Nessum Dorma triomphe au palais de Shéhérazade

🧠🐘 Une fable circule sur X. Au départ, je n’y ai prêté qu’un regard distrait, puis j’ai lu les commentaires qu’elle suscitait.

J’ai décidé de consacrer une réflexion à ce qui peut sembler n’être qu’anecdotique lorsque j’ai réalisé qu’en fait, le phénomène est partout et constitue un perturbateur, invisible, diffus, mais efficace, diablement directeur, de l’opinion publique sensibilisée à une connotation sourde.

C’est le bruit de fond sourd qui tapisse notre univers médiatique. On n’y prête pas spécialement attention, à la fois en raison de l’insignifiance factuelle et la variété des glues utilisés. Nous devrions. Parce que la formule de base est identique.

Tout le monde n’y trouve rien à redire. Ni le système médiatique qui finit par retrouver dans ce bruit le diapason sur lequel il vient régler, irrésistiblement, la mire de son « la », ni les partis politiques, et particulièrement, les oppositions,  à l’affût du moindre narratif leur permettant d’exister dans la démocratie.

Le sujet mérite d’être vraiment documenté, car, sous un biais ou un autre, sa répétition et sa propulsion – que quelqu’un finance -, tamponne, oblitére, méthodiquement, notre sensiblerie et nous engage, tel un troupeau,  dans un corridor d’harmoniques mentaux qui déterminera, si on suscite, dans le temps des élections des marqueurs qui stimulent ces agents dormants, des triangulations, empiriques, fatales au système démocratique.

Le conditionnement démarre là, en prédisposant la sensibilité à des polarisations si discrètes qu’elles semblent à ce point innocentes et inoffensives qu’on peut lui ouvrir son libre-arbitre sans danger.

Notre empathie pour les animaux (ce n’est pas elle que je remets en cause) constitue, d’ailleurs, une glue parfaite pour fixer, orienter, diriger les personnes qui se sont montrées hyper-sensibles à la fable racontée vers d’autres chambres d’écho et amplificateurs à opinion.

Il y a autres sujets propices, ponctuels, mais celui-là, passe-partout, peut être parfaitement instrumentalisé pour  persuader que le règne animal est plus humain que les humains eux-mêmes, ce qui, ontologiquement, est l’acceptation d’une défaite qui signe l’acceptation inexorable des autres. Certains partis politiques sont parés pour recycler.

Mais le biais, dans le flou des postures, sert un autre horizon, plus désarmant, au sens étymologique. Celui de la nation qui sauve l’Occident décadent se cristallise dans ce prisme.

Pour être plus précis, la fable dont je parle est la fable de l’éléphant dans l’avion entouré de poussins. Elle est présentée comme un vrai stratagème utilisé par les compagnies pour sécuriser le vol, le système empathique de l’éléphant, analogue à celui de l’être humain, étant présenté tel que le roi des animaux ne bouge jamais de peur d’écraser un seul poussin et ne déstabilise pas, ainsi, l’avion. Il faut comprendre là, subliminalement, et vous verrez que l’intérêt de la « fable » est là: il ne menace, lui, aucun de ses passagers.

Qu’est-ce que cette fable dit, car une fable dit toujours quelque chose pour atteindre, profondément, le subconscient et, c’est sa fonction de toujours, l’éveiller, le dresser, face à ses ennemis invisibles.

Là, elle fait le contraire. A l’échelle d’une fable, c’est un piqûre de moucheron. Mais s’il en a des milliers, des centaines de milliers. Cela devient un autre problème. Cela devient un problème d’une nature qu’il seraît irresponsable de négliger.

Pour que cet enfant vienne en aide à l’homme qu’il sera, si par malheur, ce dernier en a besoin et qu’il a oublié


Esope et La Fontaine, Grimm, Lewis Caroll, Mozart avec sa symphonie des jouets qui fait crisser, dans le tympan, le piaillement des oiseaux et le froissement du serpent à sonnettes*, participent à la méthodologie précieuse de l’éveil et du maintien de la vigilance cognitive, installée avec douceur et bienveillance dans l’esprit de l’enfant, pour que cet enfant vienne à l’aide à l’homme qu’il deviendra si, par malheur, il en a besoin et qu’il a oublié.

Si une fable ne dit pas quelque acidité au palais, si elle y est sirupeuse, ce n’est pas une vraie fable.

Nous sommes envahis, chacun étant libre de choisir le sien, sous des formes très diverses, de fables, de contes, de narratifs à dormir debouts. Quelques contes, grotesques parce que parfaitement grimmés, font suffisamment rire pour tenir éveillé. Ils n’endorment que qui veut. Chaplin savait le pouvoir du rire.

Dans les vraies fables — les anciennes — le langage clignote, ruse, désarçonne.
Chez Carroll, l’absurde est une alarme masquée.
Mozart, dans sa Symphonie des jouets, fait crisser la lucidité, grâce à deux sons qui résonnent dans la mémoire archaïque, dans le creux des oreilles enfantines.
Tout est jeu, mais tout y prépare à résister.

Une fable qui dit la sagesse de l’éléphant de l’Antonov – A124  à peau de requin et arête fractale

Le point de rencontre des contes à dormir debout, lorsqu’ils ont fini de déployer leur charme, leur convergence de lutte intestine, en quelque sorte, est le pacifisme béat qui finit dans les rues de Rome, aujourd’hui ou hier ou demain, par une foule conspuant la douce Georgia Meloni, demain  Keir Starmer au Royaume-Uni (Puissance dotée), en France (les carottes, ou les retraites, ou les deux, sont déjà cuites, semble-t-il) d’avoir souscrit les efforts demandés par « Daddy » à chaque pays au titre de notre défense commune.

Boooh, la vilaine!

Boooh, le vil Karmer qui livre les jeunes filles anglaises aux gangs pakistanais, l’hôpital et l’école à la charité budgétaire, et déshérite l’ensemble pour habiller l’Otan.

La petite musique qui s’infiltre par tous les pores que l’épiderme tendre de nos démocraties offre à notre ennemi y résonne par ces voix qui disent la sagesse de l’éléphant rose dans l’Antonov – An124 à peau de requin et arête fractale qui sillone, furtif comme une carpe, les eaux profondes, glacées et endormies de nos démocraties, comme je le crains dans toutes les autres profondeurs où son gigantesque appareil a pu, sous un jour ou un autre, s’engouffrer et opérer le calcul de son emprise.

Tout n’est pas tant politique qu’articulation de fables, dit sans connotation péjorative.

Il n’en faut pour preuve -autant donner le mot de la fin à une authentique créature de rêve, n’est-il pas? – que ce à quoi est suspendu le sort de Shéhérazade dans « Le Conte des mille et une nuits ».

Mais bien sûr, sous ses voiles transparents et aériens — que notre imagination l’habille comme d’un mythique parfum n°5 — Shéhérazade assume une fonction vitale. Et c’est pour cela que cette jeune fille, innocente, est choisie pour inventer et renouveler le récit. Pour coller indéfectiblement au Réel, car le Réel est la couronne du roi. Ce n’est qu’en apparence que c’est un ennui à tromper: c’est le pouvoir qui est en jeu dans le jeu du récit.

C’est l’éveil de l’esprit du roi dont Shéhérazade a, strictement, la charge. Il ne faut pas qu’il s’endorme, dans la volupté des caresses ou des draps.


Ce qu’il faut donc détailler, dans les plis du voile du conte, c’est l’injonction à demeurer éveillé. Au début, je pensais que le phantasme érotique était un paravant.

Mais, l’imbrication hélicoïdale est autrement plus justifiée. L’ondulation érotique n’est aucunement distractive ou ornementale. Elle dit avec une subtile volupté, que  la vie du Roi tient au fil ténu de l’éveil de tous ses sens et, en premier, de son sens cognitif.

Il se nourrit d’histoire, non pour se distraire, mais pour maintenir et reconnaître, donc, la vie en lui et toujours détromper l’imitation la plus parfaite et accomplie que porte l’autre fable.

De fait, dans le contexte des Mille et Une Nuits, Eros, expression de la vie, est croisé avec Thanatos, expression de la mort, et ensemble, dans ce tissage sublime, inscrit dans le Saint des Saints du subconscient, ils récitent ensemble:

Roi, il ne faut pas dormir. Peuple, il ne faut pas dormir.


Ce à quoi, dans l’Opéra, Nessum Dorma, fait un écho triomphal.

Nessum Dorma au pays de Sheherazade.

Celui qui dit ce qu’il dit

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*Il y en a tant, dans des champs si variés qui vont de Chaplin à Saint-Saens, à Tchaïvkosky, de Dysney à Marvel, – en passant leurs équivalents que je ne connais pas – qui ont dressé les fables pour faire déborder leur grâce enfantine hors de leur langage initial vers celui de la grâce et du mouvement. Ils doivent, dans toutes les langues, être remerciés. Ils permettent que se sauve le monde. Ouïr. Voir. Parler.

La République sous dépression

Chronique d’une guerre métamorphe

L’extrême-droite parade aujourd’hui en France. Jamais elle n’a été aussi proche du pouvoir.

Pendant ce temps, la République se replie. Le peuple est pris dans une nasse invisible, tissée d’algorithmes, de récits toxiques, et de fausses évidences.

Le système d’information — jadis rempart — a livré les esprits aux démons : division, xénophobie, nationalisme. Ce ne sont pas des idées. Ce sont des vecteurs. Des agents. Des armes.

Je parle ici de guerre métamorphe.

Une guerre sans déclaration. Sans frontières visibles. Mais où les fractures communautaires, identitaires, religieuses sont instrumentalisées. Par des mains étrangères. Par des intérêts obscurs. Par des mécanismes bien rodés.

L’antisémitisme gangrène certaines couches. L’antisionisme devient un outil. Manipulés par des extrémismes — y compris ceux d’une droite radicale israélienne — et relayés par des influenceurs bien placés. Tout cela converge vers un seul but : jeter l’opprobre sur l’islam, le confondre avec le Hamas, étouffer l’humanité de Gaza.

Et dans cette confusion, certains affirment :

« L’islamophobie n’existe pas. »

Tout est mis dans le même sac. La parole est piégée. Le discernement, interdit.

Comme dans un système dépressionnaire, les couches chaudes de colère croisent les couches froides de ressentiment, et créent des tempêtes cognitives.

Mais ces tempêtes n’émergent pas du ciel. Elles sont provoquées. Par des drones à ailes de papillon. Des programmes invisibles, conçus pour flairer les humeurs de l’opinion et déclencher la tornade au bon moment.

Et la République ? Elle chancelle. Elle ne parle plus. Elle est noyée.


Michel Rocard nous avait mis en garde dans une formule devenue mantra :

« Il faut toujours préférer l’hypothèse de la bêtise à celle du complot. C’est moins dangereux et plus fréquent. »

Mais cette phrase, tant de fois répétée, peut devenir un sommeil de la raison, un mécanisme d’autocensure. Comme si la bêtise devait être éternellement présumée… même quand l’organisation, la récurrence, la pénétration des récits laissent entrevoir une logique. Une intention. Des moyens. Des relais.

Des agents étrangers tagguent une étoile de David sur une école juive. Ou une svastika sur une permanence. On dit : n’exagérons rien. On répète : n’allons pas imaginer…

Mais s’ils savent instrumentaliser un pôle, ne sauraient-ils pas en activer d’autres ?

Après le 11 septembre, un livre grotesque — L’Effroyable imposture — prétendait que les États-Unis s’étaient attaqués eux-mêmes. La thèse était absurde. Mais elle a connu un succès. Pourquoi ? Parce qu’elle a ouvert un gouffre.

Et si le vrai complot approchait toujours masqué par un faux ? Et si le grotesque servait de paravent ? Et si le tabou n’était pas un accident, mais un verrou stratégique ?


Il faut aussi reconnaître ceci : les démocraties, comme les États intègres en général, sont désarmés face à cette guerre. Y compris cognitivement.

Ils se méfient des raccourcis. Ils préfèrent le doute à l’intuition. Ils avancent à pas comptés, là où l’ennemi se faufile, joue, saute, mime, ment. Leur éthique les ralentit. Leur attachement à la vérité les rend vulnérables. Leur refus de penser l’impensable — par crainte d’y ressembler — les empêche souvent d’en percevoir les contours.

Alors ils ont toujours, à minima, un coup de retard.


L’impuissance de la République fait peine à voir.

L’auteur de la modeste réflexion stratégique « Vulnérabilité des démocraties au temps de la mondialisation », que je n’ai pas cessé de poursuivre, ne peut s’y résoudre.

Justice sous pression : le piège dialectique qui se referme sur la République

Avant toute chose, il est impératif de combattre cette affirmation initiale, présentée comme une évidence par certains à dessein : celle selon laquelle la justice, en France, serait « laxiste ». Ce prolégomène est faux. Acceptable, à la faveur d’un prisme médiatique et sous l’effet de manipulations délibérées, en termes de ressenti individuel ou collectif, il n’en reste pas moins factuellement infondé.

Or, poser une prémisse fausse à l’origine du débat, c’est piéger l’ensemble de la discussion qui en découle, et compromettre, dès l’origine, la possibilité même d’une réflexion démocratique authentique. Ce piège cognitif doit être identifié, combattu et déconstruit pour éviter que la République ne soit enfermée dans un faux dilemme où elle perdrait à tous les coups.

Dans la nuit du 31 mai au 1er juin 2025, le sacre du PSG a été éclipsé par une vague de violences urbaines. Près de 500 personnes ont été interpellées, traduites devant la justice. Les premières décisions, parfois assorties de sursis, ont été aussitôt qualifiées d’indulgentes. Immédiatement, un appel au « durcissement » s’est propagé comme une onde réflexe dans les rangs politiques et médiatiques. La machine s’est emballée.

La pression « sécuritaire » sur la justice atteint désormais un seuil critique. Un consensus émerge pour dénoncer une justice devenue « hors-sol », accusée de ne pas comprendre le peuple. Dans cet emballement émotionnel, c’est la République elle-même qui s’expose à un piège dialectique.

Marine Le Pen, pour l’extrême-droite, s’engouffre méthodiquement dans cette brèche :

« En octobre dernier, j’appelais le Gouvernement à mettre en place des peines planchers et la double peine… Aujourd’hui, s’ils ont changé d’avis, je propose que ces mesures soient soumises au vote. »

Ce retournement scénarisé fait passer l’idée que la République se serait réveillée trop tard, que ses gouvernements successifs l’ont rendue hors-sol et impuissante, et que l’extrême-droite aurait eu raison avant tout le monde. Le piège se referme : celui d’une démocratie qui se laisse dicter sa politique pénale par la peur, et ses choix constitutionnels par l’hystérisation du débat.

Hier, en réponse à ceux qui réclament « plus de sévérité » pour contenir l’extrême-droite, j’ai tenu à rappeler ceci :

« Si vous répétez à l’envi que la justice est laxiste — ce que recherchent précisément ceux qui manipulent les bandes et bombardent l’opinion alors vous nourrissez l’extrême-droite qui exploite ce phénomène comme pain béni.
La dialectique des événements, dans la centrifugeuse des médias, piège la République en donnant le sentiment qu’elle est impuissante.
Un effet de stress psychique s’empare du réel pour le soumettre à la peur.
Ce sentiment, il faut l’inoculer, l’amplifier, pour désarmer l’État de droit, dénaturer et terrasser la République.
C’est cela qui se passe.
C’est cela, l’enjeu réel. »

Je vois clairement un piège dialectique, silencieux mais redoutablement efficace, se refermer sur la République. Une manipulation cognitive – désolé, il n’y a que ce mot pour dire la nature du piège,n s’insinue, laissant croire que la solution serait dans un durcissement aveugle, au mépris même des fondements de l’État de droit.

Cela n’interroge donc personne, cette route qui semble s’ouvrir toute seule vers le pouvoir, sans effort, sans contradiction ? Si ce sont les idées qui gagnent, alors c’est bien la démocratie à l’œuvre. Mais si ce sont les nerfs qui cèdent, et les médias qui tracent la voie sous la pression, alors ce n’est plus le suffrage qui gouverne, mais le conditionnement.

Je l’affirme clairement : si cette ascension politique est le fruit d’une stratégie étrangère, d’un pourrissement méthodique du débat public, par la Russie, au profit de partis amis, alors c’est un acte de guerre contre la démocratie. Une guerre cognitive. Notre fragmentation partisane actuelle, si fière de ses nuances, nous rend pourtant totalement impuissants face à cette offensive.

On en est, aujourd’hui, à réclamer l’ouverture d’une commission d’enquête. Sénatoriale, je l’espère, ai-je répondu avec ironie, afin de ne surtout pas regarder au-delà de son nez. Une commission d’enquête pour se rassurer en restant enfermée dans le seul prisme sécuritaire. Mais pourquoi s’interdire, dans le contexte, d’autres perspectives, d’autres questionnements ?

Rappelons-nous précisément ce qui s’est produit lors de la finale de la Ligue des Champions en 2022, initialement prévue à Saint-Pétersbourg mais finalement déplacée à Paris en représailles au déclenchement de la guerre en Ukraine. Ce soir-là déjà, Paris avait subi un déferlement inexplicable de violence et de casseurs organisés, semant le chaos et laissant perplexes tous les observateurs attentifs.

Ce précédent doit impérativement nous interroger au-delà du seul prisme sécuritaire immédiat. Si nous prenons de la hauteur, si nous considérons froidement la logique stratégique et existentielle de Vladimir Poutine et de la Russie actuelle, nous devons nous demander clairement : à qui profite ce désordre méthodiquement répété ?

Les partis qui représentent la Nation, dans leurs chambres respectives (le Sénat et l’Assemblée Nationale), doivent se saisir lucidement de cet enjeu et sortir du confort intellectuel et partisan qui consiste à ne considérer que ce qui semble immédiatement évident ou utile électoralement. Ne tombons pas dans ce piège trop facile qui consiste à exploiter politiquement la peur et le désordre. Car il s’agit là, précisément, d’un cadeau offert sur un plateau à ceux qui bénéficient du spetaclme du chaos, dont je crains qu’il soit monté de toutes pièces, pour affaiblir durablement notre démocratie.

A cette aune, l’indépendance de la justice n’est pas une simple figure de style. Elle n’est pas négociable. Elle est la condition sine qua non de l’État de droit. Oui, certains jugements peuvent sembler discutables ; c’est la nature humaine. Mais l’institution judiciaire elle-même mérite respect et protection. Car la tentation du populisme pénal, avec son cortège de « peines planchers », de suppression du sursis, et même de propositions délirantes (réinventer Cayenne à Saint-Pierre-et-Miquelon), ne relève pas de la justice, mais de l’agitation et de la plus vaine des surenchère.

Il n’y a pas de République possible si le droit qui l’anime est soumis à la peur. La peur est mauvaise conseillère. Elle confond la foule avec le peuple, le sentiment avec le droit, la colère avec la légitimité.

Je constate que le doute s’empare désormais ouvertement de la Nation. Il transparaît dans les discours, dans les projets de modifications constitutionnelles, dans la facilité avec laquelle l’hystérie sécuritaire devient le cheval de Troie d’un démantèlement subtil de l’ordre républicain.

Mais la République ne doit pas céder à ce vertige.
Elle doit tenir bon. Tenir juste. Tenir debout.

État de l’Union : Du principe à la paralysie, de la paralysie à l’élan

Introduction : Une trouvaille sémantique devenue piège politique

L’opposition entre Approfondissement et Élargissement a longtemps été présentée comme un clivage fondateur de la construction européenne.

On en a fait une grammaire de la stratégie communautaire, un axe de discussion technique et institutionnelle.

En réalité, cette opposition repose sur une trouvaille sémantique qui a masqué un fait fondamental : l’élargissement n’a jamais été un principe libre ou concurrent, mais une variable subordonnée à l’approfondissement, selon les critères de convergence posés par l’Union elle-même.

Autrement dit : on ne devait élargir qu’à condition d’être capable d’intégrer. Ce n’était pas un dilemme, mais une logique. Une logique de gouvernabilité.

Le pivot : un principe biaisé, infiltré, détourné

Le vrai tournant politique n’a pas été d’élargir.

Il a été de biaiser le principe même de cette relation délicate entre extension et consolidation.

Le discours politique, en particulier à droite, a progressivement infiltré idéologiquement ce principe pour en faire un vecteur d’attentisme, puis de renoncement.

On n’évoquait plus l’approfondissement pour préparer l’élargissement.

On utilisait l’un pour bloquer l’autre.

On déplaçait le centre de gravité de la stratégie européenne : de la capacité à s’étendre sans se diluer, vers la peur d’être transformé par ce qu’on pourrait accueillir.

Dans cette inversion, les biais concurrentiels se sont engouffrés :

-Le « plombier polonais » comme menace sur le marché de l’emploi,

-Les agricultures de l’Est comme menace sur la PAC,

-L’immigration intra-européenne comme facteur d’insécurité ou de déracinement,

-La chrétienté comme dernier rempart identitaire.

On est passé d’un projet à une peur. D’un dessein à un doute. D’une politique à un repli.

L’effet géopolitique : servir ce que l’on croyait contenir

Ce renoncement stratégique n’a pas eu lieu dans le vide. Il a eu lieu dans un contexte où la Russie de Poutine, hostile à toute extension du modèle européen dans son voisinage, n’avait qu’une stratégie à suivre : le statu quo. Son soutien objectif aux partis nationalistes et souverainistes, partout, s’inscrivait dans cette stratégie des relais locaux.

En affaiblissant la dynamique européenne au nom de prétextes internes, les détracteurs de l’élargissement ont objectivement servi l’intérêt d’une Russie impériale, qui ne souhaitait rien de plus que de voir l’UE divisée, paralysée, incertaine d’elle-même.

Pendant qu’on polémiquait sur la directive Bolkestein, d’autres redessinaient les sphères d’influence en Ukraine, en Moldavie, dans les Balkans. Pendant qu’on arguait de la « fatigue de l’élargissement », l’histoire revenait avec fracas.

Ce que l’Histoire attend de l’Europe maintenant: qu’elle réponde présent

On ne peut rien modifier au passé. Mais on peut l’éclairer de lucide manière, et cesser d’en faire une fatalité.

Il n’est plus temps de débattre indéfiniment du bon tempo entre élargir et approfondir. Il est temps de se demander si l’Europe veut encore être un sujet géopolitique, ou seulement un objet de rapports de force internes et d’impuissance externe.

Une Europe digne de ses peuples n’est pas celle qui calcule à l’infini les risques de bouger, mais celle qui assume, par la raison, la nécessité d’avancer.

Conclusion

Cette Europe ne pourra survivre — ni rayonner — qu’en créant les moyens de sa propre défense. Et la défense, qu’elle soit militaire, économique, énergétique ou démocratique, ne naît jamais de la tergiversation.

Elle naît de l’élan, de la clarté du dessein, et surtout de l’envie de faire bloc ensemble — non par réflexe identitaire, mais par ambition collective.

Faire bloc, non pour se replier, mais pour exister.
Non contre le monde, mais pour peser dans son destin.

C’est à cette condition que l’Europe cessera d’être un projet suspendu, pour devenir un projet pleinement assumé, pleinement partagé, pleinement souverain.

Victoire, désordre et desseins obscurs – Ce que la nuit du PSG révèle

La victoire du PSG, ce 31 mai 2025, censée être un moment de liesse populaire, a de nouveau été marquée par des scènes de violence urbaine. Ce type d’événement, devenu presque rituel, ne donne plus lieu à la stupéfaction mais à une mécanique désormais bien huilée : celle de l’instrumentalisation politique.

Comme à chaque épisode, l’extrême-droite s’engouffre dans les images d’émeutes pour renforcer son récit préféré : celui d’une infiltration des banlieues par le Qatar, via le PSG et le soft power du sport, dans une logique d’islamisation rampante.

Le sous-entendu n’est plus voilé.
Il se propage désormais à visage découvert, à l’air libre, comme une vérité qui n’aurait plus besoin ni de preuve, ni de contradiction.
Il s’installe dans les esprits à force d’être répété, jusqu’à devenir un réflexe politique, un réflexe médiatique, un réflexe social.

Et ce récit, autrefois marginal, prospère aujourd’hui.
Pourquoi ? Parce qu’il est :


– validé par certains universitaires ou figures médiatiques,
– relayé avec constance par la droite et l’extrême-droite,
– et entériné par l’absurde, presque dialectiquement, par une extrême-gauche qui, sous sa posture critique, partage parfois une connivence objective — consciente ou non — avec ce discours.

Le débat se referme. Toute tentative de proposer une autre hypothèse, d’explorer une forme de recul et de lucidité, est aussitôt disqualifiée comme « complotiste ».

Un précédent: Paris 2022, miroir du chaos

Ce n’est pas la première fois que le sport devient le révélateur, ou le prétexte, d’un trouble profond de l’opinion publique.

En 2022, la finale de la Ligue des Champions — initialement prévue à Saint-Pétersbourg — fut relocalisée à Paris en raison de l’agression militaire de la Russie contre l’Ukraine.
Or cette soirée fut, elle aussi, marquée par des scènes de désordre, d’envahissements, d’agressions, de chaos.

La presse internationale titra alors sur le “déferlement des barbares”, pointant déjà les “quartiers”, “la banlieue”, “les failles de l’ordre public français.”
L’effet politique fut immédiat : les extrêmes gagnèrent du terrain, sur une base d’indignation aussi émotionnelle que stratégiquement exploitée.

Il est frappant de constater la répétition quasi à l’identique du phénomène :
un événement planétaire → des incidents prévisibles → une couverture médiatique saturée → une polarisation politique maximale.

La Russie veut la peau de la République française. Il faut garder cela à l’esprit.

Qui manipule cette répétition ?
Qui sait l’exploiter ?
Le hasard sait-il tirer tout seul de telles ficelles ?

Au cœur de cette mécanique, le système d’information, censé éclairer l’opinion, ne protège plus rien.
Il diffuse le choc, mais refuse l’analyse.
Il livre l’émotion brute, mais évacue les causes structurelles.
Il ne questionne pas les récits dominants — il les relaie, les redouble, les recycle, zhreuse de l’illusion de pouvoir que les « événements » produisent.

Ce n’est plus un contre-pouvoir : c’est un amplificateur de fragmentation.

Nous subissons un bombardement cognitif, permanent, diffus, insidieux.
Une guerre de l’attention, livrée au nom de l’actualité.

Et ceux qui s’en nourrissent n’ont pas besoin d’être subtils : ils attendent que l’effet de saturation produise mécaniquement ses fruits.


À chaque nouvelle flambée, les mêmes partis gagnent des points.
Toujours les mêmes : pro-russes, anti-européens, souverainistes autoritaires.

Le hasard peut-il, à lui seul, faire preuve d’autant de cohérence stratégique ?

Poutine peut-il avoir le même sourire que celui de La Joconde?

Trump, en homme lige qui a imposé l’idée d’un deep state au sein de la démocratieceuropéenne pour embrasser celui qui oeuvre dans dans les profondeurs du Kremlin, provoque, sans le vouloir un retour aux racines.

Il n’est pas le guide.
Il est l’instrument passager, bientôt oublié, de cette force plus ancienne qu’il réveille sans le vouloir :
le retour des peuples vers la matrice première de la Liberté.

Et ce mouvement — profond, archaïque, souterrain — ne dépend d’aucun homme providentiel.
Il appartient à l’Histoire des peuples souverains et intègres.

Il n’y a pas de Liberté sans souveraineté.
Il n’y a pas de souveraineté sans lucidité.
Il n’y a pas de lucidité sans intelligence.

Réflexion à l’attention d’un ministre de l’Intérieur

Le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, alerte : les Frères Musulmans seraient en train d’infiltrer la République.

À la faveur de la déclassification d’un rapport gouvernemental*, il parle d’entrisme islamique, et va jusqu’à désigner cette mouvance comme une menace existentielle, avec pour but ultime : « faire basculer la France sous la charia ».

Il accrédite ainsi l’idée que la République, l’État de droit et la nation française n’auraient plus de noyau suffisamment solide pour résister à une mouvance d’influenceurs et de prêcheurs tapis dans quelques mosquées.

C’est un cadeau curieux fait à des gens qui n’en demandent pas tant.

Hiérarchie des périls

Permettez qu’on interroge la hiérarchie des menaces. Pourquoi Bruno Retailleau — ancien proche de François Fillon — a-t-il tant de facilité à désigner l’organisation des Frères Musulmans comme étant l’ennemi existentiel, et tant de mal à user du même terme pour qualifier Vladimir Poutine ?

Poutine, lui, mène une guerre hybride — j’ai même utilisé le terme de guerre métamorphe, pour désigner une guerre qui prend la forme de nos envies et de nos fantasmes, et qui, ce faisant, devient non seulement méconnaissable, mais désirable.

Nous secrétons collectivement – il dispose à cet effet des relais intérieurs pour propager les phéronomes déclencheurs- l’envie de nous en remettre à lui.

Poutine brandit l’arme nucléaire comme menace constante. Il agresse l’Ukraine. Il ne s’arrêtera que s’il est arrêté.

Sa Russie agit, tue, corrompt, avance. Elle déploie ses agents, infiltre les esprits, altère nos perceptions, retourne notre langage.

Et il faut bien le reconnaître : elle gagne du terrain.

Si elle gagne dans nos têtes, nous n’aurons mécaniquement plus d’autre issue que de livrer la guerre qui s’abreuvera d’une mer de sang parce qu’elle sera mondiale (Honneur à l’Ukraine qui souffre sur le front) — ou de nous soumettre à sa loi.

C’est cela qui est en jeu et qui justifie de faire attention à la manière de désigner des ennemis, sans prendre le risque de les désigner à la légère.

La faute stratégique

C’est à cette aune qu’il faut juger la décision de qualifier de « menace existentielle » une mouvance qui, si elle existe, n’a ni chars, ni missiles, ni plan d’annexion.
C’est une faute stratégique majeure.
Elle sert des intérêts partisans, conforte une posture présidentielle, mais elle désarme la France en galvaudant la parole de l’État.

La parole de l’État n’est pas un outil de communication.
Elle est un engagement solennel, une boussole pour la nation.

La traiter avec légèreté, c’est affaiblir la République.
Cette légèreté renforce les ennemis de l’Europe, et ceux du monde libre.

La stratégie de Moscou y triomphe.

La Russie paierait très cher pour :
→ Ne plus apparaître comme une menace directe.
→ Se faire passer pour le dernier rempart contre la décadence occidentale — y compris contre l’islamisme.

Prenons garde à ne pas exaucer ou devancer sa volonté.
Or, nous reprenons les mots qu’elle nous mâche, les peurs qu’elle instille dans ses laboratoires secrets, et nous adoptons, finalement, l’agenda politique de ses priorités.
A mes yeux, c’est cela qui se passe.

Une nation ne peut pas avoir deux ennemis existentiels.

S’il y en a deux, l’un est une chimère — un monstre que l’on s’invente soi-même — ou un leurre — un monstre que quelqu’un a placé dans notre esprit. Et souvent, le leurre est une chimère nourrie par l’ennemi véritable.

Le système d’information — dont j’ai souvent dénoncé la faillite — donne à manger à ce leurre, jusqu’à lui offrir une place démesurée dans notre paysage mental.

La vraie question

Alors posons-la, clairement :

Entre le péril russe — tangible, militaire, stratégique, brutal — et le spectre d’un basculement vers la charia — hypothétique, fantasmé, peut-être même instrumentalisé — lequel est réel? Lequel est un leurre?

Il y a, bien sûr, un sujet autour des Frères Musulmans. Mais en faire l’ennemi suprême, au moment où l’Histoire frappe à nos frontières, c’est se tromper de combat.

La lucidité n’est pas une option.

La sécurité des Français, leur intégrité, leur souveraineté, ne sont pas des variables de sondage. Elles exigent du courage. Elles exigent de la lucidité.

Le ministre de l’Intérieur doit désigner le bon ennemi. Ne pas flatter celui qui rêve de l’être. Et ne pas dissimuler celui qui agit déjà, chaque jour, contre nous.

Subversion du réel

Il est temps de regarder en face les mécanismes de subversion du réel. De comprendre comment, souvent par facilité dialectique, et parfois par soumission à une puissance étrangère — l’intelligence ennemie au sens littéral —, la sphère politique devient l’instrument inversé de la vérité.

La menace est cognitive.

Et dans cette guerre-là, la souveraineté de l’analyse est un devoir. Elle appartient au peuple. Elle lui est due.

C’est elle qui signe sa liberté. C’est elle qui fonde sa dignité.

#LeCID #FreresMusulmans

*Dont l’opportunisme est à clarifier, peut-être.


Lettre à ceux qui croient encore en la République

Et à ceux qui se sont convaincus qu’ils n’y ont plus leur place. Où il est question de plomb, d’or, de blockchain et de République

Je ne vais pas vous mentir.

Il y a des jours où je me demande ce qu’il faut faire pour réussir.

Jamais au cours de ma vie, il ne m’a semblé parler aussi juste que maintenant et être digne d’être écouté.

Jamais, il ne m’a semblé porter quelque chose d’aussi clair que ce que je porte, à travers le projet Habitat du Roi.

Cette startup synthétise toute les autres dimensions où court ma volonté, mais je dois reconnaître que tous mes efforts sont, jusqu’à présent, couronnés par le néant.

Je vous avoue que ce sentiment est très curieux.  En fait, dans la vie, on devrait s’attendre à tout, sauf, peut-être, à ce que le meilleur que l’on puisse donner, vraiment le meilleur que l’on puisse donner, ne suscite pas le moindre intérêt.

Ne me faites pas l’insulte d’objecter que je ne suis pas juge de ma propre valeur et de la manière dont elle est apprécié par le système qui ne fait plus que décerner la valeur et que je dois plier sous son joug.

Je suis du côté d’un système qui suscite et délivre la valeur, pas du côté de celui qui ne fait que la décerner, s’appauvrit et dessèche son idéal.

Ma révolte vient de là: au moment où j’ai produit mon pic de vertu, des pierres se sont abattues sur moi.

Je n’ai pas peur de dire qu’il y a un contentieux qui s’est formé entre moi et la République, à ce moment-là. Mais ma révolte ne s’est pas transformée en violence, en nihilisme, en course aux pseudos révolutions, elle s’est transformée en besoin de mieux faire, en besoin de prouver.

Et, s'il le faut, j'emploierai des moyens légaux

Je me suis toujours convaincu que rien de ce que l’on dit, même le plus maladroit des mots, ne tombe dans l’oreille d’un sourd. On essaie de le redire mieux, de sonner plus juste.

J’ai toujours pensé qu’il y avait une grande oreille, à l’extérieur, dans l’univers, mais peut-être, qu’en fait, cette grande oreille, à qui on confie l’irrésolu, le mouvement des tréfonds, l’absolu du ressac des idées et des rêves, elle est surtout à l’intérieur de soi, à l’intérieur de moi comme elle est à l’intérieur de chacun.

Je lui ai beaucoup parlé.

Car il faut que je vous avoue : en 1996, j’ai quitté une vie toute tracée parce que j’ai eu l’impression que mon peuple, c’était perdu en lui-même,  et qu’il ne parvenait pas à sortir du labyrinthe qu’il s’était lui-même construit.

J’ai cru qu’il m’appelait. Oui, j’ai cru que le Peuple m’appelait, ou, plutôt, qu’il disait à la cantonade, qu’il livrait à l’atmosphère qui  grésille jusqu’à l’assourdissement de la somme nulle de tous les bruit : y a-t-il quelqu’un qui peut nous sortir de là ?

Et j’ai fini par répondre : oui moi.

Je n’ai pas répondu en parole. Je n’ai pas dit : « oui moi ».  J’ai essayé de former un acte, d’initier, au fond comme Monsieur Jourdain pour sa prose, une organisation autonome décentralisée avant la Lettre, bien plus large que celle que je destine à votre habitat, à l’Habitat du Roi.  Chacun de mes projets qui se sont succédé a procèdé et procède toujours de cette logique et de cette volonté.

Tous mes pas, depuis ce moment, forment la dimension de cet acte, en réalisent l’arpentage et alimentent sa cohérence.

C’est probablement incompréhensible pour beaucoup, mais c’est ainsi et seulement ainsi que je me situe.

Et s’il se trouve, ici et maintenant, des personnes pour douter de l’adéquation de l’homme au projet, au projet « Habitat du roi », je veux être très clair avec elles, il n’y a que moi, à travers ce chemin qui est le mien, qui pouvait parvenir à énoncer le Droit qu’énonce Habitat du Roi, car il s’agit bien d’un droit, il n’y a que moi pour parvenir à comprendre cela.

Je le dis afin que cela, au moins, soit gravé.

Ce projet est incopiable.  Ce projet est moi, mais il est moi dans une complexité ouverte que j’accepte.

Ce projet est à la personne que je suis ce qu’elle reflète de vous et ce projet est à vous, ce qui devrait se refléter de moi ayant l’espérance de vous.

Je ne la dirais jamais vaine, cette espérance. Je ne serais donc jamais vaincu, même s’il est vrai,  après tant de pas, qu’il y a de quoi être découragé par l’indifférence, le silence, la solitude.

Je pense même que le plus courageux des hommes finirait par déposer les armes, par se rendre à cette étrange raison qui sait se dire à chacun quand il poursuit une étoile ou lève un tabou : « Pour qui tu te prends ? »

J’ai croisé beaucoup de gens qui ont dû penser plus ou moins fort « Mais pour qui il se prend ».

Des gens qui m’ont dit mais : « Vous ne croyez pas avoir raison contre tout le monde ? »

Et à qui j’ai répondu : ‘Je veux avoir raison pour tout le monde par contre tout le monde. »

Mais je ne vais pas faire le bravache. Souvent, c’est moi-même qui me suis demandé : pour qui tu te prends ? sans avoir le début d’un argument rationnel en mettre sur la balance.

Alors, je me répondais la seule réponse qui tombe d’elle-même : Je suis moi.

Je me rends compte que j’ai un peu digressé par rapport à ce que je voulais initialement dire.

Ce que je voulais dire, au moment d’entamer ce propos, c’est qu’il y a quelques années, il m’était venu à l’esprit que, quoi que je puisse faire, je ne serai pas reçu ; Quoi que je puisse apporter, ce que j’apportais ne serait pas reconnu et, pour donner l’image la plus définitive de cette impasse, j’avais pensé que si je venais avec la formule qui permet de transformer le plomb en or, que je la déposais aux pieds du peuple, il ne s’en rendrait pas compte.

Je repense à cela, ce soir, parce que je me rends compte que, d’une certaine manière, habitat du roi veut transformer le plomb en or. Il veut donner, grâce aux nouvelle technologie à l’internet de 3e génération et grâce à la blockchain,  de la valeur à ce qui n’a pas de valeur aujourd’hui.

C’est transformer le plomb en or, non ?

C’est ce gisement en déshérence qui est inexprimé parce qu’il n’a pas de valeur, et qui n’a pas de valeur parce qu’il est inexprimé. Et je me dis qu’il est temps, en responsabilité et en authentique souveraineté, que la qualité de vos aspirations dicte ce qu’elle a à dicter. La République française ne conduit-elle pas à la grandeur de l’idée du peuple.

Tous mes pas, tous mes efforts, depuis peut-être toujours, depuis le souvenir d’un enfant si difficile, si désarmé, si malheureux, se demandant ce qu’il fiche là, trouvent leur sens dans l’empreinte que ce projet tente d’apposer.

Il faut être fait d’une matière d’une rare dureté pour continuer à affronter une telle adversité. Je me suis surpris à penser que mon cœur était un diamant et que le monde s’y rayerait s’il comptait le réduire en miettes.

C’est une conviction intenable.

Un tel degré d’obstination confine à la folie. Suis-je soluble dans ce monde ? Ou bien le suis-je dans cet état du monde ? Suis-je soluble dans la République française qui m’a vu naître et grandir?

Si j’écoute ce que dit la situation, j’entends que le Peuple me dit au fond : tu es prisonnier de ton image, de la représentation que nous nous faisons de toi. Cela ne changera jamais.

Mais si je l’entends – c’est-à-dire l’interprétation du sens de son action – me dire cela, et exercer par conséquent, tout le poids de cette réalité à mon encontre, j’entends aussi qu’il est lui-même rendu à être la somme de ces mêmes assignations à résidence, déferrements de destins, formes d’oppressions et de gâchis insupportables à mes yeux.

Cela ne me convient pas.

La liberté doit aller plus loin.

Elle doit ouvrir plus grand.

 

 

 

Réapprendre à marcher pour La France Entière

De Promothée à la refondation démocratique. Je propose que le Parti Renaissance, héritier de La République en Marche, achève sa mue en devenant le parti de La France Entière.

Il semble qu’une grande partie de nos élites politiques, médiatiques et intellectuelles, arrimées au régime partisan, ont encore le « En même temps », qui constitue la marque de fabrique du Macronisme, en travers de la gorge.

Elles ont considéré la victoire de Macron en 2017, annonciatrice prématurée d’un nouveau monde, comme un vol avec effraction.

Elles ont tenu sa victoire de 2022 pour une usurpation.

Le vieux monde s’est pris pour Zeus et s’est vengé.
Il s’est vengé de Jupiter.

Le vieux monde, son clergé, ses clercs, n’ont que faire de l’intérêt de la France. Ils n’aiment que leur propre image, leur propre importance dans le jeu des représentations.

Ainsi ont-ils mis l’opinion publique à feu et, parfois, à sang, portant les idéologies à leur paroxysme, déchirant la laïcité, éloignant la République de la paix civile qu’elle porte en son cœur.

Rappelons-nous de ce que le postulat du « En même temps », c’est-à-dire l’adoption du meilleur de la gauche et du meilleur de la droite, avait de Prométhéen.
Rappelons-nous de ce que Prométhée a dû subir à cause de l’épisode de Benalla face aux black-blocs, de Mac Kinsey, du COVID, de la réforme des retraites.
Depuis des années, un aigle vient, tous les jours, lui manger un bout de foie et nous ne rendons pas compte que, ce faisant, il mange le nôtre.

Mais Prométhée n’est pas mort.

Est-ce que les marcheurs de la première heure, devenus porteurs de Renaissance, peuvent renoncer à vouloir faire entrer la France et l’Europe dans le XXIe siècle?

Est-ce que nous ne sommes pas le corps et l’âme de ce Prométhée républicain qui meurt à un endroit mais renaît à un autre, dans et par le corps du Peuple, le vrai, pas l’agglomérat des foules, des communautés et des tribus?


Nous, on va enfoncer le clou, avec un positionnement de campagne qui ne cherche pas à ratisser large, mais bien à lever profond, à renouer avec le radicalisme républicain qui n’exprime qu’une volonté, celle d’aimer le peuple entier pour le représenter pleinement.


C’est la raison pour laquelle je nous ai déposé la marque politique : La France Entière.
C’est La France entière que nous devons embrasser et ça tombe bien que nous soyons à Saint-Denis, là où reposent les siècles des rois et reines, pour redonner tout son sens au destin du peuple qui reprend les authentiques attributs de sa souveraineté, insensibles aux démagogues, aux diviseurs, aux stigmatiseurs.

La marque La France Entière est là pour enfoncer une pointe d’argent au cœur de cette politique qui vampirise les âmes et dessèche les cœurs, qui est celle que nos concitoyens détestent et rêvent de pouvoir dépasser si on leur en donne l’occasion réelle.

C’est beaucoup plus qu’un programme politique.
C’est même plus qu’un projet politique.
C’est presque un discours amoureux.
C’est une espérance que nous devons concrétiser.
C’est ce pourquoi Je marche,
C’est ce pourquoi Nous marchons.

Je marche, nous marchons pour La France entière.

Cette marque, cette bannière, cet entête, s’inscrit dans l’ADN du mouvement. Il représente la continuité logique entre les pas du marcheur, depuis son origine, et sa destination révélée qui est celle du peuple dans son entier, dans son intégrité.
Car La France Entière ce n’est rien d’autre que le peuple Un et Indivisible, pas celui de gauche, de droite, du centre, des patriotes, des souverainistes, des écologistes, des altermondialistes, pas le peuple des déchirures, des genres opposables à l’infini, des Kramer contre Kramer, pas le peuple de Paris contre celui de la périphérie, de la voiture à essence contre la voiture électrique, celui du gluten et celui du cholestérol, celui des champs et des villes, du foot ou du rugby.

Non, pas cette République qui s’invective du soir au matin, où chacun devient de plus en plus allergique à l’autre parce que des forces politiques, syndicales et sociales choisissent de fonder leur pouvoir sur la facilité à diviser, à diviser toujours plus, jusqu’à jour où ne reste que le néant de la République à diviser.
Nous ne laisserons pas faire cela. Moi, je ne le laisserai pas faire, en tout cas.

Nous sommes au service de La France Entière. Elle commence ici et elle n’a pas de limite que celle que la volonté du peuple saura susciter en nous et réveiller en elle.

Daniel CICCIA

De la mondialisation malheureuse à la démondialisation à pleurer

En rejetant, au motif que la mondialisation était malheureuse, un système imparfait mais régulé, le monde s’expose à un désordre encore plus grand, où les rapports de force dominent. Il est essentiel de repenser les mécanismes de coopération internationale pour éviter que la démondialisation ne nous plonge définitivement dans le chaos et l’injustice. La question est : avec ou sans la Chine, qui a été la grande bénéficiaire de la mondialisation malheureuse?

Depuis plus de vingt ans, l’Europe et, plus largement, l’Occident semblent engagés dans une série de rendez-vous manqués avec l’Histoire. Chaque peuple s’applique, avec un zèle déconcertant, à ne plus honorer les rendez-vous qu’il s’était fixé avec lui-même, trouvant mille prétextes à bannir un projet de civilisation fondé sur la coopération, la régulation, et la dignité humaine.
Pour les Français, cibles du terrorisme islamique, cibles de la Russie, il s’est agi de faire mentir et de renier leur goût pour l’universalisme. De démentir, comment dans les années, leur adn.

Le 11 septembre 2001 marque la fin brutale d’une certaine innocence occidentale et inaugure une période où la peur, la méfiance et le repli sécuritaire prennent le pas sur la confiance et l’ouverture.
« La fin de l’histoire » de Francis Fukuyama érigé sur les décombres du mur de Berlin rencontre les eaux froides du « Le choc des civilisations » de Samuel Huttington.

Tout ce qui, jusque-là, coulait de source cesse de couler de source.

Quelques années plus tard, en 2005, l’Europe rate un rendez-vous décisif avec elle-même : le référendum sur la Constitution européenne. La dynamique ambitieuse de construction d’une identité politique commune est stoppée net.


Une trouvaille sémantique, parfaitement traduisible en alphabet cyrillique, fait son apparition favorisant l’idée que le temps de l’Europe devait être celui l’approfondissement plutôt que celui l’élargissement.


Ironiquement, c’est le spectre caricatural du « plombier polonais » – symbole d’une peur irrationnelle que l’ouvrier français soit dépouillé par l’ouvrier polonais – qui contribue à détourner le regard des Européens de leur avenir commun.
Se pouvait-il que le plombier polonais ait pu être un agent d’influence russe ?

Vient ensuite la crise financière de 2008, fruit d’une dérégulation excessive et d’une mondialisation qui subit le procès d’être devenue incontrôlable et prédatrice. Celle-ci nourrit une critique radicale du libre-échange, le présentant comme source d’inégalités croissantes, de destruction économique locale, d’érosion culturelle et d’être antinomique avec la lutte contre le changement climatique. Ainsi se forge le concept de « mondialisation malheureuse ».

Pourtant, en rejetant radicalement ce modèle certes imparfait mais régulé, l’Europe s’est privée elle-même des outils indispensables à son influence sur l’ordre mondial. L’échec du traité TAFTA, en 2016, en est la parfaite illustration.


Vladimir Poutine n’a jamais caché qu’il considérait ce traité comme « une manifestation de l’égoïsme économique de l’Occident ». Il l’a dit, à la tribune des Nations Unies.


Ironiquement, en refusant ce projet qui aurait pu donner naissance au plus grand espace économique intégré au monde, l’Europe a involontairement favorisé les intérêts de ceux qui préfèrent une Europe divisée, fragmentée, isolée – et donc vulnérable.


Les historiens, à froid, analyseront ce qui s’est passé réellement, au-delà des représentations politiques et du ressac médiatique que cela provoque. Cela mérite un rapport clinique car il s’agira, à un moment, d’édifier notre postérité, qui doit commencer aux générations qui héritent de ce sombre et lourd fardeau que nous avons, par faiblesse, par indiscipline, parce que notre ennemi est trop fort et trop rusé, laissé se constituer.


Aujourd’hui, la situation s’est encore aggravée. Les États-Unis sous Trump ont choisi une forme de démondialisation brutale et chaotique, dominée par le protectionnisme et le rapport de force.
L’Europe, quant à elle, semble errer dans ses propres contradictions internes, affaiblie par ses choix passés.


Cette prise de conscience historique doit nous inviter aujourd’hui à lever le regard, à sortir de l’immédiateté étouffante du quotidien et à nous retrouver dans une véritable perspective historique.

Comprendre ce dont nous avons été victimes est la première étape indispensable pour élaborer une riposte réparatrice à l’heure où les nationalismes, les souverainismes et les isolationnismes se préparent à sabler le champagne. Il ne s’agit plus seulement de réagir, mais de reconstruire activement les fondations d’une coopération internationale éclairée, solidaire et juste.


Pour cesser de péricliter, il faut que les Européens embrassent maintenant leur destin européen et le rendent irrésistible.

Quand la lutte contre l’antisémitisme devient un levier de manipulation politique

Jamais la tentation de redéfinir la lutte contre l’antisémitisme en opposition à l’islam n’a été aussi forte. Et jamais, grâce aux outrances de LFI, le mot “islamophobie” n’a été aussi délégitimé — au point qu’aucun musulman ne peut aujourd’hui s’en revendiquer sans être suspecté.

Le soutien exprimé par Emmanuel Macron à la communauté juive après l’agression antisémite du rabbin Arié Engelberg à Orléans a suscité des critiques virulentes.

Mais derrière ces attaques se cache une mécanique plus inquiétante : celle de l’instrumentalisation de la lutte contre ce même antisémitisme à des fins politiques, au profit du Rassemblement National — avec, en arrière-plan, des ingérences étrangères avérées.

Une partie de ces critiques ne relèvent pas simplement de l’anti-macronisme primaire, mais s’inscrivent dans une dynamique bien plus sournoise, qui met en scène une recomposition des narratifs autour de la figure du Rassemblement National, désormais présenté par certains comme le véritable rempart des juifs.

Ce glissement stratégique est loin d’être anodin. Il met en lumière une instrumentalisation de la peur, du sentiment d’abandon, et de l’émotion légitime, dans le but de renforcer un camp politique qui, tout au long de son histoire, a pourtant porté les stigmates de l’antisémitisme, de la fascination pour les pogroms, du racisme, du rejet de l’autre, et de l’autoritarisme.


Ce que l’on voit poindre, c’est un narratif savamment construit, souvent relayé par des figures prétendument « dissidentes », qui martèle que Macron aurait failli à sa mission de garant de la sécurité des Français juifs, notamment en s’abstenant de participer à la marche contre l’antisémitisme après le 7 octobre 2023.

Derrière cette accusation se cache une logique plus insidieuse : celle qui vise à disqualifier toute autre forme de solidarité que celle incarnée par la droite extrême, tout en diffusant l’idée que le président serait « l’otage » de la communauté arabo-musulmane française.

Ce procès d’intention, jamais totalement assumé, procède pourtant d’un mécanisme de polarisation identitaire qui alimente la fracture nationale. Il est d’autant plus dangereux qu’il détourne le sens même du combat contre l’antisémitisme en l’inféodant à une stratégie électorale.

Or, pour comprendre cette mécanique, il faut aussi la resituer dans son arrière-plan géopolitique. Il est désormais avéré que, dans les jours qui ont suivi l’attaque terroriste du Hamas le 7 octobre 2023, des opérations d’influence — voire de déstabilisation — ont été menées sur le sol français, avec l’appui d’agents liés à la Russie.

Des individus, notamment venus de Moldavie selon les premiers éléments d’enquête, ont été identifiés comme auteurs de tags antisémites, croix gammées incluses, sur des façades d’immeubles à Paris.
L’objectif était limpide : attiser les tensions communautaires, exacerber les clivages, et affaiblir le front républicain.

L’antisémitisme, dans ce contexte, devient un instrument géopolitique. Un poison que certains inoculent méthodiquement pour fracturer nos sociétés de l’intérieur, l’instrumentalisation de la cause palestinienne par les extrêmes-gauches et les altermondialistes, anticapitalistes et autres mouvances écolo-radicales contribuant à ce qu’aucun chat ne puisse reconnaître ses petits.

Dans ce climat vicié, la figure d’Arno Klarsfeld joue un rôle particulièrement trouble. Fils de Serge Klarsfeld, dont le nom est à jamais associé à la mémoire du génocide et à la traque des criminels nazis, il engage aujourd’hui ce nom dans une entreprise de brouillage moral et politique.

En s’alignant sur les positions du Rassemblement National, en reprenant l’antienne selon laquelle l’Ukraine serait infestée de nazis, et en vantant le RN comme le « meilleur protecteur des juifs », il contribue à une inversion perverse des repères historiques.

Ce faisant, il confère une forme de légitimité mémorielle à un parti dont les racines idéologiques ont précisément nourri les pires dérives du siècle passé. Ce n’est pas seulement une faute politique — c’est une blessure infligée à la mémoire.

Il faut donc regarder ce basculement avec lucidité. Dans la communauté juive elle-même, certains — et ils sont heureusement minoritaires — participent activement à cette mystification, croyant servir leur cause alors qu’ils servent un projet qui les trahira.

La tentation d’instrumentaliser la menace antisémite pour asseoir une force politique jugée plus protectrice est réelle, et c’est là que réside l’un des pièges les plus dangereux de notre époque.

Il est à la fois tragique et vertigineux de voir se dessiner cette équation perverse : faire du RN, et de Bardella, les garants de la sécurité, alors que dans le même temps, ce parti ouvre symboliquement des brèches qui affaiblissent notre cohésion, alimentent la guerre informationnelle, et laissent la porte grande ouverte aux ingérences de régimes comme celui de Vladimir Poutine.


C’est dans ce contexte que les critiques contre Macron doivent être comprises. Non pas comme des critiques isolées ou sincères, conforme au débat public dans une société pluraliste, mais comme les maillons d’un activisme politique bien plus large, qui vise à disqualifier l’équilibre républicain pour installer, sous couvert de protection et de fermeté, une puissance autoritaire déguisée.
Ceux qui s’y prêtent consciemment jouent un jeu dangereux.
Ceux qui y adhèrent inconsciemment sont les premières victimes d’une grande mystification.

CredimusInOptimumHumanis