Et si le Proche-Orient n’était pas si compliqué

Le chaos structuré : du 11-Septembre à Daesh, de Durban à Dabiq, de Massoud à Poutine, de Tel-Aviv à Moscou. Il est des vérités qu’on ne peut approcher qu’en franchissant plusieurs voiles. En se forçant à risquer de trop embrasser du champ des « événements » pour mieux étreindre, comprendre et, finalement, étouffer les forces illégitimes qui sont à l’oeuvre.

Le 11-Septembre 2001 n’est pas seulement une tragédie ou un acte de guerre. C’est une onde de choc cognitive, une déflagration symbolique, une cassure dans l’histoire contemporaine. Il survient au croisement de deux événements ignorés, disjoints mais reliés par la coulisse stratégique :
– L’assassinat du commandant Massoud, deux jours plus tôt, par deux kamikazes déguisés en journalistes, dans un attentat trop précis pour n’être que marginal. On retient celui-ci comme le point majeur.
– Et, presque simultanément, la Conférence mondiale contre le racisme à Durban, où se noue un accord silencieux entre les révolutions sociales postmodernes (écologistes, anticapitalistes, altermondialistes) et la bannière théologico-politique de la Révolution islamique, qui s’infiltre par la cause palestinienne. C’est cet événement, dans sa banalité, qui était important.
C’est à Durban, en effet, que les drapeaux se croisent. Et le 11-Septembre les recouvre d’un souffle de feu.

La grande scène du XXIᵉ siècle commence là : dans ce trompe-l’œil monstrueux, où le choc des tours effondrées nourrit de son onde toutes les matrices révolutionnaires — sans qu’aucune ne sache, réellement, ce qu’elle vient d’absorber.


L’engrenage et la faute stratégique

Les États-Unis, frappés au cœur, réagissent en empire blessé. Mais leur réponse ouvre plus qu’elle ne ferme.
En Afghanistan d’abord, mais surtout en Irak, ils déclenchent une chaîne de ruptures dont l’Iran est le premier bénéficiaire objectif.
La chute de Saddam Hussein, la dissolution de l’armée irakienne, la débaathification, tout cela crée un vide — et dans ce vide, l’Iran s’étend.

Washington, croyant abattre l’Axe du Mal, brûle en réalité son propre magistère moral.
Et offre à la Révolution islamique une profondeur stratégique que ni Khomeini ni Khamenei n’auraient osé espérer aussi vite.


Le retour de Saddam… par l’ombre

C’est alors que réapparaît Saddam Hussein, non plus comme chef d’État, mais comme figure spectrale.

Juste avant l’invasion américaine, il se rend à Damas, espérant sans doute un dernier geste fraternel de la Syrie baathiste. Mais Bachar el-Assad ne joue plus la solidarité idéologique : il calcule. Saddam, en désespoir de cause, invoque l’islam qu’il avait combattu. Bachar, lui, prépare son chaos.

La Syrie devient entre 2003 et 2011 un couloir discret :
– pour les anciens baathistes,
– pour les djihadistes internationaux,
– pour les réseaux de contournement.
Ce sas syrien entre l’État profond, les tribus, et l’internationale salafiste, est l’incubateur du monstre.


Daesh : fruit empoisonné du vide américain

Ce monstre, c’est Daesh.

Né de la collision entre les ruines de l’Irak, les frustrations sunnites, la brutalité du désordre, et les ingénieries du renseignement, il réunit :
– des officiers baathistes,
– des djihadistes globalisés,
– des hommes de main,
– des russophones venus du Caucase.

Et là encore, la Syrie joue le rôle d’interface : le lieu de la porosité, de la circulation, de la mutation.


L’énigme russe n’est pas insaisissable

Mais voici l’énigme : Daesh frappe l’Occident. Pas la Russie. Ou si peu.

Dans Dabiq, le magazine officiel de l’État islamique, la Russie est citée, mais jamais désignée comme l’ennemi principal.

Elle est une présence rhétorique, mais une absence stratégique.

Et sur le terrain, les attentats de Daesh — Madrid, Paris, Bruxelles, Berlin, Nice — fragilisent les démocraties, nourrissent les peurs, font monter les partis identitaires.
Tout cela sert la Russie de Poutine :
– en sapant l’unité européenne,
– en légitimant son propre autoritarisme,
– en isolant ses opposants internes.

Il n’y a pas connivence. Il y a convergence.

Daesh dynamite par le bas. Poutine ronge par le haut. L’un frappe. L’autre récolte.


Le clou sur le cercueil

En mars 2024, Moscou est frappée : le Crocus City Hall.
Un attentat sanglant, revendiqué par Daesh.
Mais la première réaction de Vladimir Poutine n’est pas de pointer l’État islamique.
Il accuse Kyiv, l’Occident, l’axe atlantiste.

Ce n’est pas un déni. C’est un réflexe structurel.
Poutine sait que le visible est déjà un écran. Que le terrorisme est un langage à plusieurs voix.

Et que celui qui frappe n’est pas toujours celui qui parle par le coup.

Le maître du brouillard reconnaît le brouillard. Il le trace. Il y règne.


⚫ Le chaos n’est pas une dérive. C’est une méthode.

Daesh ne parle pas au nom de l’islam. Il parle au nom du vide.
Et dans ce vide, la Russie avance, en silence, avec méthode, jusqu’à ce que les États s’effondrent sous leur propre poids moral.

Architectes du morcellement

Les régimes de Vladimir Poutine et de Benyamin Netanyahou incarnent aujourd’hui un type de puissance particulier : les puissances de fragmentation. Elles ne cherchent pas à ordonner le monde selon un idéal ou un système, mais à le maintenir dans un état de dislocation maîtrisée, dans lequel elles seules peuvent affirmer une cohérence apparente. Elles gouvernent par érosion contrôlée des équilibres, par affaiblissement systématique des contre-pouvoirs, et surtout, par instrumentalisation du chaos.

Ces régimes ont appris à valoriser la rupture plutôt que la stabilité, à organiser la confusion plutôt qu’à la dissiper. Ils n’ont pas peur d’une certaine forme de mutilation symbolique : ils sont prêts à sacrifier une part de leur image, de leur cohérence, voire de leur propre population, pour préserver l’axe de domination verticale qu’ils incarnent. Poutine ne s’est ainsi jamais totalement affranchi des soupçons persistants autour des attentats de 1999 — frappes contre des immeubles d’habitation attribuées aux Tchétchènes, mais qui ont coïncidé avec son irruption sur la scène politique russe, face à un Eltsine laminé. De même, Netanyahou, en radicalisant la société israélienne de l’intérieur, n’hésite pas à fragmenter jusqu’à sa propre démocratie, si cela permet de verrouiller l’horizon politique autour d’un état de guerre permanent.

Ces logiques révèlent un modèle de pouvoir qui prospère non pas sur l’adhésion, mais sur la saturation, sur l’épuisement cognitif des peuples, sur la dislocation des solidarités. Et, en coulisse, un axe discret s’esquisse : un proto-occidentalisme stratégique, entre Tel-Aviv et Moscou. Non pas une alliance officielle, mais une convergence froide autour de la gestion technologique et sécuritaire du chaos. L’un comme l’autre, Moscou et Tel-Aviv savent qu’un Iran révolutionnaire incontrôlable — doté du nucléaire — est une menace commune. Et si Moscou proteste publiquement face aux frappes américaines ou israéliennes sur les installations iraniennes, sa retenue systématique, voire son silence, trahit un consentement stratégique implicite.

Pendant ce temps, la Révolution islamique d’Iran, confrontée à cet ordre feuilleté du désordre, apprend à son tour. Elle qui croyait que le chaos ouvrirait une brèche vers le réel, vers l’immanence politique d’un monde islamique nouveau, découvre que le chaos est structuré, surveillé, assigné. Que la visibilité publique de son projet est un piège cognitif, et que le vrai pouvoir se joue dans les marges grises, dans les seuils non-cartographiés du théâtre géopolitique. L’Iran s’adapte — clandestin, fractal, mobile — mais comprend aussi qu’il n’est pas l’initiateur du chaos : il en est la matière première.

C’est pourquoi, en regard de cette configuration, certains événements fondateurs doivent être réinterrogés non comme des faits sacrés, mais comme des structures politiques. Le 11-Septembre 2001 comme le 7-Octobre 2023 ne peuvent être regardés seulement à travers le prisme de l’émotion ou du récit officiel. Ils doivent être abordés avec la rigueur de la médecine légale, c’est-à-dire comme des corps sur une table d’autopsie. Autopsie, littéralement, signifie « voir de ses propres yeux » ; voir dedans. Refuser cela, c’est renoncer à toute justice. Sans cet effort, il ne reste que la commémoration comme rideau de fumée, et le chaos comme instrument du pouvoir.

Les voies de l’hameçonnage sont-elles si impétrables

On ne sait rien de la teneur des échanges qui ont eu lieu au Kremlin, ce 23 juin 2025, entre le ministre des Affaires étrangères de la République islamique d’Iran et son homologue russe, en présence de Vladimir Poutine.
On sait seulement que le MAE iranien était porteur d’une lettre personnelle de l’ayatollah Ali Khamenei.

Publiquement — ce qui ne constitue pas une surprise — la Russie a condamné les frappes engagées par Israël.
Mais nul, sinon les intéréssés eux-mêmes, ne sait si la proposition avancée la veille par Dmitri Medvedev, vice-président du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie (présidé par Vladimir Poutine lui-même), a été abordée et surtout si l’IRR a mordu à ce qui ressemblait plus à un grossier hameçonnage qu’à un soutien sérieux et authentique.

Medvedev y assurait que plusieurs pays seraient prêts à fournir à l’Iran des têtes nucléaires afin d’armer ses missiles.

On ne sait pas ce qui s’est dit. On ne peut entrer dans le secret des dieux.
Restons par conséquent sur le terrain des hommes, avec cette évidence : si des secrets compromettants lient la République islamique d’Iran à la Russie d’un ancien agent du KGB, alors le moment vient pour ce dernier de les neutraliser.

Vladimir Poutine n’a jamais hésité à sacrifier ses adversaires et ses partenaires encombrants pour avancer.

Car cet homme — les cadavres sur son chemin le confirment — possède des protocoles opérationnels pour ce genre de liquidation silencieuse.
Toujours à l’abri d’être exposé.

Il agit, toujours, avec plusieurs coups d’avance. Et l’offre — retirée depuis, à 11h59 précisèment ce jour, après une spectaculaire réaction de Donald Trump sur Truth Social — n’était peut-être pas tant une erreur qu’un grossier hameçonnage opéré avec l’épée de Damoclès américaine suspendue au dessus de la tête.

Il n’a échappé à personne que Donald Trump a récemment menacé le guide suprême de l’Iran, de suppression physique en affirmant savoir où il se trouvait et pouvoir donc l’atteindre « à tout moment ».

Cela signifie la mort

de l’UE à terme,

car un puissant mainstream

de « normalisation doctrinale »

passera sur nous

Bien sûr, la Russie se prévaut d’avoir signé, en mai, un partenariat stratégique avec l’Iran. L’Iran l’a honoré en livrant des drones utilisés contre l’Ukraine par les Russes. La Russie, en retour, lui assure un service minimum, mais cela ne tient qu’en apparence à la limitation de ses capacités militaires concentrées pour venir à bout de l’Ukraine.

La raison en est qu’un partenariat n’est pas une alliance, et que Poutine a sans doute déjà embrassé la perspective d’un axe géopolitique autrement plus profitable — idéologiquement et impérialement. Le sacrifice de l’Iran, qui appréciera ce cynisme froid, échangé contre l’Ukraine scellant, en définitive, le deal du siècle, avec prix Nobel à la clé pour Trump.

Et l’effacement de l’UE à terme, car un puissant mainstream de « normalisation doctrinale »  passera sur nous. Car c’est cela que cela signifie. La Russie fera la loi. Elle fera sa loi sur l’Europe ou, alors, il faudra la guerre.

Cet axe illibéral et néo-Occidental part de Washington pour rejoindre Moscou, en passant par Tel-Aviv.
Il tente d’embarquer tout le monde, à la faveur de l’effet aphrodisiaque globalisé qu’exerce la chute de Qom.

Poutine rassure Khamenei quant à sa fidélité. Trump joue le saltimbanque virevoltant d’une position à l’autre, sans paraître poursuivre une ligne cohérente. Rassurant quand le temps vient de sembler le redevenir, fantasque le reste du temps. Il est surtout cohérent quand il est fantasque. C’est son camouflage. Sa furtivité à lui.

La ligne qui semble incohérente est l’axe qui se forme irrésistiblement, sous l’effet aphrodisiaque de la mise à mort d’un régime que nous avons appris à haïr.

Sous ce prisme, beaucoup de choses prennent sens.
Cet axe doit être brisé.
Avant qu’il ne nous brise car c’est ce qu’il fera.

Il a hameçonné, lui aussi, déjà tant de monde.

La fourmi noire, la nuit, la pierre noire.

#LeCID

Kerbala doit être nulle part

Passer de « Kerbala is everywhere » à « Kerbala is nowhere » : déjouer l’instrumentalisation historique. Ne donnons pas à l’ayatollah Khamenei l’occasion de réaliser le coup parfait pour complaire aux calculs de Netanyahu, car lui aussi en fait un qui est loin d’être neutre.

Les tensions géopolitiques autour du dossier nucléaire iranien franchissent aujourd’hui un nouveau seuil critique, avec une radicalisation marquée de l’administration Trump, prête à engager directement les États-Unis aux côtés d’Israël face au régime des mollahs à Téhéran. Cette situation, déjà volatile, menace d’entraîner une escalade incontrôlable pouvant dépasser les frontières du Moyen-Orient.

En 2016, dans une réflexion stratégique intitulée « Vulnérabilité des démocraties à l’âge de la mondialisation », j’avais souligné comment une psyop conjointe orchestrée par la Russie de Poutine, utilisant la palette des nationalismes et des souverainismes en Europe, et l’Iran de Khamenei, instrumentalisaient idéologiquement la question palestinienne. Cette dernière était ainsi formatée pour nourrir diverses « révolutions » (anticapitalistes, altermondialistes, écologistes), cristallisant toutes les dimensions de l’injustice occidentale et des ressentiments anti-coloniaux comme levier stratégique. Pour l’avoir portée, je ne peux être suspect d’aucune sympathie envers ces régimes autoritaires et manipulateurs.

Dans cette crise, il est vraiment impératif de rappeler un élément central, souvent négligé dans les calculs géostratégiques occidentaux : la profondeur symbolique et émotionnelle du chiisme, structuré autour de la martyrologie et d’un ressentiment historique profondément enraciné face au sunnisme. Au cœur de cette sensibilité historique se trouve la bataille de Kerbala (680), où l’imam Hussein, petit-fils du prophète Mahomet, fut tué par les troupes sunnites du calife Yazid. Cet événement tragique constitue, depuis, le noyau spirituel et politique du chiisme, incarnant à la fois l’oppression, le martyr et la nécessité éternelle de la résistance face à l’injustice.

Or, les Etats terroristes
doivent mourir
de leur plus belle mort,
sans faire l’objet
d’un culte
ou d’une réminiscence
quelconques.

Le régime de la République Islamique d’Iran, depuis sa fondation en 1979, a constamment mobilisé cette mémoire collective, cultivant une conscience victimaire qui peut être activée stratégiquement en cas d’agression extérieure. L’Iran a certes récemment cherché une certaine normalisation diplomatique avec l’Arabie Saoudite sous l’égide de la Chine, mais cela ne doit pas faire oublier que, pendant des décennies, Téhéran proclamait avec force « Kerbala is everywhere », vouant le Royaume Saoudien à la damnation et plaçant le martyr au cœur de son identité politique et religieuse.

Pourtant, il est essentiel de passer d’une emprise dans l’inconscient collectif qui scande « Kerbala is everywhere » à un constat lucide : « Kerbala must be nowhere », révélant ainsi que l’évocation permanente de ce martyr est un instrument conscient et délibéré de manipulation historique par la Révolution Islamique d’Iran. Cette dernière, tout en se rapprochant opportunément de l’Arabie Saoudite, masque son jeu par une instrumentalisation habile du conflit israélo-palestinien, espérant ainsi coaliser la Oumma (communauté musulmane mondiale). Ne lui donnons pas l’occasion de réaliser le coup parfait pour complaire aux calculs de Netanyahu, dont la stratégie est loin d’être neutre et elle aussi porte des arrière-pensées dangereuses.
Tout le monde y perdrait.

Aujourd’hui, les déclarations agressives de Donald Trump évoquant explicitement la possibilité d’éliminer physiquement le guide suprême iranien Ali Khamenei, bien que tentantes sur le plan tactique, seraient catastrophiques à long terme. Car un acte aussi brutal ne ferait qu’incarner davantage Kerbala dans le présent. La mort violente du leader spirituel suprême iranien, loin de décourager ses soutiens, risquerait de le sanctifier comme martyr, galvanisant les forces chiites bien au-delà de l’Iran, et enracinant une haine plus profonde et plus durable contre l’Occident.

L’Iran pourrait sombrer dans une instabilité politique profonde, certes, mais son idéologie de résistance et de revanche historique se répandrait, telle une onde de choc, alimentant de nouvelles générations prêtes à prolonger un conflit sans fin. La Révolution Islamique d’Iran n’hésiterait pas, même au-delà des dégâts militaires et civils qu’elle pourrait subir ou faire subir à ses ennemis, à exploiter pleinement ce potentiel martyrisant qu’elle a minutieusement cultivé.
Or, les Etats terroristes nous doivent ce service de mourir de leur plus belle mort, sans faire l’objet d’un culte ou d’une réminiscence quelconques.

Les récentes mobilisations dans les universités occidentales, conjuguant des mouvements anticapitalistes, altermondialistes et écologistes, jusqu’à associer des figures telles que Greta Thunberg et Rima Hassan dans des happenings pro-Gaza, montrent comment l’Iran a réussi à infiltrer subtilement les imaginaires politiques et sociaux occidentaux dont l’agitation et la bordélisation ce qui ne passe pas par pertes et profits pour tout le monde puisque cela sert, au passage, les partis politiques alliés de Poutine, en leur mâchant leur rhétorique, dans la stratégie de faire éclater l’Union Européenne.

L’Occident doit donc mesurer soigneusement ses actions et ses mots. Si la neutralisation de la menace nucléaire iranienne est légitime, elle doit se faire par des stratégies plus intelligentes que le recours à la violence immédiate. Ne jouons pas inconsciemment le scénario écrit il y a plus de mille ans sur les sables de Kerbala.

Il est impératif, aujourd’hui plus que jamais, d’éviter que l’histoire du martyr ne se répète. Car une fois réveillé, le martyr ne meurt jamais. Il vit éternellement, alimentant un cycle sans fin de ressentiment et de vengeance.

Soyons vigilants. Kerbala pourrait bien résonner encore, aujourd’hui et demain, avec des conséquences incalculables pour notre monde déjà fragilisé.

#LeCID

Lettre à ceux qui croient encore en la République

Et à ceux qui se sont convaincus qu’ils n’y ont plus leur place. Où il est question de plomb, d’or, de blockchain et de République

Je ne vais pas vous mentir.

Il y a des jours où je me demande ce qu’il faut faire pour réussir.

Jamais au cours de ma vie, il ne m’a semblé parler aussi juste que maintenant et être digne d’être écouté.

Jamais, il ne m’a semblé porter quelque chose d’aussi clair que ce que je porte, à travers le projet Habitat du Roi.

Cette startup synthétise toute les autres dimensions où court ma volonté, mais je dois reconnaître que tous mes efforts sont, jusqu’à présent, couronnés par le néant.

Je vous avoue que ce sentiment est très curieux.  En fait, dans la vie, on devrait s’attendre à tout, sauf, peut-être, à ce que le meilleur que l’on puisse donner, vraiment le meilleur que l’on puisse donner, ne suscite pas le moindre intérêt.

Ne me faites pas l’insulte d’objecter que je ne suis pas juge de ma propre valeur et de la manière dont elle est apprécié par le système qui ne fait plus que décerner la valeur et que je dois plier sous son joug.

Je suis du côté d’un système qui suscite et délivre la valeur, pas du côté de celui qui ne fait que la décerner, s’appauvrit et dessèche son idéal.

Ma révolte vient de là: au moment où j’ai produit mon pic de vertu, des pierres se sont abattues sur moi.

Je n’ai pas peur de dire qu’il y a un contentieux qui s’est formé entre moi et la République, à ce moment-là. Mais ma révolte ne s’est pas transformée en violence, en nihilisme, en course aux pseudos révolutions, elle s’est transformée en besoin de mieux faire, en besoin de prouver.

Et, s'il le faut, j'emploierai des moyens légaux

Je me suis toujours convaincu que rien de ce que l’on dit, même le plus maladroit des mots, ne tombe dans l’oreille d’un sourd. On essaie de le redire mieux, de sonner plus juste.

J’ai toujours pensé qu’il y avait une grande oreille, à l’extérieur, dans l’univers, mais peut-être, qu’en fait, cette grande oreille, à qui on confie l’irrésolu, le mouvement des tréfonds, l’absolu du ressac des idées et des rêves, elle est surtout à l’intérieur de soi, à l’intérieur de moi comme elle est à l’intérieur de chacun.

Je lui ai beaucoup parlé.

Car il faut que je vous avoue : en 1996, j’ai quitté une vie toute tracée parce que j’ai eu l’impression que mon peuple, c’était perdu en lui-même,  et qu’il ne parvenait pas à sortir du labyrinthe qu’il s’était lui-même construit.

J’ai cru qu’il m’appelait. Oui, j’ai cru que le Peuple m’appelait, ou, plutôt, qu’il disait à la cantonade, qu’il livrait à l’atmosphère qui  grésille jusqu’à l’assourdissement de la somme nulle de tous les bruit : y a-t-il quelqu’un qui peut nous sortir de là ?

Et j’ai fini par répondre : oui moi.

Je n’ai pas répondu en parole. Je n’ai pas dit : « oui moi ».  J’ai essayé de former un acte, d’initier, au fond comme Monsieur Jourdain pour sa prose, une organisation autonome décentralisée avant la Lettre, bien plus large que celle que je destine à votre habitat, à l’Habitat du Roi.  Chacun de mes projets qui se sont succédé a procèdé et procède toujours de cette logique et de cette volonté.

Tous mes pas, depuis ce moment, forment la dimension de cet acte, en réalisent l’arpentage et alimentent sa cohérence.

C’est probablement incompréhensible pour beaucoup, mais c’est ainsi et seulement ainsi que je me situe.

Et s’il se trouve, ici et maintenant, des personnes pour douter de l’adéquation de l’homme au projet, au projet « Habitat du roi », je veux être très clair avec elles, il n’y a que moi, à travers ce chemin qui est le mien, qui pouvait parvenir à énoncer le Droit qu’énonce Habitat du Roi, car il s’agit bien d’un droit, il n’y a que moi pour parvenir à comprendre cela.

Je le dis afin que cela, au moins, soit gravé.

Ce projet est incopiable.  Ce projet est moi, mais il est moi dans une complexité ouverte que j’accepte.

Ce projet est à la personne que je suis ce qu’elle reflète de vous et ce projet est à vous, ce qui devrait se refléter de moi ayant l’espérance de vous.

Je ne la dirais jamais vaine, cette espérance. Je ne serais donc jamais vaincu, même s’il est vrai,  après tant de pas, qu’il y a de quoi être découragé par l’indifférence, le silence, la solitude.

Je pense même que le plus courageux des hommes finirait par déposer les armes, par se rendre à cette étrange raison qui sait se dire à chacun quand il poursuit une étoile ou lève un tabou : « Pour qui tu te prends ? »

J’ai croisé beaucoup de gens qui ont dû penser plus ou moins fort « Mais pour qui il se prend ».

Des gens qui m’ont dit mais : « Vous ne croyez pas avoir raison contre tout le monde ? »

Et à qui j’ai répondu : ‘Je veux avoir raison pour tout le monde par contre tout le monde. »

Mais je ne vais pas faire le bravache. Souvent, c’est moi-même qui me suis demandé : pour qui tu te prends ? sans avoir le début d’un argument rationnel en mettre sur la balance.

Alors, je me répondais la seule réponse qui tombe d’elle-même : Je suis moi.

Je me rends compte que j’ai un peu digressé par rapport à ce que je voulais initialement dire.

Ce que je voulais dire, au moment d’entamer ce propos, c’est qu’il y a quelques années, il m’était venu à l’esprit que, quoi que je puisse faire, je ne serai pas reçu ; Quoi que je puisse apporter, ce que j’apportais ne serait pas reconnu et, pour donner l’image la plus définitive de cette impasse, j’avais pensé que si je venais avec la formule qui permet de transformer le plomb en or, que je la déposais aux pieds du peuple, il ne s’en rendrait pas compte.

Je repense à cela, ce soir, parce que je me rends compte que, d’une certaine manière, habitat du roi veut transformer le plomb en or. Il veut donner, grâce aux nouvelle technologie à l’internet de 3e génération et grâce à la blockchain,  de la valeur à ce qui n’a pas de valeur aujourd’hui.

C’est transformer le plomb en or, non ?

C’est ce gisement en déshérence qui est inexprimé parce qu’il n’a pas de valeur, et qui n’a pas de valeur parce qu’il est inexprimé. Et je me dis qu’il est temps, en responsabilité et en authentique souveraineté, que la qualité de vos aspirations dicte ce qu’elle a à dicter. La République française ne conduit-elle pas à la grandeur de l’idée du peuple.

Tous mes pas, tous mes efforts, depuis peut-être toujours, depuis le souvenir d’un enfant si difficile, si désarmé, si malheureux, se demandant ce qu’il fiche là, trouvent leur sens dans l’empreinte que ce projet tente d’apposer.

Il faut être fait d’une matière d’une rare dureté pour continuer à affronter une telle adversité. Je me suis surpris à penser que mon cœur était un diamant et que le monde s’y rayerait s’il comptait le réduire en miettes.

C’est une conviction intenable.

Un tel degré d’obstination confine à la folie. Suis-je soluble dans ce monde ? Ou bien le suis-je dans cet état du monde ? Suis-je soluble dans la République française qui m’a vu naître et grandir?

Si j’écoute ce que dit la situation, j’entends que le Peuple me dit au fond : tu es prisonnier de ton image, de la représentation que nous nous faisons de toi. Cela ne changera jamais.

Mais si je l’entends – c’est-à-dire l’interprétation du sens de son action – me dire cela, et exercer par conséquent, tout le poids de cette réalité à mon encontre, j’entends aussi qu’il est lui-même rendu à être la somme de ces mêmes assignations à résidence, déferrements de destins, formes d’oppressions et de gâchis insupportables à mes yeux.

Cela ne me convient pas.

La liberté doit aller plus loin.

Elle doit ouvrir plus grand.

 

 

 

De la mondialisation malheureuse à la démondialisation à pleurer

En rejetant, au motif que la mondialisation était malheureuse, un système imparfait mais régulé, le monde s’expose à un désordre encore plus grand, où les rapports de force dominent. Il est essentiel de repenser les mécanismes de coopération internationale pour éviter que la démondialisation ne nous plonge définitivement dans le chaos et l’injustice. La question est : avec ou sans la Chine, qui a été la grande bénéficiaire de la mondialisation malheureuse?

Depuis plus de vingt ans, l’Europe et, plus largement, l’Occident semblent engagés dans une série de rendez-vous manqués avec l’Histoire. Chaque peuple s’applique, avec un zèle déconcertant, à ne plus honorer les rendez-vous qu’il s’était fixé avec lui-même, trouvant mille prétextes à bannir un projet de civilisation fondé sur la coopération, la régulation, et la dignité humaine.
Pour les Français, cibles du terrorisme islamique, cibles de la Russie, il s’est agi de faire mentir et de renier leur goût pour l’universalisme. De démentir, comment dans les années, leur adn.

Le 11 septembre 2001 marque la fin brutale d’une certaine innocence occidentale et inaugure une période où la peur, la méfiance et le repli sécuritaire prennent le pas sur la confiance et l’ouverture.
« La fin de l’histoire » de Francis Fukuyama érigé sur les décombres du mur de Berlin rencontre les eaux froides du « Le choc des civilisations » de Samuel Huttington.

Tout ce qui, jusque-là, coulait de source cesse de couler de source.

Quelques années plus tard, en 2005, l’Europe rate un rendez-vous décisif avec elle-même : le référendum sur la Constitution européenne. La dynamique ambitieuse de construction d’une identité politique commune est stoppée net.


Une trouvaille sémantique, parfaitement traduisible en alphabet cyrillique, fait son apparition favorisant l’idée que le temps de l’Europe devait être celui l’approfondissement plutôt que celui l’élargissement.


Ironiquement, c’est le spectre caricatural du « plombier polonais » – symbole d’une peur irrationnelle que l’ouvrier français soit dépouillé par l’ouvrier polonais – qui contribue à détourner le regard des Européens de leur avenir commun.
Se pouvait-il que le plombier polonais ait pu être un agent d’influence russe ?

Vient ensuite la crise financière de 2008, fruit d’une dérégulation excessive et d’une mondialisation qui subit le procès d’être devenue incontrôlable et prédatrice. Celle-ci nourrit une critique radicale du libre-échange, le présentant comme source d’inégalités croissantes, de destruction économique locale, d’érosion culturelle et d’être antinomique avec la lutte contre le changement climatique. Ainsi se forge le concept de « mondialisation malheureuse ».

Pourtant, en rejetant radicalement ce modèle certes imparfait mais régulé, l’Europe s’est privée elle-même des outils indispensables à son influence sur l’ordre mondial. L’échec du traité TAFTA, en 2016, en est la parfaite illustration.


Vladimir Poutine n’a jamais caché qu’il considérait ce traité comme « une manifestation de l’égoïsme économique de l’Occident ». Il l’a dit, à la tribune des Nations Unies.


Ironiquement, en refusant ce projet qui aurait pu donner naissance au plus grand espace économique intégré au monde, l’Europe a involontairement favorisé les intérêts de ceux qui préfèrent une Europe divisée, fragmentée, isolée – et donc vulnérable.


Les historiens, à froid, analyseront ce qui s’est passé réellement, au-delà des représentations politiques et du ressac médiatique que cela provoque. Cela mérite un rapport clinique car il s’agira, à un moment, d’édifier notre postérité, qui doit commencer aux générations qui héritent de ce sombre et lourd fardeau que nous avons, par faiblesse, par indiscipline, parce que notre ennemi est trop fort et trop rusé, laissé se constituer.


Aujourd’hui, la situation s’est encore aggravée. Les États-Unis sous Trump ont choisi une forme de démondialisation brutale et chaotique, dominée par le protectionnisme et le rapport de force.
L’Europe, quant à elle, semble errer dans ses propres contradictions internes, affaiblie par ses choix passés.


Cette prise de conscience historique doit nous inviter aujourd’hui à lever le regard, à sortir de l’immédiateté étouffante du quotidien et à nous retrouver dans une véritable perspective historique.

Comprendre ce dont nous avons été victimes est la première étape indispensable pour élaborer une riposte réparatrice à l’heure où les nationalismes, les souverainismes et les isolationnismes se préparent à sabler le champagne. Il ne s’agit plus seulement de réagir, mais de reconstruire activement les fondations d’une coopération internationale éclairée, solidaire et juste.


Pour cesser de péricliter, il faut que les Européens embrassent maintenant leur destin européen et le rendent irrésistible.

Quand la lutte contre l’antisémitisme devient un levier de manipulation politique

Jamais la tentation de redéfinir la lutte contre l’antisémitisme en opposition à l’islam n’a été aussi forte. Et jamais, grâce aux outrances de LFI, le mot “islamophobie” n’a été aussi délégitimé — au point qu’aucun musulman ne peut aujourd’hui s’en revendiquer sans être suspecté.

Le soutien exprimé par Emmanuel Macron à la communauté juive après l’agression antisémite du rabbin Arié Engelberg à Orléans a suscité des critiques virulentes.

Mais derrière ces attaques se cache une mécanique plus inquiétante : celle de l’instrumentalisation de la lutte contre ce même antisémitisme à des fins politiques, au profit du Rassemblement National — avec, en arrière-plan, des ingérences étrangères avérées.

Une partie de ces critiques ne relèvent pas simplement de l’anti-macronisme primaire, mais s’inscrivent dans une dynamique bien plus sournoise, qui met en scène une recomposition des narratifs autour de la figure du Rassemblement National, désormais présenté par certains comme le véritable rempart des juifs.

Ce glissement stratégique est loin d’être anodin. Il met en lumière une instrumentalisation de la peur, du sentiment d’abandon, et de l’émotion légitime, dans le but de renforcer un camp politique qui, tout au long de son histoire, a pourtant porté les stigmates de l’antisémitisme, de la fascination pour les pogroms, du racisme, du rejet de l’autre, et de l’autoritarisme.


Ce que l’on voit poindre, c’est un narratif savamment construit, souvent relayé par des figures prétendument « dissidentes », qui martèle que Macron aurait failli à sa mission de garant de la sécurité des Français juifs, notamment en s’abstenant de participer à la marche contre l’antisémitisme après le 7 octobre 2023.

Derrière cette accusation se cache une logique plus insidieuse : celle qui vise à disqualifier toute autre forme de solidarité que celle incarnée par la droite extrême, tout en diffusant l’idée que le président serait « l’otage » de la communauté arabo-musulmane française.

Ce procès d’intention, jamais totalement assumé, procède pourtant d’un mécanisme de polarisation identitaire qui alimente la fracture nationale. Il est d’autant plus dangereux qu’il détourne le sens même du combat contre l’antisémitisme en l’inféodant à une stratégie électorale.

Or, pour comprendre cette mécanique, il faut aussi la resituer dans son arrière-plan géopolitique. Il est désormais avéré que, dans les jours qui ont suivi l’attaque terroriste du Hamas le 7 octobre 2023, des opérations d’influence — voire de déstabilisation — ont été menées sur le sol français, avec l’appui d’agents liés à la Russie.

Des individus, notamment venus de Moldavie selon les premiers éléments d’enquête, ont été identifiés comme auteurs de tags antisémites, croix gammées incluses, sur des façades d’immeubles à Paris.
L’objectif était limpide : attiser les tensions communautaires, exacerber les clivages, et affaiblir le front républicain.

L’antisémitisme, dans ce contexte, devient un instrument géopolitique. Un poison que certains inoculent méthodiquement pour fracturer nos sociétés de l’intérieur, l’instrumentalisation de la cause palestinienne par les extrêmes-gauches et les altermondialistes, anticapitalistes et autres mouvances écolo-radicales contribuant à ce qu’aucun chat ne puisse reconnaître ses petits.

Dans ce climat vicié, la figure d’Arno Klarsfeld joue un rôle particulièrement trouble. Fils de Serge Klarsfeld, dont le nom est à jamais associé à la mémoire du génocide et à la traque des criminels nazis, il engage aujourd’hui ce nom dans une entreprise de brouillage moral et politique.

En s’alignant sur les positions du Rassemblement National, en reprenant l’antienne selon laquelle l’Ukraine serait infestée de nazis, et en vantant le RN comme le « meilleur protecteur des juifs », il contribue à une inversion perverse des repères historiques.

Ce faisant, il confère une forme de légitimité mémorielle à un parti dont les racines idéologiques ont précisément nourri les pires dérives du siècle passé. Ce n’est pas seulement une faute politique — c’est une blessure infligée à la mémoire.

Il faut donc regarder ce basculement avec lucidité. Dans la communauté juive elle-même, certains — et ils sont heureusement minoritaires — participent activement à cette mystification, croyant servir leur cause alors qu’ils servent un projet qui les trahira.

La tentation d’instrumentaliser la menace antisémite pour asseoir une force politique jugée plus protectrice est réelle, et c’est là que réside l’un des pièges les plus dangereux de notre époque.

Il est à la fois tragique et vertigineux de voir se dessiner cette équation perverse : faire du RN, et de Bardella, les garants de la sécurité, alors que dans le même temps, ce parti ouvre symboliquement des brèches qui affaiblissent notre cohésion, alimentent la guerre informationnelle, et laissent la porte grande ouverte aux ingérences de régimes comme celui de Vladimir Poutine.


C’est dans ce contexte que les critiques contre Macron doivent être comprises. Non pas comme des critiques isolées ou sincères, conforme au débat public dans une société pluraliste, mais comme les maillons d’un activisme politique bien plus large, qui vise à disqualifier l’équilibre républicain pour installer, sous couvert de protection et de fermeté, une puissance autoritaire déguisée.
Ceux qui s’y prêtent consciemment jouent un jeu dangereux.
Ceux qui y adhèrent inconsciemment sont les premières victimes d’une grande mystification.

CredimusInOptimumHumanis

L’Union face à l’obstacle


Pour une limitation temporaire du droit de vote de la Hongrie et la refondation constitutionnelle européenne
Note argumentaire pour une mesure de sauvegarde et une relance politique

L’union est comme un cheval devant l’obstacle. Tout le monde sait qu’elle doit le franchir, car le risque de paralysie institutionnelle croît proportionnellement au risque existentiel.

La Hongrie bloque régulièrement, par la voix de son Premier ministre, des décisions stratégiques du Conseil européen. Or ces décisions concernent des enjeux existentiels pour l’Union : guerre en Ukraine, défense commune, unité diplomatique.
Ce comportement n’est pas un désaccord politique ordinaire, mais un sabotage stratégique. Une mesure temporaire de suspension de vote devient alors un acte de sauvegarde, et non de punition.

Le principe d’unanimité au Conseil européen garantit l’égalité entre États, mais devient un levier de paralysie en période de crise.
L’article 7 du TUE existe, mais reste inopérant en situation d’urgence. En revanche, les principes généraux du droit permettent de s’appuyer sur la doctrine de nécessité : salus populi suprema lex esto — le salut du peuple est la loi suprême.

Une limitation ciblée et encadrée peut être juridiquement justifiée par la nécessité de préserver l’ordre démocratique européen.

Cette mesure ne vise pas la Hongrie comme nation, ni son peuple, mais le comportement isolé d’un dirigeant dont les accointances stratégiques avec la Russie sont manifestes. Il s’agit de protéger les institutions communes contre une instrumentalisation destructrice. L’Union ne peut être l’otage de l’un de ses membres sans perdre sa légitimité et sa capacité d’agir.

Ce cas révèle une faille structurelle : le droit actuel ne prévoit pas de réponse rapide à un blocage stratégique interne en situation de guerre ou de crise majeure.
Il devient clair que le principe d’unanimité, sans clause d’exception pour menace existentielle, rend l’Union vulnérable.
Il est donc impératif d’ouvrir une voie légitime pour l’écarter temporairement quand l’intérêt supérieur l’exige.

L’échec de la Constitution européenne fut, en partie, le fruit d’un sabotage stratégique, obtenu par un noyautage d’un souverainisme qui épouse trop nettement les intérêts de la souveraineté russe pour être parfaitement au-dessus de tout soupçon.
Les forces qui l’ont empêchée sont aujourd’hui celles qui bénéficient du blocage actuel. Ce moment n’est pas le moment d’une énième constituante pour la France ou n’importe quel autre pays.
Ce moment est le moment de la Constitution européenne.

Nous avons le devoir et la responsabilité, de traverser la montagne d’épineux, les ronces, pour relancer un véritable processus constituant qui aura pour effet de clarifier la souveraineté européenne, d’affirmer l’ordre politique commun, et d’éviter qu’une crise future ne détruise le projet européen de l’intérieur.

Suspendre temporairement le droit de vote d’un État membre qui agit contre l’intérêt vital de l’Union n’est pas une dérive.
C’est un acte de sauvegarde.
Ce n’est pas l’Europe qui se venge d’un État.
C’est l’Europe qui se protège. Et c’est l’Europe qui se révèle à elle-même comme une puissance politique digne de ce nom.

Le cheval doit franchir l’obstacle. Tous les chevaux en même temps.

CredimusInOptimumHumanis

La Russie et l’Iran au coeur de la guerre métamorphe

Plus qu’un guerre hybride, ces deux états nous livrent une guerre métamorphe. Ils se livrent, depuis des décennies, à une stratégie de subversion globale que nous n’avons pas appris à voir venir

La guerre que nous connaissons aujourd’hui ne se limite pas aux conflits armés traditionnels ni même aux guerres hybrides qui mêlent opérations militaires, cyberattaques et propagande. Un nouvel état de guerre a émergé, que l’on peut qualifier de guerre métamorphe. Ce concept décrit un affrontement qui adopte les formes les plus séduisantes et légitimes aux yeux des sociétés ciblées afin de déstabiliser, diviser et paralyser ses adversaires sans qu’ils ne s’en rendent compte. La Russie de Vladimir Poutine et la République Islamique d’Iran ont perfectionné cette stratégie en orchestrant une subversion profonde des démocraties occidentales et de leurs alliés.


I. La Vengeance Stratégique : Pourquoi la Russie et l’Iran visent l’Arabie Saoudite

L’un des points de rupture de la fin du XXe siècle fut l’effondrement de l’URSS en 1991. Une cause majeure, rarement mise en avant, fut l’effondrement du prix du pétrole orchestré par l’Arabie Saoudite entre 1985 et 1986. En faisant passer sa production de 2 millions à 10 millions de barils par jour, Riyad fit chuter le prix du pétrole de 22 dollars à 10 dollars le baril, étranglant ainsi l’économie soviétique, qui dépendait fortement de ses exportations énergétiques.

Vladimir Poutine, qui considère la disparition de l’URSS comme « la plus grande catastrophe géopolitique du XXe siècle », a dès lors eu une motivation profonde à affaiblir et à punir l’Arabie Saoudite, et avec elle l’alliance stratégique américano-saoudienne qui structure le monde depuis la Seconde Guerre mondiale.

L’Iran, ennemi historique de l’Arabie Saoudite, trouve naturellement dans cette stratégie une convergence d’intérêts avec Moscou. Ensemble, ces deux puissances ont développé une approche insidieuse pour affaiblir l’Arabie Saoudite et miner son alliance avec les États-Unis.


II. Le 11 Septembre 2001 amorce la rupture dans le cognitif

Les attentats du 11 septembre 2001 ont marqué un tournant stratégique global. Une narration immédiate a émergé, cherchant à incriminer directement l’Arabie Saoudite dans les attaques.

  • Zacarias Moussaoui, seul survivant du commando terroriste, a maintenu un récit selon lequel l’Arabie Saoudite serait l’instigatrice des attentats.
  • Cette accusation, bien qu’incohérente dans son exécution, a fracturé durablement la relation entre Riyad et Washington, laissant le doute planer sur le rôle des Saoudiens.
  • Dans le même temps, une autre ligne de désinformation se mettait en place, affirmant que les attentats du 11 septembre avaient été orchestrés par les États-Unis eux-mêmes, ce qui permit de détourner l’attention des vrais instigateurs.

Cette technique est une signature de la désinformation russe, dont l’un des principes est de toujours injecter des récits contradictoires afin de semer la confusion. L’ouvrage L’Effroyable Imposture de Thierry Meyssan, qui popularisa l’idée d’un complot interne américain, fut fortement relayé par la Russie et trouva refuge sous la protection du régime syrien.

Tout, jusqu’à cette chaussure volant vers le président George Bush en conférence de presse, et y compris, jusqu’au soliloque grandiloquent de Dominique de Villepin, participe de ce travail.

Les bénéficiaires réels des attentats du 11 septembre furent donc la Russie et l’Iran, qui parvinrent à :

  • Isoler l’Arabie Saoudite en l’exposant comme responsable implicite.
  • Plonger les États-Unis dans des guerres interminables qui affaiblirent leur prestige et leur économie.
  • Créer un climat de suspicion et de division entre alliés occidentaux. Ouvrir un boulevard à une phénomène d’autosuggestion qu’il suffit de maintenir comme des fers au feu, chez les islamistes les plus radicaux.

III. La Perversion Stratégique de l’Islam Chiite

Si l’on suit la logique de guerre métamorphe, un autre axe majeur se dessine : la Russie et l’Iran ont appliqué une méthode de perversion et d’instrumentalisation de l’Islam chiite, comparable à ce que la Russie tsariste avait fait avec Le Protocole des Sages de Sion, un faux antisémite destiné à discréditer les Juifs.

  • En soutenant l’Iran chiite et Bachar El-Assad, la Russie a laissé l’Arabie Saoudite et le sunnisme sous pression.
  • En favorisant des mouvements terroristes radicaux, elle a contribué à associer l’islam chiite à une posture de résistance, renforçant ainsi l’image de l’Iran comme seul rempart contre l’hégémonie occidentale.
  • En injectant une narration victimaire, elle a transformé des luttes géopolitiques en causes émotionnelles globales, séduisant les masses occidentales et encourageant une révolte idéologique contre leurs propres systèmes.

L’instrumentalisation de la cause palestinienne, qui fusionne si bien avec d’autres luttes (climat, racialisme, féminisme intersectionnel, anticapitalisme), participe de cette même stratégie. En créant un prisme idéologique unique, cette guerre métamorphe absorbe toutes les révoltes en une seule lutte globale, rendant toute opposition impossible sans paraître cynique ou inhumaine.


IV. La Guerre de la perception et la question du Libre-Arbitre

Le 28 octobre 2022, un événement a marqué un tournant symbolique dans la bataille des narratifs. Le même jour, Vladimir Poutine dénonçait l’Occident comme un régime étouffant la liberté d’expression, et Elon Musk rachetait Twitter en prétendant libérer « l’oiseau bleu ».

Cette simultanéité pose question : simple coïncidence ou convergence stratégique ?

Si MAGA et MEGA (Make America Great Again / Make Europe Great Again) font du free speech l’alpha et l’oméga de la démocratie, alors le véritable enjeu est celui du libre-arbitre. La souveraineté de chacun à penser correctement le monde, à discerner entre les illusions créées par cette guerre métamorphe et la réalité des faits, devient le dernier rempart contre cette offensive insidieuse.

L’actualité récente témoigne d’une ingénierie du chaos, où les tensions sociales sont méthodiquement exacerbées.

  • En France, la crise franco-algérienne n’a pas encore révélé tout son potentiel de déstabilisation.
  • Les réseaux sociaux ont amplifié des narratifs instrumentalisant les tensions ethniques et identitaires.
  • Des précédents existent : les agressions sexuelles du Nouvel An 2016 à Cologne, exploitées au bénéfice de l’AfD, ou la narration autour des migrants « mangeurs de chiens » aux États-Unis, illustrent un savoir-faire précis dans l’orientation de l’opinion publique.

La guerre métamorphe constitue un défi existentiel pour l’humanité entière

Nous sommes confrontés à une guerre qui ne dit pas son nom, qui ne se combat pas avec des armes traditionnelles, mais qui déstabilise et infiltre. La Russie et l’Iran ont compris que le véritable champ de bataille est celui de la perception, et qu’il est possible de gagner sans jamais livrer une bataille frontale.

Or, si les dés géostratégiques tombent systématiquement du côté des intérêts russes, il serait conforme à l’instinct de conservation de se demander si les dés ne sont pas pipés…

Reconnaître la nature de cette guerre est la première étape pour élaborer une riposte adaptée et rétablir une stratégie souveraine face à cette menace protéiforme.

X, un problème de sécurité nationale

En donnant l’impression, ce matin, de donner des gages à une modification de l’algorithme qui influence le réseau à favoriser le biais négatif, @ElonMusk agit en stratège.

Ce semblant de revirement représente une manœuvre pour déplacer le centre d’attention, tromper la vigilance et faire retomber le seuil d’alerte qu’il a déclenché lui-même au cours des dernières semaines par des ingérences répétées.

Il ne faut pas en être dupe.

Par contre, il est temps de se poser la question cruciale qu’une démocratie réelle, protégée par un système d’information digne de ce nom, c’est-à-dire édificateur, ne devrait amener personne à se poser:

Est-ce que ce que « je » pense est ce que « je » pense?

Ce qui sous-tend l’autre question:

Est-ce que quelqu’un ne manipule pas, en amplifiant ce que « je » crois être « ma » sensibilité aux questions que lui-même « m’impose » à l’insu de mon plein gré, ma conviction.

En d’autres termes, cette phénoménologie du système d’information n’a-t-elle pas pris, structurellement, le pouvoir sur toute autre considération, jusqu’à imposer sa dialectique (le protocole, le biais, la lexicologie, le ressenti, l’invasion mentale, l’alternance stress social/offre de catharsis, le conditionnement à des stimuli de terreur, de séduction, etc).

Si nous prenons en compte la nature de ce que propage X, le réseau d’Elon Musk, et l’envahissement qu’il exerce, la question de savoir si son offre dans le système relève de la liberté d’expression et constitue, encore, une question privée ne peut déboucher que sur une seule réponse?

Non.

Et s’il ne s’agit pas d’une question privée, alors, par voie de conséquence, il s’agit d’une question de sécurité nationale, qui intéresse et regarde chaque nation, chaque espace politique de souveraineté, chaque élément constitutif de cette souveraineté collective : donc, chaque individu et chaque citoyen, l’un et l’autre.

C’est la première fois que la question de sécurité, à l’échelle planétaire, se pose dans de tels termes.

Un être de raison est lucide sur la nature de ce qui commande sa pensée et son action. A tout le moins, il en conserve l’instinct, le pressentiment.

Il identifie, plus ou moins distinctement, l’intérêt ou les intérêts qui le gouvernent.

La souveraineté collective vaut par la somme des souverainetés individuelles et donc, au coeur de la l’enjeu, la maîtrise de son propre libre-arbitre dans la cohérence et la cohésion d’un groupe.

Jusqu’à présent, cette question pouvait être pondérée par la culture, le groupe, l’appartenance à la nation, la fluctuation des passions, des modes, des interactions, mais le noyau insécable restait sous un entier contrôle, hors de portée des « sectes » puisque la nature de la secte – à l’inverse de la religion et des œuvres de l’esprit – est de reformater ce noyau, cela par des addictions, des mirages, des indignations, des subversions.

Ce qui fait la différence entre l’être social et l’aliéné, d’une certaine manière et, aussi, entre l’individu libre et le « possédé ».

Je crois devoir dire que, dans un premier temps, l’idéologie, au XXe siècle, a commencé à altérer le rapport que chacun a et entretient, s’il y est appelé et à hauteur de ce à quoi son vœu l’y porte, à son propre libre-arbitre.

Chacun le chérissait, sans avoir à s’en rendre compte, finalement, avant qu’on apprenne à accepter de le sacrifier. C’est le don, si paradoxal, de la partie de modernité qui nous dévore actuellement.

Le marxisme, de ce point de vue, constitue un moment historique. Plus précisément, si on considère cette dimension, même s’il avance au nom de cette utopie, il n’est pas une doctrine de la libération. C’est une doctrine de soumission du libre-arbitre à une idée. A cette racine, se sont greffés d’autres révolutions…

Elles s’inscrivent dans l’accomplissement de la même convergence auquel X, décomplexant finalement les réseaux sociaux à leur vocation, se veut être à la fois le réceptacle et le modeleur.

Ce qui se passe aujourd’hui, à travers la toute-puissance d’@ElonMusk, nous oblige à nous interroger, tant qu’il est encore temps, s’il est encore temps, tant que la possibilité de cette question dans le champ de conscience subsiste et trouve le moindre écho.

Qu’est-ce qu’un être libre ?

La République française, émancipatrice dans son essence, porte ce souci et ce scrupule en elle.
Normalement, ce qui la retient, la fait avancer. Gardons-nous, de lui conserver cette originalité, de la littérature au champagne.

La politique doit veiller sur le libre-arbitre du peuple car c’est uniquement par le libre-arbitre du peuple que le peuple existe et vérifie sa nature.

Sinon, il n’est que foule et je le vois se réduire, inexorablement, à la foule aveugle et consommatrice, ivre de droit, jusqu’à se soumettre, pour le supporter ou le combattre, c’est-à-dire occuper l’enclos de débat qu’@elonmusk, son algorithme ou dieu sait quoi a défini et dans lequel, lui et ses innombrables et fascinants « monstres », nous emprisonnent.

Au-delà de son identité, ce que représente Elon Musk est la créature « opportuniste » créée par le pouvoir ouvert par les technologies dites de l’Information. Ces routes, ces « réseaux » se sont immiscés partout et irriguent une représentation du monde, à partir de quoi chacun, de par sa sensibilité cognitive, détermine le sens de son existence et sa place dans le monde.

Chacun agit et est conduit à agir, de fait, conformément à l’intérêt de ce système d’Information.

Cet internet du #FreeSpeech dont @elonmusk proclame l’avènement et la toute-puissance tente de faire de chacun de nous, en l’enchaînant au règne de ce qu’il croît être « son » « opinion », l’esclave d’un maître invisible dont la puissance ne cesse de s’étendre.

X est ainsi la machine qui donne à chacun l’illusion qu’il a le droit de dire ce qu’il veut, y compris n’importe quoi, alors qu’il consacre avant tout le droit de dire ce qu’Elon Musk veut que l’on dise dans la forme, en relation avec sa soif de pouvoir, qu’il a lui-même définie. C’est la définition du web2.

L’internet de 3e génération, celui de la responsabilité, est susceptible d’apporter la seule réponse possible, celui qui fixe le devoir d’être qui on est, est l’arme pour restaurer l’intégrité du système et reforger la clé de cognition susceptible d’ouvrir la porte dont nous avons besoin pour avancer dans l’histoire humaine.

Les circonstances présentes nous y obligent.

Le temps d’un paradigme

Au risque de paraître déconnecté de la réalité politique et sociale, comme on dit, je soutiens que la responsabilité qui échoit au Politique, c’est de parler avec la hauteur, de rendre palpable le dialogue avec les idées supérieures. C’est en parlant la langue de l’abstraction (de soi, de l’égo) qu’on a le plus de chance de résoudre les problèmes en bas.

En quoi la défaite de Sartre devant Platon intéresse-t-elle la banlieue, la vocation de l’Europe, ou même le fait que, si nous étions nous-mêmes, Poutine aurait déjà perdu ?

Il faut sans doute refaire de la philosophie politique pour le comprendre.

Je veux bien être celui qui pense qu’il est important de rappeler que quand on dit que L’essence précède l’Etre cela signifie Je pense donc je suis et non pas Je veux, donc je suis.

La crise politique que l’Occident subit est une crise ontologique qu’il est temps de regarder en face.

C’est cette crise ontologique qui permet à un islam dévoyé comme à toutes sortes d’idéologues de penser qu’ils peuvent conquérir les âmes et dépecer l’immense peuple des déracinés.

Il est temps de se rendre compte que Sartre a perdu devant Platon. Il faut l’annoncer et il faut dire ce que cela implique pour nos sociétés endolories.

A l’épreuve d’une génération qui l’a expérimenté et adopté, l’existentialisme se révèle être une impasse culturelle et ontologique qui n’a fait illusion qu’en exacerbant des identités ou des états avares de droits.

Le marketing et la société de consommation se sont repus de cette chair adolescente fraîche. Mais quel est le futur qui se dessine ?

Le wokisme est le dernier avatar de ce courant de pensée, qui, de déconstruction en déconstruction, nous abandonne dans un champ de ruines sociologique où chacun prétend à reconnaissance pour exister.

@jk_rowling, mère d’Harry Potter, peut témoigner de la férocité des TERF (Trans-Exclusionary Radical Feminist).

On mesure la perversité d’un mouvement qui prétend à l’inclusion en pratiquant une excommunication qui n’a rien à envier à l’inquisition et si on regarde bien, la soi-disant cause palestinienne procède exactement de cette mécanique.

C’est pour cela que, comme la grenouille sous le scorpion, les LGBTQQIP2SAA dansent pour Gaza où le hamas les ferait tomber du dernier étage des immeubles.

Il faut sortir de ce marasme intellectuel. Il n’est pas possible de faire fonctionner un système politique démocratique dans de telles conditions.

Il devient le siège insoluble de perpétuelles contradictions, de cacophonies monstrueuses, de conflictualités larvées et cela ne permet plus de produire le minimum requis de perspective commune à l’adhésion de tous.

Les gamins et adolescents perdus des banlieues sont peut-être davantage les enfants de cette perdition que ceux de l’assimilation ratée dans le cul-de-sac de l’immigration.

Ils sont les fausse-couches de l’existentialisme.

Ils n’ont rien, pas la moindre cape d’invisibilité, pour échapper au mauvais destin qui fond sur eux. Ils n’ont même pas en eux l’idée d’un eux-mêmes qui les sauve de l’environnement qui les dévorera, à un moment ou à un autre, crus.

En fait, rien de ce qui devrait faire sens commun ne leur parle.

Le drame, c’est que la république ne peut pas en sortir autrement que par le haut.

Notre drame, c’est qu’ils ne peuvent en sortir, eux-mêmes, que par le haut et que la république est une communauté de destin qui nous oblige à nous en sortir ensemble.

La crise ontologique que j’évoque à travers l’impasse existentialiste elle les frappe eux d’abord. Elle leur enlève les mots que l’école essaie de leur mettre dans la bouche avant même qu’ils en aient pris le goût.

C’est pour cela que cette question constitue le sujet politique principal du moment.
Nous ne le voyons pas parce qu’il nous crève les yeux.
Nous ne sortirons, ensemble, du malheur qu’en le traitant bien au-delà des facilités dialectiques et des dogmes politiciens.