Faire revivre la Charte des Nations Unies

La décision des États-Unis de refuser des visas à des représentants palestiniens avant l’Assemblée générale de septembre est plus qu’un incident diplomatique. Elle révèle une faille structurelle : l’Organisation des Nations Unies, garante du multilatéralisme, demeure dépendante des contraintes intérieures de son pays hôte.

Cette faille s’ajoute à une autre, plus profonde : la paralysie du Conseil de sécurité. Depuis le 24 février 2022, la guerre en Ukraine a montré avec cruauté que le veto d’un seul État peut bloquer toute action — même face à une agression manifeste. Là où la Charte devait protéger la paix et la sécurité collectives, elle s’est transformée en carcan.

Deux crises, deux continents, une même réalité : l’ONU, dans sa forme actuelle, ne peut plus tenir ses promesses fondatrices.

Pourtant, le droit lui-même offre une voie. L’Article 109 de la Charte des Nations Unies permet la convocation d’une Conférence générale de révision de la Charte. Ce mécanisme n’était pas une utopie : il avait été prévu dès 1945, avec la clairvoyance que l’institution devrait un jour être réformée. Cette disposition est toujours en vigueur aujourd’hui.

Au-delà de la question de délocaliser, circonstantiellement, l’Assemblée Générale dans un site neutre: Genève, comme cela avait été le cas lorsqu’en 1988, les USA avaient révoqué le visa de Yasser Arafat, le moment est venu de s’en saisir. Non pas seulement pour déplacer l’Assemblée générale hors de New York, mais pour ouvrir un chantier plus vaste : repenser la gouvernance mondiale, limiter le veto, garantir l’égalité d’accès de tous les États aux débats et rendre à l’ONU la crédibilité qu’elle a perdue.

De Kyiv à Gaza, le monde assiste à la démonstration brutale d’un système qui ne protège plus. C’est précisément dans ces fractures que réside l’opportunité d’une refondation.

Invoquer l’Article 109, c’est transformer la paralysie en résolution. C’est affirmer que la Charte, loin d’être une relique, peut revivre — si les nations et les peuples choisissent d’en écrire ensemble le nouveau chapitre.

Le mécanisme existe déjà dans la Charte. La seule question est : qui, parmi les nations intègres constituées en Nations Unies, osera réveiller l’Article 109 ?

Deal US-UE armement: les Européens voient le verre à moitié vide, les Russes le voient plein

Le jeu des cris d’orfraie, des palinodies et des postures qui ne manqueront pas de s’amplifier à mesure que les gouvernements européens seront appelés à se prononcer sur l’accord Trump / von der Leyen doit être regardé pour ce qu’il est : au mieux une incompétence, au pire un alignement sur l’intérêt stratégique de Moscou.


On hurle au renoncement, à la capitulation tarifaire, à la soumission énergétique ou industrielle. Mais pendant ce temps, un fait demeure : le “verre plein”, ce sont 600 milliards de dollars d’équipements américains + environ 500 milliards d’euros d’effort de défense européen, mobilisés dans l’urgence d’une réorganisation stratégique occidentale.
En face, la Russie, avec une économie sous perfusion, annonce un plan de défense à 1 100 milliards de dollars, et prétend pouvoir le financer avec un baril fluctuant et des circuits logistiques fracturés.

Mais le Kremlin ne compte pas sur ses comptes. Il compte sur nos divisions, nos lenteurs, nos débats, et sur ce qu’il considère comme le syndrome européen de la paralysie morale.

> Ursula von der Leyen, pendant ce temps, a sécurisé un traité de partenariat stratégique renouvelé avec Pékin, incluant la stabilisation des flux commerciaux, la réaffirmation des normes climatiques, et des engagements sur la transparence technologique et les chaînes d’approvisionnement critiques.
Pendant que certains dénoncent – là aussi – une trahison, elle a posé les premiers jalons d’un encadrement du commerce avec la Chine — et les fondations matérielles d’un renforcement de l’OTAN.

Ce n’est donc pas un hasard si ses contempteurs habituels l’accusent d’avoir bradé la souveraineté.

> Elle n’a rien bradé : elle l’a matérialisée.
Elle l’a arrimée à du concret : de l’énergie, des équipements, des engagements croisés. Elle a, en somme, fait ce que la souveraineté exige en temps de guerre : préparer la paix, avec lucidité et détermination.

La capacité industrielle européenne de défense est-elle capable de contribuer, dès maintenant, à l’économie de guerre que la Russie nous impose ?

La réponse, pour être rigoureuse, doit être lucide, sans technocratie ni défaitisme.

L’économie de guerre n’est pas un choix : c’est un état de fait

> On continue de parler de “montée en puissance”, de “réarmement progressif”, de “soutien à l’Ukraine”. Mais il faut cesser les euphémismes : l’Europe est déjà engagée dans une économie de guerre par contrainte stratégique, que la Russie a, elle, assumée pleinement.

Le Kremlin a annoncé un plan de défense massif de 1 100 milliards de dollars d’ici 2028, soit plus que le budget cumulé de la plupart des membres de l’OTAN — et sans contrainte démocratique, industrielle ou sociale. Et ses relais européens ne se privent pas de vanter le défi insurmontable que cela représente.

⚙️ L’industrie de défense européenne : entre potentiel et goulets d’étranglement

L’Europe dispose d’une base industrielle de défense réelle, mais :

Elle est fragmentée, morcelée entre intérêts nationaux et contraintes budgétaires.

Elle est calibrée pour un temps de paix, ou tout au plus pour des opérations extérieures limitées.

Elle est incapable à court terme de produire à l’échelle que la situation exige, sauf à réorganiser d’urgence les chaînes de production, mutualiser la demande, et assumer une stratégie industrielle de guerre.

Ce que la Russie nous dicte aujourd’hui, ce n’est pas ce que nous pouvons faire. C’est ce que nous devons faire.

Ce que la Russie nous dicte aujourd’hui, ce n’est pas ce que nous pouvons faire. C’est ce que nous devons faire et c’est, exactement, ce que la présidente de la Commission Européenne, Ursula Von Der Leyen a scellé. Elle a scellé une capacité de répondre au monstre russe qui prétend nous imposer ses muscles sous testostérone.

La réponse ne peut venir uniquement de l’importation

Le deal signé avec les États-Unis, qui prévoit 600 milliards de dollars d’achats d’équipements militaires sur trois ans, ne saurait être une solution durable. Il répond à l’urgence, il ne répond pas, c’est vrai, à la souveraineté pleine et entière telle que les vélléités d’abandon de Trump du traité pouvaient nous amener à la considérer.

> En l’état, l’Europe achète sa sécurité immédiate au lieu de la produire, faute de l’avoir anticipée. Mais cette sécurité a un coût : celui de la dépendance, celui du renoncement industriel, et — à terme — celui de la perte d’autonomie stratégique.

Mais le deal n’est pas seulement douanier ou logistique : il marque le prix du retour américain dans l’OTAN

L’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord est le plus célèbre : celui de la clause de défense mutuelle en cas d’agression armée.
Mais c’est l’article 2 qui structure l’alliance politiquement et économiquement. Il appelle les États membres à :

> “renforcer leurs institutions libres, assurer une meilleure compréhension des principes sur lesquels elles reposent, et favoriser les conditions de stabilité et de bien-être.”

Et surtout :

> “[…] éliminer les conflits dans leurs politiques économiques internationales et encourager le développement de relations économiques de coopération.”

Le deal UE–US à 15 % répond précisément à cette logique d’“élimination des conflits économiques” dans un but stratégique.

L’administration Trump a marchandé son retour dans la solidarité atlantique, mais il vaut mieux un marchandage perfectible qu’un abandon en rase campagne

Depuis 2016, Trump a menacé à plusieurs reprises de se désengager de l’OTAN, en critiquant violemment l’insuffisance des dépenses européennes.

En juin 2025, lors du sommet de La Haye, il pose comme condition à l’engagement américain une contribution européenne de 5 % du PIB, dont 1,5 % pour des achats de défense liés à des systèmes interopérables avec l’arsenal US.

Moins d’un mois plus tard, l’UE signe un accord :

-Douanier à 15 % (paix économique),

-Energétique (750 Mds $ d’achats),

-Militaire (600 Mds $ d’équipements américains),

Et en creux : une reconduction implicite de l’adhésion américaine à l’architecture OTAN.

Ce n’est peut-être pas tant un deal commercial que l’armature de reconduction stratégique.

Ce que cela signifie

> On ne réarme pas matériellement une Europe si l’on se retire stratégiquement de son dispositif de sécurité collective.
Le deal est donc une clé de réintégration de l’allié américain, au moment même où la Russie cherche à tester l’autonomie de l’Europe, militairement et cognitivement.

> Le réalisme impose de nommer ce qui est en train de se jouer : une économie de guerre dictée non par ambition, mais par nécessité.


Si l’Europe veut rester maîtresse de ses choix, elle doit passer d’un modèle d’économie de paix sous-traitée à une économie de guerre assumée. Cela suppose des priorisations budgétaires, des commandes groupées, des dérogations ciblées, et surtout, une vision politique qui accepte d’appeler le danger par son nom.

Conclusion – Appel au peuple européen

J’en appelle enfin au peuple européen, à sa lucidité et à sa mémoire.
À ne pas céder aux sirènes suaves du désarmement moral, qui aujourd’hui chantent sous le masque du réveil souverainiste, et demain demanderont qu’on se couche.
Ces voix-là, trop bien huilées, ne sont pas celles de la souveraineté : elles sont l’écho d’un piège. Elles désignent comme trahison ce qui est en réalité une reconquête rationnelle, méthodique, pas à pas, de notre capacité d’agir.

> Hercule, dit-on, se boucha les oreilles pour ne pas entendre les sirènes.
L’Europe, elle, doit ouvrir les yeux. Et choisir de ne plus être vulnérable.

Car la vulnérabilité des démocraties n’est pas une fatalité.
C’est une stratégie, exploitée par ceux qui nous veulent divisés, immobiles, désarmés. Elle peut — elle doit — prendre fin.

> Par la clarté, le courage, la constance.

L’histoire noire d’Israël

Une strate opaque et stratégique de l’État israélien, distincte de sa vitrine démocratique, défigure la démocratie israélienne pour « accomplir » son horizon « biblique ». Cette évidence émerge d’elle-même de toutes les zones grises de l’histoire de l’état hébreu, dominée, au cours des vingt dernières années, par Benjamin Netanyahou. Les puissances de fragmentation ne doivent pas éclore.


Pendant longtemps, la Révolution islamique d’Iran, survenue en 1979, fut perçue comme le point de rupture majeur au Proche-Orient. L’antisionisme virulent des mollahs, les slogans incendiaires promettant la destruction d’Israël, et les relais stratégiques de Téhéran — Hezbollah, Hamas, Houthis — ont permis de forger un narratif solide : celui d’un Israël assiégé, courageux, occidental, rationaliste, tenant la ligne de front face à une marée obscurantiste. Ce narratif, bien que rassurant, ne résiste pourtant plus à l’analyse historique des structures profondes. Car un autre acteur a patiemment tiré les fils invisibles de l’Orient compliqué : l’Israël de l’appareil, de la projection, de la stratégie fragmentaire. Un Israël parfois plus acteur que réactif.

1. Le mythe de la sentinelle assiégée : un écran occidental
Israël a longtemps joui d’un statut quasi intouchable dans les analyses occidentales. À la fois refuge nécessaire post-Shoah et vitrine démocratique au sein d’un environnement jugé barbare, l’État hébreu fut protégé par un double bouclier : moral et sécuritaire. À l’Est, l’Iran des Mollahs incarnait le chaos. Au centre, les Frères musulmans. Au nord, le Hezbollah. Ce récit, s’il contient des éléments de vérité, occulte la capacité d’Israël à manipuler, fragmenter et neutraliser ses voisins.

2. Une stratégie de la fragmentation régionale
Dès les années 50, la doctrine de périphérie de Ben Gourion cherche à créer des alliances indirectes avec l’Iran du Shah, la Turquie ou l’Éthiopie. L’objectif ? Contourner la masse arabe hostile. Mais plus tard, la doctrine s’affine. Il ne s’agit plus de contourner, mais d’affaiblir. Encourager le communautarisme au Liban. Soutenir, en sous-main, les islamistes palestiniens pour affaiblir l’OLP. Maintenir la Syrie dans un état de guerre larvée. Isoler la Jordanie. En somme : empêcher toute architecture unitaire au Proche-Orient.

3. Le projet enfoui du « Grand Israël »
Le groupe Stern, fondé par Avraham Stern, rêvait d’un Israël allant du Nil à l’Euphrate. Si ce projet fut marginal au départ, il infuse encore aujourd’hui certaines franges de l’armée, des colons, et de la droite religieuse. Derriere les discours sur la « sécurité » ou la « rationalité stratégique », subsiste une volonté d’expansion, découpée, dissimulée, patiente. Et chaque effondrement d’un voisin (Irak, Syrie, Liban) est une case de plus dans cette entreprise invisible.

4. Ariel Sharon : la paix des Braves avortée
Le retrait unilatéral de Gaza en 2005, orchestré par Ariel Sharon, marqua une rupture. Premier chef de guerre à expulser ses propres colons, Sharon fonda Kadima, parti centriste, pour aller plus loin : retrait partiel de Cisjordanie, tracé de frontières. Il était, au sommet de sa puissance, l’homme par lequel la paix pouvait venir. Puis vint l’AVC massif de janvier 2006. Et le silence. Aucun bulletin médical. Aucun discours. Aucune image pendant huit ans. Comme si l’État hébreu avait décidé d’oublier celui qui était sur le point de briser l’ordre de domination. Le lion était tombé, mais il ne fallait pas qu’il ressuscite.

5. Une transition oubliée : 2001–2009, l’entre-deux effacé
La période 2001–2009 échappe au clivage traditionnel entre travaillistes et droite dure. Elle est pourtant essentielle. D’abord dominée par Ariel Sharon, cette séquence marque l’affirmation d’un leadership fort capable de renoncer (retrait de Gaza, rupture avec le Likoud). Après son AVC, c’est Ehud Olmert qui prend la suite à la tête de Kadima. Moins charismatique, affaibli par des affaires de corruption, Olmert échoue à inscrire durablement une voie médiane. Cette séquence dit quelque chose de la fragilité des volontés de compromis en Israël : Sharon est foudroyé alors qu’il s’apprête à tracer un horizon de paix ; Olmert tombe dans la disgrâce. À l’inverse, Benjamin Netanyahou, objet lui aussi d’enquêtes judiciaires, parvient à imposer une figure de lion invincible, transformant chaque crise en levier de consolidation. Le contraste est saisissant.

6. Yasser Arafat, un fantôme irradié ?
Le 11 novembre 2004, Yasser Arafat meurt à l’hôpital militaire Percy de Clamart, en France, après une hospitalisation précipitée et une dégradation brutale de son état de santé. Aucun diagnostic clair n’est jamais rendu public. Aucune autopsie. Son entourage évoque rapidement un empoisonnement. En 2012, son corps est exhumé : des traces anormales de polonium 210, une substance radioactive hautement toxique — et tristement célèbre pour ses usages dans les cercles d’élimination russes — sont détectées dans ses effets personnels. Les rapports restent contradictoires, mais la coïncidence est là : un dirigeant isolé, partenaire de la paix avec Itzhak Rabin, devenu gênant, entouré de mystère, effacé sans preuve. Il n’est pas le seul fantôme sacrifié à flotter dans les plis de cette histoire fragmentée.

7. Rabin et Peres, les figures effacées de la paix
Yitzhak Rabin, ancien chef d’état-major et Premier ministre, incarna la paix des armes déposées. Signataire des accords d’Oslo, il fut assassiné en 1995 par un extrémiste juif — non par un ennemi extérieur, mais par un fils d’Israël. Ce geste mit brutalement fin à une trajectoire de reconnaissance mutuelle avec les Palestiniens. Quant à Shimon Peres, son successeur éphémère, prix Nobel de la Paix lui aussi, il fut durablement marginalisé, son aura technocratique éclipsée par les populismes montants. Tous deux furent, à leur manière, relégués dans les marges du récit national. Leur effacement progressif des mémoires officielles traduit le refus profond d’un Israël en mutation d’assumer jusqu’au bout sa propre ouverture au compromis.

8. Yigal Amir, le fantôme dans la cellule
L’assassin d’Yitzhak Rabin, Yigal Amir, purge depuis 1995 une peine de prison à perpétuité, sans possibilité de libération. Isolé durant plus d’une décennie, puis soumis à un régime strict malgré quelques assouplissements, il demeure une figure marginalisée mais obsédante dans la mémoire israélienne. Jamais repenti, invoquant la loi religieuse du « din rodef » pour justifier son acte, il incarne une part refoulée du sionisme religieux radical : celle qui préfère tuer un Premier ministre juif plutôt que de renoncer à l’expansion territoriale. Figure fantomatique lui aussi, il hante l’espace symbolique d’un pays déchiré. Son existence captive, ni effacée ni pardonnée, rappelle que le crime idéologique n’a pas disparu : il est tapi, dans l’ombre, prêt à réapparaître au rythme des convulsions nationales.

9. La parole empêchée : l’antisionisme sous tabou
Le tabou de l’antisionisme est devenu une arme redoutable. Il empêche la critique de l’appareil israélien sous peine d’être taxé d’antisémitisme. Il confisque la parole. Il permet, en même temps, de déclarer la guerre aux Palestiniens sans paix possible, tout en gardant le soutien de l’Occident. Ce même Occident qui, dans un retournement fascinant, voir monter des extrêmes droites européennes qui reconnaissent Israël comme rempart contre l’islam, et forment un axe idéologique allant de Washington à Moscou, en passant par Tel-Aviv. La lettre remise en grandes pompes en soutien de la nomination pour lauréat de Donald Trump du prix Nobel de la Paix par Benjamin Netanyahou entrera – peut-être – dans l’histoire, aux dépens de l’actuel Premier ministre israélien, comme le plus grand marché de dupes de l’histoire.
L’axe Washington->Tel-Aviv->Moscou justifie un grand point d’interrogation car Trump agit, si on dépasse le spectacle, peut-être plus comme révélateur que comme adhérent,

10. L’invisibilité se déchire : vers un examen de conscience ?
Israël devra bientôt se préparer à un véritable examen de conscience, accompagné peut-être d’une introspection judiciaire. Trop de fantômes sacrifiés hantent la mémoire collective de l’État hébreu et du peuple élu. Le rideau d’invisibilité qui le protégeait jusqu’à présent est en train de s’effilocher, et ce sont désormais des pans entiers qui vont tomber. Les récents cas, rapportés par le courageux quotidien Haaretz, faisant état de traumatismes psychologiques profonds au sein des rangs de Tsahal, ne sont que la partie immergée de la prise de conscience qui couve. Il ne s’agit plus seulement de stratégie, mais de vérité, de justice, de libération du récit.

Conclusion : La paix ne viendra que des Braves
Rabin et Sharon, deux généraux, deux lions de guerre, furent les seuls à pouvoir porter la paix car elle exige le courage de renoncer. Tous deux furent balayés. L’un assassiné, l’autre plongé dans le coma. Ce n’est pas un hasard. La paix résulte des braves. Pas des résignés, pas des fanatiques, pas des stratèges en chambre. Et tant qu’une nation investira plus dans la fragmentation de ses voisins que dans la paix avec eux, elle construira sa forteresse sur du sable.

Daniel CICCIA

Encadré spéculatif : L’arme de l’intoxication et l’ombre israélienne ?
Rétrospectivement, la guerre en Irak menée par les États-Unis en 2003 laisse un arrière-goût d’orchestration. Il a fallu convaincre la CIA, le MI6 et d’autres agences occidentales de la réalité d’armes de destruction massive — réalité qui ne fut jamais prouvée. Deux intoxications complémentaires semblent avoir convergé : l’une sur Saddam Hussein lui-même, pour le pousser à refuser les inspections de l’ONU ; l’autre sur l’Amérique des Faucons, traumatisée par le 11-Septembre, avide de frapper. Dans ce ballet d’illusions, une hypothèse se dessine : celle d’une main subtile et invisible qui aurait « aidé » les services à croire ce qu’ils désiraient croire. Israël ? À l’époque, l’idée semblait inconcevable. Et pourtant… La porosité idéologique entre certains cercles néoconservateurs américains et la droite israélienne, les affinités stratégiques, les recoupements sur le terrain syrien ou iranien, laissent entrevoir une connivence. Le récent lapsus de George W. Bush, évoquant que "la Russie était l'agresseur en Irak" avant de se corriger: "en Ukraine", pourrait être entendu comme une accusation voilée. À tout le moins, il appelle à rouvrir des dossiers trop vite refermés. Car si l’Israël de Netanyahou cultive, en surface, l’hostilité à Moscou, il entretient en coulisse une neutralité ambivalente vis-à-vis de Poutine, confirmée par certaines abstentions aux votes de l’ONU.
Cette convergence discrète entre les puissances de fragmentation ne doit pas éclore. Elle doit être dévoilée.




Un soleil se lève, un autre se couche

Le monde change sous nos yeux. Et comme personne ne dit qu’il brûle, tout le monde regarde ailleurs

Le sommet des BRICS à Rio se déroule sans fracas.
Mais dans sa discrétion se cache une inflexion majeure.
Narendra Modi s’y est rendu, précédé d’un long voyage solitaire — non pour étendre une sphère, mais pour ressentir les convergences possibles. Ghana, Argentine, Namibie… autant d’escales, non pas pour polariser, mais pour relier les Suds en quête de stabilité et de justice.

En miroir, depuis Moscou, la menace se formule sans détour ni fard :

> « Les problèmes de l’Occident s’aggraveront s’il maintient sa politique anti‑russe. »

Ce “si” conditionnel est une arme à double tranchant :

Menace voilée, parce qu’elle n’annonce pas de représailles immédiates, mais pose une date d’expiration — implicite — à la patience russe.

Instrumentalisation stratégique, car elle désigne l’“Occident” comme acteur unique responsable, évacuant toute notion de réciprocité, de complexité ou de négociation.


Le ton reste celui des années de fer, de l’après-Yalta, quand le monde se divisait encore en alignés et opposants.
Mais ce langage s’estompe.

Et l’absence de Xi Jinping en personne, pour la première fois depuis plus de dix ans de sommets BRICS, le confirme en silence.
Il n’a pas délégué son rang. Il a omis d’y mettre son poids. Ce retrait, qui semble tactique, est en réalité un très lourd signe de non-poids :

> lorsque le corps ne se déplace plus, c’est que la masse symbolique a cessé d’aspirer.

En diplomatie, l’absence n’est jamais neutre.
Celle-ci n’est pas un refus frontal, ni un retrait ostentatoire. Elle est plus grave encore : elle indique que l’espace ne vaut plus le déplacement, ou qu’il n’est plus celui où se joue l’équilibre.
Cela suffit à faire vaciller le récit du “partenaire majeur”.
Et cela accrédite, dans le même temps, le déplacement du centre de gravité.
Ce qui ne pèse plus recule. Ce qui vient poindre, avance.

La plainte russe — « Les problèmes de l’Occident s’aggraveront s’il maintient sa politique anti-russe.« — est comme un chant d’alarme fatigué, usé par son propre retour d’écho.
Elle n’emporte plus l’adhésion globale comme au début de la guerre en Ukraine, ni même dans une partie de l’Afrique.

En miroir, le discours plus fluide de l’Inde, du Brésil, voire de l’Afrique du Sud devient audible, recevable, adaptable.

Déphasage :
La voix russe résonne de plus en plus dans sa propre chambre d’échos, tandis que la voix des BRICS se cherche une polyphonie nouvelle.

La Samba de Rio, ce n’est plus celle d’un Sud en colère. C’est celle d’un Sud en projet.

Il faut, pour comprendre ce moment, se détacher des anciens paradigmes.

Le non-alignement, aujourd’hui, ne cherche plus à se positionner dans l’équilibre des forces.
Il veut renaître dans une convergence d’intérêts réels, vitaux, systémiques.
Et cette renaissance rejoint le souffle initial de ceux — comme Roosevelt — qui, après la guerre, rêvaient d’un monde couvert par un droit identique pour tous, non pour uniformiser, mais pour garantir la sécurité, la parole et la dignité des peuples.

C’est ce droit, et non un quelconque empire, que les BRICS veulent voir réémerger.
Non pas pour remplacer l’Occident, mais pour rompre avec l’exceptionnalité.
La samba de Rio, ce n’est plus celle d’un Sud en colère. C’est celle d’un Sud en projet.

Pendant ce temps, le moteur de la critique radicale de la mondialisation, trop longtemps alimenté par des figures du ressentiment ou du repli, se disperse désormais dans des satellites idéologiques.

Or, le monde en train d’émerger ne veut plus de ces substitutions.
Il ne veut plus de domination, ni en version “libérale”, ni en version “souverainiste armée”.

Il veut — et c’est ce qui perce à Rio, dans les gestes modestes de Modi — retrouver le chemin d’un universel partagé, non imposé.
Un monde **où l’on ne s’aligne pas parce qu’on se soumet,
mais parce que les intérêts naturels convergent vers une même surface de droit.

> Oui, un soleil se lève, ailleurs. Il n’éblouit pas. Il éclaire.
Un autre se couche, non faute de puissance, mais de perspective.

Le monde change sous nos yeux.
À condition de ne pas le regarder ailleurs avec les yeux d’hier.

La Russie de Poutine s’achève sur un coup d’épée dans l’eau.

Couic.

Il ne reste plus à Vladimir Vladimirovich Putin que l’apocalypse nucléaire. Je ne suis pas sûr qu’il y a intérêt.

Il n’y a strictement rien à défendre.

Poutine est indéfendable.

La Russie va devoir s’atteler à se renouveler.

Elle le peut.

Splash.

Pour en savoir moins👇

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Le soft-power du sport dans le PIF

Le sujet de départ : La communication sur X, ce jour, du Public Investment Fund (PIF), fonds souverain du Royaume d’Arabie Saoudite

“PIF is empowering the game, motivating you to sharpen your skills, think faster, and strive for greatness.
That’s the PIF Effect.
Invested In Better.”


Au-delà du périmètre laconique de cette annonce commerciale datée du 5 juillet 2025 — et qui, pour des fonds aussi massivement liquides que ceux de l’Arabie Saoudite ou du Qatar, consiste d’abord à rechercher, puis à tisser la structure apte à soutenir un investissement — le ressenti médiatique induit se résume à un soupçon d’entrisme.

Ce qui se joue là est révélateur de ce à quoi nous nous sommes laissés exposer.

Par un processus graduel — fait d’injonctions d’abord lentes et imperceptibles, puis de plus en plus puissantes — le catalyseur médiatique a opéré un retournement de sens.

Il a métamorphosé la joie naturelle et innocente des supporters devant le grand spectacle, en motif de culpabilité et de grief généralisé à l’égard du jeu… et de ceux qui auraient le tort d’y céder.

Cette tension est jouable.

Rappelons pourtant que le Jeu n’est pas un charme.
Il est une logique.
Une très grande logique.

Je ne suis pas le seul à le dire.
Peter Gabriel l’a chanté :

Game without frontiers
World without tears


La joie que procure un spectacle est un système de défense difficile à tromper.
Son caractère est immunitaire.

Qui touche aux fondements de la Joie touche aux fondements de la foi — entendue ici comme confiance dans la vie elle-même, et dans son génie extraordinaire à jouer et à faire jouer, à élargir la zone de jeu.


Sur le terme “Soft Power”

La facilité à adopter des formules aussi creuses que celle-ci — Soft Power — produit un effet pervers : elle concentre l’attention sur l’enveloppe lexicale, au lieu d’éveiller l’esprit à ce que cette formule pourrait contenir d’actif.

On finit par prêter à cette expression la puissance d’un principe opérant, alors qu’elle n’est peut-être qu’un excipient d’amidon — une bulle de langage.
Le rayonnement d’une émotion de base devient ainsi le foyer d’une suspicion généralisée, le vecteur supposé d’un poison mental.

Et une fois que l’attention s’est focalisée sur l’instrument que serait un “Soft Power”, celui-ci cesse d’être un contenant.
Il devient le contenu lui-même d’un autre contenant : votre cerveau. Le mien.

Le sport, alors, perd son statut de lieu de rencontre pour devenir un vecteur d’influence — par lequel les “pétro-monarchies”, selon la grammaire médiatique dominante, exerceraient leur entrisme perfide.

C’est ce germe insane qui s’est logé dans les esprits.


Et pourtant, nous devrions nous féliciter que le Qatar, l’Arabie Saoudite, ou les Émirats Arabes Unis consacrent une part significative de leurs fonds souverains à animer le jeu humain — plutôt que de se résigner à ne pas le faire.

Ce serait même l’absence d’investissement dans des activités sportives, pourtant neutres idéologiquement, qui devrait nous inquiéter.

Mais ce qu’on constate, froidement, c’est que l’a priori domine le jeu : l’activisme — souvent très chevronné — de certains prétendus lanceurs d’alerte semble parfois œuvrer à empêcher que la beauté de l’expérience ne s’accomplisse.

Or la beauté entraîne l’amour
et l’amour sauve.

Il y a, force est de le constater, une entité obscure qui ne veut pas que nous nous sauvions les uns les autres.


La Russie comme l’Iran révolutionnaire ont fait — et font encore — un autre usage de leurs flux de trésorerie, issus de la substance énergétique.

  • L’un, au risque de perdre son âme.
  • L’autre, au risque de s’y fourvoyer.

Et perdre son âme est irrémédiable.


Une fois ce précepte posé, le sens des postures multiples — climatisation des stades, températures extrêmes, soupçons de corruption, etc. — s’éclaire autrement : le microcosme médiatique agite des signaux, pour faire plier le macrocosme culturel.


À l’image du PSG qatari, qui réceptionne un ressenti fortement négatif, mis à l’index comme un pestiféré au milieu de la République.

Le malheur du club parisien dans la célébration de ses titres semble sceller davantage encore le bonheur de l’entité à la manœuvre.
Les hooligans comme la “racaille” des cités cristallisent, dans cette perspective, des images de fracture.

Mais ils n’obéissent pas seulement à eux-mêmes :
ils répondent, peut-être, à une programmation supérieure.

Le détail du modus operandi n’est même plus essentiel.
Car, à sa manière, la création d’un contexte déséquilibré appelle les agents pour le déséquilibrer davantage,
comme un mage appelle ses génies malfaisants.

Le Jeu est une logique sacrée que la rumeur s’échine à profaner.
Elle profane tout.
Le Jeu gagne toujours, car le jeu est habité par une seule chose: la grâce.

Dans l’obscurité, l’étincelle du double langage

Le vice-président des États-Unis, J.D. Vance (@VP), a déclaré, le 22 juin 2025 :

> « La Russie et la Chine ne veulent pas que l’Iran développe des armes nucléaires. »

Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, lui a répondu sèchement :

> « La Russie et la Chine n’acceptent aucune ingérence des États-Unis dans leurs affaires intérieures. Toute personne parlant au nom de nos deux pays, sans le faire en notre nom, devrait s’en abstenir. »

Elle a insisté : la Russie et la Chine expriment elles-mêmes leurs positions, par la voie de leurs ministères respectifs. Toute prise de position conjointe doit être explicite, et non supposée.

Mais ce qui est curieux, c’est que Zakharova elle-même s’exprime ici au nom de la Chine — officiellement, et à ses risques et périls.

Ce miroir tendu soulève des questions :
– Vance a-t-il été induit en erreur par ses liens connus avec certains cercles pro-russes ?
– Ou bien a-t-il, sans le vouloir, révélé la duplicité du discours du Kremlin ?

Car, au même moment, Dmitri Medvedev déclarait publiquement que « plusieurs pays » pourraient fournir à l’Iran des ogives nucléaires — contredisant à la fois la position chinoise et la doctrine officielle de non-prolifération.

Ce désalignement tactique révèle une asymétrie plus profonde :

– L’Iran cherche une légitimité stratégique.
– La Russie cherche, elle, un chaos régional maîtrisé, particulièrement susceptible de faire grimper les prix du pétrole pour compenser l’hémorragie de son budget de guerre.

La République islamique d’Iran doit se poser la question :
Quel rôle la Russie veut lui faire jouer ?
Dans quel jeu est-elle réellement impliquée ?

Elle doit hâter sa métamorphose, ou elle pourrait bien se retrouver sacrifiée comme un pion.

Une interrogation existentielle.
Comme Shakespeare aurait pu le dire : To be, or to be used?

Soyons clairs :

Ce que nous voyons se dessiner est peut-être plus qu’une crise diplomatique.
C’est l’esquisse d’un troc silencieux, presque parfait, et difficile à arrêter.

Une reconfiguration des priorités mondiales, où le chaos au Moyen-Orient n’est pas une menace, mais un levier.
Une région volontairement inflammable pour faire grimper le prix des hydrocarbures.
Un Iran livré aux flammes pour payer le prix de l’abandon de l’Ukraine auquel Trump veut contraindre l’Europe et le monde.

Et, dans l’ombre, un nouvel axe en formation — non plus Est contre Ouest, mais une convergence de souverainismes durs, alignant Washington, Tel-Aviv et Moscou.
Une configuration déjà assumée, sans honte, par les droites radicales montantes sur plusieurs continents.

09/08/2035: cette version est, sans doute, à amender.

Kerbala doit être nulle part

Passer de « Kerbala is everywhere » à « Kerbala is nowhere » : déjouer l’instrumentalisation historique. Ne donnons pas à l’ayatollah Khamenei l’occasion de réaliser le coup parfait pour complaire aux calculs de Netanyahu, car lui aussi en fait un qui est loin d’être neutre.

Les tensions géopolitiques autour du dossier nucléaire iranien franchissent aujourd’hui un nouveau seuil critique, avec une radicalisation marquée de l’administration Trump, prête à engager directement les États-Unis aux côtés d’Israël face au régime des mollahs à Téhéran. Cette situation, déjà volatile, menace d’entraîner une escalade incontrôlable pouvant dépasser les frontières du Moyen-Orient.

En 2016, dans une réflexion stratégique intitulée « Vulnérabilité des démocraties à l’âge de la mondialisation », j’avais souligné comment une psyop conjointe orchestrée par la Russie de Poutine, utilisant la palette des nationalismes et des souverainismes en Europe, et l’Iran de Khamenei, instrumentalisaient idéologiquement la question palestinienne. Cette dernière était ainsi formatée pour nourrir diverses « révolutions » (anticapitalistes, altermondialistes, écologistes), cristallisant toutes les dimensions de l’injustice occidentale et des ressentiments anti-coloniaux comme levier stratégique. Pour l’avoir portée, je ne peux être suspect d’aucune sympathie envers ces régimes autoritaires et manipulateurs.

Dans cette crise, il est vraiment impératif de rappeler un élément central, souvent négligé dans les calculs géostratégiques occidentaux : la profondeur symbolique et émotionnelle du chiisme, structuré autour de la martyrologie et d’un ressentiment historique profondément enraciné face au sunnisme. Au cœur de cette sensibilité historique se trouve la bataille de Kerbala (680), où l’imam Hussein, petit-fils du prophète Mahomet, fut tué par les troupes sunnites du calife Yazid. Cet événement tragique constitue, depuis, le noyau spirituel et politique du chiisme, incarnant à la fois l’oppression, le martyr et la nécessité éternelle de la résistance face à l’injustice.

Or, les Etats terroristes
doivent mourir
de leur plus belle mort,
sans faire l’objet
d’un culte
ou d’une réminiscence
quelconques.

Le régime de la République Islamique d’Iran, depuis sa fondation en 1979, a constamment mobilisé cette mémoire collective, cultivant une conscience victimaire qui peut être activée stratégiquement en cas d’agression extérieure. L’Iran a certes récemment cherché une certaine normalisation diplomatique avec l’Arabie Saoudite sous l’égide de la Chine, mais cela ne doit pas faire oublier que, pendant des décennies, Téhéran proclamait avec force « Kerbala is everywhere », vouant le Royaume Saoudien à la damnation et plaçant le martyr au cœur de son identité politique et religieuse.

Pourtant, il est essentiel de passer d’une emprise dans l’inconscient collectif qui scande « Kerbala is everywhere » à un constat lucide : « Kerbala must be nowhere », révélant ainsi que l’évocation permanente de ce martyr est un instrument conscient et délibéré de manipulation historique par la Révolution Islamique d’Iran. Cette dernière, tout en se rapprochant opportunément de l’Arabie Saoudite, masque son jeu par une instrumentalisation habile du conflit israélo-palestinien, espérant ainsi coaliser la Oumma (communauté musulmane mondiale). Ne lui donnons pas l’occasion de réaliser le coup parfait pour complaire aux calculs de Netanyahu, dont la stratégie est loin d’être neutre et elle aussi porte des arrière-pensées dangereuses.
Tout le monde y perdrait.

Aujourd’hui, les déclarations agressives de Donald Trump évoquant explicitement la possibilité d’éliminer physiquement le guide suprême iranien Ali Khamenei, bien que tentantes sur le plan tactique, seraient catastrophiques à long terme. Car un acte aussi brutal ne ferait qu’incarner davantage Kerbala dans le présent. La mort violente du leader spirituel suprême iranien, loin de décourager ses soutiens, risquerait de le sanctifier comme martyr, galvanisant les forces chiites bien au-delà de l’Iran, et enracinant une haine plus profonde et plus durable contre l’Occident.

L’Iran pourrait sombrer dans une instabilité politique profonde, certes, mais son idéologie de résistance et de revanche historique se répandrait, telle une onde de choc, alimentant de nouvelles générations prêtes à prolonger un conflit sans fin. La Révolution Islamique d’Iran n’hésiterait pas, même au-delà des dégâts militaires et civils qu’elle pourrait subir ou faire subir à ses ennemis, à exploiter pleinement ce potentiel martyrisant qu’elle a minutieusement cultivé.
Or, les Etats terroristes nous doivent ce service de mourir de leur plus belle mort, sans faire l’objet d’un culte ou d’une réminiscence quelconques.

Les récentes mobilisations dans les universités occidentales, conjuguant des mouvements anticapitalistes, altermondialistes et écologistes, jusqu’à associer des figures telles que Greta Thunberg et Rima Hassan dans des happenings pro-Gaza, montrent comment l’Iran a réussi à infiltrer subtilement les imaginaires politiques et sociaux occidentaux dont l’agitation et la bordélisation ce qui ne passe pas par pertes et profits pour tout le monde puisque cela sert, au passage, les partis politiques alliés de Poutine, en leur mâchant leur rhétorique, dans la stratégie de faire éclater l’Union Européenne.

L’Occident doit donc mesurer soigneusement ses actions et ses mots. Si la neutralisation de la menace nucléaire iranienne est légitime, elle doit se faire par des stratégies plus intelligentes que le recours à la violence immédiate. Ne jouons pas inconsciemment le scénario écrit il y a plus de mille ans sur les sables de Kerbala.

Il est impératif, aujourd’hui plus que jamais, d’éviter que l’histoire du martyr ne se répète. Car une fois réveillé, le martyr ne meurt jamais. Il vit éternellement, alimentant un cycle sans fin de ressentiment et de vengeance.

Soyons vigilants. Kerbala pourrait bien résonner encore, aujourd’hui et demain, avec des conséquences incalculables pour notre monde déjà fragilisé.

#LeCID

État de l’Union : Du principe à la paralysie, de la paralysie à l’élan

Introduction : Une trouvaille sémantique devenue piège politique

L’opposition entre Approfondissement et Élargissement a longtemps été présentée comme un clivage fondateur de la construction européenne.

On en a fait une grammaire de la stratégie communautaire, un axe de discussion technique et institutionnelle.

En réalité, cette opposition repose sur une trouvaille sémantique qui a masqué un fait fondamental : l’élargissement n’a jamais été un principe libre ou concurrent, mais une variable subordonnée à l’approfondissement, selon les critères de convergence posés par l’Union elle-même.

Autrement dit : on ne devait élargir qu’à condition d’être capable d’intégrer. Ce n’était pas un dilemme, mais une logique. Une logique de gouvernabilité.

Le pivot : un principe biaisé, infiltré, détourné

Le vrai tournant politique n’a pas été d’élargir.

Il a été de biaiser le principe même de cette relation délicate entre extension et consolidation.

Le discours politique, en particulier à droite, a progressivement infiltré idéologiquement ce principe pour en faire un vecteur d’attentisme, puis de renoncement.

On n’évoquait plus l’approfondissement pour préparer l’élargissement.

On utilisait l’un pour bloquer l’autre.

On déplaçait le centre de gravité de la stratégie européenne : de la capacité à s’étendre sans se diluer, vers la peur d’être transformé par ce qu’on pourrait accueillir.

Dans cette inversion, les biais concurrentiels se sont engouffrés :

-Le « plombier polonais » comme menace sur le marché de l’emploi,

-Les agricultures de l’Est comme menace sur la PAC,

-L’immigration intra-européenne comme facteur d’insécurité ou de déracinement,

-La chrétienté comme dernier rempart identitaire.

On est passé d’un projet à une peur. D’un dessein à un doute. D’une politique à un repli.

L’effet géopolitique : servir ce que l’on croyait contenir

Ce renoncement stratégique n’a pas eu lieu dans le vide. Il a eu lieu dans un contexte où la Russie de Poutine, hostile à toute extension du modèle européen dans son voisinage, n’avait qu’une stratégie à suivre : le statu quo. Son soutien objectif aux partis nationalistes et souverainistes, partout, s’inscrivait dans cette stratégie des relais locaux.

En affaiblissant la dynamique européenne au nom de prétextes internes, les détracteurs de l’élargissement ont objectivement servi l’intérêt d’une Russie impériale, qui ne souhaitait rien de plus que de voir l’UE divisée, paralysée, incertaine d’elle-même.

Pendant qu’on polémiquait sur la directive Bolkestein, d’autres redessinaient les sphères d’influence en Ukraine, en Moldavie, dans les Balkans. Pendant qu’on arguait de la « fatigue de l’élargissement », l’histoire revenait avec fracas.

Ce que l’Histoire attend de l’Europe maintenant: qu’elle réponde présent

On ne peut rien modifier au passé. Mais on peut l’éclairer de lucide manière, et cesser d’en faire une fatalité.

Il n’est plus temps de débattre indéfiniment du bon tempo entre élargir et approfondir. Il est temps de se demander si l’Europe veut encore être un sujet géopolitique, ou seulement un objet de rapports de force internes et d’impuissance externe.

Une Europe digne de ses peuples n’est pas celle qui calcule à l’infini les risques de bouger, mais celle qui assume, par la raison, la nécessité d’avancer.

Conclusion

Cette Europe ne pourra survivre — ni rayonner — qu’en créant les moyens de sa propre défense. Et la défense, qu’elle soit militaire, économique, énergétique ou démocratique, ne naît jamais de la tergiversation.

Elle naît de l’élan, de la clarté du dessein, et surtout de l’envie de faire bloc ensemble — non par réflexe identitaire, mais par ambition collective.

Faire bloc, non pour se replier, mais pour exister.
Non contre le monde, mais pour peser dans son destin.

C’est à cette condition que l’Europe cessera d’être un projet suspendu, pour devenir un projet pleinement assumé, pleinement partagé, pleinement souverain.

De la mondialisation malheureuse à la démondialisation à pleurer

En rejetant, au motif que la mondialisation était malheureuse, un système imparfait mais régulé, le monde s’expose à un désordre encore plus grand, où les rapports de force dominent. Il est essentiel de repenser les mécanismes de coopération internationale pour éviter que la démondialisation ne nous plonge définitivement dans le chaos et l’injustice. La question est : avec ou sans la Chine, qui a été la grande bénéficiaire de la mondialisation malheureuse?

Depuis plus de vingt ans, l’Europe et, plus largement, l’Occident semblent engagés dans une série de rendez-vous manqués avec l’Histoire. Chaque peuple s’applique, avec un zèle déconcertant, à ne plus honorer les rendez-vous qu’il s’était fixé avec lui-même, trouvant mille prétextes à bannir un projet de civilisation fondé sur la coopération, la régulation, et la dignité humaine.
Pour les Français, cibles du terrorisme islamique, cibles de la Russie, il s’est agi de faire mentir et de renier leur goût pour l’universalisme. De démentir, comment dans les années, leur adn.

Le 11 septembre 2001 marque la fin brutale d’une certaine innocence occidentale et inaugure une période où la peur, la méfiance et le repli sécuritaire prennent le pas sur la confiance et l’ouverture.
« La fin de l’histoire » de Francis Fukuyama érigé sur les décombres du mur de Berlin rencontre les eaux froides du « Le choc des civilisations » de Samuel Huttington.

Tout ce qui, jusque-là, coulait de source cesse de couler de source.

Quelques années plus tard, en 2005, l’Europe rate un rendez-vous décisif avec elle-même : le référendum sur la Constitution européenne. La dynamique ambitieuse de construction d’une identité politique commune est stoppée net.


Une trouvaille sémantique, parfaitement traduisible en alphabet cyrillique, fait son apparition favorisant l’idée que le temps de l’Europe devait être celui l’approfondissement plutôt que celui l’élargissement.


Ironiquement, c’est le spectre caricatural du « plombier polonais » – symbole d’une peur irrationnelle que l’ouvrier français soit dépouillé par l’ouvrier polonais – qui contribue à détourner le regard des Européens de leur avenir commun.
Se pouvait-il que le plombier polonais ait pu être un agent d’influence russe ?

Vient ensuite la crise financière de 2008, fruit d’une dérégulation excessive et d’une mondialisation qui subit le procès d’être devenue incontrôlable et prédatrice. Celle-ci nourrit une critique radicale du libre-échange, le présentant comme source d’inégalités croissantes, de destruction économique locale, d’érosion culturelle et d’être antinomique avec la lutte contre le changement climatique. Ainsi se forge le concept de « mondialisation malheureuse ».

Pourtant, en rejetant radicalement ce modèle certes imparfait mais régulé, l’Europe s’est privée elle-même des outils indispensables à son influence sur l’ordre mondial. L’échec du traité TAFTA, en 2016, en est la parfaite illustration.


Vladimir Poutine n’a jamais caché qu’il considérait ce traité comme « une manifestation de l’égoïsme économique de l’Occident ». Il l’a dit, à la tribune des Nations Unies.


Ironiquement, en refusant ce projet qui aurait pu donner naissance au plus grand espace économique intégré au monde, l’Europe a involontairement favorisé les intérêts de ceux qui préfèrent une Europe divisée, fragmentée, isolée – et donc vulnérable.


Les historiens, à froid, analyseront ce qui s’est passé réellement, au-delà des représentations politiques et du ressac médiatique que cela provoque. Cela mérite un rapport clinique car il s’agira, à un moment, d’édifier notre postérité, qui doit commencer aux générations qui héritent de ce sombre et lourd fardeau que nous avons, par faiblesse, par indiscipline, parce que notre ennemi est trop fort et trop rusé, laissé se constituer.


Aujourd’hui, la situation s’est encore aggravée. Les États-Unis sous Trump ont choisi une forme de démondialisation brutale et chaotique, dominée par le protectionnisme et le rapport de force.
L’Europe, quant à elle, semble errer dans ses propres contradictions internes, affaiblie par ses choix passés.


Cette prise de conscience historique doit nous inviter aujourd’hui à lever le regard, à sortir de l’immédiateté étouffante du quotidien et à nous retrouver dans une véritable perspective historique.

Comprendre ce dont nous avons été victimes est la première étape indispensable pour élaborer une riposte réparatrice à l’heure où les nationalismes, les souverainismes et les isolationnismes se préparent à sabler le champagne. Il ne s’agit plus seulement de réagir, mais de reconstruire activement les fondations d’une coopération internationale éclairée, solidaire et juste.


Pour cesser de péricliter, il faut que les Européens embrassent maintenant leur destin européen et le rendent irrésistible.

Le choix de l’Europe face à un monde voué à s’autodétruire

Est-ce qu’une culture politique qui n’embrasse plus, ni n’appelle, le destin de l’Homme conserve une chance de sortir des êtres humains et des sociétés des impasses ontologiques dans lesquelles ils finissent par se placer ?

La notion de liberté recouvre énormément de signification, mais la première des libertés est vraisemblablement une liberté de dimension prophétique ou biblique par laquelle est procuré à un peuple la clé qui lui permet de s’extraire d’une impasse, et de se renouveler.

Ce n’est pas sans raison que je me crois obligé d’insister sur la notion d’impasse ontologique car il me semble que la pensée occidentale, dans son continuum, qui définit mieux l’Occident qu’un seul espace géographique, est dans une telle impasse.

La notion d’impasse ontologique – à l’échelle du destin d’un peuple ou d’un ensemble de peuples – renvoie à une situation où ces peuples se trouvent bloqués dans leur développement ou leur progression à cause de problèmes fondamentaux liés à leur existence même et à leur compréhension de leur propre essence.  

Nous sommes, il me semble, dans la situation où ce peuple – ou cet ensemble de peuples – se trouve, c’est-à-dire dans une stagnation ou un blocage profond, non pas en raison de circonstances économiques, politiques ou sociales immédiates, mais du fait de problèmes fondamentaux liés à leur existence, leur identité, leur vision du monde et leur compréhension de leur propre essence et de leur place dans le monde.

Si les pères fondateurs des démocraties modernes ont distingué les droits de l’Homme et du Citoyen, est-ce par pur sophisme, ou pour spécifier, au-delà de l’état civil, que l’un et l’autre ont des aspirations et des soifs différentes.

La démocratie relève du Citoyen ; la nation procède de l’Homme.

Que se passe-t-il quand la politique ne parle plus à l’âme des peuples ? Nous avons le résultat sous les yeux. Cela nourrit le sentiment que la situation est insoluble et que le sort de la société ne va pas s’améliorer.

La tentation, alors, est au statu quo. La tentation, c’est l’illusion de l’autoritarisme et du retour en arrière.

C’est un signe d’extinction. Mais il n’a rien à voir avec le péril jaune ou l’agitation de la peur du grand remplacement.

En fait, c’est notre vitalité, notre volonté à être, qui s’étiole et nous nommons cette carence par un nom qui nous semble d’autant plus supportable qu’il nous défausse de notre responsabilité, en accusant, par exemple, la vitalité, supposée conspiratrice, d’une communauté stigmatisée comme étrangère.

L’immigration porte, aujourd’hui, ce débat-là comme l’antisémitisme porte en lui d’autres relents.

Il faut voir au dedans ce que cela contient et anime, de la part de soi et de la part de l’Autre, et ne pas fuir car toutes nos réponses – donc toutes nos solutions – sont dans cette élucidation et dans les fruits de cette analyse.

La politique sert à sortir des mirages et des illusions pour se rapprocher du réel.
Elle n’est libératrice qu’à ce prix et qu’à cette condition.

A partir de quand a-t-on commencé à enfermer la démocratie dans des impasses ontologiques qui ne permettent plus de s’adresser à tous, en désignant un grand horizon commun ?

Un grand horizon commun, ce n’est pas un horizon inaccessible. C’est une perspective qui fait déjà partie de nous et qui nous agrandit.

Nous nous déshydratons.

Nous nous desséchons.

Nous crevons de cela.

Notre destin collectif est en train de nous échapper, ce qui est le pire qui peut arriver à des démocraties.

Est-ce la faute de l’immigration ? Est-ce la faute de l’islam ? Est-ce la faute de l’Europe ?

C’est, surtout, la faute au grand et inexplicable silence sur l’essentiel que nous avons accepté d’installer avec pour piètre satisfaction d’y voir le matérialisme seul porter son écho dans les espaces laissés vacants.

Et la politique se morfond dans l’interaction aride des sondages et du cahier de propositions, sans oser dire, d’abord et surtout, à un peuple, en dignité, qui il est et qui il se doit d’être, où se trouve et par quoi se fonde sa confiance.

Ainsi la source s’est-elle tarie et, pour en tromper la gravité, nous nous adonnons à toutes les surenchères émotionnelles et à tous les artifices possibles et imaginables.

Nous évitons de nous rencontrer en vérité de crainte de ne plus découvrir le peuple que nous savons devoir être.

Cette inconséquence est la plaie qui ouvre toutes les autres.

C’est donc celle qu’il faut refermer pour espérer refermer toutes les autres et dieu sait qu’il y en a.

L’avenir d’une civilisation ne peut pas se mesurer autrement que par les enfants qu’elle engendre et les clés que nous leur façonnons pour comprendre et agir pour le monde. L’immortalité – ou la pérennité d’une civilisation – se fonde sur cette transmission.

La portée de l’imagination et de l’intelligence humaines n’a pas d’autre dessein que de parfaire notre système collectif de résolution en vue de permettre aux générations de s’adapter aux exigences et mouvements de leur temps.

De ce point de vue, bien plus que l’Europe vue comme mortelle par le président Macron lors de son discours à la Sorbonne le 25 avril 2024, c’est notre génération qui est une génération mortelle.

Elle se vit déjà en deuil d’elle-même.

Elle l’est au sens de l’épuisement de sa volonté, de son élan vital, et c’est notre responsabilité de réanimer ce corps meurtri et fatigué.

Nous avons toujours le choix d’être une génération immortelle au sens de sa capacité de renaissance et de la nature de la parole qu’elle livre.

Il ne faut pas se tromper.

Si nous débarrassons la scène des gesticulations, nous sommes vraiment engagés dans un grand dialogue entre des puissances majeures, utilisant des modes divers allant de la guerre au terrorisme, en passant par le soft power et la maîtrise des matières premières.

Le réel, c’est ce théâtre complexe où s’entrechoquent, aujourd’hui, des interprétations du monde, et non sa dilution dans le mouvement des actualités.

C’est dans ce contexte que l’Occident, en tant que pensée, doit comprendre pourquoi il a son mot à dire et pourquoi ce mot est légitime, car consubstantiel, dans l’histoire humaine.

L’Occident doit justifier, à nouveau, sa voix par la profondeur de ses valeurs, l’acuité de son interprétation du monde et de ce qui s’y noue et la force de sa raison, démontrant ainsi son rôle essentiel dans l’évolution de la civilisation mondiale.

A ce jeu-là, et à cette condition-là, l’Occident peut apporter, pour que chacun s’en saisisse et la reconnaisse aussi comme sienne, la forme de la clé qui sauve le monde de lui-même.

S’il ne produit pas cela, le destin du monde nucléarisé sera dominé par des antagonismes et des déséquilibres tels que celui que la Russie a engagé avec l’Ukraine, ou pire encore, par l’ombre que la Chine avec ses 1,5 milliard d’habitants fait peser sur les 23 millions de Taïwanais, pourrait être tentée de suivre.
Je suis persuadé qu’on n’imagine pas le nombre d’ombres que beaucoup sont tentés, aujourd’hui, de faire glisser.

Le monde multipolaire ne peut pas être ce monde-là. Ce monde-là est un monde voué à s’autodétruire.

Nous avons le devoir de délivrer l’alternative intelligente et viable à ce monde invivable.
L’Europe possède les vertus pour accomplir cela.
C’est ainsi qu’elle ne mourra pas: en faisant revivre ce qui va au-delà d’elle-même.