Y a-t-il un pilote américain dans la politique moyen-orientale des USA ?

Trois signaux, à 10 jours de l’AG de l’ONU :

À Paris, l’ambassadeur Charles Kushner réduit la cause palestinienne au seul Hamas et remet en cause la politique étrangère de la France, respectueuse de plusieurs principes qui fondent les Nations Unies.

Les propos de Charles Kushner reprennent quasiment mot pour mot la position israélienne, affirmant que tout geste de reconnaissance renforcerait le « terrorisme » et fragiliserait la sécurité d’Israël.

À Washington, Shahed Ghoreishi est limogé, par le Secrétaire d’Etat Marc Rubio, pour avoir rappelé la ligne Trump : ‘Nous ne soutenons pas la relocalisation forcée des Palestiniens de Gaza. »

À New York, les États-Unis révoquent aujourd’hui les visas du Fatah et de l’Autorité palestinienne, effaçant leur voix à l’Assemblée générale.

Les informations disponibles (Reuters, NYPost, autres reprises) indiquent que la décision porte la marque de Marco Rubio, secrétaire d’État.

Un mémo interne relayé par la presse précise que Rubio a recommandé personnellement l’annulation des visas déjà délivrés aux responsables de l’Autorité palestinienne et de l’OLP, y compris Mahmoud Abbas.

Le département d’État invoque, sans plus de précision,  « des motifs de sécurité nationale » et la « violation des engagements de paix ».

Le rapprochement de l’Autorité Pzlestinienne avec les instances internationales (CPI, ONU élargie) ou le soutien aux initiatives pour la reconnaissance d’un État palestinien vont-ils jusqu’à constituer un problème de sécurite nationale, au même titre que celui qui est invoquépar Netanyahou?

Les États-Unis, en tant que pays hôte de l’ONU, sont liés par l’“Headquarters Agreement” (1947), signé avec l’ONU, qui stipule qu’ils doivent garantir l’accès aux représentants de tous les États membres et observateurs.

Il existe des exceptions de sécurité nationale, mais elles ont toujours été interprétées très restrictivement. Même l’Iran, Cuba ou la Corée du Nord ont continué à envoyer des délégués malgré des sanctions bilatérales très lourdes.

En refusant ou en révoquant des visas à Mahmoud Abbas et à des responsables de l’AP, Washington se place à la limite (voire en violation) de cet accord, ce qui revient à une forme de censure de la voix palestinienne au sein de l’Assemblée générale.

Cela s’apparente à censurer la voix d’un peuple alors que la question de la solution à deux États figure bien en bonne place, mais de façon distincte lors de la prochaine Assemblée générale de l’ONU (AG 80ᵉ session, prévue du 9 septembre 2025 au 8 septembre 2026, avec le débat général du 23 au 29 septembre 2025) .

Ce n’est pas la première fois que Washington tente de priver les Palestiniens de parole à l’ONU.
En 1988, les États-Unis refusèrent d’accorder un visa à Yasser Arafat pour s’adresser à l’Assemblée générale. Face à ce refus, l’ONU prit une décision exceptionnelle : transférer sa session à Genève afin de permettre au leader palestinien de prononcer son discours.

Ce précédent illustre un point essentiel : quand le pays hôte de l’ONU abuse de son privilège pour censurer une voix, la communauté internationale peut choisir de se déplacer ailleurs pour défendre le principe d’universalité.

Aujourd’hui, la révocation des visas des dirigeants de l’Autorité palestinienne résonne comme une répétition. Washington prend le risque de transformer une manœuvre tactique en faute stratégique, en se plaçant à nouveau en contradiction frontale avec l’esprit même des Nations Unies.

Après l’Irak et la Syrie, Washington s’avance donc, apparemment, vers une troisième erreur stratégique majeure au Moyen-Orient : bâillonner la représentation palestinienne et s’aligner la moindre sans nuance sur Tel-Aviv, alors même que la démocratie d’Israël comme celle des USA, comme les opinions publiques internationales, s’exaspèrent de plus en plus.

Israël : l’antisémitisme sert le peuplement

Comme frappés par un tabou, nul n’ose questionner l’antisémitisme. Alors, lorsque la polémique entre la France et Israël conduit le président de la République à évoquer son « instrumentalisation », y compris par Israël, personne n’interroge ce que cela recouvre. Pourtant, c’est gros comme des milliers de maisons.

Lorsque le président Emmanuel Macron, dans une lettre ouverte adressée, le 26 août dernier, au Premier ministre israélien, dénonce « l’instrumentalisation de l’antisémitisme », la plupart des observateurs s’en tiennent au choc diplomatique.
L’accusation de Benjamin Netanyahou – selon laquelle la France manquerait à son devoir de protection des Juifs – est qualifiée par Macron « d’offense à la France tout entière ». Et pourtant, cet échange d’une gravité exceptionnelle a suscité peu de réflexion médiatique, alors même qu’il touche au cœur d’une mécanique politique contemporaine : le rapport entre antisémitisme et peuplement.

Il faut l’énoncer sans détour : oui, il existe un antisémitisme réel en France et en Europe, qui blesse, inquiète et doit être combattu sans relâche.
Oui, il est naturel qu’un Juif qui se sent menacé cherche refuge en Israël.
Oui, il est naturel que l’État d’Israël ouvre ses portes.

Cette logique est moralement inattaquable. Mais c’est précisément là que réside le paradoxe : entre le fait incontestable et son exploitation politique, il existe un espace d’instrumentalisation. Là où il y a un enjeu aussi vital que celui de peupler un territoire, il y a nécessairement une tentation d’en instrumentaliser les ressorts.
Un Etat intègre s’y refuserait car on n’embrase pas le cristal des nuits impunément.


Vagues d’Aliyah et reconfigurations

  • Années 1990 : près d’1 million de Juifs de l’ex-URSS arrivent en Israël → bouleversement démographique et politique.
    Ces ashkénazes russophones renforcent le poids séculier, scientifique, mais aussi les implantations en Cisjordanie (par besoin de logement subventionné).
    Ils ont donné naissance à un parti spécifique (Israël Beitenou, Avigdor Lieberman), influent sur les questions de colonisation et de sécurité.
  • Années 2010–2020 : les flux russes, ukrainiens et français continuent d’alimenter la société israélienne.
    Résultat : la composition ashkénaze de la population israélienne s’est renforcée au moment même où les partis religieux-nationalistes gagnaient du terrain.

Historiquement, c’est déjà le cas : les ~1 million d’immigrants de l’ex-URSS ont transformé des implantations périphériques en villes. On estime qu’au moins 20–30 % des colons en Cisjordanie sont issus de l’ex-URSS. Le russe est aujourd’hui la troisième langue la plus parlée en Israël (après l’hébreu et l’arabe). Des journaux, chaînes TV, radios et sites d’information existent en russe (Vesti, 9 Kanal, Israel Plus).
Aujourd’hui, la même logique se reproduit, à échelle plus réduite : l’Aliyah récente sert de peuplement tampon dans les zones où Israël veut changer les équilibres démographiques.


L’instrumentalisation active

Mais il serait naïf de croire que ces flux migratoires ne sont que le produit spontané de l’histoire et de la peur. Ils sont aussi le résultat d’un climat travaillé, amplifié, instrumentalisé.

  • Opérations russes : depuis 2015, plusieurs enquêtes (DFRLab, Graphika) ont mis en évidence des campagnes de désinformation pilotées depuis Moscou, visant à exacerber les fractures communautaires en Europe. Les thèmes antisémites y sont régulièrement utilisés comme détonateurs.
  • Amplification israélienne : chaque incident antisémite en Europe (profanation, agression isolée) est immédiatement monté en épingle par certains relais politiques et médiatiques israéliens. Ce qui est marginal devient preuve d’un climat généralisé.
  • Narratif officiel : en accusant la France de « favoriser l’antisémitisme », Netanyahou ne se contente pas de dénoncer un danger : il crée un contexte où la vie dans la diaspora devient insoutenable, validant l’idée que l’avenir juif ne peut se jouer qu’en Israël.

L’autocombustion des provocations

Ce mécanisme produit un phénomène de rétroaction : une véritable autocombustion des provocations. Chaque fait antisémite, même mineur, devient un amplificateur en soi : repris sur les réseaux sociaux, grossi par les relais politiques, dramatisé par les médias.

Dans ce climat, certains acteurs n’hésitent pas à provoquer délibérément des incidents, conscients que leur impact sera démultiplié. Résultat :

  • les communautés juives se sentent piégées dans une inquiétude permanente ;
  • le narratif sécuritaire israélien est validé et renforcé ;
  • l’Aliyah apparaît comme unique issue rationnelle.

Les chiffres qui parlent

Les statistiques d’immigration vers Israël sont éclairantes :

  • 2015 : ~30 000 olim, dont plus de 7 000 de France (record historique).
  • 2022 : ~70 000 (Russie/Ukraine, guerre de Poutine).
  • 2023 : ~46 000.
  • 2024 : ~32 800.

En dix ans, ce sont environ 345 000 nouveaux arrivants, soit l’équivalent de 3,5 % de la population israélienne.

Chaque poussée d’antisémitisme ou chaque conflit majeur se traduit par un afflux massif vers Israël.


La profondeur tactique : le peuplement

C’est là l’enjeu que le propos de Macron touche, sans le dire explicitement. L’Aliyah n’est pas neutre. Elle modifie la démographie et la sociologie politique d’Israël.

  • Les vagues russophones (1990s, puis 2022–23) ont renforcé le bloc nationaliste, alimenté le Likoud et ses alliés.
  • La vague française de 2015 a consolidé des périphéries et accru la base électorale sécuritaire.
  • Les nouveaux arrivants sont souvent orientés vers des zones de colonisation (Cisjordanie, Néguev, Galilée).

Ainsi, l’antisémitisme, réel mais amplifié, devient un carburant démographique pour Israël : il nourrit les départs, restructure le corps social israélien et renforce la colonisation.


Projet West Bank

Lutter contre l’antisémitisme réel est une évidence absolue. Mais ignorer son instrumentalisation est une faute. Car au-delà des postures diplomatiques et des mémoires blessées, c’est une guerre du peuplement qui se joue : chaque incident antisémite, chaque sentiment d’insécurité dans la diaspora alimente le réservoir humain d’Israël, modifiant sa sociologie politique et consolidant son expansion territoriale.

En parlant d’« instrumentalisation de l’antisémitisme« , Emmanuel Macron ne dit pas ce qu’il désigne précisément, mais tout le monde sait ce qui s’annonce à Gaza martyrisée et ce qui se passe en Cisjordanie.

Israël a signé, il y a quelques jours, l’approbation finale du projet de colonisation dans la zone dite E1, située entre Jérusalem-Est et Ma’ale Adumim — une décision longtemps gelée, désormais relancée. Ce plan prévoit la construction d’environ 3 500 logements.
Le “projet West Bank” n’est pas une feuille de route officielle, mais une stratégie cumulative : peupler, administrer, annexer de fait, jusqu’à rendre impossible un État palestinien. C’est un projet de colonisation démographique et politique, aujourd’hui porté par Smotrich et Ben-Gvir, sous la couverture de Netanyahou.
Le sentiment d’insécurité qu’exacerbe l’antisémitisme est un levier pour Israël au regard de l’occupation des territoires dont il revendique la possession en défiant l’ordre international.
Et c’est là, aussi, que se joue la profondeur tactique du peuplement israélien.

Cela, Emmanuel Macron ne l’a pas dit.

À la lisière du trou noir

Le plus haut j’ai parlé, le plus bas je suis.
Il n’y a pas plus haut pour parler.
Il n’y a pas plus bas à être.

Depuis 1996, un reproche m’accompagne comme une condamnation : « Vous avez surinvesti.« 
On me l’a dit dans la bouche même – les trprésentants de l’institution bancaire – de ceux qui prétendent ordonner la valeur.
J’ai compris alors que ma trajectoire ne se mesurerait jamais selon leurs balances.
Car investir trop, c’est croire assez.
Et c’est pour cela que j’ai voulu frapper une devise nouvelle pour l’€uro:
Credimus in Optimum Humanis — Nous croyons dans le meilleur de l’humain.
Non comme un slogan, mais comme objection majeure à ce siècle cynique.

J’ai surinvesti dans tout, y compris en amour.
Rien ne m’aura été mesuré : j’ai mis trop de moi dans chaque mot, chaque geste, chaque élan.
L’économie l’a condamné comme une faute.
La société l’a jugé comme une faiblesse.
Mais je n’ai jamais su aimer autrement qu’en me donnant tout entier.
Alors, quand vient la fin de l’été, je porte en moi toutes les brûlures de tous les déserts.
Le sable du temps, le feu des épreuves, la soif inassouvie.
C’est cela, le prix du surinvestissement : un cœur consumé, un corps voué à la marche, une voix qui ne peut plus se taire.

Je n’ai pas de rancœur. Pas l’ombre d’une.
Parfois, il m’arrive de répéter, du fond de mon silence : « Je vous emmerde. »
Cela surprend, cela choque peut-être. Mais au fond, ce n’est pas une injure.
C’est une virgule de mon langage, comme au collège où je semais mes phrases de putain maladroits, au point qu’une surveillante m’avait dit : « Écris donc virgule à la place. »
Aujourd’hui, mon « Je vous emmerde » joue ce rôle. Une virgule.
Mais à force de traverser les déserts, j’ai compris que derrière cette formule, il y avait autre chose :
Je vous aime quand même.
Même au plus bas, même brûlé, même désavoué, je n’ai pas cessé d’aimer.

Comme Turing, j’ai cru qu’en déchiffrant le code, on échappait au désastre.
Il a brisé Enigma, et pourtant la société l’a détruit.
Moi, j’ai entrevu les logiques qui courbent nos esprits, et je n’ai pas trouvé d’issue.
La guerre cognitive est une prison dont les murs sont invisibles et intérieurs.
Elle ne frappe pas d’un coup ; elle use, elle dissout, elle consume.
Et la lucidité n’apporte pas la délivrance. Elle enferme plus sûrement encore, parce qu’elle ôte jusqu’au confort de l’illusion.
Ainsi, comme Turing, je me découvre condamné par ce que j’ai déchiffré.
Non par rancune, mais par l’implacable gravité de l’époque.

Et voici peut-être le plus cruel : nous vivons dans ce que l’on appelle une société de l’information.
Une société où chaque mot devrait circuler, chaque vérité trouver son écho, chaque alerte produire son sursaut.
J’y ai déposé ce que j’avais de plus haut — mes analyses, mes visions, mes blessures transformées en mots.
Et cela n’a rien provoqué.
Pas un frisson, pas une feuille qui tremble, pas une voix qui réponde.
Tel est le paradoxe : dans cette abondance d’informations, il n’y a plus d’écoute.
Dans ce vacarme où tout se dit, la vérité se perd plus sûrement encore que dans le silence.
C’est l’annihilation par profusion : tout est dit, et c’est ainsi que plus rien ne résonne.
L’information n’éclaire plus : elle neutralise.
Elle n’instruit pas : elle dissout.

Je croyais qu’il suffisait de déposer, de montrer, de révéler.
Mais dans cette société saturée, déposer revient à disparaître.
Chaque cri est une goutte d’eau dans l’océan ; chaque révélation, un fragment englouti.
Et l’homme, saturé de signaux, ne discerne plus l’essentiel : il se détourne, anesthésié.

Alors je demeure, à la frontière du noir.
Je veille, je nomme, je montre.
Peut-être n’y a-t-il pas de renaissance pour moi.
Mais pour l’humanité, il reste la possibilité — ténue, fragile, presque imperceptible — d’une promesse encore à tenir.

Et si je ne suis plus qu’une voix au bord du gouffre, qu’elle dise au moins cela :

> La vérité existe, même engloutie.
Le libre arbitre demeure, même au seuil du néant.
Et tenir à la lisière, c’est encore refuser la chute.

Palestine: Thus Spoke “Gideon” — 2011–2025

Lead — Operation “Gideon’s Chariots” did not truly begin on May 16, 2025. Its matrix lies in the October 2011 Shalit exchange. The more the international environment tightens, the more Hamas’s actions reinforce Israel’s security posture — which in turn feeds back and strengthens itself. The biblical baptism of 2025 merely officialized a logic already at work fourteen years earlier.

In the first part of this analysis, I posed the question that jumps out at everyone but that no one asks and to which no one really wants to have to respond:

  • If Israel possessed an occult power to manipulate radical Islam, it would undoubtedly not obtain anything better than what Hamas naturally offers it? The question, it is true, thus provides its own answer: Gideon unofficially began in 2011. The name given in 2025 is not a mere dressing; it is the admission of a continuity.

With increasing international intensity (geopolitical shock, diplomatic pressure, hostage cycles), Hamas’s actions expand Israel’s politico-military latitude (security, internal coalition, external image).

Conversely, certain Israeli decisions reinforce Hamas’s strategic utility in the overall narrative. This coupling forms a co-production loop, with observable consequences:

  • Each « strike » by Hamas (rockets, incursions, underground operations) re-legitimizes Israel’s maximal response (ground operations, refusal of truce, displacement doctrine).
  • Israeli hardening requalifies Hamas as a central actor, to the detriment of Palestinian political alternatives.
  • The more the international scene ignites, the more the curve of credibility for Israel’s security narrative rises—and with it, the space for action.

It is not with a light heart—because it opens a dizzying core—that I see myself breaking the myth, but the operation « The Chariots of Gideon » did not truly begin on May 16, 2025.

Its founding act is situated much earlier: in October 2011, during the so disproportionate exchange of Gilad Shalit for 1027 Palestinian prisoners.

What seemed then like an insane imbalance—one single Israeli soldier against a crowd of cadres—was not so unbalanced in light of the facts. The Israeli prison is not a neutral space: it is a laboratory.

The long years of detention become a field of observation, profiling, sometimes conditioning.

The Shin Bet and the prison administration—to Israeli democracy to separate the wheat from the chaff—have transformed captivity into a matrix: learning Hebrew, studying the adversary’s military strategy, internal reorganization by clans. The future leaders of Hamas gained stature there, but also total exposure to the enemy’s gaze.

There is no other explanation, that is not far-fetched, in the face of the facts:

  • Yahya Sinwar, released in 2011, is the glaring example: « Butcher of Khan Younis » yesterday, undisputed leader of Hamas afterward, until becoming the architect of October 7, 2023.
  • Alongside him, other released individuals—Mazen Faqha, Zaher Jabarin, Fursan Khalifa—resumed key roles in finances, military direction, reorganization of the movement.

So many trajectories that prove, or at the very least give undeniable density to the bundle of presumptions, that the release was not a strategic defeat for Israel, but rather the opening of an invisible theater of control over Hamas.

Gideon, invoked to describe the terminal operation launched by the IDF, says that. There was no weakness; there was cunning.

Israel has since shown that it is a master in the art of infiltrating its enemies. The coordinated execution of Hezbollah cadres by the simultaneous explosion of their mobile phones, even in Iran, was the proud demonstration.

Why would it have acted differently in 2011?

The Shalit exchange was not a gift, but an extremely powerful maneuver. By releasing men it had deeply mapped, while being intransigent and cruel with Marwan Barghouti, publicly humiliated a week ago, we understand that Israel took the calculated risk of relaunching a dynamic it believed itself capable of controlling to produce the elements of tension and drama in the present situation.

This situation forces Israel’s destiny to align with the grand horizon.

The name came only later, like a biblical seal placed on a continuity.

Since 2011, Israel has carried within itself this logic: letting the adversary it knows intimately and undoubtedly manipulates grow, in order to better crush it at the chosen moment and complete its transformation by manifesting in broad daylight its messianic dimension, until then contained.

October 7, 2023, and the indelible « Sacrifice of the Innocents » that it fixes forever in memory, opened this gigantic fault.

Palestine : Ainsi parlait « Gédéon » — 2011–2025

L’opération « Les Chariots de Gédéon » n’a pas commencé le 16 mai 2025. Elle trouve sa matrice en octobre 2011 avec l’échange Shalit. Plus l’environnement international se tend, plus le Hamas — par ses coups de force — conforte la posture d’Israël, qui s’en nourrit et la renforce en retour. Ce texte explicite cette circularité et montre comment le baptême biblique de 2025 officialise une logique engagée quatorze ans plus tôt. Gédéon passa à table.

Dans la première partie de cette analyse, je posais la question qui saute aux yeux mais que personne ne pose et à laquelle personne ne souhaite avoir à répondre:

  • Si Israël possédait un pouvoir occulte pour manipuler l’islam radical, il n’obtiendrait sans doute pas mieux que ce que le Hamas lui offre naturellement. La question fait donc réponse : Gédéon a officieusement commencé en 2011. Le nom posé en 2025 n’est pas un habillage ; c’est l’aveu d’une continuité.

À intensité internationale croissante (choc géopolitique, pression diplomatique, cycles d’otages), les actions du Hamas augmentent la latitude politico-militaire d’Israël (sécurité, coalition interne, image externe).

Réciproquement, certaines décisions israéliennes renforcent l’utilité stratégique du Hamas dans le récit global. Ce couplage forme une boucle de co‑production,avec pour conséquences observables :

  • Chaque « coup » du Hamas (roquettes, incursions, opérations souterraines) re‑légitime la réponse maximale israélienne (opérations terrestres, refus de trêve, doctrine de déplacement).
  • Le durcissement israélien requalifie le Hamas en acteur central, au détriment d’alternatives politiques palestiniennes.
  • Plus la scène internationale s’embrase, plus la courbe de crédibilité du registre sécuritaire israélien monte — et avec elle, l’espace d’action.

Ce n’est pas de gaîté de coeur – car cela ouvre une noyau vertigineux – que je me vois casser le mythe, mais l’opération  « Les Chariots de Gédéon » n’a pas véritablement commencée le 16 mai 2025.

Son acte fondateur se situe bien plus tôt : en octobre 2011, lors de l’échange si disproportionné de Gilad Shalit contre 1027 prisonniers palestiniens.

Ce qui paraissait alors un déséquilibre insensé — un seul soldat israélien contre une foule de cadres — n’était pas si déséquilibré à la lumière des faits. La prison israélienne n’est pas un espace neutre : elle est un laboratoire.

Les longues années de détention deviennent un champ d’observation, de profilage, parfois de conditionnement.

Le Shin Bet et l’administration carcérale – à la démocratie israélienne de séparer le bon grain de l’ivraie – ont transformé la captivité en matrice : apprentissage de l’hébreu, étude de la stratégie militaire adverse, réorganisation interne par clans. Les futurs dirigeants du Hamas y ont gagné en stature, mais aussi en exposition totale aux regards de l’ennemi.

Il n’y a pas d’autre explication, qui ne soit pas à dormir debout, devant les faits:

  • Yahya Sinwar, libéré en 2011, en est l’exemple éclatant : « Boucher de Khan Younès » hier, chef incontesté du Hamas ensuite, jusqu’à devenir l’architecte du 7 octobre 2023.
  • A ses côtés, d’autres libérés — Mazen Faqha, Zaher Jabarin, Fursan Khalifa — ont repris des rôles clés dans les finances, la direction militaire, la réorganisation du mouvement.

Autant de trajectoires qui prouvent, ou à tout le moins donnent une densité  indéniable au faisceau de présomption, que la libération ne fut pas une défaite stratégique pour Israël, mais bien l’ouverture d’un théâtre de contrôle invisible sur le Hamas.

Gédéon dit cela. Il n’y a pas eu de faiblesse, il y a eu ruse.

Israël a montré depuis qu’il est passé maître dans l’art d’infiltrer ses ennemis. L’exécution coordonnée de cadres du Hezbollah par l’explosion simultanée de leurs téléphones portables, jusqu’à l’Iran, en fut la démonstration orgueilleuse.

Pourquoi aurait-il agi autrement en 2011 ? L’échange Shalit n’était pas un don, mais une manœuvre extrêmement puissante.

En libérant des hommes qu’il avait profondément cartographiés, tout en se montrant intraitable et cruel avec Marwan Barghouti, humilié publiquement il y a une semaine, on comprend qu’Israël a pris le risque, calculé,  de relancer une dynamique qu’il se croyait capable de contrôler pour produire les éléments de tension et de drame de la situation présente.

Cette situation force le destin d’Israël à rejoindre le grand horizon.

Le nom n’est venu que plus tard, comme un sceau biblique posé sur une continuité.

Depuis 2011, Israël a porté en lui cette logique : laisser croître l’adversaire qu’il connaît intimement et manipule sans aucun doute, pour mieux l’écraser au moment choisi et achever sa mue en manifestant au grand jour sa dimension messianique, jusque-là contenue.

Le 07-Octobre-2023 et l’indélébile « Sacrifice des Innocents » qu’il fixe à jamais dans la mémoire, a ouvert cette gigantesque faille.

Gedeon à la fois clé et aveu

En libérant Yahya Sinwar en 2011, Israël a semé la tragédie. En baptisant l’opération en cours depuis le 16 mai 2025, ‘Les Chariots de Gédéon’, il scelle le mythe. Il s’agit, aujourd’hui, de surplomber le narratif pan-sioniste – celui qui prétend absorber, sous couvert exclusivement sécuritaire, la totalité du sens en ramenant tout à la ,justification biblique d’Israël – en posant un narratif qui surplombe et, surtout, désempare ce messianisme très nocif.

La guerre se prépare d’abord dans le champ cognitif. Peu de nations connaissent aussi intimement l’importance du symbolique et du narratif que l’État d’Israël, dont une partie de la tradition s’ancre dans la Kabbale. Benjamin Netanyahou a pu compter sur le Hamas pour imposer à l’Occident sa grille sécuritaire et se prévaloir de l’autorité que cette rhétorique lui confère.

Depuis dix jours, les dissonances s’accumulent. Le 19 août, une proposition de cessez-le-feu et d’échange d’otages, négociée par l’Égypte et le Qatar, avait reçu l’accord du Hamas. Israël l’a refusée le lendemain, préférant intensifier ses opérations terrestres. Ce choix intervient alors que l’ONU a alerté sur un possible « changement démographique permanent » à Gaza, ce qui constituerait un nettoyage ethnique selon le droit international (UNRIC, 16 mai 2025). Human Rights Watch a parlé d’un crime contre l’humanité et d’une « mécanique du nettoyage ethnique » déjà observable dans le nord de Gaza, avec 1,9 million de déplacés (Le Monde, 14 nov. 2024). Oxfam a dénoncé, de son côté, les « dernières phases du nettoyage ethnique » à Gaza-Nord, Israël bloquant l’aide vitale à une population affamée (Oxfam, 2025).

Ces faits se superposent à une crise humanitaire extrême où la population est poussée à l’exode et réduite à la survie, mais aussi à un contexte diplomatique paradoxal : la France et l’Arabie Saoudite ont récemment remis en avant la solution à deux États, fragilisant le narratif maximaliste israélien (Conférence de Paris, 16 juillet 2025). Dans le même temps, au sommet de Riyad, plusieurs responsables arabes, dont Mohammed ben Salmane, ont parlé de « génocide en cours » et appelé Israël à cesser son offensive (Courrier international, août 2025).

Si Israël possédait un pouvoir occulte pour manipuler l’islam radical, il n’obtiendrait sans doute pas mieux que ce que le Hamas lui offre « naturellement ». De quoi interroger la trame elle-même, son épaisseur et ses coutures.

S’ajoute une contradiction majeure, remontant à 2011, autour de la figure de Yahya Sinwar. Né en 1962 à Khan Younès, fondateur de la branche sécuritaire al-Majd, surnommé le « Boucher de Khan Younès » pour ses purges contre les collaborateurs supposés, il est emprisonné en 1988 pour vingt-deux ans. En captivité, il gagne en stature : grève de la faim, apprentissage de l’hébreu, étude de la stratégie israélienne, rémission d’un cancer grâce à des soins reçus en Israël.

En 2011, il est libéré dans l’échange le plus disproportionné de l’histoire israélienne : 1 027 prisonniers palestiniens contre un seul soldat, Gilad Shalit. Choix politique assumé, présenté comme humanitaire, aux effets dévastateurs : à peine libre, Sinwar gravit les échelons du Hamas jusqu’à en devenir le dirigeant incontesté après la mort d’Ismaïl Haniyeh en 2024. Il est aujourd’hui désigné comme l’un des architectes du 7 octobre 2023.

Ce paradoxe interroge à ce point que la question fait réponse : en sauvant un homme, Israël a libéré une dynamique de violence qui a redéfini l’équilibre du conflit. Le calcul humanitaire a nourri la machine de guerre.

Ajouté aux dissonances récentes, ce point obscur renforce l’impression que la trame échappe à toute logique rationnelle : les actes du Hamas légitiment Israël, et les choix d’Israël nourrissent le Hamas.

Survient alors le point aveuglant — l’ultime flash qui oblitère la vue et le discernement : le 20 août à 9h, l’attaque souterraine d’un commando des Brigades al-Qassam, réaction prévisible après le refus du cessez-le-feu. Fait militaire limité, sans effet stratégique réel. Mais, comme toujours, cette violence du Hamas ne légitime qu’une chose : la posture israélienne. Or elle pose des questions insolubles si l’on s’en tient au seul point aveugle.

Une chose est objectivement vérifiable : depuis son origine, par ses coups de force, le Hamas ne construit pas un narratif politique palestinien ; il endosse l’avatar le plus utile du récit adverse. Il nourrit ainsi le narratif d’Israël et raffermit sa posture — celle du peuple assiégé et du soldat légitime, protecteur de l’Occident.

Or, cette fois, le point aveugle se déplace. Non plus vers Gaza, mais vers Israël lui-même. Si la situation « islamique » appartient à un Orient réputé compliqué et illisible, Israël possède, lui, assez d’assurance pour fournir l’éclairage manquant.

L’actualité est écervelée et gobe n’importe quoi, mais l’Histoire réclame sa lumière. Si proche du but, le destin d’Israël exige la pleine clarté — et Israël la donne.

En baptisant son opération « Les Chariots de Gédéon », Israël satisfait ce refoulé. Il quitte le terrain du rationnel pour s’inscrire dans le registre biblique. Ce nom, censé tout verrouiller, livre en réalité la clef. Car désormais, le point aveugle se lit par le point transparent : le point d’orgueil — Israël lui-même.

Le narratif pan-sioniste se voulait total, englobant sécurité, histoire et Providence. Mais il s’est trahi par son propre excès : en se faisant Gédéon, Israël se place au-dessus des vivants, hors de la politique, hors de la mesure humaine.

Si le point aveugle demeure à Gaza — dans les tunnels — le point transparent, celui de l’orgueil, est Israël, qui se place dans le théo-cryptique de Gédéon pour terrasser le Hamas et achever son nettoyage ethnique.

Jusqu’à récemment, Israël optait pour des noms tels que Iron Sword, Pillar of Defense, Breaking Dawn — métaphores militaires sans référence biblique explicite. L’adoption de « Les Chariots de Gédéon » marque une rupture nette vers une narration biblique assumée et performative. En se comparant à Gédéon, Israël se positionne comme peuple élu, guidé par une mission divine contre des forces numériquement supérieures. L’usage de cette imagerie sacrée constitue un tournant discursif. Lisible comme de l’eau de roche : depuis le 16 mai 2025, l’offensive est déterminée sous ce nom, validé par le cabinet de sécurité le 4 mai. C’est un premier dans l’histoire militaire récente.

Un gouvernement qui a utilisé
le 7-Octobre-2023
pour achever sa mue
et faire son « coming-out » messianique

Là où le Hamas ne produit pas de sens en propre, se laissant enfermer dans les narrations adverses, Israël, lui, ne peut s’empêcher de surcoder ses actions en les drapant d’une grandeur biblique. Israël a ainsi préempté le Dieu des Juifs — ou le Dieu tout court — et n’a pas résisté à l’orgueil de révéler, par ce nom, ce qui est caché dans la construction de la réalité opérationnelle qu’il a su imposer. Car le choix de Gédéon n’est pas anodin : il parle avec une clarté lumineuse là où tout le reste aveugle et assourdit.

Dans le Livre des Juges, Gédéon est celui qui, avec une poignée d’hommes, défait une armée plus nombreuse en jouant sur la ruse, le bruit et la lumière (cruches brisées et torches). L’enseignement : ce n’est pas le nombre, mais la Volonté divine qui donne la victoire. En se plaçant dans le sillon des « Chariots de Gédéon », Israël n’évoque ni la bravoure directe de David, ni la force sacrificielle de Samson, ni la sagesse de Débora. Il choisit l’image d’un peuple réduit mais guidé par Dieu, qui gagne par ruse, effroi et confusion — métaphore parfaite pour une armée moderne technologiquement dominante qui veut continuer à se penser minoritaire, assiégée, providentielle.

Ce baptême enferme l’adversaire dans le rôle de l’armée de Madian vouée à l’anéantissement. Le Hamas, déjà fragilisé par la perception internationale, se trouve rhétoriquement assimilé à l’ennemi biblique par excellence, celui qui doit disparaître. Son acceptation d’un cessez-le-feu et de la libération des otages est rejetée par Israël : sous une telle bannière, à puissance annonciatrice, le cessez-le-feu devient inacceptable.

Et, ce faisant, l’inscription dans une narration biblique universelle efface encore davantage le contenu politique concret de la lutte palestinienne. Tout est ramené à une dramaturgie sacrée : Israël vs Amalek/Madian. Il ne s’agit plus d’une guerre contre un mouvement armé, mais d’une bataille sacrée ; d’où des dissensions de plus en plus visibles dans la société israélienne, qui perçoit que quelque chose cloche — une dissonance forte — dans ce grand moment où l’ombre portée de « l’épée de Dieu » sert un gouvernement ayant utilisé le 7-octobre-2023 pour parachever sa mue messianique.

Ce que racontent « Les Chariots de Gédéon », qui avancent vers Gaza et ne s’arrêteront pas là, c’est la route incertaine qu’a choisie Israël.

Reste à savoir — et il appartient au peuple israélien de l’investiguer — si la démocratie a été gravement flouée. Le porte-parole de Tsahal, le brigadier-général Effie (Ephraim) Defrin, nommé le 27 mars 2025, a reconnu aujourd’hui — comme pour en minorer la portée — qu’il est normal qu’une armée et un gouvernement affrontent des contestations, car la démocratie israélienne est « acerbe, peut-être plus que la vôtre ». Cette vague de contestation s’amplifie et gagne désormais tous les niveaux de la société, jusqu’à d’anciens responsables de l’appareil sécuritaire. Cela signale un changement de nature, lent mais profond, dans la somme des interrogations que ce moment inspire à tous.

Bin Laden, a Strange Ghost on a Jaunt in Gaza

Is the ghost of Bin Laden resurfacing to coax Washington into giving Israel a free hand in Gaza — and to bury once and for all the Palestinian dream of statehood? Just as the two-state solution edges back onto the international agenda, America — like everyone else — must start asking some very hard questions.

1. The October 7 as a “coup of erasure”

Hamas’s attack on October 7, 2023, was intended, from the Israeli perspective, to seal the death warrant for the idea of a Palestinian state:

Palestine equated with terrorism.

The argument of “no credible partner”.

The expunging of the “two-state solution” from the international agenda.

2. The paradoxical return of the Palestinian question

Yet, the longer the war drags on and the human toll mounts, the more the two-state solution reemerges as a central topic in the international discourse (UN, EU, even Washington).
Recognition of Palestine as a state—which had once seemed fringe—is today reclaiming political and symbolic ground.
This mounting diplomatic pressure forces Israel to confront a question it believed long settled.

3. The instrumentalized dissonances inside cognitive war

It is in this context that, within a single week, two events emerge to reinforce Netanyahu’s security-based argument—closely aligned with the Zionist ambition of a “Greater Israel” (perhaps the Golan Plateau):

  • Dissonance 1: WMDs / Iran
    Reinserts an existential threat into the global security arena.
  • Dissonance 2: AQPA / Bin Laden
    Repositions Gaza within the spectrum of absolute terrorism in the eyes of Americans.
  • Dissonance 3: Shahed Ghoreishi / State Dept (Added on 08/21/2025).
    Turns Trump’s deliberate ambiguity into Rubio’s radical clarity — shifting the weight from Washington to Tel-Aviv. Subject of my latest note “Marco Rubio: du flou au gris”.

Though these narratives appear incoherent (Shiite vs. Sunni), they resonate to produce the same effect: positioning any recognition of a Palestinian state, or the return to the two-state paradigm, as an existential—and possibly suicidal—risk for Israel.

@SimNasr), journalist at France 24 and Senior Fellow at the Soufan Center. Not picked up by mainstream media, this information appears tailor-made for intelligence channels, where the source is read and monitored closely.

4. How this undermines remaining scruples

👉For Western decision-makers:

Compassion for Gaza collides with innate security reflexes.

“Recognizing Palestine now—isn’t it like handing the trophy to Bin Laden or the ayatollahs?”

👉For Israel, the objective benefit is clear:

These narratives serve to neutralize diplomatic pressure.

They legitimize a policy of de facto annihilation.

In summary: if these dissonances were indeed intentionally manufactured, calling into question their origin, they become useful resonances. They transform mounting pressure into a tangible threat, and turn recognition of a Palestinian state into a survival risk for Israel and its Western allies, drawn into an increasingly troubling configuration.

Indeed, if we consider that the international agenda—and the agendas of Iran, Palestine, and even Hamas, which on Aug. 18–19, 2025 declared it had accepted an Egypt-Qatar ceasefire proposal with a phased hostage release, while Israel has not yet agreed and operations in Gaza City continued—these movements place Israel under unprecedented pressure; the timing seems striking.


We must legitimately ask whether the first narrative is designed to overshadow Iran’s WMD ambitions—a peril everyone remembers only too well from Iraq—while the second, reviving the ghost (or doppelgänger) of Osama Bin Laden, is meant to secure blind American solidarity, assuming the U.S. public doesn’t grasp « the Complicated Orient. »

>He really has an “Orient Compliqué” to play on.

Ben Laden, un étrange fantôme en goguette à Gaza

Le fantôme de Ben Laden réapparaît-il aujourd’hui pour convaincre Washington de laisser les mains libres à Israël dans l’éradication de Gaza et l’enterrement en première classe du rêve palestinien d’un État, aspiration légitime s’il en est? À l’heure où la solution à deux États revient dans le débat international, les États-Unis – comme tout un chacun – devraient commencer à se poser des questions très sérieuses.

1. Le 7-Octobre comme “coup d’effacement”

L’attaque du Hamas le 7 octobre 2023 devait sceller, dans la lecture israélienne, la mort définitive de l’idée d’un État palestinien :

La Palestine assimilée au terrorisme.

L’argument “pas de partenaire crédible”.

L’effacement de la formule “deux États” des agendas internationaux.

2. Le retour paradoxal de la question palestinienne

Or, plus la guerre se prolonge et plus le coût humain est visible, plus la solution à deux États revient au centre du discours international (ONU, UE, même Washington).

La reconnaissance de la Palestine comme État, jadis marginale, regagne du terrain politique et symbolique.

C’est une pression stratégique sur Israël, qui se retrouve contraint de répondre à une question qu’il croyait close.

3. Les dissonances instrumentées

C’est dans ce contexte que, à une semaine d’intervalle, deux événements viennent accrocher l’attention et regonfler l’argumentaire sécuritaire qui alimente la stratégie de Benjamin Netanyahou, masquant, de moins en moins, celle du Grand voire très grand (si on comprend le plateau du Golan) Israël.

Ces deux narratifs – à une semaine d’intervale – ne sont pas cohérents entre eux (chiite vs sunnite), mais ils entrent en résonance en produisant le même effet :


Il s’agit de présenter toute reconnaissance de la Palestine, tout retour au schéma des deux États, comme une mise en danger existentielle, presque suicidaire, pour Israël.

Post de Wassim Nasr (@SimNasr), journaliste à France 24 et Senior Fellow au Soufan Center. Restée en dehors du champ médiatique, cette information semble calibrée pour circuler dans le champ du renseignement, où la source est lue et suivie attentivement.

4. Comment cela emporte les derniers scrupules

👉Pour les décideurs occidentaux :

La compassion pour Gaza se heurte au réflexe sécuritaire.

“Reconnaître la Palestine maintenant, n’est-ce pas donner la main aux nostalgiques d’Oussama Ben Laden ou aux ayatollahs ?”

👉Pour Israël, il y un bénéfice net objectif :

Ces récits permettent de neutraliser les pressions diplomatiques.

Ils justifient le prolongement d’une politique d’anéantissement de facto.

En somme : les dissonances, si elles étaient intentionnellement fabriquées, ce qui poserait inévitablement la question des filières, deviennent des résonances utiles : elles transforment une pression en menace, et transforment la reconnaissance d’un État palestinien en un risque de survie pour Israël et ses alliés occidentaux, entrainés dans une configuration de plus en plus troublante dont ils ne maîtrisent, privés des tenants, que l’aboutissant.

En effet, si on considère que l’agenda international, l’agenda iranien, l’agenda palestinien, même l’agenda du Hamas acceptant un cessez-le-feu et la libération des otages, place l’agenda d’Israël sous une pression inattendue, les coïncidences sont frapantes.

On peut se demander, légitimement, si la première ne vise pas à doubler l’Iran sur ses intentions en termes d’ADM – sujet sensible s’il n’en est comme l’Irak l’a expérimenté cruellement (pour provoquer une cassure dans l’attermoiement international).

Et si la seconde, remettant en selle le fantôme (ou le sosie du fantôme) d’Oussama Ben Laden ne vient pas pour, peut-être un peu grossiètement, s’attacher la solidarité aveugle des Américains, qui ne sont pas censés comprendre quoi que ce puisse être à l’Orient Compliqué?

>Il a peut-être bon dos, l’Orient Compliqué.

PS: un troisième dissonance apparaît, ce 21vaoût, avec le licenciement du porte-parole ad-hoc du Département d’Etat Américain, Shahed Ghoreishi, sujet de ma note du jour: Marc Rubio: du flou au gris.

Statement

Marco Rubio, Secrétaire d’Etat américain, énonce une règle générale efficiente — “un deal suppose que chacun obtienne et cède quelque chose” — mais cette logique transactionnelle atteint ses limites lorsqu’un camp est sommé de céder non pas un bien relatif, mais un principe vital universel. Autrement dit, l’art du deal a un horizon indépassable : on ne peut troquer un bien essentiel contre un mal absolu.

Cela renvoie à deux niveaux :

Philosophique : il existe des biens inaliénables (vie, liberté, dignité, souveraineté) qui ne se négocient pas. Les céder, ce n’est pas faire un compromis, c’est entrer dans une compromission.

Politique / géopolitique : dans la guerre russe contre l’Ukraine, qui était le sujet traité par Marco Rubio, il ne peut pas y avoir de « deal » qui reviendrait à légitimer l’agression en échange d’une trêve, car ce serait céder un bien (le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes) contre un mal (l’acceptation d’une conquête armée).

Le “hardware” du deal — sa limite matérielle — est atteint quand la réciprocité exigerait une corruption du juste par l’injuste.

Synthèse de « Dieu » en pressentiment du cognitif partagé

Ce texte n’est pas une analyse linéaire mais un exercice de perception.
Par la métaphore et l’ellipse, il invite à relier entre eux différents niveaux de sensibilité — la raison, l’intuition, le pressentiment. Car les menaces invisibles ne se déplacent pas seulement dans l’espace des faits : elles naviguent, ondulent et rebondissent dans les strates de notre conscience.
Lire ainsi, c’est apprendre à discerner ce qui se passe et se joue, au-delà des apparences. Chacun porte en lui un soldat cognitif endormi. L’heure est venue de le réveiller.

Les collines brûlent, les forêts se consument, et l’air lui-même, chargé de canicule et de réchauffement climatique,  semble frotter les pierres entre elles pour faire faillir des étincelles funestes. Mais à la chaleur des flammes visibles s’ajoute celle, plus insidieuse, qui embrase les esprits. Dans l’espace cognitif saturé de tensions extrêmes, chaque image, chaque mot, devient combustible. Les réseaux amplifient les colères, réveillent les pulsions dormantes, et certains, happés par ce tumulte, passent à l’acte : malveillance, pyromanie, violence instrumentalisée. Le feu physique et le feu mental s’entretiennent comme un effet de larsen. Nous vivons un changement d’ère où la seule “éducation à l’esprit critique” ne suffit plus : l’esprit critique, mal orienté, peut devenir vecteur d’indignation destructrice. Il se signale, aujourd’hui, par ses limites.

Ce qu’il faut, c’est un pare-feu d’une autre nature : non pas seulement technique, mais enraciné dans la conscience du champ cognitif partagé — cet espace commun d’interactions humaines, perceptible jusque dans la réalité matérielle des liens, et que l’amour et la joie rendent presque tangible. Ce champ a nourri l’évolution de l’humanité en renforçant la coopération, la confiance et la solidarité face aux forces de prédation. Il est aujourd’hui entré dans une phase métacognitive : il devient objet de conscience, d’observation et d’interprétation. Cette visibilité nouvelle l’expose à des manipulations délibérées qui agissent au grand jour sur le libre-arbitre et le psychisme des masses en détendant, pour servir des horizons doctrinaux, des puissances qui peuvent s’avérer aveugles et incontrolables.

Reconnaître ce champ, en prendre une conscience lucide, le protéger et le nourrir est l’un des enjeux majeurs du XXIᵉ siècle. Il s’agit de prémunir le Peuple en armant la multitude d’une capacité métacognitive capable d’intégrer les dimensions religieuses, spirituelles, culturelles et technologiques, et de préserver les défenses cognitives de l’ensemble humain. Aucun nouvel organe ne doit pousser. Aucune puce ne doit être implantée. Nous avons déjà les outils pour filtrer. Nous avons les voyants qui clignotent quand la colère, la haine, l’indifférence, prennent le dessus.  C’est le rapport entre le libre-arbitre et la conscience qui nous protège de nous-mêmes. Nous ne devons pas l’abandonner à la submersion d’informations, d’injonctions, que l’univers médiatique projette dessus. Nous avons tous les voyants qui clignotent. A nous de les voir.

Dans cette perspective, le Politique, au sens le plus noble et quel que soit le régime invoqué, sert cette substance avec intelligence et précision. Chacun sert d’abord son peuple. Mais s’il le sert en respectant la relation vitale au champ cognitif partagé, il sert aussi le Peuple — celui d’“un monde fini qui commence”, préfiguré par Paul Valéry, quelques années avant que ne s’ouvre, d’ailleurs, à partir de failles cognitives abyssales,  la tentative avortée du IIIe Reich de dicter mille ans d’histoire. Or, près d’un siècle plus tard, le piège cognitif se rouvre. La Grande Russie de Vladimir Poutine et le Grand Israël de Benjamin Netanyahou mobilisent, à leur tour, un arsenal narratif et symbolique qui agit sur ces mêmes zones de vulnérabilité psychique collective : exaltation messianique, inversion accusatoire, mythologie historique recomposée pour légitimer une domination. Comme hier, l’enjeu dépasse la géopolitique : il se joue dans l’espace où se forme la perception du réel et où se décide, souvent à notre insu, ce que nous jugeons possible ou nécessaire. C’est dans cet espace — le champ cognitif partagé — que se gagne ou se perd la paix. La responsabilité de notre temps est d’en préserver l’intégrité, de le protéger contre sa capture, afin d’éviter que la rivalité des puissances ne se traduise, une fois encore, par un embrasement mondial. Le défi est d’y parvenir sans troisième guerre mondiale, en maintenant ouvert le lieu commun où les peuples peuvent se comprendre avant que les armes ne parlent.

Le cognitif partagé est le pressentiment de Dieu qui poursuit de son regard l’histoire, la conscience et l’imagination prolifique de tous les peuples à travers l’espace et le temps, sous des formes multiples. Il s’agit toujours d’éteindre l’incendie qui couve dans ce champ, de le réduire, de le dompter. Nous le faisons par la coutume, la loi, la Constitution, la Souveraineté. Mais nous devons changer d’ère mentale. Ce qui se lisait, à partir de Freud, dans une grille psychanalytique (motifs inconscients, symboles internes), doit passer dans une dimension métacognitive : la capacité d’un système — ici, l’humanité — à prendre conscience de ses propres processus cognitifs collectifs, à les observer, les interpréter et agir sur eux, pour demeurer du bon côté des batailles qui s’y jouent.

Dans ce champ métacognitif :

  • Le religieux et le spirituel ne sont pas exclus, mais intégrés comme sous-espaces de ce système d’interactions.
  • Les phénomènes sont mesurables (flux d’information, propagation d’idées, effets comportementaux), mais aussi interprétables selon des cadres culturels et symboliques différents.

Le mystique se confond ici avec le rationnel. L’histoire des religions avec celle des démocraties et de l’avènement de la souveraineté du peuple, comme j’ai pu l’écrire il y a fort longtemps en première phrase de ce continuum. La pensée, elle, dépasse l’intellect et renoue avec l’Esprit. L’enjeu devient de réguler ce champ, non pas en le censurant, mais en cultivant sa résilience contre les distorsions et manipulations qui s’attaquent au libre-arbitre.

Je parle de science dure. Les sciences cognitives montrent, déjà, qu’un amorçage (priming) — ici un climat émotionnel ou narratif saturé de tensions — rend plus probable un certain type de réaction ou de passage à l’acte chez certains individus. Des recherches en psychologie de la violence confirment que des pics d’anxiété collective, d’hostilité intergroupes ou de sentiment d’urgence peuvent faire basculer un individu déjà fragilisé ou radicalisé vers un acte violent ou destructeur. Cet effet est amplifié par l’effet de contagion (copycat effect), documenté dans les suicides, les fusillades, les attentats, et, plus rarement étudié, dans les incendies volontaires. C’est ce que j’appelle l’autocatalyse de la violence : l’environnement cognitif agit comme un catalyseur qui transforme une indignation légitime en pulsion collective dévastatrice.

Nous devons apprendre à nous connaître mieux sous le régime de ces interactions invisibles. Sinon que vaut la démocratie? Connaissons-nous nous-même succède à Connais-toi toi-même. C’est vital dans un monde saturé d’informations où les fabriques à opinion, dans une compétition acharnée les unes avec les autres, sont entrées dans l’ère industrielle et distribuent pouvoir et prébendes en fonction d’intérêts et de forces invisibles à l’oeil nu.

L’eau éteint le feu. L’amour est le premier cercle de compassion entre deux êtres, matrice d’un réseau infini qui ondule et embrasse l’humanité entière. Ce cercle intime est la source où se régénère l’esprit public, et sans lui, le feu gagne toujours. Poètes, musiciens, artistes, ouvriers, tous servent ce champ commun, parfois en le malmenant, jamais en le trahissant. Seuls le trahissent ceux qui cherchent à en monopoliser, en manipulant la substance si malléable que forme l’Amour, la puissance infinie pour eux seuls, fermant ses portes au lieu de les ouvrir. Là se joue l’Apocalypse, si l’Apocalypse est, selon son étymologie grecque, révélation. En l’occurrence, le dévoilement et l’élargissement de ce qui, dans le cognitif partagé, aspire à l’unité ou se perd dans la prédation. L’autre acception, pour apocalypse renvoie à la fin des temps et au cataclysmes majeurs.

L’incendie cognitif  n’appartient pas à un autre monde. Il est déjà dans le nôtre. Il y a pris pied. Il constitue une pyromanie particulière. Ce feu est un comburant très manipulable et certains apprennent, avec une réussite qui inspirera d’autres acteurs historiques en cas de succès, à s’en servir impunément. Ils doivent échouer.

Sinon, nous brûlerons tous. Sur terre transformée en enfer. Ou nous vivrons, toujours sur terre, transformée en Paradis, dans le jardin d’Eden du cognitif partagé.

L’humanité vibre dans l’approche de ce vivant-là. C’est au-delà des églises, au-delà de l’athéisme, au-delà des sensibilités distinctes, car il englobe toutes les sensibilités dans une même et vitale aspiration à se comprendre mutuellement. Cette aspiration est le fondement et le principe même de toute civilisation. La lumière invisible qui nourrit le Peuple — fait de tous les peuples de la Terre — émane de ce cognitif partagé, dont la nature se transforme à chaque degré d’extension et de résolution franchi. Désormais, la lumière visible est celle qui vient du Peuple, pour combler la part d’attente de cet espace cognitif. Cette attente est difficile à dire : c’est une complétude, une plénitude qui, une fois perçue, ne peut plus être perdue.

Invisible ou visible, il s’agit d’une seule lumière, mais perçue sous deux régimes:

  • Invisible lorsqu’elle est émane du cognitif partagé que nous ne savons qu’appeler ou prier sous la forme ou le nom imprononçable de Dieu,
  • Visible lorsqu’elle se manifeste par les actes, les créations, les paroles, le mouvement grand et infiniment conscient du Peuple mue par l’aspiration au bien et au beau, au calme et à la retenue.

Ce sont deux faces d’un même spectre, et ce spectre est le lien intime entre l’humanité et l’univers : un dialogue silencieux mais continu, où nous ne sommes pas seulement conscients de lui, mais où, peut-être, lui aussi est conscient de nous — et de notre conscience de lui.

Ce lien dépasse la contemplation ou la peur : il s’élève jusqu’à une connaissance réciproque, encore inachevée mais en expansion, qui change notre place dans le monde et dans l’univers.

>Pauvre Poutine et sa kyrielle de Kyrill : procession terrestre qui croit tenir l’infini dans ses mains, et n’y retient que ses propres ombres aspirées par l’illusion du pouvoir.