Pourquoi avoir sauvé et libéré l’architecte du 7-Octobre-2023

Voici une synthèse documentée sur l’émergence de Yahya Sinwar au sein du Hamas et les implications de l’échange pour Gilad Shalit, qui introduit et active la pièce dure d’un dispositif qui aboutit au 7-Octobre-2023.

Dans une démocratie qui se regarde au fond des yeux, ce sujet et la disproportion de l’échange avec le soldat Gilad Chalit, qui a eu des morts – bien avant octobre 2023 – pour conséquence, aurait été politiquement et judiciairement interrogé.

1. Profil d’émergence de Yahya Sinwar

>Origines : né en 1962 dans le camp de réfugiés de Khan Younis, Sinwar rejoint le Hamas dès 1987. Il devient l’un des fondateurs d’al‑Majd, la branche sécuritaire chargée d’éradiquer la collaboration avec Israël. Il gagne la réputation de « Boucher de Khan Younis » pour ses exécutions de Palestiniens accusés de trahison. 

Prison et radicalisation : emprisonné en 1988 pour vingt-deux ans, il accrut son influence parmi les détenus, organisa une grève de la faim, étudia l’hébreu et la stratégie israélienne, et survécut à un cancer traité en prison par des médecins israéliens. 

Ce n’est pas exactement un type de profil que l’on s’attend à voir « sauvé », ni intégré, compte tenu de son charisme et de son caractère irréductible, dans l’échange massif de 2011.

Après la libération : libéré en 2011 dans l’échange pour Gilad Shalit, il est accueilli en héros à Gaza. En moins d’un an, il est élu au bureau politique local et s’impose comme dirigeant de facto à Gaza dès 2017. En 2024, il devient chef officiel du Hamas après la mort d’Ismaïl Haniyeh. 

Architecte de l’attaque du 7 octobre : réputé pour son intelligence tactique et sa détermination, il incarne l’aile dure du Hamas et planifie l’opération la plus meurtrière contre Israël depuis 1948. 

2. ✉️ L’échange avec Gilad Shalit : impact et dynamique

>Nature de l’échange : en octobre 2011, Israël libère 1 027 prisonniers palestiniens, dont Sinwar, en échange du soldat Gilad Shalit, captif depuis 2006. Cet échange est considéré comme « le plus déséquilibré » de l’histoire israélienne. 

Accélérateur de carrière : dès sa libération, Sinwar refuse de signer une promesse d’arrêt des violences, et mobilise la foule à Gaza en demandant de nouvelles captures de soldats comme leviers. Il devient rapidement une figure centrale du Hamas à Gaza. 

>Effet public : la population de Gaza célèbre massivement les libérations. Cet événement légitime le Hamas comme champion de la cause palestinienne, renforçant sa légitimité interne et régionale. 

Conséquences sécuritaires pour Israël : le gouvernement israélien fait état de dizaines de morts civils causés par des militants libérés dans l’échange, notamment entre 2012 et 2019. 

3. ✅ Synthèse & portée stratégique

Ascension de Sinwar ->Formation dans les rangs du Hamas, ascension via la prison, retour à Gaza en leader charismatique puis chef suprême.
Effet Shalit ->L’échange renforce le prestige du Hamas, crédibilise la tactique des enlèvements et consolide le poids de Sinwar.
Analyse stratégique-> Cet échange marque un moment clé où Israël, en libérant Sinwar, active la pièce fonctionnelle d’un adversaire dur, enraciné dans son idéologie.

Israël-Hamas: le meilleur abominable

Israël n’a pas simplement répondu à un ennemi, il l’a choisi, structuré, et rendu indispensable à sa stratégie d’expansion politique et territoriale — quitte à exposer sa propre population. Une lecture à la lumière d’un théorème de Freund à trois dimensions, où l’ennemi n’est plus un fait, mais l’instrument du pan-sionisme.
Ce qui est survenu n’est pas une dérive accidentelle, mais résulte d’un stratégie rationnelle et cynique, où l’on fabrique un ennemi abominable pour s’interdire toute concession. Pour être soi-même le meilleur abominable.
Un ennemi qui, par son existence, légitime la propre radicalisation d’Israël, redonne corps au messianisme et au grand Israël biblique et scelle l’échec du projet palestinien.

Le 2 août 2025, Razi Hamed, membre du bureau politique du Hamas, a fait une déclaration sur la chaîne Al Jazeera destiné à lier directement l’attaque terroriste de grande ampleur menée ce jour-là au progrès diplomatique international que représente l’adhésion de plusieurs pays, dans le sillage de la France, qui mobilise ses réseaux et son autorité morale et diplomatique en faveur de la solution à deux Etats.

Les images insoutenables d’otages émaciés, diffusées dans le même cycle d’information, renforcent ce cadrage affectif, contribuant à délégitimer toute initiative diplomatique, y compris celle portée conjointement par la France et l’Arabie saoudite, qui appelle au désarmement du Hamas et à son exclusion de toute représentation de la cause palestinienne.

« L’initiative de plusieurs pays de reconnaître un État palestinien est l’un des fruits du 7 octobre », revendique un cadre du hamas. Il sert la propagande israélienne aux dépens du peuple que le hamas prétend servir.

Cette déclaration, bien que recueillie isolément, a été activement relancée dans la doxa israélienne pour discréditer cette initiative : magnifier l’irréductible radicalité du Hamas, alimenter la peur via des images d’otages décharnés, et ainsi miner l’option de la reconnaissance ou de la médiation.

Parallèlement, plusieurs pays arabes – réunis dans la déclaration de New York coprésidée par la France et l’Arabie saoudite – ont condamné le Hamas, exigé son désarmement, son exclusion du pouvoir et sa soumission à l’Autorité palestinienne.

Cela est occulté par l’Israël de Netanyahou ce qui oblige, toujours plus, à analyser le noeud d’ambiguité qu’a toujours entretenu Israël, depuis l’assassinat d’Itzak Rabin, avec l’entité hamas.

Il est clair que l’état hébreu est passé, au long des gouvernances Netanyahou, de la tolérance initiale au soutien indirect. Dans les années 1970-80, alors que l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine) domine la scène palestinienne, Israël tolère — voire encourage — la structuration du Mujama al-Islamiya, réseau islamique piloté par Ahmed Yassin. Ce réseau est l’embryon du Hamas.

Le calcul stratégique est clair : affaiblir l’ennemi laïc, structuré et diplomatiquement actif (le Fatah, l’OLP), en soutenant une mouvance islamiste perçue comme rivale idéologique. C’est une politique de « diviser pour régner » appliquée à l’échelle d’un peuple en résistance.

> Ce n’est pas une erreur d’analyse. C’est un choix assumé.

La Charte fondatrice de 1988 n’est pas et n’a jamais été ambiguë : elle appelle à l’éradication de l’État d’Israël et fonde la lutte sur une lecture eschatologique du conflit. En nourrissant ce monstre, Israël savait ce qu’il faisait, et surtout, n’en doutons plus, même si cela crève le coeur de l’admettre, il sait pourquoi il l’a fait.

Cette radicalité doctrinale ne conduit pas Israël à couper les liens ou à s’ériger frontalement contre l’organisation dès ses débuts. Elle est tolérée tant qu’elle fragilise les aspirations politiques unifiées du peuple palestinien.

Donner le pouvoir au Hamas pour qu’il transforme le peuple palestinien en le passant au laminoir islamiste est l’effet recherché. C’est le blanc-seing privé au dessein le plus noir qui se puisse être. Cela discrédite les prétentions des Palestiniens à la souveraineté. Israël sait comment utiliser ces images-là. 

Netanyahou n’a pas inventé le Hamas, mais il a fait le choix de le favoriser et de l’entretenir. Il est aujourd’hui prouvé que, durant ses mandats (depuis 2009 en quasi-continu), Israël :

  • a autorisé l’entrée de centaines de millions de dollars en provenance du Qatar à destination de Gaza
  • a ralenti et miné toute tentative de réconciliation inter-palestinienne, entre Hamas et Autorité palestinienne
  • a publiquement justifié l’existence d’un Hamas fort comme contrepoids utile à l’État palestinien

Yahya Sinwar opéré en Israël en 2006 : une ambivalence fondamentale

Fait établi. Le futur architecte des attentats du 7-Octobre-2023 a été opéré à l’hôpital Soroka (Beer Sheva) d’une tumeur au cerveau (*) alors qu’il purgeait une peine de prison. Dès la fin des années 80, il est baptisé le  « Boucher de Khan Younis » pour ses exécutions de Palestiniens accusés de trahison.

  • Cette opération médicale est confirmée par les médias israéliens et internationaux (Business Insider).
  • Il est libéré en 2011 lors de l’échange pour Gilad Shalit, lors de l’échange de prisonniers le plus déséquilibré (1 contre 1026).

➡️ Ambivalence manifeste : un État sauve la vie de celui qu’il désignera plus tard comme ennemi n°1.
➡️ Cet ensemble d’ambiguités est connu de tous les cadres du Hamas. Cela ne les empêche pas d’en faire un symbole, presque messianique.

> « Quiconque veut empêcher la création d’un État palestinien doit soutenir le Hamas.« 
— Benjamin Netanyahou, cité par le Times of Israel, 2019.

En rendant indissociable la cause palestinienne de la figure du Hamas, Israël a réussi à criminaliser tout espoir d’une représentation légitime, pacifiée, diplomatiquement audible du peuple palestinien.

☢️Le prix à payer : le sang des innocents

La stratégie inclut la tragédie. La stratégie appelle la tragédie. Israël savait. Il savait parce qu’il ne pouvait pas l’ignorer – je fais, ici, confiance à sa profondeur de lecture et d’écriture de l’histoire – que ce soutien indirect, cette tolérance de facto, exposerait ses civils à des représailles violentes. Le 7 octobre 2023 en est l’incarnation extrême. Mais cela ne disqualifie pas la stratégie, bien au contraire : elle la parachève.

Le traumatisme national devient la preuve irréfutable qu’aucune paix n’est possible avec cet ennemi. Et cet ennemi, Israël ne l’a pas simplement combattu : il l’a façonné.

Le théorème de Freund en trois dimensions

> « L’ennemi, c’est celui qui vous désigne comme tel, quelles que soient vos intentions. »
— Julien Freund

Première lecture (immédiate) : Israël est l’innocent agressé. Le Hamas le désigne comme ennemi existentiel.

Deuxième lecture : Israël instrumentalise son ennemi pour diviser le camp adverse (Fatah vs Hamas).

Troisième lecture : Israël désigne lui-même son ennemi — non par réaction mais par choix stratégique — parce que cet ennemi-là légitime la guerre permanente, l’expansion sécuritaire, le refus de compromis, et la consolidation d’un projet post-national fondé sur l’assiègement.

Conclusion : une stratégie fondée sur le paradoxe moral

Israël a choisi un ennemi qu’il savait haïssable, non pour le comprendre ni l’amadouer, mais pour rendre son propre jusqu’au-boutisme inattaquable.
Il ne s’agit plus d’une tragédie où deux camps s’affrontent en s’infligeant mutuellement des douleurs :
c’est une théâtralisation contrôlée de la menace, dans laquelle Israël instrumentalise le pire pour disqualifier le moindre espoir de solution diplomatique.

> Le sang versé est réel. Mais la guerre est devenue un mécanisme d’autolégitimation qui ne se nourrit que du langage de sa monstruosité. Tout est sensé capituler devant cette force.

(*)Y a-t-il eu des soins pour Sinwar ? Oui, un traitement urgent et salvateur a été effectué en prison par des médecins israéliens.
Est-ce une politique normale ? Non. C’est un cas isolé, exceptionnel dans l’histoire des soins hospitaliers aux prisonniers palestiniens.
La prise en charge médicale est-elle habituelle ? Non. Les témoignages décrivent plutôt des cas de négligences médicales graves, voire mortelles.

What Israel Is Losing Is Not a « Narrative »-It’s Its Historical Legitimacy

Response to Herb Keinon’s Article – Jerusalem Post Op-Ed
By Daniel Ciccia

What the State of Israel is losing today is not a matter of poor communication, nor a defeat in the battle of images. What Herb Keinon, in his op-ed published by the Jerusalem Post, describes as a « strategic disaster » due to a lack of narrative control is not a failure of diplomatic storytelling—it is far deeper: it is the loss of a moral and historical credit that had, until now, been widely granted to Israel, often blindly.

Israel is not losing a battle of perceptions. It is losing the lucid trust of peoples and states, including among its most steadfast allies. And this is not the result of media bias or a supposed failure to communicate « Israel’s side of the story. »

It stems from what the extreme violence administered—yes, administered—in Gaza actually means: an opportunistic effort to establish territorial hegemony and to definitively expel the Palestinians from any possibility of claiming a national home, of investing in their own historical narrative. This violence is not merely an excess of war. It is part of a deliberate strategy, one in which Hamas itself acts to obstruct any resolution.

So yes, the initiative to revive the two-state solution responds to public emotion and to the suffering of the Palestinian people—crushed between Hamas and the IDF—but it is not driven by emotion alone.

A rational analysis is gradually asserting itself, laying the groundwork for a reasoning based on law, reparation, and justice, in light of what has happened, and what is still happening, to ensure that the dispossession of a fundamental Palestinian right fails—because the narrative framework that justifies it is now under serious scrutiny.


A Political, Not Just Moral, Indignation

The indignation that is rising is not circumstantial, and it is not purely moral. It stems from a strategic realization: Israeli policy under Benjamin Netanyahu—over twenty years in power, a tenure rivaling that of Vladimir Putin—has weaponized the post-Rabin ambiguity to methodically push the boundaries of a Greater Israel that dares not speak its name, except on the margins of government coalitions, while never acknowledging its betrayal of the Oslo Accords.

This ambiguity allowed Israel to maintain a dual posture: speaking peace while enacting colonization. But that era is over. The time for clarity has come. And this clarity is not demanded by Israel’s enemies—it is demanded by its democratic friends, by global civil society, and by many Jewish voices themselves, weary of seeing their history taken hostage by a political agenda that disfigures it.


Europe Steps Forward, Head Held High

It is Europe, today, that restores dignity to diplomacy.
France, by advancing a new initiative with Saudi Arabia for the revival of the two-state solution, chooses to face History with unflinching resolve.

It no longer lets its foreign policy be dictated by the inertia of old alliances, but by a demand for coherence—between its principles, its past, and its responsibility toward the future.

Germany, for its part, is initiating a major symbolic shift: it no longer satisfies itself with unconditional support and begins to free itself from the reflex of absolute solidarity dictated by its memory.

The United Kingdom, meanwhile, is making a notable diplomatic turn, reflected in symbolic gestures and a shift toward the French position of recognizing Palestine.

This is no longer a reaction to shocking images from Gaza. It is a recognition of a moral and strategic dead end, and a call to act accordingly. These countries, explicitly or implicitly, are saying that Israel’s impunity—long protected by the memory of the Holocaust—cannot last forever, and that the two-state solution remains the only viable path, as long as it ceases to be a fiction.


A « Narrative War »? Against a Diplomatic Juggernaut

To claim that Israel is a victim of poor communication is a spectacular inversion of reality. Never has a state enjoyed such a vast and internationalized apparatus for narrative defense: think tanks, shadow diplomacy, media allies, and academic influence. France itself is a striking example.

While much has been said—often justly—about the rise of “Islamo-leftism” in academic circles, far less attention is given to the spread of pan-Zionist discourse in universities, media, and foundations. This narrative machinery stifles critical thought, brandishing accusations of antisemitism at anyone who dares question Israeli policy. Antizionism is, by definition, labeled a form of antisemitism—yet it’s baffling how pro-Hamas ultraleftists embrace this logic so passively, knowing full well it reinforces Israel’s strategic posture.

Foolishness doesn’t explain it all. Doctrinaires are rarely stupid.


Naming Pan-Zionism

Pan-Zionism, as I propose to define it, marks the ideological overflow of historical Zionism into a logic of perpetual expansion, systematic conflation, and political impunity. This conflation—between Judaism, the Jewish people, and the Israeli state—is not only untenable. It is dangerous.

It obstructs peace, as it bans any political critique under the guise of memory protection. It is, like the misuse of the Kabbalah in this context, a weaponized Godwin point.

Rejecting the reading offered by pan-Zionism is not a denial of Jewish history. It is a refusal to let that history be instrumentalized to obscure the suffering of another people. It is the defense of Israel’s right to exist within a shared legal framework—not atop the ruins of law itself.


A Revealing Paradox: Pan-Zionism and Islamo-Leftism Feed Each Other

It is not the least of paradoxes that pan-Zionism derives part of its legitimacy from the very thing it denounces: Islamo-leftism. Each reinforces the other. Each uses the other’s excesses to justify its own, in a polemical symbiosis that prevents any nuanced thinking. Democratic thought is trapped in confrontation, reduced to the destructive paroxysm of binary opinion. Every form of terrorism thrives in this soil.

In this context, Russian manipulation—aimed at exacerbating identity fractures and dislocating democracies from within—pushes the distortion even further. But the resulting cognitive fog, by casting harsh light on the machinery of extremes, also reveals the underlying architecture. It exposes conditioned reflexes. It clarifies what was previously obscured.

Thus, the apparent chaos can hasten the necessary clarification—and compel democratic societies to reclaim their discernment, and the path of real politics, of statesmanship. Europe seems to be leading the way. Others will follow.


Trump, Netanyahu, Putin: Reality Is Taking Hold

Donald Trump now offers unwavering support to Israel and currently questions—through his uniquely theatrical style—the merits of recognizing a Palestinian state. Many have caricatured him, but in truth, he acts with a form of strategic lucidity. And in his way, he serves as a mirror—one before which even Putin can no longer dissimulate.

Trump likely understood why Israel objected to his own assessment of Iranian nuclear neutralization. Where Trump sought to contain, affirming that Iran no longer had military nuclear capacity, Israel countered with an alternative narrative: that the nuclear threat remained intact. It demanded massive strikes. It called for all-out war.

That moment is no longer current—but it revealed much. It showed two things: Trump does not blindly follow Israel, and Trump reads the real. He is reading it now. And perhaps that is what most distinguishes his posture—and what made Benjamin Netanyahu’s recent gesture so hollow: publicly handing Trump a copy of the letter he sent to the Nobel Committee to propose him for the Peace Prize.

Some movies don’t make it in Hollywood. Hollywood is not a nightmare machine. It’s a dream machine—with, perhaps, screenwriters still worth listening to.

Ce qu’Israël est en train de perdre n’est pas un “narratif”, c’est sa légitimité historique

Réponse à l’article de Herb Keinon – Tribune du Jérusalem Post
Par Daniel Ciccia

Ce que l’État d’Israël est en train de perdre, aujourd’hui, contrairement à ce que développe Herb Keinon dans sa tribune publiée le 01/08/2025 dans le Jerusalem Post ne relève pas d’un simple déficit de communication, ni d’un combat perdu dans la guerre des images. Ce que Herb Keinon décrit comme un « désastre stratégique » dû à une absence de récit maîtrisé, n’est pas une défaite dans le domaine du storytelling diplomatique – c’est bien plus profond : c’est la perte d’un crédit moral et historique qui avait, jusqu’ici, été largement accordé à Israël, souvent même à l’aveugle.

Israël ne perd pas une bataille de perceptions. Il perd la confiance lucide des peuples et des États, y compris parmi ses soutiens les plus solides. Et cela ne résulte pas d’un biais médiatique, ni d’un prétendu échec à faire entendre “le bon côté de l’histoire”.
Cela provient de ce que signifie l’extrême-violence administrée à Gaza, en termes d’opportunisme pour asseoir une hégémonie territoriale, et expulser, définitivement, les Palestiniens de la possibilité de disposer, eux aussi, de leur foyer national, d’investir leur propre histoire.
Cette violence n’est pas un simple débordement de la guerre. Elle s’inscrit dans une stratégie où le hamas intervient lui-même pour empêcher la réalisation.

Alors, oui, l’initiative visant à relancer la solution à deux États répond à l’émotion publique et à la souffrance du peuple palestinien, laminé entre le hamas et tsahal, mais elle n’est pas dictée que par l’émotion.
Une analyse rationnelle s’impose peu à peu, et elle commence à dresser les fondements d’un raisonnement de droit, de réparation et de justice, en regard de ce qui s’est passé, de ce qui se passe, pour que la spoliation d’un droit fondamental des Palestiniens échoue — parce que la trame sur laquelle cela se joue est désormais sujette à caution.

Une indignation politique, pas seulement morale

L’indignation qui monte n’est pas conjoncturelle, et elle n’est pas que morale. Elle s’appuie sur une prise de conscience stratégique : la politique israélienne sous Benyamin Netanyahou – plus de vingt ans au pouvoir, une longévité proche de celle de Vladimir Poutine – a instrumentalisé le flou post-Rabin pour étendre méthodiquement la frontière d’un Grand Israël qui ne dit jamais son nom qu’aux marges des coalitions gouvernementales, sans jamais assumer sa rupture avec les accords d’Oslo.

Ce flou a permis à Israël de conserver une posture ambiguë entre discours de paix et politique de colonisation. Mais ce temps est révolu. Le temps de la netteté est venu. Et cette netteté n’est pas imposée par les ennemis d’Israël — elle est exigée par les démocraties amies, par la société civile mondiale, et aussi par de nombreuses voix juives elles-mêmes, lassées de voir leur histoire prise en otage d’un projet politique qui les dépasse.

L’Europe a ouvert la voie, avec la tête haute

C’est l’Europe, aujourd’hui, qui redonne à la diplomatie sa dignité.
La France, en portant avec l’Arabie saoudite une relance active de la solution à deux États, assume de regarder l’Histoire en face avec le regard droit.
Elle ne se laisse plus dicter sa politique étrangère par la seule inertie des alliances, mais par une exigence de cohérence entre ses principes, son passé et sa responsabilité face à l’avenir.

L’Allemagne, quant à elle, amorce une rupture symbolique majeure : elle ne se satisfait plus d’un soutien inconditionnel et commence à se libérer du réflexe de solidarité absolue dicté par sa mémoire.
Le Royaume-Uni, de son côté, opère un tournant diplomatique notable, illustré jusque dans la mise en scène des symboles et le changement de pied consistant à rallier la position française d’une reconnaissance de la Palestine.

Il ne s’agit plus de réagir à chaud aux images de Gaza. Il s’agit de reconnaître une impasse stratégique et morale, et d’agir en conséquence. Ce que disent ces pays, explicitement ou implicitement, c’est que le régime d’impunité d’Israël, fondé sur la Shoah, ne peut être éternel, et que la solution à deux États est la seule voie encore viable — à condition qu’elle ne soit plus une fiction.

Une guerre de narratif ? Face à une armada diplomatique

Affirmer qu’Israël serait victime d’un déficit de communication relève d’une inversion spectaculaire de la réalité. Jamais un État n’a disposé d’un appareil aussi massif et internationalisé de défense narrative : think tanks, diplomaties parallèles, relais dans la presse, influence universitaire. La France elle-même en est un exemple frappant.

Car si l’on a pu dénoncer, souvent à raison, la montée d’un “islamo-gauchisme” dans certaines sphères intellectuelles, on oublie trop vite de nommer un autre phénomène : la diffusion du discours pan-sioniste dans les institutions académiques, les médias, les fondations. Celui-ci empêche une pensée critique d’émerger, en brandissant l’accusation d’antisémitisme contre quiconque remet en cause la politique israélienne actuelle; l’antisionisme étant, par définition, un antisémitisme dont on peut se demander comment et pourquoi l’ultragauche prohamas l’endosse aussi docilement sachant qu’il renforce la posture d’Israël.
La bêtise n’explique probablement pas tout. Les doctrinaires sont rarement stupides.

Nommer le pan-sionisme

Le pan-sionisme, que je propose de nommer ainsi, désigne ce débordement idéologique du sionisme historique vers une logique d’expansion permanente, d’amalgame systématique et d’impunité politique. Cette confusion entre le judaïsme, le peuple juif et l’appareil d’État israélien actuel est non seulement intenable, mais dangereuse.
Elle fait obstacle à la paix, car elle interdit toute critique politique sous prétexte de protection mémorielle. C’est, comme la kabbale pour le soutenir, un point Godwin révulsé.

Refuser la lesture que livre et propage le pan-sionisme, ce n’est pas nier l’histoire juive. C’est refuser qu’elle soit instrumentalisée pour occulter les souffrances d’un autre peuple. C’est protéger le droit d’Israël à exister dans un cadre juridique partagé, et non sur les ruines du droit.

Un paradoxe révélateur : pan-sionisme et islamo-gauchisme se légitiment mutuellement

Ce n’est pas le moindre des paradoxes que de constater que le pan-sionisme tire une partie de sa légitimité de l’existence même de ce qu’il dénonce : l’islamo-gauchisme. Chacun renforce l’autre. L’un brandit la menace de l’autre pour justifier ses excès, dans une symbiose polémique qui empêche toute pensée nuancée. La pensée démocratique est enfermée dans la confrontation et le paroxysme raavageur des opinions. Toutes les formes de terrorismes y font leur lit.

Dans ce contexte, les manipulations russes, qui visent à exacerber les clivages identitaires et à disloquer les démocraties de l’intérieur, viennent forcer les traits. Mais ce brouillage cognitif, en projetant une lumière crue sur la mécanique des extrêmes, finit aussi par révéler la structure sous-jacente : il met à nu les réflexes conditionnés, rendant visible ce qui était confus.

Dès lors, ce chaos apparent peut aussi accélérer la clarification nécessaire, et forcer les sociétés démocratiques à retrouver leur discernement et la voie de la real politique, la grande politique. L’Europe semble en prendre le chemin. D’autres suivront.

Trump, Netanyahou, Poutine : le réel s’impose

Donald Trump assure un soutien indéfectible à Israël et conteste, aujourd’hui, dans son style bien identifiable, l’opportunité d’accorder la réconnaissance d’un Etat Palestinien. Beaucoup l’ont caricaturé, mais en réalité, il agit avec une forme de lucidité stratégique et d’une certaine manière, comme un révélateur, devant lequel Poutine montre le vrai visage, par exemple, de sa Russie.
Et il a probablement compris pourquoi Israël s’est opposé à son propre bilan concernant la destruction du potentiel nucléaire iranien : là où Trump cherchait à contenir, en affirmant que la menace d’une capacité nucléaire militaire iranienne n’était plus, Israël, lui, a contesté ce bilan et ouvert une autre « narratif », pour dire que le potentiel nucléaire était sauf. Il a réclamé des frappes massives et une guerre totale.

Cela n’appartient pas à l’actualité. Cela révèle des traits. Ce différend révèle deux choses : Trump ne suit pas aveuglément Israël, mais Trump sait lire le réel. Il est en train de le lire. Et c’est peut-être ce qui, aujourd’hui, distingue sa démarche et rend pathétique l’exercice de consdencendance auquel s’est livré, il y a quelques semaines Benjamin Netanyahou en lui remettant copie du courrier qu’il a adressé au jry des Nobels pour désigner Donald Trump comme le lauréat parfait.

Il y a des cinémas qui ne passent pas à Hollywood. Hollywood n’est pas une machine à cauchemar. C’est une machine à rêve qui a, probablement, des scénaristes talentueux.

07-Octobre-2023: autopsie d’un moment sacrificiel

Cet exercice n’a rien de « sensationnel ». Il n’est dicté ni par la volonté de provoquer, ni par le goût de la transgression. Il laisse passer ce qui doit être dit. Il est dû aux innocents qui ont perdu la vie le 7 octobre 2023 et à qui aucune chance n’a été laissée. Ils méritent qu’on regarde froidement ce qui s’est passé, non pas en termes d’actualité ou de narration informationnelle, mais sur le plan ontologique.
C’est un geste d’anatomiste — au sens le plus grave, inspiré par la Leçon d’anatomie de Vladimir Volkoff, et par la toile du peintre hollandais Rembrandt qui l’accompagne. Ce texte s’inscrit dans cette tradition : celle qui cherche à décortiquer les ressorts du mal, au-delà des slogans et des postures, pour en approcher le mystère et la logique.

Il est aussi, en filiation, un acte de vigilance à la Simone Weil, contre l’habitude, contre la Banalité du Mal telle que l’a formulée Hannah Arendt, y compris lorsqu’elle se déploie du côté d’Israël. Il s’agit d’un devoir de lucidité, fût-il dangereux.
Cet exercice n’a rien de sensationnel. Il n’est dicté ni par la volonté de provoquer, ni par le goût de la transgression. Il est dû aux innocents qui ont perdu la vie le 7 octobre 2023 et à qui aucune chance n’a été laissée. Ils méritent qu’on regarde froidement ce qui s’est passé, non pas en termes d’actualité ou de narration informationnelle, mais sur le plan ontologique. Il s’agit d’un devoir de lucidité. Implacable, difficile et sans complaisance.

1. Le « moment » du 7 octobre

Le 7 octobre 2023 n’est pas seulement une date. C’est un « moment » au sens fort du terme — un point de bascule dans l’ordre du monde. Un moment qui ne se comprend pas seulement par l’addition des faits, mais par les forces qu’il libère, les lignes qu’il fracture, les récits qu’il ferme et ceux qu’il ouvre.

Ce jour-là, le Hamas frappe au cœur d’Israël. Mais il ne cible pas d’abord l’appareil militaire, ni les centres de pouvoir. Il massacre la jeunesse pacifiste, en pleine fête, dans un festival où la danse et la musique célèbrent la vie et la cohabitation. Ce choix n’est pas tactique : il est symbolique. Il vise la paix elle-même, dans ce qu’elle a de plus désarmé et d’ouvert.

Ce n’est pas une déflagration militaire, c’est un acte sacrificiel. Le Hamas, en ciblant délibérément les porteurs d’une alternative, scelle la disparition du « camp de la paix ». Il ne tue pas l’ennemi : il tue le tiers. Le possible. L’espoir.

2. Le Hamas dans la posture du kamikaze historique

Par cette action, le Hamas dépasse son propre mandat. Il ne plaide plus la cause palestinienne : il la suicide. Il détruit tout capital moral susceptible de fédérer des soutiens internationaux durables. Il isole Gaza, radicalise Israël, et provoque une réaction démesurée qu’il semble avoir anticipée.

On ne peut s’empêcher de s’interroger : qui avait intérêt à ce que ce « moment » se produise ainsi ? Qui tire profit d’un monde où Israël s’enfonce dans la réaction et la vengeance, où la Palestine devient une tragédie orpheline, où l’Occident délaisse l’Ukraine, où les cartes géopolitiques se rebattent dans la confusion morale ?

3. Des architectes invisibles ?

Il est tentant, mais insuffisant, de regarder vers l’Iran. Certes, la République islamique porte une rhétorique radicale. Mais tout indique qu’elle n’était pas informée du timing, ni de la portée rituelle de l’attaque. Elle est piégée dans son propre discours, exhibée comme le méchant prêt-à-porter.

Ce qui s’esquisse en filigrane, c’est l’hypothèse d’une manipulation plus cynique. Un piège. Un réseau gris où se croisent des Intelligences, pas forcément institutionnelles, mais bien réelles : officiers dévoyés, diplomates doubles, financeurs sans patrie, stratèges du désordre.

Dans ce cadre, des États — ou leurs organes parallèles — peuvent agir sans laisser de traces. Les coups tordus modernes n’empruntent plus les canaux formels : ils se sous-traitent, s’externalisent, se diluent. L’oralité, les backchannels, les proxys, les zones grises du renseignement font que le crime ne laisse pas d’empreinte, ou alors, seulement des leurres.

4. La connivence silencieuse

Il y a, dans les postures ambivalentes de Vladimir Poutine et Benyamin Netanyahou, une zone d’ombre qu’il faut regarder en face. Les deux hommes sont mus, chacun dans leur registre, par un même désir : celui d’un grand Israël messianique et d’une grande Russie messianique, qui convergent dans une redéfinition radicale de ce que serait l’Occident. C’est ce qui fascine aujourd’hui les droites radicales et extrêmes, en Europe comme ailleurs.

Le Hamas, dans ce schéma, n’est pas le bras armé d’une révolution islamique. Il devient l’instrument sacrificiel d’une stratégie plus vaste : celle de l’effondrement des repères, du brouillage moral, de l’effacement de la paix comme possibilité.

Et dans ce chaos, chacun gagne : la Russie détourne les projecteurs de l’Ukraine, Israël justifie une guerre sans limite, et les marchands de guerre — eux — prospèrent.

5. Le pan-sionisme comme matrice idéologique

Il faut nommer ce glissement. Ce n’est pas un simple excès de zèle ou une dérive nationaliste. C’est une mutation idéologique : le passage d’un sionisme politique, fondé sur l’histoire et la légitime aspiration d’un peuple à un foyer, à un pan-sionisme – il est nécessaire de nommer le phénomène pour surmonter la barrière des ambiguïtés – très pernicieux très dangereux. Le pan-sionisme ne défend plus une terre : il cherche à faire recouvrir au sionisme une surface qui n’est pas sienne. Il ne protège plus un abri : il impose une vision.

Le pan-sionisme transforme la mémoire en pouvoir, et l’épreuve en instrument d’influence mondiale. Il a besoin d’un moteur : ce moteur, c’est l’Alyah. Et pour qu’elle s’accélère, il faut entretenir un climat d’antisémitisme croissant, réel ou perçu, qui pousse les communautés juives du monde à considérer Israël comme seul refuge.

Ce mécanisme d’infusion idéologique, lent mais constant, élargit la base, banalise l’extrémisme, rend pensable ce qui hier choquait. Le 7 octobre 2023 est, dans cette logique, un point d’inflexion. Il écrase toute velléité morale. Il rend incontournable un projet de force. Et il convertit la douleur en autorisation d’agir.

Il fallait nommer ce phénomène pour pouvoir le penser. Le pan-sionisme est à la fois l’extension idéologique d’un sionisme dévoyé et le verrou sémantique qui rend toute critique inaudible. Le nommer, c’est franchir la barrière des ambiguïtés et rendre à la parole sa clarté.

6. La mémoire contestée du Lehi

L’hommage rendu aux anciens du Lehi, groupe armé clandestin dont l’un des dirigeants revendiqua l’assassinat du comte Bernadotte en 1948, marque une césure dans la mémoire israélienne. Instituée en 1980, la décoration du Lehi Ribbon a été remise à d’anciens membres du groupe, dans un geste de reconnaissance officielle. Cette normalisation tardive d’un extrémisme armé a provoqué un malaise durable. Elle a réhabilité les moyens pour la fin. Ce n’est pas neutre même s’il est difficile de savoir si, au-delà des 220 récipiendaires, elle est activée aujourd’hui.

Des figures de proue comme Shimon Peres, Yitzhak Rabin ou Ariel Sharon, bien qu’issues de courants différents, n’ont jamais apporté leur soutien à cette réhabilitation. Rabin, artisan d’Oslo, et Peres, homme de paix, incarnaient une mémoire démocratique, modérée et pluraliste. Quant à Sharon, souvent perçu comme faucon, il s’est gardé de toute référence à ce passé, préférant cultiver une image de chef pragmatique.

Le Lehi incarne une fracture : entre ceux qui veulent faire de l’histoire d’Israël un récit continu de libération, y compris par les marges violentes, et ceux qui veulent en préserver la part démocratique. Cette fracture est aujourd’hui visible jusque dans les usages politiques contemporains de la mémoire.

****

« La vérité seule sauve l’humanité. »

Les otages ? Ce sont les otages d’un récit qui les dépasse. Leurs vies sont suspendues à des intérêts qu’ils n’ont ni choisis ni compris. Ils sont là pour que le livre biblique continue de s’écrire, page après page, dans le sang et le silence.

Le 7-Octobre-2023 ne sera pas oublié. Mais pour en faire autre chose qu’un totem de haine, il faudra un jour que l’on accepte d’en faire l’autopsie. Frontalement. Cliniquement. Humainement.
Le 7-Octobre-2023 doit dire toute sa vérité.

L’histoire noire d’Israël

Une strate opaque et stratégique de l’État israélien, distincte de sa vitrine démocratique, défigure la démocratie israélienne pour « accomplir » son horizon « biblique ». Cette évidence émerge d’elle-même de toutes les zones grises de l’histoire de l’état hébreu, dominée, au cours des vingt dernières années, par Benjamin Netanyahou. Les puissances de fragmentation ne doivent pas éclore.


Pendant longtemps, la Révolution islamique d’Iran, survenue en 1979, fut perçue comme le point de rupture majeur au Proche-Orient. L’antisionisme virulent des mollahs, les slogans incendiaires promettant la destruction d’Israël, et les relais stratégiques de Téhéran — Hezbollah, Hamas, Houthis — ont permis de forger un narratif solide : celui d’un Israël assiégé, courageux, occidental, rationaliste, tenant la ligne de front face à une marée obscurantiste. Ce narratif, bien que rassurant, ne résiste pourtant plus à l’analyse historique des structures profondes. Car un autre acteur a patiemment tiré les fils invisibles de l’Orient compliqué : l’Israël de l’appareil, de la projection, de la stratégie fragmentaire. Un Israël parfois plus acteur que réactif.

1. Le mythe de la sentinelle assiégée : un écran occidental
Israël a longtemps joui d’un statut quasi intouchable dans les analyses occidentales. À la fois refuge nécessaire post-Shoah et vitrine démocratique au sein d’un environnement jugé barbare, l’État hébreu fut protégé par un double bouclier : moral et sécuritaire. À l’Est, l’Iran des Mollahs incarnait le chaos. Au centre, les Frères musulmans. Au nord, le Hezbollah. Ce récit, s’il contient des éléments de vérité, occulte la capacité d’Israël à manipuler, fragmenter et neutraliser ses voisins.

2. Une stratégie de la fragmentation régionale
Dès les années 50, la doctrine de périphérie de Ben Gourion cherche à créer des alliances indirectes avec l’Iran du Shah, la Turquie ou l’Éthiopie. L’objectif ? Contourner la masse arabe hostile. Mais plus tard, la doctrine s’affine. Il ne s’agit plus de contourner, mais d’affaiblir. Encourager le communautarisme au Liban. Soutenir, en sous-main, les islamistes palestiniens pour affaiblir l’OLP. Maintenir la Syrie dans un état de guerre larvée. Isoler la Jordanie. En somme : empêcher toute architecture unitaire au Proche-Orient.

3. Le projet enfoui du « Grand Israël »
Le groupe Stern, fondé par Avraham Stern, rêvait d’un Israël allant du Nil à l’Euphrate. Si ce projet fut marginal au départ, il infuse encore aujourd’hui certaines franges de l’armée, des colons, et de la droite religieuse. Derriere les discours sur la « sécurité » ou la « rationalité stratégique », subsiste une volonté d’expansion, découpée, dissimulée, patiente. Et chaque effondrement d’un voisin (Irak, Syrie, Liban) est une case de plus dans cette entreprise invisible.

4. Ariel Sharon : la paix des Braves avortée
Le retrait unilatéral de Gaza en 2005, orchestré par Ariel Sharon, marqua une rupture. Premier chef de guerre à expulser ses propres colons, Sharon fonda Kadima, parti centriste, pour aller plus loin : retrait partiel de Cisjordanie, tracé de frontières. Il était, au sommet de sa puissance, l’homme par lequel la paix pouvait venir. Puis vint l’AVC massif de janvier 2006. Et le silence. Aucun bulletin médical. Aucun discours. Aucune image pendant huit ans. Comme si l’État hébreu avait décidé d’oublier celui qui était sur le point de briser l’ordre de domination. Le lion était tombé, mais il ne fallait pas qu’il ressuscite.

5. Une transition oubliée : 2001–2009, l’entre-deux effacé
La période 2001–2009 échappe au clivage traditionnel entre travaillistes et droite dure. Elle est pourtant essentielle. D’abord dominée par Ariel Sharon, cette séquence marque l’affirmation d’un leadership fort capable de renoncer (retrait de Gaza, rupture avec le Likoud). Après son AVC, c’est Ehud Olmert qui prend la suite à la tête de Kadima. Moins charismatique, affaibli par des affaires de corruption, Olmert échoue à inscrire durablement une voie médiane. Cette séquence dit quelque chose de la fragilité des volontés de compromis en Israël : Sharon est foudroyé alors qu’il s’apprête à tracer un horizon de paix ; Olmert tombe dans la disgrâce. À l’inverse, Benjamin Netanyahou, objet lui aussi d’enquêtes judiciaires, parvient à imposer une figure de lion invincible, transformant chaque crise en levier de consolidation. Le contraste est saisissant.

6. Yasser Arafat, un fantôme irradié ?
Le 11 novembre 2004, Yasser Arafat meurt à l’hôpital militaire Percy de Clamart, en France, après une hospitalisation précipitée et une dégradation brutale de son état de santé. Aucun diagnostic clair n’est jamais rendu public. Aucune autopsie. Son entourage évoque rapidement un empoisonnement. En 2012, son corps est exhumé : des traces anormales de polonium 210, une substance radioactive hautement toxique — et tristement célèbre pour ses usages dans les cercles d’élimination russes — sont détectées dans ses effets personnels. Les rapports restent contradictoires, mais la coïncidence est là : un dirigeant isolé, partenaire de la paix avec Itzhak Rabin, devenu gênant, entouré de mystère, effacé sans preuve. Il n’est pas le seul fantôme sacrifié à flotter dans les plis de cette histoire fragmentée.

7. Rabin et Peres, les figures effacées de la paix
Yitzhak Rabin, ancien chef d’état-major et Premier ministre, incarna la paix des armes déposées. Signataire des accords d’Oslo, il fut assassiné en 1995 par un extrémiste juif — non par un ennemi extérieur, mais par un fils d’Israël. Ce geste mit brutalement fin à une trajectoire de reconnaissance mutuelle avec les Palestiniens. Quant à Shimon Peres, son successeur éphémère, prix Nobel de la Paix lui aussi, il fut durablement marginalisé, son aura technocratique éclipsée par les populismes montants. Tous deux furent, à leur manière, relégués dans les marges du récit national. Leur effacement progressif des mémoires officielles traduit le refus profond d’un Israël en mutation d’assumer jusqu’au bout sa propre ouverture au compromis.

8. Yigal Amir, le fantôme dans la cellule
L’assassin d’Yitzhak Rabin, Yigal Amir, purge depuis 1995 une peine de prison à perpétuité, sans possibilité de libération. Isolé durant plus d’une décennie, puis soumis à un régime strict malgré quelques assouplissements, il demeure une figure marginalisée mais obsédante dans la mémoire israélienne. Jamais repenti, invoquant la loi religieuse du « din rodef » pour justifier son acte, il incarne une part refoulée du sionisme religieux radical : celle qui préfère tuer un Premier ministre juif plutôt que de renoncer à l’expansion territoriale. Figure fantomatique lui aussi, il hante l’espace symbolique d’un pays déchiré. Son existence captive, ni effacée ni pardonnée, rappelle que le crime idéologique n’a pas disparu : il est tapi, dans l’ombre, prêt à réapparaître au rythme des convulsions nationales.

9. La parole empêchée : l’antisionisme sous tabou
Le tabou de l’antisionisme est devenu une arme redoutable. Il empêche la critique de l’appareil israélien sous peine d’être taxé d’antisémitisme. Il confisque la parole. Il permet, en même temps, de déclarer la guerre aux Palestiniens sans paix possible, tout en gardant le soutien de l’Occident. Ce même Occident qui, dans un retournement fascinant, voir monter des extrêmes droites européennes qui reconnaissent Israël comme rempart contre l’islam, et forment un axe idéologique allant de Washington à Moscou, en passant par Tel-Aviv. La lettre remise en grandes pompes en soutien de la nomination pour lauréat de Donald Trump du prix Nobel de la Paix par Benjamin Netanyahou entrera – peut-être – dans l’histoire, aux dépens de l’actuel Premier ministre israélien, comme le plus grand marché de dupes de l’histoire.
L’axe Washington->Tel-Aviv->Moscou justifie un grand point d’interrogation car Trump agit, si on dépasse le spectacle, peut-être plus comme révélateur que comme adhérent,

10. L’invisibilité se déchire : vers un examen de conscience ?
Israël devra bientôt se préparer à un véritable examen de conscience, accompagné peut-être d’une introspection judiciaire. Trop de fantômes sacrifiés hantent la mémoire collective de l’État hébreu et du peuple élu. Le rideau d’invisibilité qui le protégeait jusqu’à présent est en train de s’effilocher, et ce sont désormais des pans entiers qui vont tomber. Les récents cas, rapportés par le courageux quotidien Haaretz, faisant état de traumatismes psychologiques profonds au sein des rangs de Tsahal, ne sont que la partie immergée de la prise de conscience qui couve. Il ne s’agit plus seulement de stratégie, mais de vérité, de justice, de libération du récit.

Conclusion : La paix ne viendra que des Braves
Rabin et Sharon, deux généraux, deux lions de guerre, furent les seuls à pouvoir porter la paix car elle exige le courage de renoncer. Tous deux furent balayés. L’un assassiné, l’autre plongé dans le coma. Ce n’est pas un hasard. La paix résulte des braves. Pas des résignés, pas des fanatiques, pas des stratèges en chambre. Et tant qu’une nation investira plus dans la fragmentation de ses voisins que dans la paix avec eux, elle construira sa forteresse sur du sable.

Daniel CICCIA

Encadré spéculatif : L’arme de l’intoxication et l’ombre israélienne ?
Rétrospectivement, la guerre en Irak menée par les États-Unis en 2003 laisse un arrière-goût d’orchestration. Il a fallu convaincre la CIA, le MI6 et d’autres agences occidentales de la réalité d’armes de destruction massive — réalité qui ne fut jamais prouvée. Deux intoxications complémentaires semblent avoir convergé : l’une sur Saddam Hussein lui-même, pour le pousser à refuser les inspections de l’ONU ; l’autre sur l’Amérique des Faucons, traumatisée par le 11-Septembre, avide de frapper. Dans ce ballet d’illusions, une hypothèse se dessine : celle d’une main subtile et invisible qui aurait « aidé » les services à croire ce qu’ils désiraient croire. Israël ? À l’époque, l’idée semblait inconcevable. Et pourtant… La porosité idéologique entre certains cercles néoconservateurs américains et la droite israélienne, les affinités stratégiques, les recoupements sur le terrain syrien ou iranien, laissent entrevoir une connivence. Le récent lapsus de George W. Bush, évoquant que "la Russie était l'agresseur en Irak" avant de se corriger: "en Ukraine", pourrait être entendu comme une accusation voilée. À tout le moins, il appelle à rouvrir des dossiers trop vite refermés. Car si l’Israël de Netanyahou cultive, en surface, l’hostilité à Moscou, il entretient en coulisse une neutralité ambivalente vis-à-vis de Poutine, confirmée par certaines abstentions aux votes de l’ONU.
Cette convergence discrète entre les puissances de fragmentation ne doit pas éclore. Elle doit être dévoilée.




La conjecture d’Abraham, dite de la Terre Promise

Entre l’injonction, propice au mirage d’horizon, de Donald Trump à la justice israélienne et la conscience des soldats, un nuage cherche sa décharge.

Un tribunal a reporté, il y a peu, les auditions du Premier ministre israélien dans le procès pour corruption engagé contre lui.

Le président Trump s’en est félicité, allant jusqu’à exiger que le procès “should be CANCELLED, IMMEDIATELY, or a Pardon given”. Au mépris de toute ambiguïté, il a ajouté : “We are not going to stand for this.”

Donald Trump, péremptoire et comminatoire en chef, est énervé, et le fait savoir, en vertu de ce que Daddy veut…

L’histoire retiendra que Bibi s’est empressé de retweeter (XpwX) l’injonction supposée, en toute apparence démonstrative, avoir été faite à sa propre justice par @POTUS.

Les observateurs s’offusquent. Ils interprètent la saillie de Trump comme l’aveu d’une connivence grossière, une solidarité entre figures acculées. Entre canailles.

Mais, au-dessus de cette tempête dans un verre d’eau — tempête d’émois médiatico-démocratiques — je vois un petit cumulo-nimbus chargé de je-ne-sais-quoi :
de quoi formuler, peut-être, une ébauche de résolution de la conjecture mathématique, chère à Abraham, père des peuples du Livre, de la Terre Promise pour tous — à deux États, si l’aspiration réconciliée des peuples voulait bien y consentir.

Ce petit nuage, accroché à sa dérisoire et persistante volonté, tente cette opération à partir des accusations accablantes, si elles s’avéraient avérées, de soldats de Tsahal recueillies par le quotidien Haaretz (La Terre — promise, par extension ?).


Il rêve, dans le mystère d’une atmosphère ionisée, d’opérer sa décharge anti-cyclonique à visée pacifiquement définitive.

L’ambassade d’Israël, comme toujours, jure ses grands dieux que l’accusation est un outrage à la vérité.
C’est devenu un réflexe pavlovien.

Mais le temps des grands dieux lasse.
Il est temps, simplement, qu’une enquête internationale soit diligentée.

Une enquête qui inclurait l’audition de ces soldats — qui, peut-être par infidélité à Tsahal, par infidélité plus coupable encore au rêve de la promesse de la Terre Promise qu’ils ont charge de défendre aux prix de leur chair, ou par fidélité à l’un contre l’infidélité de l’autre, ont porté devant l’opinion une charge trop lourde pour leur conscience pour justifier qu’ils ne l’a conservent plus par devers eux

Que lumière vienne puisque lumière est appelée.

La France, que l’ambassade d’Israël en France — porte-parole de la ligne Netanyahu — n’hésite plus à qualifier d’“antisémite” à la moindre critique, prépare ainsi le terrain d’un désordre public, moral et politique opportun.

Mais la France a élevé, il y a quelques semaines, le capitaine Dreyfus au rang de général.

La France honore le soldat.Elle en fourmille dans son hymne .
Elle sait ce qu’est un soldat.
Surtout, à ses dépens, un soldat bouc émissaire.

Plus je regarde, dans le pinceau de Turner, ce nuage, plus je lui trouve des formes entêtantes.
Comme s’il était tenu, de zéphir formé, par Damoclès.
Le bouclier de l’antisémitisme instrumentalisé, affaiblissant la structure du vrai, n’y résistera pas.

….

Quelques respirations, et soupirs, plus tard.

….

Charybde et Scylla.
La mythologie rappelle que le soulagement de l’équipage, dans le détroit de Messine, fut bref.
Juste le temps d’une traversée.

Sauver n’importe qui de la ruine de son âme est un acte de grande charité.
Israël y serait-il devenu inaccessible ?
Depuis quand ?
Sous quelle influence ?

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Les voies de l’hameçonnage sont-elles si impétrables

On ne sait rien de la teneur des échanges qui ont eu lieu au Kremlin, ce 23 juin 2025, entre le ministre des Affaires étrangères de la République islamique d’Iran et son homologue russe, en présence de Vladimir Poutine.
On sait seulement que le MAE iranien était porteur d’une lettre personnelle de l’ayatollah Ali Khamenei.

Publiquement — ce qui ne constitue pas une surprise — la Russie a condamné les frappes engagées par Israël.
Mais nul, sinon les intéréssés eux-mêmes, ne sait si la proposition avancée la veille par Dmitri Medvedev, vice-président du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie (présidé par Vladimir Poutine lui-même), a été abordée et surtout si l’IRR a mordu à ce qui ressemblait plus à un grossier hameçonnage qu’à un soutien sérieux et authentique.

Medvedev y assurait que plusieurs pays seraient prêts à fournir à l’Iran des têtes nucléaires afin d’armer ses missiles.

On ne sait pas ce qui s’est dit. On ne peut entrer dans le secret des dieux.
Restons par conséquent sur le terrain des hommes, avec cette évidence : si des secrets compromettants lient la République islamique d’Iran à la Russie d’un ancien agent du KGB, alors le moment vient pour ce dernier de les neutraliser.

Vladimir Poutine n’a jamais hésité à sacrifier ses adversaires et ses partenaires encombrants pour avancer.

Car cet homme — les cadavres sur son chemin le confirment — possède des protocoles opérationnels pour ce genre de liquidation silencieuse.
Toujours à l’abri d’être exposé.

Il agit, toujours, avec plusieurs coups d’avance. Et l’offre — retirée depuis, à 11h59 précisèment ce jour, après une spectaculaire réaction de Donald Trump sur Truth Social — n’était peut-être pas tant une erreur qu’un grossier hameçonnage opéré avec l’épée de Damoclès américaine suspendue au dessus de la tête.

Il n’a échappé à personne que Donald Trump a récemment menacé le guide suprême de l’Iran, de suppression physique en affirmant savoir où il se trouvait et pouvoir donc l’atteindre « à tout moment ».

Cela signifie la mort

de l’UE à terme,

car un puissant mainstream

de « normalisation doctrinale »

passera sur nous

Bien sûr, la Russie se prévaut d’avoir signé, en mai, un partenariat stratégique avec l’Iran. L’Iran l’a honoré en livrant des drones utilisés contre l’Ukraine par les Russes. La Russie, en retour, lui assure un service minimum, mais cela ne tient qu’en apparence à la limitation de ses capacités militaires concentrées pour venir à bout de l’Ukraine.

La raison en est qu’un partenariat n’est pas une alliance, et que Poutine a sans doute déjà embrassé la perspective d’un axe géopolitique autrement plus profitable — idéologiquement et impérialement. Le sacrifice de l’Iran, qui appréciera ce cynisme froid, échangé contre l’Ukraine scellant, en définitive, le deal du siècle, avec prix Nobel à la clé pour Trump.

Et l’effacement de l’UE à terme, car un puissant mainstream de « normalisation doctrinale »  passera sur nous. Car c’est cela que cela signifie. La Russie fera la loi. Elle fera sa loi sur l’Europe ou, alors, il faudra la guerre.

Cet axe illibéral et néo-Occidental part de Washington pour rejoindre Moscou, en passant par Tel-Aviv.
Il tente d’embarquer tout le monde, à la faveur de l’effet aphrodisiaque globalisé qu’exerce la chute de Qom.

Poutine rassure Khamenei quant à sa fidélité. Trump joue le saltimbanque virevoltant d’une position à l’autre, sans paraître poursuivre une ligne cohérente. Rassurant quand le temps vient de sembler le redevenir, fantasque le reste du temps. Il est surtout cohérent quand il est fantasque. C’est son camouflage. Sa furtivité à lui.

La ligne qui semble incohérente est l’axe qui se forme irrésistiblement, sous l’effet aphrodisiaque de la mise à mort d’un régime que nous avons appris à haïr.

Sous ce prisme, beaucoup de choses prennent sens.
Cet axe doit être brisé.
Avant qu’il ne nous brise car c’est ce qu’il fera.

Il a hameçonné, lui aussi, déjà tant de monde.

La fourmi noire, la nuit, la pierre noire.

#LeCID

Dans l’obscurité, l’étincelle du double langage

Le vice-président des États-Unis, J.D. Vance (@VP), a déclaré, le 22 juin 2025 :

> « La Russie et la Chine ne veulent pas que l’Iran développe des armes nucléaires. »

Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, lui a répondu sèchement :

> « La Russie et la Chine n’acceptent aucune ingérence des États-Unis dans leurs affaires intérieures. Toute personne parlant au nom de nos deux pays, sans le faire en notre nom, devrait s’en abstenir. »

Elle a insisté : la Russie et la Chine expriment elles-mêmes leurs positions, par la voie de leurs ministères respectifs. Toute prise de position conjointe doit être explicite, et non supposée.

Mais ce qui est curieux, c’est que Zakharova elle-même s’exprime ici au nom de la Chine — officiellement, et à ses risques et périls.

Ce miroir tendu soulève des questions :
– Vance a-t-il été induit en erreur par ses liens connus avec certains cercles pro-russes ?
– Ou bien a-t-il, sans le vouloir, révélé la duplicité du discours du Kremlin ?

Car, au même moment, Dmitri Medvedev déclarait publiquement que « plusieurs pays » pourraient fournir à l’Iran des ogives nucléaires — contredisant à la fois la position chinoise et la doctrine officielle de non-prolifération.

Ce désalignement tactique révèle une asymétrie plus profonde :

– L’Iran cherche une légitimité stratégique.
– La Russie cherche, elle, un chaos régional maîtrisé, particulièrement susceptible de faire grimper les prix du pétrole pour compenser l’hémorragie de son budget de guerre.

La République islamique d’Iran doit se poser la question :
Quel rôle la Russie veut lui faire jouer ?
Dans quel jeu est-elle réellement impliquée ?

Elle doit hâter sa métamorphose, ou elle pourrait bien se retrouver sacrifiée comme un pion.

Une interrogation existentielle.
Comme Shakespeare aurait pu le dire : To be, or to be used?

Soyons clairs :

Ce que nous voyons se dessiner est peut-être plus qu’une crise diplomatique.
C’est l’esquisse d’un troc silencieux, presque parfait, et difficile à arrêter.

Une reconfiguration des priorités mondiales, où le chaos au Moyen-Orient n’est pas une menace, mais un levier.
Une région volontairement inflammable pour faire grimper le prix des hydrocarbures.
Un Iran livré aux flammes pour payer le prix de l’abandon de l’Ukraine auquel Trump veut contraindre l’Europe et le monde.

Et, dans l’ombre, un nouvel axe en formation — non plus Est contre Ouest, mais une convergence de souverainismes durs, alignant Washington, Tel-Aviv et Moscou.
Une configuration déjà assumée, sans honte, par les droites radicales montantes sur plusieurs continents.

09/08/2035: cette version est, sans doute, à amender.

De la dissuasion à l’impunité : dérive nucléaire et désordre stratégique

Il faut remettre en cause un postulat trompeur : celui selon lequel un pays « doté », c’est-à-dire possédant l’arme nucléaire, jouirait d’une impunité absolue. Ce postulat, que viendrait étayer le cas ukrainien et par extension démonstrative tirée à vitesse hypersonique des sorts advenus aux tyran irakien ou lybien, repose moins, si on examine avec un peu de soin la situation du soutien à Kyiv, sur une vérité stratégique que sur la prudence naturelle des chefs d’État européens, soucieux d’éviter une escalade continentale et, surtout, d’épargner à leurs peuples le prix du sang, tant que cela leur est encore possible.

Depuis l’agression brutale de l’Ukraine par la Russie en février 2022, cette prudence a pris la forme d’un soutien militaire massif, mais indirect : fourniture d’armement, formation, soutien logistique, mais sans engagement direct des troupes de l’OTAN. Cette ligne rouge — que Moscou cherche à exploiter — reflète un équilibre fragile entre solidarité active et peur de l’engrenage.

Ce prix, les sociétés européennes ne sont plus prêtes à le consentir, protégées depuis plusieurs générations par les dividendes de la paix que leur a apportés le rêve européen — ce même rêve aujourd’hui vilipendé par les promoteurs d’un souverainisme dicté par Vladimir Poutine.

Répéter que l’OTAN ou les Européens s’abstiennent d’un engagement plus direct aux côtés de l’Ukraine par crainte d’une rétorsion nucléaire russe est devenu une hérésie télévisuelle, un réflexe commode pour meubler le vide stratégique de certains débats.

Or, l’arme nucléaire n’a en réalité que deux portées :

1. Une portée militaire : la dissuasion par l’annihilation mutuelle

Elle repose sur un principe d’équilibre : toute attaque nucléaire entraînerait une riposte équivalente, donc la destruction de l’agresseur. Son usage est unique, terminal, et c’est justement cette certitude qui la rend dissuasive. Elle n’est pas une arme de conquête, mais de non-emploi.

2. Une portée dialectique : la rhétorique de la peur

C’est ici que la Russie excelle. En floutant volontairement sa doctrine d’usage, notamment autour de la notion d’« atteinte existentielle », elle instille le doute, la peur, et fait glisser la dissuasion vers l’impunité. C’est le cœur de ce qu’on peut appeler une doctrine d’impunité existentielle : toute entrave à ses ambitions impériales est posée comme une menace vitale, donc potentiellement justiciable d’une réponse nucléaire.

Ce détournement de la logique nucléaire ne menace pas seulement l’Ukraine ou l’Europe. Il subvertit l’ordre international, sape le multilatéralisme, et encourage la prolifération, non seulement par les armes, mais par les doctrines.

Medvedev, le messager
de la dérive

Ce n’est pas un hasard si Dmitri Medvedev, ancien président russe et actuel vice-président du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie, a publié, ce jour, 22 juin 2025, sur X, ce message :

> 2. The enrichment of nuclear material — and, now we can say it outright, the future production of nuclear weapons — will continue.
3. A number of countries are ready to directly supply Iran with their own nuclear warheads.

Familier des outrances, il est parfaitement aligné avec le sujet qu’il m’a semblé bon de soumettre, en parfait Candide, à analyse.

Car ce message ne protège pas l’Iran. Il prolonge la stratégie russe.
En affirmant la possibilité de livrer des têtes nucléaires à Téhéran, Medvedev multiplie les centres d’impunité, externalise la dissuasion et fait proliférer la doctrine d’anéantissement potentiel au profit des intérêts du Kremlin. C’est une forme de pollinisation stratégique, une dissémination de la menace.

Plus elle a d’adeptes, plus la Russie impérialiste et son systéme de prédation sont légitimés et essaimés.

Vous voyez le danger?

☢️L’Iran face à une tentation vénéneuse

L’offre de Medvedev est alléchante. Elle a tout l’air d’être une solidarité expresse. Elle est un couteau dans le dos. C’est, en effet, pour la République islamique d’Iran une tentation aussi séduisante que létale : celle de rejoindre le cercle vénéneux des puissances nucléaires.

Mais cette voie, si elle est prise, n’ajoutera aucune sécurité au peuple iranien. Au contraire, elle exposera ce dernier à l’isolement, à une intensification des tensions régionales, à des représailles à peine différées.
Et surtout, elle ne renforcera, en vérité, que la Russie, en propageant cette doctrine de l’impunité existentielle, dont il ne fait aucun doute qu’elle doit être tuée dans tous ses oeufs.

L’Iran va donc devoir, pour longtemps, assumer la légitimité du principe existentiel qu’il invoquera. Et dire de quoi elle émane. Car dans cette grammaire du monde, tout se paie — un jour ou l’autre.

C’est ce qui revient au régime de Téhéran pour sauver, beaucoup plus qu’une chimère, une nation réelle, faite de personnes honorables.

Telle est sa responsabilité à leur endroit.

La Chine ne met pas le bout
d’un seul de ses doigts
dans ce débat,
la Corée du nord ses deux mains;
Les autres puissances nucléaires : silences et distances

Fait remarquable : des puissances nucléaires comme l’Inde ou le Pakistan restent à distance stratégique de ce débat. Loin de cette rhétorique, elles n’entretiennent pas l’ambiguïté de doctrine. Leur posture est celle d’un équilibre régional contenu, malgré leurs tensions.

La Chine, impénétrable Empire du Milieu, se garde d’intervenir dans cette grammaire stratégique. Son silence n’est pas prudence : il est position, calcul, et souveraineté intacte.

En revanche, la Corée du Nord, elle, met tous ses doigts dans l’engrenage, assumant jusqu’à l’excès la dissuasion comme vecteur de chantage et de survie.