Le Conseil de sécurité de la Fédération de Russie : le cœur occulte du pouvoir

Un pouvoir occulte, doté de moyens qui absorbent la rente du pays, n’est pas qu’oligarchique et mafieux. Il orchestre le chaos du monde et s’en repaît.

Depuis 1996, la Fédération de Russie s’est dotée d’un organe dont la nature, la fonction et la permanence méritent une attention particulière. Créé par la loi fédérale du 10 janvier 1996 « Sur la sécurité », le Conseil de sécurité de la Fédération de Russie (Sovbez) est officiellement un organe consultatif chargé de conseiller le président dans l’élaboration des politiques de sécurité intérieure, extérieure, militaire et stratégique. En réalité, cet organe est devenu l’instrument structurant de ce que l’on peut légitimement qualifier d’État profond russe.

La Constitution russe de 1993 stipule que le président dirige ce Conseil. Et pourtant, lorsque Vladimir Poutine laisse formellement la présidence à Dmitri Medvedev entre 2008 et 2012, il continue à contrôler les décisions du Sovbez depuis son poste de Premier ministre. Ce détail, souvent ignoré, constitue une preuve éclatante de la localisation du pouvoir réel en Russie: le Conseil de sécurité n’est pas une annexe, il est le noyau de la gouvernance russe. Plus qu’un État Profond, c’est celui des Abysses russes.

Composé de ministres régaliens, de chefs des services de renseignement, de représentants militaires, énergétiques et judiciaires, ce Conseil fonctionne sans contrôle parlementaire, sans publicité, sans délibération pluraliste. Son pouvoir dépasse celui des ministères, dont il orchestre les grandes orientations. Il valide les doctrines de défense, la stratégie d’information, les opérations extérieures. Il est aujourd’hui, sous le contrôle exclusif de Poutine, le pivot de la planification stratégique, militaire, numérique, territoriale et répressive du pays.

Ceux qui l’ont dénoncé sont morts ou réduits au silence

Plusieurs figures de la société civile, du journalisme, de l’opposition ou même de l’appareil d’État ont tenté de nommer, révéler ou exposer la structure parallèle que représente le Sovbez. Presque toutes ont été réduites au silence — souvent de manière définitive.

  • Anna Politkovskaïa, journaliste d’investigation, a révélé l’instrumentalisation de la guerre de Tchétchénie, la violence des structures sécuritaires, et le double pouvoir autour du Kremlin. Elle a été assassinée en 2006.
  • Boris Nemtsov, ancien vice-premier ministre devenu opposant, a dénoncé la corruption d’État, les guerres extérieures décidées par des cercles sécuritaires non élus, et l’existence d’un pouvoir de l’ombre. Il a été assassiné en 2015 devant le Kremlin.
  • Alexandre Litvinenko, ancien agent du FSB, a accusé ce même FSB d’avoir organisé les attentats d’immeubles de 1999, qui ont permis l’arrivée au pouvoir de Poutine. Il est mort empoisonné au polonium en 2006 à Londres.
  • Natalia Estemirova, collègue de Politkovskaïa et documentariste des exécutions extrajudiciaires en Tchétchénie, a été enlevée et exécutée en 2009.
  • Yuri Shchekochikhin, journaliste et député, mort dans des circonstances suspectes en 2003, enquêtait sur les réseaux de corruption et l’immunité des élites proches des services.
  • Sergeï Yushenkov, membre de la Douma, tentait d’enquêter sur les attentats de 1999 et la responsabilité de l’appareil sécuritaire. Il a été abattu en 2003.
  • Vladimir Kara-Murza, encore vivant, a nommément désigné le Conseil de sécurité comme centre de décision répressif. Il est à l’étranger et a été privé de passeport. Il est un opposant actif.
  • Alexeï Navalny, avocat, militant anticorruption et principal opposant politique à Vladimir Poutine, n’a pas explicitement nommé le Conseil de sécurité, mais a déconstruit l’ensemble du système qu’il dirige : les services de sécurité, les flux financiers occultes, les assassinats politiques, et l’impunité verticale. Il a démontré que les décisions les plus graves — y compris son propre empoisonnement — ne pouvaient être prises que dans un cercle restreint, au cœur de l’État profond, c’est-à-dire dans le Sovbez. Emprisonné, condamné à 25 ans de détention, il est mort en février 2024 dans la colonie pénitentiaire de Kharp, dans des circonstances suspectes. Il n’a pas nommé le centre du pouvoir — il l’a exposé par la méthode.

Ce catalogue tragique n’est pas une coïncidence. Il révèle que ceux qui s’approchent de la structure réelle du pouvoir en Russie — qui franchissent le seuil entre l’analyse politique et la mise en cause du Sovbez — sont frappés. Par le silence, la prison ou la mort. Et il est probable qu’aucun de ces dénonciateurs, si lucides aient-ils été, n’avaient encore pleinement mesuré la nature opérationnelle et doctrinale de cet organe. Ils ont vu un système de prédation, un appareil mafieux, une oligarchie sécuritaire. Mais peu — peut-être aucun — n’ont perçu qu’ils faisaient face à un organe stratégique total, conçu pour penser, planifier et mener des opérations globales, à la fois militaires, informationnelles, économiques, et psychologiques auxquelles d’ailleurs la Russie de Poutine n’entend pas renoncer, comme si cela relevait de son bon droit.

Le Conseil de sécurité de la Fédération de Russie n’est donc pas un simple organe de coordination : c’est un centre de pouvoir autonome, opaque, agissant au-dessus du droit et contre toute tentative de transparence. Il ne protège pas l’État: il se protège lui-même, de la société, du droit, de l’opinion, de la mémoire, du monde.

Et son budget ? Dissimulé mais tentaculaire

Il n’existe aucune ligne budgétaire publique identifiant les ressources du Conseil de sécurité. Rattaché administrativement à la Présidence, il est financé par la ligne budgétaire présidentielle, dont une part croissante — près de 30 % en 2023 — est classée « secrète » ou « fermée ». On estime qu’environ 90 milliards d’euros échappent ainsi à toute transparence dans le budget russe.

Le Sovbez ne gère pas de fonds en propre : il oriente, valide et contrôle l’utilisation des ressources stratégiques de l’État profond russe, à travers les services suivants:

Domaine Budget estimé (2023):

  • FSB (Service fédéral de sécurité) Non publié. Estimé à 1 200 Mds RUB ~12 Mds € – augmentation constante depuis 2014
  • Rosgvardia (Garde nationale) ≈ 400 Mds RUB (≈ 4 Mds €) Force intérieure, protection du régime
  • Ministère de la Défense ≈ 6 400 Mds RUB (≈ 64 Mds €) Une part importante classifiée couvre les investissements liés aux systèmes de renseignement et cybersécurité Données classées Opérations hybrides, censure, guerre informationnelle
  • Administration présidentielle (APRF) ≈ 30 Mds RUB (≈ 300 M €) dont dépend formellement le Sovbez
  • Fonds de réserve présidentielle > 650 Mds RUB Utilisables sans justification publique

Ce « budget de l’ombre » consolidé représente au bas mot 100 à 120 milliards d’euros par an, hors tout contrôle parlementaire, mais sous l’œil direct du président et du Secrétaire du Conseil de sécurité.

Le Sovbez ne paie rien. Il contrôle tout et fait peser sur la Russie une omerta que rien ne brise.

Tant que ce Conseil restera hors d’atteinte des regards, des enquêtes et de la justice, la Russie ne pourra pas sortir du cycle autoritaire dans lequel elle est enfermée. Et les crimes de ce pouvoir de l’ombre, qu’ils soient nationaux ou transnationaux, resteront enveloppés dans une impunité institutionnalisée.

> Le pouvoir visible gouverne,
le pouvoir invisible décide,
et celui qui le nomme meurt.

C’est ce système qui fait la guerre à l’Occident. Partout, jusque dans notre parlement aux affinités affichées hier avec fierté, aujourd’hui avec beaucoup plus de retenue, certes, mais avec la même fidélité.  On ne mord pas la main qui vous nourrit ou vous fait roi.

>Réflexion entamée en juillet 2025.

Aux Grands Hommes (et Femmes), la Patrie ingrate

Ce n’est pas tant la reconnaissance tardive ou refusée de tel ou tel destin individuel qui importe — aussi grands soient-ils — que la blessure infligée à la France elle-même. Car lorsque la Patrie se montre ingrate envers ceux qui l’élèvent, ce n’est pas leur gloire personnelle qu’elle brise, mais sa propre grandeur. La Ve République est à la mesure d’un grand peuple. D’où la nécessité de la tuer.

En 1996, à l’image des mots du flamboyant Boris Vallaud dans l’hémicycle,
celui qui n’était alors — de mémoire — qu’un homme d’appareil,
Premier secrétaire du Parti socialiste,
avait lancé à Alain Juppé une estocade dont il a le secret:

“La démocratie n’est pas le problème. Elle est la solution.”

Il faut être de la trempe d’un de Gaulle ou d’un Churchill, aimer le Peuple au point d’en faire le pari constant  et si souvent détrompé (de la dissolution ou du référendum)
pour faire dire au Peuple cette vérité sans la trahir.

Car, oui, il y a des bouches qui font de la démocratie un problème.
Que ces bouches se taisent. Elles ont infligé à François Bayrou – Libé est magique dans ces instants de décrépitude puisque c’est son titre du jour – une super trempe, par 364 voix contre 194, au nom de la représentation nationale.

Un Premier ministre de la France est tombé. 9 mois après son prédecesseur.

François Bayrou, hier, a défendu la République et la Démocratie
comme l’honnête homme qu’il est profondément
— et qui mérite d’être salué.

Il l’a fait comme Juppé l’avait fait avant lui:
l’un droit dans ses bottes,
l’autre debout dans son âme.

Il l’a fait comme Jacques Chirac acculé. Comme Emmanuel Macron encerclé. Ces présidents n’était pas dans leur tour d’ivoire. Ils était dans l’ultime sanctuaire face à des partis politiques d’opposition ivres de leur capacité de nuisance, eux dans leur tour d’ivoire. Aveugles au sort de la France, la transformant en un nombrilisme purulent.

Mais les preux ne peuvent rien contre la malédiction – Bayrou a eu raison de faire appel à cet mot puissant –
qui s’abat sur la France. Et que rien ne permet de conjurer.

Cette malédiction, je la combats aussi, depuis 1996.
Année charnière : les mouvements sociaux venaient de mettre la France sur cette orbite désastreuse.
J’ai quitté le journalisme,
pour suivre une voie singulière,
et porter le fardeau — le cadavre, comme a dit Malraux déplorant que cette même France eût répudié le général en le sanctionnant, le 27 avril 1969, lors du référendum sur la régionalisation—
d’une certaine idée de la France.

Rien ne doit être grand, au-dessus des mêlées. Personne ne doit être providentiel, même pas la providence. Des forces s’emploient a réduire le pays à n’être que l’ombre de lui-même.

Ce qui arrive à notre pays n’aurait pas été et ne serait pas possible sans un système d’information parfaitement défaillant, qui assimile le peuple à des représentations fictives et le livrent à ce jeu pervers, alors qu’il est transformé en poupée vaudou en haut, remplacé, en bas, en objet virtuel sur lequel des politiciens de métier, plus que de vocation, appliquent leurs recettes faites de sondages creux, de micro-trottoirs biaisés, d’injonctions démagogiques, qu’exploite un appareillage de bidouille crépusculaire.

Un système endogamique s’est constitué et impose au peuple sa volonté en prétendant le servir et en excluant celles et ceux qui le servent sans faillir.

On aime à croire que la République sait honorer ses enfants dévoués et illustres serviteurs, mais l’Histoire démontre trop souvent le contraire. Les plus lucides, les plus courageux, les plus visionnaires sont d’abord contestés, parfois rejetés, puis salués… tard, parfois trop tard. Aux grands hommes — et aux grandes femmes — la Patrie se montre souvent ingrate. C’est le prix amer de la clairvoyance, mais aussi le sceau de leur vérité.

Il faut aimer le peuple pour le sauver.

Il faut le reconnaître plus grand que tout.

Jérusalem: la complétude en souffrance

Jérusalem n’est pas seulement une cité disputée: elle est une promesse brisée, une plénitude toujours différée. Tandis que le pouvoir s’emploie à l’ériger en trophée d’expansion, c’est dans l’épreuve du peuple palestinien et dans la persistance fragile des témoins diplomatiques que se manifeste la véritable complétude de la Ville. Une complétude en souffrance, douloureuse mais irréductible, qui résiste aux effacements et rappelle que Jérusalem n’appartient à personne parce qu’elle appartient à tous. Ce que maintient la France, par sa représentation consulaire à Jerusalem-Est, c’est ce lien. Israël veut le briser.

Jérusalem — Yerushalayim, que les langues antiques disent « fondement de la paix« , « ville de la plénitude ».
Mais quelle plénitude ? Celle promise, invoquée, projetée dans l’abstraction messianique, ou celle qui se révèle dans la chair meurtrie de ceux qui subissent l’histoire ?

La vérité est que la complétude se manifeste aujourd’hui, non dans les proclamations triomphantes, mais dans l’adversité du peuple palestinien, dans l’expérience partagée du malheur et de la dépossession. Leur douleur, cumulative et obstinée, dessine une unité paradoxale: elle fait d’eux, malgré eux, les porteurs de cette plénitude que les pierres de Jérusalem revendiquent depuis des millénaires.

Et c’est pourquoi l’enjeu du statut de Jérusalem-Est ne relève pas seulement de la diplomatie. Il touche à l’âme même de la cité. En menaçant de fermer la représentation consulaire ouverte par la France, M. Netanyahou ne ferme pas une porte entre chancelleries: il cherche à effacer un témoin. Car ce poste, modeste dans ses fonctions, portait une valeur symbolique immense — il maintient que Jérusalem n’est pas réductible à une seule souveraineté, qu’elle demeure une ville ouverte, une ville double, multiple, une ville qui doit accueillir l’autre.

Ainsi, l’obstination du peuple palestinien à survivre et à témoigner, et la persistance de nations comme la France à maintenir un regard et une présence diplomatique à Jérusalem-Est, sont deux visages d’une même vérité:
que la complétude de Jérusalem n’est pas celle des vainqueurs, mais celle des humiliés, des survivants, des peuples qui refusent l’effacement.

Et si le pouvoir croit pouvoir rebaptiser les opérations de noms bibliques, s’approprier la mémoire de Gédéon et clore le livre à sa manière, qu’il entende ceci: la plénitude de Jérusalem ne se décrète pas, elle se manifeste dans l’histoire vécue. Et cette histoire, aujourd’hui, crie que la douleur palestinienne est la vraie mémoire de la ville.

C’est pourquoi, à l’heure des menaces et des fermetures, il convient de rappeler prophétiquement que la Jérusalem terrestre ne se laissera pas confisquer par les calculs d’un pouvoir au seul nom bafoué de la Jérusalem céleste.
Car sa véritable complétude réside dans l’ouverture, dans la reconnaissance de l’autre, et dans le refus de réduire la paix à un mot trafiqué, manipulé et vidé de son sens.

Dans la tradition hébraïque et surtout dans la Kabbale, la notion de complétude (shlemout – שלמות, de la racine sh-l-m) est fondamentale.

La France universaliste, laïque, démocratique et républicaine,  sans avoir à aller au delà de sa seule expression diplomatique, se situe, bien plus que le gouvernement Netanyahou qui la dénigre, dans la tradition hébraïque et surtout celle de la Kabbale,  où la notion de complétude (shlemout – שלמות, de la racine sh-l-m) est fondamentale.

Elle donne, en effet, shalom (paix), mais aussi shalem (entier, complet) et shlemout (complétude, perfection).

Dans le judaïsme, la paix véritable n’est pas simplement l’absence de guerre, mais un état de plénitude, d’intégration de toutes les parties du réel.

Du flash d’information au clash d’info

Quand la fragilité économique transforme l’information en spectacle et le désordre en rente d’audience. Ne vous demandez pas pourquoi la France va mal : la réponse est dans cette perpétuelle mise en abyme, qui exclut toute posture pondérée.

Les chaînes d’information en continu occupent une place centrale dans l’espace public, mais leur modèle économique est extrêmement fragile. BFM TV, longtemps leader, a terminé l’exercice 2024 avec une perte nette de plus de 11 millions d’euros et un déficit d’exploitation de 17,6 millions. CNews, malgré une audience en progression et un chiffre d’affaires estimé autour de 45 millions d’euros, reste structurellement déficitaire depuis sa création et accumule plus de cent millions d’endettement.

Cette faiblesse a deux conséquences majeures. D’une part, elle rend ces médias dépendants de leurs actionnaires qui acceptent de couvrir les pertes au nom d’une stratégie d’influence : c’est l’idéologie qui prime, et non la rentabilité. D’autre part, elle les pousse à rechercher à tout prix l’audience, seule ressource capable de drainer de la publicité et d’équilibrer, un temps, leurs comptes. Or l’audience se gagne par le spectacle, la dramatisation, la polémique : ce que certains appellent désormais l’ »info-spectacle« . Ces deux logiques ne s’opposent pas, elles se combinent et produisent un biais structurel dans la manière dont l’actualité est orientée et traitée.

Les épisodes de crise sociale offrent une illustration parfaite de ce mécanisme. Au moment des Gilets jaunes, entre 2018 et 2019, les audiences des chaînes d’info ont atteint des records historiques : BFM TV culminait à 10 % de part de marché le samedi, soit une performance inédite. Les recettes publicitaires se sont envolées, transformant pour quelques mois une mobilisation chaotique en véritable poule aux œufs d’or pour les diffuseurs. Mais ce sursaut n’a pas créé une solidité durable : une fois la crise apaisée, l’audience est retombée et les difficultés financières ont repris le dessus.

D’où l’appétence certaine et parfois la complaisance à adouber les grandes manifestations de révolte contre l’Etat ou le gouvernement, comme pour les agriculteurs. Le clash est un mode de survie. Il rend la vie politique chaotique, formatte le public à se désintéresser des  comportements de raison au profit des protagonistes les plus radicaux. Cela configure l’ensemble du paysage.

Cette situation ouvre un champ d’analyse plus délicat. Les mouvements contestataires ou séditieux savent désormais que leur meilleure arme est la visibilité, et qu’il suffit de frapper fort pour trouver une caisse de résonance sur ces antennes en quête d’images.

Les chaînes, de leur côté, y voient une manne d’audience et de revenus temporaires. Il en résulte une forme d’endogamie objective : l’agitateur produit le désordre, la chaîne l’emballe, et chacun y trouve son intérêt immédiat. La démocratie, en revanche, y perd, car le débat public se construit alors sur une mise en scène permanente du conflit et de la crise, avec un jeu de surenchères délétère pour la crédibilité du pays et la tenue des finances publiques.

L’appel du 10 septembre illustre parfaitement ce mécanisme. Profondément séditieux dans son intention, il est calibré pour nourrir la machine médiatique : images, slogans, polarisation. C’est le carburant rêvé des chaînes d’info, qui peuvent ainsi justifier leurs directs et nourrir, les yeux fixés sur l’audimet, le cycle de débats sans fin. Mais derrière cette mécanique se joue une dynamique plus grave : l’économie fragile de ces médias transforme des actes de désordre en opportunités commerciales, et crée un terrain où l’information n’est plus seulement rapportée mais stimulée, au risque de brouiller la frontière entre journalisme et spectacle, entre démocratie et manipulation.

La question de la confiance n’est donc pas superflue. On ne peut accorder une confiance absolue à des acteurs dont la survie dépend à ce point d’intérêts extérieurs, financiers ou idéologiques. La vigilance critique s’impose : croiser les sources, interroger les angles, se rappeler que l’information diffusée en boucle est souvent autant le reflet des contraintes économiques de la chaîne que de la réalité des faits. Car si l’espace médiatique devient la scène obligée où se croisent agitateurs, politiques et diffuseurs en quête de survie, la démocratie se retrouve alimentée non par le réel, mais par sa version la plus spectaculaire et manipulable.

Epstein’s files : Fortitude is here through X

The Epstein affair is not what most people think. The Fortitude of the 21st century does not fabricate decoys: it lets the enemy’s wave strike, in order to capture its signature and turn its force back against its author. The other possibility is one I’m not ready to contemplate for now.

It has become a cliché in the media narrative to claim that Donald Trump knowingly profited from the “email affair” that weighed so heavily on Hillary Clinton’s 2016 campaign—especially since he maintained a formal denial despite evidence of Russian interference. Yet this interpretation is misleading.

At its core, the episode was not of domestic origin: it was orchestrated by a foreign power—Russia—which exploited a genuine vulnerability and turned it into an informational weapon. Trump was not the architect. At most, he found himself in passive connivance, absorbing and leveraging the political fallout to his advantage, without controlling either its origin or its mechanisms.

Russia, for its part, could thus believe it held an advantage: a U.S. president, partially compromised by the wave, whom it could instrumentalize over time.

Seen cynically, history might conclude that democracy is structurally fragile, vulnerable to manipulation. But another interpretation—one embraced by this analysis—is possible: that of a strategic metamorphosis. America, endowed with rare institutional and technological intelligence, has not merely the capacity to endure, but to absorb.

Like certain ductile materials in physics, it can offer a penetrable pliancy: allowing the hostile wave to pass, integrating and analyzing it, to ultimately transform it into an instrument of detection and counterattack.

The so-called Epstein affair fits perfectly into this framework. Legally, the case is now virtually empty: Epstein’s death ended the prosecution, accessible legal documents remain fragmentary, and the evidentiary structure rests on snippets of testimony and partial archives. Yet the emotional weight is maximum: sexual exploitation of minors is an absolute trigger, impervious to nuance in public opinion.

This hypersensitivity makes it ideal fodder for a cognitive war.

This dynamic has been amplified by the QAnon movement, whose conspiracist ideology—by certain aspects often converging with Kremlin narratives (denouncing “corrupt elites” and the “Deep State”, exalting the fight against occult forces, rejecting democratic institutions)—has strongly conditioned a segment of the Republican electorate.

The success of the film Sound of Freedom, widely instrumentalized within these circles, has sacralized the theme of pedocriminality as a political totem. It is precisely this framing that is reactivated in the Epstein affair: an already primed public was mobilized to see, not Trump as champion of the fight, but as a target ripe for vengeance.

How to defeat—assuming that some level of the state is sufficiently vigilant to identify and comprehend the complexity of maneuvers deployed against it—a scheme so pernicious unless by being even more pernicious, even more permeable, even more devious, even more fanciful and caricatural, and—most of all—even weaker than the weakness his or their enemies attribute to him?

In this light, peripheral elements—Elon Musk as the free electron and his hold on X, the spectacular spat with Trump, the politico-media psychodrama, and the repeated calls to publish the Epstein’s files—function as stimuli and catalysts. They sustain the noise, but also produce the raw data necessary for cognitive seismography: measuring the tremors, locating the centers, identifying the orchestrators.

What at first appears as a weakness in American democracy can thus be understood as an opportunity: transforming a hostile wave into a tool of detection, and returning to its authors the very signature of their operations to banish them, for good, from the community of nations.


Doctrinal Consequences:
Toward a 21st Century Fortitude

The Epstein affair illustrates a fundamental strategic principle: a hostile wave can be turned if it is absorbed, analyzed, and restituted within a controlled framework. This calls for envisioning a doctrine of cognitive warfare not only in defensive terms, but in counter-offensive terms. America, if it agrees to “lend its surface” to the wave, can make it the equivalent of an inverse radar: let it strike in order to better locate the enemy.

This is precisely what Operation Fortitude was in the 20th century. In 1944, the Allies created, out of nothing, a phantom army with inflatable tanks, fake radio traffic, and double agents in order to mislead Nazi command about the landing site. Fortitude relied on the art of the simulacrum.

But in the 21st century—in the cognitive sphere—the equivalent does not lie in manufacturing a falsehood; it lies in making visible what is hidden behind the falsehood: amplifying not the simulacrum, but the signature of the interference.

In this perspective, a cognitive Fortitude must be timed to the clock of the attack. Adversarial informational operations are rhythmic—they feature peaks (coordinated triggering), plateaus (organic amplification), and aftershocks (normalization). America can synchronize its response to that tempo, using its sensitive plates (Trump, Musk, or other high-resonance figures) as sensors.

The goal is not to avoid the tremor, but to record it with precision and exploit its data.

Three practical applications follow:

  1. Detection and Attribution: mapping in real time the networks that activate during an “Epstein peak” or equivalent; identifying foreign relays, proxies, and suspicious ideological convergences (e.g., QAnon / Russian narratives).
  2. Preemption and Inoculation: using the wave to publicly demonstrate the method; “break the spell” of manipulation by exposing its mechanics.
  3. Strategic Redirection: redirecting the charge of the wave back at its initiator by showing the public that it is hostile powers exploiting its fears and anger.

Thus, the cognitive wave that was meant to weaken democracy becomes the raw material of strategic superiority. Cognitive warfare, like conventional war, is also won through illusion and reversal. But the illusion here is no longer in the manufactured object (Fortitude and its inflatable tanks); it lies in the mirror held up to the adversary: making them believe they manipulate, while they are revealing themselves and leaving traces of their crime everywhere.


It is, according to this analysis, the most probable scenario: America possesses the elements of the chain of custody of this assault on cognitive sovereignty. It is not impossible that its seismographs have already recorded other surprising interferences, warranting attentive and critical reading—even from a historic ally caught with its fingers in the cookie jar.

In this context, Xi Jinping’s Global Governance Initiative proposal says something very precious between the lines. Neither Beijing nor New Delhi can—of that I am convinced and confident—tolerate a world in which war takes this perverse form, no longer as the continuation of politics by other means, to borrow Clausewitz, but as the annihilation of all politics in favor of ontological and political chaos.

The UN General Assembly is likely to spark fireworks. If it does not do so there, with the fates of Ukraine and Palestine on the agenda, it never will. It is time to ignite sparks.

Epstein’s files : Fortitude facteur X

L’Affaire Epstein n’est pas ce que la plupart de gens croient. La Fortitude du XXIᵉ siècle ne fabrique pas de leurres : elle laisse l’onde ennemie frapper, pour en capter la signature et retourner sa force contre son auteur. L’autre hypothèse, je ne veux pas l’envisager encore.

Il est devenu lieu commun, dans la narration médiatique, de dire que Donald Trump a profité, en connaissance de cause puisqu’il oppose un déni formel aux preuves d’ingérence russe, de l’« affaire des e-mails » qui pesa si lourdement sur la campagne d’Hillary Clinton en 2016. Or, cette interprétation est trompeuse. L’épisode, dans ses ressorts profonds, n’était pas d’origine domestique : il fut orchestré par une puissance étrangère- la Russie -, exploitant une vulnérabilité réelle pour en faire une arme informationnelle. Trump n’en fut pas l’architecte. Tout au plus s’est-il trouvé en connivence passive, absorbant et relayant à son profit les retombées politiques, mais sans en contrôler ni la genèse ni les mécanismes. La Russie, dès lors, avait pu croire disposer d’un lien à son avantage : un président des Etats-Unis d’Amérique, partiellement compromis par l’onde, qu’elle pourrait instrumentaliser dans la durée.

L’histoire, lue cyniquement, laisserait conclure à la fragilité structurelle d’une démocratie offerte aux manipulations. Mais l’on peut aussi, et tel est le parti pris de cette analyse, envisager une dynamique inverse : celle d’une métamorphose stratégique. L’Amérique, dotée d’une intelligence institutionnelle et technologique rare, a la capacité non pas seulement de subir, mais d’absorber. Comme certaines matières ductiles en physique, elle peut offrir une plastique pénétrable : laisser traverser l’onde, l’intégrer, l’analyser, pour in fine en faire un instrument de détection et de contre-attaque.

L’affaire dite Epstein s’inscrit pleinement dans ce schéma. Sur le plan judiciaire, le dossier est aujourd’hui presque vide : le décès d’Epstein a clos les poursuites, les pièces judiciaires accessibles sont fragmentaires, et l’édifice probatoire repose sur des bribes de témoignages et des archives partielles. Pourtant, la charge émotionnelle est maximale : l’exploitation sexuelle de mineurs constitue un thème absolu, insusceptible de nuance dans l’opinion publique. Cette hypersensibilité en fait une matière de choix pour une guerre cognitive.

Ce caractère a été accentué par le mouvement QAnon, dont l’idéologie conspirationniste — par certains aspects, souvent convergents avec les narratifs du Kremlin (dénonciation des « élites corrompues » et du « Deep State », exaltation du combat contre des forces occultes, rejet des institutions démocratiques) — a fortement conditionné une part de l’électorat républicain.

Le succès du film Sound of Freedom, largement instrumentalisé dans ces milieux, a sacralisé le thème de la pédocriminalité comme totem politique. Or, c’est précisément ce registre qui est réactivé dans l’affaire Epstein : l’opinion ainsi préparée a pu être mobilisée, croyant voir dans Trump non plus le champion de cette cause, mais une cible offerte à la vindicte.

Comment vaincre, à supposer qu’un niveau de l’Etat soit bien sûr assez vigilant pour l’identifier et comprendre la complexité des manoeuvres engagée contre lui, un dispositif aussi pernicieux sinon en étant encore plus pernicieux, encore plus perméable, encore plus retors, encore plus fantasque et caricatural et, surtout, encore plus faible que la faiblesse que lui prêtent son ou ses ennemis ?

Dans cette perspective, les éléments périphériques — l’électron libre Elon Musk et son emprise sur X, les brouilles spectaculaires avec Trump, le psychodrame politico-médiatique, les injonctions répétées à publier les Epstein’s files — fonctionnent comme des stimuli et catalyseurs. Ils entretiennent le bruit, mais produisent également les données nécessaires à une sismographie cognitive : mesure des secousses, repérage des foyers, identification des orchestrateurs. Ce qui, au premier abord, apparaît comme une faiblesse de la démocratie américaine, peut ainsi être compris comme une opportunité : transformer une onde hostile en outil de détection, et renvoyer à leurs auteurs la signature même de leurs opérations pour les mettre, pour longtemps, au ban des nations.

Conséquences doctrinales :
vers une Fortitude du XXIᵉ siècle

L’affaire Epstein illustre un principe stratégique fondamental : une onde hostile peut être retournée si elle est absorbée, analysée et restituée dans un cadre contrôlé. Cela appelle à penser une doctrine de la guerre cognitive non plus seulement en termes défensifs, mais en termes contre-offensifs. L’Amérique, si elle accepte de « prêter sa surface » à l’onde, peut en faire l’équivalent d’un radar inversé: se laisser heurter pour mieux localiser l’ennemi.

C’est précisément ce que fut, au XXᵉ siècle, l’opération Fortitude. En 1944, les Alliés créèrent de toutes pièces une armée fantôme, avec chars gonflables, faux signaux radio et agents doubles, afin d’induire en erreur le commandement nazi sur le lieu du débarquement. Fortitude fonctionnait sur l’art du simulacre. Mais au XXIᵉ siècle, dans la sphère cognitive, l’équivalent n’est pas de créer un faux, c’est de rendre visible ce qui se cache derrière le faux : amplifier non pas le simulacre, mais la signature de l’ingérence.

Dans cette perspective, une Fortitude cognitive doit être timée à l’horloge de l’attaque. Les opérations informationnelles adverses sont rythmées — elles connaissent des pics (déclenchement coordonné), des plateaux (amplification organique) et des retombées (normalisation). L’Amérique peut synchroniser sa réponse sur ce tempo, en utilisant ses plaques sensibles (Trump, Musk, ou d’autres figures à haute résonance médiatique) comme des capteurs. Le but n’est pas d’éviter la secousse, mais de l’enregistrer avec précision, puis d’en exploiter les données.

Trois applications pratiques en découlent :

  1. Détection et attribution : cartographier en temps réel les réseaux qui s’activent lors d’un « pic Epstein » ou d’un équivalent, identifier les relais étrangers, les proxys et les convergences idéologiques suspectes (ex. QAnon / narratifs russes).
  2. Préemption et inoculation : utiliser l’onde pour démontrer publiquement le procédé, « casser le sort » de la manipulation en l’exposant dans ses mécanismes.
  3. Réorientation stratégique : restituer la charge de l’onde contre son initiateur, en montrant au public que ce sont des puissances hostiles qui exploitent cyniquement ses peurs et sa colère.

Ainsi, l’onde cognitive qui devait fragiliser la démocratie devient matière première d’une supériorité stratégique. La guerre cognitive, comme jadis la guerre conventionnelle, se gagne aussi par l’art de l’illusion et du retournement. Mais l’illusion n’est plus ici dans l’objet fabriqué (Fortitude et ses chars gonflables), elle est dans le miroir tendu à l’adversaire : croire qu’il manipule, alors qu’il est en train de se dévoiler et de laisser partout des traces de son crime.

C’est, selon l’analyse que je fais, le scénario le plus probable : l’Amérique possède les éléments de la chaîne de custody de cette atteinte à la souveraineté cognitive. Il n’est pas impossible que ses sismographes aient déjà enregistré d’autres parasitages surprenants, méritant une lecture attentive et critique — y compris de la part d’un allié historique pris les doigts dans le pot de confiture.

Dans ce contexte, la proposition de Global Governance Initiative portée par Xi Jinping dit quelque chose de très précieux entre les lignes. Pékin comme New Delhi ne peuvent souffrir — j’en ai la conviction — un monde où la guerre prendrait cette forme perverse pré-native : non plus la continuation de la politique par d’autres moyens, selon Clausewitz, mais l’anéantissement de toute politique au profit du chaos ontologique.

L’Assemblée générale de l’ONU risque de faire des étincelles. Et si elle n’en fait pas là, avec les destins de l’Ukraine et de la Palestine au menu, elle n’en fera jamais. Il est temps de faire des étincelles.

PS: Pour le moment, Poutine, le maître du Kremlin, qui a récemment assuré que la Russie ne renoncerait pas aux ressources de la guerre informationnelle, et Netanyahou se rient des démocraties et des nations intègres.

RN : l’appartenance au socle démocratique n’implique pas celle à l’arc républicain

Le Rassemblement National n’appartient pas, contrairement à l’assertion de l’ancien président de la République aujourd’hui sous bracelet électronique, à « l’arc républicain ».
Il appartient à la démocratie par ses électeurs, mais aussi au registre des formations politiques.
La limite à cette appartenance apparaît si l’on considère que son ascension — du FN originel à sa version actuelle — doit moins à une dynamique nationale qu’à une manipulation constante de la sensibilité électorale sur quelques thèmes de prédilection, dont l’immigration.
Si une telle manipulation, fomentée et soutenue par une intelligence étrangère, depuis des décennies, via les réseaux sociaux et les opérations cognitives, était avérée, alors le RN n’appartiendrait plus ni à l’arc républicain ni au socle démocratique.
Il ne serait qu’un levier d’influence subversif au cœur de la République Française.
C’est aussi simple que cela.

PS: La même grille d’appréciation vaut pour d’autres partis de l’arc déstabilisateur.

#8septembre
#ArcRépublicain
#Démocratie
#RépubliqueFrançaise

@EmmanuelMacron
@Renaissance
@MLP_officiel
@RNational_off

Shanghai Summit: China as a Constructive Power

No one thought it worthwhile to decipher what Xi Jinping’s proposal to establish a Global Governance Initiative (GGI) really means. Most media outlets stopped at the spectacle — the embrace extended to Putin, the anti-Western rhetoric — without grasping the significance of a text that addresses history more than the moment.

This is the « Honecker syndrome »: in 1989, the words that implicitly signaled the fall of the Berlin Wall were met with indifference or delay by observers stuck in their habitual frameworks. Even today, the speech of a leader as consequential as the Chinese president — issued at a summit representing nearly half the world’s population, in the presence of the UN Secretary-General — is read as a mere tactical maneuver.

Yet, it is precisely within the texture of the words that the novelty lies: an attempt to restore and upgrade the UN and the WTO, and, under the guise of diplomatic display, to bind his own allies within a pacifist and multilateral framework. China is not a post-truth nation. It is a constructive power.


1. The Apparent Content: A Revisited UN Doctrine

Xi Jinping presented the Global Governance Initiative (GGI) in five key points:

  • Sovereign equality of States,
  • Full observance of the UN Charter,
  • Multilateralism based on consultation and mutual benefit,
  • A people-centered approach,
  • Movement toward tangible action.

Taken in isolation, these principles seem like diplomatic generalities. But placed in context, they form a full-fledged normative offer — not an alternative project, but a claim to restore and update existing institutions, foremost among them the UN and the WTO.


2. Its True Scope: A General Upgrade of Institutions

Contrary to media perception, this is not about a Sino-Russian bloc opposing the West, but a gesture of outreach to the entire world. Xi does not propose alignment with Beijing; rather, he calls for shared intelligence under the aegis of the United Nations.

This nuance changes everything:

  • Beijing does not claim a new closed order but champions the rehabilitation of the multilateral framework, promising to adjust it to the North-South imbalances.
  • By presenting the speech before the UN Secretary-General, Xi endowed it with unprecedented solemnity: this is no longer a regional manifesto, but an attempt to re-position China as guardian of the universal.

3. The Showcase Effect: Immediate Recognition

For Putin, Khamenei, and Netanyahu, the scene served as a flattering showcase:

  • International recognition for Moscow despite Western isolation,
  • Implicit validation for Tehran in its confrontation with Washington,
  • Confirmation for Israel that it remains a key player in the Middle East.

They heard what they wanted to hear — support against the West.


4. The Vitrifying Effect: Historical Constraint

But behind the display lies a glass cage.

By affirming that the international system must be based on sovereign equality, rejection of double standards, and centrality of the UN, Xi has locked his allies into a logic that exceeds them:

  • Putin cannot indefinitely justify aggressive war without putting China at odds with the Charter he sanctifies.
  • Netanyahu cannot indefinitely disregard multilateral resolutions without undermining the universal authority that China claims to rehabilitate.
  • Khamenei cannot sustain an oppositional posture without being reminded of the principle of universal cooperation.

What Xi offers through the showcase, he takes away through vitrification: immediate recognition, but at the cost of enduring normative constraint.


5. A latency reminiscent of 1989

As in 1989 with Honecker, the media are failing to grasp the magnitude of the moment: they reduce the speech to its immediate use, whereas it sets a deeper process in motion. The GGI may be the first source-text of a reconfigured international order.

If the news cycle fixes on the image of Xi welcoming Putin, history will retain the formulation of a framework that aims to restore and transform universal institutions.


Conclusion: beyond the conjunctural, the constraint of language

Xi’s words are not a mere posture. They are sealed with the authority of Narendra Modi, India’s Prime Minister. They constitute a normative architecture. Once spoken before the world and the UN, they become binding, and will, little by little, vitrify subversion.

It is not the photograph of a summit that will matter, but the lasting effect of these words:

  • if they take root, the GGI could amount to a “Pacific Charter of the twenty-first century,” open to the rest of the world;
  • if they fail, they will remain as an unfulfilled promise, the memory of which will weigh on China’s credibility.

In all cases, History walked into the room that day — and the media, once again, failed to hear it.

Sommet de Shangaï: la Chine en puissance constructrice

Nul n’a cru bon de décrypter ce que signifie réellement la proposition de Xi Jinping, visant à instaurer un Global Governance Initiative (GGI). La plupart des médias se sont arrêtés au théâtre des images — l’accolade donnée à Poutine, les formules anti-occidentales — sans mesurer la portée d’un texte qui s’adresse moins au conjoncturel qu’à l’Histoire. C’est le « syndrome Honecker » : en 1989 déjà, les mots annonçant la fin du Mur de Berlin furent accueillis avec indifférence ou retard par les observateurs, incapables de sortir de leurs schémas mentaux. Aujourd’hui encore, la parole d’un dirigeant aussi important que le président Chinois, fixant au cours d’un sommet que représente près de la moitié de la population de la terre, des principes universels, en présence du Secrétaire général de l’ONU, est lue comme une simple manœuvre tactique. Or, c’est précisément dans la texture des mots que se loge la nouveauté : une tentative de restaurer et d’upgrader l’ONU et l’OMC, et de contraindre, sous couvert de vitrine diplomatique, ses propres alliés dans un cadre pacifiste et multilatéral. La Chine n’est pas une nation de la post-vérité. Elle est une puissance constructive.

Les médias occidentaux, dans leur couverture du sommet de Tianjin, sont restés prisonniers de schémas mentaux éprouvés : le spectacle de l’alliance sino-russe, le tapis rouge déroulé à Vladimir Poutine, la dénonciation des « menaces occidentales ». Le commentaire s’est arrêté au niveau du visuel et du conjoncturel. Comme si la rencontre n’était qu’une vitrine de puissance autoritaire opposée à l’Occident.

Or, les mots prononcés par Xi Jinping méritaient une écoute bien plus attentive. Les journalistes n’ont pas su « laver leurs oreilles ». L’histoire est pourtant riche de ces latences : lorsque Honecker, à l’automne 1989, prononça les phrases qui reconnaissaient implicitement la fin du Mur de Berlin, la presse mit du temps à saisir qu’un basculement irréversible venait de s’opérer. Aujourd’hui, le discours de Xi sur la gouvernance mondiale pourrait bien être de la même nature : un moment charnière, où les mots précèdent et contraignent les faits.


1. Le contenu apparent : une doctrine onusienne revisitée

Xi Jinping a présenté le Global Governance Initiative (GGI) en cinq points :

  • égalité souveraine des États,
  • respect intégral de la Charte de l’ONU,
  • multilatéralisme fondé sur la consultation et le bénéfice partagé,
  • approche centrée sur les peuples,
  • passage à l’action concrète.

Pris isolément, ces principes semblent des banalités diplomatiques. Mais replacés dans le contexte, ils forment une offre normative complète : non pas un projet d’alternative, mais une prétention à restaurer et mettre à jour (upgrade) les institutions existantes, ONU et OMC en tête.


2. La véritable portée : un « upgrade général » des institutions

Contrairement à la perception médiatique, il ne s’agit pas d’un bloc sino-russe défiant l’Occident, mais d’une main tendue au monde entier. Xi ne propose pas l’alignement sur Pékin : il appelle à une intelligence commune, placée sous l’égide des Nations unies.

Cette nuance change tout :

  • Pékin ne revendique pas un nouvel ordre fermé, mais la réhabilitation du cadre multilatéral, en promettant de l’adapter aux déséquilibres Nord-Sud.
  • En se plaçant devant le Secrétaire général de l’ONU, Xi a donné à son discours une solennité inédite : ce n’est plus un manifeste régional, mais une tentative de réinscrire la Chine comme garante de l’universel.

3. L’effet vitrine : reconnaissance immédiate

Pour Poutine, Khamenei ou Netanyahou, cette scène fut perçue comme une vitrine flatteuse :

  • reconnaissance internationale pour Moscou malgré l’isolement occidental,
  • validation implicite pour Téhéran dans son bras de fer avec Washington,
  • confirmation pour Israël qu’il reste un acteur incontournable au Moyen-Orient.

Leurs « oreilles » ont entendu ce qu’elles voulaient entendre : un appui contre l’Occident.


4. L’effet vitrifiant : contrainte historique

Mais derrière cette vitrine se cache une cage de verre.
En affirmant que le système international doit être fondé sur l’égalité souveraine, le refus des doubles standards et la centralité de l’ONU, Xi a enfermé ses alliés dans une logique qui les dépasse :

  • Poutine ne peut pas éternellement justifier une guerre d’agression sans mettre Pékin en contradiction avec la Charte qu’il sanctifie.
  • Netanyahou ne peut pas durablement mépriser les résolutions multilatérales sans miner l’autorité universelle que la Chine prétend réhabiliter.
  • Khamenei ne peut pas se maintenir dans la pure logique d’opposition sans être rappelé au principe de coopération universelle.

Ce que Xi offre par la vitrine, il le retire par le vitrifiant : une reconnaissance immédiate, mais au prix d’une contrainte normative durable.


5. Une latence semblable à celle de 1989

Comme en 1989 avec Honecker, les médias ne perçoivent pas l’ampleur du moment : ils réduisent le discours à son usage immédiat, alors qu’il engage un processus plus profond. Le GGI est peut-être le premier texte-source d’un ordre international reconfiguré.

Si l’actualité se fixe à l’image de Xi accueillant Poutine, l’histoire retiendra la formulation d’un cadre qui ambitionne de restaurer et transformer les institutions universelles.


Conclusion : au-delà du conjoncturel, la contrainte du langage

Les mots de Xi ne sont pas une simple posture. Ils sont scellés avec l’autorité de Narendra Modi, le président de l’Inde. Ils constituent une architecture normative. Une fois prononcés devant le monde et l’ONU, ils deviennent contraignants, et vitrifieront, à petit feu, la subversion.

Ce n’est pas la photographie d’un sommet qui comptera, mais l’effet de ces mots dans la durée :

  • s’ils prennent racine, le GGI pourrait être l’équivalent d’une « Charte pacifique du XXIᵉ siècle » oiuverte sur le reste du monde ;
  • s’ils échouent, ils resteront comme une promesse non tenue, mais dont le souvenir pèsera sur la crédibilité de la Chine.

Dans tous les cas, l’Histoire est entrée dans la salle ce jour-là — et les médias, une fois encore, ne l’ont pas entendue.