Chat Control: de la surveillance de masse au contrôle ciblé à la lecture

Au moment où l’UE s’apprête à adopter son outil de mise sous contrôle de liberté d’expression numérique, l’heure n’est plus à choisir entre liberté et sécurité. Elle est à concevoir les conditions d’un équilibre. Et à réinventer les outils pour qu’il tienne. Pas de suspicion a-priori. Contrôle a-posteriori. Si on est obligé d’écorner la liberté, pour garantir la sécurité, préservons la présomption.

L’Union européenne s’apprête à voter le projet Chat Control, qui permettrait de scanner automatiquement tous les messages privés — y compris chiffrés — sur nos téléphones. De fait, la démocratie vacille sur un fil tendu entre deux abîmes:

  • Celui de l’impuissance face aux crimes commis dans l’ombre des messageries sécurisées qui pose un authentique et durable problème d’opacité.
  • Celui de la surveillance de masse, propre aux régimes qui ont renoncé à la liberté pour mieux régner.
  • Si la peur est mauvaise conseillère, l’inaction l’est plus encore. Nous ne pouvons pas rester les bras croisés face à l’exploitation des outils numériques à des fins criminelles, terroristes ou manipulatoires. Mais nous ne pouvons pas, non plus, accepter l’instauration insidieuse d’un cheval de Troie numérique qui ferait de chaque citoyen, a-priori, un suspect par défaut.

✳️ Une voie de compromis éthique existe

Il est possible d’imaginer une alternative respectueuse des droits fondamentaux. Une voie qui ne sacrifie ni le chiffrement, ni la nécessaire vigilance collective.

Cette voie, nous la proposons, aujourd’hui, dans ces termes et selon ce principe:

> Une vigilance sémantique à la lecture, sous gouvernance démocratique.

Comment cela fonctionnerait ?

1. Aucun message n’est bloqué ni scanné à l’envoi. La liberté d’expression reste pleine et entière. Le chiffrement de bout en bout est préservé.

2. Le scan intervient uniquement à la lecture, sur le terminal du destinataire, à travers une IA capable de reconnaître un nuage sémantique de domaines sensibles (abus sur mineurs, appels à la haine, apologie du terrorisme…).

3. Le système repose sur une gouvernance irréprochable:

Une instance délibérative indépendante composée de magistrats, ONG, chercheurs, citoyens tirés au sort.
Des algorithmes transparents, régulièrement audités.
Un droit au recours effectif pour tout citoyen injustement ciblé.
Un journal de fonctionnement consultable par la société civile.

Ce à quoi il semble raisonnable de s’opposer

  • Que le chiffrement soit vidé de sa substance, au nom de la sécurité.
  • Que la peur des crimes serve de prétexte à une normalisation de l’espionnage numérique généralisé.
  • Que des IA non contrôlées déterminent en secret ce qu’un être humain peut dire, penser ou transmettre.

Ce qui constituerait un compromis viable

Que l’Union européenne suspende le vote du Chat Control, dans sa version actuelle, et ouvre une consultation publique citoyenne sur les formes possibles d’une vigilance éthique, explicable, contrôlable.

Nous appelons toutes les forces démocratiques — élus, chercheurs, juristes, ingénieurs, journalistes — à participer à ce débat essentiel. Car de lui dépend le visage numérique de nos libertés.

📌 Pourquoi un contrôle à la lecture plutôt qu’à l’envoi?

La surveillance systématique des messages à l’envoi, telle que proposée actuellement par l’UE (Chat Control), transforme chaque utilisateur en suspect a priori, violant ainsi les fondements mêmes du droit à la vie privée et à la présomption d’innocence.

En déplaçant le scan automatisé au moment de la lecture (c’est-à-dire sur le terminal destinataire, après déchiffrement local), on préserve :

  • 🔓 La liberté d’expression intégrale à l’émission, sans filtrage préalable.
  • 🕊️ La présomption d’innocence de l’émetteur, puisque seul le destinataire lisant un contenu potentiellement problématique est concerné par un contrôle automatisé.

Cette approche ne résout pas toutes les failles inhérentes au chiffrement et à l’analyse automatisée (attaques adversariales, détournement, biais). Mais elle instaure un principe éthique fondamental :

« Aucun utilisateur n’est suspect par défaut. La vigilance se limite aux cas d’accès avéré à un contenu problématique. »

🌐 Proposition : création d’une Agence mondiale pour la liberté cryptographique et la vigilance numérique éthique

Objectifs

1. Reconnaître le chiffrement comme pilier de la liberté d’expression, d’association et de presse.

2. Évaluer les dispositifs de surveillance numérique (comme Chat Control) au regard d’un référentiel éthique universel.

3. Superviser la conception des IA de modération ou de détection, notamment dans leur usage par les États, grandes plateformes ou alliances régionales.

4. Garantir un accès équitable à des outils de communication sécurisés pour les journalistes, ONG, défenseurs des droits humains.

5. Proposer des systèmes de vigilance sémantique sous gouvernance multilatérale, transparente et révocable.

Architecture proposée

Une charte éthique internationale du numérique sécurisé, adossée au Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

Un comité scientifique et éthique permanent, constitué de membres nommés par l’ONU, le Conseil des droits de l’homme, le GAFI, et des représentants de la société civile.

Un laboratoire technique indépendant capable d’analyser et de certifier les systèmes CSS ou IA proposés par les États ou plateformes.

Des outils de recours pour les individus victimes d’abus algorithmiques.

Pourquoi maintenant ?

Parce que les démocraties sont prises entre:

  • des régimes autoritaires efficaces mais liberticides,
  • et des démocraties fragiles ou paniquées, prêtes à sacrifier le chiffrement au nom de la sécurité.

🗣️ « Les sociétés de l’information ne peuvent plus éviter le dilemme éthique et politique posé par la surveillance numérique. Ce défi n’est ni technique ni marginal : il est civilisationnel. La réponse que nous devons lui apporter doit être transparente, intelligente, démocratiquement contrôlée, et fondée sur le respect irréductible des présomptions fondamentales. Car la technologie ne peut jamais être une fin en soi : elle doit toujours rester un moyen au service d’une démocratie digne de ce nom.« 

📚 Bibliographie technique succincte

Lawfare, 2022 : The Law and Policy of Client-Side Scanning
(Contexte juridique et implications du CSS aux États-Unis et dans l’UE.)

Electronic Frontier Foundation (EFF), 2019 : Why Client-Side Scanning Breaks Encryption
(Sur la remise en cause technique et juridique du chiffrement par tout CSS.)

Access Now, 2022 : Why client-side scanning is a lose-lose proposition
(Arguments juridiques et techniques contre le CSS traditionnel.)

Jain et al., 2021 : Adversarial Detection Avoidance in Client-Side Scanning Systems
(Vulnérabilités techniques des systèmes CSS face aux attaques adversariales.)

Ofcom/Internet Society, 2023 : Client-side scanning technical factsheet
(Explication claire des modèles de CSS existants et limites associées.)


Un XXIe siècle de promesse à tenir

À l’aube d’un monde en recomposition, la guerre, la confusion idéologique et le vacillement des repères nourrissent un désenchantement global. Pourtant, un autre horizon demeure possible. Il exige un sursaut de lucidité, de volonté, et de civilisation. Ce siècle, que beaucoup redoutent, peut encore tenir sa promesse – celle d’une humanité réconciliée avec la vérité, la justice et la paix. Encore faut-il le vouloir. Et le nommer.

Le XXIe siècle a déjà consommé son premier quart. Nous sommes en 2025. Soit vingt-cinq années déjà écoulées sur les cent qui le composent. Or ces vingt-cinq premières années, marquées par l’irruption du terrorisme islamiste, par le débordement de la violence, des incivilités et des profanations, par les dérives de la post-vérité, par les déséquilibres géopolitiques, par les failles climatiques, par la guerre en Europe et au Proche-Orient, ne sauraient être les annonciatrices d’un siècle dont la promesse est accomplie et réalisée.

Ce constat est devenu une évidence presque banale : la guerre est là, morcelante et avançant par morceau. Elle est toujours à nos portes. L’Ukraine, Gaza, le Caucase, le Sahel, les tensions indo-pacifiques : autant de foyers qui, loin de s’éteindre, alimentent une même déflagration souterraine continue, inextinguible comme le feu sous la braise.
Il serait vain de croire qu’une victoire militaire, ici ou là, suffira à rebâtir la paix que le monde attend, véritablement, au bout du dédale de ses malheurs perpétuels. Car l’enjeu profond n’est pas territorial, mais civilisationnel.

Mais la paix, la vraie,
celle qui panse le tissu moral
et imaginaire du monde,
exige davantage : une refondation.

Certaines batailles seront gagnées. Le régime de Vladimir Poutine tombera. La souveraineté ukrainienne sera rétablie. L’initiative franco-saoudienne pour relancer la Paix au Proche-Orient aboutira à deux États. L’Islam saura résister à ses imposteurs. Mais la paix, la vraie, celle qui panse le tissu moral et imaginaire du monde, exige davantage : une refondation.

Cette refondation commence par une généalogie du désastre. Comment a-t-on pu en arriver là ? Comment l’Europe, avec son rêve de concorde et de prospérité, entité de l’Hymne à la Joie, s’est offerte à la Russie sans foi ni loi? Comment la Palestine s’est retrouvée à nourrir, avec et par le hamas, l’engrenage qui tuait son propre rêve au profit d’un Israël se redécouvrant biblique? Il faut revisiter les grandes secousses intellectuelles du XIXe et du XXe siècle et commencer de rechercher les causes des dérèglements cognitifs qui ont fracturé la conscience humaine au point d’ouvrir le monde au tragique. Car c’est dans ces brèches que ce qui est de plus mauvais et vain dans le Politique s’est installé et nous a tous, dans des proportions variables, par ses attractions douces et lentes,  dégénérés en acteurs ou réceptacles, toujours en relais, de la violence symbolique, qui arme et tend toutes les autres.

Le milieu du XXe siécle en témoigne avec âpreté, jusqu’à l’abominable.

Il est devenu clair que les totalitarismes du XXe siècle – communisme soviétique, nazisme, fascisme – sont les enfants illégitimes, mais non moins réels, de trois grandes figures : Marx, Nietzsche, Freud. Aucun de ces penseurs n’a voulu Auschwitz ni le Goulag. Mais leurs idées portaient en elles les germes de notre anéantissement.

  • Marx a réduit l’Homme à sa classe sociale, niant l’épaisseur singulière de sa conscience.
  • Nietzsche a proclamé la mort de Dieu et ouvert la voie au culte du Surhomme, livré à sa propre démesure.
  • Freud a dissous la liberté de l’âme dans les mécanismes pulsionnels, mettant à nu l’inconscient sans lui rendre son mystère.

Ces trois brisures ont produit une vacuité, une perte du sens, un appauvrissement de l’élan spirituel et de l’autorité péremptoire qu’il exerce sur l’état des choses.

Raymond Aron, Hannah Arendt, George Steiner, Karl Popper, Emmanuel Levinas ont chacun, à leur manière, tenté de tirer la sonnette d’alarme. Ils ont vu que la modernité dérapait, que la Raison devenait instrument de déshumanisation, que les totalitarismes étaient des religions séculières, et que le visage humain disparaissait derrière les systèmes.

Aujourd’hui, le risque n’est plus seulement l’émergence de nouvelles idéologies — elles sont déjà là: techno-nihilisme, conspirationnisme, identitarisme, populismes digitaux. Les idéologies ont l’imagination de l’hydre pour renouveler leur tête, mais leur nature profonde est la même.

Le risque, c’est que le vide laissé par la chute des anciennes croyances ne soit comblé que par des simulacres. Déjà, des figures comme Vladimir Poutine ou Benyamin Netanyahou tentent de s’incarner comme nouveaux héros messianiques d’un monde en ruine. Leur logique est la même : manipuler les masses, user des images, distordre les récits, imposer la peur.

Ce qui manque, ce n’est pas la puissance. C’est l’harmonie. Ce n’est pas le débat inépuisable et inépuisé, tournant en rond comme un serpent qui se mange la queue, mais l’écoute, la diffraction, l’échappée aux forces gravitationnelles de la pensée réductrice. Ce n’est pas la vitesse, mais le sens. Ce n’est pas le rationnel, mais l’imagination.

La grande tâche du XXIe siècle est donc de réconcilier la justice, la liberté et la vérité. De redonner à la civilisation ses fondements : l’esprit de l’Oeuvre à renouveler dans le Commencement d’un Monde « fini », au sens qu’il est désormais connu, mesurable, dans ses potentiels, identifié dans ses frontières intangibles; mais qu’il faut rendre, enfin!, capable de se hisser à l’enjeu suivant, celui de la Grande Paix Humaine émanant de l’émancipation à l’égard des forces de l’écrasement si puissamment représentées. C’est l’ultime liberté à gagner. Elle passe par une méthode.

Il ne s’agit pas de restaurer un passé illusoire, mais de retrouver un fil d’Ariane entre les humains et de tisser la nouvelle grande histoire qu’ils méritent de constituer entre eux.

Le peuple, dans bien des cas, est pris dans le relativisme, la suspicion généralisée, la marchandisation de toutes choses, y compris de la dignité.

Il faut donc rebâtir. Et pour cela, il faut nommer.

Nommer ce qui détruit : les idéologies totalisantes, les communautarismes victimaires, les dictatures de la post-vérité. Et il faut nommer, avec une rigueur égale, ce qui construit : l’exigence morale, la rationalité ouverte, le sens du commun.

La civilisation à venir n’adviendra pas seule. Elle réclame une conscience éclairée. Une décision collective. Une réhabilitation du Beau, du Vrai, du Juste.

Nous avons consommé le premier quart de ce siècle. Il nous en reste trois quarts pour mériter encore de l’avenir et non pas du passé peu reluisant.

Si les gouvernements gouvernent
à partir d’intérêts matériels,
les grandes nations – celles qui sont appelées
à siéger au Conseil de sécurité de l’ONU –
œuvrent au niveau ontologique

C’est à cette condition que la paix ne sera pas seulement l’absence de guerre, mais le chant même d’une humanité enfin réconciliée avec elle-même.

Et par dessus tout, il faut trouver le courage de refermer la boite de Pandore qui a vu tous les fléaux pénétrer notre temps pour y lever des dissensions de plus en plus fracturantes, transformant l’unité et l’indivisibilité du Peuple en une fable pour enfants qui croient encore au père Noël.

Oui, il existe une généalogie des idéologies mortifères du XXe siècle dont les racines plongent dans la modernité intellectuelle européenne.

Ces penseurs n’ont pas voulu cela — mais leurs idées portaient en elles les sources de notre anéantissement et du désenchantement qui s’est emparé des sociétés post-modernes. Ils ont ouvert la boîte à malheurs et désordres. Il nous appartient, à tous, au-delà de convictions particulières, de la refermer car nous devons bien voir que les papillons qui ont semblé en sortir se sont mués en chenilles processionnaires qui dévorent l’âme des nations et qu’il faut maintenant, alors qu’il est encore, les remettre dans la boite.

C’est notre devoir de maturité, si nous devions penser que nous ne nous le devons pas à nous-mêmes, à l’égard de la postérité.

Karl Popper, dans La société ouverte et ses ennemis (1945), va plus loin : il incrimine Platon, Hegel et Marx comme fondateurs d’un autoritarisme philosophique. Pour Popper, la pensée historiciste — qui prétend lire le destin dans l’histoire — mène au totalitarisme.

Pourquoi ? Parce qu’il me semble que la vraie histoire, celle à laquelle il va falloir s’intéresser, ce n’est pas le seul enchaînement des événements (l’historicité et la chronologie), mais la compréhension de ce qui motive en profondeur les mouvements entre les peuples : rapprochements, conflits, indifférence, menaces. L’idéologie est un guide pernicieux qui sectionne tout en opinion, en polarisation, et rend insoluble le politique dans sa grandeur et sa dévotion à l’Humain.

De ce point de vue, si les gouvernements gouvernent à partir d’intérêts matériels, les grandes nations – celles qui sont appelées à siéger au Conseil de sécurité de l’ONU – œuvrent à un niveau ontologique: elles engagent non seulement leur propre destin, mais aussi celui des autres.

Ce n’est pas la division du monde hérité de Yalta qui devrait déterminer leur rôle. C’est leur capacité à promouvoir l’Union du Monde par des principes supérieurs qui devrait fonder leur place, et leur légitimité, comme membres permanents, ou non, du Conseil de sécurité.

Dans une Organisation ainsi réorientée, la Russie ne ferait pas partie du Conseil de sécurité. Elle ne disposerait pas de droit de veto.

Pour faire écho à Karl Popper, et, aussi, faire sourire : c’est bien la « psychohistoire » qui anime le cycle Fondation d’Isaac Asimov. Hari Seldon, mathématicien visionnaire, y imagine une science capable de prévoir les mouvements de masse de l’humanité.

L’idée est puissante : la philosophie politique de Karl Popper irrigue la science-fiction d’Asimov. Il ne lui manque qu’à rallier le réel par petites touches et grandes volontés. C’est un autre domaine de l’information. Et de la Responsabilité, oui, de la Responsabilité, qui ne peut pas lui être dissociée.

Le sujet du XXIe siècle, comme je l’ai dit et répété sur plusieurs modes, c’est la souveraineté cognitive. C’est elle qui nourrit l’ontologique. Et l’ontologique, c’est la vie. C’est la paix. C’est l’osmose. C’est la mort des idéologies. Ce n’est rien d’autre, finalement, que l’horizon des grands peuples dans les démocraties — qu’elles soient populaires, libérales, ou même encadrées par des monarchies intègres et dignes.

Tant que le capitalisme
sera vu comme une idéologie,
le champ révolutionnaire
restera ouvert

C’est une question majeure – une de celles qui structurent, en profondeur, l’avenir des sociétés humaines. Elle n’est pas un sophisme. Elle ne relève pas d’un exercice académique. Elle touche au support même de la vie en commun, car l’organisation économique est le socle sur lequel repose l’ensemble des activités humaines : produire, échanger, transmettre, coopérer.

Dans cette manipulation, la démocratie devient l’instrument de son propre effritement.
J’ai toujours, depuis que j’ai commencé à parler « véritablement« , considéré que résoudre la France, c’était un peu résoudre le monde.

Parvenir à faire croire que ce socle est une simple construction idéologique, discutable comme n’importe quelle autre, c’est ouvrir le champ principal des subversions. C’est permettre à toutes les doctrines révolutionnaires — marxistes, islamistes, décoloniales, écologistes intégristes — d’avancer en affirmant que l’ordre du monde est, en soi, illégitime.

Or, il faut rappeler ici un fait fondamental, souvent ignoré en Occident : la Chine, sous direction du Parti communiste chinois, n’a pas rejeté le capitalisme. Elle l’a adopté. Non pas comme idéologie, mais comme outil d’efficience et de projection de puissance. Le Parti n’a pas abdiqué son monopole. Il ne garantit ni la liberté de conscience, ni la démocratie pluraliste, ni la liberté d’expression. Mais il organise une économie de marché moderne, avec des mécanismes sophistiqués de production, d’investissement, de circulation du capital, de propriété privée.

Le Parti communiste chinois ne fait plus d’idéologie. Il fait du commerce. Et de ce point de vue, il dément radicalement le récit révolutionnaire selon lequel le capitalisme serait intrinsèquement bourgeois, aliénant, incompatible avec la souveraineté populaire. Le PCC prouve, chaque jour, que le capitalisme n’est pas une idéologie. C’est un cadre, un vecteur de puissance et d’efficacité économique, un moyen de faire circuler l’énergie humaine et de fonder la valeur et l’échange de valeur.

En ce sens, la critique occidentale vis-à-vis de la Chine mérite d’être relue. Non pas pour absoudre le régime de ses violations, mais pour comprendre ce que signifie cette acquisition sans conversion. Le modèle chinois déjoue le schéma dialectique du marxisme. C’est éminemment intéressant.

La Russie, à l’inverse, rejette ce modèle. Elle combat le capitalisme non seulement comme structure économique, mais comme système de valeurs, comme imaginaire occidental, comme danger pour l’identité du peuple russe. Elle le diabolise en bloc, dans un récit qui associe libéralisme, démocratie, droits de l’homme, diversité culturelle et dégénérescence morale. Ce faisant, elle alimente une vision contre-civilisationnelle, qui séduit tous les courants de la réaction contemporaine.

C’est pourquoi il est si important de clarifier ce point. La contestation du capitalisme comme cadre régulier de la vie humaine alimente tous les courants révolutionnaires, quelles que soient leurs couleurs. La Chine y apporte un démenti strict, auquel nous avons, peut-être à tort, refusé de prêter attention — par réflexe idéologique ou orgueil géopolitique.

Tant que le capitalisme – le libre marché – sera vu comme une idéologie, le champ révolutionnaire restera ouvert. Il doit être éteint. L’intelligence des jeunes et moins jeunes doit se consommer et se nourrir sur des sujets plus importants pour l’espèe humaine.

Le marxisme – et la culture qu’il a inoculé en Russie post-soviétique – est une dialectique : pour être la solution, il lui faut ériger le capitalisme en « problème », donc en idéologie. Le communisme se présente comme la « science » de l’Histoire (matérialisme dialectique) là où il accuse le capitalisme d’être « croyance », « bourgeoise », « aliénante ».

Le réalisme économique est antérieur à toutes les idéologies. Sans réalisme économique, contreparties, monnaie fiables, contrôle de l’inflation, le marché s’effrite, les révolutions industrielles s’éteignent dans l’archaïsme. Le capitalisme peut être vécu comme un pragmatisme, ou sacralisé en dogme. Le communisme a eu besoin de poser le capitalisme comme une idéologie pour en être l’antithèse.

La question n’est donc pas seulement dialectique. Elle est ontologique et stratégique : car si le capitalisme n’est pas une idéologie, mais la structure qui permet le fonctionnement d’un marché (ce à quoi le PC Chinois semble s’être résolu), alors c’est peut-être le marxisme révolutionnaire et ses avatars qui perd son statut d’alternative historique — et devient le vrai fantasme.

C’est à l’université, et à sa stricte lucidité sur les matières, aux Académies, de remettre les pendules – de ce qui est établi et de ce qui ne l’est pas – à l’heure. Elles ne sont pas la chambre d’écho des passions profanes ni des complaisances gagnées, à un titre ou à un autre. Elles gèrent le sacré du savoir et de ce à quoi le peuple peut se fier. Dérégler ce principe produit de malheur.

Nous ne sommes pas obligé
de lire ce que les journaux racontent.
Il faut chercher à lire
ce que des puissances essaient d’écrire
dans l’actualité
pour faire dire à l’Histoire
ce qu’elles veulent.

La France est devenue un concentré de crises sociales et politiques permanentes. Pourquoi?

Il n’est pas possible d’évoquer la refondation sans traiter le cas français. En tant que citoyen, je constate aujourd’hui que le pacte social est devenu le théâtre de surenchères revendicatives. Face à l’appel populaire issu de réseaux comme #BloquonsTout ou #Mobilisation10Septembre2025, on assiste moins à une révolte spontanée du peuple qu’à une convergence programmée entre les populismes de l’extrême gauche et ceux de l’extrême droite.

Ceux-ci ont trouvé un agenda commun : exploiter la frustration diffuse et montée, avec l’aide des réseaux sociaux et d’un système d’information cyclopéen, en mayonnaise pour agglomérer des revendications disparates. Le spectacle ressemble à de la démocratie. Mais c’est une tyranie qui l’organise.
L’objectif, c’est de créer un climat de paralysie civile susceptible d’ouvrir l’espace politique à des forces officiellement antisystème, mais implicitement instrumentalisées par des influences extérieures comme celles venant de Russie.

Ce que révèle cette dynamique : la colère sociale est devenue un masque. Derrière la façade des revendications légitimes, s’organise une subversion délibérée du consentement démocratique. L’appel à « paralyser le pays », formalisé, organisé et parfois crypté, témoigne moins d’un besoin réel que d’un calcul politique. Cette agitation sert de rideau de fumée aux enjeux majeurs de sécurité nationale, tels que la réaction à l’agression russe ou la résilience démocratique face aux tentatives de déstabilisation.

Il ne s’agit plus de dire si mon voisin protestataire est sympathique ou non : il l’est probablement. Il s’agit de comprendre d’où vient cette colère, où elle mène, ce qu’elle nourrit, et par qui elle est nourrie.

A la fois sur la question sociale, sur la question de la laïcité, si typique, sur la question constitutionnelle qu’offre la Ve République, sur la mémoire coloniale, post-coloniale, sur la grandeur, enfin, et sur la souveraineté, etc. La France est un précipité d’universalisme que contrarient, délibérément, des puissances étrangères, et, particulièrement, qui en, après avoir échoué à convaincre par le charme et la persuasion, a fait son ennemi pour faire sauter cette République si fière, droite et indocile. Pour y parvenir, rien de tel que lui imposer le règne des galimatias.

La France : clé de voûte européenne et terrain de recomposition idéologique

La France tient un rôle essentiel dans la défense de l’ordre international face à l’hégémonie russe. Par son histoire, son ancrage dans la construction européenne, elle est aujourd’hui la clé de voûte du système continental. Emmanuel Macron l’a réaffirmé : en étendant en principe le parapluie nucléaire français sur certains pays européens, la France affirme une posture stratégique inédite — une garantie de sécurité collective assumée sans dilution immédiate de sa souveraineté nucléaire. En écho, Marine Le Pen — quelques mois après les législatives — s’est engagée, dans l’hypothèse d’une alternance, à graver dans la Constitution française l’exclusivité de la dissuasion nucléaire aux seuls intérêts nationaux, refusant toute logique de partage ou d’intégration européenne de la dissuasion.

Ce positionnement fait de la France une ligne de résistance non seulement géopolitique, mais idéologique : elle incarne une voie souveraine, européenne, et singulière dans son statut de puissance responsable.. Mais c’est aussi là que se concentrent les forces contradictoires.

On peut comprendre, aussi, le désordre politique et social qui s’est progressivement emparé de la France depuis les années 1990 si l’on regarde le quantum des dynamiques, non le seul croisement de discours isolés. Nous ne sommes pas obligé de lire ce que les journaux racontent. Il faut chercher à lire ce que des puissances essaient d’écrire dans le cours de notre actualité pour faire dire à l’Histoire ce qu’elles veulent y voir imprimé et qui est conforme à leur intérêt plus qu’au nôtre. C’est de l’écriture sympathique.

Si nous adoptons, ce qui réclame – il est vrai – un effort de désolidarisation aux apparences et revendications, on peut concevoir que ce chaos n’est pas l’effet d’un atavisme populaire ou d’une passion politique absolutiste, brandie comme une fierté.
Si ce n’est pas le cas, c’est soit de l’inconséquence démocratique, mais il n’est pas impossible que ce soit la conséquence d’une stratégie ciblée visant à transformer la France – cette grande République, flattée par le souverainisme, effrayée par l’immigration, méfiante des travailleurs étrangers – en l’obstacle principal à l’osmose européenne en nourrissant ses démons intérieurs.
On peut lire l’histoire de ces trente dernières années avec un prisme.
Il n’est pas plus illégitime qu’un autre. Le Réel ne lui donne pas tort, il me semble.

Ce qui se joue, aujourd’hui, n’est pas tant une résistance spontanée qu’un frein politique orchestré : la France est rendue coupable de sa propre grandeur, et sa souveraineté — autrefois célébrée — est retournée en stratégie de division idéologique.

Dans ce cas, la démocratie est pervertie. Elle est noyautée par ses ennemis. Elle doit s’émanciper des forces qui manoeuvrent ses foules et son esprit.
C’est probablement la dernière chance. Tous les ressorts sont tendus. Celui qui lâche est perdu.

Deal US-UE armement: les Européens voient le verre à moitié vide, les Russes le voient plein

Le jeu des cris d’orfraie, des palinodies et des postures qui ne manqueront pas de s’amplifier à mesure que les gouvernements européens seront appelés à se prononcer sur l’accord Trump / von der Leyen doit être regardé pour ce qu’il est : au mieux une incompétence, au pire un alignement sur l’intérêt stratégique de Moscou.


On hurle au renoncement, à la capitulation tarifaire, à la soumission énergétique ou industrielle. Mais pendant ce temps, un fait demeure : le “verre plein”, ce sont 600 milliards de dollars d’équipements américains + environ 500 milliards d’euros d’effort de défense européen, mobilisés dans l’urgence d’une réorganisation stratégique occidentale.
En face, la Russie, avec une économie sous perfusion, annonce un plan de défense à 1 100 milliards de dollars, et prétend pouvoir le financer avec un baril fluctuant et des circuits logistiques fracturés.

Mais le Kremlin ne compte pas sur ses comptes. Il compte sur nos divisions, nos lenteurs, nos débats, et sur ce qu’il considère comme le syndrome européen de la paralysie morale.

> Ursula von der Leyen, pendant ce temps, a sécurisé un traité de partenariat stratégique renouvelé avec Pékin, incluant la stabilisation des flux commerciaux, la réaffirmation des normes climatiques, et des engagements sur la transparence technologique et les chaînes d’approvisionnement critiques.
Pendant que certains dénoncent – là aussi – une trahison, elle a posé les premiers jalons d’un encadrement du commerce avec la Chine — et les fondations matérielles d’un renforcement de l’OTAN.

Ce n’est donc pas un hasard si ses contempteurs habituels l’accusent d’avoir bradé la souveraineté.

> Elle n’a rien bradé : elle l’a matérialisée.
Elle l’a arrimée à du concret : de l’énergie, des équipements, des engagements croisés. Elle a, en somme, fait ce que la souveraineté exige en temps de guerre : préparer la paix, avec lucidité et détermination.

La capacité industrielle européenne de défense est-elle capable de contribuer, dès maintenant, à l’économie de guerre que la Russie nous impose ?

La réponse, pour être rigoureuse, doit être lucide, sans technocratie ni défaitisme.

L’économie de guerre n’est pas un choix : c’est un état de fait

> On continue de parler de “montée en puissance”, de “réarmement progressif”, de “soutien à l’Ukraine”. Mais il faut cesser les euphémismes : l’Europe est déjà engagée dans une économie de guerre par contrainte stratégique, que la Russie a, elle, assumée pleinement.

Le Kremlin a annoncé un plan de défense massif de 1 100 milliards de dollars d’ici 2028, soit plus que le budget cumulé de la plupart des membres de l’OTAN — et sans contrainte démocratique, industrielle ou sociale. Et ses relais européens ne se privent pas de vanter le défi insurmontable que cela représente.

⚙️ L’industrie de défense européenne : entre potentiel et goulets d’étranglement

L’Europe dispose d’une base industrielle de défense réelle, mais :

Elle est fragmentée, morcelée entre intérêts nationaux et contraintes budgétaires.

Elle est calibrée pour un temps de paix, ou tout au plus pour des opérations extérieures limitées.

Elle est incapable à court terme de produire à l’échelle que la situation exige, sauf à réorganiser d’urgence les chaînes de production, mutualiser la demande, et assumer une stratégie industrielle de guerre.

Ce que la Russie nous dicte aujourd’hui, ce n’est pas ce que nous pouvons faire. C’est ce que nous devons faire.

Ce que la Russie nous dicte aujourd’hui, ce n’est pas ce que nous pouvons faire. C’est ce que nous devons faire et c’est, exactement, ce que la présidente de la Commission Européenne, Ursula Von Der Leyen a scellé. Elle a scellé une capacité de répondre au monstre russe qui prétend nous imposer ses muscles sous testostérone.

La réponse ne peut venir uniquement de l’importation

Le deal signé avec les États-Unis, qui prévoit 600 milliards de dollars d’achats d’équipements militaires sur trois ans, ne saurait être une solution durable. Il répond à l’urgence, il ne répond pas, c’est vrai, à la souveraineté pleine et entière telle que les vélléités d’abandon de Trump du traité pouvaient nous amener à la considérer.

> En l’état, l’Europe achète sa sécurité immédiate au lieu de la produire, faute de l’avoir anticipée. Mais cette sécurité a un coût : celui de la dépendance, celui du renoncement industriel, et — à terme — celui de la perte d’autonomie stratégique.

Mais le deal n’est pas seulement douanier ou logistique : il marque le prix du retour américain dans l’OTAN

L’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord est le plus célèbre : celui de la clause de défense mutuelle en cas d’agression armée.
Mais c’est l’article 2 qui structure l’alliance politiquement et économiquement. Il appelle les États membres à :

> “renforcer leurs institutions libres, assurer une meilleure compréhension des principes sur lesquels elles reposent, et favoriser les conditions de stabilité et de bien-être.”

Et surtout :

> “[…] éliminer les conflits dans leurs politiques économiques internationales et encourager le développement de relations économiques de coopération.”

Le deal UE–US à 15 % répond précisément à cette logique d’“élimination des conflits économiques” dans un but stratégique.

L’administration Trump a marchandé son retour dans la solidarité atlantique, mais il vaut mieux un marchandage perfectible qu’un abandon en rase campagne

Depuis 2016, Trump a menacé à plusieurs reprises de se désengager de l’OTAN, en critiquant violemment l’insuffisance des dépenses européennes.

En juin 2025, lors du sommet de La Haye, il pose comme condition à l’engagement américain une contribution européenne de 5 % du PIB, dont 1,5 % pour des achats de défense liés à des systèmes interopérables avec l’arsenal US.

Moins d’un mois plus tard, l’UE signe un accord :

-Douanier à 15 % (paix économique),

-Energétique (750 Mds $ d’achats),

-Militaire (600 Mds $ d’équipements américains),

Et en creux : une reconduction implicite de l’adhésion américaine à l’architecture OTAN.

Ce n’est peut-être pas tant un deal commercial que l’armature de reconduction stratégique.

Ce que cela signifie

> On ne réarme pas matériellement une Europe si l’on se retire stratégiquement de son dispositif de sécurité collective.
Le deal est donc une clé de réintégration de l’allié américain, au moment même où la Russie cherche à tester l’autonomie de l’Europe, militairement et cognitivement.

> Le réalisme impose de nommer ce qui est en train de se jouer : une économie de guerre dictée non par ambition, mais par nécessité.


Si l’Europe veut rester maîtresse de ses choix, elle doit passer d’un modèle d’économie de paix sous-traitée à une économie de guerre assumée. Cela suppose des priorisations budgétaires, des commandes groupées, des dérogations ciblées, et surtout, une vision politique qui accepte d’appeler le danger par son nom.

Conclusion – Appel au peuple européen

J’en appelle enfin au peuple européen, à sa lucidité et à sa mémoire.
À ne pas céder aux sirènes suaves du désarmement moral, qui aujourd’hui chantent sous le masque du réveil souverainiste, et demain demanderont qu’on se couche.
Ces voix-là, trop bien huilées, ne sont pas celles de la souveraineté : elles sont l’écho d’un piège. Elles désignent comme trahison ce qui est en réalité une reconquête rationnelle, méthodique, pas à pas, de notre capacité d’agir.

> Hercule, dit-on, se boucha les oreilles pour ne pas entendre les sirènes.
L’Europe, elle, doit ouvrir les yeux. Et choisir de ne plus être vulnérable.

Car la vulnérabilité des démocraties n’est pas une fatalité.
C’est une stratégie, exploitée par ceux qui nous veulent divisés, immobiles, désarmés. Elle peut — elle doit — prendre fin.

> Par la clarté, le courage, la constance.

Comment le principe de précaution a effacé le principe de souveraineté

Non seulement l’accord UE–US à 15 % est bon — au pire neutre — mais il sécurise la diversification des sources énergétiques, en desserrant l’étau de Gazprom. Pourtant, le vrai sujet qu’il soulève est moins ce qu’on achète que ce qu’on a sacrifié : les gaz de schiste, qui arment l’industrie américaine et sa balance commerciale, mais que l’Europe a interdits sans débat éclairé. La réponse à cette abdication n’est pas flatteuse. Et si l’on ajoute à cela le sabotage écologique de l’indépendance nucléaire française, la résistance systématique à l’interconnexion des réseaux et au mix énergétique, on obtient une étrange polyphonie — où chacun joue sa partition, mais où l’on sait toujours qui tire l’épingle du jeu : la Russie.


Alors que l’Union européenne s’est engagée dans un accord massif d’importation d’énergie américaine (750 milliards $ sur trois ans, essentiellement du GNL issu de la fracturation hydraulique), elle continue de refuser toute exploitation domestique de ses propres réserves de gaz de schiste, pour des raisons politiques, environnementales et idéologiques.

Or, les réserves existent, et elles sont substantielles.

Réserves de gaz de schiste – Comparatif mondial
Zone Réserves techniquement récupérables (est.)% des réserves mondiales
États-Unis~17–19 Tcm~25–30 %
UE27 + UK~14 Tcm~14–16 %
Ukraine seule~1,2 Tcm~1,5 %
Total mondial~135 Tcm 100 %
Tcm = trillion cubic meters = mille milliards de m³.
Source : EIA (US Energy Information Administration), JRC (Commission européenne).

Répartition européenne
France : réserves majeures (bassin parisien, Sud-Est) — exploitation interdite.
Pologne : projets abandonnés sous pression sociale et diplomatique.

Roumanie, Bulgarie : permis retirés ou non renouvelés.
Ukraine : grands gisements dans le Donbass et à l’ouest du Dniepr, peu exploités en raison de la guerre et d’un sous-investissement structurel.

👉Influence étrangère et opposition au fracking (fracturation hydraulique)
Dès 2014, l’OTAN (via Anders Fogh Rasmussen) et des agences de renseignement américaines ont pointé une influence russe sur les campagnes anti‑fracking en Europe.

Des rapports du Sénat américain et de la CIA indiquent que la Russie aurait soutenu, directement ou indirectement, des ONG environnementalistes pour empêcher l’émergence d’une autonomie énergétique européenne.

Objectif : préserver la dépendance européenne au gaz russe exporté par Gazprom.

Résultat : une dépendance reconduite sous un autre drapeau

L’UE rejette le fracking sur son sol, mais importe massivement du GNL américain produit par cette même méthode.
Ce refus s’est traduit par une asymétrie énergétique durable, affaiblissant la compétitivité industrielle et la souveraineté stratégique du continent.

Ce qu’on a refusé par vertu écologique (ou par idéologie), on l’achète aujourd’hui par nécessité stratégique.

En conclusion

L’Europe a payé — et paiera encore — le prix de son abstention énergétique et de ce que les historiens futurs seront libres de considérer comme une, parmi tant d’autres, aberration démocratique favorisée par le système d’information.


Ce refus collectif d’explorer ses propres ressources, motivé en partie par des récits hostiles à son autonomie, a laissé la porte ouverte à un jeu de dépendances déguisées.
Il est temps de poser la question aux décideurs, aux médias et aux opinions publiques :
Qui assumera les conséquences de ces choix?
Et à qui a réellement profité cette cécité organisée?

Il va falloir, à un moment, mettre les acteurs politiques, les médias qui ont alimenté le rejet de la fracturation hydraulique en relayant des risques qui se sont pas vérifiés aux Etats-Unis, et en mettant les populations devant leur responsabilité.

Les risques justifiés observés aux États-Unis — eau contaminée, santé compromise, séismes locaux — confirment que la fracturation hydraulique comporte des dangers non négligeables, même si certains sont rares ou géographiquement spécifiques.

💡En France et en Europe, le BRGM et les autorités scientifiques soulignent ces risques, mais considèrent qu’ils peuvent être maîtrisés dans un cadre réglementaire rigoureux. L’interdiction en France n’est donc pas strictement basée sur une absence de risques, mais sur une priorité politique et sociétale à limiter l’incertitude, surtout dans un contexte géopolitique sensible.

Cela donne un argument de fond : les critiques actuelles du GNL américain basé sur le fracking méritent d’être relativisées au regard du risque déjà maîtrisé que l’UE refuse chez elle — ce qui constitue plutôt une décision stratégique que scientifique.

⚖️ Principe de précaution versus principe de souveraineté : la question énergétique sous son vrai jour

L’activité humaine s’est toujours exercée à la frontière du risque. Il n’est rien de “naturel” à creuser des galeries à 800 mètres sous terre pour extraire du charbon, à détourner des fleuves, ou à faire jaillir du sol du gaz sous pression. Et pourtant, c’est ainsi que les civilisations ont prospéré : en acceptant le risque pour le maîtriser, en le bornant pour le rendre fertile.

Le principe de précaution, lorsqu’il devient principe d’abstention, fige toute ambition, toute exploration, toute souveraineté. Il repose sur une idée illusoire : qu’il serait possible d’organiser le monde sans prendre le risque d’agir. Or, ne pas agir est aussi un risque — parfois plus lourd encore.

Le principe de souveraineté, quant à lui, n’est pas un appel à l’imprudence. Il est le rappel que toute décision politique sérieuse consiste à arbitrer entre plusieurs formes de risques, à les hiérarchiser, à les contenir. Il est l’expression du courage civilisé, celui qui consiste à produire ce que l’on consomme, à décider de ce que l’on tolère, à assumer les conséquences de ses choix.

Aujourd’hui, l’Europe refuse d’exploiter ses propres ressources énergétiques — au nom de la précaution — tout en achetant à prix fort le produit du même risque assumé ailleurs. Elle importe des molécules, mais aussi des décisions. Et ce faisant, elle s’interdit d’écrire sa propre stratégie.

On oublie trop vite que les zones les plus fertiles de l’histoire humaine — les deltas, les plaines inondables, les gisements de minerais — étaient aussi les plus dangereuses. C’est dans ces zones que les civilisations ont appris à organiser le risque, à l’anticiper, à le domestiquer. La modernité technique, scientifique, démocratique, n’a jamais supprimé le risque : elle l’a encadré.

Le vrai débat n’est pas entre précaution et danger, mais entre maîtrise lucide et dépendance aveugle.
À force de ne plus vouloir risquer chez soi, l’Europe finit par subir les risques que d’autres décident pour elle.

Vous me remercierez plus tard. – Adrian Monk

L’hostilité à l’accord US-UE témoigne de nos aveuglements pavloviens

Les réactions du Landerneau à l’accord US–UE à 15 % traduisent moins une analyse qu’un réflexe conditionné, hérité d’un vieux logiciel idéologique. Une hostilité automatique, qui en dit bien plus sur ceux qui l’agitent que sur l’accord lui-même.

Le récent accord douanier conclu entre Donald Trump et Ursula Von Der Leyen instaurant un tarif uniforme de 15 % sur la majorité des exportations européennes vers les États-Unis suscite, en certains milieux européens, un torrent de critiques. On parle de “capitulation”, de “soumission”, de “jour sombre pour l’Europe”.

Mais que dit vraiment cet accord ? Et surtout : pourquoi tant de cris d’orfraie pour si peu de changement concret ?

Un accord modeste, voire neutre

Première vérité : l’accord ne révolutionne rien. Le taux de 15 % est bien inférieur aux 30 % que Trump menaçait d’imposer dès le 1er août. Il remplace une grille tarifaire hétérogène (droits de douane + surtaxes exceptionnelles) déjà équivalente ou légèrement inférieure. En réalité, c’est un plafonnement, pas une punition. L’UE a donc gagné la stabilité, pas concédé sa dignité.

De plus, certaines filières stratégiques (semi-conducteurs, aéronautique, médicaments) sont exemptées via une clause “zéro pour zéro”. Les produits les plus sensibles sont donc protégés. Où est la soumission?

Ce que révèle ce théâtre : trois couches de déni

Ce n’est pas tant l’accord lui-même qui dérange, que ce qu’il révèle de nos incohérences et vulnérabilités narratives.

1. L’incompétence technocratique déguisée en souverainisme offensé

Beaucoup des critiques formulées trahissent une méconnaissance totale de la mécanique douanière et des équilibres économiques transatlantiques. On crie à la perte de souveraineté sans mesurer que ce cadre douanier stabilise les conditions d’accès à un marché de 330 millions de consommateurs, dans un contexte mondial de repli.

> Quand la stabilité est confondue avec la soumission, c’est que la lecture stratégique a cédé au réflexe pavlovien.

2. Le réflexe antiaméricain comme logiciel d’analyse

Derrière les critiques, affleure une vieille passion française : l’idée d’une Europe digne ne pouvant exister qu’à distance, sinon en opposition à Washington. Il ne s’agit pas d’évaluer l’accord, mais de rejeter ce qu’il symbolise : une Europe qui coopère avec Trump, qui achète du gaz de schiste, qui admet une asymétrie temporaire.

On fustige la dépendance aux États-Unis, en oubliant que l’Europe s’est littéralement offerte à Gazprom pendant deux décennies, au mépris de toute prudence stratégique.

> Le gaz russe, lui, ne choquait personne. Le GNL américain, oui.

3. Un alignement objectif sur les intérêts russes

C’est peut-être là le point le plus grave. En délégitimant un accord qui :

-réduit notre vulnérabilité énergétique,

-renforce nos marges d’action industrielle,

-et affirme un axe transatlantique dans un monde fragmenté,

certains discours participent, intentionnellement ou non, de l’effort russe pour diviser l’Occident.

On se trompe d’ennemi, on se bat contre le parapluie pendant que l’orage gronde ailleurs.

Fracturation, TAFTA : le procès du réel

Il est difficile de ne pas revenir, rétrospectivement, sur la manière dont l’Europe s’est volontairement exclue de toute trajectoire d’indépendance énergétique. La fracturation hydraulique — aujourd’hui à la base de l’autonomie énergétique américaine — a été l’objet d’une campagne de rejet massive en Europe, au nom de principes environnementaux légitimes, certes, mais aussi sous l’effet de soupçons documentés d’instrumentalisation par des puissances hostiles, notamment la Russie.  Lire le focus:

Plusieurs agences de renseignement, tant américaines qu’européennes, ont depuis établi que des réseaux liés au Kremlin avaient appuyé les oppositions au “fracking”, avec un résultat géopolitique tangible : une Europe moralement satisfaite, mais structurellement dépendante. Une Europe idiote.

Ce qui n’était qu’un soupçon pèse désormais lourd, puisque les faits ont confirmé la dépendance énergétique qu’il s’agissait précisément d’éviter. Dans le même registre, l’hostilité virulente au TAFTA, traité transatlantique pourtant imparfait mais structurant, apparaît aujourd’hui en miroir de la situation actuelle : on refuse hier un accord commercial approfondi avec les États-Unis, et l’on accepte aujourd’hui à la hâte un compromis douanier improvisé, sur fond de pression tarifaire. Ce que l’on a écarté par idéologie, on le subit désormais sans vision.

En guise de conclusion : sortir de l’aveuglement stratégique

L’accord Trump–Von Der Leyen n’est ni un chef-d’œuvre, ni un reniement. C’est un acte de lucidité minimale, dans un monde où l’économie est redevenue politique, où l’énergie est une arme, et où la stabilité vaut parfois plus que l’élégance diplomatique.

Les critiques les plus bruyantes font preuve soit de naïveté technocratique, soit d’un romantisme géopolitique dépassé, soit, parfois, d’un alignement inconscient avec des narratifs hostiles à l’autonomie réelle de l’Europe.

Il est temps de défendre une Europe lucide, qui sache choisir ses partenaires, assumer ses intérêts, et reconnaître que la stabilité obtenue au bon prix est déjà une victoire.

Dans l’obscurité, l’étincelle du double langage

Le vice-président des États-Unis, J.D. Vance (@VP), a déclaré, le 22 juin 2025 :

> « La Russie et la Chine ne veulent pas que l’Iran développe des armes nucléaires. »

Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, lui a répondu sèchement :

> « La Russie et la Chine n’acceptent aucune ingérence des États-Unis dans leurs affaires intérieures. Toute personne parlant au nom de nos deux pays, sans le faire en notre nom, devrait s’en abstenir. »

Elle a insisté : la Russie et la Chine expriment elles-mêmes leurs positions, par la voie de leurs ministères respectifs. Toute prise de position conjointe doit être explicite, et non supposée.

Mais ce qui est curieux, c’est que Zakharova elle-même s’exprime ici au nom de la Chine — officiellement, et à ses risques et périls.

Ce miroir tendu soulève des questions :
– Vance a-t-il été induit en erreur par ses liens connus avec certains cercles pro-russes ?
– Ou bien a-t-il, sans le vouloir, révélé la duplicité du discours du Kremlin ?

Car, au même moment, Dmitri Medvedev déclarait publiquement que « plusieurs pays » pourraient fournir à l’Iran des ogives nucléaires — contredisant à la fois la position chinoise et la doctrine officielle de non-prolifération.

Ce désalignement tactique révèle une asymétrie plus profonde :

– L’Iran cherche une légitimité stratégique.
– La Russie cherche, elle, un chaos régional maîtrisé, particulièrement susceptible de faire grimper les prix du pétrole pour compenser l’hémorragie de son budget de guerre.

La République islamique d’Iran doit se poser la question :
Quel rôle la Russie veut lui faire jouer ?
Dans quel jeu est-elle réellement impliquée ?

Elle doit hâter sa métamorphose, ou elle pourrait bien se retrouver sacrifiée comme un pion.

Une interrogation existentielle.
Comme Shakespeare aurait pu le dire : To be, or to be used?

Soyons clairs :

Ce que nous voyons se dessiner est peut-être plus qu’une crise diplomatique.
C’est l’esquisse d’un troc silencieux, presque parfait, et difficile à arrêter.

Une reconfiguration des priorités mondiales, où le chaos au Moyen-Orient n’est pas une menace, mais un levier.
Une région volontairement inflammable pour faire grimper le prix des hydrocarbures.
Un Iran livré aux flammes pour payer le prix de l’abandon de l’Ukraine auquel Trump veut contraindre l’Europe et le monde.

Et, dans l’ombre, un nouvel axe en formation — non plus Est contre Ouest, mais une convergence de souverainismes durs, alignant Washington, Tel-Aviv et Moscou.
Une configuration déjà assumée, sans honte, par les droites radicales montantes sur plusieurs continents.

09/08/2035: cette version est, sans doute, à amender.

Kerbala doit être nulle part

Passer de « Kerbala is everywhere » à « Kerbala is nowhere » : déjouer l’instrumentalisation historique. Ne donnons pas à l’ayatollah Khamenei l’occasion de réaliser le coup parfait pour complaire aux calculs de Netanyahu, car lui aussi en fait un qui est loin d’être neutre.

Les tensions géopolitiques autour du dossier nucléaire iranien franchissent aujourd’hui un nouveau seuil critique, avec une radicalisation marquée de l’administration Trump, prête à engager directement les États-Unis aux côtés d’Israël face au régime des mollahs à Téhéran. Cette situation, déjà volatile, menace d’entraîner une escalade incontrôlable pouvant dépasser les frontières du Moyen-Orient.

En 2016, dans une réflexion stratégique intitulée « Vulnérabilité des démocraties à l’âge de la mondialisation », j’avais souligné comment une psyop conjointe orchestrée par la Russie de Poutine, utilisant la palette des nationalismes et des souverainismes en Europe, et l’Iran de Khamenei, instrumentalisaient idéologiquement la question palestinienne. Cette dernière était ainsi formatée pour nourrir diverses « révolutions » (anticapitalistes, altermondialistes, écologistes), cristallisant toutes les dimensions de l’injustice occidentale et des ressentiments anti-coloniaux comme levier stratégique. Pour l’avoir portée, je ne peux être suspect d’aucune sympathie envers ces régimes autoritaires et manipulateurs.

Dans cette crise, il est vraiment impératif de rappeler un élément central, souvent négligé dans les calculs géostratégiques occidentaux : la profondeur symbolique et émotionnelle du chiisme, structuré autour de la martyrologie et d’un ressentiment historique profondément enraciné face au sunnisme. Au cœur de cette sensibilité historique se trouve la bataille de Kerbala (680), où l’imam Hussein, petit-fils du prophète Mahomet, fut tué par les troupes sunnites du calife Yazid. Cet événement tragique constitue, depuis, le noyau spirituel et politique du chiisme, incarnant à la fois l’oppression, le martyr et la nécessité éternelle de la résistance face à l’injustice.

Or, les Etats terroristes
doivent mourir
de leur plus belle mort,
sans faire l’objet
d’un culte
ou d’une réminiscence
quelconques.

Le régime de la République Islamique d’Iran, depuis sa fondation en 1979, a constamment mobilisé cette mémoire collective, cultivant une conscience victimaire qui peut être activée stratégiquement en cas d’agression extérieure. L’Iran a certes récemment cherché une certaine normalisation diplomatique avec l’Arabie Saoudite sous l’égide de la Chine, mais cela ne doit pas faire oublier que, pendant des décennies, Téhéran proclamait avec force « Kerbala is everywhere », vouant le Royaume Saoudien à la damnation et plaçant le martyr au cœur de son identité politique et religieuse.

Pourtant, il est essentiel de passer d’une emprise dans l’inconscient collectif qui scande « Kerbala is everywhere » à un constat lucide : « Kerbala must be nowhere », révélant ainsi que l’évocation permanente de ce martyr est un instrument conscient et délibéré de manipulation historique par la Révolution Islamique d’Iran. Cette dernière, tout en se rapprochant opportunément de l’Arabie Saoudite, masque son jeu par une instrumentalisation habile du conflit israélo-palestinien, espérant ainsi coaliser la Oumma (communauté musulmane mondiale). Ne lui donnons pas l’occasion de réaliser le coup parfait pour complaire aux calculs de Netanyahu, dont la stratégie est loin d’être neutre et elle aussi porte des arrière-pensées dangereuses.
Tout le monde y perdrait.

Aujourd’hui, les déclarations agressives de Donald Trump évoquant explicitement la possibilité d’éliminer physiquement le guide suprême iranien Ali Khamenei, bien que tentantes sur le plan tactique, seraient catastrophiques à long terme. Car un acte aussi brutal ne ferait qu’incarner davantage Kerbala dans le présent. La mort violente du leader spirituel suprême iranien, loin de décourager ses soutiens, risquerait de le sanctifier comme martyr, galvanisant les forces chiites bien au-delà de l’Iran, et enracinant une haine plus profonde et plus durable contre l’Occident.

L’Iran pourrait sombrer dans une instabilité politique profonde, certes, mais son idéologie de résistance et de revanche historique se répandrait, telle une onde de choc, alimentant de nouvelles générations prêtes à prolonger un conflit sans fin. La Révolution Islamique d’Iran n’hésiterait pas, même au-delà des dégâts militaires et civils qu’elle pourrait subir ou faire subir à ses ennemis, à exploiter pleinement ce potentiel martyrisant qu’elle a minutieusement cultivé.
Or, les Etats terroristes nous doivent ce service de mourir de leur plus belle mort, sans faire l’objet d’un culte ou d’une réminiscence quelconques.

Les récentes mobilisations dans les universités occidentales, conjuguant des mouvements anticapitalistes, altermondialistes et écologistes, jusqu’à associer des figures telles que Greta Thunberg et Rima Hassan dans des happenings pro-Gaza, montrent comment l’Iran a réussi à infiltrer subtilement les imaginaires politiques et sociaux occidentaux dont l’agitation et la bordélisation ce qui ne passe pas par pertes et profits pour tout le monde puisque cela sert, au passage, les partis politiques alliés de Poutine, en leur mâchant leur rhétorique, dans la stratégie de faire éclater l’Union Européenne.

L’Occident doit donc mesurer soigneusement ses actions et ses mots. Si la neutralisation de la menace nucléaire iranienne est légitime, elle doit se faire par des stratégies plus intelligentes que le recours à la violence immédiate. Ne jouons pas inconsciemment le scénario écrit il y a plus de mille ans sur les sables de Kerbala.

Il est impératif, aujourd’hui plus que jamais, d’éviter que l’histoire du martyr ne se répète. Car une fois réveillé, le martyr ne meurt jamais. Il vit éternellement, alimentant un cycle sans fin de ressentiment et de vengeance.

Soyons vigilants. Kerbala pourrait bien résonner encore, aujourd’hui et demain, avec des conséquences incalculables pour notre monde déjà fragilisé.

#LeCID

De la mondialisation malheureuse à la démondialisation à pleurer

En rejetant, au motif que la mondialisation était malheureuse, un système imparfait mais régulé, le monde s’expose à un désordre encore plus grand, où les rapports de force dominent. Il est essentiel de repenser les mécanismes de coopération internationale pour éviter que la démondialisation ne nous plonge définitivement dans le chaos et l’injustice. La question est : avec ou sans la Chine, qui a été la grande bénéficiaire de la mondialisation malheureuse?

Depuis plus de vingt ans, l’Europe et, plus largement, l’Occident semblent engagés dans une série de rendez-vous manqués avec l’Histoire. Chaque peuple s’applique, avec un zèle déconcertant, à ne plus honorer les rendez-vous qu’il s’était fixé avec lui-même, trouvant mille prétextes à bannir un projet de civilisation fondé sur la coopération, la régulation, et la dignité humaine.
Pour les Français, cibles du terrorisme islamique, cibles de la Russie, il s’est agi de faire mentir et de renier leur goût pour l’universalisme. De démentir, comment dans les années, leur adn.

Le 11 septembre 2001 marque la fin brutale d’une certaine innocence occidentale et inaugure une période où la peur, la méfiance et le repli sécuritaire prennent le pas sur la confiance et l’ouverture.
« La fin de l’histoire » de Francis Fukuyama érigé sur les décombres du mur de Berlin rencontre les eaux froides du « Le choc des civilisations » de Samuel Huttington.

Tout ce qui, jusque-là, coulait de source cesse de couler de source.

Quelques années plus tard, en 2005, l’Europe rate un rendez-vous décisif avec elle-même : le référendum sur la Constitution européenne. La dynamique ambitieuse de construction d’une identité politique commune est stoppée net.


Une trouvaille sémantique, parfaitement traduisible en alphabet cyrillique, fait son apparition favorisant l’idée que le temps de l’Europe devait être celui l’approfondissement plutôt que celui l’élargissement.


Ironiquement, c’est le spectre caricatural du « plombier polonais » – symbole d’une peur irrationnelle que l’ouvrier français soit dépouillé par l’ouvrier polonais – qui contribue à détourner le regard des Européens de leur avenir commun.
Se pouvait-il que le plombier polonais ait pu être un agent d’influence russe ?

Vient ensuite la crise financière de 2008, fruit d’une dérégulation excessive et d’une mondialisation qui subit le procès d’être devenue incontrôlable et prédatrice. Celle-ci nourrit une critique radicale du libre-échange, le présentant comme source d’inégalités croissantes, de destruction économique locale, d’érosion culturelle et d’être antinomique avec la lutte contre le changement climatique. Ainsi se forge le concept de « mondialisation malheureuse ».

Pourtant, en rejetant radicalement ce modèle certes imparfait mais régulé, l’Europe s’est privée elle-même des outils indispensables à son influence sur l’ordre mondial. L’échec du traité TAFTA, en 2016, en est la parfaite illustration.


Vladimir Poutine n’a jamais caché qu’il considérait ce traité comme « une manifestation de l’égoïsme économique de l’Occident ». Il l’a dit, à la tribune des Nations Unies.


Ironiquement, en refusant ce projet qui aurait pu donner naissance au plus grand espace économique intégré au monde, l’Europe a involontairement favorisé les intérêts de ceux qui préfèrent une Europe divisée, fragmentée, isolée – et donc vulnérable.


Les historiens, à froid, analyseront ce qui s’est passé réellement, au-delà des représentations politiques et du ressac médiatique que cela provoque. Cela mérite un rapport clinique car il s’agira, à un moment, d’édifier notre postérité, qui doit commencer aux générations qui héritent de ce sombre et lourd fardeau que nous avons, par faiblesse, par indiscipline, parce que notre ennemi est trop fort et trop rusé, laissé se constituer.


Aujourd’hui, la situation s’est encore aggravée. Les États-Unis sous Trump ont choisi une forme de démondialisation brutale et chaotique, dominée par le protectionnisme et le rapport de force.
L’Europe, quant à elle, semble errer dans ses propres contradictions internes, affaiblie par ses choix passés.


Cette prise de conscience historique doit nous inviter aujourd’hui à lever le regard, à sortir de l’immédiateté étouffante du quotidien et à nous retrouver dans une véritable perspective historique.

Comprendre ce dont nous avons été victimes est la première étape indispensable pour élaborer une riposte réparatrice à l’heure où les nationalismes, les souverainismes et les isolationnismes se préparent à sabler le champagne. Il ne s’agit plus seulement de réagir, mais de reconstruire activement les fondations d’une coopération internationale éclairée, solidaire et juste.


Pour cesser de péricliter, il faut que les Européens embrassent maintenant leur destin européen et le rendent irrésistible.

L’Union face à l’obstacle


Pour une limitation temporaire du droit de vote de la Hongrie et la refondation constitutionnelle européenne
Note argumentaire pour une mesure de sauvegarde et une relance politique

L’union est comme un cheval devant l’obstacle. Tout le monde sait qu’elle doit le franchir, car le risque de paralysie institutionnelle croît proportionnellement au risque existentiel.

La Hongrie bloque régulièrement, par la voix de son Premier ministre, des décisions stratégiques du Conseil européen. Or ces décisions concernent des enjeux existentiels pour l’Union : guerre en Ukraine, défense commune, unité diplomatique.
Ce comportement n’est pas un désaccord politique ordinaire, mais un sabotage stratégique. Une mesure temporaire de suspension de vote devient alors un acte de sauvegarde, et non de punition.

Le principe d’unanimité au Conseil européen garantit l’égalité entre États, mais devient un levier de paralysie en période de crise.
L’article 7 du TUE existe, mais reste inopérant en situation d’urgence. En revanche, les principes généraux du droit permettent de s’appuyer sur la doctrine de nécessité : salus populi suprema lex esto — le salut du peuple est la loi suprême.

Une limitation ciblée et encadrée peut être juridiquement justifiée par la nécessité de préserver l’ordre démocratique européen.

Cette mesure ne vise pas la Hongrie comme nation, ni son peuple, mais le comportement isolé d’un dirigeant dont les accointances stratégiques avec la Russie sont manifestes. Il s’agit de protéger les institutions communes contre une instrumentalisation destructrice. L’Union ne peut être l’otage de l’un de ses membres sans perdre sa légitimité et sa capacité d’agir.

Ce cas révèle une faille structurelle : le droit actuel ne prévoit pas de réponse rapide à un blocage stratégique interne en situation de guerre ou de crise majeure.
Il devient clair que le principe d’unanimité, sans clause d’exception pour menace existentielle, rend l’Union vulnérable.
Il est donc impératif d’ouvrir une voie légitime pour l’écarter temporairement quand l’intérêt supérieur l’exige.

L’échec de la Constitution européenne fut, en partie, le fruit d’un sabotage stratégique, obtenu par un noyautage d’un souverainisme qui épouse trop nettement les intérêts de la souveraineté russe pour être parfaitement au-dessus de tout soupçon.
Les forces qui l’ont empêchée sont aujourd’hui celles qui bénéficient du blocage actuel. Ce moment n’est pas le moment d’une énième constituante pour la France ou n’importe quel autre pays.
Ce moment est le moment de la Constitution européenne.

Nous avons le devoir et la responsabilité, de traverser la montagne d’épineux, les ronces, pour relancer un véritable processus constituant qui aura pour effet de clarifier la souveraineté européenne, d’affirmer l’ordre politique commun, et d’éviter qu’une crise future ne détruise le projet européen de l’intérieur.

Suspendre temporairement le droit de vote d’un État membre qui agit contre l’intérêt vital de l’Union n’est pas une dérive.
C’est un acte de sauvegarde.
Ce n’est pas l’Europe qui se venge d’un État.
C’est l’Europe qui se protège. Et c’est l’Europe qui se révèle à elle-même comme une puissance politique digne de ce nom.

Le cheval doit franchir l’obstacle. Tous les chevaux en même temps.

CredimusInOptimumHumanis

Pogrom, comme matière inflammable

Le jour où journalistes et observateurs cesseront d’ânonner les récits que les événements leur imposent, la civilisation sera sauvée.

Ce qui se passe autour d’Israël et du conflit palestinien, avec une intensité inégalée depuis le 7-Octobre-2023, appartient à une spirale dialectique dont il faut désamorcer l’enchaînement.

Quand on sait ce que fut sa résonance, peut-être, si les pièges avaient été vus et évités, n’y aurait-il pas eu de nuit de Cristal ? Mais il est tentant de succomber au pouvoir de l’image et de mettre son destin entre les mains des activistes et des manipulateurs de l’opinion.

Trop d’éléments, dans le « pogrom » qui a eu pour théâtre, au cours de la nuit du 7 au 8 novembre dernier, les rues d’Amsterdam dans le cadre de la rencontre Ajax/Macabi Tel Aviv, posent tout de même de véritables questions.

A commencer par l’inertie de la police, elle-même ; celle des forces de sécurité, qui, pour être celles d’un gouvernement d’extrême-droite attaché à la restauration de l’ordre face aux infiltrations de l’islam radical et activiste, se montrent – a priori – plutôt invisibles et incapables d’assurer la protection des supporters israéliens.

Cela dans un contexte international qui se prêtait à de tels débordements de violence. Pourquoi?

Où étaient les mesures de sécurité alors que, pour ne faire que reprendre les mots de Yonathan Arfi, président du CRIF (Conseil Représentatif des Institutions juives de France), « tout cela était prévisible ».

Ceci est le premier problème et, si l’on se place, vraiment, dans la recherche de la vérité, au pays comme on dit de Spinoza, qui peut se le permettre de l’éluder ?

Nous sommes dans un moment de l’Histoire, au sens de la cinématique des forces qui tentent de s’y imposer, où personne ne peut se permettre une insoutenable légèreté de l’Etre, dont la première manifestation, c’est de céder à la dynamique des émotions, qui dicte la dynamique des narratifs, qui dicte la dynamique de la guerre puisque la raison, soumise à grand bombardement cognitif, a été vaincue.

Toutes les nuits de Cristal, même celles qui taisent leur nom, se résument à cet enchaînement.

Alors, je me méfie, je pratique un examen médico-légal pour vérifier que l’événement qui est en train de se refroidir, là sur la table, ne présente pas des signes particuliers qui accréditeraient la volonté d’abuser l’observateur, d’abuser l’actualité, d’abuser l’Histoire, avec un grand H.

Tout, en effet, semble avoir été réuni, là, pour créer les conditions d’un « pogrom », -notion, fantasme, désir – qui envahit les écrans, les cerveaux, pour attester une posture et construire un narratif.

Tout le monde est tenté de raccrocher son propre wagon d’indignation, de colère, de violence verbale ou politique, à la locomotive qui fond sur un horizon de plus en plus noir.

Que l’événement provoque de la stupeur est compréhensible, mais, ce n’est pas parce que c’est compréhensible, que c’est justifié et justifiable au-delà de l’épouvante de la première onde de choc.

Je constate – et, à ce stade, je ne fais que constater – que le gouvernement Netanyahu, le gouvernement Geert Wilders, sont à l’unisson pour administrer, grâce à cet événement, la preuve que l’Occident manque de dureté face au péril islamique.

Je constate, aussi, ce qui vient d’Amérique avec l’élection de Donald Trump.

Il y a, depuis quelques jours, avec une acuité plus pressante, un train des idées au départ de toutes les gares de l’esprit qui, du Rassemblement National à toute les patriotismes et gaullisme de foire, invite chacun à prendre place et à s’installer confortablement.

Le libre-arbitre, enjeu existentiel du XXIe siècle

L’événement survenu à Amsterdam précipite les flux émotionnels.

Il débarque la raison et embarque, à la place, quelque chose qui y ressemble ; qui prend l’aspect d’une légitime défense de valeurs ; qui surjoue la souveraineté et surenchérit la menace ; mais qui, en fait, se conforme, se prête, s’abandonne, tout sens critique éteint, à la diction des ténèbres, ou si vous préférez de la nuit.

C’est un train de nuit, un obscur train de nuit pour la nuit qui avance tous feux éteints.

Il y a des gens, probablement, qui diront que je suis monomaniaque, mais je reviens à la volonté qui m’anime au plus profond, c’est-à-dire de sanctuariser le libre-arbitre car ce bien si précieux, ce Saint des Saints, est l’objet de spéculations de la part, particulièrement, d’affairistes habiles et corrompus moralement, et de politiciens cyniques et sans scrupule.

C’est ce camp qui est en train de gagner.

Il y a, par opposition, une pensée vraiment libérale, une pensée politique de dignité et de responsabilité humaine, à sauver, bien par-delà les monstres idéologiques qui tentent de se frayer un chemin dans l’Histoire.

Le sauvetage du libre-arbitre représente un enjeu existentiel pour l’Occident – l’Occident au sens métaphysique, pas au sens géographique ou religieux. L’Occident moderne, celui des idées universelles.

Cet Occident est à un moment charnière de son histoire.

Il subit les coups de boutoir de plusieurs entreprises de désinformation.

Il est soumis au supplice de sa propre ambiguïté.

La démocratie cède.

Le Libre-Arbitre appartient à l’idée de Dieu, à celle d’une transcendance, d’un être suprême, de soi puissance soi, comme le suppute Nietszche.

Il appartient à cette élévation-là et il est livré, désormais, aux quatre vents des médiocrités. Il n’y a pas de démocratie qui vaille sans libre-arbitre.

C’est un espace sacré, qui permet à chacun, quelle que soit sa condition, de grandir et de se nourrir, de tutoyer les premières grandeurs.

Il est désormais exposé et manipulé, et cela touche à des questions fondamentales sur l’individu, la spiritualité, et le contrôle exercé sur nos consciences dans un monde saturé d’informations, de désinformations et de narratifs imposés.

La démocratie que le peuple mérite, et à laquelle il faut lui permettre d’accéder, c’est mieux que cela.

En 1996, dans ma sorte de nuit du feu, j’ai dit que je ne laisserai pas faire « cela ».

J’ignorais, tout en étant porté à le découvrir par chaque pas, ce que représentait cet objet indéfini désigné par: « cela ».

Il est clair, pour moi, aujourd’hui, que « cela », c’est la protection de votre libre-arbitre. du libre-arbitre de tous.

Cela n’était pas encore inscrit dans la déontologie du journaliste, si maladroit et incomplet, que j’ai pu être.

La faillite de la société d’information est, de fait, une faillite de l’âme et je ne m’y résous pas.

Nul ne doit s’y résoudre.

#Pogrom #Amsterdam #nuitdecristal #Israël #Palestine #Juifs