Le monde est en guerre, mais personne ne le voit.
Je mesure en lisant et écoutant de nombreux commentaires qui jonglent, alternativement, entre le sort de l’Ukraine et la situation dans le détroit d’Ormuz, combien les observateurs semblent désemparés pour expliquer l’actualité.
Ils sont incapables de sa sortir d’un schéma mental selon lequel Trump n’a qu’une hâte, se sortir du guépier dans lequel il serait entré par erreur.
C’est une erreur de considérer qu’il y est entré par erreur.
Dans le cas du Moyen-Orient comme à Kyiv, où la Russie a changé de gamme d’armement, et demandé, par la voix de Sergueï Lavrov, aux chancelleries étrangères de retirer leurs diplomates, celui qui exige le prix Nobel de la Paix n’a jamais cessé d’alimenter un jeu de tensions, au détriment des alliés traditionnels de ce qui formait l’Occident.
Cet Occident, Donald Trump le tue à petit feu, lui et ses valeurs, au profit d’une autre version, dont l’axe court de Washington à Moscou en passant par Tel-Aviv. C’est un Occident où Palantir a son mot à dire et où le pape Léon XIV et son encyclique « Magnifica Humanitatis », lui, n’a plus la parole.
Dans les deux cas, les cadres analytiques sont inopérants. C’est pour cette simple et unique raison que les experts ne parviennent plus à comprendre et la logique des conflits et la logique de leur règlement. Il n’y a pas de solution dans un seul cadre, parce que le cadre ne s’appartient pas à lui seul. Il fait partie d’un ensemble plus vaste, coordonné avec la précision d’un montre russe.
Les pièces ne s’alignent pas avec les intentions car les événements ne concernent pas plusieurs échiquiers différents, mais un échiquier global où les fous de Mar-a-Lago, de Tel-Aviv et de Moscou, imposent leur loi.
C’est ce qui me fait dire et assumer qu’ils sont liés par un complot contre la Paix des Nations ayant pour buts de livrer le Moyen-Orient au chaos, les pays de l’Union Européenne à la Russie, et le contrôle du monde aux USA.
Tant qu’on n’a pas compris cela, on n’a rien compris.
On n’y voit que du feu.
Tant qu’on n’a pas compris ça, on se désespère des voltefaces de Donald Trump qui trouve toujours le moyen de faire dérailler les négociations qu’il prétend engager.
Israël et les USA de Trump ont réussi à faire de la question du nucléaire iranien un enjeu existentiel pour l’ensemble de l’Occident.
Ce fut un coup magistral car il permet de maintenir sur le sujet des négociations avec la République Islamique d’Iran, et sur l’ensemble du débat politico-médiatique, une pression négative utile pour masquer l’étendue de la tromperie.
La Paix n’est jamais un processus dans lequel on entre à reculons. Ici, l’Amérique non seulement entre à reculons, mais fait tout pour saboter le dénouement, bien aidée par Israël et son exigence sécuritaire absolue.
L’exigence de sécurité est légitime. Elle suppose une réciprocité. L’exigence de sécurité offre un horizon de réalisation satisfaisant les belligérants.
Elle est donc à distinguer de l’exigence sécuritaire qui ne se satisfait de rien sinon de l’annihilation et de la destruction de toutes les souverainetés externes.
Les soi-disant « Accords d’Abraham » sont, à la lumière des événements comme de l’injonction, hier, de Trump à obtenir ratification des pays arabes, et notamment de l’Arabie Saoudite contre une désescalade, un tour de passe-passe.
Ces accords ne mystifient plus personne de sérieux, j’entends par sérieux quiconque regarde la réalité, la structure qu’elle compose, sans avaler les grosses couleuvres des fictions, fussent-elles sophistiquées, auxquelles, tourvà tour, Netanyahou, Trump ou Poutine exigent que nous adhérions.
Voici l’état du sionisme aujourd’hui et nul ne peut reprocher à l’Iran de prétendre défaire de monstre. L’adage selon lequel qui se ressemble s’assemble n’a pas a été bousculé pour comprendre la dynamique monstrueuse qui unit les protagonistes et qui en fait les frais.
Certains estiment que ces guerres, susceptibles d’aboutir à une guerre mondiale, sont déjà hors de contrôle et que rien ne pourra arrêter les puissances de feu engagées.
Je ne suis pas d’accord. Je vois, personnellement, un coup d’arrêt brutal advenir. Mais ce coup d’arrêt ne pourra advenir qu’au moment où l’ensemble des nations, tétanisées, cesseront de discuter du sexe de la future et hypothétique bombe nucléaire iranienne pour regarder le film complet sur tout l’écran.
Il est permis de remonter assez loin.
A ce moment-là cette guerre par morceaux, pour reprendre un qualificatif de Jean-Paul II, sera achevée.
Un nouveau monde pourra naître. Il en aura les moyens et l’opportunité.
