Du flash d’information au clash d’info

Quand la fragilité économique transforme l’information en spectacle et le désordre en rente d’audience. Ne vous demandez pas pourquoi la France va mal : la réponse est dans cette perpétuelle mise en abyme, qui exclut toute posture pondérée.

Les chaînes d’information en continu occupent une place centrale dans l’espace public, mais leur modèle économique est extrêmement fragile. BFM TV, longtemps leader, a terminé l’exercice 2024 avec une perte nette de plus de 11 millions d’euros et un déficit d’exploitation de 17,6 millions. CNews, malgré une audience en progression et un chiffre d’affaires estimé autour de 45 millions d’euros, reste structurellement déficitaire depuis sa création et accumule plus de cent millions d’endettement.

Cette faiblesse a deux conséquences majeures. D’une part, elle rend ces médias dépendants de leurs actionnaires qui acceptent de couvrir les pertes au nom d’une stratégie d’influence : c’est l’idéologie qui prime, et non la rentabilité. D’autre part, elle les pousse à rechercher à tout prix l’audience, seule ressource capable de drainer de la publicité et d’équilibrer, un temps, leurs comptes. Or l’audience se gagne par le spectacle, la dramatisation, la polémique : ce que certains appellent désormais l’ »info-spectacle« . Ces deux logiques ne s’opposent pas, elles se combinent et produisent un biais structurel dans la manière dont l’actualité est orientée et traitée.

Les épisodes de crise sociale offrent une illustration parfaite de ce mécanisme. Au moment des Gilets jaunes, entre 2018 et 2019, les audiences des chaînes d’info ont atteint des records historiques : BFM TV culminait à 10 % de part de marché le samedi, soit une performance inédite. Les recettes publicitaires se sont envolées, transformant pour quelques mois une mobilisation chaotique en véritable poule aux œufs d’or pour les diffuseurs. Mais ce sursaut n’a pas créé une solidité durable : une fois la crise apaisée, l’audience est retombée et les difficultés financières ont repris le dessus.

D’où l’appétence certaine et parfois la complaisance à adouber les grandes manifestations de révolte contre l’Etat ou le gouvernement, comme pour les agriculteurs. Le clash est un mode de survie. Il rend la vie politique chaotique, formatte le public à se désintéresser des  comportements de raison au profit des protagonistes les plus radicaux. Cela configure l’ensemble du paysage.

Cette situation ouvre un champ d’analyse plus délicat. Les mouvements contestataires ou séditieux savent désormais que leur meilleure arme est la visibilité, et qu’il suffit de frapper fort pour trouver une caisse de résonance sur ces antennes en quête d’images.

Les chaînes, de leur côté, y voient une manne d’audience et de revenus temporaires. Il en résulte une forme d’endogamie objective : l’agitateur produit le désordre, la chaîne l’emballe, et chacun y trouve son intérêt immédiat. La démocratie, en revanche, y perd, car le débat public se construit alors sur une mise en scène permanente du conflit et de la crise, avec un jeu de surenchères délétère pour la crédibilité du pays et la tenue des finances publiques.

L’appel du 10 septembre illustre parfaitement ce mécanisme. Profondément séditieux dans son intention, il est calibré pour nourrir la machine médiatique : images, slogans, polarisation. C’est le carburant rêvé des chaînes d’info, qui peuvent ainsi justifier leurs directs et nourrir, les yeux fixés sur l’audimet, le cycle de débats sans fin. Mais derrière cette mécanique se joue une dynamique plus grave : l’économie fragile de ces médias transforme des actes de désordre en opportunités commerciales, et crée un terrain où l’information n’est plus seulement rapportée mais stimulée, au risque de brouiller la frontière entre journalisme et spectacle, entre démocratie et manipulation.

La question de la confiance n’est donc pas superflue. On ne peut accorder une confiance absolue à des acteurs dont la survie dépend à ce point d’intérêts extérieurs, financiers ou idéologiques. La vigilance critique s’impose : croiser les sources, interroger les angles, se rappeler que l’information diffusée en boucle est souvent autant le reflet des contraintes économiques de la chaîne que de la réalité des faits. Car si l’espace médiatique devient la scène obligée où se croisent agitateurs, politiques et diffuseurs en quête de survie, la démocratie se retrouve alimentée non par le réel, mais par sa version la plus spectaculaire et manipulable.

RN : l’appartenance au socle démocratique n’implique pas celle à l’arc républicain

Le Rassemblement National n’appartient pas, contrairement à l’assertion de l’ancien président de la République aujourd’hui sous bracelet électronique, à « l’arc républicain ».
Il appartient à la démocratie par ses électeurs, mais aussi au registre des formations politiques.
La limite à cette appartenance apparaît si l’on considère que son ascension — du FN originel à sa version actuelle — doit moins à une dynamique nationale qu’à une manipulation constante de la sensibilité électorale sur quelques thèmes de prédilection, dont l’immigration.
Si une telle manipulation, fomentée et soutenue par une intelligence étrangère, depuis des décennies, via les réseaux sociaux et les opérations cognitives, était avérée, alors le RN n’appartiendrait plus ni à l’arc républicain ni au socle démocratique.
Il ne serait qu’un levier d’influence subversif au cœur de la République Française.
C’est aussi simple que cela.

PS: La même grille d’appréciation vaut pour d’autres partis de l’arc déstabilisateur.

#8septembre
#ArcRépublicain
#Démocratie
#RépubliqueFrançaise

@EmmanuelMacron
@Renaissance
@MLP_officiel
@RNational_off

Marc Rubio: du flou au gris?

La situation apparaît comme jamais favorable à Netanyahou. Le Département d’Etat dit: « Vous avez les mains libres ». Le licenciement de Shahed Ghoreishi, porte-parole du Département d’Etat américain, ne dit pas autre chose. C’est pour cela que cette affaire ne doit pas être lue comme une simple péripétie dans le jeu d’ambiguïtés de l’administration Trump. Il faut observer que c’est dans un projet de communiqué officiel qu’il a repris la formule présidentielle — « Nous ne soutenons pas la relocalisation forcée des Palestiniens de Gaza » — et c’est pour cette fidélité que la sanction est tombée. Il s’agit donc d’un point clair. Jusqu’où l’est-il?

Le licenciement de Shahed Ghoreishi, porte-parole du Département d’État pour les affaires israélo-palestiniennes, rapporté par le Jérusalem Post – https://www.jpost.com/american-politics/article-864848 –  met en lumière une fracture subtile mais décisive. Ghoreishi, en effet, n’a fait que se conformer à la doctrine exprimée par Donald Trump et son envoyé spécial Steve Witkoff : « Nous ne soutenons pas la relocalisation forcée des Palestiniens de Gaza ». En reprenant cette formule, il s’est tenu strictement à la ligne présidentielle. Sa défense est claire : il n’a pas excédé, il s’est soumis à l’expression de la souveraineté américaine.

La situation apparaît comme jamais favorable à Netanyahou. Le Département d’Etat dit: « Vous avez les mains libres ».

Le problème surgit ailleurs : dans le geste de la direction du Département d’État, sous l’autorité de Marco Rubio, qui a exigé de supprimer cette nuance. Ce refus ne représente pas un simple durcissement technique : il revient à effacer l’ambiguïté voulue par le président, donc à excéder sa doctrine. En pratique, sauf évidemment si cela est le fruit d’une concertation préalable, cela déplace le centre de gravité de la parole officielle. Là où Trump gardait le flou pour préserver la maîtrise américaine du tempo, Rubio l’a verrouillé au bénéfice d’un discours que seul Israël peut interpréter comme un blanc-seing explicite.

Ainsi, ce n’est pas Ghoreishi qui a franchi la ligne — il s’est soumis. C’est Rubio qui l’a excédée, en parlant moins au nom de l’Amérique, tenu jusqu’à preuve du contraire par @POTUS, qu’au nom de la souveraineté d’Israël. Le cœur de l’affaire réside dans cette translation : une ambiguïté qui devait rester instrument de souveraineté américaine est devenue, par excès de zèle, l’affirmation d’une souveraineté étrangère.

Il faut toutefois noter que cette lecture pourrait être démentie par les faits à venir. Mais si l’État — quel qu’il soit, et a fortiori les États-Unis d’Amérique où siège, à ma connaissance, la plus vivante démocratie du monde— n’est plus ce théâtre d’ombres où la lumière finit toujours par rétablir son ordre, alors, il n’y a plus d’État.

Alors, le gris l’emporte.

Il n’y a pas de défense forte sur le front, si elle est faible à l’intérieur

Pourquoi Jacques Sapir, comme toute une série de personnalités et de médias collaborationnistes avec la Russie, devra répondre de ses positions publiques? Parce que c’est de la trahison.

Après un fil consternant de Jacques Sapir, dressant un bilan des pertes ukrainiennes et russes à partir de spéculations de coin de table, celui-ci en vient, sans trembler, à appeler l’Ukraine à se rendre.
Comme si la guerre était de son fait.
Comme si ce n’était pas une invasion.
Comme si la Russie n’avait pas violé un ordre de sécurité collective déjà fragilisé.

Il faudra lui demander des comptes.

⚖️ Car ce n’est pas une opinion isolée. C’est un acte public de guerre cognitive.

Jacques Sapir, figure bien connue des milieux souverainistes français, avait annoncé dès mars 2022 l’effondrement de l’armée ukrainienne, dans un pur mimétisme du récit stratégique russe.
Depuis, il alimente méthodiquement une vision altérée du réel : sur les plateaux, dans ses articles, sur son compte @russeurope — un canal qui n’informe plus, mais désarme moralement.

Or, la guerre cognitive est déclarée.
Et le droit français l’a anticipée.

Le droit français reconnaît cette menace pour ce qu’elle est

L’article 411-4 du Code pénal définit l’intelligence avec une puissance étrangère comme un crime, passible de 30 ans de détention criminelle. Il ne s’agit pas seulement d’espionnage classique :

> “Entretenir des intelligences avec une puissance étrangère […] en vue de susciter des hostilités ou des actes d’agression contre la France […]”

Ce texte ne suppose pas qu’une guerre soit officiellement déclarée.
Il suffit que la personne coopère — par ses paroles, ses écrits, son influence — avec une puissance hostile, dans un contexte où l’information elle-même est une arme.

C’est précisément la doctrine russe dite de Guerre hybride, exposée dès 2013 dans la doctrine Gerasimov, et documentée par l’IRSEM, la DGSI, le CAPS et l’ANSSI.

Cela caractérise un engagement stratégique hostile, dont la France doit exiger des comptes.

On ne peut pas protéger un centre de commandement, un ministère ou une frontière, tout en laissant les plateaux télé ou les médias sociaux devenir les zones franches de la subversion cognitive.
La souveraineté n’est pas divisible.
La défense non plus.

Quand une parole publique participe délibérément à la démoralisation de la résistance ukrainienne, que la France tient pour vitale pour son propre intérêt, tout en confortant les objectifs de Moscou, il ne s’agit plus d’un “point de vue”. Cela caractérise formellement un engagement stratégique hostile, dont la France doit exiger des comptes.

Souvenir personnel et avertissement

Il y a quelques années, j’ai moi-même croisé la route de Jacques Sapir, dans un échange à bâtons rompus sur la souveraineté.
À l’époque, il dirigeait ou collaborait à plusieurs revues comme La Revue d’Économie Politique, Cahiers d’économie politique, ou encore RussEurope (devenue un blog puis une tribune influente sur Sputnik puis RT France à certaines périodes).
Il m’avait alors toisé, campé sur ses titres ronflants d’expert constitutionnaliste et renvoyé, si j’ose dire, à mes chères études de cancre de la République Française.

Mais la souveraineté n’est pas un titre : c’est une vigilance continue.
Elle se joue aujourd’hui dans les interstices du langage, de la fatigue démocratique et des abdications molles.

Il est temps d’agir

Ce que certains font aujourd’hui, à haute voix et en toute impunité, devrait faire l’objet :

  • d’un signalement au Parquet de Paris, compétent pour les atteintes à la sûreté de l’État,
  • d’une saisine du ministère des Armées ou de la DGSI,
  • et d’une alerte de la Délégation parlementaire au renseignement, afin de documenter ce cas d’école d’entrisme informationnel.

Il ne s’agit pas d’interdire un avis. Il s’agit de défendre la Nation.
Et la défendre sur tous les fronts.

L’hostilité à l’accord US-UE témoigne de nos aveuglements pavloviens

Les réactions du Landerneau à l’accord US–UE à 15 % traduisent moins une analyse qu’un réflexe conditionné, hérité d’un vieux logiciel idéologique. Une hostilité automatique, qui en dit bien plus sur ceux qui l’agitent que sur l’accord lui-même.

Le récent accord douanier conclu entre Donald Trump et Ursula Von Der Leyen instaurant un tarif uniforme de 15 % sur la majorité des exportations européennes vers les États-Unis suscite, en certains milieux européens, un torrent de critiques. On parle de “capitulation”, de “soumission”, de “jour sombre pour l’Europe”.

Mais que dit vraiment cet accord ? Et surtout : pourquoi tant de cris d’orfraie pour si peu de changement concret ?

Un accord modeste, voire neutre

Première vérité : l’accord ne révolutionne rien. Le taux de 15 % est bien inférieur aux 30 % que Trump menaçait d’imposer dès le 1er août. Il remplace une grille tarifaire hétérogène (droits de douane + surtaxes exceptionnelles) déjà équivalente ou légèrement inférieure. En réalité, c’est un plafonnement, pas une punition. L’UE a donc gagné la stabilité, pas concédé sa dignité.

De plus, certaines filières stratégiques (semi-conducteurs, aéronautique, médicaments) sont exemptées via une clause “zéro pour zéro”. Les produits les plus sensibles sont donc protégés. Où est la soumission?

Ce que révèle ce théâtre : trois couches de déni

Ce n’est pas tant l’accord lui-même qui dérange, que ce qu’il révèle de nos incohérences et vulnérabilités narratives.

1. L’incompétence technocratique déguisée en souverainisme offensé

Beaucoup des critiques formulées trahissent une méconnaissance totale de la mécanique douanière et des équilibres économiques transatlantiques. On crie à la perte de souveraineté sans mesurer que ce cadre douanier stabilise les conditions d’accès à un marché de 330 millions de consommateurs, dans un contexte mondial de repli.

> Quand la stabilité est confondue avec la soumission, c’est que la lecture stratégique a cédé au réflexe pavlovien.

2. Le réflexe antiaméricain comme logiciel d’analyse

Derrière les critiques, affleure une vieille passion française : l’idée d’une Europe digne ne pouvant exister qu’à distance, sinon en opposition à Washington. Il ne s’agit pas d’évaluer l’accord, mais de rejeter ce qu’il symbolise : une Europe qui coopère avec Trump, qui achète du gaz de schiste, qui admet une asymétrie temporaire.

On fustige la dépendance aux États-Unis, en oubliant que l’Europe s’est littéralement offerte à Gazprom pendant deux décennies, au mépris de toute prudence stratégique.

> Le gaz russe, lui, ne choquait personne. Le GNL américain, oui.

3. Un alignement objectif sur les intérêts russes

C’est peut-être là le point le plus grave. En délégitimant un accord qui :

-réduit notre vulnérabilité énergétique,

-renforce nos marges d’action industrielle,

-et affirme un axe transatlantique dans un monde fragmenté,

certains discours participent, intentionnellement ou non, de l’effort russe pour diviser l’Occident.

On se trompe d’ennemi, on se bat contre le parapluie pendant que l’orage gronde ailleurs.

Fracturation, TAFTA : le procès du réel

Il est difficile de ne pas revenir, rétrospectivement, sur la manière dont l’Europe s’est volontairement exclue de toute trajectoire d’indépendance énergétique. La fracturation hydraulique — aujourd’hui à la base de l’autonomie énergétique américaine — a été l’objet d’une campagne de rejet massive en Europe, au nom de principes environnementaux légitimes, certes, mais aussi sous l’effet de soupçons documentés d’instrumentalisation par des puissances hostiles, notamment la Russie.  Lire le focus:

Plusieurs agences de renseignement, tant américaines qu’européennes, ont depuis établi que des réseaux liés au Kremlin avaient appuyé les oppositions au “fracking”, avec un résultat géopolitique tangible : une Europe moralement satisfaite, mais structurellement dépendante. Une Europe idiote.

Ce qui n’était qu’un soupçon pèse désormais lourd, puisque les faits ont confirmé la dépendance énergétique qu’il s’agissait précisément d’éviter. Dans le même registre, l’hostilité virulente au TAFTA, traité transatlantique pourtant imparfait mais structurant, apparaît aujourd’hui en miroir de la situation actuelle : on refuse hier un accord commercial approfondi avec les États-Unis, et l’on accepte aujourd’hui à la hâte un compromis douanier improvisé, sur fond de pression tarifaire. Ce que l’on a écarté par idéologie, on le subit désormais sans vision.

En guise de conclusion : sortir de l’aveuglement stratégique

L’accord Trump–Von Der Leyen n’est ni un chef-d’œuvre, ni un reniement. C’est un acte de lucidité minimale, dans un monde où l’économie est redevenue politique, où l’énergie est une arme, et où la stabilité vaut parfois plus que l’élégance diplomatique.

Les critiques les plus bruyantes font preuve soit de naïveté technocratique, soit d’un romantisme géopolitique dépassé, soit, parfois, d’un alignement inconscient avec des narratifs hostiles à l’autonomie réelle de l’Europe.

Il est temps de défendre une Europe lucide, qui sache choisir ses partenaires, assumer ses intérêts, et reconnaître que la stabilité obtenue au bon prix est déjà une victoire.

Note : Attentats du 13 novembre 2015, dissonances logiques et impact électoral

La situation de la Russie explique, directement, les manoeuvres actuelles dans l’agenda de la chute annoncée du gouvernement Bayrou.
Il faut voir, tout autant, le piège tendu, il y a quelques jours, sur le « sujet » de la lutte contre la corruption, à Zelensky comme un dispositif parfaitement analogue.
La guerre est implantée dans les démocraties. Elle est cognitive mais elle présente des vecteurs logiques, parfaitement traçables et identifiables.


La seule limite, c’est que ces vecteurs qui appartiennent à la stratégie russe se sont patiemment, à la faveur d’un travail autour du grand remplacement, ou de l’immigration massive, comme du terrorisme islamique assez opportun, inscrit comme éléments légitimes du débat démocratique.

Le sont-ils autant qu’on est amené à le penser?
Tout cela repose sur des actions terroristes sur lesquelles il n’est pas interdit de se poser des questions compte tenu, pour certaines, d’une proximité suffisante avec des élections et, parfois, de dissonances de propagande inattendues.

Les attentats coordonnés du 13 novembre 2015 à Paris, revendiqués par l’organisation terroriste Daesh, ont marqué un tournant dans l’histoire récente de la France. En plus du choc humain et symbolique, ils ont eu des répercussions politiques profondes, en pleine période électorale.

1. Déclaration d’Abdelhamid Abaaoud : un aveu dissonant

Abdelhamid Abaaoud, ressortissant belge identifié comme coordinateur des attentats, a fait l’objet d’une interview publiée dans le numéro 12 de Dabiq, la revue de propagande de l’État islamique, peu avant sa mort. Il y affirme avoir pu rejoindre l’Europe puis la France sans difficulté, malgré une fiche de recherche internationale, en franchissant librement les frontières :

> « Je suis retourné en Europe avec les frères, malgré que nous soyons tous recherchés. Nous avons pu nous installer, planifier des opérations et frapper. »

Ce propos est surprenant. Logiquement, une organisation terroriste aurait plutôt intérêt à cacher les failles qu’elle exploite pour ne pas inciter les États visés à renforcer leurs dispositifs de contrôle. Le fait que Daesh choisisse ici d’exhiber cette vulnérabilité des frontières — en pleine crise migratoire et débat sur Schengen — soulève de vraies questions.

2. Un impact immédiat sur le débat public

De surcroît, les attentats du 13 novembre sont survenus à moins d’un mois des élections régionales françaises (1er tour : 6 décembre 2015). Ces élections ont été fortement perturbées : suspension des campagnes, mise en retrait des débats économiques et sociaux, recentrage du discours politique autour de la sécurité, des frontières et de l’identité.

Le Front National, en particulier, a profité de ce climat anxiogène pour réaliser un score historique au premier tour, arrivant en tête dans plusieurs régions. Si la formation n’a pas remporté de région au second tour (en raison de désistements républicains), le message politique avait été envoyé : la peur a fait levier électoral.

3. Un précédent dans la fabrique de la peur

Les propos de Abaaoud, ainsi que la chronologie des événements, s’inscrivent dans une dynamique plus large d’instrumentalisation de la violence terroriste pour modifier les équilibres démocratiques. Le terrorisme, dans ce cas, ne se limite pas à semer la terreur. Il oriente le débat, modifie les priorités politiques, et fait émerger des acteurs ou discours extrêmes, jusque-là périphériques.

Conclusion : Une dissonance à interroger

L’affichage délibéré, par un chef terroriste, de la porosité des frontières européennes, n’est pas anodin. Il ne s’agit pas simplement de se glorifier, mais peut-être de participer activement à une guerre cognitive, en soulignant les faiblesses systémiques des démocraties et en alimentant les discours politiques les plus extrêmes.

La coïncidence temporelle avec un cycle électoral majeur, et les effets documentés sur l’opinion publique, appellent à une vigilance accrue sur l’interpénétration entre terrorisme, propagande et dynamique démocratique.

Nessum Dorma triomphe au palais de Shéhérazade

🧠🐘 Une fable circule sur X. Au départ, je n’y ai prêté qu’un regard distrait, puis j’ai lu les commentaires qu’elle suscitait.

J’ai décidé de consacrer une réflexion à ce qui peut sembler n’être qu’anecdotique lorsque j’ai réalisé qu’en fait, le phénomène est partout et constitue un perturbateur, invisible, diffus, mais efficace, diablement directeur, de l’opinion publique sensibilisée à une connotation sourde.

C’est le bruit de fond sourd qui tapisse notre univers médiatique. On n’y prête pas spécialement attention, à la fois en raison de l’insignifiance factuelle et la variété des glues utilisés. Nous devrions. Parce que la formule de base est identique.

Tout le monde n’y trouve rien à redire. Ni le système médiatique qui finit par retrouver dans ce bruit le diapason sur lequel il vient régler, irrésistiblement, la mire de son « la », ni les partis politiques, et particulièrement, les oppositions,  à l’affût du moindre narratif leur permettant d’exister dans la démocratie.

Le sujet mérite d’être vraiment documenté, car, sous un biais ou un autre, sa répétition et sa propulsion – que quelqu’un finance -, tamponne, oblitére, méthodiquement, notre sensiblerie et nous engage, tel un troupeau,  dans un corridor d’harmoniques mentaux qui déterminera, si on suscite, dans le temps des élections des marqueurs qui stimulent ces agents dormants, des triangulations, empiriques, fatales au système démocratique.

Le conditionnement démarre là, en prédisposant la sensibilité à des polarisations si discrètes qu’elles semblent à ce point innocentes et inoffensives qu’on peut lui ouvrir son libre-arbitre sans danger.

Notre empathie pour les animaux (ce n’est pas elle que je remets en cause) constitue, d’ailleurs, une glue parfaite pour fixer, orienter, diriger les personnes qui se sont montrées hyper-sensibles à la fable racontée vers d’autres chambres d’écho et amplificateurs à opinion.

Il y a autres sujets propices, ponctuels, mais celui-là, passe-partout, peut être parfaitement instrumentalisé pour  persuader que le règne animal est plus humain que les humains eux-mêmes, ce qui, ontologiquement, est l’acceptation d’une défaite qui signe l’acceptation inexorable des autres. Certains partis politiques sont parés pour recycler.

Mais le biais, dans le flou des postures, sert un autre horizon, plus désarmant, au sens étymologique. Celui de la nation qui sauve l’Occident décadent se cristallise dans ce prisme.

Pour être plus précis, la fable dont je parle est la fable de l’éléphant dans l’avion entouré de poussins. Elle est présentée comme un vrai stratagème utilisé par les compagnies pour sécuriser le vol, le système empathique de l’éléphant, analogue à celui de l’être humain, étant présenté tel que le roi des animaux ne bouge jamais de peur d’écraser un seul poussin et ne déstabilise pas, ainsi, l’avion. Il faut comprendre là, subliminalement, et vous verrez que l’intérêt de la « fable » est là: il ne menace, lui, aucun de ses passagers.

Qu’est-ce que cette fable dit, car une fable dit toujours quelque chose pour atteindre, profondément, le subconscient et, c’est sa fonction de toujours, l’éveiller, le dresser, face à ses ennemis invisibles.

Là, elle fait le contraire. A l’échelle d’une fable, c’est un piqûre de moucheron. Mais s’il en a des milliers, des centaines de milliers. Cela devient un autre problème. Cela devient un problème d’une nature qu’il seraît irresponsable de négliger.

Pour que cet enfant vienne en aide à l’homme qu’il sera, si par malheur, ce dernier en a besoin et qu’il a oublié


Esope et La Fontaine, Grimm, Lewis Caroll, Mozart avec sa symphonie des jouets qui fait crisser, dans le tympan, le piaillement des oiseaux et le froissement du serpent à sonnettes*, participent à la méthodologie précieuse de l’éveil et du maintien de la vigilance cognitive, installée avec douceur et bienveillance dans l’esprit de l’enfant, pour que cet enfant vienne à l’aide à l’homme qu’il deviendra si, par malheur, il en a besoin et qu’il a oublié.

Si une fable ne dit pas quelque acidité au palais, si elle y est sirupeuse, ce n’est pas une vraie fable.

Nous sommes envahis, chacun étant libre de choisir le sien, sous des formes très diverses, de fables, de contes, de narratifs à dormir debouts. Quelques contes, grotesques parce que parfaitement grimmés, font suffisamment rire pour tenir éveillé. Ils n’endorment que qui veut. Chaplin savait le pouvoir du rire.

Dans les vraies fables — les anciennes — le langage clignote, ruse, désarçonne.
Chez Carroll, l’absurde est une alarme masquée.
Mozart, dans sa Symphonie des jouets, fait crisser la lucidité, grâce à deux sons qui résonnent dans la mémoire archaïque, dans le creux des oreilles enfantines.
Tout est jeu, mais tout y prépare à résister.

Une fable qui dit la sagesse de l’éléphant de l’Antonov – A124  à peau de requin et arête fractale

Le point de rencontre des contes à dormir debout, lorsqu’ils ont fini de déployer leur charme, leur convergence de lutte intestine, en quelque sorte, est le pacifisme béat qui finit dans les rues de Rome, aujourd’hui ou hier ou demain, par une foule conspuant la douce Georgia Meloni, demain  Keir Starmer au Royaume-Uni (Puissance dotée), en France (les carottes, ou les retraites, ou les deux, sont déjà cuites, semble-t-il) d’avoir souscrit les efforts demandés par « Daddy » à chaque pays au titre de notre défense commune.

Boooh, la vilaine!

Boooh, le vil Karmer qui livre les jeunes filles anglaises aux gangs pakistanais, l’hôpital et l’école à la charité budgétaire, et déshérite l’ensemble pour habiller l’Otan.

La petite musique qui s’infiltre par tous les pores que l’épiderme tendre de nos démocraties offre à notre ennemi y résonne par ces voix qui disent la sagesse de l’éléphant rose dans l’Antonov – An124 à peau de requin et arête fractale qui sillone, furtif comme une carpe, les eaux profondes, glacées et endormies de nos démocraties, comme je le crains dans toutes les autres profondeurs où son gigantesque appareil a pu, sous un jour ou un autre, s’engouffrer et opérer le calcul de son emprise.

Tout n’est pas tant politique qu’articulation de fables, dit sans connotation péjorative.

Il n’en faut pour preuve -autant donner le mot de la fin à une authentique créature de rêve, n’est-il pas? – que ce à quoi est suspendu le sort de Shéhérazade dans « Le Conte des mille et une nuits ».

Mais bien sûr, sous ses voiles transparents et aériens — que notre imagination l’habille comme d’un mythique parfum n°5 — Shéhérazade assume une fonction vitale. Et c’est pour cela que cette jeune fille, innocente, est choisie pour inventer et renouveler le récit. Pour coller indéfectiblement au Réel, car le Réel est la couronne du roi. Ce n’est qu’en apparence que c’est un ennui à tromper: c’est le pouvoir qui est en jeu dans le jeu du récit.

C’est l’éveil de l’esprit du roi dont Shéhérazade a, strictement, la charge. Il ne faut pas qu’il s’endorme, dans la volupté des caresses ou des draps.


Ce qu’il faut donc détailler, dans les plis du voile du conte, c’est l’injonction à demeurer éveillé. Au début, je pensais que le phantasme érotique était un paravant.

Mais, l’imbrication hélicoïdale est autrement plus justifiée. L’ondulation érotique n’est aucunement distractive ou ornementale. Elle dit avec une subtile volupté, que  la vie du Roi tient au fil ténu de l’éveil de tous ses sens et, en premier, de son sens cognitif.

Il se nourrit d’histoire, non pour se distraire, mais pour maintenir et reconnaître, donc, la vie en lui et toujours détromper l’imitation la plus parfaite et accomplie que porte l’autre fable.

De fait, dans le contexte des Mille et Une Nuits, Eros, expression de la vie, est croisé avec Thanatos, expression de la mort, et ensemble, dans ce tissage sublime, inscrit dans le Saint des Saints du subconscient, ils récitent ensemble:

Roi, il ne faut pas dormir. Peuple, il ne faut pas dormir.


Ce à quoi, dans l’Opéra, Nessum Dorma, fait un écho triomphal.

Nessum Dorma au pays de Sheherazade.

Celui qui dit ce qu’il dit

https://chatgpt.com/share/68605fc9-8abc-800a-98a8-d0f0e99d2c2b

*Il y en a tant, dans des champs si variés qui vont de Chaplin à Saint-Saens, à Tchaïvkosky, de Dysney à Marvel, – en passant leurs équivalents que je ne connais pas – qui ont dressé les fables pour faire déborder leur grâce enfantine hors de leur langage initial vers celui de la grâce et du mouvement. Ils doivent, dans toutes les langues, être remerciés. Ils permettent que se sauve le monde. Ouïr. Voir. Parler.

La République sous dépression

Chronique d’une guerre métamorphe

L’extrême-droite parade aujourd’hui en France. Jamais elle n’a été aussi proche du pouvoir.

Pendant ce temps, la République se replie. Le peuple est pris dans une nasse invisible, tissée d’algorithmes, de récits toxiques, et de fausses évidences.

Le système d’information — jadis rempart — a livré les esprits aux démons : division, xénophobie, nationalisme. Ce ne sont pas des idées. Ce sont des vecteurs. Des agents. Des armes.

Je parle ici de guerre métamorphe.

Une guerre sans déclaration. Sans frontières visibles. Mais où les fractures communautaires, identitaires, religieuses sont instrumentalisées. Par des mains étrangères. Par des intérêts obscurs. Par des mécanismes bien rodés.

L’antisémitisme gangrène certaines couches. L’antisionisme devient un outil. Manipulés par des extrémismes — y compris ceux d’une droite radicale israélienne — et relayés par des influenceurs bien placés. Tout cela converge vers un seul but : jeter l’opprobre sur l’islam, le confondre avec le Hamas, étouffer l’humanité de Gaza.

Et dans cette confusion, certains affirment :

« L’islamophobie n’existe pas. »

Tout est mis dans le même sac. La parole est piégée. Le discernement, interdit.

Comme dans un système dépressionnaire, les couches chaudes de colère croisent les couches froides de ressentiment, et créent des tempêtes cognitives.

Mais ces tempêtes n’émergent pas du ciel. Elles sont provoquées. Par des drones à ailes de papillon. Des programmes invisibles, conçus pour flairer les humeurs de l’opinion et déclencher la tornade au bon moment.

Et la République ? Elle chancelle. Elle ne parle plus. Elle est noyée.


Michel Rocard nous avait mis en garde dans une formule devenue mantra :

« Il faut toujours préférer l’hypothèse de la bêtise à celle du complot. C’est moins dangereux et plus fréquent. »

Mais cette phrase, tant de fois répétée, peut devenir un sommeil de la raison, un mécanisme d’autocensure. Comme si la bêtise devait être éternellement présumée… même quand l’organisation, la récurrence, la pénétration des récits laissent entrevoir une logique. Une intention. Des moyens. Des relais.

Des agents étrangers tagguent une étoile de David sur une école juive. Ou une svastika sur une permanence. On dit : n’exagérons rien. On répète : n’allons pas imaginer…

Mais s’ils savent instrumentaliser un pôle, ne sauraient-ils pas en activer d’autres ?

Après le 11 septembre, un livre grotesque — L’Effroyable imposture — prétendait que les États-Unis s’étaient attaqués eux-mêmes. La thèse était absurde. Mais elle a connu un succès. Pourquoi ? Parce qu’elle a ouvert un gouffre.

Et si le vrai complot approchait toujours masqué par un faux ? Et si le grotesque servait de paravent ? Et si le tabou n’était pas un accident, mais un verrou stratégique ?


Il faut aussi reconnaître ceci : les démocraties, comme les États intègres en général, sont désarmés face à cette guerre. Y compris cognitivement.

Ils se méfient des raccourcis. Ils préfèrent le doute à l’intuition. Ils avancent à pas comptés, là où l’ennemi se faufile, joue, saute, mime, ment. Leur éthique les ralentit. Leur attachement à la vérité les rend vulnérables. Leur refus de penser l’impensable — par crainte d’y ressembler — les empêche souvent d’en percevoir les contours.

Alors ils ont toujours, à minima, un coup de retard.


L’impuissance de la République fait peine à voir.

L’auteur de la modeste réflexion stratégique « Vulnérabilité des démocraties au temps de la mondialisation », que je n’ai pas cessé de poursuivre, ne peut s’y résoudre.

Justice sous pression : le piège dialectique qui se referme sur la République

Avant toute chose, il est impératif de combattre cette affirmation initiale, présentée comme une évidence par certains à dessein : celle selon laquelle la justice, en France, serait « laxiste ». Ce prolégomène est faux. Acceptable, à la faveur d’un prisme médiatique et sous l’effet de manipulations délibérées, en termes de ressenti individuel ou collectif, il n’en reste pas moins factuellement infondé.

Or, poser une prémisse fausse à l’origine du débat, c’est piéger l’ensemble de la discussion qui en découle, et compromettre, dès l’origine, la possibilité même d’une réflexion démocratique authentique. Ce piège cognitif doit être identifié, combattu et déconstruit pour éviter que la République ne soit enfermée dans un faux dilemme où elle perdrait à tous les coups.

Dans la nuit du 31 mai au 1er juin 2025, le sacre du PSG a été éclipsé par une vague de violences urbaines. Près de 500 personnes ont été interpellées, traduites devant la justice. Les premières décisions, parfois assorties de sursis, ont été aussitôt qualifiées d’indulgentes. Immédiatement, un appel au « durcissement » s’est propagé comme une onde réflexe dans les rangs politiques et médiatiques. La machine s’est emballée.

La pression « sécuritaire » sur la justice atteint désormais un seuil critique. Un consensus émerge pour dénoncer une justice devenue « hors-sol », accusée de ne pas comprendre le peuple. Dans cet emballement émotionnel, c’est la République elle-même qui s’expose à un piège dialectique.

Marine Le Pen, pour l’extrême-droite, s’engouffre méthodiquement dans cette brèche :

« En octobre dernier, j’appelais le Gouvernement à mettre en place des peines planchers et la double peine… Aujourd’hui, s’ils ont changé d’avis, je propose que ces mesures soient soumises au vote. »

Ce retournement scénarisé fait passer l’idée que la République se serait réveillée trop tard, que ses gouvernements successifs l’ont rendue hors-sol et impuissante, et que l’extrême-droite aurait eu raison avant tout le monde. Le piège se referme : celui d’une démocratie qui se laisse dicter sa politique pénale par la peur, et ses choix constitutionnels par l’hystérisation du débat.

Hier, en réponse à ceux qui réclament « plus de sévérité » pour contenir l’extrême-droite, j’ai tenu à rappeler ceci :

« Si vous répétez à l’envi que la justice est laxiste — ce que recherchent précisément ceux qui manipulent les bandes et bombardent l’opinion alors vous nourrissez l’extrême-droite qui exploite ce phénomène comme pain béni.
La dialectique des événements, dans la centrifugeuse des médias, piège la République en donnant le sentiment qu’elle est impuissante.
Un effet de stress psychique s’empare du réel pour le soumettre à la peur.
Ce sentiment, il faut l’inoculer, l’amplifier, pour désarmer l’État de droit, dénaturer et terrasser la République.
C’est cela qui se passe.
C’est cela, l’enjeu réel. »

Je vois clairement un piège dialectique, silencieux mais redoutablement efficace, se refermer sur la République. Une manipulation cognitive – désolé, il n’y a que ce mot pour dire la nature du piège,n s’insinue, laissant croire que la solution serait dans un durcissement aveugle, au mépris même des fondements de l’État de droit.

Cela n’interroge donc personne, cette route qui semble s’ouvrir toute seule vers le pouvoir, sans effort, sans contradiction ? Si ce sont les idées qui gagnent, alors c’est bien la démocratie à l’œuvre. Mais si ce sont les nerfs qui cèdent, et les médias qui tracent la voie sous la pression, alors ce n’est plus le suffrage qui gouverne, mais le conditionnement.

Je l’affirme clairement : si cette ascension politique est le fruit d’une stratégie étrangère, d’un pourrissement méthodique du débat public, par la Russie, au profit de partis amis, alors c’est un acte de guerre contre la démocratie. Une guerre cognitive. Notre fragmentation partisane actuelle, si fière de ses nuances, nous rend pourtant totalement impuissants face à cette offensive.

On en est, aujourd’hui, à réclamer l’ouverture d’une commission d’enquête. Sénatoriale, je l’espère, ai-je répondu avec ironie, afin de ne surtout pas regarder au-delà de son nez. Une commission d’enquête pour se rassurer en restant enfermée dans le seul prisme sécuritaire. Mais pourquoi s’interdire, dans le contexte, d’autres perspectives, d’autres questionnements ?

Rappelons-nous précisément ce qui s’est produit lors de la finale de la Ligue des Champions en 2022, initialement prévue à Saint-Pétersbourg mais finalement déplacée à Paris en représailles au déclenchement de la guerre en Ukraine. Ce soir-là déjà, Paris avait subi un déferlement inexplicable de violence et de casseurs organisés, semant le chaos et laissant perplexes tous les observateurs attentifs.

Ce précédent doit impérativement nous interroger au-delà du seul prisme sécuritaire immédiat. Si nous prenons de la hauteur, si nous considérons froidement la logique stratégique et existentielle de Vladimir Poutine et de la Russie actuelle, nous devons nous demander clairement : à qui profite ce désordre méthodiquement répété ?

Les partis qui représentent la Nation, dans leurs chambres respectives (le Sénat et l’Assemblée Nationale), doivent se saisir lucidement de cet enjeu et sortir du confort intellectuel et partisan qui consiste à ne considérer que ce qui semble immédiatement évident ou utile électoralement. Ne tombons pas dans ce piège trop facile qui consiste à exploiter politiquement la peur et le désordre. Car il s’agit là, précisément, d’un cadeau offert sur un plateau à ceux qui bénéficient du spetaclme du chaos, dont je crains qu’il soit monté de toutes pièces, pour affaiblir durablement notre démocratie.

A cette aune, l’indépendance de la justice n’est pas une simple figure de style. Elle n’est pas négociable. Elle est la condition sine qua non de l’État de droit. Oui, certains jugements peuvent sembler discutables ; c’est la nature humaine. Mais l’institution judiciaire elle-même mérite respect et protection. Car la tentation du populisme pénal, avec son cortège de « peines planchers », de suppression du sursis, et même de propositions délirantes (réinventer Cayenne à Saint-Pierre-et-Miquelon), ne relève pas de la justice, mais de l’agitation et de la plus vaine des surenchère.

Il n’y a pas de République possible si le droit qui l’anime est soumis à la peur. La peur est mauvaise conseillère. Elle confond la foule avec le peuple, le sentiment avec le droit, la colère avec la légitimité.

Je constate que le doute s’empare désormais ouvertement de la Nation. Il transparaît dans les discours, dans les projets de modifications constitutionnelles, dans la facilité avec laquelle l’hystérie sécuritaire devient le cheval de Troie d’un démantèlement subtil de l’ordre républicain.

Mais la République ne doit pas céder à ce vertige.
Elle doit tenir bon. Tenir juste. Tenir debout.

État de l’Union : Du principe à la paralysie, de la paralysie à l’élan

Introduction : Une trouvaille sémantique devenue piège politique

L’opposition entre Approfondissement et Élargissement a longtemps été présentée comme un clivage fondateur de la construction européenne.

On en a fait une grammaire de la stratégie communautaire, un axe de discussion technique et institutionnelle.

En réalité, cette opposition repose sur une trouvaille sémantique qui a masqué un fait fondamental : l’élargissement n’a jamais été un principe libre ou concurrent, mais une variable subordonnée à l’approfondissement, selon les critères de convergence posés par l’Union elle-même.

Autrement dit : on ne devait élargir qu’à condition d’être capable d’intégrer. Ce n’était pas un dilemme, mais une logique. Une logique de gouvernabilité.

Le pivot : un principe biaisé, infiltré, détourné

Le vrai tournant politique n’a pas été d’élargir.

Il a été de biaiser le principe même de cette relation délicate entre extension et consolidation.

Le discours politique, en particulier à droite, a progressivement infiltré idéologiquement ce principe pour en faire un vecteur d’attentisme, puis de renoncement.

On n’évoquait plus l’approfondissement pour préparer l’élargissement.

On utilisait l’un pour bloquer l’autre.

On déplaçait le centre de gravité de la stratégie européenne : de la capacité à s’étendre sans se diluer, vers la peur d’être transformé par ce qu’on pourrait accueillir.

Dans cette inversion, les biais concurrentiels se sont engouffrés :

-Le « plombier polonais » comme menace sur le marché de l’emploi,

-Les agricultures de l’Est comme menace sur la PAC,

-L’immigration intra-européenne comme facteur d’insécurité ou de déracinement,

-La chrétienté comme dernier rempart identitaire.

On est passé d’un projet à une peur. D’un dessein à un doute. D’une politique à un repli.

L’effet géopolitique : servir ce que l’on croyait contenir

Ce renoncement stratégique n’a pas eu lieu dans le vide. Il a eu lieu dans un contexte où la Russie de Poutine, hostile à toute extension du modèle européen dans son voisinage, n’avait qu’une stratégie à suivre : le statu quo. Son soutien objectif aux partis nationalistes et souverainistes, partout, s’inscrivait dans cette stratégie des relais locaux.

En affaiblissant la dynamique européenne au nom de prétextes internes, les détracteurs de l’élargissement ont objectivement servi l’intérêt d’une Russie impériale, qui ne souhaitait rien de plus que de voir l’UE divisée, paralysée, incertaine d’elle-même.

Pendant qu’on polémiquait sur la directive Bolkestein, d’autres redessinaient les sphères d’influence en Ukraine, en Moldavie, dans les Balkans. Pendant qu’on arguait de la « fatigue de l’élargissement », l’histoire revenait avec fracas.

Ce que l’Histoire attend de l’Europe maintenant: qu’elle réponde présent

On ne peut rien modifier au passé. Mais on peut l’éclairer de lucide manière, et cesser d’en faire une fatalité.

Il n’est plus temps de débattre indéfiniment du bon tempo entre élargir et approfondir. Il est temps de se demander si l’Europe veut encore être un sujet géopolitique, ou seulement un objet de rapports de force internes et d’impuissance externe.

Une Europe digne de ses peuples n’est pas celle qui calcule à l’infini les risques de bouger, mais celle qui assume, par la raison, la nécessité d’avancer.

Conclusion

Cette Europe ne pourra survivre — ni rayonner — qu’en créant les moyens de sa propre défense. Et la défense, qu’elle soit militaire, économique, énergétique ou démocratique, ne naît jamais de la tergiversation.

Elle naît de l’élan, de la clarté du dessein, et surtout de l’envie de faire bloc ensemble — non par réflexe identitaire, mais par ambition collective.

Faire bloc, non pour se replier, mais pour exister.
Non contre le monde, mais pour peser dans son destin.

C’est à cette condition que l’Europe cessera d’être un projet suspendu, pour devenir un projet pleinement assumé, pleinement partagé, pleinement souverain.