De la mondialisation malheureuse à la démondialisation à pleurer

En rejetant, au motif que la mondialisation était malheureuse, un système imparfait mais régulé, le monde s’expose à un désordre encore plus grand, où les rapports de force dominent. Il est essentiel de repenser les mécanismes de coopération internationale pour éviter que la démondialisation ne nous plonge définitivement dans le chaos et l’injustice. La question est : avec ou sans la Chine, qui a été la grande bénéficiaire de la mondialisation malheureuse?

Depuis plus de vingt ans, l’Europe et, plus largement, l’Occident semblent engagés dans une série de rendez-vous manqués avec l’Histoire. Chaque peuple s’applique, avec un zèle déconcertant, à ne plus honorer les rendez-vous qu’il s’était fixé avec lui-même, trouvant mille prétextes à bannir un projet de civilisation fondé sur la coopération, la régulation, et la dignité humaine.
Pour les Français, cibles du terrorisme islamique, cibles de la Russie, il s’est agi de faire mentir et de renier leur goût pour l’universalisme. De démentir, comment dans les années, leur adn.

Le 11 septembre 2001 marque la fin brutale d’une certaine innocence occidentale et inaugure une période où la peur, la méfiance et le repli sécuritaire prennent le pas sur la confiance et l’ouverture.
« La fin de l’histoire » de Francis Fukuyama érigé sur les décombres du mur de Berlin rencontre les eaux froides du « Le choc des civilisations » de Samuel Huttington.

Tout ce qui, jusque-là, coulait de source cesse de couler de source.

Quelques années plus tard, en 2005, l’Europe rate un rendez-vous décisif avec elle-même : le référendum sur la Constitution européenne. La dynamique ambitieuse de construction d’une identité politique commune est stoppée net.


Une trouvaille sémantique, parfaitement traduisible en alphabet cyrillique, fait son apparition favorisant l’idée que le temps de l’Europe devait être celui l’approfondissement plutôt que celui l’élargissement.


Ironiquement, c’est le spectre caricatural du « plombier polonais » – symbole d’une peur irrationnelle que l’ouvrier français soit dépouillé par l’ouvrier polonais – qui contribue à détourner le regard des Européens de leur avenir commun.
Se pouvait-il que le plombier polonais ait pu être un agent d’influence russe ?

Vient ensuite la crise financière de 2008, fruit d’une dérégulation excessive et d’une mondialisation qui subit le procès d’être devenue incontrôlable et prédatrice. Celle-ci nourrit une critique radicale du libre-échange, le présentant comme source d’inégalités croissantes, de destruction économique locale, d’érosion culturelle et d’être antinomique avec la lutte contre le changement climatique. Ainsi se forge le concept de « mondialisation malheureuse ».

Pourtant, en rejetant radicalement ce modèle certes imparfait mais régulé, l’Europe s’est privée elle-même des outils indispensables à son influence sur l’ordre mondial. L’échec du traité TAFTA, en 2016, en est la parfaite illustration.


Vladimir Poutine n’a jamais caché qu’il considérait ce traité comme « une manifestation de l’égoïsme économique de l’Occident ». Il l’a dit, à la tribune des Nations Unies.


Ironiquement, en refusant ce projet qui aurait pu donner naissance au plus grand espace économique intégré au monde, l’Europe a involontairement favorisé les intérêts de ceux qui préfèrent une Europe divisée, fragmentée, isolée – et donc vulnérable.


Les historiens, à froid, analyseront ce qui s’est passé réellement, au-delà des représentations politiques et du ressac médiatique que cela provoque. Cela mérite un rapport clinique car il s’agira, à un moment, d’édifier notre postérité, qui doit commencer aux générations qui héritent de ce sombre et lourd fardeau que nous avons, par faiblesse, par indiscipline, parce que notre ennemi est trop fort et trop rusé, laissé se constituer.


Aujourd’hui, la situation s’est encore aggravée. Les États-Unis sous Trump ont choisi une forme de démondialisation brutale et chaotique, dominée par le protectionnisme et le rapport de force.
L’Europe, quant à elle, semble errer dans ses propres contradictions internes, affaiblie par ses choix passés.


Cette prise de conscience historique doit nous inviter aujourd’hui à lever le regard, à sortir de l’immédiateté étouffante du quotidien et à nous retrouver dans une véritable perspective historique.

Comprendre ce dont nous avons été victimes est la première étape indispensable pour élaborer une riposte réparatrice à l’heure où les nationalismes, les souverainismes et les isolationnismes se préparent à sabler le champagne. Il ne s’agit plus seulement de réagir, mais de reconstruire activement les fondations d’une coopération internationale éclairée, solidaire et juste.


Pour cesser de péricliter, il faut que les Européens embrassent maintenant leur destin européen et le rendent irrésistible.

Le choix de l’Europe face à un monde voué à s’autodétruire

Est-ce qu’une culture politique qui n’embrasse plus, ni n’appelle, le destin de l’Homme conserve une chance de sortir des êtres humains et des sociétés des impasses ontologiques dans lesquelles ils finissent par se placer ?

La notion de liberté recouvre énormément de signification, mais la première des libertés est vraisemblablement une liberté de dimension prophétique ou biblique par laquelle est procuré à un peuple la clé qui lui permet de s’extraire d’une impasse, et de se renouveler.

Ce n’est pas sans raison que je me crois obligé d’insister sur la notion d’impasse ontologique car il me semble que la pensée occidentale, dans son continuum, qui définit mieux l’Occident qu’un seul espace géographique, est dans une telle impasse.

La notion d’impasse ontologique – à l’échelle du destin d’un peuple ou d’un ensemble de peuples – renvoie à une situation où ces peuples se trouvent bloqués dans leur développement ou leur progression à cause de problèmes fondamentaux liés à leur existence même et à leur compréhension de leur propre essence.  

Nous sommes, il me semble, dans la situation où ce peuple – ou cet ensemble de peuples – se trouve, c’est-à-dire dans une stagnation ou un blocage profond, non pas en raison de circonstances économiques, politiques ou sociales immédiates, mais du fait de problèmes fondamentaux liés à leur existence, leur identité, leur vision du monde et leur compréhension de leur propre essence et de leur place dans le monde.

Si les pères fondateurs des démocraties modernes ont distingué les droits de l’Homme et du Citoyen, est-ce par pur sophisme, ou pour spécifier, au-delà de l’état civil, que l’un et l’autre ont des aspirations et des soifs différentes.

La démocratie relève du Citoyen ; la nation procède de l’Homme.

Que se passe-t-il quand la politique ne parle plus à l’âme des peuples ? Nous avons le résultat sous les yeux. Cela nourrit le sentiment que la situation est insoluble et que le sort de la société ne va pas s’améliorer.

La tentation, alors, est au statu quo. La tentation, c’est l’illusion de l’autoritarisme et du retour en arrière.

C’est un signe d’extinction. Mais il n’a rien à voir avec le péril jaune ou l’agitation de la peur du grand remplacement.

En fait, c’est notre vitalité, notre volonté à être, qui s’étiole et nous nommons cette carence par un nom qui nous semble d’autant plus supportable qu’il nous défausse de notre responsabilité, en accusant, par exemple, la vitalité, supposée conspiratrice, d’une communauté stigmatisée comme étrangère.

L’immigration porte, aujourd’hui, ce débat-là comme l’antisémitisme porte en lui d’autres relents.

Il faut voir au dedans ce que cela contient et anime, de la part de soi et de la part de l’Autre, et ne pas fuir car toutes nos réponses – donc toutes nos solutions – sont dans cette élucidation et dans les fruits de cette analyse.

La politique sert à sortir des mirages et des illusions pour se rapprocher du réel.
Elle n’est libératrice qu’à ce prix et qu’à cette condition.

A partir de quand a-t-on commencé à enfermer la démocratie dans des impasses ontologiques qui ne permettent plus de s’adresser à tous, en désignant un grand horizon commun ?

Un grand horizon commun, ce n’est pas un horizon inaccessible. C’est une perspective qui fait déjà partie de nous et qui nous agrandit.

Nous nous déshydratons.

Nous nous desséchons.

Nous crevons de cela.

Notre destin collectif est en train de nous échapper, ce qui est le pire qui peut arriver à des démocraties.

Est-ce la faute de l’immigration ? Est-ce la faute de l’islam ? Est-ce la faute de l’Europe ?

C’est, surtout, la faute au grand et inexplicable silence sur l’essentiel que nous avons accepté d’installer avec pour piètre satisfaction d’y voir le matérialisme seul porter son écho dans les espaces laissés vacants.

Et la politique se morfond dans l’interaction aride des sondages et du cahier de propositions, sans oser dire, d’abord et surtout, à un peuple, en dignité, qui il est et qui il se doit d’être, où se trouve et par quoi se fonde sa confiance.

Ainsi la source s’est-elle tarie et, pour en tromper la gravité, nous nous adonnons à toutes les surenchères émotionnelles et à tous les artifices possibles et imaginables.

Nous évitons de nous rencontrer en vérité de crainte de ne plus découvrir le peuple que nous savons devoir être.

Cette inconséquence est la plaie qui ouvre toutes les autres.

C’est donc celle qu’il faut refermer pour espérer refermer toutes les autres et dieu sait qu’il y en a.

L’avenir d’une civilisation ne peut pas se mesurer autrement que par les enfants qu’elle engendre et les clés que nous leur façonnons pour comprendre et agir pour le monde. L’immortalité – ou la pérennité d’une civilisation – se fonde sur cette transmission.

La portée de l’imagination et de l’intelligence humaines n’a pas d’autre dessein que de parfaire notre système collectif de résolution en vue de permettre aux générations de s’adapter aux exigences et mouvements de leur temps.

De ce point de vue, bien plus que l’Europe vue comme mortelle par le président Macron lors de son discours à la Sorbonne le 25 avril 2024, c’est notre génération qui est une génération mortelle.

Elle se vit déjà en deuil d’elle-même.

Elle l’est au sens de l’épuisement de sa volonté, de son élan vital, et c’est notre responsabilité de réanimer ce corps meurtri et fatigué.

Nous avons toujours le choix d’être une génération immortelle au sens de sa capacité de renaissance et de la nature de la parole qu’elle livre.

Il ne faut pas se tromper.

Si nous débarrassons la scène des gesticulations, nous sommes vraiment engagés dans un grand dialogue entre des puissances majeures, utilisant des modes divers allant de la guerre au terrorisme, en passant par le soft power et la maîtrise des matières premières.

Le réel, c’est ce théâtre complexe où s’entrechoquent, aujourd’hui, des interprétations du monde, et non sa dilution dans le mouvement des actualités.

C’est dans ce contexte que l’Occident, en tant que pensée, doit comprendre pourquoi il a son mot à dire et pourquoi ce mot est légitime, car consubstantiel, dans l’histoire humaine.

L’Occident doit justifier, à nouveau, sa voix par la profondeur de ses valeurs, l’acuité de son interprétation du monde et de ce qui s’y noue et la force de sa raison, démontrant ainsi son rôle essentiel dans l’évolution de la civilisation mondiale.

A ce jeu-là, et à cette condition-là, l’Occident peut apporter, pour que chacun s’en saisisse et la reconnaisse aussi comme sienne, la forme de la clé qui sauve le monde de lui-même.

S’il ne produit pas cela, le destin du monde nucléarisé sera dominé par des antagonismes et des déséquilibres tels que celui que la Russie a engagé avec l’Ukraine, ou pire encore, par l’ombre que la Chine avec ses 1,5 milliard d’habitants fait peser sur les 23 millions de Taïwanais, pourrait être tentée de suivre.
Je suis persuadé qu’on n’imagine pas le nombre d’ombres que beaucoup sont tentés, aujourd’hui, de faire glisser.

Le monde multipolaire ne peut pas être ce monde-là. Ce monde-là est un monde voué à s’autodétruire.

Nous avons le devoir de délivrer l’alternative intelligente et viable à ce monde invivable.
L’Europe possède les vertus pour accomplir cela.
C’est ainsi qu’elle ne mourra pas: en faisant revivre ce qui va au-delà d’elle-même.

Le 9 juin 2024 décidera si Poutine va écrire l’Histoire

Les élections européennes du 9 juin – comme les élections américaines de novembre prochain qui, elles, désigneront le prochain président des USA – vont décider si Poutine, au nom de la Russie, est celui qui va écrire l’histoire de l’Humanité.

Vladimir Poutine s’est suffisamment fait connaître pour que nous n’ayons pas de doute quant à la manière dont l’Histoire du monde va s’écrire si nous lui accordons la liberté d’écrire cette page entre deux siècles et deux millénaires.

Il écrira le sillon de notre destin, n’en doutez pas, comme il écrit toute chose. Avec l’encre du crime, du viol, de la brutalité. Avec le sang du malheur.

Lorsqu’on débarrasse le champ de toutes les controverses inutiles et des débats secondaires, des tracteurs des agriculteurs mécontents de la PAC, des ballets de complotisme et de protestation, c’est cela qui apparaît.

La mécanique du mécontentement qui a été mise en oeuvre au sein des peuples européens pour décomposer la volonté des peuples et obscurcir leur jugement doit reculer.

C’est de cela dont chacun, aujourd’hui, dans chaque pays de l’Union, doit être pleinement conscient au moment de savoir s’il est intéressé ou pas par ce scrutin. C’est un enjeu qui ne concerne pas notre confort, nos convictions, notre orgueil.

L’enjeu est au-dessus de tout cela.

Ce n’est pas un choc de civilisation entre le sud et le nord. Ce n’est pas davantage celui de l’islam contre la chrétienté, d’un prétendu surconscient écologique sur le subconscient capitaliste.

Cela, démarré le 11-Septembre-2001, c’est une impitoyable et habile cinématographie stratégique qui a été mise en mouvement pour que nous ne soyons pas capables de voir le mouvement réel, cynique, engagé contre la légitimité de l’Occident à placer ses valeurs humaines et humanistes comme celles qui doivent inspirer l’histoire du monde.

Nous sommes en plein doute ontologique.

Le doute doit cesser.

Les spectres qui ont fait irruption, dans notre histoire, en criant « Allah Akbar » ne sont que des épouvantails, mécanisés, captagonés, dont les cerveaux ont été lessivés.

Pendant qu’on les regarde, on ne regarde pas ailleurs. Leurs coups nous uppercutent à l’intérieur de l’esprit pour nous empêcher de réfléchir le monde au-delà des limites [le terrorisme islamique] qu’ils ont fixé.

C’est à cet enjeu que doit se mesurer la responsabilité individuelle et collective de chaque citoyen et de chaque parti politique. C’est à elle que doit s’établir et s’affirmer notre souveraineté.

Rien n’est plus important que de nous assurer que nos enfants, notre postérité, resteront libres, et que l’idée de liberté continuera d’éclairer le monde.

Rien n’est plus important que de leur assurer cela.

Rien n’est plus important que de pouvoir se dire, le 9 juin 2024 au soir, que, à travers la protection de notre libre-arbitre, nous avons su protéger, alors que tant de pulsions d’abandon nous poussaient à l’indifférence et à la désertion, les conditions de libre-arbitre de ceux qui nous suivent.

Tafta

Il convient de se remémorer la déclaration de M. Poutine, le 28 septembre 2015, à la tribune de l’AG des Nations Unies.
« Je voudrais aussi noter, a déclaré M. Poutine, l’existence d’une autre manifestation de l’égoïsme économique en plein essor: il y a certains Etats qui optent pour la création d’associations économiques prioritaires à caractère restreint. Même les négociations qui les concernent sont menées en cachette, à l’insu de leurs citoyens, milieux d’affaires et sociétés civiles. Personne ne prend plus soin d’en informer d’autres Etats dont les intérêts peuvent être touchés par conséquent. Il se peut qu’on veut tous nous mettre devant le fait accompli, que les règles du jeu viennent d’être réécrite au profit d’un groupe restreint, de ceux qui se considèrent choisis, même sans participation de l’OMC. Cela est lourd de conséquences et peut provoquer le déséquilibre de tout le système financier, la défragmentation de tout l’espace économique mondial« , a prévenu M. Poutine, considérant que le TAFTA – auxquels tant, du FN à la gauche radicale, sont opposés – affecte pas moins que « les perspectives d’ensemble de l’économie mondiale ».
Ces paroles, auquel aucun écho n’a été donné par les médias, ne sont pas neutres. Elles le sont d’autant moins que le traité transpacifique a été signé en janvier.
Cette sévère mise en cause du Tafta, même s’il n’est pas nommé, n’a pas été jugée digne d’intérêt par les médias.
Je postule cependant que l’enjeu que la perspective comme la dynamique d’une telle zone de libre échange représentent est d’un tel poids que la Russie coalise toutes les forces qu’elle peut pour faire échouer le processus.
Cela nous regarde nous Français comme cela regarde les Européens que nous sommes.
Mais nous regardons ailleurs et vaticinons à des débats qui sont utiles pour autant qu’ils ne deviennent pas superflus et purement idéologiques.
Quels sinistres signes des temps s’accordant de part et d’autre de l’Atlantique que ces montées des protectionnismes. C’est Poutine qui doit se frotter les mains, lui qui, dans l’indifférence médiatique, avait dit tout le mal qu’il pensait de ce traité de nature à sceller et parfaire, pour longtemps, le plus important marché de libre-échange et de potentielle réinvention de l’économie de marché. Nous perdons le sens de l’essentiel au profit de griseries au superflu.

TAFTA: où l’on joue les papilles contre les neurones

Faut-il réfléchir avec ses papilles ou avec ses neurones ?
Je ne suis pas expert en sciences cognitives. Pourtant, mon conditionnement m’incite à placer ma confiance dans les neurones. S’agissant du TAFTA, traité transatlantique de commerce et d’investissement, il convient de reconnaître les opérations idéologiques engagées pour amener nos concitoyens à se prononcer à partir de leurs papilles, que l’on idéalise, plutôt qu’à partir de leurs neurones.

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L’Arabie Saoudite est-elle vraiment maudite?

Beaucoup de monde se donne beaucoup de peine pour mettre à mal l’image et la stabilité de l’Arabie Saoudite, une des clefs de voûte, pourtant, de la stabilité de l’économie mondiale, de son équilibre géopolitique et de l’intérêt occidental.
Le royaume, adossé aux revenus confortables de la rente pétrolière, aurait pu se satisfaire des avantages que lui conférait cette manne et s’endormir sur son confortable matelas. Lire la suite « L’Arabie Saoudite est-elle vraiment maudite? »