parlementaire, l’Assemblée nationale a introduit, hors agenda et sans concertation préalable, une résolution qui place le chef de l’État – seul habilité à modifier ou dénoncer un traité international – dans une position de subordination symbolique.

Le piège est redoutable :
👉 S’il applique la résolution, Emmanuel Macron endosse, malgré lui, le diktat de l’Assemblée, avec pour corollaire la dégradation prévisible des relations franco-algériennes et une atteinte à la prérogative diplomatique de l’exécutif.


👉 S’il ne la suit pas, il ouvre la voie à une offensive politique d’ampleur, conçue pour provoquer l’indignation de l’opinion et placer sa démission dans la ligne de mire.

Cette manœuvre, dissimulée derrière un vote prétendument « historique », recompose les rapports de force au sommet de l’État et affaiblit l’autorité de la fonction présidentielle dans son domaine réservé : la conduite des affaires étrangères.
Qu’aucun constitutionnaliste, ni chroniqueur politique, n’ait dénoncé cette torsion majeure de l’équilibre républicain révèle un silence inquiétant.
On ne joue pas impunément avec les fondements de la Ve République.

Endogarchie: la fatigue du discernement désarme les démocraties face à la Russie (II)

La Russie, laboratoire et prédateur de la désorientation cognitive triangule avec une efficacité redoutable les effets de la fragmentation politique, de la viralité à l’ère des réseaux sociaux et de la surexposition des colères. De l’Europe aux USA, elle étend son empire cognitif, parfaitement indifférente au fait qu’ils soient démocratiques ou pas. Il suffit d’être intègre pour être menacé par ce système de désintégration.

L’endogarchie n’est pas seulement un phénomène endogène. Elle offre un terrain d’opération idéal à ceux qui ont compris que l’information est devenue le champ de bataille du XXIe siècle.
La Russie, depuis une décennie, a systématisé cette intuition : elle fait de la confusion un instrument de puissance, et de la fatigue démocratique un levier d’influence.

Ses méthodes sont connues, mais rarement perçues comme un ensemble cohérent. Elles combinent les techniques de la guerre psychologique soviétique, la sophistication technologique contemporaine et un cynisme géopolitique absolu. L’objectif n’est plus de convaincre, mais de désorganiser la perception du réel, d’empoisonner les circuits de confiance sur lesquels reposent nos démocraties,  sans en détenir l’exclusive.

Elle est particulièrement assisté dans cette lente et étouffante conspiration par l’univers médiatique contemporain qui ne capte plus les faits, mais les fréquences émotionnelles.
La presse, si souvent contaminée par la logique des réseaux, collecte surtout les émetteurs de colère — ceux dont la parole claque, indigne, divise. L’algorithme amplifie ce qui blesse, non ce qui éclaire. La nuance, elle, n’a pas de rendement.

En 2010,  Stéphane Hessel avait exhorté: « Indignez-vous !».
Il a été exaucé au-delà de toute désespérance.
Le mot a muté. Il s’est désarrimé de l’éthique pour s’arrimer à la scène : de la lucidité citoyenne à la posture de résistance, de la dignité à la réactivité.


L’indignation, devenue moteur du récit collectif, a enfanté une lignée illégitime : l’esprit de fronde, l’insoumission, la résistance sociale, la désobéissance civile.
Autant de figures désormais érigées en modèles de courage, quand elles ne sont que les produits d’un système qui prospère sur la tension.

Ainsi, au lieu d’élever la conscience, l’injonction à s’indigner a parfois conduit à institutionnaliser la colère — jusqu’à en faire la matière première du lien social.

Ce climat est propice à l’apparition de toutes les manipulations dans la profondeur des structures sociales et politiques.
Les tags sur le Mémorial de la Shoah à Paris, les croix gammées peintes à Berlin ou Vilnius, les profanations coordonnées de cimetières : ces actes ne sont pas le fruit d’errances individuelles. Ils relèvent d’une stratégie d’inoculation émotionnelle : susciter l’indignation, raviver les traumatismes, diviser la mémoire collective. L’objectif n’est pas de nier l’Histoire, mais de la rendre instable.

Vient ensuite l’attaque des institutions de raison et de traitement des divergences d’intérêt.
Des think tanks prétendument “indépendants” recyclent les éléments de langage du Kremlin : promotion du souverainisme européen, dénonciation du “globalisme”, relativisation des crimes de guerre, inversion accusatoire systématique (“l’OTAN a provoqué la guerre”, “l’Ukraine bombarde son propre peuple”). Ces récits sont diffusés par une constellation de relais : médias alternatifs, chaînes Telegram, influenceurs identitaires, faux intellectuels “anti-système”. C’est un vrai bombardement, aussi néfaste même si ses ruines sont invisibles et immatérielles.
Leur force ne réside pas dans la véracité, mais dans la saturation. Quand tout devient douteux, plus rien n’est discernable.

Dans cette guerre sans nom, le citoyen est le premier soldat. Celui qui fait naître les autres.

Troisième étage : la capture des affects collectifs.
Le Kremlin a compris qu’une démocratie épuisée réagit plus qu’elle ne pense.
D’où la multiplication d’opérations psychologiques (psy-ops) visant à amplifier chaque fracture : gilets jaunes en France, antivax, Brexit, divisions catalanes, agriculteurs allemands, attaques contre les élites “globalistes”.
Chaque mouvement est une onde, et la Russie en joue comme d’un instrument : un accord de colère ici, une note de ressentiment là, comme l’orchestration de la partition des extrêmes accaparant tout le champ d’attention aux dépens du discours de raison.

Dans cette symphonie du chaos, les extrêmes-droites européennes deviennent les caisses de résonance naturelles : elles reprennent les récits d’inversion morale (“c’est l’Occident qui est décadent”, “la Russie défend les valeurs traditionnelles”), offrant à Moscou une façade idéologique.
Mais derrière le décor, il s’agit toujours du même mécanisme : affaiblir les États de droit en les divisant de l’intérieur, jusqu’à ce qu’ils ne puissent plus agir à l’extérieur.

La guerre hybride russe n’est donc pas une addition d’ingérences : c’est une économie de la confusion, une fabrique d’ambiguïté.

Elle doit être déchiffrée et combattue comme un phénomène complet, qui ne neutralise pas par une seule de ses nombreuses facettes et combinaisons.
Et tant que nos sociétés resteront livrées à la vitesse, au bruit, à la polarisation, elles lui fourniront la matière première dont elle se nourrit : l’épuisement du discernement et l’anéantissement du libre arbitre.

L’enjeu pour l’Europe n’est plus de “contrer la désinformation”, mais de restaurer la souveraineté cognitive.
Cela suppose une politique de l’attention : revaloriser la lenteur, l’éducation critique, la culture du doute, la responsabilité des médias et des plateformes.
Il faut redonner à l’opinion le droit d’être lente, nuancée, silencieuse parfois — car c’est dans ce silence que renaît le libre-arbitre.

Dans cette guerre sans nom, le citoyen est le premier soldat. Celui qui fait naître les autres.

Nous avons besoin de lui.

Préambule – Du droit à la transparence cognitive

L’être numérique a droit à la clarté de l’espace dans lequel il pense, échange et agit. Nul ne peut exercer librement son jugement dans un environnement opaque, modelé par des flux invisibles d’influence, d’automatisation ou de viralité organisée. La transparence cognitive est un droit naturel de l’usager : elle garantit la souveraineté de son libre arbitre, la dignité de sa parole et la responsabilité de ceux qui informent. Les plateformes doivent publier périodiquement l’état des flux qu’ils génèrent, afin que chacun sache où il se tient et ce que sa voix engendre.

Exposé des motifs

> Informer, c’est révéler. Cacher, c’est aliéner.
La démocratie se nourrit de lumière.

1. Contexte et état actuel du droit

À l’heure où la majorité des échanges humains, économiques et culturels s’opèrent dans l’espace numérique, le droit de l’usager à comprendre l’environnement cognitif dans lequel il évolue demeure lacunaire.
Les réglementations existantes — notamment le Règlement général sur la protection des données (RGPD) et le Digital Services Act (DSA) — garantissent la confidentialité et la sécurité des données, mais elles ne traitent pas encore la transparence de l’écosystème cognitif lui-même.

Ainsi, un usager peut connaître la manière dont ses données personnelles sont exploitées, mais il ignore encore les forces qui structurent son champ de perception et plus encore, puisque son libre arbitre en est la matière première, la manière dont elle est valorisée :

  • la proportion de contenus automatisés ou coordonnés (bots, campagnes d’influence, IA conversationnelles),
  • la nature des boucles virales qui conditionnent la visibilité des sujets,
  • ou encore le poids relatif des médias institutionnels dans la circulation des émotions et des récits.

Cette opacité systémique place le citoyen dans une situation analogue à celle d’un consommateur plongé dans un marché dont il ignorerait la composition des produits : il croit choisir librement, alors qu’il est déjà orienté.

2. De la nécessité d’un droit nouveau

L’économie de l’attention transforme l’esprit humain en ressource.
Ce que les plateformes extraient et valorisent, c’est la faculté même de percevoir, de s’émouvoir et de décider.
Dès lors, le libre arbitre devient la matière première du monde numérique : il doit donc être protégé, non comme un bien accessoire, mais comme un droit fondamental.

Garantir cette protection suppose que l’usager dispose d’un droit d’accès au contexte cognitif — un droit de savoir où il met les pieds.
C’est la condition pour qu’il exerce son jugement en connaissance de cause, sans manipulation invisible ni amplification artificielle.

Ce droit n’appelle pas la désignation de coupables ni la surveillance des individus, mais une transparence agrégée, accessible, régulière et vérifiable.
De même que les États publient des indicateurs économiques ou environnementaux, les plateformes doivent publier un état semestriel de l’écosystème cognitif, exposant de manière non nominative :

  • les flux d’audience,
  • la part des interactions automatisées,
  • la provenance géographique et thématique des principaux courants,
  • et la contribution mesurable des médias professionnels à la viralité.

3. De la responsabilité de la parole

L’article introduit également un principe de responsabilité élargie :

  • toute parole publique engage non seulement son auteur, mais les effets prévisibles qu’elle déclenche.

Ce principe, déjà admis dans le champ des comportements (droit pénal, civil ou administratif), doit être reconnu dans le champ informationnel.
Un média, un influenceur, un responsable politique, un commentateur — chacun doit assumer que sa parole agit comme un vecteur : elle génère des chaînes de réactions et participe à la santé cognitive de la société.

Ainsi, les organes de presse — sans perdre leur indépendance éditoriale — devraient documenter les effets systémiques de leurs publications :

  • les boucles de viralité qu’elles entraînent,
  • les rectifications ou précisions ultérieures,
  • et les apprentissages qui en découlent.

Cette transparence nourrirait la confiance et la pédagogie citoyenne.

4. Finalité et portée

Le présent article consacre donc un droit naturel et positif :

  • le droit à la transparence cognitive, corollaire du libre arbitre et de la dignité humaine.

Il établit :

  • une obligation de publication périodique (annuelle ou semestrielle) par les plateformes d’un rapport de vitalité cognitive ;
  • la création ou désignation d’une Autorité indépendante de la conscience numérique, chargée d’en garantir la méthodologie et l’uniformité ;
  • la reconnaissance d’une responsabilité élargie de la parole, adaptée aux réalités de la viralité contemporaine.

L’objectif n’est ni de restreindre la liberté d’expression ni d’imposer une tutelle morale, mais de restaurer les conditions de son exercice éclairé.
La liberté ne se maintient que dans la lumière : rendre visibles les architectures de l’influence, c’est préserver la souveraineté de la conscience.

Endogarchie: de la société d’opinion comme cheval de Troie (I)

La Conférence internationale pour l’intégrité de l’information et les médias indépendants organisée à Paris pose la base d’une réflexion vitale pour les démicraties. Analyse d’un système devenu une endogarchie.

Il fut un temps où l’opinion publique incarnait la respiration du politique : un espace de délibération où s’affrontaient les visions du monde, et où le jugement des citoyens, parfois tumultueux, servait néanmoins de boussole aux gouvernements.

Les médias, les grands journaux, les journaux dits du Soir, avec leurs grandes plumes, servaient les magistèrescde l’esprit oublic. Ce temps semble révolu. Comparées à ce que subissent les masses aujourd’hui, ce temps paraît vierge de toute interaction et ingérence. Il ne l’était pas, mais l’Etat ne se voyait pas dans le danger où, aujourd’hui, il se trouve pris.

La violence politique, l’ingérence idéologique, y sévissaient. Mais elle était visible, directe, revendiquée. Ce que nous appelons aujourd’hui “opinion” n’est plus qu’un écho, une chambre de résonance, une multiplicité, un abîme d’obliques.

Les citoyens ne s’expriment plus : ils réagissent. Et dans cette réactivité se joue le drame silencieux de nos démocraties munées de l’intérieur par des vers qui ont la puissance d’algorithmes inférant sur les biais cognitifs.

La désinformation, souvent brandie comme l’ennemi principal, n’est que le symptôme d’une maladie plus profonde : la saturation cognitive. Les cerveaux sont pleins, les consciences épuisées. L’attention, jadis rare et précieuse, est devenue une ressource exploitée, marchandée, programmée. Dans cette fatigue mentale collective, les “bombes logiques” se glissent aisément : demi-vérités, indignations prémâchées, certitudes virales. La raison s’effondre sous le poids de sa propre surexposition.

C’est ainsi qu’a émergé ce que j’appelle l’endogarchie — le gouvernement de l’intérieur par l’intérieur. Un système clos, auto-référencé, où les élites médiatiques, politiques et économiques vivent en boucle, se commentent, se justifient, se légitiment, sans plus rien produire de réel, mais suivant la dérive de fictions. Une République sans transcendance, réduite à l’entretien de son apparence. La démocratie y devient mimétique : chacun feint de débattre, mais tout le monde rejoue la même pièce. L’immobilisme règne. Les psychoses dominent. La peur paralyse.

La société d’opinion en est le cheval de Troie. Sous couvert de pluralisme, elle a ouvert les portes de la Cité à la captation du jugement. La Russie joue de cela. Le libre-arbitre, jadis fondement de la dignité politique, est devenu un actif spéculatif. Les électorats sont des bases de données ; les émotions, des unités de valeur. On n’éduque plus à penser : on stimule à cliquer. On ne cherche plus le vrai : on calcule le probable. Ce n’est plus le mensonge qui gouverne, mais l’architecture même de la perception.

Ainsi s’est déplacée la souveraineté au souverainisme, le peuple au populisme : du territoire au cortex, de la loi à l’algorithme. Le citoyen croit encore voter, mais son vote est déjà anticipé, modélisé, pré-absorbé par les architectures invisibles qui ordonnent sa vision du monde. Les extrêmes, de droite comme de gauche, prospèrent sur cette fatigue du discernement, comme des champignons sur un sol saturé. Ce n’est pas la colère du peuple qui les nourrit, mais son vertige.

Protéger la démocratie, dès lors, ne consiste plus à défendre les institutions, mais à défendre la faculté de juger — ce sanctuaire intérieur qu’est le libre-arbitre. Il ne s’agit plus seulement d’informer, mais de désaturer, de rouvrir des espaces de silence, d’écoute, de lenteur, où la pensée puisse redevenir une expérience de liberté. L’intégrité d’un système démocratique ne se mesure plus à la diversité de ses opinions, mais à la qualité de son discernement collectif.

C’est cette reconquête du jugement qui décidera si l’humanité survivra à sa propre intelligence.

(Demain la suite: Chapitre II – La fatigue du discernement)

Du pacte social au consensus vertueux

N’en déplaise aux admirateurs de Poutine ou à ceux de quelque obscurs Bolivarien, la République Française ne doit qu’à son propre génie. Elle forme une nation particulière, dans l’histoire universelle, qui ne se gouverne que par la recherche du consensus le plus vertueux possible. C’est la seule manière d’assurer la concorde civile. Cela explique que nous n’y parvenions plus. Il faut préférer, et de loin, la concorde civile au pacte social qui clive les rapports et transforme le Politique en galerie des chiens de faïence, obnubilés, avec ce que cela génère de pervers, par le rapport de force ou de nuisance. Le temps est venu de faire un pas de plus, toujours par le chemin du réel, vers l’idéal qu’elle a déposé en ses héritiers.

Nous traversons une crise plus profonde qu’on ne veut bien l’admettre. Ce n’est pas seulement une crise économique, ni institutionnelle, ni même sociale. Le spectacle que fournit, en ce moment même, l’assemblée nationale, les deux chambres, prouve que c’est, bien au delà des institutions, une crise du sens du politique.

Et le fait que ce sur quoi bute les discussions budgétaire dans un état asphyxié financièrement par la charge d’une dette colossale est symptomatique. On doit le regarder comme un symptôme du mal qui nous ronge. Pas comme une obsession. Cette crise tient à la dissociation silencieuse entre deux mots qui ont façonné l’esprit français : travail — la peine, l’effort, le quotidien ; œuvre — la projection, la finalité, le sens. Tant que la République a su faire coïncider les deux, notre société a tenu. L’effort individuel avait un reflet collectif. La fatigue trouvait sa place dans l’édifice commun. La sueur dessinait une trajectoire nationale.

Les acteurs politiques comme les partenaires sociaux, comme les médias, se sont lentement enfermés dans une dialectique républicaine qui nous a écarte, par pans entiers, le Peuple du sens de l’œuvre, du compagnonnage qui est pourtant au cœur de toutes les grandes choses et réalisations humaines.

La République Française mérite d’être considérée comme une grande réalisation. Une réalisation emplie de la majesté du moindre de ses « artisans » jusqu’aux plus grands contributeurs. Tous sont emplis, même s’il s’effiloche inquiétante, du même sens du devoir.

Mais lorsque l’œuvre s’est obscurcie, lorsque le récit commun s’est effacé, le travail a perdu son sens, redevenu peine nue, contrainte inutile, répétition absurde. C’est là le kyste idéologique que la République n’arrive pas à dissoudre et, il est à craindre, que c’est cette incapacité chronique qui la dissous lentement.

Le pacte social, issu de la défiance, a permis de neutraliser la violence. Il a réparti les charges, compensé les inégalités, amorti les crises. Mais il ne produit pas de finalité, pas d’élan, pas d’œuvre. Il régule, mais ne projette pas. En compensation permanente, la Nation finit par se regarder comme une galerie de chiens de faïence : chacun observe son voisin, chacun mesure sa part, chacun se sent lésé. La comparaison devient un système. Le ressentiment, une culture.

Nous avons besoin d’autre chose. Le consensus vertueux. Il ne s’agit pas d’un consensus mou, ni d’un unanimisme naïf, mais d’une élévation commune reposant sur l’effort partagé, la finalité visible, la modération politique. Il enchaîne les contributions au lieu de compenser les blessures. Il redonne au travail sa dignité parce qu’il l’inscrit dans une œuvre.

Aujourd’hui, chacun ressent confusément que l’effort n’ouvre plus de perspective, que la sueur ne s’inscrit plus dans une architecture, que la contribution ne trouve plus son œuvre. Alors l’ouvrier s’épuise sans comprendre ce qu’il bâtit, la classe moyenne oscille entre peine et absence de sens, les élites administrent sans horizon. Privée de sens, une Nation se disloque. Les vertèbres isolées ne font pas colonne vertébrale.

Dans ce vide, le populisme prospère. Lorsque l’œuvre disparaît, la foule cherche l’identité. La colère devient programme. La désignation remplace la construction. Le populisme promet la Nation sans la République, l’appartenance sans l’effort, la chaleur sans la projection. C’est une illusion dangereuse. Une horizontalité désorientée appelle mécaniquement un verticalisme autoritaire.

Le cœur de notre refondation se situe ici. Le temps du pacte social — celui de la neutralisation mutuelle — touche à ses limites. On ne peut pas éternellement compenser, réparer, amortir. Il faut entrer dans le temps de la concorde nationale, du consensus vertueux, de la réconciliation du travail et de l’œuvre. C’est le cœur du renouveau français.

Cela suppose de rendre visible l’œuvre commune, de revaloriser symboliquement le travail, de refonder le récit civique. C’est ainsi que l’on rend illisibles les gourous, inoffensifs les charlatans, périmés les populismes. La République n’est pas un régime administratif : elle est une œuvre vivante. Elle ne tombera pas par manque de croissance, mais par extinction du sens partagé.

Réconcilier le travail et l’œuvre, passer du pacte social à la concorde nationale, c’est redonner à la France ce qu’elle a toujours été : une civilisation qui se construit.

Le temps du dépassement est venu.
Le Peuple possède la clé.

🕊️ Le moteur de la prospérité mondiale, version 2035

Le 15ᵉ plénum du PCC a confirmé ce que Pékin préparait depuis plusieurs années : la Chine entre dans la phase décisive de sa modernisation socialiste à l’horizon 2035.
Ce n’est plus un objectif économique, mais une métamorphose systémique — une reconfiguration complète de la relation entre la production, la consommation et la gouvernance mondiale. Au cœur de cette mutation, le Global Governance Initiative (GGI), porté par Xi Jinping, représente l’ouverture conceptuelle et institutionnelle de cette nouvelle phase : une architecture visant à harmoniser les flux — économiques, technologiques, environnementaux et cognitifs — entre nations, plutôt que de les opposer.

La globalisation aurait dû être un mécanisme de convergence :
– baisse de l’inflation,
– montée des standards de vie,
– diffusion de la technologie,
– stabilisation géopolitique.

Ce moteur a fonctionné — tant que la Chine incarnait l’atelier du monde.
Des centaines de millions de consommateurs occidentaux n’ont pas vu leur pouvoir d’achat s’effondrer parce que Shenzhen, Shanghai et Chengdu fabriquaient à bas coût ce que leurs industries ne produisaient plus. Cela a dopé la consommation et permis l’accès à pléthore de biens de consommation.


🔧 Le moteur a été déréglé

Plutôt que d’investir ce dividende invisible dans :

  • robotisation,
  • éducation,
  • infrastructures,
  • souveraineté industrielle,
  • recherche fondamentale,

nous l’avons consommé.

Ajoutez à cela :

  • conflits commerciaux,
  • sanctions technologiques,
  • tensions informationnelles,
  • fragmentation des chaînes de valeur.

Et surtout, un acteur central — Moscou — travaillant délibérément à déstructurer la confiance :
la ressource la plus précieuse du système.

La paix se finance par la confiance.
La guerre se finance par la dissipation de la confiance.

Poutine le sait.


🔥 La mue chinoise : le compte à rebours de la convergence

Le 15ᵉ plan quinquennal envoie un signal clair :

D’ici 2035, la Chine achèvera sa modernisation.

Traduction géo-économique :

  • fin du low-cost structurel,
  • montée en gamme technologique,
  • normes chinoises exportées au Sud global,
  • robotisation industrielle massive,
  • transition énergétique accélérée.

Après 2035, la Chine ne subventionnera plus en creux le pouvoir d’achat occidental.

Cela crée une fenêtre de 10 ans.


⏳ Dix ans pour reconfigurer l’Occident

Ce laps de temps est notre seconde chance pour :

  • réindustrialiser intelligemment,
  • automatiser,
  • sécuriser les ressources critiques,
  • rénover le tissu productif,
  • refonder la fiscalité du capital,
  • réhabiliter la recherche,
  • investir dans l’IA souveraine.
  • Réinventer l’économie mondiale,

C’est maintenant que se décide la structure du monde en 2050. La cryptoactif peuvent en être le socle.


💡 L’intelligence qui manque

Pour remettre ce moteur en route, il faudra :

  • politiques courageux, capables d’expliquer un horizon,
  • chercheurs, pour modéliser la convergence soutenable,
  • théoriciens économiques, pour briser les dogmes post-1980,
  • prix Nobel, pour offrir le cadre intellectuel,
  • grandes écoles, pour former les ingénieurs des transitions.

Le vrai chantier n’est pas seulement matériel.

Il est cognitivement institutionnel.


🌐 Paix mondiale : moteur, pas conséquence

La Paix, dans cette logique, n’est pas un résultat moral.
C’est une condition thermodynamique :

  • la globalisation déteste le bruit,
  • les marchés détestent l’imprévisibilité,
  • les chaînes de valeur détestent la discontinuité.

La prospérité accélère sous la Paix.
Elle grippe sous la peur.


🔥 Machine à redémarrer

Ce que nous devons faire :

  1. décrisper la relation sino-occidentale,
  2. stabiliser l’énergie (nucléaire, renouvelables, stockage),
  3. défendre cognitivement les institutions démocratiques,
  4. réduire le parasitage informationnel hostile,
  5. convertir la dernière décennie de dividendes chinois en investissements.

C’est réalisable.

Mais pas sans intelligence nouvelle.


🚀 Accéder au “régime optimal”

Une économie mondiale harmonisée ressemble à un moteur à combustion contrôlée :

  • trop peu → stagnation et populisme,
  • trop tard → chaos stratégique,
  • trop vite → ruptures sociales.

Il faut trouver le bon régime, le bon couple, le bon refroidissement.

Et l’accélérer pendant que la fenêtre est ouverte.


🎯 Conclusion

✅ La Chine ferme progressivement la parenthèse low-cost.
✅ L’Occident a 10 ans pour convertir ce qui reste en mutation structurelle.
✅ La Paix est la condition d’accélération.
✅ L’intelligence collective — économique, académique, politique — est le facteur critique.

Si nous échouons, nous serons des visiteurs de notre propre histoire.
Si nous réussissons, nous inaugurons une nouvelle ère de convergence.

Marine Le Pen: alors, parlons-en!

Qui donc Marine Le Pen croit-elle pouvoir abuser en prétendant incarner, aujourd’hui, au-dessus de tous, la posture gaullienne ?
Elle ne fait que surplomber le marasme qu’elle a, la première, contribué à installer.
Et cela ne lui confère aucune autorité — sinon celle du souffleur au théâtre.

Cette posture ne trompera pas les Français, et encore moins les vrais républicains.
Car c’est bien le Rassemblement national, et avant lui le Front national, qui, depuis des décennies, a dénaturé le jeu des institutions et ruiné la gouvernance, jusqu’à aboutir, aujourd’hui, à ce champ de désolation.

Il n’est pas surprenant, d’ailleurs, qu’à peine le gouvernement de Sébastien Lecornu “mort-né”, sans la moindre décence démocratique, elle cherche déjà à se hisser au-dessus du plafond de verre pour incarner, à elle seule, le destin de la France.

Qui donc Marine Le Pen croit-elle pouvoir abuser en prétendant dépasser, aujourd’hui, le clivage droite-gauche, le centre et le milieu, pour se poser en gardienne du seul intérêt des Français ?
Ce n’est pas à l’appel de la France — pas même à celui de son horizon naturel européen, ouvert par le général de Gaulle — qu’elle répond.
C’est à l’appel de la Russie.

À qui donc Marine Le Pen croit-elle pouvoir faire croire qu’elle veut défendre et protéger les Français, dont elle serait en quelque sorte la nouvelle Jeanne d’Arc — culte frauduleux s’il en est ?
Non. Jeanne d’Arc n’a pas livré la France aux Anglais, et cela lui a valu de périr brûlée vive sur le bûcher.
Elle n’a pas vendu, elle, le destin sacré du seul pays qui allait, plusieurs siècles plus tard, proclamer l’universalité des droits de l’Homme — cela pour un plat de bœuf Stroganov.

C’est cette République mystique et surnaturelle, surgie d’une Révolution sans pareille, que Marine Le Pen veut ravaler au rang d’un simple appareil, au service du syndicat du crime qui, de soviets suprêmes en kompromats, siège au Kremlin.
Un Kremlin qui cherche à annihiler la puissance économique de l’Allemagne à travers l’AfD, et la puissance politique — au sens le plus éminent — de la France, seul pays “doté” et capable de garantir l’indépendance nationale.

À qui Marine Le Pen, et son entourage — gendre, neveu ou héritiers politiques — veulent-ils faire croire que l’attaque politico-médiatique simultanée menée pour faire chuter la statue du Commandeur Emmanuel Macron de son piédestal, et celle d’Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, hier soir encore, par le dépôt d’une motion de censure à laquelle s’est joint LFI, ne répond pas à l’urgence de Vladimir Poutine, plus qu’à celle des Français et des Européens ?

Si elle pense que le peuple français — que la guerre cognitive, celle que lui livrent les nervis de Poutine et toute son “Intelligence”, a certes désorienté — va être abusé, Marine Le Pen se trompe.

Non, le peuple français n’a pas été démantelé comme une vieille carcasse politique passée méthodiquement à l’équarrissage.
Ses membres ont été séparés, écartelés par des tractions multiples, opérées avec le concours de la force mécanique de la Fédération de Russie.
Mais l’essentiel — la présence invisible de la Nation, une et indivisible — n’est pas sécable.
Cette présence ne meurt pas.
Elle prend la forme appropriée pour renaître quand il le faut.
Le Peuple est un Phénix.

« La vérité d’un homme, c’est d’abord ce qu’il cache », a écrit André Malraux.
C’est aussi valable — en accordant le genre — pour une femme.
Que cache Marine Le Pen ?

Elle ne cache qu’une chose : l’enjeu géopolitique.
Elle peut parler des retraites, de l’écologie, de l’économie, de la Bourse, de l’industrie —
mais elle ne parle pas de Défense, sinon pour affirmer qu’elle fera modifier la Constitution afin d’y inscrire que « la dissuasion nucléaire française ne peut couvrir que le seul intérêt franco-français ».
Cela elle l’a dit.

Elle peut dire un jour « Noir« . Le lendemain, « blanc ». Puis « Gris », s’il le faut, et dans ces cinquante nuances s’il en faut.

Elle peut même attendrir son monde avec la cause animale et se rendre au rendez-vous d’Etat fixé par un Premier Ministre de la France avec un chaton.  Elle sait faire cela.
Mais, ce ne fait pas d’elle une girouette. Elle est toujours dans la direction du blizzard qui nous vient de Russie et qui souffle du Kremlin.
Elle ne parle pas de la Russie.
Elle ne parle pas de la Russie parce que c’est la Russie qui la gouverne pour nous gouverner, nous.
Elle ne parle pas de ce qui la détruit déjà.

Alors, parlons-en.

Le système d’information préfère le déni au tocsin

Je constate personnellement – mais surtout, tous les Français doivent pouvoir le constater (6’50 » d’intervention)– à quel point le discours du Premier ministre, Sébastien Lecornu,  censé apporter une réponse à la crise politique dans laquelle, jusqu’à devenir sa propre caricature, est plongée la France, a été réduit à une seule petite phrase : sa décision de faire passer le budget sans recourir au 49.3.

Dès l’ouverture, pourtant, il insiste :

> « il y avait un décalage important entre la situation internationale et la situation nationale, un décalage important parfois entre la vie politique française et la vie de nos compatriotes. »

Dans la conclusion, il revient au même thème :

> « […] une fois de plus, en trois semaines, ce décalage entre la vie internationale et la vie nationale continue d’être préoccupant, on l’a tous vu dans les dernières informations. »

Cela est passé inapperçu et est tenu pour négligeable. La loi de l’écume prévaut.

Or, en répétant, par deux fois qu’il constatait, le décalage préoccupant entre la situation internationale (drones, menaces, tensions géopolitiques) et l’étroitesse du débat politico-médiatique franco-français, le Premier ministre de la France ne bégaye pas. Il témoigne de ce qui accable un pays qui semble avoir choisi de vivre sur une autre planète.

Cela révèle le nombrilisme d’un système politico-médiatique qui trahit le peuple en occultant la gravité du défi international, — au moment même où s’ouvre l’opportunité d’accès au pouvoir d’un parti dont tout indique qu’il est favorable au Kremlin.

Pour que personne n’entende la vérité, il va de soi que personne ne doit le dire. Mais ce n’est pas ce qui attendu d’un système d’information en démocratie.

Un tabou médiatique, qui ne peut pas être dû qu’à la négligence et à l’incompétence, verrouille l’attention du public sur des leurres (ZUCMAN, contestation de la condamnation de Sarkozy, etc) au profit d’une endogarchie polico-médiatique qui voue son appareil à la cause de Marine Le Pen  et de sa sphère, et prive le Peuple français des conditions de son discernement.

Le populisme a déteint partout.

À la lumière de cette indifférence aux enjeux réels, Vladimir Poutine a eu beau jeu, depuis Sotchi, d’ironiser, quelques heures avant que Sébastien Lecornu établisse ce constat, sur la solitude et la déconnexion d’Emmanuel Macron.

Les chroniqueurs français, largement de fiel et de miel, lui découvrent un sens de l’humour acéré.

Balayant tous les soupçons d’ingérence, et se posant en victime, le « maître » du Kremlin a suggéré que le président de la République français, qui a pour tort de réveiller l’Europe quant à l’agressivité russe, ferait mieux de se « concentrer sur les problèmes intérieurs de la France », auxquels il y a peu de doute, compte tenu de la guerre cognitive à laquelle il se livre depuis des années avec des partis politiques pour relais, il n’est pas étranger.

Le système d’information fait l’autruche. Il est lui-même le cheval de Troie.

Il y aura des comptes à rendre à la nation.

Cette cécité n’est pas nouvelle : elle s’était déjà illustrée par le coupable désintérêt au rapport de l’Armée française dénonçant trois ans d’offensive désinformationnelle russe. Les médias auraient dû s’interroger sur la caisse de résonance qu’ils constituent et l’usage qu’une Intelligence étrangère peut en faire. Non. Ils ont préféré continuer à faire comme si de rien n’était, ne se rendant pas compte que leurs compatriotes n’y adhèrent plus vraiment parce cela sonne de plus en plus faux.

Le système d’information préfère le déni au tocsin.

[bz bz … bz bz…]

Addendun (de la farce)

« Ce qui me frappe beaucoup, c’est au fond un peu mon problème, c’est que dans le secret du bureau, dans le secret des discussions que nous pouvons avoir avec les différentes formations, avec les différents syndicats, avec les différents acteurs, au fond, qui peuvent faire avancer notre pays, dans le secret du bureau, les compromis sont possibles, les discussions sont sérieuses, toujours techniques, toujours sincères. »

Cette phrase ayant été raillée très explicitement, avec pour commentaire excessivement définitif de Renaud Pila, si je ne me trompe pas: « Il n’y a pas de secret du bureau. Tous les visiteurs disent ce qui est sur la table. ». J’ai dans doute moi-même été victime de mon propre biais. La trumpisation est un phénomène éminemment inquiétant.

Endogarchie vs démocratie

Endogarchie (substantif féminin)

Définition :
Régime politique contemporain dans lequel le pouvoir, se prétendant démocratique, est en réalité exercé par un cercle restreint d’acteurs politico-médiatiques qui s’auto-légitiment et se reproduisent à l’intérieur du système.
Il se caractérise par la fermeture sur lui-même (endo- = à l’intérieur), la circularité de sa légitimité et la substitution de l’agenda médiatique au suffrage populaire comme source effective d’autorité.

Caractéristiques :

1. Entre-soi : élites politiques, médiatiques et économiques se sélectionnent et se valident mutuellement.

2. Auto-référence : la légitimité procède du flux d’information et de visibilité médiatique, non de la délibération populaire.

3. Temporalité médiatique : l’urgence de l’actualité remplace le temps long de la décision démocratique.

4. Spectacularisation : le citoyen devient spectateur/consommateur d’opinions, davantage qu’acteur souverain.

5. Érosion démocratique : la souveraineté du peuple subsiste en façade, mais est vidée de sa substance.

Distinctions :

Se distingue de l’oligarchie (pouvoir de quelques-uns) par sa logique circulaire interne plus que par son nombre restreint.

Diffère de la technocratie (pouvoir des experts) : l’endogarchie repose moins sur le savoir que sur la maîtrise de la scène politico-médiatique.

S’oppose à la démocratie véritable, où la souveraineté procède du peuple et du suffrage, et où les médias sont des relais, non des sources de légitimité.

Usage :
« Sous couvert de démocratie, notre époque a vu naître un nouveau régime : l’endogarchie, pouvoir clos sur lui-même, nourri par le flux politico-médiatique. »

L’endogarchie est à la tribune. Elle doit en descendre.