Un XXIe siècle de promesse à tenir

À l’aube d’un monde en recomposition, la guerre, la confusion idéologique et le vacillement des repères nourrissent un désenchantement global. Pourtant, un autre horizon demeure possible. Il exige un sursaut de lucidité, de volonté, et de civilisation. Ce siècle, que beaucoup redoutent, peut encore tenir sa promesse – celle d’une humanité réconciliée avec la vérité, la justice et la paix. Encore faut-il le vouloir. Et le nommer.

Le XXIe siècle a déjà consommé son premier quart. Nous sommes en 2025. Soit vingt-cinq années déjà écoulées sur les cent qui le composent. Or ces vingt-cinq premières années, marquées par l’irruption du terrorisme islamiste, par le débordement de la violence, des incivilités et des profanations, par les dérives de la post-vérité, par les déséquilibres géopolitiques, par les failles climatiques, par la guerre en Europe et au Proche-Orient, ne sauraient être les annonciatrices d’un siècle dont la promesse est accomplie et réalisée.

Ce constat est devenu une évidence presque banale : la guerre est là, morcelante et avançant par morceau. Elle est toujours à nos portes. L’Ukraine, Gaza, le Caucase, le Sahel, les tensions indo-pacifiques : autant de foyers qui, loin de s’éteindre, alimentent une même déflagration souterraine continue, inextinguible comme le feu sous la braise.
Il serait vain de croire qu’une victoire militaire, ici ou là, suffira à rebâtir la paix que le monde attend, véritablement, au bout du dédale de ses malheurs perpétuels. Car l’enjeu profond n’est pas territorial, mais civilisationnel.

Mais la paix, la vraie,
celle qui panse le tissu moral
et imaginaire du monde,
exige davantage : une refondation.

Certaines batailles seront gagnées. Le régime de Vladimir Poutine tombera. La souveraineté ukrainienne sera rétablie. L’initiative franco-saoudienne pour relancer la Paix au Proche-Orient aboutira à deux États. L’Islam saura résister à ses imposteurs. Mais la paix, la vraie, celle qui panse le tissu moral et imaginaire du monde, exige davantage : une refondation.

Cette refondation commence par une généalogie du désastre. Comment a-t-on pu en arriver là ? Comment l’Europe, avec son rêve de concorde et de prospérité, entité de l’Hymne à la Joie, s’est offerte à la Russie sans foi ni loi? Comment la Palestine s’est retrouvée à nourrir, avec et par le hamas, l’engrenage qui tuait son propre rêve au profit d’un Israël se redécouvrant biblique? Il faut revisiter les grandes secousses intellectuelles du XIXe et du XXe siècle et commencer de rechercher les causes des dérèglements cognitifs qui ont fracturé la conscience humaine au point d’ouvrir le monde au tragique. Car c’est dans ces brèches que ce qui est de plus mauvais et vain dans le Politique s’est installé et nous a tous, dans des proportions variables, par ses attractions douces et lentes,  dégénérés en acteurs ou réceptacles, toujours en relais, de la violence symbolique, qui arme et tend toutes les autres.

Le milieu du XXe siécle en témoigne avec âpreté, jusqu’à l’abominable.

Il est devenu clair que les totalitarismes du XXe siècle – communisme soviétique, nazisme, fascisme – sont les enfants illégitimes, mais non moins réels, de trois grandes figures : Marx, Nietzsche, Freud. Aucun de ces penseurs n’a voulu Auschwitz ni le Goulag. Mais leurs idées portaient en elles les germes de notre anéantissement.

  • Marx a réduit l’Homme à sa classe sociale, niant l’épaisseur singulière de sa conscience.
  • Nietzsche a proclamé la mort de Dieu et ouvert la voie au culte du Surhomme, livré à sa propre démesure.
  • Freud a dissous la liberté de l’âme dans les mécanismes pulsionnels, mettant à nu l’inconscient sans lui rendre son mystère.

Ces trois brisures ont produit une vacuité, une perte du sens, un appauvrissement de l’élan spirituel et de l’autorité péremptoire qu’il exerce sur l’état des choses.

Raymond Aron, Hannah Arendt, George Steiner, Karl Popper, Emmanuel Levinas ont chacun, à leur manière, tenté de tirer la sonnette d’alarme. Ils ont vu que la modernité dérapait, que la Raison devenait instrument de déshumanisation, que les totalitarismes étaient des religions séculières, et que le visage humain disparaissait derrière les systèmes.

Aujourd’hui, le risque n’est plus seulement l’émergence de nouvelles idéologies — elles sont déjà là: techno-nihilisme, conspirationnisme, identitarisme, populismes digitaux. Les idéologies ont l’imagination de l’hydre pour renouveler leur tête, mais leur nature profonde est la même.

Le risque, c’est que le vide laissé par la chute des anciennes croyances ne soit comblé que par des simulacres. Déjà, des figures comme Vladimir Poutine ou Benyamin Netanyahou tentent de s’incarner comme nouveaux héros messianiques d’un monde en ruine. Leur logique est la même : manipuler les masses, user des images, distordre les récits, imposer la peur.

Ce qui manque, ce n’est pas la puissance. C’est l’harmonie. Ce n’est pas le débat inépuisable et inépuisé, tournant en rond comme un serpent qui se mange la queue, mais l’écoute, la diffraction, l’échappée aux forces gravitationnelles de la pensée réductrice. Ce n’est pas la vitesse, mais le sens. Ce n’est pas le rationnel, mais l’imagination.

La grande tâche du XXIe siècle est donc de réconcilier la justice, la liberté et la vérité. De redonner à la civilisation ses fondements : l’esprit de l’Oeuvre à renouveler dans le Commencement d’un Monde « fini », au sens qu’il est désormais connu, mesurable, dans ses potentiels, identifié dans ses frontières intangibles; mais qu’il faut rendre, enfin!, capable de se hisser à l’enjeu suivant, celui de la Grande Paix Humaine émanant de l’émancipation à l’égard des forces de l’écrasement si puissamment représentées. C’est l’ultime liberté à gagner. Elle passe par une méthode.

Il ne s’agit pas de restaurer un passé illusoire, mais de retrouver un fil d’Ariane entre les humains et de tisser la nouvelle grande histoire qu’ils méritent de constituer entre eux.

Le peuple, dans bien des cas, est pris dans le relativisme, la suspicion généralisée, la marchandisation de toutes choses, y compris de la dignité.

Il faut donc rebâtir. Et pour cela, il faut nommer.

Nommer ce qui détruit : les idéologies totalisantes, les communautarismes victimaires, les dictatures de la post-vérité. Et il faut nommer, avec une rigueur égale, ce qui construit : l’exigence morale, la rationalité ouverte, le sens du commun.

La civilisation à venir n’adviendra pas seule. Elle réclame une conscience éclairée. Une décision collective. Une réhabilitation du Beau, du Vrai, du Juste.

Nous avons consommé le premier quart de ce siècle. Il nous en reste trois quarts pour mériter encore de l’avenir et non pas du passé peu reluisant.

Si les gouvernements gouvernent
à partir d’intérêts matériels,
les grandes nations – celles qui sont appelées
à siéger au Conseil de sécurité de l’ONU –
œuvrent au niveau ontologique

C’est à cette condition que la paix ne sera pas seulement l’absence de guerre, mais le chant même d’une humanité enfin réconciliée avec elle-même.

Et par dessus tout, il faut trouver le courage de refermer la boite de Pandore qui a vu tous les fléaux pénétrer notre temps pour y lever des dissensions de plus en plus fracturantes, transformant l’unité et l’indivisibilité du Peuple en une fable pour enfants qui croient encore au père Noël.

Oui, il existe une généalogie des idéologies mortifères du XXe siècle dont les racines plongent dans la modernité intellectuelle européenne.

Ces penseurs n’ont pas voulu cela — mais leurs idées portaient en elles les sources de notre anéantissement et du désenchantement qui s’est emparé des sociétés post-modernes. Ils ont ouvert la boîte à malheurs et désordres. Il nous appartient, à tous, au-delà de convictions particulières, de la refermer car nous devons bien voir que les papillons qui ont semblé en sortir se sont mués en chenilles processionnaires qui dévorent l’âme des nations et qu’il faut maintenant, alors qu’il est encore, les remettre dans la boite.

C’est notre devoir de maturité, si nous devions penser que nous ne nous le devons pas à nous-mêmes, à l’égard de la postérité.

Karl Popper, dans La société ouverte et ses ennemis (1945), va plus loin : il incrimine Platon, Hegel et Marx comme fondateurs d’un autoritarisme philosophique. Pour Popper, la pensée historiciste — qui prétend lire le destin dans l’histoire — mène au totalitarisme.

Pourquoi ? Parce qu’il me semble que la vraie histoire, celle à laquelle il va falloir s’intéresser, ce n’est pas le seul enchaînement des événements (l’historicité et la chronologie), mais la compréhension de ce qui motive en profondeur les mouvements entre les peuples : rapprochements, conflits, indifférence, menaces. L’idéologie est un guide pernicieux qui sectionne tout en opinion, en polarisation, et rend insoluble le politique dans sa grandeur et sa dévotion à l’Humain.

De ce point de vue, si les gouvernements gouvernent à partir d’intérêts matériels, les grandes nations – celles qui sont appelées à siéger au Conseil de sécurité de l’ONU – œuvrent à un niveau ontologique: elles engagent non seulement leur propre destin, mais aussi celui des autres.

Ce n’est pas la division du monde hérité de Yalta qui devrait déterminer leur rôle. C’est leur capacité à promouvoir l’Union du Monde par des principes supérieurs qui devrait fonder leur place, et leur légitimité, comme membres permanents, ou non, du Conseil de sécurité.

Dans une Organisation ainsi réorientée, la Russie ne ferait pas partie du Conseil de sécurité. Elle ne disposerait pas de droit de veto.

Pour faire écho à Karl Popper, et, aussi, faire sourire : c’est bien la « psychohistoire » qui anime le cycle Fondation d’Isaac Asimov. Hari Seldon, mathématicien visionnaire, y imagine une science capable de prévoir les mouvements de masse de l’humanité.

L’idée est puissante : la philosophie politique de Karl Popper irrigue la science-fiction d’Asimov. Il ne lui manque qu’à rallier le réel par petites touches et grandes volontés. C’est un autre domaine de l’information. Et de la Responsabilité, oui, de la Responsabilité, qui ne peut pas lui être dissociée.

Le sujet du XXIe siècle, comme je l’ai dit et répété sur plusieurs modes, c’est la souveraineté cognitive. C’est elle qui nourrit l’ontologique. Et l’ontologique, c’est la vie. C’est la paix. C’est l’osmose. C’est la mort des idéologies. Ce n’est rien d’autre, finalement, que l’horizon des grands peuples dans les démocraties — qu’elles soient populaires, libérales, ou même encadrées par des monarchies intègres et dignes.

Tant que le capitalisme
sera vu comme une idéologie,
le champ révolutionnaire
restera ouvert

C’est une question majeure – une de celles qui structurent, en profondeur, l’avenir des sociétés humaines. Elle n’est pas un sophisme. Elle ne relève pas d’un exercice académique. Elle touche au support même de la vie en commun, car l’organisation économique est le socle sur lequel repose l’ensemble des activités humaines : produire, échanger, transmettre, coopérer.

Dans cette manipulation, la démocratie devient l’instrument de son propre effritement.
J’ai toujours, depuis que j’ai commencé à parler « véritablement« , considéré que résoudre la France, c’était un peu résoudre le monde.

Parvenir à faire croire que ce socle est une simple construction idéologique, discutable comme n’importe quelle autre, c’est ouvrir le champ principal des subversions. C’est permettre à toutes les doctrines révolutionnaires — marxistes, islamistes, décoloniales, écologistes intégristes — d’avancer en affirmant que l’ordre du monde est, en soi, illégitime.

Or, il faut rappeler ici un fait fondamental, souvent ignoré en Occident : la Chine, sous direction du Parti communiste chinois, n’a pas rejeté le capitalisme. Elle l’a adopté. Non pas comme idéologie, mais comme outil d’efficience et de projection de puissance. Le Parti n’a pas abdiqué son monopole. Il ne garantit ni la liberté de conscience, ni la démocratie pluraliste, ni la liberté d’expression. Mais il organise une économie de marché moderne, avec des mécanismes sophistiqués de production, d’investissement, de circulation du capital, de propriété privée.

Le Parti communiste chinois ne fait plus d’idéologie. Il fait du commerce. Et de ce point de vue, il dément radicalement le récit révolutionnaire selon lequel le capitalisme serait intrinsèquement bourgeois, aliénant, incompatible avec la souveraineté populaire. Le PCC prouve, chaque jour, que le capitalisme n’est pas une idéologie. C’est un cadre, un vecteur de puissance et d’efficacité économique, un moyen de faire circuler l’énergie humaine et de fonder la valeur et l’échange de valeur.

En ce sens, la critique occidentale vis-à-vis de la Chine mérite d’être relue. Non pas pour absoudre le régime de ses violations, mais pour comprendre ce que signifie cette acquisition sans conversion. Le modèle chinois déjoue le schéma dialectique du marxisme. C’est éminemment intéressant.

La Russie, à l’inverse, rejette ce modèle. Elle combat le capitalisme non seulement comme structure économique, mais comme système de valeurs, comme imaginaire occidental, comme danger pour l’identité du peuple russe. Elle le diabolise en bloc, dans un récit qui associe libéralisme, démocratie, droits de l’homme, diversité culturelle et dégénérescence morale. Ce faisant, elle alimente une vision contre-civilisationnelle, qui séduit tous les courants de la réaction contemporaine.

C’est pourquoi il est si important de clarifier ce point. La contestation du capitalisme comme cadre régulier de la vie humaine alimente tous les courants révolutionnaires, quelles que soient leurs couleurs. La Chine y apporte un démenti strict, auquel nous avons, peut-être à tort, refusé de prêter attention — par réflexe idéologique ou orgueil géopolitique.

Tant que le capitalisme – le libre marché – sera vu comme une idéologie, le champ révolutionnaire restera ouvert. Il doit être éteint. L’intelligence des jeunes et moins jeunes doit se consommer et se nourrir sur des sujets plus importants pour l’espèe humaine.

Le marxisme – et la culture qu’il a inoculé en Russie post-soviétique – est une dialectique : pour être la solution, il lui faut ériger le capitalisme en « problème », donc en idéologie. Le communisme se présente comme la « science » de l’Histoire (matérialisme dialectique) là où il accuse le capitalisme d’être « croyance », « bourgeoise », « aliénante ».

Le réalisme économique est antérieur à toutes les idéologies. Sans réalisme économique, contreparties, monnaie fiables, contrôle de l’inflation, le marché s’effrite, les révolutions industrielles s’éteignent dans l’archaïsme. Le capitalisme peut être vécu comme un pragmatisme, ou sacralisé en dogme. Le communisme a eu besoin de poser le capitalisme comme une idéologie pour en être l’antithèse.

La question n’est donc pas seulement dialectique. Elle est ontologique et stratégique : car si le capitalisme n’est pas une idéologie, mais la structure qui permet le fonctionnement d’un marché (ce à quoi le PC Chinois semble s’être résolu), alors c’est peut-être le marxisme révolutionnaire et ses avatars qui perd son statut d’alternative historique — et devient le vrai fantasme.

C’est à l’université, et à sa stricte lucidité sur les matières, aux Académies, de remettre les pendules – de ce qui est établi et de ce qui ne l’est pas – à l’heure. Elles ne sont pas la chambre d’écho des passions profanes ni des complaisances gagnées, à un titre ou à un autre. Elles gèrent le sacré du savoir et de ce à quoi le peuple peut se fier. Dérégler ce principe produit de malheur.

Nous ne sommes pas obligé
de lire ce que les journaux racontent.
Il faut chercher à lire
ce que des puissances essaient d’écrire
dans l’actualité
pour faire dire à l’Histoire
ce qu’elles veulent.

La France est devenue un concentré de crises sociales et politiques permanentes. Pourquoi?

Il n’est pas possible d’évoquer la refondation sans traiter le cas français. En tant que citoyen, je constate aujourd’hui que le pacte social est devenu le théâtre de surenchères revendicatives. Face à l’appel populaire issu de réseaux comme #BloquonsTout ou #Mobilisation10Septembre2025, on assiste moins à une révolte spontanée du peuple qu’à une convergence programmée entre les populismes de l’extrême gauche et ceux de l’extrême droite.

Ceux-ci ont trouvé un agenda commun : exploiter la frustration diffuse et montée, avec l’aide des réseaux sociaux et d’un système d’information cyclopéen, en mayonnaise pour agglomérer des revendications disparates. Le spectacle ressemble à de la démocratie. Mais c’est une tyranie qui l’organise.
L’objectif, c’est de créer un climat de paralysie civile susceptible d’ouvrir l’espace politique à des forces officiellement antisystème, mais implicitement instrumentalisées par des influences extérieures comme celles venant de Russie.

Ce que révèle cette dynamique : la colère sociale est devenue un masque. Derrière la façade des revendications légitimes, s’organise une subversion délibérée du consentement démocratique. L’appel à « paralyser le pays », formalisé, organisé et parfois crypté, témoigne moins d’un besoin réel que d’un calcul politique. Cette agitation sert de rideau de fumée aux enjeux majeurs de sécurité nationale, tels que la réaction à l’agression russe ou la résilience démocratique face aux tentatives de déstabilisation.

Il ne s’agit plus de dire si mon voisin protestataire est sympathique ou non : il l’est probablement. Il s’agit de comprendre d’où vient cette colère, où elle mène, ce qu’elle nourrit, et par qui elle est nourrie.

A la fois sur la question sociale, sur la question de la laïcité, si typique, sur la question constitutionnelle qu’offre la Ve République, sur la mémoire coloniale, post-coloniale, sur la grandeur, enfin, et sur la souveraineté, etc. La France est un précipité d’universalisme que contrarient, délibérément, des puissances étrangères, et, particulièrement, qui en, après avoir échoué à convaincre par le charme et la persuasion, a fait son ennemi pour faire sauter cette République si fière, droite et indocile. Pour y parvenir, rien de tel que lui imposer le règne des galimatias.

La France : clé de voûte européenne et terrain de recomposition idéologique

La France tient un rôle essentiel dans la défense de l’ordre international face à l’hégémonie russe. Par son histoire, son ancrage dans la construction européenne, elle est aujourd’hui la clé de voûte du système continental. Emmanuel Macron l’a réaffirmé : en étendant en principe le parapluie nucléaire français sur certains pays européens, la France affirme une posture stratégique inédite — une garantie de sécurité collective assumée sans dilution immédiate de sa souveraineté nucléaire. En écho, Marine Le Pen — quelques mois après les législatives — s’est engagée, dans l’hypothèse d’une alternance, à graver dans la Constitution française l’exclusivité de la dissuasion nucléaire aux seuls intérêts nationaux, refusant toute logique de partage ou d’intégration européenne de la dissuasion.

Ce positionnement fait de la France une ligne de résistance non seulement géopolitique, mais idéologique : elle incarne une voie souveraine, européenne, et singulière dans son statut de puissance responsable.. Mais c’est aussi là que se concentrent les forces contradictoires.

On peut comprendre, aussi, le désordre politique et social qui s’est progressivement emparé de la France depuis les années 1990 si l’on regarde le quantum des dynamiques, non le seul croisement de discours isolés. Nous ne sommes pas obligé de lire ce que les journaux racontent. Il faut chercher à lire ce que des puissances essaient d’écrire dans le cours de notre actualité pour faire dire à l’Histoire ce qu’elles veulent y voir imprimé et qui est conforme à leur intérêt plus qu’au nôtre. C’est de l’écriture sympathique.

Si nous adoptons, ce qui réclame – il est vrai – un effort de désolidarisation aux apparences et revendications, on peut concevoir que ce chaos n’est pas l’effet d’un atavisme populaire ou d’une passion politique absolutiste, brandie comme une fierté.
Si ce n’est pas le cas, c’est soit de l’inconséquence démocratique, mais il n’est pas impossible que ce soit la conséquence d’une stratégie ciblée visant à transformer la France – cette grande République, flattée par le souverainisme, effrayée par l’immigration, méfiante des travailleurs étrangers – en l’obstacle principal à l’osmose européenne en nourrissant ses démons intérieurs.
On peut lire l’histoire de ces trente dernières années avec un prisme.
Il n’est pas plus illégitime qu’un autre. Le Réel ne lui donne pas tort, il me semble.

Ce qui se joue, aujourd’hui, n’est pas tant une résistance spontanée qu’un frein politique orchestré : la France est rendue coupable de sa propre grandeur, et sa souveraineté — autrefois célébrée — est retournée en stratégie de division idéologique.

Dans ce cas, la démocratie est pervertie. Elle est noyautée par ses ennemis. Elle doit s’émanciper des forces qui manoeuvrent ses foules et son esprit.
C’est probablement la dernière chance. Tous les ressorts sont tendus. Celui qui lâche est perdu.

Refonder la République par le haut

Pour une restauration du temps long, de la souveraineté et de la dignité politique. Un homme du peuple a le droit de parler à la hauteur à laquelle il se hisse. La mienne vient là.

La Ve République n’était pas un régime fait pour un homme. Elle fut pensée pour un peuple. Un grand peuple, capable de projeter sa volonté dans le temps, de produire des femmes et des hommes d’État à la hauteur des exigences qu’il formule pour lui-même. Ce que nous vivons aujourd’hui n’est pas la crise d’un modèle dépassé, mais l’affaissement progressif de ce qui lui donnait sa force : le temps long, la hiérarchie des fonctions, la clarté des responsabilités. Le moment est venu de nettoyer les écuries d’Augias — non en brisant les cadres, mais en retrouvant leur sens profond.

Réflexions sur l’épuisement des équilibres démocratiques

La Constitution de la Ve République n’avait pas été fondée sur de si mauvais principes.
Conçue dans un moment de grande instabilité politique, elle portait en elle un équilibre subtil entre autorité et représentativité, entre verticalité et légitimité populaire. Ce qui a été abîmé depuis ne tient pas tant à sa lettre qu’à son adaptation progressive à des logiques qui lui étaient étrangères. D’où la nécessité d’envisager, non une table rase, mais une révision sérieuse, instruite par l’expérience.

Voici quelques pistes de réflexion, issues d’un regard porté sur plusieurs décennies d’évolution politique.

1. Le couplage du mandat présidentiel avec le mandat législatif : une erreur de conception

La réforme de 2000, réduisant le mandat présidentiel à cinq ans pour l’aligner sur celui de l’Assemblée nationale, a opéré une confusion durable des temporalités. Elle a gommé la distinction entre le temps long — celui de la vision, de la souveraineté, de l’arbitrage — et le temps court, propre à la logique parlementaire, aux jeux de majorité, et aux cycles électoraux rapides.

Cette réforme a dévitalisé la fonction présidentielle. Le chef de l’État, pensé par la Constitution comme une figure de surplomb, garant de l’unité nationale et de la continuité de l’État, s’est retrouvé piégé dans une logique partisane, obligé de jouer le rôle de chef de majorité.

Le président n’arbitre plus vraiment : ou plutôt, lorsqu’il arbitre encore — comme ce fut le cas récemment avec la décision souveraine de reconnaître l’État de Palestine —, il le fait dans un espace saturé par les tensions du temps court, sans échappée temporelle.

Car il n’existe plus de distance institutionnelle suffisante pour accueillir le temps long. L’arbitrage présidentiel, au lieu d’émerger comme une décision posée dans l’Histoire, est aussitôt absorbé, évalué, commenté, relativisé, et souvent délégitimé dans le flux d’actualités, au sein d’un système d’information devenu un précipité permanent. Le chef de l’État agit — mais sa parole n’imprime plus la durée. Elle est dévorée dans l’instant.

2. Une dissolution rendue inopérante

La prérogative de dissolution, à la discrétion du président, permettait de remettre le peuple au centre de la décision lorsqu’un désordre politique obstruait le fonctionnement institutionnel. Elle ne visait pas à résoudre un blocage juridique, mais une crise de loyauté ou de lisibilité des partis.

Par deux fois, cette arme a été utilisée pour tenter de trancher dans le vif : en 1997 par Jacques Chirac, en 2024 par Emmanuel Macron. Et par deux fois, elle a produit l’effet inverse : le peuple n’a pas arbitré, il a constaté. Il n’a pas choisi : il s’est absenté. La dissolution n’éclaircit plus le jeu démocratique, elle en révèle la fragmentation. L’outil n’est pas à remettre en cause — mais le contexte politique dans lequel on l’utilise l’a vidé de sa fonction régénératrice.

3. L’égalité des temps de parole : un égalitarisme qui rend inégal

Sous la présidence de François Mitterrand, l’introduction du pluralisme médiatique et de l’égalité des temps de parole fut présentée comme un progrès démocratique. Mais dans un monde dominé par l’instant, le cynisme et la logique du clash, cette égalité formelle devient une inégalité réelle. Elle favorise les discours simplificateurs, les promesses intenables, les pulsions émotionnelles.

Le biais négatif — bien documenté par les sciences cognitives — donne toujours un avantage à la critique spectaculaire sur la parole responsable. Dans ces conditions, l’égalité des temps d’antenne n’assure plus un débat honnête, mais une compétition faussée où le plus bruyant écrase le plus sage.

Mais il faut aller plus loin. Nous ne sommes plus dans une simple crise de représentation médiatique, mais dans une faille systémique du système d’information.

Ce système — qui devrait informer, structurer, pondérer, éclairer — s’est mué en résonateur de tensions, accordant la prime au choc, à l’indignation, à la viralité. Les alertes formulées par le Chef d’État-Major des Armées (CEMA) sur la montée des opérations de guerre cognitive, de désinformation stratégique, notamment en provenance de la Russie, n’ont été que marginalement relayées.

Il y a là non seulement une crise démocratique, mais une question de sécurité nationale. Une nation qui ne maîtrise plus le récit qu’elle se fait d’elle-même est une nation vulnérable.

4. Une Constitution n’est pas une abstraction : elle est organique et mémorielle

Une Constitution digne de ce nom ne saurait se réduire à une somme de principes idéaux. Elle doit incarner la mémoire des expériences, les échecs comme les progrès, les déséquilibres comme les ajustements. Elle doit connaître l’homme tel qu’il est, non tel qu’on aimerait qu’il soit.

À ceux qui reprochent à la Ve République d’avoir été « taillée sur mesure pour de Gaulle », il faut répondre avec fermeté : ce n’est pas de Gaulle que la Constitution a servi, mais la France. Elle fut pensée non pour un homme providentiel, mais pour un peuple à la hauteur de son Histoire.

Un grand peuple précède les grands hommes — ou les appelle.
Et l’architecture institutionnelle n’a de sens que si elle repose sur cette conviction : que le peuple français n’est pas un agrégat d’audiences ni une juxtaposition de colères, mais une conscience historique en quête de forme durable.

Conclusion : retrouver la verticalité du temps et la dignité de la République

Nous ne devons pas abandonner la Ve République.
Mais il faut la ressaisir. La dégager des ajustements court-termistes, restaurer la logique de ses équilibres, redonner sens à ses temporalités différenciées.

Ce travail n’est pas technique. C’est un acte de salubrité politique.
On ne combat pas la désagrégation démocratique par des formules molles, mais en nettoyant les écuries d’Augias, c’est-à-dire en revenant aux fondations : une architecture institutionnelle qui fasse vivre l’intelligence, la durée, et la dignité de la République.

Une démocratie vivante ne se contente pas de refléter ce que nous sommes.
Elle nous oblige à devenir ce que nous prétendons être.

PS: j’ai oublié d’évoquer le rôle assez fondamental du deuxième personnage de l’Etat et celui du Sénat, éminent dans la représentation du pays réel, physique, du pays tranquille, dans le contrôle du gouvernement.

Lettre ouverte d’un veilleur à la République endormie

Pour rompre la dilution et rappeler qu’un corps républicain ne se punit pas lui-même.

Je ne suis pas un homme à part. Je suis un homme debout, au poste qui est le mien depuis bientôt trente ans.
En 1996, j’ai quitté le journalisme, après treize années passées au sein d’un quotidien régional.
Je l’ai quitté non par lassitude, mais par devoir.
Car j’y pressentais une dérive du réel, une mise à distance insidieuse des faits, une parole de plus en plus tenue, calibrée, conditionnée, soumise aux injonctions auxquelles la foule s’aliénait. La perversion de ce cycle atteint sa limite, aujourd’hui.


Ce que beaucoup découvrent aujourd’hui, parfois avec stupeur, je l’ai vu venir, et j’ai choisi de ne pas en être l’instrument.
Répondre à cet appel n’a pas été sans conséquences.
J’ai connu les marges, les silences, l’incompréhension.
J’ai traversé, plus d’une fois, des situations matérielles difficiles, des mises à l’écart, des revers. Ma famille, les personnes qui me sont chères y ont été exposées, ce qui rendait encore plus insoluble le fait de devoir satisfaire le devoir que m’assignait ma nature.


Je n’ai jamais fléchi sur ce point :
garder le lien avec le réel, garder la parole libre, garder l’esprit en éveil, déchiffrer ce qui, à mon ouïe, dissonait trop.


Depuis, j’ai entrepris, proposé, écrit, alerté. J’ai bien appris ce que c’est que pisser dans un violon en République Française.


Pour plus récente illustration, j’ai créé Habitat du Roi® pour redonner pouvoir à la demande dans la fabrique urbaine en ajoutant à l’économie du Réel la dimension « imaginaire » que procure l’économie dérivée de la blockchain.
J’ai lancé Prompt Renfort pour faire de l’intelligence artificielle un outil d’éveil, pas d’assoupissement.

Il y des gens qui m’en dépossèderont, sans en avoir eu l’idée. Je les emmerde souverainement.


J’ai nommé — bien avant qu’elle ne pénètre le discours officiel — « la guerre cognitive » qui nous frappe. J’ai discerné, pour faire écho à un événement qui  nous a tous marqué, son ombre dans la nuit du 13 au 14 novembre 2015. Mais je ne me suis pas tapé la tête contre les murs. J’ai élevé mon esprit, pour dépasser le cirque. Qui l’a fait autant que moi?

Je n’ai pas que cela à mon actif. Mais cela devrait suffire.


Mais aujourd’hui, les coups commencent à pleuvoir  Et ils ne viennent pas d’un adversaire, mais de ses petites mains, à travers ses visages différents, dans la banalité machinale non du mal, pour citer Simone Weil, mais de l’indifférence bureaucratique, par dilution de la responsabilité.


Ils tombent sans procès, sans confrontation. Mises en demeure, relances, humiliations financières. Et ils me disent baisse ta nuque. Le mieux que tu es ou que tu as fait ne compte pas et il est parfaitement normal que mieux tu raisonnes, moins tu sois entendu.

Comment! Vous pouvez le dire vraiment, ce message masqué, c’est-à-dire traduit dans le langage commun, pas en langage subliminal. La plupart des gens, dans ma situation, ne le liraient pas comme tel. Moi, c’est cela, au regard de qui je suis et de l’effort unique, constant, pur, qui est le mien, c’est ainsi que je le lis.

Il n’y a pas d’autre manière.


Je ne me plains pas une seconde. Mais je pose cette question :
Qui me juge ? Quel est son bilan ?
A-t-il porté plus de poids, plus longtemps, avec plus de constance ?
A-t-il vu ce que j’ai vu, tenté ce que j’ai tenté, risqué ce que j’ai risqué ?
S’il y en a un, je m’incline. Sinon, qu’il se taise.


La République n’est pas une série de procédures exercées dans le vide, scellées dans l’étanchéïté des exécutants. Elle est un corps vivant, ou elle n’est rien sinon la dissipation de son voeu dans la déresponsabilité de tous.  Elle devrait être intolérante au gâchis des facultés des uns et des autres.

Mon expérience est probante. La République s’en fout. Elle n’est qu’un code.


Ce corps, aujourd’hui, est dilué. Sa substance se nécrose. Chacun seul. Chacun comptable. Chacun réduit à ses cases.
Mais la République, la vraie, ne punit pas ceux qui la servent. Elle les écoute. Elle les reconnaît. Elle ne leur casse pas les reins. Elle n’essaye même pas.


Je parle ici non pour moi, mais pour rompre la dilution.
Pour faire vibrer la mémoire du corps républicain. Le corps uni et indivible du Peuple.

Il mérite qu’on ne soit pas fatigué.


Je ne suis donc pas fatigué. Je ne suis pas, de toute façon, d’un matériau qui se brise facilement.

Vous vous en rendrez compte.

Même si le corps chancelle, mon âme reste debout, et aussi tranchante que le moment le réclame.


C’est un don. Ce n’est pas de l’héroïsme.

C’est un appel auquel je réponds — jour après jour — par devoir.

Je ne me dérobe pas. Je suis là.

Je parle à la République. Pas à ces émissaires.

Daniel CICCIA

Pour vous servir.


👉Et si certains cherchent une image, qu’ils se souviennent d’un nom : Alan Turing.
Il a brisé les codes de la machine ennemie, Enigma,
et c’est sa propre société qui l’a brisé, lui.
Il a souffert, seul,
sacrifié par l’aveuglement des siens.
Je ne prétends pas être lui.
Mais je sais ce que c’est que de déchiffrer ce que d’autres refusent de lire,
et d’en payer le prix.

J’attends la réponse là.

Sur ce ring. C’est en effet moi qui le choisit.

L’acte manqué du IVᵉ pouvoir

14-Juillet-2025. Pas un jour comme les autres. Jour de mesure militaire et de pas de danse.

Ce texte dresse le constat d’une faillite.
Celle du prétendu IVᵉ pouvoir, qui ne fut jamais institué,
mais qui prétendait, par la vigilance, l’éthique et la lucidité,
garantir la respiration démocratique.

Aujourd’hui, ce pouvoir prétendu a cédé.
Il n’a pas résisté à la confusion.
Il n’a pas signalé l’intrusion.

Il s’est laissé emporter dans l’interaction trouble entre les récits, les acteurs et les brouilles d’État.
Ce brouillage n’est pas une abstraction :
il est stratégique, coordonné, documenté.
Il a une géographie, une doctrine, des relais, des objectifs.
Il vise à affaiblir l’Europe, à fracturer la France,
à transformer ses organes de sens en chambres d’écho ou en champs de ruines.

Le IVᵉ pouvoir n’a rien empêché.
Il a tout permis.
Et en ne nommant pas l’ennemi, il a livré le pays.

Il faudra, un jour, lui demander des comptes.

Il est temps de parler sans ambage. Le système d’information a trahi la France, il enterre son peuple vivant, et il liquide, à petit feu, la République.
Il n’exprime plus aucune souveraineté nationale.
Il relaie, parfois sciemment, des narratifs hostiles.
Il est devenu perméable à l’entrisme russe, tout en continuant à se parer du manteau du pluralisme — qui n’est plus qu’un alibi, une illusion à double fond.
Le tocsin sonne dans le vide. Cela n’a jamais été vu.

Les polémiques jetées à jets continus sont des grenades cognitives.
Elles paraissent inoffensives dans le confort feutré des studios, mais elles explosent ailleurs — sur les lignes dures, là où nos soldats, dans leur chair, compensent ce que l’esprit national n’a pas su défendre.

Il faudra une rupture. Elle devient vitale.
Les responsables médiatiques devront répondre de la désinformation qu’ils ont amplifiée ou laissée passer.
Le système d’information n’est pas 🙈🙉🙊. Il est comptable. Et coupable.

Exciper du réel politique — l’émergence du RN, la fragmentation du pouvoir, la fatigue démocratique — n’excuse rien.
Le libre arbitre commande la lucidité, pas l’abdication.

Bien avant même que le Chef d’État-Major des Armées ne désigne la Russie comme acteur actif, stratégique et systémique de la déstabilisation française, il suffisait d’un regard sans complicité. D’un recul élémentaire.
Mais rien n’a été dit. Aucune autorité n’a été exercée.

Il n’y a pas de dignité professionnelle sans autorité.
Le moindre médecin de campagne le sait. Il a cela dans sa trousse.

Et quand enfin le CEMA parle, documents à l’appui, dans une précision clinique, désignant la France comme « ennemi existentiel » de la Russie, le silence.
Pas un nom. Pas une onde. Pas un sursaut.

Ce silence n’est pas une prudence. C’est un consentement.
Et ce consentement est une faute.

Le IVᵉ pouvoir n’existe pas.
Il n’est consacré nulle part.
Il ne tient que par la discipline, la puissance de la lucidité, le courage de secouer l’état narratif.
Et il n’existe que par l’amour de la patrie, dans l’élan de son intérêt réel, physique, économique, pas dans les mirages du souverainisme, ni dans les populismes, ni dans les trames du spectacle politique taillé pour satisfaire le désir des médias.

Ce que nous constatons aujourd’hui, c’est sa faillite absolue.
Une faillite déshonorante, qui laisse le peuple désarmé dans l’espace mental, et potentiellement sacrifié dans l’espace réel.

La démocratie est une matière d’esprit.
La République aussi.
Ce qui n’a pas été défendu par l’esprit risque de devoir l’être par la chair.
Cela ne doit plus être.

Tout se passe devant les yeux du Peuple.
La République française le veut grand.
Elle peut en mourir.
Mais elle ne peut pas en mourir.

C’est écrit — dans la Constitution de 1958, et dans la tapisserie de Bayeux.

❄️La larve cryogène dans l’incendie cognitif

Un compte X, intitulé « Bleu Blanc Rouge » ouvertement d’extrême-droite, propage les images d’un incendie qui se multiplie en France, favorisé par des conditions naturelles, avec le commentaire mis en index. Ces éléments d’actualité mettent en cause l’incivisme, l’inconséquence, la pyromanie délibérée ou involontaire, ou le coup du sort.
👇
« Qu’est ce que ça doit être flippant de te retrouver encerclé par les flammes comme ça ! 😳🤯

Courage aux sinistrés ! 🇫🇷😫 »

****

Sous ses airs anodins, ce tweet au ton compatissant crée un lien émotionnel, dans une toile plus vaste, pour mieux injecter et fixer la peur sous son pouvoir anxyogène.
C’est le commentaire qui accuse sans accuser, désigne sans nommer, suggère sans démontrer.
C’est le flux continu de faits divers, devenus faits systémiques par le simple effet de l’itération émotionnelle.

Personnellement, l’incendie invisible me préoccupe plus que l’incendie visible.

Ce peut-il qu’il ait une corrélation « cognitive » entre eux? Cela pose la question de la pyromanie, des multiplications des actes pyromanes dans la diversité de leurs expressions, non pas comme un objet de psychiatrie isolé, mais comme le symptôme que quelque chose d’essentiel, au coeur du noyau, est déréglé et atteint les êtres les plus fragiles psychologiquement, à la périphérie.


Cette périphérie a fait l’objet de toutes les auscultations et publications sociologiques et intellectuelles possibles, pain aussi béni pour le politique que le fût le concept de « fracture sociale », creusant une faille plutôt que voué à consacrer la continuité entre le lieu de l’emprise légale et celui où le génie du Peuple est seul avec lui-même, rapport nu de la graine et du terreau fertile.

Le mystère de la transfiguration laïque y est supplanté par la sociologie triste et prétentieuse.


La banlieue, étymologiquement, est une périphérie, ceinture où le droit, l’urbain, sont livrés au génie du peuple. C’est la cour des miracles moderne.

C’est l’endroit même où, dans la République, plus qu’ailleurs, renaît l’espoir. Assigner la banlieue à un narratif clos, à une prison de ressentis, porte atteinte à cette fonction vitale, car éminemment regénératrice.

Accepter ce récit, l’intellectualiser aux quatre vents pour en faire un matériau non pas de travail sur la tranquillité publique, mais un outil de stigmatisation et de dissession politique, c’est étouffer le génie de la cour des miracles qui a sauvé tant de belles âmes dans la légende des siècles française.

Si on s’inscrit, non plus dans le narratif des ressentis, mais dans logique qui en anime l’emploi cynique, alors on comprend la saturation des faux points d’affects dans géographie du « Comprendre ».

Ce type de communication, sous ses airs compatissants — “Qu’est-ce que ça doit être flippant… Courage aux sinistrés !  — agit en réalité comme un cheval de Troie affectif.

En apparence, elle manifeste une empathie légitime, une émotion spontanée face à la catastrophe. Mais en coulisse, elle active des ressorts bien plus troubles : elle prépare une cristallisation émotionnelle qui peut être dirigée, orientée, exploitée.

Un canon à ondes électro-cognitives vise la perception collective. Il ne détruit rien de matériel. Il rend illisible, instable, insécurisée la conscience partagée de ce qui est réel.

Ensuite, il suffit de cesser de l’alimenter pour que la réalité semble redevenir naturelle, c’est-à-dire avec son lot d’incidents (le terme qui désigne disant lui-même le fait qu’il est en somme régulier): les fameux faits divers qui relèvent d’une société d’humains, qui ne peut tout à fait être parfaite.

L’axe des ressentis contre l’abscisse des ordonnées


Elle l’a toujours été. Elle s’est juste emballée parce qu’une force joue au plus fin pour faire tomber la République Française.
La dénaturer, c’est la faire tomber.

C’est assécher son idéal ramenée à la représentation d’honnêtes gens.

Quel nom donner à une opération d’intelligence extérieure qui s’appliquerait à encourager, par ce subtil modus operandi, le désordre qui favorise l’accession d’une force autoritaire au pouvoir, et qui couperait, une fois parvenue à cette fin, l’émission qui altère le ressenti, pour se prévaloir ensuite d’un retour à l’ordre, celui auquel le Peuple aspire, mais qui n’a vraiment jamais cessé, hors l’excitation du ressenti?

La larve Chrysopa (chaude) se nourrit de ce désordre, accélère l’embrasement.

Et au milieu… la larve cryogène,

inerte mais intacte,

silencieuse mais stratégique,

qui attend la chute du système immunitaire démocratique pour éclore.

> Référence au nom scientifique du « chrysoperla carnea », insecte dont la larve est invisible, douce en apparence, mais qui dévore ses proies de l’intérieur. Belle, fragile, infiltrante, elle prépare la prise, sans jamais l’assumer frontalement.


La bataille, d’ailleurs, sur le ressenti (vs le constat lucide, statistique notamment, fait rage, comme source de stigmatisation du pouvoir et non plus de sa légitimisation.

Le Rassemblement National s’y emploie. Et pour le moment, la population – s’en remettant jusqu’à plus ample informé, à ce qu’elle ressent en érant préalablement dûment désorientée-, penche du côté de ceux qui légitiment l’axe des ressentis plutôt que l’abscisse des ordonnées.

Un soleil se lève, un autre se couche

Le monde change sous nos yeux. Et comme personne ne dit qu’il brûle, tout le monde regarde ailleurs

Le sommet des BRICS à Rio se déroule sans fracas.
Mais dans sa discrétion se cache une inflexion majeure.
Narendra Modi s’y est rendu, précédé d’un long voyage solitaire — non pour étendre une sphère, mais pour ressentir les convergences possibles. Ghana, Argentine, Namibie… autant d’escales, non pas pour polariser, mais pour relier les Suds en quête de stabilité et de justice.

En miroir, depuis Moscou, la menace se formule sans détour ni fard :

> « Les problèmes de l’Occident s’aggraveront s’il maintient sa politique anti‑russe. »

Ce “si” conditionnel est une arme à double tranchant :

Menace voilée, parce qu’elle n’annonce pas de représailles immédiates, mais pose une date d’expiration — implicite — à la patience russe.

Instrumentalisation stratégique, car elle désigne l’“Occident” comme acteur unique responsable, évacuant toute notion de réciprocité, de complexité ou de négociation.


Le ton reste celui des années de fer, de l’après-Yalta, quand le monde se divisait encore en alignés et opposants.
Mais ce langage s’estompe.

Et l’absence de Xi Jinping en personne, pour la première fois depuis plus de dix ans de sommets BRICS, le confirme en silence.
Il n’a pas délégué son rang. Il a omis d’y mettre son poids. Ce retrait, qui semble tactique, est en réalité un très lourd signe de non-poids :

> lorsque le corps ne se déplace plus, c’est que la masse symbolique a cessé d’aspirer.

En diplomatie, l’absence n’est jamais neutre.
Celle-ci n’est pas un refus frontal, ni un retrait ostentatoire. Elle est plus grave encore : elle indique que l’espace ne vaut plus le déplacement, ou qu’il n’est plus celui où se joue l’équilibre.
Cela suffit à faire vaciller le récit du “partenaire majeur”.
Et cela accrédite, dans le même temps, le déplacement du centre de gravité.
Ce qui ne pèse plus recule. Ce qui vient poindre, avance.

La plainte russe — « Les problèmes de l’Occident s’aggraveront s’il maintient sa politique anti-russe.« — est comme un chant d’alarme fatigué, usé par son propre retour d’écho.
Elle n’emporte plus l’adhésion globale comme au début de la guerre en Ukraine, ni même dans une partie de l’Afrique.

En miroir, le discours plus fluide de l’Inde, du Brésil, voire de l’Afrique du Sud devient audible, recevable, adaptable.

Déphasage :
La voix russe résonne de plus en plus dans sa propre chambre d’échos, tandis que la voix des BRICS se cherche une polyphonie nouvelle.

La Samba de Rio, ce n’est plus celle d’un Sud en colère. C’est celle d’un Sud en projet.

Il faut, pour comprendre ce moment, se détacher des anciens paradigmes.

Le non-alignement, aujourd’hui, ne cherche plus à se positionner dans l’équilibre des forces.
Il veut renaître dans une convergence d’intérêts réels, vitaux, systémiques.
Et cette renaissance rejoint le souffle initial de ceux — comme Roosevelt — qui, après la guerre, rêvaient d’un monde couvert par un droit identique pour tous, non pour uniformiser, mais pour garantir la sécurité, la parole et la dignité des peuples.

C’est ce droit, et non un quelconque empire, que les BRICS veulent voir réémerger.
Non pas pour remplacer l’Occident, mais pour rompre avec l’exceptionnalité.
La samba de Rio, ce n’est plus celle d’un Sud en colère. C’est celle d’un Sud en projet.

Pendant ce temps, le moteur de la critique radicale de la mondialisation, trop longtemps alimenté par des figures du ressentiment ou du repli, se disperse désormais dans des satellites idéologiques.

Or, le monde en train d’émerger ne veut plus de ces substitutions.
Il ne veut plus de domination, ni en version “libérale”, ni en version “souverainiste armée”.

Il veut — et c’est ce qui perce à Rio, dans les gestes modestes de Modi — retrouver le chemin d’un universel partagé, non imposé.
Un monde **où l’on ne s’aligne pas parce qu’on se soumet,
mais parce que les intérêts naturels convergent vers une même surface de droit.

> Oui, un soleil se lève, ailleurs. Il n’éblouit pas. Il éclaire.
Un autre se couche, non faute de puissance, mais de perspective.

Le monde change sous nos yeux.
À condition de ne pas le regarder ailleurs avec les yeux d’hier.

La Russie de Poutine s’achève sur un coup d’épée dans l’eau.

Couic.

Il ne reste plus à Vladimir Vladimirovich Putin que l’apocalypse nucléaire. Je ne suis pas sûr qu’il y a intérêt.

Il n’y a strictement rien à défendre.

Poutine est indéfendable.

La Russie va devoir s’atteler à se renouveler.

Elle le peut.

Splash.

Pour en savoir moins👇

https://chatgpt.com/share/686ae149-b9b4-800a-b790-65288274bdd9

Le soft-power du sport dans le PIF

Le sujet de départ : La communication sur X, ce jour, du Public Investment Fund (PIF), fonds souverain du Royaume d’Arabie Saoudite

“PIF is empowering the game, motivating you to sharpen your skills, think faster, and strive for greatness.
That’s the PIF Effect.
Invested In Better.”


Au-delà du périmètre laconique de cette annonce commerciale datée du 5 juillet 2025 — et qui, pour des fonds aussi massivement liquides que ceux de l’Arabie Saoudite ou du Qatar, consiste d’abord à rechercher, puis à tisser la structure apte à soutenir un investissement — le ressenti médiatique induit se résume à un soupçon d’entrisme.

Ce qui se joue là est révélateur de ce à quoi nous nous sommes laissés exposer.

Par un processus graduel — fait d’injonctions d’abord lentes et imperceptibles, puis de plus en plus puissantes — le catalyseur médiatique a opéré un retournement de sens.

Il a métamorphosé la joie naturelle et innocente des supporters devant le grand spectacle, en motif de culpabilité et de grief généralisé à l’égard du jeu… et de ceux qui auraient le tort d’y céder.

Cette tension est jouable.

Rappelons pourtant que le Jeu n’est pas un charme.
Il est une logique.
Une très grande logique.

Je ne suis pas le seul à le dire.
Peter Gabriel l’a chanté :

Game without frontiers
World without tears


La joie que procure un spectacle est un système de défense difficile à tromper.
Son caractère est immunitaire.

Qui touche aux fondements de la Joie touche aux fondements de la foi — entendue ici comme confiance dans la vie elle-même, et dans son génie extraordinaire à jouer et à faire jouer, à élargir la zone de jeu.


Sur le terme “Soft Power”

La facilité à adopter des formules aussi creuses que celle-ci — Soft Power — produit un effet pervers : elle concentre l’attention sur l’enveloppe lexicale, au lieu d’éveiller l’esprit à ce que cette formule pourrait contenir d’actif.

On finit par prêter à cette expression la puissance d’un principe opérant, alors qu’elle n’est peut-être qu’un excipient d’amidon — une bulle de langage.
Le rayonnement d’une émotion de base devient ainsi le foyer d’une suspicion généralisée, le vecteur supposé d’un poison mental.

Et une fois que l’attention s’est focalisée sur l’instrument que serait un “Soft Power”, celui-ci cesse d’être un contenant.
Il devient le contenu lui-même d’un autre contenant : votre cerveau. Le mien.

Le sport, alors, perd son statut de lieu de rencontre pour devenir un vecteur d’influence — par lequel les “pétro-monarchies”, selon la grammaire médiatique dominante, exerceraient leur entrisme perfide.

C’est ce germe insane qui s’est logé dans les esprits.


Et pourtant, nous devrions nous féliciter que le Qatar, l’Arabie Saoudite, ou les Émirats Arabes Unis consacrent une part significative de leurs fonds souverains à animer le jeu humain — plutôt que de se résigner à ne pas le faire.

Ce serait même l’absence d’investissement dans des activités sportives, pourtant neutres idéologiquement, qui devrait nous inquiéter.

Mais ce qu’on constate, froidement, c’est que l’a priori domine le jeu : l’activisme — souvent très chevronné — de certains prétendus lanceurs d’alerte semble parfois œuvrer à empêcher que la beauté de l’expérience ne s’accomplisse.

Or la beauté entraîne l’amour
et l’amour sauve.

Il y a, force est de le constater, une entité obscure qui ne veut pas que nous nous sauvions les uns les autres.


La Russie comme l’Iran révolutionnaire ont fait — et font encore — un autre usage de leurs flux de trésorerie, issus de la substance énergétique.

  • L’un, au risque de perdre son âme.
  • L’autre, au risque de s’y fourvoyer.

Et perdre son âme est irrémédiable.


Une fois ce précepte posé, le sens des postures multiples — climatisation des stades, températures extrêmes, soupçons de corruption, etc. — s’éclaire autrement : le microcosme médiatique agite des signaux, pour faire plier le macrocosme culturel.


À l’image du PSG qatari, qui réceptionne un ressenti fortement négatif, mis à l’index comme un pestiféré au milieu de la République.

Le malheur du club parisien dans la célébration de ses titres semble sceller davantage encore le bonheur de l’entité à la manœuvre.
Les hooligans comme la “racaille” des cités cristallisent, dans cette perspective, des images de fracture.

Mais ils n’obéissent pas seulement à eux-mêmes :
ils répondent, peut-être, à une programmation supérieure.

Le détail du modus operandi n’est même plus essentiel.
Car, à sa manière, la création d’un contexte déséquilibré appelle les agents pour le déséquilibrer davantage,
comme un mage appelle ses génies malfaisants.

Le Jeu est une logique sacrée que la rumeur s’échine à profaner.
Elle profane tout.
Le Jeu gagne toujours, car le jeu est habité par une seule chose: la grâce.

Pour l’amour de Lucille et sa libellule

Bien penser entraîne la volonté d’accéder à la meilleure orthographe passant à sa portée.
La démonstration à charge, faite ici et filigranée à dessein, ne procède pas de satisfaire cette vocation,
mais plutôt de cristalliser un ressenti, étayé par des observationsbfih’rdvdevgoi, au profit d’une famille politique et de son orthophonie spécifique.

La République s’entend dans le geste désintéressé du semeur, né de l’auguste Semeuse qui fait fleurir les mots.
Elle sème la liberté. Elle n’en annexe pas la cause — pour être plus clair.
Et pour l’être plus encore :
de même qu’il est difficile, pour les élèves des classes dites défavorisées, d’assimiler que 2 + 2 font 4,
alors que tout, hors la classe, leur enseigne que prévaut la loi du plus fort,
l’orthographe — descendante de la calligraphie, elle-même issue de l’école du Signe — procède aussi du fait que
le Réel doit se laisser reconnaître,
pour donner l’envie d’en honorer l’esprit qui l’anime,
avant que d’accepter d’être l’esclave de sa Lettre.
Cela précède l’objection, l’insoumission ou la servitude.

Les Humanités, qui longtemps s’enseignaient et se transmettaient, enseignaient d’abord cela :
que l’on n’entre pas dans le langage comme on entre dans un enclos,
mais comme on entre dans un monde.
Elles formaient à la reconnaissance d’un ordre libre, non à la récitation contrainte.

Jean-Paul Sartre s’est épris des mots pour servir la Cause du peuple.
Aujourd’hui, l’appel à l’orthographe fait parfois figure d’ortho-idéologie réactionnaire — pour utiliser le mot brut.
Et cela déplaît à l’oreille de l’École-Sanctuaire,
car cette oreille-là ne veut pas entendre le bruissement des vivants,
mais le silence souple des alignés.

Deux ou trois libellules en vol troublaient Lucille
Sur le chemin de son école, en pleine ville
« Ces libellules en ville sont folles » se dit Lucille
Qui les attrape avec un fil et puis s’envole

Vers le Bal des étoiles, cour de récréation de l’imagination des enfants sages.

Tous le sont.

Post Scriptum: la poétique d’ensemble est ainsi formée —
et elle ne peut démarrer que des,
par,
et pour les enfants. Ils sont nous, nous leur devons la portée du meilleur impossible.

La laïcité était le fil d’Ariane

Pour sortir du dédale incompréhensible des narratifs, tout sujet finissant en débat sur le sexe des climatiseurs, le fil de la laïcité à suivre scrupuleusement était le fil d’Ariane vers la sortie. Vers l’Alliance.

« Interdiction du niqab et de la burqa au Kazakhstan, pays à majorité musulmane dont le président Kassym-Jomart Tokaïev est lui-même musulman. Deux ans auparavant, le gouvernement avait interdit le port du foulard à l’école. »

Ce que ce type d’énoncé laisse croire, sous couvert d’évidence, c’est que si un pays musulman interdit, au nom de l’ordre public, le port du niqab ou du voile, alors la France – qui n’est même pas un pays musulman se doit de se débarrasser de la moindre particule du moindre scrupule pour adopter ce que, prophète de tristesse, le jeu sournois des circonstances exige.

Ce raisonnement est faux. C’est un sophisme.
Et les sophismes d’aujourd’hui sont les armes de guerre de demain.
Car ils fabriquent l’adhésion automatique. Ils manipulent ce qui, à force de fatigue civique, passe pour du bon sens.

Ce genre de raisonnement fait glisser un bulletin dans l’urne à votre place.
Il saura convoquer vos frustrations, vos inquiétudes, vos colères, pour vous désigner – avec une évidence meurtrière – le camp du bon sens.
Le Kazakhstan en devient alors le parangon. Un pays musulman, capable, lui, de défendre la République.
Et nous ? Nous serions devenus faibles, incapables de voir le danger, paralysés par le droit, entravé par l’idéal républicain.

Errare humanum est, perseverare diabolicum.
L’erreur est humaine, mais persister dans l’erreur est diabolique.

Ce que la locution latine sous-entend, en imposant par un simple biais son retournement, c’est que les gouvernants qui ne cèdent pas à ce « bon sens » sont traîtres à leur peuple. Ils sont diaboliques. Et que ceux qui oseront s’opposer à cette ligne, tergiversent, sont eux aussi condamnés par le jugement populaire. L’histoire de l’Europe, depuis que Poutine y a été abandonné au seuil, est tissé par la force de ce renversement.

C’est un retournement redoutable. Une dyslogie.
Car s’ils veulent rester fidèles au serment républicain, nos gouvernants sont désormais forcés d’être traîtres… au bon sens.
Et dans cette logique viciée, toute défense du droit devient trahison.

Il ne faut pas croire que cette inversion soit un hasard.
Elle est le fruit d’un travail d’ingénierie politique invisible, où des esprits retors ont perfectionné une inédite dialectique de la guerre, pour armer les peuples contre eux-mêmes.
Et ce que cette dialectique fait monter, ce ne sont pas des identités — ce sont des puissances, des prétendants au pouvoir, des stratégies de renversement.

Nous savons qui sont celles et ceux que cette dynamique conduit au pouvoir.
Et nous savons qui elle sert, au-delà de l’illusion des débats locaux.
Le mouvement réel de la géopolitique, celui qu’on ne voit pas sous les écrans de fumée, est à l’œuvre.
Il déploie ses relais dans un théâtre d’ombres où l’islamisme-Potemkine comble le christianisme-Potemkine, soutenant un nationalisme-Potemkine, au service d’une Russie-Potemkine.

L’architecture, au-delà des modalités, de l’insaisissable scène de cette guerre fractale de fracture du noyau de la civilisation, est là: dans la potemkinisation de tout.

L’architecture est fractale, mais le centre est clair : une guerre du noyau civilisationnel, sous les oripeaux de la défense des valeurs.

En France, par bonheur, il se cristallise, finalement, dans le périmètre, si vaste et fragile ontologiquement, de la Loi de 1905, celle qui établit la laïcité à la française. Par chance, elle est extrêmement controversée, et la controverse, est en soi – au-delà des éclats de dispute qui focalisent l’attention – un niveau de lecture révélateur.

C’est sa valeur ontologique qui vaut à la laïcité de se voir provoquée, comme elle est provoquée.
Il faut la faire tomber, la faire plier sous toutes les injonctions, différentes dans leurs expressions, convergentes quant au résultat à obtenir.
Et c’est pour cela qu’il ne faut – à aucun prix – que la laïcité devienne le Waterloo du XXIe siècle.
La tombe de l’universalisme.


Ce qui est en jeu, ce n’est pas un choc des identités.
C’est une prise de pouvoir sur le Réel à partir de la fiction sur les identités. Ce n’est pas un enjeu d’identités qui s’affrontent mutuellement; la légitimité revenant à celui qui défend les valeurs occidentales, chrétiennes, le mode de vie, contre celui, le pantomime islamiste, qui accrédite, avec une persuasion parfois si démonstrative, qu’il aspire à le changer et, par cette seule aspiration, nous convainc qu’il parviendraient à le faire.

Et pour que cette prise réussisse:

1/Il faut convaincre qu’il y a, pour remplacer le mur vivant d’étoiles, un horizon des événements, tel qu’on le décrit en astrophysique. En astrophysique, il s’agit de la limite autour d’un trou noir au-delà de laquelle aucune information, lumière ou matière ne peut s’échapper. C’est le point de non-retour. Ce qui est aigu, ici, pour parler de ce moment d’histoire si particulier où le débat sur le sexe des climatiseurs rivalise avec celui sur le sexe des mots ou celui de tant de sujets qui d’anodin capturent toutes les passions, c’est qu’aucune information véritable n’échappe à l’attraction du trou noir.
Il fallait nous persuader que cet horizon est celui du choc des civilisations.

Samuel Huttington a placé cette limite. Si un intellectuel, avec son autorité, installe cet horizon des événements, il valide tout ce qui commence et inspire, pour qu’il soit confirmé, surtout, par sa thèse, tout ce qui suit. Le génère-t-il comme est susceptible de le faire une prophétie autoréalisatrice, et sous quelles injonctions? Il faut se méfier des intellectuels. On ignore ce qu’ils portent. Ils ignorent peut être, eux-mêmes, ce qu’ils portent. Ce sont eux, parfois, sous leur docte figure, les cavaliers de l’apocalypse les plus à craindre. Ils introduisent l’animal en chevauchant les fougueux destriers de la division, prologue de la pensée unique, tandis que l’éclairé avance sur l’âne-dromadaire depuis le désert.

Il fallait d’abord qu’un penseur installe cet horizon. Ce fut Samuel Huntington.
Son Clash des civilisations n’a pas seulement décrit une menace :
il a validé un paradigme, installé une logique d’affrontement qui se renforce tout seule puisque les dynamiques prennent placent dans ce grand bal des maudits.

2/A l’intérieur de cette profondeur, il faut que s’animent les postures nécessaires. Les créature viennent au paradigme comme les moustiques au réverbère. Il suffit d’allumer les réverbères. Il y en a une nuée.

3/Il fallait aussi, et surtout, donner un nom à un danger existentiel pour coaliser les populations et gommer, le vrai ennemi existentiel. Un autre intellectuel, beaucoup plus doctrinaire, Renaud CAMUS, l’a conceptualisé sous la forme du Grand Remplacement. Un succès plus lent, plus polémique que celui du Clash des Civilisations, car plus sulfureux, mais qui s’impose à de plus en plus d’esprits.

On le voit: la fin du monde n’a pas besoin de grand chose, profitant de la chaotisatisation du monde, pour parvenir à sa fin. Le début du monde lui non plus, ne nécessite grand chose. Presque personne.


Alors, face à cette impérialisme cognitif irrésistible tant qu’il est impénétrable, que vaut la laïcité à la française, petite chose symbolique tissé par les Parques, gardiennes de Devenir et tisseuses du Destin ?
La laïcité est notre fil d’Ariane. Le couper, c’est s’enfermer dans le dédale du narratif qui est imposé à notre cerveau.
Ce n’est donc pas un hasard si c’est à partir du fil d’Ariane de la laïcité française, sur laquelle s’exercent des tensions titanesques pour déconsidérer le vivre-ensemble, visant à faire imploser la République, que le phénomène s’est trahi. Il suffit de le lire sans a-priori – ce qui est le plus difficile – hors sa propre narration, hors de toute narration. L’imbrication illisible des logiques devient lisible.

Donc, la France n’a pas moins de devoirs que le Khazasthan. Elle en a plus, parce qu’elle a la laïcité à défendre et que cette laïcité émane directement de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme,
pas de celle qui a apposé des étoiles jaunes pour distinguer les individus, et les sacrifier au mirage des idéologies fanatiques.

Elle doit rester la condition du « vivre ensemble », qui n’est pas le prétendu machin à bisounours, pour reprendre à la lettre ce à quoi l’idéal de convivialité, préalablement vilipendé, a été moqué. C’est la déclinaison concrète du Devenir sur lesquelles veillent, en tissant, les Parques.
L’antinomie du vivre-ensemble, comme il m’est arrivé de le signaler, c’est mourir-seul.
Il s’est trouvé des foules de gens, d’illustres intellectuels parfois et des intelligencces que l’on aurait pu croire mieux éclairés, pour jouer à clouer l’unité de sens que cela représente au pilori.


Le dernier mot sera rendu à ce que de droit.
Le dernier mot sera:

Fiat Lux.

Un de Gaulle peut en cacher un autre

Dans un tweet  publié ce jour 2 juillet sur X, Pierre de Gaulle forme, à titre personnel, le voeu que « la France participe aux futurs traités de Paix, en Ukraine ainsi qu’en Orient « .

C’est ainsi, qu’à ses yeux, elle doit retrouver « sa place souveraine sur la scène internationale ».

Plus explicite, il met en exergue l’intérêt de la France à rejoindre « la grande famille du monde multipolaire » qui, plaide-t-il, « ne cesse de croître ».

Pour sûr, la parole de Pierre de Gaulle n’est pas une parole gaullienne. Elle est une parole post-gaullienne. Une parole récupérée. Une prise de guerre.

A l’évidence, ici et hélas, l’héritage d’un patronyme ne vaut pas certificat d’authenticité capable d’absoudre un contre-sens historique.

Il ne suffit pas du prestige d’un nom pour masquer le fait que « la grande famille du monde multipolaire », qu’il  s’applique à faire miroiter, est accouchée du monstre russe et de ce qu’il a réussi, par des mensonges, depuis trop longtemps, à nous faire avaler.

Il serait trop long de les énumérer ici, mais l’Armée Française, faite fleuron par son grand-père, a égrené dans un rapport intitulé « Trois ans d’offensive informationnelle russe : anatomie d’un front invisible » les insidieuses formes de cette tentative de pénétration destinées, toutes sans exception, à altérer le discernement des Français et, par conséquent, d’égarer celui de la France.

En un mot: A corrompre l’âme de la France.

A cet « endroit » et à cette minute, le hasard  voulut que je croisasse Monsieur Henri Guaino. Nos regards se sont croisés. Le sien a fuit. C’est une anecdote. J’ai remarqué que son regard fuyait souvent sur les plateaux de tv. Ce Gaullisme dit social serait-il la carapace d’un Gaullisme honteux? La probabilité d’une telle rencontre, de l’éclair qu’il produisit est infime, compte tenu de l’énergie dont me charge la perspective qui m’anime et dont je m’emploie, à mille lieux du prétexte qui l’a suscité, à retracer ici la lignée.

S’agissant d’Elle,  si chère à Charles de Gaulle, la Russie a cultivé une plaie ouverte. Elle sait très bien le faire et elle se délecte d’y remuer, comme elle affectionne de le faire de toute chose obscure, le couteau de l’anti-colonialisme. Tel est est le bon plaisir qu’elle a cultivé dans les vestiges des palais de la Grande Catherine, empoisonner notre rapport à l’Afrique pour y substituer sa tromperie.

Le vocable FrançAfrique, enveloppé de ce qu’il convient de candeur lascive, a fini de mettre, la France en dehors de sa grandeur, dans la plus soumise des résignations.

La banalisation du jargon journalistique dans la stratégie qui, elle, appartient à la pensée politique a expulsé la grandeur de la France. La France reconstruira vite sa grandeur. Elle y est portée. Elle le fait déjà.

La Russie a-t-elle miné le terrain sémantique au préalable, en agissant sur des intellectuels, des journalistes? Je serai bien hardi de l’affirmer.

Les concepts meurtriers s’habillent d’idées simples qui déshabillent ceux qui les revêtent en pensant s’habiller.

Il est aisé, pour une main experte, de faire croire à quelqu’un que l’idée vient de lui pour qu’il l’endosse.

Le péril de l’intellectualisme et de son entregent est là. Mieux vaut penser et regarder seul, par son seul moyen.

Ce qui, en revanche, est sûr, c’est que la Russie tire – a tiré – systématiquement les dividendes qu’il se pouvait y être tiré, ce qui ne peut que poser la question de la causalité, ce dans le champ profane, celui de la nation.

Car, en détruisant, à petit feu, le pacte consacré à Reims, par Charles de Gaulle et Conrad Adenauer, elle s’est attaquée au sacré. Le sacré, c’est le voeu des nations.

Là aussi, c’est à partir du travail polyphonique, distillé du concept de « Gaullisme social », qu’elle a développé le glissement sémantique qui, de souveraineté a basculé au souverainisme. (1) Cela n’est pas qu’un effet d’aubaine conceptuel pour tous ses promoteurs.

La politique, c’est, avant tout, l’empire des mots. La terre du verbe. La terre du ciel.

Un concept, bien encapsulé, permet d’exister, mais il ne saurait venir à bout de cette terre du ciel, cette terre du verbe, de notre terre des hommes. De la terre de l’homme. De celle de l’Homme et du Citoyen, pas davantage qu’il ne peut attenter à notre si précieuse laïcité, qui en est l’expression macérée par l’histoire.

Quand les mots sont purs, c’est-à-dire qu’ils ne sont qu’eux-mêmes, les idées sont claires et la souveraineté se conserve et exerce sa plénitude à cette hauteur.

Lorsque ce n’est pas le cas, qu’ils sont altérés, du fait de la décadence naturelle ou sous l’effet d’une habileté extérieure, la souveraineté finit par obéir à un tropisme invisible et destructeur de cohésion.

La souveraineté s’exalte, alors, sous la forme d’un  souverainisme decomplexé, le peuple en populisme et la patrie se défigure en nationalisme.

Le 8 juillet 1962, ne nous trompons pas! Deux géants, contre la rancoeur, ont consacré une idée de l’Europe dont personne ne peut dire, bien sûr, si le général de Gaulle, père de la Constitution nationale, aurait approuvé ou renié la forme qu’elle a pris dans l’Union Européenne.

Une chose est cependant sûre, c’est que voir un drapeau bleu, foisonnant d’étoiles constellées dans l’Hymne à la Joie, drapeau flottant, par-dessus tout, sur la paix promise tenue – LA PAIX PROMISE TENUE – aurait comblé le soldat, le politique et l’homme.

Pierre de Gaulle, en fidèle petit-fils, pourrait-il soutenir le contraire et continuer à prétendre que le drapeau européen, tel qu’il est: cet l’élan que la Russie insulte à tout bout de champ et veut briser, est une hérésie?

Un homme qui s’impose à l’Histoire de France comme l’a fait l’homme du 18-Juin comme celui de l’industrie florissante qui a vu naître le Concorde, n’a pas dû nourrir d’autre désir que celui d’assouvir pas une faim de paix et de rayonnement.

Sinon, la force du geste d’amitié, initié au sein de la cathédrale de Reims, n’aurait pas de sens. Charles de Gaulle et Conrad Adenauer n’ont rien fait d’autre que de poser, au pied de l’autel, solennellement,  la première pierre de Paix européenne.

C’est elle qui importe. Charles de Gaulle n’est le dernier à avoir remarqué qu’on ne défend pas la paix par le pacifisme.

Au moment, où cette pierre, ajouté à d’autres par leurs héritiers, doit se dresser tel un mur face à l’agression si manifeste, désormais, de la Russie, les loups, tous les loups, sortent de leur tanière à l’appel du  chef de meute. Le chef de meute, c’est Poutine.

La grande famille d’un multipolaire n’est que l’autre nom d’un monde de démission

Cela ne survient pas par hasard ni à contre-temps. La Russie, dont l’âme est moribonde, voit son économie à genoux. Elle est exténué, elle gonfle la poitrine pour impressionner et recherche le souffle d’un nouvel oxygène à son plein avantage.

Ne le lui accordons pas. Cet oxygène nous manquera.

Dans ce contexte, Pierre de Gaulle, qui paraissait avoir un patronyme à protéger, a choisi d’être de ces loups, pour infuser le message fallacieux du prescripteur d’opinion tapi au Kremlin.

Alors, oui, il s’est senti ombragé par l’absence de la ministre de la Culture, Mme Rachida DATI, héritière, elle, d’André Malraux, lors de la donation par la famille de Gaulle, du témoignage inestimable que représente l’original de l’Appel du 18-Juin.

Il faut se rappeler qu’André MALRAUX est l’homme qui émut jusqu’à la pierre du Panthéon lorsque Jean Moulin y fit son entrée.

L’appel personnel de Pierre de Gaulle à la raison n’est pas de la même trempe que celui que lança l’Homme du 18-Juin.

C’est un monde de démission.

Cela n’est et n’a jamais été le monde de celui qui fit d’une simple étincelle une résistance d’abord, puis une libération.

(1)Depuis les années 1990, le gaullisme social est régulièrement invoqué comme antidote aux dérives néolibérales ou identitaires. Il est réactivé par des figures comme Nicolas Dupont-Aignan, Arnaud Montebourg, ou encore Henri Guaino.

La photo de deux hommes qui font l’histoire: Charles de Gaulle et Konrad Adenauer à Reims. Elle incarne le point nodal de l’élargissement européen, car il est déjà là rayonnant par la patience de son seul voeu. Cette simple pierre savait, mieux que n’importe quel objet, qu’elle ne ferait pas que survivre au rideau de fer.bElle devrait avoir raison de lui.

Cette pierre symbolique savait qu’elle allait avoir à franchir, servie par l’optimisme résolu, à ce moment-là, de ses peuples et les acquis considérables de l’expérience qu’elle avait su leur offrir, le mur de Berlin.

Cette pierre recelait, dans un cadre millimétré, qui est celui porté par le principe de convergence, l’attraction de la liberté par le consentement à l’élargissement. C’était sa règle d’or. Quelque chose l’a transformée en règle de plomb.

Il faut se souvenir de deux choses, apparemment sans corélation entre elles. D’abord parce qu’elles sont distantes, ensuite parce qu’elles ne sont pas de même nature. Elles sont même de nature étrangère. On se rend compte, à quel point, la transformation de la règle d’or en règle de plomb est l’oeuvre d’une alchimiste de la manipulation.

Car, avant d’avoir vu se briser l’unité constitutionnelle qui aurait dû sceller l’édifice européen dans le marbre, que s’est-il passé? Il y a eu, en 2001, ce moment de cristal, où se croyant au seuil de l’entrée de cette même union européenne, à la suite du rapprochement auquel le 11-Septembre et la lutte mondiale contre le terrorisme, front auquel immédiatement Poutine se rallie avec l’expertise propre issue de sa manière virile de traiter les « terroristes » – il a été tout simplement éconduit.

Poutine n’a pas pu réprimer sa déception, naturelle. Mais, surtout, en ce 25 septembre 2001, devant la Bundestag, le maître du Kremlin souffle le tiède et le glacial.

📌 Il affirme :
« Personne ne doute aujourd’hui du fait que la guerre froide est terminée. Mais nous ne devons pas rater l’opportunité qui se présente de construire une sécurité égale pour tous.« 

Mais aussi et surtout, cette menace à peine voilée:

« Personne n’en tirera profit si nous manquons à nouveau une occasion de jeter un pont entre la Russie et l’Europe.« 

L’Union Européenne a commencée à dérailler à partir de cet instant, avec l’irruption de plusieurs rhétoriques, dont particulièrement celle du « Non à la Turquie », projet qui jusque là ne posait pas de difficulté d’approche majeure.

C’est un retournement brutal de l’opinion, qui coïncide si le périmètre de l’observation, est conservé au niveau hexagonal au seul tremplin électoral emprunté par le FN. mais qui a cristallisé, au demeurant, le discours du Front National).

Le discours modéré sur l’adhésion de la Turquie à l’Union européenne, fondé sur la promesse d’un islam démocratique et réformiste, n’a pas résisté à l’irruption d’une dyslogie symbolique : une onde de rejet, de suspicion, d’images brutes qui ont submergé le récit nuancé. Cette défaite de la parole raisonnable n’est cependant pas un phénomène isolé ou spontané. Elle trouve son contrechamp univoque dans un autre reniement : celui de l’Occident à l’égard de Vladimir Poutine, éconduit en 2001 lorsqu’il croyait, ou feignait de croire, pouvoir entrer dans l’Europe comme partenaire. Si l’on admet que la dyslogie — ce brouillage cognitif des récits — n’est pas une fatalité humaine, mais bien une construction politique, alors le refus occidental d’ouvrir cette double porte, à la Turquie comme à la Russie, constitue un acte fondateur inversé : celui par lequel deux récits compatibles avec l’Europe ont été simultanément disqualifiés, et par là même — retournés contre elle.

L’adoption du traité constitutionnel, signé en 2024 et soumis au vote en 2025, aurait donné à l’Union cette substance organique qui fait défaut aux seules lois mécaniques ; elle aurait rendu la construction européenne vivante, donc résistante aux pressions extérieures.

Cet échec n’a pas été surmonté — il a été accommodé. Ce rattrapage, présenté comme un compromis, n’a rien sauvé : il a dissous. Dissous l’élan, dissous la clarté du projet, dissous le lien symbolique entre les peuples et la construction européenne.

De surcroît, en essayant, conformément à sa responsabilité, de sauver l’Europe du propre carambolage de son peuple, la gouvernance européenne a, alors, offert  sur un plateau d’argent, l’occasion de putréfier plus encore le procès fait à l’Union Européenne, en viralisant à outrance le trompe-l’oeil de son caractère anti-démocratique.

Le vice devient vertu. La vertu vice.

Et c’est cela, le crime invisible. Un crime maquillé de tous les atours de la démocratie d’opinion, orchestré par ceux-là mêmes qui, aujourd’hui, veulent voir cette même démocratie s’éventrer — non plus sur le sexe des anges, ni sur celui de la Constitution, mais sur celui du climatiseur.

Encore une fois, la Russie a besoin de temps pour ses basses oeuvres.

Du point de vue strictement stratégique de la Russie poutinienne — celle que l’OTAN contient aujourd’hui en augmentant drastiquement ses moyens —, le fait que l’œuvre européenne ait pu être torpillée par un simple plombier polonais, pleinement genré et médiatiquement instrumentalisé, relève presque de l’ironie historique : une forme inversée d’homme providentiel.

Le moment de Reims reste pourtant l’acte fondateur. Là, dans cette pierre posée par de Gaulle et Adenauer, l’idée européenne s’est ouverte comme une fleur et exhale l’irrésistible parfum de liberté.
C’est cela, l’élargissement : l’épanouissement de la liberté des hommes, des Européens tels qu’ils se reconnaissent au naturel.

Les souverainistes l’ont travesti – cet élargissement -, en une figure grotesque, pour imposer l’ »approfondissement« , comme dédale des volontés et machine à renvoyer aux calendes grecques., ceci afin de faire perdrer du temps au peuple européen pour en faire gagner à Poutine.


Il en avait besoin. Il en a profité. Pour ajuster son agenda qui consiste, à rien d’autre, qu’à asservir le continent européen, par la brutalité physique et territoriale,  par la compromission politique, par le chantage énergétique, par la dissolution des volontés.

Non, l’élargissement n’est pas une lubie technocratique. C’est la raison pour laquelle, depuis le 24-Février-2022, l’UE a pris conscience de la nécessité, vitale,  d’accélérer son propre agenda. Elle a transcendé, pour la première fois, le mur de Berlin-fantôme qui a été érigé à son insu. 

Elle a trouvé les formules nécessaires pour transgresser la peur que le souverainisme lève auprès des populations et des corporations, pour voir, enfin, au delà des levées de bouclier protestataires, le’hirizin de convergences des peuples.

n’est apparue que pour nous en détourner — pour que nous apprenions à en nourrir l’allergie jusque dans son principe.


Mais ce principe, il suffit d’en dessiner le contour pour qu’apparaisse le visage nu de la Liberté.

Et la Liberté des hommes n’est pas tolérée par son antinomie.
Un régime qui repose sur le gardiennage, sur la surveillance, sur la prédation assassine, ne peut coexister à l’approche de la liberté des hommes.

Ce plan aurait pu réussir, n’était la figure de Volodymyr Zelensky, surgissant comme un éveil de la flamme de la résistance.

Aujourd’hui, Poutine défait l’histoire.
Il implore Emmanuel Macron — qui n’en est vraisemblablement pas dupe — de le laisser poursuivre son dessein, sous couvert de négociation.
Un dessein fondé sur un respect de la lettre des nations qu’il prétend, avec un aplomb insupportable, être le plus légitime au monde.