Il y a une différence entre un parti de gouvernement et un parti gouvernement. Le RN veut détruire la Ve République et faire main basse sur le pays.
Le RN fait plus qu’écorner l’esprit de la Ve République en promouvant une double candidature pour la présidentielle de 2027 constituée autour de Marine Le Pen, candidate à la magistrature suprême, et de Jordan Bardella, comme futur Premier ministre. Il trahit, au cœur d’un été qui voit Charles de Gaulle faire triompher l’épopée de la France Libre dans les salles obscures, le symbole d’unité sacrée au cœur de la doctrine politique et du leg du Gaullisme: la rencontre entre un homme et un peuple.
Nous ne sommes pas dans un système bicéphale à l’américaine qui établit et porte un ticket Président/Vice-Président.
En France, c’est cette rencontre qui est au cœur de la Ve République. C’est elle qui est aujourd’hui mise en cause, sans la moindre réaction critique, des commentateurs de la chose publique.
Dans le relativisme médiatique qui permet de s’accommoder de tout, cela s’apparente à une gestion des ressources humaines du RN la plus optimisée possible.
Cela dénature, pourtant, la fonction présidentielle et lie d’une façon inédite les deux têtes de l’exécutif par une même et unique onction du suffrage universel.
Jusque-là, le président de la République était le seul souverain. Il nomme le Premier ministre, qui lui-même nomme les ministres.
L’initiative du Rassemblement national introduit une ambiguïté inattendue et inacceptable en termes de légitimité à la tête de l’exécutif puisque les deux sont directement élus par le suffrage universel.
En présentant d’emblée un binôme indissociable (Marine Le Pen à l’Élysée, Jordan Bardella à Matignon), le RN transforme de facto ce scrutin uninominal en un scrutin de liste déguisé.
La conséquence, c’est que cela court-circuite la nature de l’élection en demandant aux Français de valider simultanément deux fonctions constitutionnelles distinctes, alors que le Premier ministre ne doit statutairement sa légitimité qu’au Parlement et à sa nomination par le Président.
C’est une étape du sabordage de la Ve République à laquelle nous assistons. Ce n’est pas l’enthousiasme des militants du Rassemblement National ni l’apathie inexplicable de ses rivaux, désavantagés par la popularité du binôme formé caracolant en tête des sondages, qui change la réalité perverse de l’opération.
L’interview de Jordan Bardella au Figaro, ce 13 juillet 2026, témoigne que le RN est d’ailleurs bien conscient de ce que cela implique et cherche à faire évoluer le rôle du Premier ministre, traditionnellement issu du parti de la majorité présidentielle. Bardella veut se placer au-dessus de la mêlée, lui-aussi, ce qui signifie que ce n’est plus lui, si nous suivons la logique, qui est responsable de l’action du gouvernement.
Il se positionne, lui aussi, en arbitre d’un «gouvernement d’union nationale qui ne sera pas composé exclusivement de cadres ou de parlementaires issus du RN».
Un gouvernement d’« union nationale », dans ces conditions, déresponsabilise le Premier ministre et permet un jeu de coulisses et de chaises musicales, en cas d’échec, transféré aux participants de ce gouvernement.
Il transforme le parti présidentiel en autre chose qu’un parti de gouvernement. Il le mue en parti gouvernement.
J’engage les Français à bien mesurer ce qui se passe et les conséquences que cela peut avoir.
