Recep Tayyip Erdoğan a eu l’originale idée, comme l’a dévoilé le premier ministre britannique Keir Starmer, d’offrir à ses hôtes, accueillis dans le cadre du sommet de l’Otan, un revolver. Au moment, où Trump appelle à briser la volonté de l’Iran, ce cadeau si particulier agit comme un symbole destiné à rappeler qu’une souveraineté véritable ne se charge pas de poudre aux yeux.
Le cycle de frappes qui vient de se rallumer depuis mardi 7 juillet entre les États-Unis et l’Iran ébranle les fondements du Memorandum of Understanding conclu à Islamabad entre l’administration Trump et la République Islamique d’Iran. Cette nouvelle entaille dans l’accord menace de faire voler en éclat la trêve de deux mois qui en découle.
Ce basculement découle d’un enchaînement précis d’événements militaires et politiques qui mérite d’être ausculté au-delà de la boussole folle de l’escalade dans la désescalade et du blocage dans le déblocage, qui fournissent un cadre logique désorientant.
Le cessez-le-feu par intérim (signé le 17 juin dernier) a volé en éclats lorsque l’Iran a cherché à imposer son propre contrôle sur le trafic maritime dans le détroit d’Hormuz pendant la période de deuil national lié aux funérailles de l’Ayatollah Ali Khamenei.
Cela s’est traduit par le fait que trois navires transitant par le détroit d’Hormuz sont ciblés par des drones et missiles, menaçant cette artère vitale par laquelle passe un cinquième du pétrole mondial. L’Iran a justifié ses actions en revendiquant le droit de gérer et filtrer les voies de circulation sous l’égide des Gardiens de la Révolution.
En réponse à l’attaque des navires, le Commandement central américain (CENTCOM) a lancé une vaste opération en frappant plus de 80 cibles militaires en Iran (sites de radars côtiers, rampes de lancement de drones et de missiles anti-navires).
Mais le plus important, c’est qu’en marge du sommet de l’OTAN, le président américain a déclaré publiquement que l’accord de cessez-le-feu est désormais « terminé » (over). Dans la foulée, le Trésor américain réactive immédiatement les sanctions sur les exportations de pétrole brut iranien.
Toutes les conditions pour relancer un processus destructeur pour la région et cataclysmique pour les économies dépendantes du pétrole et autres biens pétrochimiques de la région se sont réalignées sur la logique d’entrée en guerre.
Je ne vais pas chercher la petite bête à la République Islamique d’Iran quand il y en a une bien plus grosse qui tourne et fait peser son ombre.
L’Iran est la victime d’une guerre illégale dans cette affaire et l’Iran est allée de bonne foi – ou, à tout le moins, avec un niveau de bonne foi infiniment supérieur à celui manifesté par son vis-à-vis – à toutes les négociations intermédiaires, si nombreuses qu’il n’est plus nécessaire de les énumérer.
Ce que je retiens, c’est que cette nouvelle « crise dans la crise » nous ramène, de fait, au moment où Donald Trump et Benjamin Netanyahou attendaient de voir l’Occident s’engager derrière eux pour éliminer le régime iranien et placer une nouvelle administration, comme cela a pu être fait au Venezuela.
Ce moment, le 22 février 2026, correspond à un moment où les alliés traditionnels des Etats-Unis, « maltraités » et suffisamment écartés des raisons de la guerre pour ne pas en comprendre le cadre et la logique d’ensemble, se sont refusés d’être engagés dans un conflit dont ils affirment « ne pas comprendre le cadre », pour reprendre la formule du président Emmanuel Macron.
Au lendemain du Sommet de l’Otan à Ankara qui signale une volonté européenne d’autodétermination stratégique, ce qui est constatable, c’est un alignement rhétorique pur et simple de la planète médiatique sur la perche que tendent Donald Trump et, tout aussi présent, Benjamin Netanyahou pour coaliser ce qui ne l’avait pas été au début.
Les Etats y semblent rétifs, mais l’opinion publique et la pression politique, aiguillés par le système d’information, peuvent exercer une influence sur la ligne qui est la leur.
L’alignement du narratif médiatique ne peut pas être considéré comme satisfaisant puisqu’il n’y a aucun contrebalancement analytique, aucune pondération.
Au contraire, une petite musique naissante revient. Elle est faite pour grossir au fur et à mesure que les tensions affectent le prix de l’essence et handicapent les économies.
Sans autre forme de procès et sur une partition truffée d’a priori, de biais et de manipulations, cette musique dit: « Cette fois, nous n’avons plus le choix: il faut se ranger derrière les USA et Israël. ».
Donald Trump a utilisé sa présence au sommet de l’OTAN à Ankara pour accorder des gestes par rapport à l’Ukraine et utiliser le contexte d’escalade qu’il a à nouveau créé pour entraîner les récalcitrants du premier jour à nouveau dans le conflit.
Plutôt que de donner du temps au temps, ce qui est la première sagesse, le président américain en enlève.
Mais ce qui s’est joué à Ankara, derrière la poudre aux yeux, c’est que l’Europe est suffisamment libre, forte et lucide pour ne pas aller là où la précipite l’enchaînement calculé des événements.
