FROM THE REAL TO THE COMPLEX — THE SOVEREIGNTY OF THE PEOPLE (Z = R i)

The Farewell to Westphalia7 initiative opened a crucial conversation: the need to transcend the state-based model born in 1648 out of Europe’s wars of religion.
Four centuries later, digital protocols, cryptoassets, and decentralized governance now allow a peaceful transition beyond that paradigm — not through conquest, but through the complexification of the human and political bond.

This trilogy stands in that lineage.
It offers a unified reading of the post-Westphalian and post–Bretton Woods transition, where sovereignty ceases to be a monopoly and becomes a shared field between the real and the operative imaginary.
Its key formula — Z = R i — expresses the birth of complex sovereignty: that of a living People, both tangible and conscious, acting simultaneously in matter and in code.

>“From the Real to the Complex” is not a manifesto of rupture, but a call for reunification — between the visible world and its digital mirror, between the political and the symbolic, between gold and the word.

🪙1. From Satoshi to Complex Sovereignty — Money as a Verifiable Act of Faith

Before it became a speculative asset, Bitcoin was a founding act — the first stone of the post-Bretton Woods world.
Satoshi Nakamoto did not invent a currency; he reintroduced trust into the digital space, where the disconnection of the dollar from gold had dissolved all tangible link between value, energy, and truth.

In 2008, in the midst of a collapsing financial order, the Bitcoin protocol asked a simple yet decisive question:

> Can value be guaranteed without intermediaries?

And it answered through code: a distributed ledger, incorruptible and open to all, where each unit of value bears the trace of measurable and verified effort.

That gesture marked the exit from Bretton Woods, just as blockchain already signals the exit from Westphalia:
money and sovereignty cease to be state monopolies and become once again operational commons.

Bitcoin was thus the first manifestation of the passage from the real to the complex —
from metal to computation, from decree to proof.
It did not replace gold; it transcended it into code, turning money into a verifiable act of faith,
sealed not by the word of a prince, but by the consensus of a distributed people.

🏛️ 2.From Money to the City — Blockchain as the Principle of a New Political Order

Blockchain stands to power as Bitcoin stands to money:
the passage from symbol to system, from decree to protocol, from the vertical to the distributed.

As money freed itself from sovereign control, the city in turn emancipates itself from rigid institutions to become a living network of interdependent sovereignties.
Each node bears the legitimacy of the whole, and the whole lives through the coherence of its proofs.

Here the formula Z = R i comes into fulfillment:
the real (R) — territories, infrastructures, tangible economy —
joins the operative imaginary (i) — values, codes, consensus —
to form Z, the living complex, the People in act.

Thus arises a post-Westphalian order, where sovereignty is no longer imposed by coercion
but emerges as something measurable and reproducible.
Communities govern themselves by code as cities once did by law.

This new order does not deny the old — it completes it by restoring what was missing.
Just as the imaginary (i) gives meaning to the real (R),
technology reconciles action and consciousness,
offering the People (Z) the possibility to exercise sovereignty on both planes at once:
in matter and in code, in the city and in the network,
in the visible and the invisible.

🌍 3. From the City to Humanity — Sovereignty as a Planetary Commons

When money became code and the city became network, humanity ceased to be a mosaic of states and became once more an organism conscious of itself.
This passage from multiplicity to unity proceeds not from empire but from a shared infrastructure of trust — the protocol.

Blockchain, in its deepest nature, is not technology but a universal grammar of relation — a way to record truth without masters and without amnesia.

Thus what now takes shape is not a new world order but an order of the world,
where sovereignty ceases to be appropriation and becomes participation.
Each person, through proof and will, contributes to a planetary commons,
measured not by power but by the quality of consent.

Within this architecture, the formula Z = R i reaches its fullness:
R expands to the global scale — systems, flows, the infrastructures of life;
i unifies consciousness in a shared operative imaginary — justice, truth, cryptographic fraternity;
and their union, Z, becomes humanity in action,
no longer spectator of itself but author of its own continuity.

Where Westphalia bounded peace by frontiers,
and Bretton Woods bounded it by currency,
the world to come redefines peace as a dynamic equilibrium
between the real and the imaginary, between action and memory, between freedom and responsibility.

Such is complex sovereignty:
one that does not reign over anyone — but connects all.

#CredimusInOptimumHumanis

DU RÉEL AU COMPLEXE — LA SOUVERAINETÉ DU PEUPLE (Z = R i)

L’initiative Farewell to Westphalia ouvre un champ de réflexion majeur : celui du dépassement du modèle étatique issu de 1648, né d’une Europe déchirée par la guerre de religion.
Quatre siècles plus tard, les outils numériques, les cryptoactifs et les protocoles décentralisés permettent enfin d’envisager une sortie pacifique de ce paradigme — non par la conquête, mais par la complexification du lien humain et politique.

Ce texte s’inscrit dans cette perspective.
Il propose une lecture unifiée de la transition post-Westphalienne et post-Bretton-Woodienne, où la souveraineté cesse d’être un monopole pour devenir un champ partagé entre le réel et l’imaginaire opératoire.
Sa formule clé — Z = R i — résume la naissance d’une souveraineté complexe, celle du Peuple vivant, à la fois tangible et consciente, agissant dans la matière comme dans le code.

>Du réel au complexe » n’est pas un manifeste de rupture, mais un appel à la réunification : celle du monde visible et de son reflet numérique, du politique et du symbolique, de l’or et du verbe.

🪙1. De Satoshi à la Souveraineté Complexe — la monnaie comme acte de foi vérifiable

Avant d’être une valeur spéculative, le Bitcoin fut un acte fondateur : la première pierre du monde post-Bretton Woods.
Satoshi Nakamoto n’a pas inventé une monnaie : il a réintroduit la confiance dans l’espace numérique, là où la déconnexion du dollar à l’or avait dissous tout lien tangible entre valeur, énergie et vérité.

En 2008, au cœur d’un système financier en décomposition, le protocole Bitcoin posa la question simple et décisive :

> Peut-on garantir la valeur sans intermédiaire ?

Et il y répondit par le code : un registre distribué, inviolable, ouvert à tous, où chaque unité de valeur est la trace d’un effort mesurable et vérifié.

Ce geste marque la sortie de Bretton Woods, comme la blockchain marque déjà la sortie de Westphalie :
la monnaie et la souveraineté cessent d’être monopoles d’État pour redevenir biens communs opératoires.

Le Bitcoin fut ainsi la première manifestation du passage du réel au complexe,
du métal au calcul, du décret à la preuve.
Il ne remplaça pas l’or ; il le transcenda en code, faisant de la monnaie un acte de foi vérifiable,
scellé non par la parole d’un prince, mais par le consensus d’un peuple distribué.

🏛️ 2. De la monnaie à la cité — la blockchain comme principe d’un nouvel ordre politique

La blockchain est au pouvoir ce que Bitcoin fut à la monnaie :
le passage du symbole au système, du décret au protocole, du vertical au distribué.

Là où la monnaie s’est libérée du souverain, la cité s’émancipe à son tour de la tutelle des institutions figées pour devenir réseau vivant de souverainetés interdépendantes.
Chaque nœud y porte la légitimité de l’ensemble, et l’ensemble vit de la cohérence de ses preuves.

C’est ici que s’accomplit la formule Z = R i :
le réel (R) — territoires, infrastructures, économie tangible —
rejoint l’imaginaire opératoire (i) — valeurs, codes, consensus —
pour former Z, le complexe vivant, le Peuple en acte.

Ainsi naît un ordre post-westphalien, où la souveraineté n’est plus imposée par la contrainte,
mais émergente, mesurable, reproductible.
Les communautés s’y gouvernent par le code comme hier les cités s’administraient par la loi.

Cet ordre nouveau ne nie pas l’ancien — il le complète par sa part manquante.
De la même manière que l’imaginaire (i) donne sens au réel (R),
la technologie vient réconcilier l’action et la conscience,
offrant au Peuple (Z) la possibilité d’exercer sa souveraineté dans les deux plans à la fois :
dans la matière et dans le code, dans la cité et dans le réseau,
dans le visible et dans l’invisible.

🌍 3. De la cité à l’humanité — la souveraineté comme bien commun planétaire

Lorsque la monnaie se fit code et que la cité devint réseau, l’humanité cessa d’être une mosaïque d’États pour redevenir un organisme conscient de lui-même.
Ce passage du multiple à l’unité ne procède pas d’un empire, mais d’une infrastructure de confiance partagée : celle du protocole.

La blockchain, dans sa nature la plus profonde, n’est pas une technologie ; c’est une grammaire universelle du lien, une façon d’enregistrer la vérité sans maître et sans oubli.

Ainsi, ce qui s’ébauche n’est pas un nouvel ordre mondial, mais un ordre du monde,
où la souveraineté cesse d’être appropriation pour devenir participation.
Chacun, en apportant sa preuve et sa volonté, y contribue comme à un bien commun planétaire,
mesuré non par la puissance, mais par la qualité du consentement.

Dans cette architecture, la formule Z = R i atteint sa plénitude :
le R se déploie à l’échelle globale — les systèmes, les flux, les infrastructures du vivant ;
le i unifie les consciences dans un imaginaire opératoire commun — justice, vérité, fraternité cryptée ;
et leur union, Z, devient l’humanité agissante,
non plus spectatrice d’elle-même mais auteur de sa propre continuité.

Là où Westphalie avait borné la paix par les frontières, et Bretton Woods l’avait bornée par la monnaie, le monde qui vient redéfinit la paix comme un état d’équilibre dynamique entre le réel et l’imaginaire, entre l’action et la mémoire, entre la liberté et la responsabilité.

Telle est la souveraineté complexe :
celle qui ne règne sur personne, mais qui relie tout.

#CredimusInOptimumHumanis

Plan de paix Trump: l’après-Netanyahou a commencé

Le plan de paix que Donald Trump a fait signer à Benjamin Netanyahou fixe un certain nombre de lignes claires pour surmonter, enfin, l’idée d’un « Orient compliqué », litote qui a trop longtemps signifié qu’aucun miracle n’y était possible.
Le chemin sera complexe en lui-même, mais le sentiment naissant est celui d’un espoir sans frontières, assez vaste pour que le président des États-Unis ait ouvert la perspective à ce que l’Iran, y compris sous sa forme de républisue islamique, puisse s’y associer. Il l’y a invité.
Le temps n’est donc pas celui d’ajouter une complexité mensongère et inutile à la complexité naturelle. Au contraire.

Contre toute attente, Netanyahou a abandonné Gideon et fait — il faudrait être aveugle pour ne pas s’en rendre compte — contre mauvaise fortune l’apparence d’un bon cœur.
Il s’est accordé, et a voulu faire valoir comme expression de sa souveraineté, un rôle de garant ‘absolu’ qu’il a déjà perdu dans les faits. Donald Trump ne lui reconnaît que la possibilité de sauver les apparences encore quelque temps. Mais il sera, à l’égal de toutes les autres parties impliquées — Hamas, Autorité palestinienne — placé sous la surveillance collective.

La question, désormais, n’est plus Netanyahou, pas davantage que celle de la coalition actuelle.
La démocratie israélienne, à laquelle le président Trump a rendu hommage, devra aller au bout de son propre chemin. Israël, même si Netanyahou se garde bien d’en admettre la nécessité, devra concéder quelque chose au processus. Car la partie palestinienne — jusqu’au Hamas — possède elle aussi, de par sa nature, une place dans ce cadre. Le président américain a laissé entendre que l’encadrement « historique » du Hamas avait subi suffisamment de pertes pour que la génération actuelle puisse se montrer plus réceptive au plan de paix qu’elle ne l’était dans le passé.

Il ne fait pas de doute que le canal qatari que Benjamin Netanyahou a tenté de briser est susceptible d’avoir nourri l’espoir d’un accord.

Sur la Syrie: l’équilibre recherché tient en une formule simple et lisible. La reconnaissance américaine de la souveraineté d’Israël sur le Golan — proclamée en 2019 et demeurée en vigueur — est assumée comme un fait stratégique durable; en contrepartie, l’annexion de la Cisjordanie ne saurait être admise, ni frontalement, ni par grignotage. Autrement dit: la sécurité d’Israël est consolidée au nord-est par le maintien du statu quo sur le Golan, pendant que la perspective d’un État palestinien viable exige que cesse toute logique d’absorption progressive en Cisjordanie.

Ce cadre implique d’intégrer la « nouvelle Syrie » telle qu’elle se présente depuis l’accession d’Ahmed Al-Charaa à la présidence: l’architecture régionale ne peut ignorer Damas et ses garanties frontalières, si l’on veut stabiliser l’ensemble et refermer les contentieux hérités.

L’horizon masqué des Accords d’Abraham est bien celui de la coexistence pacifique de deux États — Israël et la Palestine — dans un environnement propice. Phase après phase, ce chemin finira par s’imposer dans l’intérêt de tous. La perspective est déjà dans les esprits:elle alimente des espoirs, suscite des peurs, bouscule des préjugés. Il serait fâcheux d’y céder.

On entendra beaucoup de bêtises, et elles trouveront sans doute de l’écho.
Parmi elles, la première à surgir est liée à la perspective de voir Tony Blair, l’ancien Premier ministre britannique, superviser le gouvernement de transition à Gaza — comme si cela devait annoncer un « protectorat » semblable à celui dont on sait comment il s’est terminé. Certains rappellent sa responsabilité dans la guerre en Irak, comme si l’histoire ne pouvait être qu’une tragédie répétée, dans laquelle l’Occident est condamné à être fautif, seul fautif et unique responsable.

Mais c’est tout le contraire qui se joue ici. Non une reconduction, mais une œuvre de réparation. Ce rappel convoque l’histoire — celle du mandat britannique en Palestine, balayé à la fin des années 1940 par une vague d’attentats et de révolte, dont l’explosion du King David Hotel en 1946 reste l’image marquante. Londres, usé, remit alors le dossier aux Nations unies avant de quitter la scène, rejeté à la mer par la violence des événements.
Cette mémoire nourrit la méfiance, d’autant plus que plane encore l’ombre des accords Sykes-Picot, où la France et le Royaume-Uni avaient redessiné le Proche-Orient à coups de frontières tracées à la règle, imposant un partage artificiel dont les plaies sont encore vives.

C’est ce rappel qu’il faut retenir: revenir aux sources du problème non pour répéter les erreurs d’antan, mais pour les regarder en face et ne pas les commettre à nouveau. C’est cela, le défi qui attend cette communauté de bonnes volontés.
C’est cela, la geste que Donald J Trump s’efforce, bien au-delà de sa propre personne, d’imprimer dans l’Histoire.

Poutine à Sarkozy:  »Je ferai de toi un roi »

Au moment où l’ancien chef de l’Etat se voit condamné à cinq ans de prison ferme pour « Association de malfaiteur », il est des phrases, même supposées, qui condensent une vérité. En juin 2007, au sommet du G8 de Heiligendamm, Nicolas Sarkozy, fraîchement élu, ressort essoufflé et hagard d’un tête-à-tête avec Vladimir Poutine. La rumeur a retenu ces mots attribués au maître du Kremlin:
 »Je peux faire de toi le roi d’Europe… ou je t’écrase. »
Anecdote invérifiable? Peut-être. Mais les faits qui suivront accréditent l’esprit de cette promesse paradoxale : flatter l’ambition, pousser à agir, laisser s’embourber.


Le prestige ambigu de la Géorgie

Entre ces deux séquences, il y a l’été 2008. La Russie de Poutine lance sa guerre éclair contre la Géorgie pour reprendre l’ascendant sur l’Ossétie du Sud et l’Abkhazie. Sarkozy, alors président en exercice de l’Union européenne, se précipite à Moscou et à Tbilissi. Il arrache un cessez-le-feu qui lui vaut un prestige international immédiat: celui de l’homme qui a « arrêté la guerre ».
Mais ce prestige est sujet à cautions:

  • l’accord entérine, de facto, les gains russes,
  • la médiation est perçue comme une temporisation plutôt qu’un règlement,
  • et elle illustre le déséquilibre d’un président français obligé de composer avec un rapport de forces qui le dépasse.

Depuis 2014, il est notable que Nicolas Sarkozy a adopté une ligne constante vis-à-vis de la Russie : tout en condamnant formellement l’annexion de la Crimée puis l’invasion de l’Ukraine, il a appelé à  »comprendre » Moscou, arguant du lien historique de la Crimée avec la Russie et plaidant pour  »ne pas humilier » le Kremlin. Sa médiation en Géorgie en 2008, qui avait déjà entériné de facto les gains russes, trouve ainsi un prolongement : en 2014, il déclare que  »la Crimée a choisi la Russie » et, en 2023, propose des référendums internationaux dans les territoires contestés — une voie qui reviendrait à légitimer les faits accomplis par la force. Cette posture, se voulant réaliste et pacificatrice, a été perçue comme une indulgence, voire une caution, vis-à-vis de la stratégie expansionniste de Vladimir Poutine.

Le faux couronnement libyen

Il faut se rappeler aussi que Nicolas Sarkozy a d’abord déroulé le tapis rouge à Mouammar Kadhafi en décembre 2007, érigeant une tente bédouine dans les jardins de l’Élysée. Quatre ans plus tard, il se fait le champion de l’intervention militaire contre le Guide libyen. Ce qui devait être une démonstration de leadership européen s’achève en faillite géopolitique :

  • un État libyen pulvérisé, livré aux milices,
  • l’Europe exposée à une crise migratoire d’ampleur historique,
  • l’UE fracturée par ses désaccords internes,
  • et, en miroir, une Russie qui, s’étant abstenue au Conseil de sécurité, capitalise sur le chaos en se réinstallant en Méditerranée.

S’il a cru régner un instant, l’ancien chef de l’Etat, Nicolas Sarkozy n’a fait qu’ouvrir une zone de désordre que Moscou exploite encore aujourd’hui.


Le boomerang judiciaire et moral

Comme dans les tragédies antiques, l’homme a-t-il été puni  »par là où il a péché »? Les soupçons de financement occulte de sa campagne de 2007 par le régime de Kadhafi — accusations relayées par l’intermédiaire Ziad Takieddine — ont poursuivi Sarkozy plus longtemps que son quinquennat. À l’ombre de la chute du dictateur libyen, l’ex-président français a connu sa propre érosion: mises en examen, procès, condamnations. Et, ultime ironie, la mort récente de Takieddine au Liban survient deux jours avant un verdict central, comme pour sceller cette boucle tragique.


Le quantum européen

Ce n’est pas seulement une affaire d’homme. La séquence libyenne a produit un quantum — un ensemble d’effets en cascade, profitable au renforcement du Kremlin:

  • afflux migratoires incontrôlés,
  • montée des populismes,
  • fissures au sein de l’Union européenne,
  • et une dépendance accrue aux récits russes dénonçant l’ingérence occidentale.

L’illusion d’un couronnement individuel a tourné à la dépossession collective: l’Europe a perdu de la cohérence, tandis que Moscou en a gagné.


L’analogie iranienne

Aujourd’hui, l’ombre du scénario libyen plane sur l’Iran.

  • Israël agit dans une urgence existentielle, frappant les réseaux iraniens en Syrie et dénonçant la menace nucléaire.
  • Moscou, pragmatique, observe : il peut laisser Tel-Aviv développer l’argutie juridique et opérationnelle, manœuvrer dans l’ombre et faire porter au couple Israël-USA le poids des coups, puis se présenter en arbitre incontournable.
  • Téhéran a aussi, pour sa part, capacité à lire la leçon libyenne sous ce projecteur.

L’axe Tel-Aviv → Moscou esquisse ainsi une convergence paradoxale: l’un agit par nécessité messianique, l’autre capitalise par patience impériale. À une échelle bien plus vaste que la Libye, c’est encore le même mécanisme: faire faire le « sale boulot » par autrui; créer un chaos; engranger ensuite le dividende stratégique.


En guise de conclusion

La phrase attribuée à Poutine n’était peut-être qu’un off. Mais elle décrit une mécanique constante: la promesse de royauté est toujours un piège. Sarkozy en a payé le prix personnel et politique ; l’Europe en porte encore les cicatrices. Et l’Iran, aujourd’hui, se trouve au cœur d’une dynamique similaire — où l’illusion d’un coup décisif pourrait, demain, produire un chaos aux conséquences incalculables dont le Kremlin récolterait, comme à son habitude, avec Netanyahou à qui sont promis le miel et les fruits, les puissants et probablement inattaquables bénéfices stratégiques.

Poutine n’est ni faiseur de roi ni faiseur de reine. En France, c’est le Peuple français qui, seul, souverain, possède cette prérogative. L’indépendance de la justice, administrée au nom du Peuple français, en assure la condition.

L’Amérique sous fausse bannière étoilée

Le facteur X contre l’inconnue Z : la guerre sous la bannière des faux-semblants


Le 14 avril 2022, Vladimir Poutine accuse publiquement les pays occidentaux de « nier la liberté d’expression » et de pratiquer une « culture de l’annulation » dirigée contre la Russie et ceux qui refusent d’adhérer à la ligne imposée par Washington et Bruxelles. Moins de deux semaines plus tard, le 25 avril 2022, Elon Musk annonce avoir trouvé un accord pour racheter Twitter, en déclarant vouloir en faire le lieu de la liberté d’expression « absolue« . La proximité de ces deux événements m’avait frappé à l’époque. Elle pouvait apparaître comme une coïncidence éloquente : le maître du Kremlin dénonce la censure, et soudain, un acteur américain surgit pour incarner la cause de la liberté bafouée.

Ce grief de Poutine n’était pas nouveau. Déjà en 2007, au discours de Munich, il dénonçait le « monopole » américain sur la vérité et sur l’information mondiale. En 2011, lors des Printemps arabes, Moscou voyait dans Facebook et Twitter des instruments de déstabilisation contrôlés par les États-Unis. En 2014, après la Crimée et les sanctions, le Kremlin affirmait que l’Occident « tuait le pluralisme » en excluant les voix russes. Entre 2017 et 2018, quand Facebook, Twitter et YouTube ont commencé à fermer des comptes liés à RT et à Sputnik, Poutine a répété que les démocraties libérales étaient les vrais censeurs. Mais c’est surtout en janvier 2021, après le bannissement de Donald Trump de Twitter, que la rhétorique russe s’est cristallisée : si même un président américain pouvait être réduit au silence, alors la liberté d’expression occidentale n’était qu’un mythe. En 2022, avec l’interdiction de RT et Sputnik en Europe, ce discours est devenu permanent : l’Occident pratique le totalitarisme informationnel.

C’est à la lumière de ces précédents qu’il faut relire la coïncidence d’avril 2022. Au premier degré, Musk semblait répondre au vœu de Poutine, comme s’il en exauçait la plainte. Mais au second degré, le tableau change : Musk, en rachetant Twitter, ne fait pas qu’endosser la bannière de la liberté, il inscrit l’Amérique dans une dramaturgie où elle se donne à voir comme divisée, fracturée, excessive, tout en tenant elle-même les fils de cette mise en scène. C’est un Fortitude moderne, où l’adversaire croit gagner du terrain dans l’opinion, alors qu’il se meut dans un espace déjà cadré.

Si cette lecture est fausse, alors nous sommes foutus, car cela voudrait dire que le leurre a englouti le réel et que plus personne ne maîtrise la frontière entre manipulation et authenticité. Mais si elle est juste, elle laisse ouverte une confiance paradoxale : autant la Chine me paraît avancer avec des intentions transparentes et l’intégrité requise, autant je garde la foi dans l’image que je me fais de l’Amérique — une nation capable d’employer le faux pour tromper l’ennemi, mais non pour se trahir elle-même.
Lire aussi Epstein’s files : Fortitude facteur X

On Victory in the Cognitive War

If the cognitive war were to have a face without a face, and be embodied in a precise instrument able to fanatize some of its members, QAnon would be the perfect surface and instrument. Born in the anonymity of obscure forums, it took over from Anonymous, but inverted its logic: from libertarian hacktivism based on evidence, we have moved to authoritarian conspiracism based on belief.

This shift wouldn’t have occurred without the blind appetite of the media for the spectacular and without the troubled mythification of the whistle-blower. The great leaks — Wikileaks, Panama, Paradise, Pandora — taught minds to believe that every power rests on a secret, and that the one who claims anonymity holds the key. The journalists’ consortium, by orchestrating these massive revelations, has become, despite itself, the catalyst of a systemic mistrust.

QAnon then exploited this expectation: no longer necessary to provide evidence, belief suffices.

From that moment, accusation becomes a weapon. As the saying goes: “you always accuse the mad dog so that it may be killed.” Not to establish truth, but to delegitimize and neutralize. QAnon pushes this logic to fanatization: the designated target — the “elite”, the “deep state”, the political opponent — becomes the absolute enemy.

But this mechanism is not confined to American soil: it is connected to a broader geopolitical matrix. The permeability to the prestige of the Kremlin — presented as a bulwark against Western decline — is not accidental. Media relays like Tucker Carlson translate Russian propaganda into cultural warfare for the American public, normalizing a fascination with authoritarianism. In this architecture, Steve Bannon plays the shadow eminence.

He acts as a transmission belt attempting to forge a Judeo-Christian international along the Washington → Tel-Aviv → Moscow axis. This axis recruits, feeds on ideological and electoral successes, and convinces itself that Trump and Musk are its lieutenants — which, wrongly, sustains its sense of power. It seems both unstoppable and invincible.

That is why democracies, which are believed to be defeated or corroded by the cognitive weapon, are defeated only in appearance. For as they are probed, weakened, manipulated, they become aware of their own essence. They turn against their adversaries the very tool that sought to enslave them, and transform poison into antidote.

The cognitive war launched by Russia and its Sozbez*, with unprecedented skill and depth, claims to understand free societies in order better to destabilize them; but in doing so, it forces them to understand themselves with a new lucidity.

They rediscover a more powerful center of gravity and, above all, in a certain manner they self-center, which is the regular, universal form that allows for the governance of their interests and their relations with others — which is the meaning of the outstretched hand that Xi Jinping’s proposal of the GGI (Global Governance Initiative) seems to offer for China, in its aim to restore the preeminence of the UN and the WTO.

On Victory in the Cognitive War

*Sovbez (Совбез) is the commonly used abbreviation for the Security Council of the Russian Federation (Совет Безопасности Российской Федерации).

De la victoire dans la guerre cognitive

Si la guerre cognitive devait avoir un visage sans visage et tenir dans un instrument précis, capable de fanatiser certains de ses membres, QAnon serait la surface et l’instrument idéal. Né dans l’anonymat des forums obscurs, il a pris la relève d’Anonymous, mais en inversant la logique : de l’hacktivisme libertaire fondé sur des « preuves », on est passé au conspirationnisme autoritaire fondé sur la croyance.

Ce basculement n’aurait pas eu lieu sans l’appétence aveugle des médias pour le spectaculaire et sans la mythification trouble du lanceur d’alerte. Les grands leaks — Wikileaks, Panama, Paradise, Pandora — ont habitué les esprits à croire que tout pouvoir repose sur un secret, et que celui qui se réclame de l’anonymat en détient la clé. Le consortium des journalistes, en orchestrant ces révélations massives, est devenu malgré lui le catalyseur d’une défiance systémique. QAnon a alors exploité cette attente: plus besoin de preuves, la croyance suffit.

Dès lors, l’accusation devient une arme. Comme le dit l’adage : « on accuse toujours le chien de la rage pour qu’il soit tué ». Non pour établir la vérité, mais pour délégitimer et neutraliser. QAnon pousse cette logique jusqu’à la fanatisation : la cible désignée — l’ »élite« , le « deep state« , l’adversaire politique — devient l’ennemi absolu.

Mais cette mécanique ne reste pas confinée à l’espace américain: elle est branchée sur une matrice géopolitique plus large. La porosité au prestige du Kremlin — présenté comme rempart contre le déclin occidental — n’est pas fortuite. Des relais médiatiques comme Tucker Carlson traduisent la propagande russe en guerre culturelle pour le public américain, normalisant une fascination pour l’autoritarisme. Dans cette architecture, Steve Bannon joue l’éminence grise. Il agit en courroie de transmission pour tenter de constituer une internationale judéo-chrétienne le long de l’axe Washington → Tel-Aviv → Moscou. Cet axe recrute, se nourrit de succès idéologiques et électoraux, et se persuade que Trump et Musk en sont les hommes lige — ce qui, à tort, entretient son sentiment de puissance. Il semble à la fois imparable et invincible.

Voilà pourquoi les démocraties, qu’on croit vaincues ou corrodées par l’arme cognitive, ne le sont qu’en apparence. Car à mesure qu’elles sont sondées, fragilisées, manipulées, elles prennent conscience de leur propre essence. Elles retournent contre leurs adversaires l’outil même qui voulait les asservir, et transforment le poison en antidote.

La guerre cognitive engagée par la Russie et son Sozbez*, avec une habileté et une profondeur inédites, prétend comprendre les sociétés libres pour mieux les déstabiliser ; mais ce faisant, elle les oblige à se comprendre elles-mêmes avec une lucidité nouvelle. Elles retrouvent un centre de gravité plus puissant et, surtout, elles s’auto-centrent pour rejoindre ce qui est la forme régulière, universelle, qui permet la gouvernance de leurs intérêts et de leur rapports aux autres, ce qui est le sens de la main tendue que semble proposer Xi Jinping, pour la Chine, à travers sa proposition de GGI (Global Governance Initiative) visant à restaurer la prééminence de l’ONU et de l’OMC.

De la victoire dans la guerre cognitive.

*Sovbez (Совбез) est l’abréviation couramment utilisée pour désigner le Conseil de sécurité de la Fédération de Russie (Совет Безопасности Российской Федерации).

Faire revivre la Charte des Nations Unies

La décision des États-Unis de refuser des visas à des représentants palestiniens avant l’Assemblée générale de septembre est plus qu’un incident diplomatique. Elle révèle une faille structurelle : l’Organisation des Nations Unies, garante du multilatéralisme, demeure dépendante des contraintes intérieures de son pays hôte.

Cette faille s’ajoute à une autre, plus profonde : la paralysie du Conseil de sécurité. Depuis le 24 février 2022, la guerre en Ukraine a montré avec cruauté que le veto d’un seul État peut bloquer toute action — même face à une agression manifeste. Là où la Charte devait protéger la paix et la sécurité collectives, elle s’est transformée en carcan.

Deux crises, deux continents, une même réalité : l’ONU, dans sa forme actuelle, ne peut plus tenir ses promesses fondatrices.

Pourtant, le droit lui-même offre une voie. L’Article 109 de la Charte des Nations Unies permet la convocation d’une Conférence générale de révision de la Charte. Ce mécanisme n’était pas une utopie : il avait été prévu dès 1945, avec la clairvoyance que l’institution devrait un jour être réformée. Cette disposition est toujours en vigueur aujourd’hui.

Au-delà de la question de délocaliser, circonstantiellement, l’Assemblée Générale dans un site neutre: Genève, comme cela avait été le cas lorsqu’en 1988, les USA avaient révoqué le visa de Yasser Arafat, le moment est venu de s’en saisir. Non pas seulement pour déplacer l’Assemblée générale hors de New York, mais pour ouvrir un chantier plus vaste : repenser la gouvernance mondiale, limiter le veto, garantir l’égalité d’accès de tous les États aux débats et rendre à l’ONU la crédibilité qu’elle a perdue.

De Kyiv à Gaza, le monde assiste à la démonstration brutale d’un système qui ne protège plus. C’est précisément dans ces fractures que réside l’opportunité d’une refondation.

Invoquer l’Article 109, c’est transformer la paralysie en résolution. C’est affirmer que la Charte, loin d’être une relique, peut revivre — si les nations et les peuples choisissent d’en écrire ensemble le nouveau chapitre.

Le mécanisme existe déjà dans la Charte. La seule question est : qui, parmi les nations intègres constituées en Nations Unies, osera réveiller l’Article 109 ?

Deal US-UE armement: les Européens voient le verre à moitié vide, les Russes le voient plein

Le jeu des cris d’orfraie, des palinodies et des postures qui ne manqueront pas de s’amplifier à mesure que les gouvernements européens seront appelés à se prononcer sur l’accord Trump / von der Leyen doit être regardé pour ce qu’il est : au mieux une incompétence, au pire un alignement sur l’intérêt stratégique de Moscou.


On hurle au renoncement, à la capitulation tarifaire, à la soumission énergétique ou industrielle. Mais pendant ce temps, un fait demeure : le “verre plein”, ce sont 600 milliards de dollars d’équipements américains + environ 500 milliards d’euros d’effort de défense européen, mobilisés dans l’urgence d’une réorganisation stratégique occidentale.
En face, la Russie, avec une économie sous perfusion, annonce un plan de défense à 1 100 milliards de dollars, et prétend pouvoir le financer avec un baril fluctuant et des circuits logistiques fracturés.

Mais le Kremlin ne compte pas sur ses comptes. Il compte sur nos divisions, nos lenteurs, nos débats, et sur ce qu’il considère comme le syndrome européen de la paralysie morale.

> Ursula von der Leyen, pendant ce temps, a sécurisé un traité de partenariat stratégique renouvelé avec Pékin, incluant la stabilisation des flux commerciaux, la réaffirmation des normes climatiques, et des engagements sur la transparence technologique et les chaînes d’approvisionnement critiques.
Pendant que certains dénoncent – là aussi – une trahison, elle a posé les premiers jalons d’un encadrement du commerce avec la Chine — et les fondations matérielles d’un renforcement de l’OTAN.

Ce n’est donc pas un hasard si ses contempteurs habituels l’accusent d’avoir bradé la souveraineté.

> Elle n’a rien bradé : elle l’a matérialisée.
Elle l’a arrimée à du concret : de l’énergie, des équipements, des engagements croisés. Elle a, en somme, fait ce que la souveraineté exige en temps de guerre : préparer la paix, avec lucidité et détermination.

La capacité industrielle européenne de défense est-elle capable de contribuer, dès maintenant, à l’économie de guerre que la Russie nous impose ?

La réponse, pour être rigoureuse, doit être lucide, sans technocratie ni défaitisme.

L’économie de guerre n’est pas un choix : c’est un état de fait

> On continue de parler de “montée en puissance”, de “réarmement progressif”, de “soutien à l’Ukraine”. Mais il faut cesser les euphémismes : l’Europe est déjà engagée dans une économie de guerre par contrainte stratégique, que la Russie a, elle, assumée pleinement.

Le Kremlin a annoncé un plan de défense massif de 1 100 milliards de dollars d’ici 2028, soit plus que le budget cumulé de la plupart des membres de l’OTAN — et sans contrainte démocratique, industrielle ou sociale. Et ses relais européens ne se privent pas de vanter le défi insurmontable que cela représente.

⚙️ L’industrie de défense européenne : entre potentiel et goulets d’étranglement

L’Europe dispose d’une base industrielle de défense réelle, mais :

Elle est fragmentée, morcelée entre intérêts nationaux et contraintes budgétaires.

Elle est calibrée pour un temps de paix, ou tout au plus pour des opérations extérieures limitées.

Elle est incapable à court terme de produire à l’échelle que la situation exige, sauf à réorganiser d’urgence les chaînes de production, mutualiser la demande, et assumer une stratégie industrielle de guerre.

Ce que la Russie nous dicte aujourd’hui, ce n’est pas ce que nous pouvons faire. C’est ce que nous devons faire.

Ce que la Russie nous dicte aujourd’hui, ce n’est pas ce que nous pouvons faire. C’est ce que nous devons faire et c’est, exactement, ce que la présidente de la Commission Européenne, Ursula Von Der Leyen a scellé. Elle a scellé une capacité de répondre au monstre russe qui prétend nous imposer ses muscles sous testostérone.

La réponse ne peut venir uniquement de l’importation

Le deal signé avec les États-Unis, qui prévoit 600 milliards de dollars d’achats d’équipements militaires sur trois ans, ne saurait être une solution durable. Il répond à l’urgence, il ne répond pas, c’est vrai, à la souveraineté pleine et entière telle que les vélléités d’abandon de Trump du traité pouvaient nous amener à la considérer.

> En l’état, l’Europe achète sa sécurité immédiate au lieu de la produire, faute de l’avoir anticipée. Mais cette sécurité a un coût : celui de la dépendance, celui du renoncement industriel, et — à terme — celui de la perte d’autonomie stratégique.

Mais le deal n’est pas seulement douanier ou logistique : il marque le prix du retour américain dans l’OTAN

L’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord est le plus célèbre : celui de la clause de défense mutuelle en cas d’agression armée.
Mais c’est l’article 2 qui structure l’alliance politiquement et économiquement. Il appelle les États membres à :

> “renforcer leurs institutions libres, assurer une meilleure compréhension des principes sur lesquels elles reposent, et favoriser les conditions de stabilité et de bien-être.”

Et surtout :

> “[…] éliminer les conflits dans leurs politiques économiques internationales et encourager le développement de relations économiques de coopération.”

Le deal UE–US à 15 % répond précisément à cette logique d’“élimination des conflits économiques” dans un but stratégique.

L’administration Trump a marchandé son retour dans la solidarité atlantique, mais il vaut mieux un marchandage perfectible qu’un abandon en rase campagne

Depuis 2016, Trump a menacé à plusieurs reprises de se désengager de l’OTAN, en critiquant violemment l’insuffisance des dépenses européennes.

En juin 2025, lors du sommet de La Haye, il pose comme condition à l’engagement américain une contribution européenne de 5 % du PIB, dont 1,5 % pour des achats de défense liés à des systèmes interopérables avec l’arsenal US.

Moins d’un mois plus tard, l’UE signe un accord :

-Douanier à 15 % (paix économique),

-Energétique (750 Mds $ d’achats),

-Militaire (600 Mds $ d’équipements américains),

Et en creux : une reconduction implicite de l’adhésion américaine à l’architecture OTAN.

Ce n’est peut-être pas tant un deal commercial que l’armature de reconduction stratégique.

Ce que cela signifie

> On ne réarme pas matériellement une Europe si l’on se retire stratégiquement de son dispositif de sécurité collective.
Le deal est donc une clé de réintégration de l’allié américain, au moment même où la Russie cherche à tester l’autonomie de l’Europe, militairement et cognitivement.

> Le réalisme impose de nommer ce qui est en train de se jouer : une économie de guerre dictée non par ambition, mais par nécessité.


Si l’Europe veut rester maîtresse de ses choix, elle doit passer d’un modèle d’économie de paix sous-traitée à une économie de guerre assumée. Cela suppose des priorisations budgétaires, des commandes groupées, des dérogations ciblées, et surtout, une vision politique qui accepte d’appeler le danger par son nom.

Conclusion – Appel au peuple européen

J’en appelle enfin au peuple européen, à sa lucidité et à sa mémoire.
À ne pas céder aux sirènes suaves du désarmement moral, qui aujourd’hui chantent sous le masque du réveil souverainiste, et demain demanderont qu’on se couche.
Ces voix-là, trop bien huilées, ne sont pas celles de la souveraineté : elles sont l’écho d’un piège. Elles désignent comme trahison ce qui est en réalité une reconquête rationnelle, méthodique, pas à pas, de notre capacité d’agir.

> Hercule, dit-on, se boucha les oreilles pour ne pas entendre les sirènes.
L’Europe, elle, doit ouvrir les yeux. Et choisir de ne plus être vulnérable.

Car la vulnérabilité des démocraties n’est pas une fatalité.
C’est une stratégie, exploitée par ceux qui nous veulent divisés, immobiles, désarmés. Elle peut — elle doit — prendre fin.

> Par la clarté, le courage, la constance.

L’histoire noire d’Israël

Une strate opaque et stratégique de l’État israélien, distincte de sa vitrine démocratique, défigure la démocratie israélienne pour « accomplir » son horizon « biblique ». Cette évidence émerge d’elle-même de toutes les zones grises de l’histoire de l’état hébreu, dominée, au cours des vingt dernières années, par Benjamin Netanyahou. Les puissances de fragmentation ne doivent pas éclore.


Pendant longtemps, la Révolution islamique d’Iran, survenue en 1979, fut perçue comme le point de rupture majeur au Proche-Orient. L’antisionisme virulent des mollahs, les slogans incendiaires promettant la destruction d’Israël, et les relais stratégiques de Téhéran — Hezbollah, Hamas, Houthis — ont permis de forger un narratif solide : celui d’un Israël assiégé, courageux, occidental, rationaliste, tenant la ligne de front face à une marée obscurantiste. Ce narratif, bien que rassurant, ne résiste pourtant plus à l’analyse historique des structures profondes. Car un autre acteur a patiemment tiré les fils invisibles de l’Orient compliqué : l’Israël de l’appareil, de la projection, de la stratégie fragmentaire. Un Israël parfois plus acteur que réactif.

1. Le mythe de la sentinelle assiégée : un écran occidental
Israël a longtemps joui d’un statut quasi intouchable dans les analyses occidentales. À la fois refuge nécessaire post-Shoah et vitrine démocratique au sein d’un environnement jugé barbare, l’État hébreu fut protégé par un double bouclier : moral et sécuritaire. À l’Est, l’Iran des Mollahs incarnait le chaos. Au centre, les Frères musulmans. Au nord, le Hezbollah. Ce récit, s’il contient des éléments de vérité, occulte la capacité d’Israël à manipuler, fragmenter et neutraliser ses voisins.

2. Une stratégie de la fragmentation régionale
Dès les années 50, la doctrine de périphérie de Ben Gourion cherche à créer des alliances indirectes avec l’Iran du Shah, la Turquie ou l’Éthiopie. L’objectif ? Contourner la masse arabe hostile. Mais plus tard, la doctrine s’affine. Il ne s’agit plus de contourner, mais d’affaiblir. Encourager le communautarisme au Liban. Soutenir, en sous-main, les islamistes palestiniens pour affaiblir l’OLP. Maintenir la Syrie dans un état de guerre larvée. Isoler la Jordanie. En somme : empêcher toute architecture unitaire au Proche-Orient.

3. Le projet enfoui du « Grand Israël »
Le groupe Stern, fondé par Avraham Stern, rêvait d’un Israël allant du Nil à l’Euphrate. Si ce projet fut marginal au départ, il infuse encore aujourd’hui certaines franges de l’armée, des colons, et de la droite religieuse. Derriere les discours sur la « sécurité » ou la « rationalité stratégique », subsiste une volonté d’expansion, découpée, dissimulée, patiente. Et chaque effondrement d’un voisin (Irak, Syrie, Liban) est une case de plus dans cette entreprise invisible.

4. Ariel Sharon : la paix des Braves avortée
Le retrait unilatéral de Gaza en 2005, orchestré par Ariel Sharon, marqua une rupture. Premier chef de guerre à expulser ses propres colons, Sharon fonda Kadima, parti centriste, pour aller plus loin : retrait partiel de Cisjordanie, tracé de frontières. Il était, au sommet de sa puissance, l’homme par lequel la paix pouvait venir. Puis vint l’AVC massif de janvier 2006. Et le silence. Aucun bulletin médical. Aucun discours. Aucune image pendant huit ans. Comme si l’État hébreu avait décidé d’oublier celui qui était sur le point de briser l’ordre de domination. Le lion était tombé, mais il ne fallait pas qu’il ressuscite.

5. Une transition oubliée : 2001–2009, l’entre-deux effacé
La période 2001–2009 échappe au clivage traditionnel entre travaillistes et droite dure. Elle est pourtant essentielle. D’abord dominée par Ariel Sharon, cette séquence marque l’affirmation d’un leadership fort capable de renoncer (retrait de Gaza, rupture avec le Likoud). Après son AVC, c’est Ehud Olmert qui prend la suite à la tête de Kadima. Moins charismatique, affaibli par des affaires de corruption, Olmert échoue à inscrire durablement une voie médiane. Cette séquence dit quelque chose de la fragilité des volontés de compromis en Israël : Sharon est foudroyé alors qu’il s’apprête à tracer un horizon de paix ; Olmert tombe dans la disgrâce. À l’inverse, Benjamin Netanyahou, objet lui aussi d’enquêtes judiciaires, parvient à imposer une figure de lion invincible, transformant chaque crise en levier de consolidation. Le contraste est saisissant.

6. Yasser Arafat, un fantôme irradié ?
Le 11 novembre 2004, Yasser Arafat meurt à l’hôpital militaire Percy de Clamart, en France, après une hospitalisation précipitée et une dégradation brutale de son état de santé. Aucun diagnostic clair n’est jamais rendu public. Aucune autopsie. Son entourage évoque rapidement un empoisonnement. En 2012, son corps est exhumé : des traces anormales de polonium 210, une substance radioactive hautement toxique — et tristement célèbre pour ses usages dans les cercles d’élimination russes — sont détectées dans ses effets personnels. Les rapports restent contradictoires, mais la coïncidence est là : un dirigeant isolé, partenaire de la paix avec Itzhak Rabin, devenu gênant, entouré de mystère, effacé sans preuve. Il n’est pas le seul fantôme sacrifié à flotter dans les plis de cette histoire fragmentée.

7. Rabin et Peres, les figures effacées de la paix
Yitzhak Rabin, ancien chef d’état-major et Premier ministre, incarna la paix des armes déposées. Signataire des accords d’Oslo, il fut assassiné en 1995 par un extrémiste juif — non par un ennemi extérieur, mais par un fils d’Israël. Ce geste mit brutalement fin à une trajectoire de reconnaissance mutuelle avec les Palestiniens. Quant à Shimon Peres, son successeur éphémère, prix Nobel de la Paix lui aussi, il fut durablement marginalisé, son aura technocratique éclipsée par les populismes montants. Tous deux furent, à leur manière, relégués dans les marges du récit national. Leur effacement progressif des mémoires officielles traduit le refus profond d’un Israël en mutation d’assumer jusqu’au bout sa propre ouverture au compromis.

8. Yigal Amir, le fantôme dans la cellule
L’assassin d’Yitzhak Rabin, Yigal Amir, purge depuis 1995 une peine de prison à perpétuité, sans possibilité de libération. Isolé durant plus d’une décennie, puis soumis à un régime strict malgré quelques assouplissements, il demeure une figure marginalisée mais obsédante dans la mémoire israélienne. Jamais repenti, invoquant la loi religieuse du « din rodef » pour justifier son acte, il incarne une part refoulée du sionisme religieux radical : celle qui préfère tuer un Premier ministre juif plutôt que de renoncer à l’expansion territoriale. Figure fantomatique lui aussi, il hante l’espace symbolique d’un pays déchiré. Son existence captive, ni effacée ni pardonnée, rappelle que le crime idéologique n’a pas disparu : il est tapi, dans l’ombre, prêt à réapparaître au rythme des convulsions nationales.

9. La parole empêchée : l’antisionisme sous tabou
Le tabou de l’antisionisme est devenu une arme redoutable. Il empêche la critique de l’appareil israélien sous peine d’être taxé d’antisémitisme. Il confisque la parole. Il permet, en même temps, de déclarer la guerre aux Palestiniens sans paix possible, tout en gardant le soutien de l’Occident. Ce même Occident qui, dans un retournement fascinant, voir monter des extrêmes droites européennes qui reconnaissent Israël comme rempart contre l’islam, et forment un axe idéologique allant de Washington à Moscou, en passant par Tel-Aviv. La lettre remise en grandes pompes en soutien de la nomination pour lauréat de Donald Trump du prix Nobel de la Paix par Benjamin Netanyahou entrera – peut-être – dans l’histoire, aux dépens de l’actuel Premier ministre israélien, comme le plus grand marché de dupes de l’histoire.
L’axe Washington->Tel-Aviv->Moscou justifie un grand point d’interrogation car Trump agit, si on dépasse le spectacle, peut-être plus comme révélateur que comme adhérent,

10. L’invisibilité se déchire : vers un examen de conscience ?
Israël devra bientôt se préparer à un véritable examen de conscience, accompagné peut-être d’une introspection judiciaire. Trop de fantômes sacrifiés hantent la mémoire collective de l’État hébreu et du peuple élu. Le rideau d’invisibilité qui le protégeait jusqu’à présent est en train de s’effilocher, et ce sont désormais des pans entiers qui vont tomber. Les récents cas, rapportés par le courageux quotidien Haaretz, faisant état de traumatismes psychologiques profonds au sein des rangs de Tsahal, ne sont que la partie immergée de la prise de conscience qui couve. Il ne s’agit plus seulement de stratégie, mais de vérité, de justice, de libération du récit.

Conclusion : La paix ne viendra que des Braves
Rabin et Sharon, deux généraux, deux lions de guerre, furent les seuls à pouvoir porter la paix car elle exige le courage de renoncer. Tous deux furent balayés. L’un assassiné, l’autre plongé dans le coma. Ce n’est pas un hasard. La paix résulte des braves. Pas des résignés, pas des fanatiques, pas des stratèges en chambre. Et tant qu’une nation investira plus dans la fragmentation de ses voisins que dans la paix avec eux, elle construira sa forteresse sur du sable.

Daniel CICCIA

Encadré spéculatif : L’arme de l’intoxication et l’ombre israélienne ?
Rétrospectivement, la guerre en Irak menée par les États-Unis en 2003 laisse un arrière-goût d’orchestration. Il a fallu convaincre la CIA, le MI6 et d’autres agences occidentales de la réalité d’armes de destruction massive — réalité qui ne fut jamais prouvée. Deux intoxications complémentaires semblent avoir convergé : l’une sur Saddam Hussein lui-même, pour le pousser à refuser les inspections de l’ONU ; l’autre sur l’Amérique des Faucons, traumatisée par le 11-Septembre, avide de frapper. Dans ce ballet d’illusions, une hypothèse se dessine : celle d’une main subtile et invisible qui aurait « aidé » les services à croire ce qu’ils désiraient croire. Israël ? À l’époque, l’idée semblait inconcevable. Et pourtant… La porosité idéologique entre certains cercles néoconservateurs américains et la droite israélienne, les affinités stratégiques, les recoupements sur le terrain syrien ou iranien, laissent entrevoir une connivence. Le récent lapsus de George W. Bush, évoquant que "la Russie était l'agresseur en Irak" avant de se corriger: "en Ukraine", pourrait être entendu comme une accusation voilée. À tout le moins, il appelle à rouvrir des dossiers trop vite refermés. Car si l’Israël de Netanyahou cultive, en surface, l’hostilité à Moscou, il entretient en coulisse une neutralité ambivalente vis-à-vis de Poutine, confirmée par certaines abstentions aux votes de l’ONU.
Cette convergence discrète entre les puissances de fragmentation ne doit pas éclore. Elle doit être dévoilée.