The Holocaust Teaches Nothing. It Bears Witness.

Lesson, injunction, memory, dogma.
It is time to break with the reflex of using suffering as a weapon of justification.
The Holocaust is not a moral tool. It is a vertiginous fact that places every being at the edge of the abyss of a lost soul. The Holocaust is a universal testimony.

While a recent op-ed by the chairman of the U.S. Holocaust Memorial Council,  Stuart E. Eizenstat, calls, today, m for drawing strength from survivors in the face of rising antisemitism, a great risk emerges — that this sacred trauma, instead of illuminating history, becomes an ideological shield against all forms of questioning.

But the Holocaust does not tell us what to do.
It tells us what happened.
And at that threshold, the silence of the dead is worth more than all the interpretations we impose upon them.

At the heart of this moral confusion, only a shared spiritual tradition of inner struggle — in both Judaism and Islam — can offer a path back.

At the very moment when Stuart E. Eizenstat, chairman of the U.S. Holocaust Memorial Council, publishes in the Jerusalem Post a call to stand firm in the face of global antisemitism — invoking the legacy of the survivors, “Never give in, never give up” — the message he carries, despite his intentions, exceeds its explicit scope.

For while the text refrains from directly endorsing Benjamin Netanyahu’s current policies, a significant part of public opinion reads it as a moral legitimization: that Israel’s current actions are the natural continuation of an unresolved historical trauma.

That is where the blind spot lies:

> The risk that the memory of trauma — instead of humanizing us — becomes the foundation of an unchallengeable doctrine, where every form of doubt is treated as betrayal.

This risk is not peripheral. It now overhangs the entire Israeli narrative since the disappearance of the Oslo signatories, and has devastated its spirit since October 7.
It seeps into political decisions, military reflexes, dominant narratives.
It turns the sacred memory of the Shoah into ideological armor, making a strategy untouchable — one that recognizes no compass but the absolute enemy.

This is no longer a policy. It is a narrative of perpetual exception.
A memory turned into an injunction, closed to all otherness.
And anyone who dares to question it is morally disqualified — as though committing, once again, the crime of denial.

Yet in both Judaism and Islam, there exists a deep, ancient tradition of a very different kind of struggle: the inner struggle.

The yetser hara, in Jewish thought, teaches that evil is not only external — it must be mastered within.
The greater jihad, in Islam, names the same effort: the struggle of the soul against pride, vengeance, and despair.

We must bring the synagogue and the minaret back to the heart of the Holy Land — not as monuments of domination, but as witnesses of inner clarity.

This is the path — vital — that both peoples must recover:
a path of lucidity, drawn not from the logic of war,
but from the sacred resilience of their texts and traditions.

L’holocauste n’enseigne rien. Il témoigne.

Leçon, injonction, mémoire, dogme. Il est temps de rompre avec le réflexe d’utiliser la souffrance comme une arme de justification. L’Holocauste n’est pas un outil moral. Il est un fait vertigineux qui place tout être au bord du précipice de l’âme perdue. L’holocauste est un témoignage universel.

Alors qu’une tribune, publiée ce 05/08/2025, du président du Mémorial de la Shoah aux États-Unis, Stuart E. Eizenstat, appelle à puiser dans la force des survivants face à l’antisémitisme, le risque émerge — immense — que ce traumatisme sacré, au lieu d’éclairer l’histoire, devienne un bouclier idéologique à toute remise en cause.

Or l’Holocauste ne dit pas ce qu’il faut faire. Il dit ce qui s’est passé.
Et à cet endroit, le silence des morts vaut plus que toutes les interprétations qu’on plaque sur eux.

Au cœur de cette confusion morale, seule une double tradition spirituelle du combat intérieur — dans le judaïsme comme dans l’islam — peut offrir un horizon de retour.

Au moment même où Stuart E. Eizenstat, président du Conseil du Mémorial de la Shoah des États-Unis, publie dans le Jerusalem Post un appel à tenir bon face à la montée de l’antisémitisme mondial — invoquant l’héritage des survivants, « Ne jamais céder, ne jamais abandonner » —, le message qu’il porte dépasse, malgré lui, son intention explicite. Car si le texte se garde de toute approbation directe de la politique de Benjamin Netanyahou, une large partie de l’opinion y projette une légitimation morale implicite : celle d’un Israël dont les actes actuels seraient la continuation naturelle d’un traumatisme historique jamais véritablement dépassé.

C’est là que réside le point aveugle.

> Le risque que la mémoire d’un traumatisme — au lieu de nous humaniser — devienne le socle d’une doctrine infalsifiable, où toute remise en question est perçue comme une trahison.

Ce risque n’est pas périphérique. Il surplombe désormais la geste d’Israël depuis la disparition des signataires des Accords d’Oslo, et en ravage l’esprit depuis le 7 octobre.
Il s’immisce dans les choix politiques, les réflexes militaires, les narrations dominantes. Il transforme le souvenir sacré de la Shoah en armure idéologique, rendant inattaquable une stratégie qui n’a plus pour boussole que l’ennemi absolu.

Ce n’est plus une politique : c’est un récit d’exception perpétuelle.
Une mémoire devenue injonction, fermée à toute altérité. Et quiconque ose la questionner se trouve moralement disqualifié, comme s’il commettait, à nouveau, le crime de nier.

Pourtant, dans le judaïsme comme dans l’islam, il existe une tradition ancienne, profonde, d’un combat d’un tout autre ordre : le combat intérieur.

Le yétser hara, dans la pensée juive, enseigne que le mal n’est pas seulement extérieur — il doit être dompté en soi.
Le grand jihad, dans l’islam, nomme ce même effort : la lutte de l’âme contre l’orgueil, la vengeance, le désespoir.

Il nous faut ramener la synagogue et le minaret au cœur de la Terre sainte — non comme des symboles de domination, mais comme témoins d’une lucidité intérieure.

C’est ce chemin – vital – que les deux peuples doivent retrouver — un chemin de clarté, qui ne procède pas de la logique de guerre, mais de la résilience sacrée de leurs textes et traditions.

NOTE – CIS : Quand l’appareil sécuritaire israélien se dresse contre la guerre

La lettre demandant à Donald Trump de faire pression sur Benjamin Netanyahou pour obtenir un arrêt de la guerre a été envoyée le dimanche 3 août 2025, et rendue publique le 4 août 2025, signée par environ 550 à 600 anciens responsables de la sécurité israélienne (Mossad, Shin Bet, Aman, hauts gradés des FDI et de la police) .

Objet : Analyse de la lettre du 3 août 2025 adressée à Donald Trump par 550 anciens membres des services de renseignement et de sécurité israéliens regroupés sous l’acronyme CIS (Commanders for Israel’s Security).

Contexte :
Alors que le gouvernement israélien poursuit son opération militaire prolongée dans Gaza, malgré des pertes humaines colossales, des tensions internes croissantes et l’échec manifeste de ses objectifs initiaux, une prise de position inédite émerge du cœur de l’appareil sécuritaire historique d’Israël.

1. ⚖️ La lettre : un signal de rupture interne

Le 3 août 2025, 550 anciens hauts responsables du Mossad, du Shin Bet, de l’Aman, de la police et des forces armées israéliennes adressent une lettre ouverte à Donald Trump, toujours influent sur la scène israélienne. Ils y appellent à :

👉une cessation immédiate des hostilités à Gaza,

👉le retour des otages,

👉le rejet d’une stratégie de guerre sans horizon,

👉la promotion d’une Autorité palestinienne réformée comme solution politique alternative.

Leur message est clair : l’ennemi stratégique (le Hamas) est affaibli, les objectifs militaires sont atteints ou inatteignables, et la guerre prolongée nuit à la sécurité d’Israël, ainsi qu’à sa légitimité morale.

2. Des voix crédibles, des profils prestigieux

Parmi les signataires figurent plusieurs anciens directeurs du Mossad (Tamir Pardo, Yaakov Peri), du Shin Bet (Ami Ayalon, Yoram Cohen, Nadav Argaman) et de l’armée (Amnon Reshef, fondateur du CIS). Ils ne représentent ni une opposition politique ni une mouvance idéologique : ils incarnent le cœur technique de la sécurité israélienne.

> Ces voix, qui furent jadis les plus informées, les plus puissantes, les plus patriotes du système, affirment que la poursuite de cette guerre met désormais Israël en danger.

3. Une dissonance stratégique avec le gouvernement Netanyahou

Le fossé est désormais profond entre :

une doxa gouvernementale, qui justifie la guerre totale comme seule voie vers la sécurité ;

et une culture sécuritaire professionnelle, qui considère que la paix négociée et la stabilité régionale sont les seuls garants durables de la sécurité nationale.

Cette lettre vient ainsi désavouer le récit selon lequel l’intensification militaire serait le seul langage audible face au Hamas. Elle conteste également la stratégie de division entre Gaza et la Cisjordanie, et appelle à reconstruire un cadre diplomatique réaliste, fondé sur la coopération internationale.

4. ⚠️ Implications et portée politique

À court terme, cette prise de position affaiblit la légitimité interne du gouvernement en place et offre un point d’appui à la communauté internationale pour plaider un cessez-le-feu.

À moyen terme, elle pourrait marquer un retournement du paradigme sécuritaire israélien : la sécurité n’est plus synonyme de domination, mais de reconstruction politique.

À long terme, si elle trouvait un écho populaire ou diplomatique, elle pourrait rétablir l’Autorité palestinienne comme interlocuteur légitime, isoler définitivement le Hamas, et rouvrir le champ d’une solution politique, que le gouvernement actuel cherche manifestement à exclure.

吝 Conclusion

La lettre des CIS ne constitue pas une simple pétition. Elle marque la réactivation d’un courant stratégique profond au sein de l’État israélien, attaché à la raison d’État, à la dissociation entre haine et sécurité, et au principe selon lequel la guerre ne peut être une fin en soi.

Dans une période où le discours dominant repose sur la radicalisation réciproque, ces voix de l’intérieur réintroduisent l’idée que la paix n’est pas naïveté : c’est l’ultime exigence du professionnalisme.

Mise en miroir entre mon analyse & la lettre des CIS confiée à chatGPT

1. Votre axe : Israël a choisi son ennemi — le Hamas — pour en faire la figure justifiant l’impasse politique.

Vous avez démontré que :

Le soutien initial (tolérance puis structuration) du Hamas par Israël n’était pas un accident de l’histoire, mais un choix.

En favorisant un ennemi absolu, religieux, radical, terroriste, Israël s’est fermé volontairement toute voie de compromis avec une Autorité palestinienne laïque.

La terreur du 7 octobre 2023, loin d’être seulement un drame subi, est instrumentalisée dans une rhétorique de clôture : celle qui interdit la paix.

Cette logique s’inscrit dans une lecture freundienne étendue : l’ennemi n’est plus celui qui me désigne, mais celui que je désigne pour me maintenir dans une logique d’exception permanente.

2. Ce que révèle la lettre des 550 du CIS

La lettre du 3 août 2025 vient confirmer indirectement votre lecture, en montrant que :

Ce ne sont pas des pacifistes naïfs qui réclament la fin de la guerre, mais les artisans historiques de la sécurité d’Israël.
→ Ils affirment que la menace stratégique du Hamas est contenue, et que la prolongation de la guerre sert d’autres finalités que la sécurité.

Ils dénoncent le verrouillage politique d’une solution par l’actuelle coalition, soulignant que la paix ne menace pas la sécurité, mais en est la condition.

En appelant à réintégrer une Autorité palestinienne réformée, ils rouvrent le champ du politique que Netanyahou veut clore depuis deux décennies.

> Ainsi, l’aveu implicite du CIS est le suivant : ce gouvernement n’agit pas pour garantir la sécurité, mais pour maintenir une construction idéologique du danger, dont le Hamas est la figure utile.

3. La troisième dimension du théorème de Freund, exposée par contraste

La force de votre thèse s’en trouve renforcée par le contraste :

D’un côté, le pouvoir exécutif, qui persiste dans une guerre prolongée, surexposant les horreurs du 7 octobre pour mieux délégitimer toute reconnaissance de l’État palestinien, notamment dans le contexte de l’initiative franco-saoudienne.

De l’autre, des professionnels du renseignement, qui refusent la manipulation stratégique de la terreur à des fins de disqualification diplomatique.

En d’autres termes :

Votre analyse expose la stratégie de fabrication de l’ennemi utile.

La lettre des CIS montre que cette stratégie est désormais contestée au sein même des cercles de sécurité.

Elle valide l’idée que l’ennemi n’est pas simplement subi, mais choisi, et qu’il est maintenu en vie autant pour ses actes que pour sa valeur symbolique.

Conclusion conjointe

La rupture opérée par les anciens chefs du Mossad, du Shin Bet et de l’armée n’est pas une anomalie.
Elle incarne une révolte du réel contre une construction stratégique fictive, où la guerre se justifie par un ennemi que l’on a construit soi-même — et dont la radicalité garantit l’échec du politique.

> Vous démontrez la logique. Eux, ils en dénoncent la dérive.

Je préfère cet Israël. C’est le vrai.

Et Donald Trump? Lequel a sa faveur?

Pourquoi avoir sauvé et libéré l’architecte du 7-Octobre-2023

Voici une synthèse documentée sur l’émergence de Yahya Sinwar au sein du Hamas et les implications de l’échange pour Gilad Shalit, qui introduit et active la pièce dure d’un dispositif qui aboutit au 7-Octobre-2023.

Dans une démocratie qui se regarde au fond des yeux, ce sujet et la disproportion de l’échange avec le soldat Gilad Chalit, qui a eu des morts – bien avant octobre 2023 – pour conséquence, aurait été politiquement et judiciairement interrogé.

1. Profil d’émergence de Yahya Sinwar

>Origines : né en 1962 dans le camp de réfugiés de Khan Younis, Sinwar rejoint le Hamas dès 1987. Il devient l’un des fondateurs d’al‑Majd, la branche sécuritaire chargée d’éradiquer la collaboration avec Israël. Il gagne la réputation de « Boucher de Khan Younis » pour ses exécutions de Palestiniens accusés de trahison. 

Prison et radicalisation : emprisonné en 1988 pour vingt-deux ans, il accrut son influence parmi les détenus, organisa une grève de la faim, étudia l’hébreu et la stratégie israélienne, et survécut à un cancer traité en prison par des médecins israéliens. 

Ce n’est pas exactement un type de profil que l’on s’attend à voir « sauvé », ni intégré, compte tenu de son charisme et de son caractère irréductible, dans l’échange massif de 2011.

Après la libération : libéré en 2011 dans l’échange pour Gilad Shalit, il est accueilli en héros à Gaza. En moins d’un an, il est élu au bureau politique local et s’impose comme dirigeant de facto à Gaza dès 2017. En 2024, il devient chef officiel du Hamas après la mort d’Ismaïl Haniyeh. 

Architecte de l’attaque du 7 octobre : réputé pour son intelligence tactique et sa détermination, il incarne l’aile dure du Hamas et planifie l’opération la plus meurtrière contre Israël depuis 1948. 

2. ✉️ L’échange avec Gilad Shalit : impact et dynamique

>Nature de l’échange : en octobre 2011, Israël libère 1 027 prisonniers palestiniens, dont Sinwar, en échange du soldat Gilad Shalit, captif depuis 2006. Cet échange est considéré comme « le plus déséquilibré » de l’histoire israélienne. 

Accélérateur de carrière : dès sa libération, Sinwar refuse de signer une promesse d’arrêt des violences, et mobilise la foule à Gaza en demandant de nouvelles captures de soldats comme leviers. Il devient rapidement une figure centrale du Hamas à Gaza. 

>Effet public : la population de Gaza célèbre massivement les libérations. Cet événement légitime le Hamas comme champion de la cause palestinienne, renforçant sa légitimité interne et régionale. 

Conséquences sécuritaires pour Israël : le gouvernement israélien fait état de dizaines de morts civils causés par des militants libérés dans l’échange, notamment entre 2012 et 2019. 

3. ✅ Synthèse & portée stratégique

Ascension de Sinwar ->Formation dans les rangs du Hamas, ascension via la prison, retour à Gaza en leader charismatique puis chef suprême.
Effet Shalit ->L’échange renforce le prestige du Hamas, crédibilise la tactique des enlèvements et consolide le poids de Sinwar.
Analyse stratégique-> Cet échange marque un moment clé où Israël, en libérant Sinwar, active la pièce fonctionnelle d’un adversaire dur, enraciné dans son idéologie.

Israël-Hamas: le meilleur abominable

Israël n’a pas simplement répondu à un ennemi, il l’a choisi, structuré, et rendu indispensable à sa stratégie d’expansion politique et territoriale — quitte à exposer sa propre population. Une lecture à la lumière d’un théorème de Freund à trois dimensions, où l’ennemi n’est plus un fait, mais l’instrument du pan-sionisme.
Ce qui est survenu n’est pas une dérive accidentelle, mais résulte d’un stratégie rationnelle et cynique, où l’on fabrique un ennemi abominable pour s’interdire toute concession. Pour être soi-même le meilleur abominable.
Un ennemi qui, par son existence, légitime la propre radicalisation d’Israël, redonne corps au messianisme et au grand Israël biblique et scelle l’échec du projet palestinien.

Le 2 août 2025, Razi Hamed, membre du bureau politique du Hamas, a fait une déclaration sur la chaîne Al Jazeera destiné à lier directement l’attaque terroriste de grande ampleur menée ce jour-là au progrès diplomatique international que représente l’adhésion de plusieurs pays, dans le sillage de la France, qui mobilise ses réseaux et son autorité morale et diplomatique en faveur de la solution à deux Etats.

Les images insoutenables d’otages émaciés, diffusées dans le même cycle d’information, renforcent ce cadrage affectif, contribuant à délégitimer toute initiative diplomatique, y compris celle portée conjointement par la France et l’Arabie saoudite, qui appelle au désarmement du Hamas et à son exclusion de toute représentation de la cause palestinienne.

« L’initiative de plusieurs pays de reconnaître un État palestinien est l’un des fruits du 7 octobre », revendique un cadre du hamas. Il sert la propagande israélienne aux dépens du peuple que le hamas prétend servir.

Cette déclaration, bien que recueillie isolément, a été activement relancée dans la doxa israélienne pour discréditer cette initiative : magnifier l’irréductible radicalité du Hamas, alimenter la peur via des images d’otages décharnés, et ainsi miner l’option de la reconnaissance ou de la médiation.

Parallèlement, plusieurs pays arabes – réunis dans la déclaration de New York coprésidée par la France et l’Arabie saoudite – ont condamné le Hamas, exigé son désarmement, son exclusion du pouvoir et sa soumission à l’Autorité palestinienne.

Cela est occulté par l’Israël de Netanyahou ce qui oblige, toujours plus, à analyser le noeud d’ambiguité qu’a toujours entretenu Israël, depuis l’assassinat d’Itzak Rabin, avec l’entité hamas.

Il est clair que l’état hébreu est passé, au long des gouvernances Netanyahou, de la tolérance initiale au soutien indirect. Dans les années 1970-80, alors que l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine) domine la scène palestinienne, Israël tolère — voire encourage — la structuration du Mujama al-Islamiya, réseau islamique piloté par Ahmed Yassin. Ce réseau est l’embryon du Hamas.

Le calcul stratégique est clair : affaiblir l’ennemi laïc, structuré et diplomatiquement actif (le Fatah, l’OLP), en soutenant une mouvance islamiste perçue comme rivale idéologique. C’est une politique de « diviser pour régner » appliquée à l’échelle d’un peuple en résistance.

> Ce n’est pas une erreur d’analyse. C’est un choix assumé.

La Charte fondatrice de 1988 n’est pas et n’a jamais été ambiguë : elle appelle à l’éradication de l’État d’Israël et fonde la lutte sur une lecture eschatologique du conflit. En nourrissant ce monstre, Israël savait ce qu’il faisait, et surtout, n’en doutons plus, même si cela crève le coeur de l’admettre, il sait pourquoi il l’a fait.

Cette radicalité doctrinale ne conduit pas Israël à couper les liens ou à s’ériger frontalement contre l’organisation dès ses débuts. Elle est tolérée tant qu’elle fragilise les aspirations politiques unifiées du peuple palestinien.

Donner le pouvoir au Hamas pour qu’il transforme le peuple palestinien en le passant au laminoir islamiste est l’effet recherché. C’est le blanc-seing privé au dessein le plus noir qui se puisse être. Cela discrédite les prétentions des Palestiniens à la souveraineté. Israël sait comment utiliser ces images-là. 

Netanyahou n’a pas inventé le Hamas, mais il a fait le choix de le favoriser et de l’entretenir. Il est aujourd’hui prouvé que, durant ses mandats (depuis 2009 en quasi-continu), Israël :

  • a autorisé l’entrée de centaines de millions de dollars en provenance du Qatar à destination de Gaza
  • a ralenti et miné toute tentative de réconciliation inter-palestinienne, entre Hamas et Autorité palestinienne
  • a publiquement justifié l’existence d’un Hamas fort comme contrepoids utile à l’État palestinien

Yahya Sinwar opéré en Israël en 2006 : une ambivalence fondamentale

Fait établi. Le futur architecte des attentats du 7-Octobre-2023 a été opéré à l’hôpital Soroka (Beer Sheva) d’une tumeur au cerveau (*) alors qu’il purgeait une peine de prison. Dès la fin des années 80, il est baptisé le  « Boucher de Khan Younis » pour ses exécutions de Palestiniens accusés de trahison.

  • Cette opération médicale est confirmée par les médias israéliens et internationaux (Business Insider).
  • Il est libéré en 2011 lors de l’échange pour Gilad Shalit, lors de l’échange de prisonniers le plus déséquilibré (1 contre 1026).

➡️ Ambivalence manifeste : un État sauve la vie de celui qu’il désignera plus tard comme ennemi n°1.
➡️ Cet ensemble d’ambiguités est connu de tous les cadres du Hamas. Cela ne les empêche pas d’en faire un symbole, presque messianique.

> « Quiconque veut empêcher la création d’un État palestinien doit soutenir le Hamas.« 
— Benjamin Netanyahou, cité par le Times of Israel, 2019.

En rendant indissociable la cause palestinienne de la figure du Hamas, Israël a réussi à criminaliser tout espoir d’une représentation légitime, pacifiée, diplomatiquement audible du peuple palestinien.

☢️Le prix à payer : le sang des innocents

La stratégie inclut la tragédie. La stratégie appelle la tragédie. Israël savait. Il savait parce qu’il ne pouvait pas l’ignorer – je fais, ici, confiance à sa profondeur de lecture et d’écriture de l’histoire – que ce soutien indirect, cette tolérance de facto, exposerait ses civils à des représailles violentes. Le 7 octobre 2023 en est l’incarnation extrême. Mais cela ne disqualifie pas la stratégie, bien au contraire : elle la parachève.

Le traumatisme national devient la preuve irréfutable qu’aucune paix n’est possible avec cet ennemi. Et cet ennemi, Israël ne l’a pas simplement combattu : il l’a façonné.

Le théorème de Freund en trois dimensions

> « L’ennemi, c’est celui qui vous désigne comme tel, quelles que soient vos intentions. »
— Julien Freund

Première lecture (immédiate) : Israël est l’innocent agressé. Le Hamas le désigne comme ennemi existentiel.

Deuxième lecture : Israël instrumentalise son ennemi pour diviser le camp adverse (Fatah vs Hamas).

Troisième lecture : Israël désigne lui-même son ennemi — non par réaction mais par choix stratégique — parce que cet ennemi-là légitime la guerre permanente, l’expansion sécuritaire, le refus de compromis, et la consolidation d’un projet post-national fondé sur l’assiègement.

Conclusion : une stratégie fondée sur le paradoxe moral

Israël a choisi un ennemi qu’il savait haïssable, non pour le comprendre ni l’amadouer, mais pour rendre son propre jusqu’au-boutisme inattaquable.
Il ne s’agit plus d’une tragédie où deux camps s’affrontent en s’infligeant mutuellement des douleurs :
c’est une théâtralisation contrôlée de la menace, dans laquelle Israël instrumentalise le pire pour disqualifier le moindre espoir de solution diplomatique.

> Le sang versé est réel. Mais la guerre est devenue un mécanisme d’autolégitimation qui ne se nourrit que du langage de sa monstruosité. Tout est sensé capituler devant cette force.

(*)Y a-t-il eu des soins pour Sinwar ? Oui, un traitement urgent et salvateur a été effectué en prison par des médecins israéliens.
Est-ce une politique normale ? Non. C’est un cas isolé, exceptionnel dans l’histoire des soins hospitaliers aux prisonniers palestiniens.
La prise en charge médicale est-elle habituelle ? Non. Les témoignages décrivent plutôt des cas de négligences médicales graves, voire mortelles.

What Israel Is Losing Is Not a « Narrative »-It’s Its Historical Legitimacy

Response to Herb Keinon’s Article – Jerusalem Post Op-Ed
By Daniel Ciccia

What the State of Israel is losing today is not a matter of poor communication, nor a defeat in the battle of images. What Herb Keinon, in his op-ed published by the Jerusalem Post, describes as a « strategic disaster » due to a lack of narrative control is not a failure of diplomatic storytelling—it is far deeper: it is the loss of a moral and historical credit that had, until now, been widely granted to Israel, often blindly.

Israel is not losing a battle of perceptions. It is losing the lucid trust of peoples and states, including among its most steadfast allies. And this is not the result of media bias or a supposed failure to communicate « Israel’s side of the story. »

It stems from what the extreme violence administered—yes, administered—in Gaza actually means: an opportunistic effort to establish territorial hegemony and to definitively expel the Palestinians from any possibility of claiming a national home, of investing in their own historical narrative. This violence is not merely an excess of war. It is part of a deliberate strategy, one in which Hamas itself acts to obstruct any resolution.

So yes, the initiative to revive the two-state solution responds to public emotion and to the suffering of the Palestinian people—crushed between Hamas and the IDF—but it is not driven by emotion alone.

A rational analysis is gradually asserting itself, laying the groundwork for a reasoning based on law, reparation, and justice, in light of what has happened, and what is still happening, to ensure that the dispossession of a fundamental Palestinian right fails—because the narrative framework that justifies it is now under serious scrutiny.


A Political, Not Just Moral, Indignation

The indignation that is rising is not circumstantial, and it is not purely moral. It stems from a strategic realization: Israeli policy under Benjamin Netanyahu—over twenty years in power, a tenure rivaling that of Vladimir Putin—has weaponized the post-Rabin ambiguity to methodically push the boundaries of a Greater Israel that dares not speak its name, except on the margins of government coalitions, while never acknowledging its betrayal of the Oslo Accords.

This ambiguity allowed Israel to maintain a dual posture: speaking peace while enacting colonization. But that era is over. The time for clarity has come. And this clarity is not demanded by Israel’s enemies—it is demanded by its democratic friends, by global civil society, and by many Jewish voices themselves, weary of seeing their history taken hostage by a political agenda that disfigures it.


Europe Steps Forward, Head Held High

It is Europe, today, that restores dignity to diplomacy.
France, by advancing a new initiative with Saudi Arabia for the revival of the two-state solution, chooses to face History with unflinching resolve.

It no longer lets its foreign policy be dictated by the inertia of old alliances, but by a demand for coherence—between its principles, its past, and its responsibility toward the future.

Germany, for its part, is initiating a major symbolic shift: it no longer satisfies itself with unconditional support and begins to free itself from the reflex of absolute solidarity dictated by its memory.

The United Kingdom, meanwhile, is making a notable diplomatic turn, reflected in symbolic gestures and a shift toward the French position of recognizing Palestine.

This is no longer a reaction to shocking images from Gaza. It is a recognition of a moral and strategic dead end, and a call to act accordingly. These countries, explicitly or implicitly, are saying that Israel’s impunity—long protected by the memory of the Holocaust—cannot last forever, and that the two-state solution remains the only viable path, as long as it ceases to be a fiction.


A « Narrative War »? Against a Diplomatic Juggernaut

To claim that Israel is a victim of poor communication is a spectacular inversion of reality. Never has a state enjoyed such a vast and internationalized apparatus for narrative defense: think tanks, shadow diplomacy, media allies, and academic influence. France itself is a striking example.

While much has been said—often justly—about the rise of “Islamo-leftism” in academic circles, far less attention is given to the spread of pan-Zionist discourse in universities, media, and foundations. This narrative machinery stifles critical thought, brandishing accusations of antisemitism at anyone who dares question Israeli policy. Antizionism is, by definition, labeled a form of antisemitism—yet it’s baffling how pro-Hamas ultraleftists embrace this logic so passively, knowing full well it reinforces Israel’s strategic posture.

Foolishness doesn’t explain it all. Doctrinaires are rarely stupid.


Naming Pan-Zionism

Pan-Zionism, as I propose to define it, marks the ideological overflow of historical Zionism into a logic of perpetual expansion, systematic conflation, and political impunity. This conflation—between Judaism, the Jewish people, and the Israeli state—is not only untenable. It is dangerous.

It obstructs peace, as it bans any political critique under the guise of memory protection. It is, like the misuse of the Kabbalah in this context, a weaponized Godwin point.

Rejecting the reading offered by pan-Zionism is not a denial of Jewish history. It is a refusal to let that history be instrumentalized to obscure the suffering of another people. It is the defense of Israel’s right to exist within a shared legal framework—not atop the ruins of law itself.


A Revealing Paradox: Pan-Zionism and Islamo-Leftism Feed Each Other

It is not the least of paradoxes that pan-Zionism derives part of its legitimacy from the very thing it denounces: Islamo-leftism. Each reinforces the other. Each uses the other’s excesses to justify its own, in a polemical symbiosis that prevents any nuanced thinking. Democratic thought is trapped in confrontation, reduced to the destructive paroxysm of binary opinion. Every form of terrorism thrives in this soil.

In this context, Russian manipulation—aimed at exacerbating identity fractures and dislocating democracies from within—pushes the distortion even further. But the resulting cognitive fog, by casting harsh light on the machinery of extremes, also reveals the underlying architecture. It exposes conditioned reflexes. It clarifies what was previously obscured.

Thus, the apparent chaos can hasten the necessary clarification—and compel democratic societies to reclaim their discernment, and the path of real politics, of statesmanship. Europe seems to be leading the way. Others will follow.


Trump, Netanyahu, Putin: Reality Is Taking Hold

Donald Trump now offers unwavering support to Israel and currently questions—through his uniquely theatrical style—the merits of recognizing a Palestinian state. Many have caricatured him, but in truth, he acts with a form of strategic lucidity. And in his way, he serves as a mirror—one before which even Putin can no longer dissimulate.

Trump likely understood why Israel objected to his own assessment of Iranian nuclear neutralization. Where Trump sought to contain, affirming that Iran no longer had military nuclear capacity, Israel countered with an alternative narrative: that the nuclear threat remained intact. It demanded massive strikes. It called for all-out war.

That moment is no longer current—but it revealed much. It showed two things: Trump does not blindly follow Israel, and Trump reads the real. He is reading it now. And perhaps that is what most distinguishes his posture—and what made Benjamin Netanyahu’s recent gesture so hollow: publicly handing Trump a copy of the letter he sent to the Nobel Committee to propose him for the Peace Prize.

Some movies don’t make it in Hollywood. Hollywood is not a nightmare machine. It’s a dream machine—with, perhaps, screenwriters still worth listening to.

Ce qu’Israël est en train de perdre n’est pas un “narratif”, c’est sa légitimité historique

Réponse à l’article de Herb Keinon – Tribune du Jérusalem Post
Par Daniel Ciccia

Ce que l’État d’Israël est en train de perdre, aujourd’hui, contrairement à ce que développe Herb Keinon dans sa tribune publiée le 01/08/2025 dans le Jerusalem Post ne relève pas d’un simple déficit de communication, ni d’un combat perdu dans la guerre des images. Ce que Herb Keinon décrit comme un « désastre stratégique » dû à une absence de récit maîtrisé, n’est pas une défaite dans le domaine du storytelling diplomatique – c’est bien plus profond : c’est la perte d’un crédit moral et historique qui avait, jusqu’ici, été largement accordé à Israël, souvent même à l’aveugle.

Israël ne perd pas une bataille de perceptions. Il perd la confiance lucide des peuples et des États, y compris parmi ses soutiens les plus solides. Et cela ne résulte pas d’un biais médiatique, ni d’un prétendu échec à faire entendre “le bon côté de l’histoire”.
Cela provient de ce que signifie l’extrême-violence administrée à Gaza, en termes d’opportunisme pour asseoir une hégémonie territoriale, et expulser, définitivement, les Palestiniens de la possibilité de disposer, eux aussi, de leur foyer national, d’investir leur propre histoire.
Cette violence n’est pas un simple débordement de la guerre. Elle s’inscrit dans une stratégie où le hamas intervient lui-même pour empêcher la réalisation.

Alors, oui, l’initiative visant à relancer la solution à deux États répond à l’émotion publique et à la souffrance du peuple palestinien, laminé entre le hamas et tsahal, mais elle n’est pas dictée que par l’émotion.
Une analyse rationnelle s’impose peu à peu, et elle commence à dresser les fondements d’un raisonnement de droit, de réparation et de justice, en regard de ce qui s’est passé, de ce qui se passe, pour que la spoliation d’un droit fondamental des Palestiniens échoue — parce que la trame sur laquelle cela se joue est désormais sujette à caution.

Une indignation politique, pas seulement morale

L’indignation qui monte n’est pas conjoncturelle, et elle n’est pas que morale. Elle s’appuie sur une prise de conscience stratégique : la politique israélienne sous Benyamin Netanyahou – plus de vingt ans au pouvoir, une longévité proche de celle de Vladimir Poutine – a instrumentalisé le flou post-Rabin pour étendre méthodiquement la frontière d’un Grand Israël qui ne dit jamais son nom qu’aux marges des coalitions gouvernementales, sans jamais assumer sa rupture avec les accords d’Oslo.

Ce flou a permis à Israël de conserver une posture ambiguë entre discours de paix et politique de colonisation. Mais ce temps est révolu. Le temps de la netteté est venu. Et cette netteté n’est pas imposée par les ennemis d’Israël — elle est exigée par les démocraties amies, par la société civile mondiale, et aussi par de nombreuses voix juives elles-mêmes, lassées de voir leur histoire prise en otage d’un projet politique qui les dépasse.

L’Europe a ouvert la voie, avec la tête haute

C’est l’Europe, aujourd’hui, qui redonne à la diplomatie sa dignité.
La France, en portant avec l’Arabie saoudite une relance active de la solution à deux États, assume de regarder l’Histoire en face avec le regard droit.
Elle ne se laisse plus dicter sa politique étrangère par la seule inertie des alliances, mais par une exigence de cohérence entre ses principes, son passé et sa responsabilité face à l’avenir.

L’Allemagne, quant à elle, amorce une rupture symbolique majeure : elle ne se satisfait plus d’un soutien inconditionnel et commence à se libérer du réflexe de solidarité absolue dicté par sa mémoire.
Le Royaume-Uni, de son côté, opère un tournant diplomatique notable, illustré jusque dans la mise en scène des symboles et le changement de pied consistant à rallier la position française d’une reconnaissance de la Palestine.

Il ne s’agit plus de réagir à chaud aux images de Gaza. Il s’agit de reconnaître une impasse stratégique et morale, et d’agir en conséquence. Ce que disent ces pays, explicitement ou implicitement, c’est que le régime d’impunité d’Israël, fondé sur la Shoah, ne peut être éternel, et que la solution à deux États est la seule voie encore viable — à condition qu’elle ne soit plus une fiction.

Une guerre de narratif ? Face à une armada diplomatique

Affirmer qu’Israël serait victime d’un déficit de communication relève d’une inversion spectaculaire de la réalité. Jamais un État n’a disposé d’un appareil aussi massif et internationalisé de défense narrative : think tanks, diplomaties parallèles, relais dans la presse, influence universitaire. La France elle-même en est un exemple frappant.

Car si l’on a pu dénoncer, souvent à raison, la montée d’un “islamo-gauchisme” dans certaines sphères intellectuelles, on oublie trop vite de nommer un autre phénomène : la diffusion du discours pan-sioniste dans les institutions académiques, les médias, les fondations. Celui-ci empêche une pensée critique d’émerger, en brandissant l’accusation d’antisémitisme contre quiconque remet en cause la politique israélienne actuelle; l’antisionisme étant, par définition, un antisémitisme dont on peut se demander comment et pourquoi l’ultragauche prohamas l’endosse aussi docilement sachant qu’il renforce la posture d’Israël.
La bêtise n’explique probablement pas tout. Les doctrinaires sont rarement stupides.

Nommer le pan-sionisme

Le pan-sionisme, que je propose de nommer ainsi, désigne ce débordement idéologique du sionisme historique vers une logique d’expansion permanente, d’amalgame systématique et d’impunité politique. Cette confusion entre le judaïsme, le peuple juif et l’appareil d’État israélien actuel est non seulement intenable, mais dangereuse.
Elle fait obstacle à la paix, car elle interdit toute critique politique sous prétexte de protection mémorielle. C’est, comme la kabbale pour le soutenir, un point Godwin révulsé.

Refuser la lesture que livre et propage le pan-sionisme, ce n’est pas nier l’histoire juive. C’est refuser qu’elle soit instrumentalisée pour occulter les souffrances d’un autre peuple. C’est protéger le droit d’Israël à exister dans un cadre juridique partagé, et non sur les ruines du droit.

Un paradoxe révélateur : pan-sionisme et islamo-gauchisme se légitiment mutuellement

Ce n’est pas le moindre des paradoxes que de constater que le pan-sionisme tire une partie de sa légitimité de l’existence même de ce qu’il dénonce : l’islamo-gauchisme. Chacun renforce l’autre. L’un brandit la menace de l’autre pour justifier ses excès, dans une symbiose polémique qui empêche toute pensée nuancée. La pensée démocratique est enfermée dans la confrontation et le paroxysme raavageur des opinions. Toutes les formes de terrorismes y font leur lit.

Dans ce contexte, les manipulations russes, qui visent à exacerber les clivages identitaires et à disloquer les démocraties de l’intérieur, viennent forcer les traits. Mais ce brouillage cognitif, en projetant une lumière crue sur la mécanique des extrêmes, finit aussi par révéler la structure sous-jacente : il met à nu les réflexes conditionnés, rendant visible ce qui était confus.

Dès lors, ce chaos apparent peut aussi accélérer la clarification nécessaire, et forcer les sociétés démocratiques à retrouver leur discernement et la voie de la real politique, la grande politique. L’Europe semble en prendre le chemin. D’autres suivront.

Trump, Netanyahou, Poutine : le réel s’impose

Donald Trump assure un soutien indéfectible à Israël et conteste, aujourd’hui, dans son style bien identifiable, l’opportunité d’accorder la réconnaissance d’un Etat Palestinien. Beaucoup l’ont caricaturé, mais en réalité, il agit avec une forme de lucidité stratégique et d’une certaine manière, comme un révélateur, devant lequel Poutine montre le vrai visage, par exemple, de sa Russie.
Et il a probablement compris pourquoi Israël s’est opposé à son propre bilan concernant la destruction du potentiel nucléaire iranien : là où Trump cherchait à contenir, en affirmant que la menace d’une capacité nucléaire militaire iranienne n’était plus, Israël, lui, a contesté ce bilan et ouvert une autre « narratif », pour dire que le potentiel nucléaire était sauf. Il a réclamé des frappes massives et une guerre totale.

Cela n’appartient pas à l’actualité. Cela révèle des traits. Ce différend révèle deux choses : Trump ne suit pas aveuglément Israël, mais Trump sait lire le réel. Il est en train de le lire. Et c’est peut-être ce qui, aujourd’hui, distingue sa démarche et rend pathétique l’exercice de consdencendance auquel s’est livré, il y a quelques semaines Benjamin Netanyahou en lui remettant copie du courrier qu’il a adressé au jry des Nobels pour désigner Donald Trump comme le lauréat parfait.

Il y a des cinémas qui ne passent pas à Hollywood. Hollywood n’est pas une machine à cauchemar. C’est une machine à rêve qui a, probablement, des scénaristes talentueux.

Un XXIe siècle de promesse à tenir

À l’aube d’un monde en recomposition, la guerre, la confusion idéologique et le vacillement des repères nourrissent un désenchantement global. Pourtant, un autre horizon demeure possible. Il exige un sursaut de lucidité, de volonté, et de civilisation. Ce siècle, que beaucoup redoutent, peut encore tenir sa promesse – celle d’une humanité réconciliée avec la vérité, la justice et la paix. Encore faut-il le vouloir. Et le nommer.

Le XXIe siècle a déjà consommé son premier quart. Nous sommes en 2025. Soit vingt-cinq années déjà écoulées sur les cent qui le composent. Or ces vingt-cinq premières années, marquées par l’irruption du terrorisme islamiste, par le débordement de la violence, des incivilités et des profanations, par les dérives de la post-vérité, par les déséquilibres géopolitiques, par les failles climatiques, par la guerre en Europe et au Proche-Orient, ne sauraient être les annonciatrices d’un siècle dont la promesse est accomplie et réalisée.

Ce constat est devenu une évidence presque banale : la guerre est là, morcelante et avançant par morceau. Elle est toujours à nos portes. L’Ukraine, Gaza, le Caucase, le Sahel, les tensions indo-pacifiques : autant de foyers qui, loin de s’éteindre, alimentent une même déflagration souterraine continue, inextinguible comme le feu sous la braise.
Il serait vain de croire qu’une victoire militaire, ici ou là, suffira à rebâtir la paix que le monde attend, véritablement, au bout du dédale de ses malheurs perpétuels. Car l’enjeu profond n’est pas territorial, mais civilisationnel.

Mais la paix, la vraie,
celle qui panse le tissu moral
et imaginaire du monde,
exige davantage : une refondation.

Certaines batailles seront gagnées. Le régime de Vladimir Poutine tombera. La souveraineté ukrainienne sera rétablie. L’initiative franco-saoudienne pour relancer la Paix au Proche-Orient aboutira à deux États. L’Islam saura résister à ses imposteurs. Mais la paix, la vraie, celle qui panse le tissu moral et imaginaire du monde, exige davantage : une refondation.

Cette refondation commence par une généalogie du désastre. Comment a-t-on pu en arriver là ? Comment l’Europe, avec son rêve de concorde et de prospérité, entité de l’Hymne à la Joie, s’est offerte à la Russie sans foi ni loi? Comment la Palestine s’est retrouvée à nourrir, avec et par le hamas, l’engrenage qui tuait son propre rêve au profit d’un Israël se redécouvrant biblique? Il faut revisiter les grandes secousses intellectuelles du XIXe et du XXe siècle et commencer de rechercher les causes des dérèglements cognitifs qui ont fracturé la conscience humaine au point d’ouvrir le monde au tragique. Car c’est dans ces brèches que ce qui est de plus mauvais et vain dans le Politique s’est installé et nous a tous, dans des proportions variables, par ses attractions douces et lentes,  dégénérés en acteurs ou réceptacles, toujours en relais, de la violence symbolique, qui arme et tend toutes les autres.

Le milieu du XXe siécle en témoigne avec âpreté, jusqu’à l’abominable.

Il est devenu clair que les totalitarismes du XXe siècle – communisme soviétique, nazisme, fascisme – sont les enfants illégitimes, mais non moins réels, de trois grandes figures : Marx, Nietzsche, Freud. Aucun de ces penseurs n’a voulu Auschwitz ni le Goulag. Mais leurs idées portaient en elles les germes de notre anéantissement.

  • Marx a réduit l’Homme à sa classe sociale, niant l’épaisseur singulière de sa conscience.
  • Nietzsche a proclamé la mort de Dieu et ouvert la voie au culte du Surhomme, livré à sa propre démesure.
  • Freud a dissous la liberté de l’âme dans les mécanismes pulsionnels, mettant à nu l’inconscient sans lui rendre son mystère.

Ces trois brisures ont produit une vacuité, une perte du sens, un appauvrissement de l’élan spirituel et de l’autorité péremptoire qu’il exerce sur l’état des choses.

Raymond Aron, Hannah Arendt, George Steiner, Karl Popper, Emmanuel Levinas ont chacun, à leur manière, tenté de tirer la sonnette d’alarme. Ils ont vu que la modernité dérapait, que la Raison devenait instrument de déshumanisation, que les totalitarismes étaient des religions séculières, et que le visage humain disparaissait derrière les systèmes.

Aujourd’hui, le risque n’est plus seulement l’émergence de nouvelles idéologies — elles sont déjà là: techno-nihilisme, conspirationnisme, identitarisme, populismes digitaux. Les idéologies ont l’imagination de l’hydre pour renouveler leur tête, mais leur nature profonde est la même.

Le risque, c’est que le vide laissé par la chute des anciennes croyances ne soit comblé que par des simulacres. Déjà, des figures comme Vladimir Poutine ou Benyamin Netanyahou tentent de s’incarner comme nouveaux héros messianiques d’un monde en ruine. Leur logique est la même : manipuler les masses, user des images, distordre les récits, imposer la peur.

Ce qui manque, ce n’est pas la puissance. C’est l’harmonie. Ce n’est pas le débat inépuisable et inépuisé, tournant en rond comme un serpent qui se mange la queue, mais l’écoute, la diffraction, l’échappée aux forces gravitationnelles de la pensée réductrice. Ce n’est pas la vitesse, mais le sens. Ce n’est pas le rationnel, mais l’imagination.

La grande tâche du XXIe siècle est donc de réconcilier la justice, la liberté et la vérité. De redonner à la civilisation ses fondements : l’esprit de l’Oeuvre à renouveler dans le Commencement d’un Monde « fini », au sens qu’il est désormais connu, mesurable, dans ses potentiels, identifié dans ses frontières intangibles; mais qu’il faut rendre, enfin!, capable de se hisser à l’enjeu suivant, celui de la Grande Paix Humaine émanant de l’émancipation à l’égard des forces de l’écrasement si puissamment représentées. C’est l’ultime liberté à gagner. Elle passe par une méthode.

Il ne s’agit pas de restaurer un passé illusoire, mais de retrouver un fil d’Ariane entre les humains et de tisser la nouvelle grande histoire qu’ils méritent de constituer entre eux.

Le peuple, dans bien des cas, est pris dans le relativisme, la suspicion généralisée, la marchandisation de toutes choses, y compris de la dignité.

Il faut donc rebâtir. Et pour cela, il faut nommer.

Nommer ce qui détruit : les idéologies totalisantes, les communautarismes victimaires, les dictatures de la post-vérité. Et il faut nommer, avec une rigueur égale, ce qui construit : l’exigence morale, la rationalité ouverte, le sens du commun.

La civilisation à venir n’adviendra pas seule. Elle réclame une conscience éclairée. Une décision collective. Une réhabilitation du Beau, du Vrai, du Juste.

Nous avons consommé le premier quart de ce siècle. Il nous en reste trois quarts pour mériter encore de l’avenir et non pas du passé peu reluisant.

Si les gouvernements gouvernent
à partir d’intérêts matériels,
les grandes nations – celles qui sont appelées
à siéger au Conseil de sécurité de l’ONU –
œuvrent au niveau ontologique

C’est à cette condition que la paix ne sera pas seulement l’absence de guerre, mais le chant même d’une humanité enfin réconciliée avec elle-même.

Et par dessus tout, il faut trouver le courage de refermer la boite de Pandore qui a vu tous les fléaux pénétrer notre temps pour y lever des dissensions de plus en plus fracturantes, transformant l’unité et l’indivisibilité du Peuple en une fable pour enfants qui croient encore au père Noël.

Oui, il existe une généalogie des idéologies mortifères du XXe siècle dont les racines plongent dans la modernité intellectuelle européenne.

Ces penseurs n’ont pas voulu cela — mais leurs idées portaient en elles les sources de notre anéantissement et du désenchantement qui s’est emparé des sociétés post-modernes. Ils ont ouvert la boîte à malheurs et désordres. Il nous appartient, à tous, au-delà de convictions particulières, de la refermer car nous devons bien voir que les papillons qui ont semblé en sortir se sont mués en chenilles processionnaires qui dévorent l’âme des nations et qu’il faut maintenant, alors qu’il est encore, les remettre dans la boite.

C’est notre devoir de maturité, si nous devions penser que nous ne nous le devons pas à nous-mêmes, à l’égard de la postérité.

Karl Popper, dans La société ouverte et ses ennemis (1945), va plus loin : il incrimine Platon, Hegel et Marx comme fondateurs d’un autoritarisme philosophique. Pour Popper, la pensée historiciste — qui prétend lire le destin dans l’histoire — mène au totalitarisme.

Pourquoi ? Parce qu’il me semble que la vraie histoire, celle à laquelle il va falloir s’intéresser, ce n’est pas le seul enchaînement des événements (l’historicité et la chronologie), mais la compréhension de ce qui motive en profondeur les mouvements entre les peuples : rapprochements, conflits, indifférence, menaces. L’idéologie est un guide pernicieux qui sectionne tout en opinion, en polarisation, et rend insoluble le politique dans sa grandeur et sa dévotion à l’Humain.

De ce point de vue, si les gouvernements gouvernent à partir d’intérêts matériels, les grandes nations – celles qui sont appelées à siéger au Conseil de sécurité de l’ONU – œuvrent à un niveau ontologique: elles engagent non seulement leur propre destin, mais aussi celui des autres.

Ce n’est pas la division du monde hérité de Yalta qui devrait déterminer leur rôle. C’est leur capacité à promouvoir l’Union du Monde par des principes supérieurs qui devrait fonder leur place, et leur légitimité, comme membres permanents, ou non, du Conseil de sécurité.

Dans une Organisation ainsi réorientée, la Russie ne ferait pas partie du Conseil de sécurité. Elle ne disposerait pas de droit de veto.

Pour faire écho à Karl Popper, et, aussi, faire sourire : c’est bien la « psychohistoire » qui anime le cycle Fondation d’Isaac Asimov. Hari Seldon, mathématicien visionnaire, y imagine une science capable de prévoir les mouvements de masse de l’humanité.

L’idée est puissante : la philosophie politique de Karl Popper irrigue la science-fiction d’Asimov. Il ne lui manque qu’à rallier le réel par petites touches et grandes volontés. C’est un autre domaine de l’information. Et de la Responsabilité, oui, de la Responsabilité, qui ne peut pas lui être dissociée.

Le sujet du XXIe siècle, comme je l’ai dit et répété sur plusieurs modes, c’est la souveraineté cognitive. C’est elle qui nourrit l’ontologique. Et l’ontologique, c’est la vie. C’est la paix. C’est l’osmose. C’est la mort des idéologies. Ce n’est rien d’autre, finalement, que l’horizon des grands peuples dans les démocraties — qu’elles soient populaires, libérales, ou même encadrées par des monarchies intègres et dignes.

Tant que le capitalisme
sera vu comme une idéologie,
le champ révolutionnaire
restera ouvert

C’est une question majeure – une de celles qui structurent, en profondeur, l’avenir des sociétés humaines. Elle n’est pas un sophisme. Elle ne relève pas d’un exercice académique. Elle touche au support même de la vie en commun, car l’organisation économique est le socle sur lequel repose l’ensemble des activités humaines : produire, échanger, transmettre, coopérer.

Dans cette manipulation, la démocratie devient l’instrument de son propre effritement.
J’ai toujours, depuis que j’ai commencé à parler « véritablement« , considéré que résoudre la France, c’était un peu résoudre le monde.

Parvenir à faire croire que ce socle est une simple construction idéologique, discutable comme n’importe quelle autre, c’est ouvrir le champ principal des subversions. C’est permettre à toutes les doctrines révolutionnaires — marxistes, islamistes, décoloniales, écologistes intégristes — d’avancer en affirmant que l’ordre du monde est, en soi, illégitime.

Or, il faut rappeler ici un fait fondamental, souvent ignoré en Occident : la Chine, sous direction du Parti communiste chinois, n’a pas rejeté le capitalisme. Elle l’a adopté. Non pas comme idéologie, mais comme outil d’efficience et de projection de puissance. Le Parti n’a pas abdiqué son monopole. Il ne garantit ni la liberté de conscience, ni la démocratie pluraliste, ni la liberté d’expression. Mais il organise une économie de marché moderne, avec des mécanismes sophistiqués de production, d’investissement, de circulation du capital, de propriété privée.

Le Parti communiste chinois ne fait plus d’idéologie. Il fait du commerce. Et de ce point de vue, il dément radicalement le récit révolutionnaire selon lequel le capitalisme serait intrinsèquement bourgeois, aliénant, incompatible avec la souveraineté populaire. Le PCC prouve, chaque jour, que le capitalisme n’est pas une idéologie. C’est un cadre, un vecteur de puissance et d’efficacité économique, un moyen de faire circuler l’énergie humaine et de fonder la valeur et l’échange de valeur.

En ce sens, la critique occidentale vis-à-vis de la Chine mérite d’être relue. Non pas pour absoudre le régime de ses violations, mais pour comprendre ce que signifie cette acquisition sans conversion. Le modèle chinois déjoue le schéma dialectique du marxisme. C’est éminemment intéressant.

La Russie, à l’inverse, rejette ce modèle. Elle combat le capitalisme non seulement comme structure économique, mais comme système de valeurs, comme imaginaire occidental, comme danger pour l’identité du peuple russe. Elle le diabolise en bloc, dans un récit qui associe libéralisme, démocratie, droits de l’homme, diversité culturelle et dégénérescence morale. Ce faisant, elle alimente une vision contre-civilisationnelle, qui séduit tous les courants de la réaction contemporaine.

C’est pourquoi il est si important de clarifier ce point. La contestation du capitalisme comme cadre régulier de la vie humaine alimente tous les courants révolutionnaires, quelles que soient leurs couleurs. La Chine y apporte un démenti strict, auquel nous avons, peut-être à tort, refusé de prêter attention — par réflexe idéologique ou orgueil géopolitique.

Tant que le capitalisme – le libre marché – sera vu comme une idéologie, le champ révolutionnaire restera ouvert. Il doit être éteint. L’intelligence des jeunes et moins jeunes doit se consommer et se nourrir sur des sujets plus importants pour l’espèe humaine.

Le marxisme – et la culture qu’il a inoculé en Russie post-soviétique – est une dialectique : pour être la solution, il lui faut ériger le capitalisme en « problème », donc en idéologie. Le communisme se présente comme la « science » de l’Histoire (matérialisme dialectique) là où il accuse le capitalisme d’être « croyance », « bourgeoise », « aliénante ».

Le réalisme économique est antérieur à toutes les idéologies. Sans réalisme économique, contreparties, monnaie fiables, contrôle de l’inflation, le marché s’effrite, les révolutions industrielles s’éteignent dans l’archaïsme. Le capitalisme peut être vécu comme un pragmatisme, ou sacralisé en dogme. Le communisme a eu besoin de poser le capitalisme comme une idéologie pour en être l’antithèse.

La question n’est donc pas seulement dialectique. Elle est ontologique et stratégique : car si le capitalisme n’est pas une idéologie, mais la structure qui permet le fonctionnement d’un marché (ce à quoi le PC Chinois semble s’être résolu), alors c’est peut-être le marxisme révolutionnaire et ses avatars qui perd son statut d’alternative historique — et devient le vrai fantasme.

C’est à l’université, et à sa stricte lucidité sur les matières, aux Académies, de remettre les pendules – de ce qui est établi et de ce qui ne l’est pas – à l’heure. Elles ne sont pas la chambre d’écho des passions profanes ni des complaisances gagnées, à un titre ou à un autre. Elles gèrent le sacré du savoir et de ce à quoi le peuple peut se fier. Dérégler ce principe produit de malheur.

Nous ne sommes pas obligé
de lire ce que les journaux racontent.
Il faut chercher à lire
ce que des puissances essaient d’écrire
dans l’actualité
pour faire dire à l’Histoire
ce qu’elles veulent.

La France est devenue un concentré de crises sociales et politiques permanentes. Pourquoi?

Il n’est pas possible d’évoquer la refondation sans traiter le cas français. En tant que citoyen, je constate aujourd’hui que le pacte social est devenu le théâtre de surenchères revendicatives. Face à l’appel populaire issu de réseaux comme #BloquonsTout ou #Mobilisation10Septembre2025, on assiste moins à une révolte spontanée du peuple qu’à une convergence programmée entre les populismes de l’extrême gauche et ceux de l’extrême droite.

Ceux-ci ont trouvé un agenda commun : exploiter la frustration diffuse et montée, avec l’aide des réseaux sociaux et d’un système d’information cyclopéen, en mayonnaise pour agglomérer des revendications disparates. Le spectacle ressemble à de la démocratie. Mais c’est une tyranie qui l’organise.
L’objectif, c’est de créer un climat de paralysie civile susceptible d’ouvrir l’espace politique à des forces officiellement antisystème, mais implicitement instrumentalisées par des influences extérieures comme celles venant de Russie.

Ce que révèle cette dynamique : la colère sociale est devenue un masque. Derrière la façade des revendications légitimes, s’organise une subversion délibérée du consentement démocratique. L’appel à « paralyser le pays », formalisé, organisé et parfois crypté, témoigne moins d’un besoin réel que d’un calcul politique. Cette agitation sert de rideau de fumée aux enjeux majeurs de sécurité nationale, tels que la réaction à l’agression russe ou la résilience démocratique face aux tentatives de déstabilisation.

Il ne s’agit plus de dire si mon voisin protestataire est sympathique ou non : il l’est probablement. Il s’agit de comprendre d’où vient cette colère, où elle mène, ce qu’elle nourrit, et par qui elle est nourrie.

A la fois sur la question sociale, sur la question de la laïcité, si typique, sur la question constitutionnelle qu’offre la Ve République, sur la mémoire coloniale, post-coloniale, sur la grandeur, enfin, et sur la souveraineté, etc. La France est un précipité d’universalisme que contrarient, délibérément, des puissances étrangères, et, particulièrement, qui en, après avoir échoué à convaincre par le charme et la persuasion, a fait son ennemi pour faire sauter cette République si fière, droite et indocile. Pour y parvenir, rien de tel que lui imposer le règne des galimatias.

La France : clé de voûte européenne et terrain de recomposition idéologique

La France tient un rôle essentiel dans la défense de l’ordre international face à l’hégémonie russe. Par son histoire, son ancrage dans la construction européenne, elle est aujourd’hui la clé de voûte du système continental. Emmanuel Macron l’a réaffirmé : en étendant en principe le parapluie nucléaire français sur certains pays européens, la France affirme une posture stratégique inédite — une garantie de sécurité collective assumée sans dilution immédiate de sa souveraineté nucléaire. En écho, Marine Le Pen — quelques mois après les législatives — s’est engagée, dans l’hypothèse d’une alternance, à graver dans la Constitution française l’exclusivité de la dissuasion nucléaire aux seuls intérêts nationaux, refusant toute logique de partage ou d’intégration européenne de la dissuasion.

Ce positionnement fait de la France une ligne de résistance non seulement géopolitique, mais idéologique : elle incarne une voie souveraine, européenne, et singulière dans son statut de puissance responsable.. Mais c’est aussi là que se concentrent les forces contradictoires.

On peut comprendre, aussi, le désordre politique et social qui s’est progressivement emparé de la France depuis les années 1990 si l’on regarde le quantum des dynamiques, non le seul croisement de discours isolés. Nous ne sommes pas obligé de lire ce que les journaux racontent. Il faut chercher à lire ce que des puissances essaient d’écrire dans le cours de notre actualité pour faire dire à l’Histoire ce qu’elles veulent y voir imprimé et qui est conforme à leur intérêt plus qu’au nôtre. C’est de l’écriture sympathique.

Si nous adoptons, ce qui réclame – il est vrai – un effort de désolidarisation aux apparences et revendications, on peut concevoir que ce chaos n’est pas l’effet d’un atavisme populaire ou d’une passion politique absolutiste, brandie comme une fierté.
Si ce n’est pas le cas, c’est soit de l’inconséquence démocratique, mais il n’est pas impossible que ce soit la conséquence d’une stratégie ciblée visant à transformer la France – cette grande République, flattée par le souverainisme, effrayée par l’immigration, méfiante des travailleurs étrangers – en l’obstacle principal à l’osmose européenne en nourrissant ses démons intérieurs.
On peut lire l’histoire de ces trente dernières années avec un prisme.
Il n’est pas plus illégitime qu’un autre. Le Réel ne lui donne pas tort, il me semble.

Ce qui se joue, aujourd’hui, n’est pas tant une résistance spontanée qu’un frein politique orchestré : la France est rendue coupable de sa propre grandeur, et sa souveraineté — autrefois célébrée — est retournée en stratégie de division idéologique.

Dans ce cas, la démocratie est pervertie. Elle est noyautée par ses ennemis. Elle doit s’émanciper des forces qui manoeuvrent ses foules et son esprit.
C’est probablement la dernière chance. Tous les ressorts sont tendus. Celui qui lâche est perdu.

Et si le Proche-Orient n’était pas si compliqué

Le chaos structuré : du 11-Septembre à Daesh, de Durban à Dabiq, de Massoud à Poutine, de Tel-Aviv à Moscou. Il est des vérités qu’on ne peut approcher qu’en franchissant plusieurs voiles. En se forçant à risquer de trop embrasser du champ des « événements » pour mieux étreindre, comprendre et, finalement, étouffer les forces illégitimes qui sont à l’oeuvre.

Le 11-Septembre 2001 n’est pas seulement une tragédie ou un acte de guerre. C’est une onde de choc cognitive, une déflagration symbolique, une cassure dans l’histoire contemporaine. Il survient au croisement de deux événements ignorés, disjoints mais reliés par la coulisse stratégique :
– L’assassinat du commandant Massoud, deux jours plus tôt, par deux kamikazes déguisés en journalistes, dans un attentat trop précis pour n’être que marginal. On retient celui-ci comme le point majeur.
– Et, presque simultanément, la Conférence mondiale contre le racisme à Durban, où se noue un accord silencieux entre les révolutions sociales postmodernes (écologistes, anticapitalistes, altermondialistes) et la bannière théologico-politique de la Révolution islamique, qui s’infiltre par la cause palestinienne. C’est cet événement, dans sa banalité, qui était important.
C’est à Durban, en effet, que les drapeaux se croisent. Et le 11-Septembre les recouvre d’un souffle de feu.

La grande scène du XXIᵉ siècle commence là : dans ce trompe-l’œil monstrueux, où le choc des tours effondrées nourrit de son onde toutes les matrices révolutionnaires — sans qu’aucune ne sache, réellement, ce qu’elle vient d’absorber.


L’engrenage et la faute stratégique

Les États-Unis, frappés au cœur, réagissent en empire blessé. Mais leur réponse ouvre plus qu’elle ne ferme.
En Afghanistan d’abord, mais surtout en Irak, ils déclenchent une chaîne de ruptures dont l’Iran est le premier bénéficiaire objectif.
La chute de Saddam Hussein, la dissolution de l’armée irakienne, la débaathification, tout cela crée un vide — et dans ce vide, l’Iran s’étend.

Washington, croyant abattre l’Axe du Mal, brûle en réalité son propre magistère moral.
Et offre à la Révolution islamique une profondeur stratégique que ni Khomeini ni Khamenei n’auraient osé espérer aussi vite.


Le retour de Saddam… par l’ombre

C’est alors que réapparaît Saddam Hussein, non plus comme chef d’État, mais comme figure spectrale.

Juste avant l’invasion américaine, il se rend à Damas, espérant sans doute un dernier geste fraternel de la Syrie baathiste. Mais Bachar el-Assad ne joue plus la solidarité idéologique : il calcule. Saddam, en désespoir de cause, invoque l’islam qu’il avait combattu. Bachar, lui, prépare son chaos.

La Syrie devient entre 2003 et 2011 un couloir discret :
– pour les anciens baathistes,
– pour les djihadistes internationaux,
– pour les réseaux de contournement.
Ce sas syrien entre l’État profond, les tribus, et l’internationale salafiste, est l’incubateur du monstre.


Daesh : fruit empoisonné du vide américain

Ce monstre, c’est Daesh.

Né de la collision entre les ruines de l’Irak, les frustrations sunnites, la brutalité du désordre, et les ingénieries du renseignement, il réunit :
– des officiers baathistes,
– des djihadistes globalisés,
– des hommes de main,
– des russophones venus du Caucase.

Et là encore, la Syrie joue le rôle d’interface : le lieu de la porosité, de la circulation, de la mutation.


L’énigme russe n’est pas insaisissable

Mais voici l’énigme : Daesh frappe l’Occident. Pas la Russie. Ou si peu.

Dans Dabiq, le magazine officiel de l’État islamique, la Russie est citée, mais jamais désignée comme l’ennemi principal.

Elle est une présence rhétorique, mais une absence stratégique.

Et sur le terrain, les attentats de Daesh — Madrid, Paris, Bruxelles, Berlin, Nice — fragilisent les démocraties, nourrissent les peurs, font monter les partis identitaires.
Tout cela sert la Russie de Poutine :
– en sapant l’unité européenne,
– en légitimant son propre autoritarisme,
– en isolant ses opposants internes.

Il n’y a pas connivence. Il y a convergence.

Daesh dynamite par le bas. Poutine ronge par le haut. L’un frappe. L’autre récolte.


Le clou sur le cercueil

En mars 2024, Moscou est frappée : le Crocus City Hall.
Un attentat sanglant, revendiqué par Daesh.
Mais la première réaction de Vladimir Poutine n’est pas de pointer l’État islamique.
Il accuse Kyiv, l’Occident, l’axe atlantiste.

Ce n’est pas un déni. C’est un réflexe structurel.
Poutine sait que le visible est déjà un écran. Que le terrorisme est un langage à plusieurs voix.

Et que celui qui frappe n’est pas toujours celui qui parle par le coup.

Le maître du brouillard reconnaît le brouillard. Il le trace. Il y règne.


⚫ Le chaos n’est pas une dérive. C’est une méthode.

Daesh ne parle pas au nom de l’islam. Il parle au nom du vide.
Et dans ce vide, la Russie avance, en silence, avec méthode, jusqu’à ce que les États s’effondrent sous leur propre poids moral.

Architectes du morcellement

Les régimes de Vladimir Poutine et de Benyamin Netanyahou incarnent aujourd’hui un type de puissance particulier : les puissances de fragmentation. Elles ne cherchent pas à ordonner le monde selon un idéal ou un système, mais à le maintenir dans un état de dislocation maîtrisée, dans lequel elles seules peuvent affirmer une cohérence apparente. Elles gouvernent par érosion contrôlée des équilibres, par affaiblissement systématique des contre-pouvoirs, et surtout, par instrumentalisation du chaos.

Ces régimes ont appris à valoriser la rupture plutôt que la stabilité, à organiser la confusion plutôt qu’à la dissiper. Ils n’ont pas peur d’une certaine forme de mutilation symbolique : ils sont prêts à sacrifier une part de leur image, de leur cohérence, voire de leur propre population, pour préserver l’axe de domination verticale qu’ils incarnent. Poutine ne s’est ainsi jamais totalement affranchi des soupçons persistants autour des attentats de 1999 — frappes contre des immeubles d’habitation attribuées aux Tchétchènes, mais qui ont coïncidé avec son irruption sur la scène politique russe, face à un Eltsine laminé. De même, Netanyahou, en radicalisant la société israélienne de l’intérieur, n’hésite pas à fragmenter jusqu’à sa propre démocratie, si cela permet de verrouiller l’horizon politique autour d’un état de guerre permanent.

Ces logiques révèlent un modèle de pouvoir qui prospère non pas sur l’adhésion, mais sur la saturation, sur l’épuisement cognitif des peuples, sur la dislocation des solidarités. Et, en coulisse, un axe discret s’esquisse : un proto-occidentalisme stratégique, entre Tel-Aviv et Moscou. Non pas une alliance officielle, mais une convergence froide autour de la gestion technologique et sécuritaire du chaos. L’un comme l’autre, Moscou et Tel-Aviv savent qu’un Iran révolutionnaire incontrôlable — doté du nucléaire — est une menace commune. Et si Moscou proteste publiquement face aux frappes américaines ou israéliennes sur les installations iraniennes, sa retenue systématique, voire son silence, trahit un consentement stratégique implicite.

Pendant ce temps, la Révolution islamique d’Iran, confrontée à cet ordre feuilleté du désordre, apprend à son tour. Elle qui croyait que le chaos ouvrirait une brèche vers le réel, vers l’immanence politique d’un monde islamique nouveau, découvre que le chaos est structuré, surveillé, assigné. Que la visibilité publique de son projet est un piège cognitif, et que le vrai pouvoir se joue dans les marges grises, dans les seuils non-cartographiés du théâtre géopolitique. L’Iran s’adapte — clandestin, fractal, mobile — mais comprend aussi qu’il n’est pas l’initiateur du chaos : il en est la matière première.

C’est pourquoi, en regard de cette configuration, certains événements fondateurs doivent être réinterrogés non comme des faits sacrés, mais comme des structures politiques. Le 11-Septembre 2001 comme le 7-Octobre 2023 ne peuvent être regardés seulement à travers le prisme de l’émotion ou du récit officiel. Ils doivent être abordés avec la rigueur de la médecine légale, c’est-à-dire comme des corps sur une table d’autopsie. Autopsie, littéralement, signifie « voir de ses propres yeux » ; voir dedans. Refuser cela, c’est renoncer à toute justice. Sans cet effort, il ne reste que la commémoration comme rideau de fumée, et le chaos comme instrument du pouvoir.

L’histoire noire d’Israël

Une strate opaque et stratégique de l’État israélien, distincte de sa vitrine démocratique, défigure la démocratie israélienne pour « accomplir » son horizon « biblique ». Cette évidence émerge d’elle-même de toutes les zones grises de l’histoire de l’état hébreu, dominée, au cours des vingt dernières années, par Benjamin Netanyahou. Les puissances de fragmentation ne doivent pas éclore.


Pendant longtemps, la Révolution islamique d’Iran, survenue en 1979, fut perçue comme le point de rupture majeur au Proche-Orient. L’antisionisme virulent des mollahs, les slogans incendiaires promettant la destruction d’Israël, et les relais stratégiques de Téhéran — Hezbollah, Hamas, Houthis — ont permis de forger un narratif solide : celui d’un Israël assiégé, courageux, occidental, rationaliste, tenant la ligne de front face à une marée obscurantiste. Ce narratif, bien que rassurant, ne résiste pourtant plus à l’analyse historique des structures profondes. Car un autre acteur a patiemment tiré les fils invisibles de l’Orient compliqué : l’Israël de l’appareil, de la projection, de la stratégie fragmentaire. Un Israël parfois plus acteur que réactif.

1. Le mythe de la sentinelle assiégée : un écran occidental
Israël a longtemps joui d’un statut quasi intouchable dans les analyses occidentales. À la fois refuge nécessaire post-Shoah et vitrine démocratique au sein d’un environnement jugé barbare, l’État hébreu fut protégé par un double bouclier : moral et sécuritaire. À l’Est, l’Iran des Mollahs incarnait le chaos. Au centre, les Frères musulmans. Au nord, le Hezbollah. Ce récit, s’il contient des éléments de vérité, occulte la capacité d’Israël à manipuler, fragmenter et neutraliser ses voisins.

2. Une stratégie de la fragmentation régionale
Dès les années 50, la doctrine de périphérie de Ben Gourion cherche à créer des alliances indirectes avec l’Iran du Shah, la Turquie ou l’Éthiopie. L’objectif ? Contourner la masse arabe hostile. Mais plus tard, la doctrine s’affine. Il ne s’agit plus de contourner, mais d’affaiblir. Encourager le communautarisme au Liban. Soutenir, en sous-main, les islamistes palestiniens pour affaiblir l’OLP. Maintenir la Syrie dans un état de guerre larvée. Isoler la Jordanie. En somme : empêcher toute architecture unitaire au Proche-Orient.

3. Le projet enfoui du « Grand Israël »
Le groupe Stern, fondé par Avraham Stern, rêvait d’un Israël allant du Nil à l’Euphrate. Si ce projet fut marginal au départ, il infuse encore aujourd’hui certaines franges de l’armée, des colons, et de la droite religieuse. Derriere les discours sur la « sécurité » ou la « rationalité stratégique », subsiste une volonté d’expansion, découpée, dissimulée, patiente. Et chaque effondrement d’un voisin (Irak, Syrie, Liban) est une case de plus dans cette entreprise invisible.

4. Ariel Sharon : la paix des Braves avortée
Le retrait unilatéral de Gaza en 2005, orchestré par Ariel Sharon, marqua une rupture. Premier chef de guerre à expulser ses propres colons, Sharon fonda Kadima, parti centriste, pour aller plus loin : retrait partiel de Cisjordanie, tracé de frontières. Il était, au sommet de sa puissance, l’homme par lequel la paix pouvait venir. Puis vint l’AVC massif de janvier 2006. Et le silence. Aucun bulletin médical. Aucun discours. Aucune image pendant huit ans. Comme si l’État hébreu avait décidé d’oublier celui qui était sur le point de briser l’ordre de domination. Le lion était tombé, mais il ne fallait pas qu’il ressuscite.

5. Une transition oubliée : 2001–2009, l’entre-deux effacé
La période 2001–2009 échappe au clivage traditionnel entre travaillistes et droite dure. Elle est pourtant essentielle. D’abord dominée par Ariel Sharon, cette séquence marque l’affirmation d’un leadership fort capable de renoncer (retrait de Gaza, rupture avec le Likoud). Après son AVC, c’est Ehud Olmert qui prend la suite à la tête de Kadima. Moins charismatique, affaibli par des affaires de corruption, Olmert échoue à inscrire durablement une voie médiane. Cette séquence dit quelque chose de la fragilité des volontés de compromis en Israël : Sharon est foudroyé alors qu’il s’apprête à tracer un horizon de paix ; Olmert tombe dans la disgrâce. À l’inverse, Benjamin Netanyahou, objet lui aussi d’enquêtes judiciaires, parvient à imposer une figure de lion invincible, transformant chaque crise en levier de consolidation. Le contraste est saisissant.

6. Yasser Arafat, un fantôme irradié ?
Le 11 novembre 2004, Yasser Arafat meurt à l’hôpital militaire Percy de Clamart, en France, après une hospitalisation précipitée et une dégradation brutale de son état de santé. Aucun diagnostic clair n’est jamais rendu public. Aucune autopsie. Son entourage évoque rapidement un empoisonnement. En 2012, son corps est exhumé : des traces anormales de polonium 210, une substance radioactive hautement toxique — et tristement célèbre pour ses usages dans les cercles d’élimination russes — sont détectées dans ses effets personnels. Les rapports restent contradictoires, mais la coïncidence est là : un dirigeant isolé, partenaire de la paix avec Itzhak Rabin, devenu gênant, entouré de mystère, effacé sans preuve. Il n’est pas le seul fantôme sacrifié à flotter dans les plis de cette histoire fragmentée.

7. Rabin et Peres, les figures effacées de la paix
Yitzhak Rabin, ancien chef d’état-major et Premier ministre, incarna la paix des armes déposées. Signataire des accords d’Oslo, il fut assassiné en 1995 par un extrémiste juif — non par un ennemi extérieur, mais par un fils d’Israël. Ce geste mit brutalement fin à une trajectoire de reconnaissance mutuelle avec les Palestiniens. Quant à Shimon Peres, son successeur éphémère, prix Nobel de la Paix lui aussi, il fut durablement marginalisé, son aura technocratique éclipsée par les populismes montants. Tous deux furent, à leur manière, relégués dans les marges du récit national. Leur effacement progressif des mémoires officielles traduit le refus profond d’un Israël en mutation d’assumer jusqu’au bout sa propre ouverture au compromis.

8. Yigal Amir, le fantôme dans la cellule
L’assassin d’Yitzhak Rabin, Yigal Amir, purge depuis 1995 une peine de prison à perpétuité, sans possibilité de libération. Isolé durant plus d’une décennie, puis soumis à un régime strict malgré quelques assouplissements, il demeure une figure marginalisée mais obsédante dans la mémoire israélienne. Jamais repenti, invoquant la loi religieuse du « din rodef » pour justifier son acte, il incarne une part refoulée du sionisme religieux radical : celle qui préfère tuer un Premier ministre juif plutôt que de renoncer à l’expansion territoriale. Figure fantomatique lui aussi, il hante l’espace symbolique d’un pays déchiré. Son existence captive, ni effacée ni pardonnée, rappelle que le crime idéologique n’a pas disparu : il est tapi, dans l’ombre, prêt à réapparaître au rythme des convulsions nationales.

9. La parole empêchée : l’antisionisme sous tabou
Le tabou de l’antisionisme est devenu une arme redoutable. Il empêche la critique de l’appareil israélien sous peine d’être taxé d’antisémitisme. Il confisque la parole. Il permet, en même temps, de déclarer la guerre aux Palestiniens sans paix possible, tout en gardant le soutien de l’Occident. Ce même Occident qui, dans un retournement fascinant, voir monter des extrêmes droites européennes qui reconnaissent Israël comme rempart contre l’islam, et forment un axe idéologique allant de Washington à Moscou, en passant par Tel-Aviv. La lettre remise en grandes pompes en soutien de la nomination pour lauréat de Donald Trump du prix Nobel de la Paix par Benjamin Netanyahou entrera – peut-être – dans l’histoire, aux dépens de l’actuel Premier ministre israélien, comme le plus grand marché de dupes de l’histoire.
L’axe Washington->Tel-Aviv->Moscou justifie un grand point d’interrogation car Trump agit, si on dépasse le spectacle, peut-être plus comme révélateur que comme adhérent,

10. L’invisibilité se déchire : vers un examen de conscience ?
Israël devra bientôt se préparer à un véritable examen de conscience, accompagné peut-être d’une introspection judiciaire. Trop de fantômes sacrifiés hantent la mémoire collective de l’État hébreu et du peuple élu. Le rideau d’invisibilité qui le protégeait jusqu’à présent est en train de s’effilocher, et ce sont désormais des pans entiers qui vont tomber. Les récents cas, rapportés par le courageux quotidien Haaretz, faisant état de traumatismes psychologiques profonds au sein des rangs de Tsahal, ne sont que la partie immergée de la prise de conscience qui couve. Il ne s’agit plus seulement de stratégie, mais de vérité, de justice, de libération du récit.

Conclusion : La paix ne viendra que des Braves
Rabin et Sharon, deux généraux, deux lions de guerre, furent les seuls à pouvoir porter la paix car elle exige le courage de renoncer. Tous deux furent balayés. L’un assassiné, l’autre plongé dans le coma. Ce n’est pas un hasard. La paix résulte des braves. Pas des résignés, pas des fanatiques, pas des stratèges en chambre. Et tant qu’une nation investira plus dans la fragmentation de ses voisins que dans la paix avec eux, elle construira sa forteresse sur du sable.

Daniel CICCIA

Encadré spéculatif : L’arme de l’intoxication et l’ombre israélienne ?
Rétrospectivement, la guerre en Irak menée par les États-Unis en 2003 laisse un arrière-goût d’orchestration. Il a fallu convaincre la CIA, le MI6 et d’autres agences occidentales de la réalité d’armes de destruction massive — réalité qui ne fut jamais prouvée. Deux intoxications complémentaires semblent avoir convergé : l’une sur Saddam Hussein lui-même, pour le pousser à refuser les inspections de l’ONU ; l’autre sur l’Amérique des Faucons, traumatisée par le 11-Septembre, avide de frapper. Dans ce ballet d’illusions, une hypothèse se dessine : celle d’une main subtile et invisible qui aurait « aidé » les services à croire ce qu’ils désiraient croire. Israël ? À l’époque, l’idée semblait inconcevable. Et pourtant… La porosité idéologique entre certains cercles néoconservateurs américains et la droite israélienne, les affinités stratégiques, les recoupements sur le terrain syrien ou iranien, laissent entrevoir une connivence. Le récent lapsus de George W. Bush, évoquant que "la Russie était l'agresseur en Irak" avant de se corriger: "en Ukraine", pourrait être entendu comme une accusation voilée. À tout le moins, il appelle à rouvrir des dossiers trop vite refermés. Car si l’Israël de Netanyahou cultive, en surface, l’hostilité à Moscou, il entretient en coulisse une neutralité ambivalente vis-à-vis de Poutine, confirmée par certaines abstentions aux votes de l’ONU.
Cette convergence discrète entre les puissances de fragmentation ne doit pas éclore. Elle doit être dévoilée.