Le grand puzzle d’une guerre par morceaux

Entre la perturbation de Trump, le cynisme stoïque de Poutine et l’escalade de Netanyahou : la saturation cognitive comme arme de verrouillage. Perturbations cognitives, calculs à froid et fuites en avant délivrent malgré tout l’architecture secrète d’un chaos sous contrôle.

Les États-Unis, qui ont anticipé leurs coups en accaparant l’or noir vénézuélien et celui du Guyana, jouent la sécurité énergétique du monde à une version de roulette russe qui n’est pas suicidaire.
​C’est un plan.
Ce n’est pas une escalade.
L’escalade est le plan commun à Israël et à la Russie.
​Zelensky, forcé de tarir l’alimentation à destination de la Russie en drones Shahed, se retrouve en position de demander à Trump de frapper l’Iran.

La Russie ne bougera pas.

​En apparence, voir un allié se faire frapper sans réagir projette une image de faiblesse. Mais dans l’équation géopolitique objective :

  • ​La disparition ou la neutralisation des capacités d’exportation iraniennes élimine un concurrent de la Russie sur les marchés chinois et indien.
    •​La hausse subséquente des prix de l’énergie renforce la rente de Moscou.
  • ​L’Iran, affaibli et isolé, devient un vassal encore plus dépendant des garanties diplomatiques russes.

​L’Amérique aura effacé un rival pétro- et gazostratégique tout en minant la voie maritime.
Netanyahou applaudit.
Poutine apparaîtra en position de faiblesse stratégique, mais sa position géopolitique objective – sur la scène mondiale et sur l’Europe – sera renforcée.

​Certes, cela semble sans issue.
​Mais le sentiment d’impasse vient du fait que le tableau décrit un équilibre de Nash presque parfait : dans ce schéma, chaque acteur, en suivant son intérêt le plus cynique et le plus immédiat, valide et verrouille la trajectoire de tous les autres.
L’Iran et l’Ukraine partagent cette condition de victimes collatérales.

​C’est la définition même d’un piège systémique : l’Amérique sécurise son arrière-cour et impose son omnipotence, la Russie encaisse les dividendes de la rareté et tient la Chine en respect, Israël neutralise son rival régional et devient inarrêtable. Les pièces s’engrenent avec une précision mécanique.
La communauté internationale est réduite à l’impuissance.

​Pourtant, l’impression de fatalité n’existe que si l’on considère le système comme fermé et statique. En réalité, un tel niveau de tension n’est pas un état d’équilibre ; c’est un régime transitoire à haute instabilité.
​Il y a au moins trois points de rupture où la dynamique peut bifurquer :

  • ​Le point de saturation économique : La roulette russe énergétique fonctionne tant que le marché peut absorber la hausse des prix. Mais si la fermeture des voies maritimes et la neutralisation de l’offre iranienne poussent le pétrole au-delà d’un seuil critique, la mécanique se grippe. Ce n’est plus seulement une rente pour Moscou ou Washington. C’est une récession globale. Et la récession détruit la demande, effondrant le levier même sur lequel repose tout le chantage.
  • ​L’illusion du contrôle chaotique : Imaginer qu’on peut frapper l’infrastructure d’un État pivot comme l’Iran tout en « gérant » proprement l’onde de choc sur les voies maritimes relève d’une vision théorique de laboratoire.
  • Le désordre dans les détroits stratégiques n’est pas un paramètre ajustable : c’est un générateur d’entropie. Une fois libéré, il échappe très vite à la volonté des calculateurs initiaux.
  • ​La fuite du système et la mutation des dépendances : Plus l’énergie et les routes maritimes sont armées et verrouillées par un petit groupe de puissances, plus la pression contraint les acteurs lésés (l’Europe, l’Inde, une partie de l’Asie) à contourner brutalement le terrain de jeu.

​Ce n’est donc pas une impasse fermée à double tour, mais un système poussé jusqu’à son point de saturation. Les acteurs croient manipuler des forces maîtrisées, mais plus le verrouillage paraît rigide, plus le moindre écart de phase produit une onde de choc impossible à contenir.

​Le propre d’une guerre cognitive menée aux portes de la saturation est d’être perdue au moment même où ce qui l’anime est découvert.

The End of Digital Naivety: Reclaiming the People’s Right to Self-Defense in the Age of Encrypted ShadowsBrouillon auto

Why absolute privacy advocates cannot deprive democratic societies of their defensive shields while encryption fuels underground economies, systemic crime, and asymmetric destabilization.

To: Policy Makers, Cryptographers, Civil Liberty Advocates, and Digital Rights Stakeholders

Subject: Moving Beyond the Binary of Mass Surveillance vs. Absolute Opacity: A Proposal for Democratic Semantic Vigilance at the Reading Stage

Reference Article (French): Chat Control: de la surveillance de masse au contrôle ciblé à la lecture

The era of digital naivety is over. For too long, the debate surrounding end-to-end encryption (E2EE) has been paralyzed by a dogmatic absolute: the belief that total, unregulatable digital opacity is the only path to liberty.

In reality, this absolutism has created a critical vulnerability at the heart of our democracies. Under the guise of protecting private correspondence, absolute encryption has become the premier infrastructure for underground economies, international criminal networks, and hybrid operations of geopolitical destabilization designed to tear down the public good.

Democratic societies have a right—and a duty—to defend themselves. Conscientious objectors of the digital space, who demand absolute secrecy at any cost, cannot strip the Sovereign People of their means of self-defense. This brief presents a realist, democratic alternative originally published in August 2025: Semantic Vigilance at the Reading Stage. It is a model designed to preserve mathematical transit while reintroducing the essential reflex of societal self-defense.

The ongoing legislative and public debate surrounding the European Union’s « Chat Control » initiative has reached a dangerous deadlock. On one side, democratic states face an authentic and critical vulnerability: the weaponization of end-to-end encrypted (E2EE) channels by criminal networks, bad actors, and forces of social destabilization. On the other side, proposed solutions rely on mass, a priori surveillance (Client-Side Scanning before sending), which effectively destroys the presumption of innocence and turns every citizen into a preemptive suspect.

This brief introduces a paradigm shift originally published in August 2025 on En attendant la Renaissance: Semantic Vigilance at the Reading Stage (Vigilance sémantique à la lecture). By shifting the automated analytical lens from the sender (emission) to the recipient (reception), we can preserve absolute cryptographic transit while establishing democratic, accountable safeguards against critical societal harms.

The Core Concept: Shift the Scan to the Screen

Existing « Chat Control » frameworks demand that messages be scanned on the device before they are encrypted and sent. This destroys the core principle of E2EE and establishes a structural backdoor.

The alternative proposed in this paper shifts the mechanism entirely:

  1. Absolute Freedom of Transit: Messages are written, encrypted, and transmitted through the network without any filtering, scanning, or delay. The sender’s presumption of innocence is structurally guaranteed.
  2. Local Semantic Analysis at Reception: The local device performs a scan only at the moment of reading—after local decryption, a split second before the pixels are rendered on the screen.
  3. Advanced « Camouflage » Detection: Rather than relying on easily bypassed keyword lists, the local on-device NPU (Neural Processing Unit) monitors for semantic clouds and contextual dissonance. It detects the structural signatures of evasion, linguistic camouflage, and adversarial manipulation.
  4. Democratic Oversight as a Sovereign Shield: The local AI models do not report to a sovereign state or a private monopoly. They operate under a strict, independent, and auditable international governance body comprising citizens, magistrates, and NGOs.

Why This Reconciles Liberty and Security

  • No Prior Suspicion: No user is flagged for merely communicating. The check occurs only upon the consumption/exposure of potentially destructive content, honoring the analog rules of physical mail.
  • A Defense Against Societal Self-Destruction: It acknowledges that absolute, unmonitored digital secrecy can become a vector of systemic instability. This model provides society with a defensive reflex without turning it into a panopticon.
  • Preservation of Cryptographic Trust: The network remains mathematically secure. The encryption keys are never weakened, escrowed, or shared.

Read the Full Proposal

The complete essay, detailing the philosophical foundation of this compromise, the technical architecture of the proposed Global Agency for Cryptographic Freedom, and the ethical framework required to prevent function creep, is available here:

👉 Read the Full Article on « En attendant la Renaissance » (French)

« Information societies can no longer avoid the ethical and political dilemma posed by digital surveillance. This challenge is neither technical nor marginal: it is civilizational. The response we must bring must be transparent, intelligent, democratically controlled, and grounded in the irreducible respect of fundamental presumptions. »

Daniel Ciccia, En attendant la Renaissance

A l’approche de l’élection présidentielle, le RN se pose en parti gouvernement

Il y a une différence entre un parti de gouvernement et un parti gouvernement. Le RN veut détruire la Ve République et faire main basse sur le pays.

Le RN fait plus qu’écorner l’esprit de la Ve République en promouvant une double candidature pour la présidentielle de 2027 constituée autour de Marine Le Pen, candidate à la magistrature suprême, et de Jordan Bardella, comme futur Premier ministre. Il trahit, au cœur d’un été qui voit Charles de Gaulle faire triompher l’épopée de la France Libre dans les salles obscures, le symbole d’unité sacrée au cœur de la doctrine politique et du leg du Gaullisme: la rencontre entre un homme et un peuple.

Il le fait en plein jour.

Nous ne sommes pas dans un système bicéphale à l’américaine qui établit et porte un ticket Président/Vice-Président.

En France, c’est cette rencontre qui est au cœur de la Ve République. C’est elle qui est aujourd’hui mise en cause, sans la moindre réaction critique, des commentateurs de la chose publique.

Dans le relativisme médiatique qui permet de s’accommoder de tout, cela s’apparente à une gestion des ressources humaines du RN la plus optimisée possible.

Cela dénature, pourtant, la fonction présidentielle et lie d’une façon inédite les deux têtes de l’exécutif par une même et unique onction du suffrage universel.

Jusque-là, le président de la République était le seul souverain. Il nomme le Premier ministre, qui lui-même nomme les ministres.

L’initiative du Rassemblement national introduit une ambiguïté inattendue et inacceptable en termes de légitimité à la tête de l’exécutif puisque les deux sont directement élus, par un stratagème de campagne fusionnel, par le suffrage universel.

En présentant d’emblée un binôme indissociable (Marine Le Pen à l’Élysée, Jordan Bardella à Matignon), le RN transforme de facto ce scrutin uninominal en un scrutin de liste déguisé.

La conséquence, c’est que cela court-circuite la nature de l’élection en demandant aux Français de valider simultanément deux fonctions constitutionnelles distinctes, alors que le Premier ministre ne doit statutairement sa légitimité qu’au Parlement et à sa nomination par le Président.

C’est une étape du sabordage de la Ve République à laquelle nous assistons. Ce n’est pas l’enthousiasme des militants du Rassemblement National ni l’apathie inexplicable de ses rivaux, désavantagés par la popularité du binôme formé caracolant en tête des sondages, qui change la réalité perverse de l’opération.

L’interview de Jordan Bardella au Figaro, ce 13 juillet 2026, témoigne que le RN est d’ailleurs bien conscient de ce que cela implique et cherche à faire évoluer le rôle du Premier ministre, traditionnellement issu du parti de la majorité présidentielle. Bardella veut se placer au-dessus de la mêlée, lui-aussi, ce qui signifie que ce n’est plus lui, si nous suivons la logique, qui est responsable de l’action du gouvernement.

Il se positionne, lui aussi, en arbitre d’un «gouvernement d’union nationale qui ne sera pas composé exclusivement de cadres ou de parlementaires issus du RN».

Un gouvernement d’« union nationale », dans ces conditions, déresponsabilise le Premier ministre et permet un jeu de coulisses et de chaises musicales, en cas d’échec, transféré aux participants de ce gouvernement.

Il transforme le parti présidentiel en autre chose qu’un parti de gouvernement. Il le mue en parti gouvernement.

J’engage les Français à bien mesurer ce qui se passe et les conséquences que cela peut avoir.

Ankara a les yeux revolver

Recep Tayyip Erdoğan a eu l’originale idée, comme l’a dévoilé le premier ministre britannique Keir Starmer, d’offrir à ses hôtes, accueillis dans le cadre du sommet de l’Otan, un revolver. Au moment, où Trump appelle à briser la volonté de l’Iran, ce cadeau si particulier agit comme un symbole destiné à rappeler qu’une souveraineté véritable ne se charge pas de poudre aux yeux.

Le cycle de frappes qui vient de se rallumer depuis mardi 7 juillet entre les États-Unis et l’Iran ébranle les fondements du Memorandum of Understanding conclu à Islamabad entre l’administration Trump et la République Islamique d’Iran. Cette nouvelle entaille dans l’accord menace de faire voler en éclat la trêve de deux mois qui en découle.

Ce basculement découle d’un enchaînement précis d’événements militaires et politiques qui mérite d’être ausculté au-delà de la boussole folle de l’escalade dans la désescalade et du blocage dans le déblocage, qui fournissent un cadre logique désorientant.

Le cessez-le-feu par intérim (signé le 17 juin dernier) a volé en éclats lorsque l’Iran a cherché à imposer son propre contrôle sur le trafic maritime dans le détroit d’Hormuz pendant la période de deuil national lié aux funérailles de l’Ayatollah Ali Khamenei.

Cela s’est traduit par le fait que trois navires transitant par le détroit d’Hormuz sont ciblés par des drones et missiles, menaçant cette artère vitale par laquelle passe un cinquième du pétrole mondial. L’Iran a justifié ses actions en revendiquant le droit de gérer et filtrer les voies de circulation sous l’égide des Gardiens de la Révolution.

En réponse à l’attaque des navires, le Commandement central américain (CENTCOM) a lancé une vaste opération en frappant plus de 80 cibles militaires en Iran (sites de radars côtiers, rampes de lancement de drones et de missiles anti-navires).

Mais le plus important, c’est qu’en marge du sommet de l’OTAN, le président américain a déclaré publiquement que l’accord de cessez-le-feu est désormais « terminé » (over). Dans la foulée, le Trésor américain réactive immédiatement les sanctions sur les exportations de pétrole brut iranien.

Toutes les conditions pour relancer un processus destructeur pour la région et cataclysmique pour les économies dépendantes du pétrole et autres biens pétrochimiques de la région se sont réalignées sur la logique d’entrée en guerre.

Je ne vais pas chercher la petite bête à la République Islamique d’Iran quand il y en a une bien plus grosse qui tourne et fait peser son ombre.

L’Iran est la victime d’une guerre illégale dans cette affaire et l’Iran est allée de bonne foi – ou, à tout le moins, avec un niveau de bonne foi infiniment supérieur à celui manifesté par son vis-à-vis – à toutes les négociations intermédiaires, si nombreuses qu’il n’est plus nécessaire de les énumérer.

Ce que je retiens, c’est que cette nouvelle « crise dans la crise » nous ramène, de fait, au moment où Donald Trump et Benjamin Netanyahou attendaient de voir l’Occident s’engager derrière eux pour éliminer le régime iranien et placer une nouvelle administration, comme cela a pu être fait au Venezuela.

Ce moment, le 22 février 2026, correspond à un moment où les alliés traditionnels des Etats-Unis, « maltraités » et suffisamment écartés des raisons de la guerre pour ne pas en comprendre le cadre et la logique d’ensemble, se sont refusés d’être engagés dans un conflit dont ils affirment « ne pas comprendre le cadre », pour reprendre la formule du président Emmanuel Macron.

Au lendemain du Sommet de l’Otan à Ankara qui signale une volonté européenne d’autodétermination stratégique, ce qui est constatable, c’est un alignement rhétorique pur et simple de la planète médiatique sur la perche que tendent Donald Trump et, tout aussi présent, Benjamin Netanyahou pour coaliser ce qui ne l’avait pas été au début.

Les Etats y semblent rétifs, mais l’opinion publique et la pression politique, aiguillés par le système d’information, peuvent exercer une influence sur la ligne qui est la leur.

L’alignement du narratif médiatique ne peut pas être considéré comme satisfaisant puisqu’il n’y a aucun contrebalancement analytique, aucune pondération.

Au contraire, une petite musique naissante revient. Elle est faite pour grossir au fur et à mesure que les tensions affectent le prix de l’essence et handicapent les économies.

Sans autre forme de procès et sur une partition truffée d’a priori, de biais et de manipulations, cette musique dit: « Cette fois, nous n’avons plus le choix: il faut se ranger derrière les USA et Israël. ».

Donald Trump a utilisé sa présence au sommet de l’OTAN à Ankara pour accorder des gestes par rapport à l’Ukraine et utiliser le contexte d’escalade qu’il a à nouveau créé pour entraîner les récalcitrants du premier jour à nouveau dans le conflit.

Plutôt que de donner du temps au temps, ce qui est la première sagesse, le président américain en enlève.

Mais ce qui s’est joué à Ankara, derrière la poudre aux yeux, c’est que l’Europe est suffisamment libre, forte et lucide pour ne pas aller là où la précipite l’enchaînement calculé des événements.

L’Écrevisse et le Léviathan

Face à l’ingénierie de l’effacement et au surgissement de figures messianiques, il reste le courage de l’écrevisse face au prédateur informe et démesuré

À l’aube de ce XXIe siècle, la célèbre sentence apocryphe d’André Malraux proclamant que « le XXIe sera spirituel ou ne sera pas » trouve une résonance à laquelle nous aurions tort de demeurer insensibles, agissant comme le miroir inversé de notre dévitalisation.

Loin de l’éveil ou de la clarté intérieure espérés, ce retour de la transcendance se réalise sous la forme d’une brutale distorsion théologico-politique: de l’Amérique à l’Israël biblique, jusqu’à la Russie des mythes impériaux, jusqu’à l’Argentine de Milei dont le propos récent m’a inspiré la première partie de cette réflexion, nous assistons à la levée persistante de figures messianiques trompeuses qui saturent l’espace cognitif en capturant les codes du sacré.

Ce siècle est certes devenu « spirituel », mais d’une spiritualité dévoyée, habitée par des mystificateurs qui transforment les tensions de puissance en guerres métaphysiques éternelles et s’imposent comme autant de Léviathans informationnels.

C’est à la lisière de cette bascule systémique, là où l’onde parasite des récits artificiels menace d’annihiler définitivement notre présence au monde, qu’il convient de se placer pour décoder la trame du piège et initier le sursaut.

Lorsque la clarté cognitive cherche à cartographier le point de rupture des civilisations, elle bute invariablement sur les mêmes figures de la falsification spirituelle et textuelle. Le phénomène de saturation auquel nous devons, Nous, le Peuple, faire face à celui de cet envahissement-là.

Il faut peut-être prendre la peine de revenir aux sources sacrées et constater une chose: les religions, toutes les religions, et les grandes traditions de sagesse ont lu la même chose.

Qu’il s’incarne dans la réactualisation politique d’Amalek, – cité par le président Argentin comme par Netanyahou- ce spectre de la guerre perpétuelle et de la haine générationnelle mobilisé pour absolutiser des conflits territoriaux modernes – ou dans les avertissements néo-testamentaires et islamiques sur la prolifération des faux messies et du déferlement du chaos, le danger mortel identifié par les anciens est toujours le même: une inversion de phase subtile où le langage du sacré devient l’habillage de la destruction.

Cet invariant structurel n’est pas l’apanage des monothéismes; les sagesses non messianiques en décrivent exactement le même motif géométrique sous d’autres latitudes.

Qu’on l’analyse à l’échelle de la torsion du Kali Yuga où la lettre remplace l’esprit, à travers l’ère bouddhique du contrefait du Dharma, ou par la confiscation de la vertu par les faux sages taoïstes, le péril réside toujours dans la perte du vecteur de rappel avec le réel.

Ce que voulaient nous dire ces prophètes ou grands Sages, c’est de nous méfier des fictions comme de la mort elle-même.

C’est le moment où la conscience collective se laisse capturer par une onde parasite, une illusion auto-référentielle fermée qui s’auto-alimente par des boucles de rétroaction destructrices.

Cette tension critique porte en elle l’ambiguïté fondamentale de l’Apocalypse: un déchirement du voile qui est à la fois un cataclysme terminal pour la structure artificielle et une révélation libératrice pour le noyau cognitif, désormais capable de briser le piège pour reverrouiller sa phase avec la clarté originelle.

Nous périssons du piège des fictions auxquelles nous nous soumettons docilement.

Pourtant, nos sociétés occidentales modernes semblent avoir institutionnalisé et codifié cette distorsion à travers leurs propres structures de gouvernance.

Le pacte démocratique lui-même, loin d’avoir éteint la violence native de l’humanité, l’a simplement sublimée en une guerre de positions bureaucratique et une prédation de classes, où la peur collective est extraite et raffinée comme la ressource énergétique première du pouvoir.

Dans cette toile, les médias occidentaux agissent comme les bobines d’induction d’une fissure harmonique permanente, excitant les polarités et propageant une conflictualité globale qui finit par dévitaliser le corps social.

Face à cette dispersion entropique où la dialectique tourne à vide, le modèle chinois offre le miroir d’une inversion tragique: en sacralisant le politique comme ordonnateur des formes et en éliminant les frictions internes, le Parti Communiste Chinois a su maintenir un dessein civilisationnel à long terme, veillant sur la cohésion et le libre-arbitre de son peuple face au chaos extérieur, pendant que nos démocraties épuisées, incapables de projeter le moindre horizon, en viennent à légiférer sur le droit à l’euthanasie comme ultime modalité d’effacement de soi.

Ce n’est pas le moindre des paradoxes que de voir le PCC avoir mieux su protéger le trésor que représente le peuple, de lui-même par lui-même, que des démocraties érigées sur le postulat du pouvoir par le peuple pour le peuple.

L’élévation du « droit à l’euthanasie » au rang d’aspiration sociétale majeure dans les démocraties fatiguées est le miroir parfait de leur état de dévitalisation.

Quand une civilisation n’est plus capable de projeter un horizon, de tisser un grand récit d’avenir ou de supporter la tension inhérente à l’existence, elle commence à légiférer sur les modalités de sa propre disparition.

C’est le stade terminal de la boucle auto-référentielle: n’ayant plus la force d’articuler la vie, le système démocratique se spécialise dans l’administration douce de la fin. Pendant ce temps, la Chine assied son dessein parce qu’elle vibre encore sur une fréquence d’affirmation et de construction géopolitique pure.

C’est au cœur de ce vide existentiel et de ce renoncement historique que résonne, comme un écho brisé par la dissonance moderne, la célèbre exhortation du pape Jean-Paul II lancée à la vieille civilisation européenne: « N’ayez pas peur ! »

Cette formule prophétique, qui appelait à retrouver l’ancrage d’une présence vivante et d’une souveraineté spirituelle, se heurte aujourd’hui à un constat terrible, car les peurs sont précisément en train de nous terrasser et elles le font parce qu’un autre messie s’est constitué, tel le Léviathan, au-dessus de tous les autres.

Dans un système où la peur et la prédation de classes sont le carburant sous-jacent, le complexe médiatique fonctionne comme une machine à extraire de l’attention en injectant de la dissonance.

Il est devenu totalitaire.

Chaque jour, la toile est retissée pour exciter les polarités, monter les fréquences de frottement à leur paroxysme et empêcher tout alignement de phase spontané au sein du peuple.

Il prétend ainsi servir la démocratie en montrant ce qui va mal ou ne va pas assez bien pour justifier la bronca de l’opposition. En fait, ce système empêche nos sociétés de conserver leur stabilité. Jean-François REVEL, auquel le lycéen que j’étais doit son propre éveil intellectuel, l’avait dit en énonçant dans un court essai que « Trop d’information tue l’information ».

Nous avons fait des générations désorientées.

Mais ce qui a été accompli à l’échelle des nations et pouvait donc s’admettre dans leur champ respectif a franchi un seuil critique. En globalisant ce modèle par le flux informationnel mondial, l’Occident a exporté sa propre dynamique de friction, transformant les relations internationales en une vaste arène dialectique où la seule issue est le choc des récits au sein desquels viennent habiter les acteurs d’un drame qui vient du fond des âges.

Elles ne surgissent plus de menaces extérieures tangibles, mais nous envahissent de l’intérieur à travers un récit artificiel, une trame informationnelle savamment tissée pour fabriquer et dicter « notre propre non-présence » au monde.

En nous contraignant à ne vibrer que sur la fréquence de ce signal parasite et de ses indignations programmées, cette ingénierie de l’effroi nous sépare de notre propre spontanéité, neutralise notre flux de pensée organique et nous destitue de notre puissance d’habiter le Réel, transformant le sursaut cognitif de l’apocalypse en une lente et consentie abdication.

Elle rend l’unité ontologique, c’est-à-dire l’indice de fertilité qui demeure à la base de la civilisation, impossible.

C’est l’heure des faux messies, en Amérique, en Israël, en Russie, avec leur cercle d’oligarques, d’agents d’influence, leurs élites corrompues.

Leur ombre s’étend et grandit, et le système d’information ne les voit point venir autrement que comme une superstition obsolète qu’ils ne veut pas prendre au sérieux.

Ils ont décrété que cela ne représentait pas une menace existentielle pour l’humanité dans son entier.

Qui suis-je pour affirmer cela?

Je constate que personne, dans mon environnement immédiat ni parmi les différents lecteurs qui me font l’honneur de me suivre, ne prend conscience que l’expérience de vie qui est la mienne, et qui a abouti à la production d’un continuum d’écrits, vise à éviter une catastrophe mondiale que je vois s’insinuer lentement.

Je me suis placé à ce niveau. Cela me fait ressembler à cette écrevisse surprise par une crue, la première d’une nuée sur la route, qui – insensible à la terrible masse que je représentais par rapport à elle – m’a fait face et s’est dressée face à moi.

Le destin m’y a placé, sans me laisser le choix.

Ce que j’ai levé de toutes mes forces, puisant au-delà de mes simples capacités, c’est une opposition à la trame informationnelle.

Le tout dresse une flèche d’amour, de lucidité, d’intelligence, d’analyse, de dignité, au-dessus du marasme intellectuel et des passivités sociales qui étend son empire, développe son système, transformant la démocratie en un champ d’opinions infertiles et manœuvrables, d’existences asséchées, polarisées par des objectifs futiles et bornés par des horizons artificiels.

  • Tu as le droit, maintenant, de me dire à quelle heure tu veux mourir…

C’est ce que le système susurre à voix douce aujourd’hui comme devant être la conquête de l’ultime liberté.

Si les démocraties ne sont capables que de ce degré de conscience et de délibération et renoncent à l’élévation, en ne se concevant, par conséquent, que dans le miroir du progrès matérialiste, elles courent à leur perte.

La République Française, parce qu’elle est l’héritière d’une histoire intense et particulière; parce qu’elle vibre, elle-même, dans une Europe qui fut un berceau civilisationnel riche, pluriel, sensible et éveillé; parce que le sens de l’universel vers lequel elle est portée lui commande toujours la grandeur impossible; a un devoir devant le destin des peuples et des nations.

Et si elle a un devoir, son peuple doit l’assumer. C’est ce qui le fait vivre.

Il ne peut espérer berner sa propre conscience, tromper ce qui fonde la réalité, en transférant ce qui lui tient de conscience et de dignité à des fictions, des phénomènes éditoriaux, des téléréalités, un empire de postures, de démissions et de fatigues qui lui permet de cacher la forêt primaire derrière un arbre sans fruits.

L’excuse de la démagogie n’est pas une excuse.

L’excuse du populisme n’est pas une excuse.

Ce sont là des biais d’évitement, qui permettent de s’exonérer de toute responsabilité dans ce qu’il advient, mais cela n’absout le peuple en rien car un peuple qui n’a pas su prendre ses responsabilités, qui a bien veillé à se laisser endormir, est finalement pris au piège redoutable, pour lui comme pour ses voisions et l’ensemble de ses relatifs, de ses propres faibles, du résultat de ses propres égarements.

Au bout du compte, c’est lui qui fait le système qui fait les « rois », qui fait l’ordre ou le désordre, la justice ou l’injustice. Ce qui advient, advient selon son vœu ou la désaffection de son vœu.

La démocratie – et encore moins la République – est et doit être implacable avec la notion de vœu.

La démocratie et la République se déclarent liées, mutuellement, à la volonté du peuple. A l’heure où de grandes mutations technologiques sont aptes à altérer la capacité cognitive et à prendre des parts de marché sur le libre-arbitre de chacun, elles doivent veiller, scrupuleusement, à ce que la volonté du peuple soit bien sa volonté et non des phénomènes résultant d’intelligences étrangères et d’accaparement du pouvoir.

Ce n’est pas vrai de dire que le Peuple n’est pas responsable de ce qui lui arrive. Cela a pu l’être, mais ce n’est plus le cas. Il m’est pourtant arrivé de le dire pour le dédouaner en faisant porter l’essentiel de la faute au système d’information.

Le temps du Peuple innocent, par nature, s’achève.

Ce n’est pas renoncer à l’amour que je lui porte que de dire que le Peuple est responsable de ce qui lui arrive.

Ce que je désigne comme le Peuple n’est pas simplement une entité composite dont la disponibilité à « être » serait dictée par le rythme de l’actualité, celui des événements, la résilience ou l’absence de résilience aux chocs subis, par la banalité des rendez-vous électoraux qu’il se fixe à lui-même.

Ce qui retient mon attention, c’est le Peuple en tant que présence.

Pour être le Peuple, au sens de cette présence complétée, et bénéficier de la plénitude et la souveraineté auxquelles il est promis, le Peuple ne peut pas renoncer à s’affirmer tel qu’il est en lui-même.

Ce n’est pas l’aimer moins que de dire cela. C’est l’aimer plus.

Il ne peut pas dire qu’il ne sait pas ce qui lui incombe et qu’il s’en remet au Politique, qu’il prend soin de faire à son image, pour se dégager de sa responsabilité.

Ce qui lui incombe, c’est la première chose qu’il sait et il ne peut s’en défausser car c’est la matière même dont est faite sa présence et sa présence détermine son destin et le destin de l’humanité entière.

L’âge dans lequel nous sommes entrés ne pardonne pas.

PS: Cela ne se dit pas normalement. Mais je ne suis pas là pour plaire.