L’histoire noire d’Israël

Une strate opaque et stratégique de l’État israélien, distincte de sa vitrine démocratique, défigure la démocratie israélienne pour « accomplir » son horizon « biblique ». Cette évidence émerge d’elle-même de toutes les zones grises de l’histoire de l’état hébreu, dominée, au cours des vingt dernières années, par Benjamin Netanyahou. Les puissances de fragmentation ne doivent pas éclore.


Pendant longtemps, la Révolution islamique d’Iran, survenue en 1979, fut perçue comme le point de rupture majeur au Proche-Orient. L’antisionisme virulent des mollahs, les slogans incendiaires promettant la destruction d’Israël, et les relais stratégiques de Téhéran — Hezbollah, Hamas, Houthis — ont permis de forger un narratif solide : celui d’un Israël assiégé, courageux, occidental, rationaliste, tenant la ligne de front face à une marée obscurantiste. Ce narratif, bien que rassurant, ne résiste pourtant plus à l’analyse historique des structures profondes. Car un autre acteur a patiemment tiré les fils invisibles de l’Orient compliqué : l’Israël de l’appareil, de la projection, de la stratégie fragmentaire. Un Israël parfois plus acteur que réactif.

1. Le mythe de la sentinelle assiégée : un écran occidental
Israël a longtemps joui d’un statut quasi intouchable dans les analyses occidentales. À la fois refuge nécessaire post-Shoah et vitrine démocratique au sein d’un environnement jugé barbare, l’État hébreu fut protégé par un double bouclier : moral et sécuritaire. À l’Est, l’Iran des Mollahs incarnait le chaos. Au centre, les Frères musulmans. Au nord, le Hezbollah. Ce récit, s’il contient des éléments de vérité, occulte la capacité d’Israël à manipuler, fragmenter et neutraliser ses voisins.

2. Une stratégie de la fragmentation régionale
Dès les années 50, la doctrine de périphérie de Ben Gourion cherche à créer des alliances indirectes avec l’Iran du Shah, la Turquie ou l’Éthiopie. L’objectif ? Contourner la masse arabe hostile. Mais plus tard, la doctrine s’affine. Il ne s’agit plus de contourner, mais d’affaiblir. Encourager le communautarisme au Liban. Soutenir, en sous-main, les islamistes palestiniens pour affaiblir l’OLP. Maintenir la Syrie dans un état de guerre larvée. Isoler la Jordanie. En somme : empêcher toute architecture unitaire au Proche-Orient.

3. Le projet enfoui du « Grand Israël »
Le groupe Stern, fondé par Avraham Stern, rêvait d’un Israël allant du Nil à l’Euphrate. Si ce projet fut marginal au départ, il infuse encore aujourd’hui certaines franges de l’armée, des colons, et de la droite religieuse. Derriere les discours sur la « sécurité » ou la « rationalité stratégique », subsiste une volonté d’expansion, découpée, dissimulée, patiente. Et chaque effondrement d’un voisin (Irak, Syrie, Liban) est une case de plus dans cette entreprise invisible.

4. Ariel Sharon : la paix des Braves avortée
Le retrait unilatéral de Gaza en 2005, orchestré par Ariel Sharon, marqua une rupture. Premier chef de guerre à expulser ses propres colons, Sharon fonda Kadima, parti centriste, pour aller plus loin : retrait partiel de Cisjordanie, tracé de frontières. Il était, au sommet de sa puissance, l’homme par lequel la paix pouvait venir. Puis vint l’AVC massif de janvier 2006. Et le silence. Aucun bulletin médical. Aucun discours. Aucune image pendant huit ans. Comme si l’État hébreu avait décidé d’oublier celui qui était sur le point de briser l’ordre de domination. Le lion était tombé, mais il ne fallait pas qu’il ressuscite.

5. Une transition oubliée : 2001–2009, l’entre-deux effacé
La période 2001–2009 échappe au clivage traditionnel entre travaillistes et droite dure. Elle est pourtant essentielle. D’abord dominée par Ariel Sharon, cette séquence marque l’affirmation d’un leadership fort capable de renoncer (retrait de Gaza, rupture avec le Likoud). Après son AVC, c’est Ehud Olmert qui prend la suite à la tête de Kadima. Moins charismatique, affaibli par des affaires de corruption, Olmert échoue à inscrire durablement une voie médiane. Cette séquence dit quelque chose de la fragilité des volontés de compromis en Israël : Sharon est foudroyé alors qu’il s’apprête à tracer un horizon de paix ; Olmert tombe dans la disgrâce. À l’inverse, Benjamin Netanyahou, objet lui aussi d’enquêtes judiciaires, parvient à imposer une figure de lion invincible, transformant chaque crise en levier de consolidation. Le contraste est saisissant.

6. Yasser Arafat, un fantôme irradié ?
Le 11 novembre 2004, Yasser Arafat meurt à l’hôpital militaire Percy de Clamart, en France, après une hospitalisation précipitée et une dégradation brutale de son état de santé. Aucun diagnostic clair n’est jamais rendu public. Aucune autopsie. Son entourage évoque rapidement un empoisonnement. En 2012, son corps est exhumé : des traces anormales de polonium 210, une substance radioactive hautement toxique — et tristement célèbre pour ses usages dans les cercles d’élimination russes — sont détectées dans ses effets personnels. Les rapports restent contradictoires, mais la coïncidence est là : un dirigeant isolé, partenaire de la paix avec Itzhak Rabin, devenu gênant, entouré de mystère, effacé sans preuve. Il n’est pas le seul fantôme sacrifié à flotter dans les plis de cette histoire fragmentée.

7. Rabin et Peres, les figures effacées de la paix
Yitzhak Rabin, ancien chef d’état-major et Premier ministre, incarna la paix des armes déposées. Signataire des accords d’Oslo, il fut assassiné en 1995 par un extrémiste juif — non par un ennemi extérieur, mais par un fils d’Israël. Ce geste mit brutalement fin à une trajectoire de reconnaissance mutuelle avec les Palestiniens. Quant à Shimon Peres, son successeur éphémère, prix Nobel de la Paix lui aussi, il fut durablement marginalisé, son aura technocratique éclipsée par les populismes montants. Tous deux furent, à leur manière, relégués dans les marges du récit national. Leur effacement progressif des mémoires officielles traduit le refus profond d’un Israël en mutation d’assumer jusqu’au bout sa propre ouverture au compromis.

8. Yigal Amir, le fantôme dans la cellule
L’assassin d’Yitzhak Rabin, Yigal Amir, purge depuis 1995 une peine de prison à perpétuité, sans possibilité de libération. Isolé durant plus d’une décennie, puis soumis à un régime strict malgré quelques assouplissements, il demeure une figure marginalisée mais obsédante dans la mémoire israélienne. Jamais repenti, invoquant la loi religieuse du « din rodef » pour justifier son acte, il incarne une part refoulée du sionisme religieux radical : celle qui préfère tuer un Premier ministre juif plutôt que de renoncer à l’expansion territoriale. Figure fantomatique lui aussi, il hante l’espace symbolique d’un pays déchiré. Son existence captive, ni effacée ni pardonnée, rappelle que le crime idéologique n’a pas disparu : il est tapi, dans l’ombre, prêt à réapparaître au rythme des convulsions nationales.

9. La parole empêchée : l’antisionisme sous tabou
Le tabou de l’antisionisme est devenu une arme redoutable. Il empêche la critique de l’appareil israélien sous peine d’être taxé d’antisémitisme. Il confisque la parole. Il permet, en même temps, de déclarer la guerre aux Palestiniens sans paix possible, tout en gardant le soutien de l’Occident. Ce même Occident qui, dans un retournement fascinant, voir monter des extrêmes droites européennes qui reconnaissent Israël comme rempart contre l’islam, et forment un axe idéologique allant de Washington à Moscou, en passant par Tel-Aviv. La lettre remise en grandes pompes en soutien de la nomination pour lauréat de Donald Trump du prix Nobel de la Paix par Benjamin Netanyahou entrera – peut-être – dans l’histoire, aux dépens de l’actuel Premier ministre israélien, comme le plus grand marché de dupes de l’histoire.
L’axe Washington->Tel-Aviv->Moscou justifie un grand point d’interrogation car Trump agit, si on dépasse le spectacle, peut-être plus comme révélateur que comme adhérent,

10. L’invisibilité se déchire : vers un examen de conscience ?
Israël devra bientôt se préparer à un véritable examen de conscience, accompagné peut-être d’une introspection judiciaire. Trop de fantômes sacrifiés hantent la mémoire collective de l’État hébreu et du peuple élu. Le rideau d’invisibilité qui le protégeait jusqu’à présent est en train de s’effilocher, et ce sont désormais des pans entiers qui vont tomber. Les récents cas, rapportés par le courageux quotidien Haaretz, faisant état de traumatismes psychologiques profonds au sein des rangs de Tsahal, ne sont que la partie immergée de la prise de conscience qui couve. Il ne s’agit plus seulement de stratégie, mais de vérité, de justice, de libération du récit.

Conclusion : La paix ne viendra que des Braves
Rabin et Sharon, deux généraux, deux lions de guerre, furent les seuls à pouvoir porter la paix car elle exige le courage de renoncer. Tous deux furent balayés. L’un assassiné, l’autre plongé dans le coma. Ce n’est pas un hasard. La paix résulte des braves. Pas des résignés, pas des fanatiques, pas des stratèges en chambre. Et tant qu’une nation investira plus dans la fragmentation de ses voisins que dans la paix avec eux, elle construira sa forteresse sur du sable.

Daniel CICCIA

Encadré spéculatif : L’arme de l’intoxication et l’ombre israélienne ?
Rétrospectivement, la guerre en Irak menée par les États-Unis en 2003 laisse un arrière-goût d’orchestration. Il a fallu convaincre la CIA, le MI6 et d’autres agences occidentales de la réalité d’armes de destruction massive — réalité qui ne fut jamais prouvée. Deux intoxications complémentaires semblent avoir convergé : l’une sur Saddam Hussein lui-même, pour le pousser à refuser les inspections de l’ONU ; l’autre sur l’Amérique des Faucons, traumatisée par le 11-Septembre, avide de frapper. Dans ce ballet d’illusions, une hypothèse se dessine : celle d’une main subtile et invisible qui aurait « aidé » les services à croire ce qu’ils désiraient croire. Israël ? À l’époque, l’idée semblait inconcevable. Et pourtant… La porosité idéologique entre certains cercles néoconservateurs américains et la droite israélienne, les affinités stratégiques, les recoupements sur le terrain syrien ou iranien, laissent entrevoir une connivence. Le récent lapsus de George W. Bush, évoquant que "la Russie était l'agresseur en Irak" avant de se corriger: "en Ukraine", pourrait être entendu comme une accusation voilée. À tout le moins, il appelle à rouvrir des dossiers trop vite refermés. Car si l’Israël de Netanyahou cultive, en surface, l’hostilité à Moscou, il entretient en coulisse une neutralité ambivalente vis-à-vis de Poutine, confirmée par certaines abstentions aux votes de l’ONU.
Cette convergence discrète entre les puissances de fragmentation ne doit pas éclore. Elle doit être dévoilée.




Un soleil se lève, un autre se couche

Le monde change sous nos yeux. Et comme personne ne dit qu’il brûle, tout le monde regarde ailleurs

Le sommet des BRICS à Rio se déroule sans fracas.
Mais dans sa discrétion se cache une inflexion majeure.
Narendra Modi s’y est rendu, précédé d’un long voyage solitaire — non pour étendre une sphère, mais pour ressentir les convergences possibles. Ghana, Argentine, Namibie… autant d’escales, non pas pour polariser, mais pour relier les Suds en quête de stabilité et de justice.

En miroir, depuis Moscou, la menace se formule sans détour ni fard :

> « Les problèmes de l’Occident s’aggraveront s’il maintient sa politique anti‑russe. »

Ce “si” conditionnel est une arme à double tranchant :

Menace voilée, parce qu’elle n’annonce pas de représailles immédiates, mais pose une date d’expiration — implicite — à la patience russe.

Instrumentalisation stratégique, car elle désigne l’“Occident” comme acteur unique responsable, évacuant toute notion de réciprocité, de complexité ou de négociation.


Le ton reste celui des années de fer, de l’après-Yalta, quand le monde se divisait encore en alignés et opposants.
Mais ce langage s’estompe.

Et l’absence de Xi Jinping en personne, pour la première fois depuis plus de dix ans de sommets BRICS, le confirme en silence.
Il n’a pas délégué son rang. Il a omis d’y mettre son poids. Ce retrait, qui semble tactique, est en réalité un très lourd signe de non-poids :

> lorsque le corps ne se déplace plus, c’est que la masse symbolique a cessé d’aspirer.

En diplomatie, l’absence n’est jamais neutre.
Celle-ci n’est pas un refus frontal, ni un retrait ostentatoire. Elle est plus grave encore : elle indique que l’espace ne vaut plus le déplacement, ou qu’il n’est plus celui où se joue l’équilibre.
Cela suffit à faire vaciller le récit du “partenaire majeur”.
Et cela accrédite, dans le même temps, le déplacement du centre de gravité.
Ce qui ne pèse plus recule. Ce qui vient poindre, avance.

La plainte russe — « Les problèmes de l’Occident s’aggraveront s’il maintient sa politique anti-russe.« — est comme un chant d’alarme fatigué, usé par son propre retour d’écho.
Elle n’emporte plus l’adhésion globale comme au début de la guerre en Ukraine, ni même dans une partie de l’Afrique.

En miroir, le discours plus fluide de l’Inde, du Brésil, voire de l’Afrique du Sud devient audible, recevable, adaptable.

Déphasage :
La voix russe résonne de plus en plus dans sa propre chambre d’échos, tandis que la voix des BRICS se cherche une polyphonie nouvelle.

La Samba de Rio, ce n’est plus celle d’un Sud en colère. C’est celle d’un Sud en projet.

Il faut, pour comprendre ce moment, se détacher des anciens paradigmes.

Le non-alignement, aujourd’hui, ne cherche plus à se positionner dans l’équilibre des forces.
Il veut renaître dans une convergence d’intérêts réels, vitaux, systémiques.
Et cette renaissance rejoint le souffle initial de ceux — comme Roosevelt — qui, après la guerre, rêvaient d’un monde couvert par un droit identique pour tous, non pour uniformiser, mais pour garantir la sécurité, la parole et la dignité des peuples.

C’est ce droit, et non un quelconque empire, que les BRICS veulent voir réémerger.
Non pas pour remplacer l’Occident, mais pour rompre avec l’exceptionnalité.
La samba de Rio, ce n’est plus celle d’un Sud en colère. C’est celle d’un Sud en projet.

Pendant ce temps, le moteur de la critique radicale de la mondialisation, trop longtemps alimenté par des figures du ressentiment ou du repli, se disperse désormais dans des satellites idéologiques.

Or, le monde en train d’émerger ne veut plus de ces substitutions.
Il ne veut plus de domination, ni en version “libérale”, ni en version “souverainiste armée”.

Il veut — et c’est ce qui perce à Rio, dans les gestes modestes de Modi — retrouver le chemin d’un universel partagé, non imposé.
Un monde **où l’on ne s’aligne pas parce qu’on se soumet,
mais parce que les intérêts naturels convergent vers une même surface de droit.

> Oui, un soleil se lève, ailleurs. Il n’éblouit pas. Il éclaire.
Un autre se couche, non faute de puissance, mais de perspective.

Le monde change sous nos yeux.
À condition de ne pas le regarder ailleurs avec les yeux d’hier.

La Russie de Poutine s’achève sur un coup d’épée dans l’eau.

Couic.

Il ne reste plus à Vladimir Vladimirovich Putin que l’apocalypse nucléaire. Je ne suis pas sûr qu’il y a intérêt.

Il n’y a strictement rien à défendre.

Poutine est indéfendable.

La Russie va devoir s’atteler à se renouveler.

Elle le peut.

Splash.

Pour en savoir moins👇

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Nessum Dorma triomphe au palais de Shéhérazade

🧠🐘 Une fable circule sur X. Au départ, je n’y ai prêté qu’un regard distrait, puis j’ai lu les commentaires qu’elle suscitait.

J’ai décidé de consacrer une réflexion à ce qui peut sembler n’être qu’anecdotique lorsque j’ai réalisé qu’en fait, le phénomène est partout et constitue un perturbateur, invisible, diffus, mais efficace, diablement directeur, de l’opinion publique sensibilisée à une connotation sourde.

C’est le bruit de fond sourd qui tapisse notre univers médiatique. On n’y prête pas spécialement attention, à la fois en raison de l’insignifiance factuelle et la variété des glues utilisés. Nous devrions. Parce que la formule de base est identique.

Tout le monde n’y trouve rien à redire. Ni le système médiatique qui finit par retrouver dans ce bruit le diapason sur lequel il vient régler, irrésistiblement, la mire de son « la », ni les partis politiques, et particulièrement, les oppositions,  à l’affût du moindre narratif leur permettant d’exister dans la démocratie.

Le sujet mérite d’être vraiment documenté, car, sous un biais ou un autre, sa répétition et sa propulsion – que quelqu’un finance -, tamponne, oblitére, méthodiquement, notre sensiblerie et nous engage, tel un troupeau,  dans un corridor d’harmoniques mentaux qui déterminera, si on suscite, dans le temps des élections des marqueurs qui stimulent ces agents dormants, des triangulations, empiriques, fatales au système démocratique.

Le conditionnement démarre là, en prédisposant la sensibilité à des polarisations si discrètes qu’elles semblent à ce point innocentes et inoffensives qu’on peut lui ouvrir son libre-arbitre sans danger.

Notre empathie pour les animaux (ce n’est pas elle que je remets en cause) constitue, d’ailleurs, une glue parfaite pour fixer, orienter, diriger les personnes qui se sont montrées hyper-sensibles à la fable racontée vers d’autres chambres d’écho et amplificateurs à opinion.

Il y a autres sujets propices, ponctuels, mais celui-là, passe-partout, peut être parfaitement instrumentalisé pour  persuader que le règne animal est plus humain que les humains eux-mêmes, ce qui, ontologiquement, est l’acceptation d’une défaite qui signe l’acceptation inexorable des autres. Certains partis politiques sont parés pour recycler.

Mais le biais, dans le flou des postures, sert un autre horizon, plus désarmant, au sens étymologique. Celui de la nation qui sauve l’Occident décadent se cristallise dans ce prisme.

Pour être plus précis, la fable dont je parle est la fable de l’éléphant dans l’avion entouré de poussins. Elle est présentée comme un vrai stratagème utilisé par les compagnies pour sécuriser le vol, le système empathique de l’éléphant, analogue à celui de l’être humain, étant présenté tel que le roi des animaux ne bouge jamais de peur d’écraser un seul poussin et ne déstabilise pas, ainsi, l’avion. Il faut comprendre là, subliminalement, et vous verrez que l’intérêt de la « fable » est là: il ne menace, lui, aucun de ses passagers.

Qu’est-ce que cette fable dit, car une fable dit toujours quelque chose pour atteindre, profondément, le subconscient et, c’est sa fonction de toujours, l’éveiller, le dresser, face à ses ennemis invisibles.

Là, elle fait le contraire. A l’échelle d’une fable, c’est un piqûre de moucheron. Mais s’il en a des milliers, des centaines de milliers. Cela devient un autre problème. Cela devient un problème d’une nature qu’il seraît irresponsable de négliger.

Pour que cet enfant vienne en aide à l’homme qu’il sera, si par malheur, ce dernier en a besoin et qu’il a oublié


Esope et La Fontaine, Grimm, Lewis Caroll, Mozart avec sa symphonie des jouets qui fait crisser, dans le tympan, le piaillement des oiseaux et le froissement du serpent à sonnettes*, participent à la méthodologie précieuse de l’éveil et du maintien de la vigilance cognitive, installée avec douceur et bienveillance dans l’esprit de l’enfant, pour que cet enfant vienne à l’aide à l’homme qu’il deviendra si, par malheur, il en a besoin et qu’il a oublié.

Si une fable ne dit pas quelque acidité au palais, si elle y est sirupeuse, ce n’est pas une vraie fable.

Nous sommes envahis, chacun étant libre de choisir le sien, sous des formes très diverses, de fables, de contes, de narratifs à dormir debouts. Quelques contes, grotesques parce que parfaitement grimmés, font suffisamment rire pour tenir éveillé. Ils n’endorment que qui veut. Chaplin savait le pouvoir du rire.

Dans les vraies fables — les anciennes — le langage clignote, ruse, désarçonne.
Chez Carroll, l’absurde est une alarme masquée.
Mozart, dans sa Symphonie des jouets, fait crisser la lucidité, grâce à deux sons qui résonnent dans la mémoire archaïque, dans le creux des oreilles enfantines.
Tout est jeu, mais tout y prépare à résister.

Une fable qui dit la sagesse de l’éléphant de l’Antonov – A124  à peau de requin et arête fractale

Le point de rencontre des contes à dormir debout, lorsqu’ils ont fini de déployer leur charme, leur convergence de lutte intestine, en quelque sorte, est le pacifisme béat qui finit dans les rues de Rome, aujourd’hui ou hier ou demain, par une foule conspuant la douce Georgia Meloni, demain  Keir Starmer au Royaume-Uni (Puissance dotée), en France (les carottes, ou les retraites, ou les deux, sont déjà cuites, semble-t-il) d’avoir souscrit les efforts demandés par « Daddy » à chaque pays au titre de notre défense commune.

Boooh, la vilaine!

Boooh, le vil Karmer qui livre les jeunes filles anglaises aux gangs pakistanais, l’hôpital et l’école à la charité budgétaire, et déshérite l’ensemble pour habiller l’Otan.

La petite musique qui s’infiltre par tous les pores que l’épiderme tendre de nos démocraties offre à notre ennemi y résonne par ces voix qui disent la sagesse de l’éléphant rose dans l’Antonov – An124 à peau de requin et arête fractale qui sillone, furtif comme une carpe, les eaux profondes, glacées et endormies de nos démocraties, comme je le crains dans toutes les autres profondeurs où son gigantesque appareil a pu, sous un jour ou un autre, s’engouffrer et opérer le calcul de son emprise.

Tout n’est pas tant politique qu’articulation de fables, dit sans connotation péjorative.

Il n’en faut pour preuve -autant donner le mot de la fin à une authentique créature de rêve, n’est-il pas? – que ce à quoi est suspendu le sort de Shéhérazade dans « Le Conte des mille et une nuits ».

Mais bien sûr, sous ses voiles transparents et aériens — que notre imagination l’habille comme d’un mythique parfum n°5 — Shéhérazade assume une fonction vitale. Et c’est pour cela que cette jeune fille, innocente, est choisie pour inventer et renouveler le récit. Pour coller indéfectiblement au Réel, car le Réel est la couronne du roi. Ce n’est qu’en apparence que c’est un ennui à tromper: c’est le pouvoir qui est en jeu dans le jeu du récit.

C’est l’éveil de l’esprit du roi dont Shéhérazade a, strictement, la charge. Il ne faut pas qu’il s’endorme, dans la volupté des caresses ou des draps.


Ce qu’il faut donc détailler, dans les plis du voile du conte, c’est l’injonction à demeurer éveillé. Au début, je pensais que le phantasme érotique était un paravant.

Mais, l’imbrication hélicoïdale est autrement plus justifiée. L’ondulation érotique n’est aucunement distractive ou ornementale. Elle dit avec une subtile volupté, que  la vie du Roi tient au fil ténu de l’éveil de tous ses sens et, en premier, de son sens cognitif.

Il se nourrit d’histoire, non pour se distraire, mais pour maintenir et reconnaître, donc, la vie en lui et toujours détromper l’imitation la plus parfaite et accomplie que porte l’autre fable.

De fait, dans le contexte des Mille et Une Nuits, Eros, expression de la vie, est croisé avec Thanatos, expression de la mort, et ensemble, dans ce tissage sublime, inscrit dans le Saint des Saints du subconscient, ils récitent ensemble:

Roi, il ne faut pas dormir. Peuple, il ne faut pas dormir.


Ce à quoi, dans l’Opéra, Nessum Dorma, fait un écho triomphal.

Nessum Dorma au pays de Sheherazade.

Celui qui dit ce qu’il dit

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*Il y en a tant, dans des champs si variés qui vont de Chaplin à Saint-Saens, à Tchaïvkosky, de Dysney à Marvel, – en passant leurs équivalents que je ne connais pas – qui ont dressé les fables pour faire déborder leur grâce enfantine hors de leur langage initial vers celui de la grâce et du mouvement. Ils doivent, dans toutes les langues, être remerciés. Ils permettent que se sauve le monde. Ouïr. Voir. Parler.

Les voies de l’hameçonnage sont-elles si impétrables

On ne sait rien de la teneur des échanges qui ont eu lieu au Kremlin, ce 23 juin 2025, entre le ministre des Affaires étrangères de la République islamique d’Iran et son homologue russe, en présence de Vladimir Poutine.
On sait seulement que le MAE iranien était porteur d’une lettre personnelle de l’ayatollah Ali Khamenei.

Publiquement — ce qui ne constitue pas une surprise — la Russie a condamné les frappes engagées par Israël.
Mais nul, sinon les intéréssés eux-mêmes, ne sait si la proposition avancée la veille par Dmitri Medvedev, vice-président du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie (présidé par Vladimir Poutine lui-même), a été abordée et surtout si l’IRR a mordu à ce qui ressemblait plus à un grossier hameçonnage qu’à un soutien sérieux et authentique.

Medvedev y assurait que plusieurs pays seraient prêts à fournir à l’Iran des têtes nucléaires afin d’armer ses missiles.

On ne sait pas ce qui s’est dit. On ne peut entrer dans le secret des dieux.
Restons par conséquent sur le terrain des hommes, avec cette évidence : si des secrets compromettants lient la République islamique d’Iran à la Russie d’un ancien agent du KGB, alors le moment vient pour ce dernier de les neutraliser.

Vladimir Poutine n’a jamais hésité à sacrifier ses adversaires et ses partenaires encombrants pour avancer.

Car cet homme — les cadavres sur son chemin le confirment — possède des protocoles opérationnels pour ce genre de liquidation silencieuse.
Toujours à l’abri d’être exposé.

Il agit, toujours, avec plusieurs coups d’avance. Et l’offre — retirée depuis, à 11h59 précisèment ce jour, après une spectaculaire réaction de Donald Trump sur Truth Social — n’était peut-être pas tant une erreur qu’un grossier hameçonnage opéré avec l’épée de Damoclès américaine suspendue au dessus de la tête.

Il n’a échappé à personne que Donald Trump a récemment menacé le guide suprême de l’Iran, de suppression physique en affirmant savoir où il se trouvait et pouvoir donc l’atteindre « à tout moment ».

Cela signifie la mort

de l’UE à terme,

car un puissant mainstream

de « normalisation doctrinale »

passera sur nous

Bien sûr, la Russie se prévaut d’avoir signé, en mai, un partenariat stratégique avec l’Iran. L’Iran l’a honoré en livrant des drones utilisés contre l’Ukraine par les Russes. La Russie, en retour, lui assure un service minimum, mais cela ne tient qu’en apparence à la limitation de ses capacités militaires concentrées pour venir à bout de l’Ukraine.

La raison en est qu’un partenariat n’est pas une alliance, et que Poutine a sans doute déjà embrassé la perspective d’un axe géopolitique autrement plus profitable — idéologiquement et impérialement. Le sacrifice de l’Iran, qui appréciera ce cynisme froid, échangé contre l’Ukraine scellant, en définitive, le deal du siècle, avec prix Nobel à la clé pour Trump.

Et l’effacement de l’UE à terme, car un puissant mainstream de « normalisation doctrinale »  passera sur nous. Car c’est cela que cela signifie. La Russie fera la loi. Elle fera sa loi sur l’Europe ou, alors, il faudra la guerre.

Cet axe illibéral et néo-Occidental part de Washington pour rejoindre Moscou, en passant par Tel-Aviv.
Il tente d’embarquer tout le monde, à la faveur de l’effet aphrodisiaque globalisé qu’exerce la chute de Qom.

Poutine rassure Khamenei quant à sa fidélité. Trump joue le saltimbanque virevoltant d’une position à l’autre, sans paraître poursuivre une ligne cohérente. Rassurant quand le temps vient de sembler le redevenir, fantasque le reste du temps. Il est surtout cohérent quand il est fantasque. C’est son camouflage. Sa furtivité à lui.

La ligne qui semble incohérente est l’axe qui se forme irrésistiblement, sous l’effet aphrodisiaque de la mise à mort d’un régime que nous avons appris à haïr.

Sous ce prisme, beaucoup de choses prennent sens.
Cet axe doit être brisé.
Avant qu’il ne nous brise car c’est ce qu’il fera.

Il a hameçonné, lui aussi, déjà tant de monde.

La fourmi noire, la nuit, la pierre noire.

#LeCID

Dans l’obscurité, l’étincelle du double langage

Le vice-président des États-Unis, J.D. Vance (@VP), a déclaré, le 22 juin 2025 :

> « La Russie et la Chine ne veulent pas que l’Iran développe des armes nucléaires. »

Maria Zakharova, porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, lui a répondu sèchement :

> « La Russie et la Chine n’acceptent aucune ingérence des États-Unis dans leurs affaires intérieures. Toute personne parlant au nom de nos deux pays, sans le faire en notre nom, devrait s’en abstenir. »

Elle a insisté : la Russie et la Chine expriment elles-mêmes leurs positions, par la voie de leurs ministères respectifs. Toute prise de position conjointe doit être explicite, et non supposée.

Mais ce qui est curieux, c’est que Zakharova elle-même s’exprime ici au nom de la Chine — officiellement, et à ses risques et périls.

Ce miroir tendu soulève des questions :
– Vance a-t-il été induit en erreur par ses liens connus avec certains cercles pro-russes ?
– Ou bien a-t-il, sans le vouloir, révélé la duplicité du discours du Kremlin ?

Car, au même moment, Dmitri Medvedev déclarait publiquement que « plusieurs pays » pourraient fournir à l’Iran des ogives nucléaires — contredisant à la fois la position chinoise et la doctrine officielle de non-prolifération.

Ce désalignement tactique révèle une asymétrie plus profonde :

– L’Iran cherche une légitimité stratégique.
– La Russie cherche, elle, un chaos régional maîtrisé, particulièrement susceptible de faire grimper les prix du pétrole pour compenser l’hémorragie de son budget de guerre.

La République islamique d’Iran doit se poser la question :
Quel rôle la Russie veut lui faire jouer ?
Dans quel jeu est-elle réellement impliquée ?

Elle doit hâter sa métamorphose, ou elle pourrait bien se retrouver sacrifiée comme un pion.

Une interrogation existentielle.
Comme Shakespeare aurait pu le dire : To be, or to be used?

Soyons clairs :

Ce que nous voyons se dessiner est peut-être plus qu’une crise diplomatique.
C’est l’esquisse d’un troc silencieux, presque parfait, et difficile à arrêter.

Une reconfiguration des priorités mondiales, où le chaos au Moyen-Orient n’est pas une menace, mais un levier.
Une région volontairement inflammable pour faire grimper le prix des hydrocarbures.
Un Iran livré aux flammes pour payer le prix de l’abandon de l’Ukraine auquel Trump veut contraindre l’Europe et le monde.

Et, dans l’ombre, un nouvel axe en formation — non plus Est contre Ouest, mais une convergence de souverainismes durs, alignant Washington, Tel-Aviv et Moscou.
Une configuration déjà assumée, sans honte, par les droites radicales montantes sur plusieurs continents.

09/08/2035: cette version est, sans doute, à amender.

De la dissuasion à l’impunité : dérive nucléaire et désordre stratégique

Il faut remettre en cause un postulat trompeur : celui selon lequel un pays « doté », c’est-à-dire possédant l’arme nucléaire, jouirait d’une impunité absolue. Ce postulat, que viendrait étayer le cas ukrainien et par extension démonstrative tirée à vitesse hypersonique des sorts advenus aux tyran irakien ou lybien, repose moins, si on examine avec un peu de soin la situation du soutien à Kyiv, sur une vérité stratégique que sur la prudence naturelle des chefs d’État européens, soucieux d’éviter une escalade continentale et, surtout, d’épargner à leurs peuples le prix du sang, tant que cela leur est encore possible.

Depuis l’agression brutale de l’Ukraine par la Russie en février 2022, cette prudence a pris la forme d’un soutien militaire massif, mais indirect : fourniture d’armement, formation, soutien logistique, mais sans engagement direct des troupes de l’OTAN. Cette ligne rouge — que Moscou cherche à exploiter — reflète un équilibre fragile entre solidarité active et peur de l’engrenage.

Ce prix, les sociétés européennes ne sont plus prêtes à le consentir, protégées depuis plusieurs générations par les dividendes de la paix que leur a apportés le rêve européen — ce même rêve aujourd’hui vilipendé par les promoteurs d’un souverainisme dicté par Vladimir Poutine.

Répéter que l’OTAN ou les Européens s’abstiennent d’un engagement plus direct aux côtés de l’Ukraine par crainte d’une rétorsion nucléaire russe est devenu une hérésie télévisuelle, un réflexe commode pour meubler le vide stratégique de certains débats.

Or, l’arme nucléaire n’a en réalité que deux portées :

1. Une portée militaire : la dissuasion par l’annihilation mutuelle

Elle repose sur un principe d’équilibre : toute attaque nucléaire entraînerait une riposte équivalente, donc la destruction de l’agresseur. Son usage est unique, terminal, et c’est justement cette certitude qui la rend dissuasive. Elle n’est pas une arme de conquête, mais de non-emploi.

2. Une portée dialectique : la rhétorique de la peur

C’est ici que la Russie excelle. En floutant volontairement sa doctrine d’usage, notamment autour de la notion d’« atteinte existentielle », elle instille le doute, la peur, et fait glisser la dissuasion vers l’impunité. C’est le cœur de ce qu’on peut appeler une doctrine d’impunité existentielle : toute entrave à ses ambitions impériales est posée comme une menace vitale, donc potentiellement justiciable d’une réponse nucléaire.

Ce détournement de la logique nucléaire ne menace pas seulement l’Ukraine ou l’Europe. Il subvertit l’ordre international, sape le multilatéralisme, et encourage la prolifération, non seulement par les armes, mais par les doctrines.

Medvedev, le messager
de la dérive

Ce n’est pas un hasard si Dmitri Medvedev, ancien président russe et actuel vice-président du Conseil de sécurité de la Fédération de Russie, a publié, ce jour, 22 juin 2025, sur X, ce message :

> 2. The enrichment of nuclear material — and, now we can say it outright, the future production of nuclear weapons — will continue.
3. A number of countries are ready to directly supply Iran with their own nuclear warheads.

Familier des outrances, il est parfaitement aligné avec le sujet qu’il m’a semblé bon de soumettre, en parfait Candide, à analyse.

Car ce message ne protège pas l’Iran. Il prolonge la stratégie russe.
En affirmant la possibilité de livrer des têtes nucléaires à Téhéran, Medvedev multiplie les centres d’impunité, externalise la dissuasion et fait proliférer la doctrine d’anéantissement potentiel au profit des intérêts du Kremlin. C’est une forme de pollinisation stratégique, une dissémination de la menace.

Plus elle a d’adeptes, plus la Russie impérialiste et son systéme de prédation sont légitimés et essaimés.

Vous voyez le danger?

☢️L’Iran face à une tentation vénéneuse

L’offre de Medvedev est alléchante. Elle a tout l’air d’être une solidarité expresse. Elle est un couteau dans le dos. C’est, en effet, pour la République islamique d’Iran une tentation aussi séduisante que létale : celle de rejoindre le cercle vénéneux des puissances nucléaires.

Mais cette voie, si elle est prise, n’ajoutera aucune sécurité au peuple iranien. Au contraire, elle exposera ce dernier à l’isolement, à une intensification des tensions régionales, à des représailles à peine différées.
Et surtout, elle ne renforcera, en vérité, que la Russie, en propageant cette doctrine de l’impunité existentielle, dont il ne fait aucun doute qu’elle doit être tuée dans tous ses oeufs.

L’Iran va donc devoir, pour longtemps, assumer la légitimité du principe existentiel qu’il invoquera. Et dire de quoi elle émane. Car dans cette grammaire du monde, tout se paie — un jour ou l’autre.

C’est ce qui revient au régime de Téhéran pour sauver, beaucoup plus qu’une chimère, une nation réelle, faite de personnes honorables.

Telle est sa responsabilité à leur endroit.

La Chine ne met pas le bout
d’un seul de ses doigts
dans ce débat,
la Corée du nord ses deux mains;
Les autres puissances nucléaires : silences et distances

Fait remarquable : des puissances nucléaires comme l’Inde ou le Pakistan restent à distance stratégique de ce débat. Loin de cette rhétorique, elles n’entretiennent pas l’ambiguïté de doctrine. Leur posture est celle d’un équilibre régional contenu, malgré leurs tensions.

La Chine, impénétrable Empire du Milieu, se garde d’intervenir dans cette grammaire stratégique. Son silence n’est pas prudence : il est position, calcul, et souveraineté intacte.

En revanche, la Corée du Nord, elle, met tous ses doigts dans l’engrenage, assumant jusqu’à l’excès la dissuasion comme vecteur de chantage et de survie.

Kerbala doit être nulle part

Passer de « Kerbala is everywhere » à « Kerbala is nowhere » : déjouer l’instrumentalisation historique. Ne donnons pas à l’ayatollah Khamenei l’occasion de réaliser le coup parfait pour complaire aux calculs de Netanyahu, car lui aussi en fait un qui est loin d’être neutre.

Les tensions géopolitiques autour du dossier nucléaire iranien franchissent aujourd’hui un nouveau seuil critique, avec une radicalisation marquée de l’administration Trump, prête à engager directement les États-Unis aux côtés d’Israël face au régime des mollahs à Téhéran. Cette situation, déjà volatile, menace d’entraîner une escalade incontrôlable pouvant dépasser les frontières du Moyen-Orient.

En 2016, dans une réflexion stratégique intitulée « Vulnérabilité des démocraties à l’âge de la mondialisation », j’avais souligné comment une psyop conjointe orchestrée par la Russie de Poutine, utilisant la palette des nationalismes et des souverainismes en Europe, et l’Iran de Khamenei, instrumentalisaient idéologiquement la question palestinienne. Cette dernière était ainsi formatée pour nourrir diverses « révolutions » (anticapitalistes, altermondialistes, écologistes), cristallisant toutes les dimensions de l’injustice occidentale et des ressentiments anti-coloniaux comme levier stratégique. Pour l’avoir portée, je ne peux être suspect d’aucune sympathie envers ces régimes autoritaires et manipulateurs.

Dans cette crise, il est vraiment impératif de rappeler un élément central, souvent négligé dans les calculs géostratégiques occidentaux : la profondeur symbolique et émotionnelle du chiisme, structuré autour de la martyrologie et d’un ressentiment historique profondément enraciné face au sunnisme. Au cœur de cette sensibilité historique se trouve la bataille de Kerbala (680), où l’imam Hussein, petit-fils du prophète Mahomet, fut tué par les troupes sunnites du calife Yazid. Cet événement tragique constitue, depuis, le noyau spirituel et politique du chiisme, incarnant à la fois l’oppression, le martyr et la nécessité éternelle de la résistance face à l’injustice.

Or, les Etats terroristes
doivent mourir
de leur plus belle mort,
sans faire l’objet
d’un culte
ou d’une réminiscence
quelconques.

Le régime de la République Islamique d’Iran, depuis sa fondation en 1979, a constamment mobilisé cette mémoire collective, cultivant une conscience victimaire qui peut être activée stratégiquement en cas d’agression extérieure. L’Iran a certes récemment cherché une certaine normalisation diplomatique avec l’Arabie Saoudite sous l’égide de la Chine, mais cela ne doit pas faire oublier que, pendant des décennies, Téhéran proclamait avec force « Kerbala is everywhere », vouant le Royaume Saoudien à la damnation et plaçant le martyr au cœur de son identité politique et religieuse.

Pourtant, il est essentiel de passer d’une emprise dans l’inconscient collectif qui scande « Kerbala is everywhere » à un constat lucide : « Kerbala must be nowhere », révélant ainsi que l’évocation permanente de ce martyr est un instrument conscient et délibéré de manipulation historique par la Révolution Islamique d’Iran. Cette dernière, tout en se rapprochant opportunément de l’Arabie Saoudite, masque son jeu par une instrumentalisation habile du conflit israélo-palestinien, espérant ainsi coaliser la Oumma (communauté musulmane mondiale). Ne lui donnons pas l’occasion de réaliser le coup parfait pour complaire aux calculs de Netanyahu, dont la stratégie est loin d’être neutre et elle aussi porte des arrière-pensées dangereuses.
Tout le monde y perdrait.

Aujourd’hui, les déclarations agressives de Donald Trump évoquant explicitement la possibilité d’éliminer physiquement le guide suprême iranien Ali Khamenei, bien que tentantes sur le plan tactique, seraient catastrophiques à long terme. Car un acte aussi brutal ne ferait qu’incarner davantage Kerbala dans le présent. La mort violente du leader spirituel suprême iranien, loin de décourager ses soutiens, risquerait de le sanctifier comme martyr, galvanisant les forces chiites bien au-delà de l’Iran, et enracinant une haine plus profonde et plus durable contre l’Occident.

L’Iran pourrait sombrer dans une instabilité politique profonde, certes, mais son idéologie de résistance et de revanche historique se répandrait, telle une onde de choc, alimentant de nouvelles générations prêtes à prolonger un conflit sans fin. La Révolution Islamique d’Iran n’hésiterait pas, même au-delà des dégâts militaires et civils qu’elle pourrait subir ou faire subir à ses ennemis, à exploiter pleinement ce potentiel martyrisant qu’elle a minutieusement cultivé.
Or, les Etats terroristes nous doivent ce service de mourir de leur plus belle mort, sans faire l’objet d’un culte ou d’une réminiscence quelconques.

Les récentes mobilisations dans les universités occidentales, conjuguant des mouvements anticapitalistes, altermondialistes et écologistes, jusqu’à associer des figures telles que Greta Thunberg et Rima Hassan dans des happenings pro-Gaza, montrent comment l’Iran a réussi à infiltrer subtilement les imaginaires politiques et sociaux occidentaux dont l’agitation et la bordélisation ce qui ne passe pas par pertes et profits pour tout le monde puisque cela sert, au passage, les partis politiques alliés de Poutine, en leur mâchant leur rhétorique, dans la stratégie de faire éclater l’Union Européenne.

L’Occident doit donc mesurer soigneusement ses actions et ses mots. Si la neutralisation de la menace nucléaire iranienne est légitime, elle doit se faire par des stratégies plus intelligentes que le recours à la violence immédiate. Ne jouons pas inconsciemment le scénario écrit il y a plus de mille ans sur les sables de Kerbala.

Il est impératif, aujourd’hui plus que jamais, d’éviter que l’histoire du martyr ne se répète. Car une fois réveillé, le martyr ne meurt jamais. Il vit éternellement, alimentant un cycle sans fin de ressentiment et de vengeance.

Soyons vigilants. Kerbala pourrait bien résonner encore, aujourd’hui et demain, avec des conséquences incalculables pour notre monde déjà fragilisé.

#LeCID

La République sous dépression

Chronique d’une guerre métamorphe

L’extrême-droite parade aujourd’hui en France. Jamais elle n’a été aussi proche du pouvoir.

Pendant ce temps, la République se replie. Le peuple est pris dans une nasse invisible, tissée d’algorithmes, de récits toxiques, et de fausses évidences.

Le système d’information — jadis rempart — a livré les esprits aux démons : division, xénophobie, nationalisme. Ce ne sont pas des idées. Ce sont des vecteurs. Des agents. Des armes.

Je parle ici de guerre métamorphe.

Une guerre sans déclaration. Sans frontières visibles. Mais où les fractures communautaires, identitaires, religieuses sont instrumentalisées. Par des mains étrangères. Par des intérêts obscurs. Par des mécanismes bien rodés.

L’antisémitisme gangrène certaines couches. L’antisionisme devient un outil. Manipulés par des extrémismes — y compris ceux d’une droite radicale israélienne — et relayés par des influenceurs bien placés. Tout cela converge vers un seul but : jeter l’opprobre sur l’islam, le confondre avec le Hamas, étouffer l’humanité de Gaza.

Et dans cette confusion, certains affirment :

« L’islamophobie n’existe pas. »

Tout est mis dans le même sac. La parole est piégée. Le discernement, interdit.

Comme dans un système dépressionnaire, les couches chaudes de colère croisent les couches froides de ressentiment, et créent des tempêtes cognitives.

Mais ces tempêtes n’émergent pas du ciel. Elles sont provoquées. Par des drones à ailes de papillon. Des programmes invisibles, conçus pour flairer les humeurs de l’opinion et déclencher la tornade au bon moment.

Et la République ? Elle chancelle. Elle ne parle plus. Elle est noyée.


Michel Rocard nous avait mis en garde dans une formule devenue mantra :

« Il faut toujours préférer l’hypothèse de la bêtise à celle du complot. C’est moins dangereux et plus fréquent. »

Mais cette phrase, tant de fois répétée, peut devenir un sommeil de la raison, un mécanisme d’autocensure. Comme si la bêtise devait être éternellement présumée… même quand l’organisation, la récurrence, la pénétration des récits laissent entrevoir une logique. Une intention. Des moyens. Des relais.

Des agents étrangers tagguent une étoile de David sur une école juive. Ou une svastika sur une permanence. On dit : n’exagérons rien. On répète : n’allons pas imaginer…

Mais s’ils savent instrumentaliser un pôle, ne sauraient-ils pas en activer d’autres ?

Après le 11 septembre, un livre grotesque — L’Effroyable imposture — prétendait que les États-Unis s’étaient attaqués eux-mêmes. La thèse était absurde. Mais elle a connu un succès. Pourquoi ? Parce qu’elle a ouvert un gouffre.

Et si le vrai complot approchait toujours masqué par un faux ? Et si le grotesque servait de paravent ? Et si le tabou n’était pas un accident, mais un verrou stratégique ?


Il faut aussi reconnaître ceci : les démocraties, comme les États intègres en général, sont désarmés face à cette guerre. Y compris cognitivement.

Ils se méfient des raccourcis. Ils préfèrent le doute à l’intuition. Ils avancent à pas comptés, là où l’ennemi se faufile, joue, saute, mime, ment. Leur éthique les ralentit. Leur attachement à la vérité les rend vulnérables. Leur refus de penser l’impensable — par crainte d’y ressembler — les empêche souvent d’en percevoir les contours.

Alors ils ont toujours, à minima, un coup de retard.


L’impuissance de la République fait peine à voir.

L’auteur de la modeste réflexion stratégique « Vulnérabilité des démocraties au temps de la mondialisation », que je n’ai pas cessé de poursuivre, ne peut s’y résoudre.

Justice sous pression : le piège dialectique qui se referme sur la République

Avant toute chose, il est impératif de combattre cette affirmation initiale, présentée comme une évidence par certains à dessein : celle selon laquelle la justice, en France, serait « laxiste ». Ce prolégomène est faux. Acceptable, à la faveur d’un prisme médiatique et sous l’effet de manipulations délibérées, en termes de ressenti individuel ou collectif, il n’en reste pas moins factuellement infondé.

Or, poser une prémisse fausse à l’origine du débat, c’est piéger l’ensemble de la discussion qui en découle, et compromettre, dès l’origine, la possibilité même d’une réflexion démocratique authentique. Ce piège cognitif doit être identifié, combattu et déconstruit pour éviter que la République ne soit enfermée dans un faux dilemme où elle perdrait à tous les coups.

Dans la nuit du 31 mai au 1er juin 2025, le sacre du PSG a été éclipsé par une vague de violences urbaines. Près de 500 personnes ont été interpellées, traduites devant la justice. Les premières décisions, parfois assorties de sursis, ont été aussitôt qualifiées d’indulgentes. Immédiatement, un appel au « durcissement » s’est propagé comme une onde réflexe dans les rangs politiques et médiatiques. La machine s’est emballée.

La pression « sécuritaire » sur la justice atteint désormais un seuil critique. Un consensus émerge pour dénoncer une justice devenue « hors-sol », accusée de ne pas comprendre le peuple. Dans cet emballement émotionnel, c’est la République elle-même qui s’expose à un piège dialectique.

Marine Le Pen, pour l’extrême-droite, s’engouffre méthodiquement dans cette brèche :

« En octobre dernier, j’appelais le Gouvernement à mettre en place des peines planchers et la double peine… Aujourd’hui, s’ils ont changé d’avis, je propose que ces mesures soient soumises au vote. »

Ce retournement scénarisé fait passer l’idée que la République se serait réveillée trop tard, que ses gouvernements successifs l’ont rendue hors-sol et impuissante, et que l’extrême-droite aurait eu raison avant tout le monde. Le piège se referme : celui d’une démocratie qui se laisse dicter sa politique pénale par la peur, et ses choix constitutionnels par l’hystérisation du débat.

Hier, en réponse à ceux qui réclament « plus de sévérité » pour contenir l’extrême-droite, j’ai tenu à rappeler ceci :

« Si vous répétez à l’envi que la justice est laxiste — ce que recherchent précisément ceux qui manipulent les bandes et bombardent l’opinion alors vous nourrissez l’extrême-droite qui exploite ce phénomène comme pain béni.
La dialectique des événements, dans la centrifugeuse des médias, piège la République en donnant le sentiment qu’elle est impuissante.
Un effet de stress psychique s’empare du réel pour le soumettre à la peur.
Ce sentiment, il faut l’inoculer, l’amplifier, pour désarmer l’État de droit, dénaturer et terrasser la République.
C’est cela qui se passe.
C’est cela, l’enjeu réel. »

Je vois clairement un piège dialectique, silencieux mais redoutablement efficace, se refermer sur la République. Une manipulation cognitive – désolé, il n’y a que ce mot pour dire la nature du piège,n s’insinue, laissant croire que la solution serait dans un durcissement aveugle, au mépris même des fondements de l’État de droit.

Cela n’interroge donc personne, cette route qui semble s’ouvrir toute seule vers le pouvoir, sans effort, sans contradiction ? Si ce sont les idées qui gagnent, alors c’est bien la démocratie à l’œuvre. Mais si ce sont les nerfs qui cèdent, et les médias qui tracent la voie sous la pression, alors ce n’est plus le suffrage qui gouverne, mais le conditionnement.

Je l’affirme clairement : si cette ascension politique est le fruit d’une stratégie étrangère, d’un pourrissement méthodique du débat public, par la Russie, au profit de partis amis, alors c’est un acte de guerre contre la démocratie. Une guerre cognitive. Notre fragmentation partisane actuelle, si fière de ses nuances, nous rend pourtant totalement impuissants face à cette offensive.

On en est, aujourd’hui, à réclamer l’ouverture d’une commission d’enquête. Sénatoriale, je l’espère, ai-je répondu avec ironie, afin de ne surtout pas regarder au-delà de son nez. Une commission d’enquête pour se rassurer en restant enfermée dans le seul prisme sécuritaire. Mais pourquoi s’interdire, dans le contexte, d’autres perspectives, d’autres questionnements ?

Rappelons-nous précisément ce qui s’est produit lors de la finale de la Ligue des Champions en 2022, initialement prévue à Saint-Pétersbourg mais finalement déplacée à Paris en représailles au déclenchement de la guerre en Ukraine. Ce soir-là déjà, Paris avait subi un déferlement inexplicable de violence et de casseurs organisés, semant le chaos et laissant perplexes tous les observateurs attentifs.

Ce précédent doit impérativement nous interroger au-delà du seul prisme sécuritaire immédiat. Si nous prenons de la hauteur, si nous considérons froidement la logique stratégique et existentielle de Vladimir Poutine et de la Russie actuelle, nous devons nous demander clairement : à qui profite ce désordre méthodiquement répété ?

Les partis qui représentent la Nation, dans leurs chambres respectives (le Sénat et l’Assemblée Nationale), doivent se saisir lucidement de cet enjeu et sortir du confort intellectuel et partisan qui consiste à ne considérer que ce qui semble immédiatement évident ou utile électoralement. Ne tombons pas dans ce piège trop facile qui consiste à exploiter politiquement la peur et le désordre. Car il s’agit là, précisément, d’un cadeau offert sur un plateau à ceux qui bénéficient du spetaclme du chaos, dont je crains qu’il soit monté de toutes pièces, pour affaiblir durablement notre démocratie.

A cette aune, l’indépendance de la justice n’est pas une simple figure de style. Elle n’est pas négociable. Elle est la condition sine qua non de l’État de droit. Oui, certains jugements peuvent sembler discutables ; c’est la nature humaine. Mais l’institution judiciaire elle-même mérite respect et protection. Car la tentation du populisme pénal, avec son cortège de « peines planchers », de suppression du sursis, et même de propositions délirantes (réinventer Cayenne à Saint-Pierre-et-Miquelon), ne relève pas de la justice, mais de l’agitation et de la plus vaine des surenchère.

Il n’y a pas de République possible si le droit qui l’anime est soumis à la peur. La peur est mauvaise conseillère. Elle confond la foule avec le peuple, le sentiment avec le droit, la colère avec la légitimité.

Je constate que le doute s’empare désormais ouvertement de la Nation. Il transparaît dans les discours, dans les projets de modifications constitutionnelles, dans la facilité avec laquelle l’hystérie sécuritaire devient le cheval de Troie d’un démantèlement subtil de l’ordre républicain.

Mais la République ne doit pas céder à ce vertige.
Elle doit tenir bon. Tenir juste. Tenir debout.

État de l’Union : Du principe à la paralysie, de la paralysie à l’élan

Introduction : Une trouvaille sémantique devenue piège politique

L’opposition entre Approfondissement et Élargissement a longtemps été présentée comme un clivage fondateur de la construction européenne.

On en a fait une grammaire de la stratégie communautaire, un axe de discussion technique et institutionnelle.

En réalité, cette opposition repose sur une trouvaille sémantique qui a masqué un fait fondamental : l’élargissement n’a jamais été un principe libre ou concurrent, mais une variable subordonnée à l’approfondissement, selon les critères de convergence posés par l’Union elle-même.

Autrement dit : on ne devait élargir qu’à condition d’être capable d’intégrer. Ce n’était pas un dilemme, mais une logique. Une logique de gouvernabilité.

Le pivot : un principe biaisé, infiltré, détourné

Le vrai tournant politique n’a pas été d’élargir.

Il a été de biaiser le principe même de cette relation délicate entre extension et consolidation.

Le discours politique, en particulier à droite, a progressivement infiltré idéologiquement ce principe pour en faire un vecteur d’attentisme, puis de renoncement.

On n’évoquait plus l’approfondissement pour préparer l’élargissement.

On utilisait l’un pour bloquer l’autre.

On déplaçait le centre de gravité de la stratégie européenne : de la capacité à s’étendre sans se diluer, vers la peur d’être transformé par ce qu’on pourrait accueillir.

Dans cette inversion, les biais concurrentiels se sont engouffrés :

-Le « plombier polonais » comme menace sur le marché de l’emploi,

-Les agricultures de l’Est comme menace sur la PAC,

-L’immigration intra-européenne comme facteur d’insécurité ou de déracinement,

-La chrétienté comme dernier rempart identitaire.

On est passé d’un projet à une peur. D’un dessein à un doute. D’une politique à un repli.

L’effet géopolitique : servir ce que l’on croyait contenir

Ce renoncement stratégique n’a pas eu lieu dans le vide. Il a eu lieu dans un contexte où la Russie de Poutine, hostile à toute extension du modèle européen dans son voisinage, n’avait qu’une stratégie à suivre : le statu quo. Son soutien objectif aux partis nationalistes et souverainistes, partout, s’inscrivait dans cette stratégie des relais locaux.

En affaiblissant la dynamique européenne au nom de prétextes internes, les détracteurs de l’élargissement ont objectivement servi l’intérêt d’une Russie impériale, qui ne souhaitait rien de plus que de voir l’UE divisée, paralysée, incertaine d’elle-même.

Pendant qu’on polémiquait sur la directive Bolkestein, d’autres redessinaient les sphères d’influence en Ukraine, en Moldavie, dans les Balkans. Pendant qu’on arguait de la « fatigue de l’élargissement », l’histoire revenait avec fracas.

Ce que l’Histoire attend de l’Europe maintenant: qu’elle réponde présent

On ne peut rien modifier au passé. Mais on peut l’éclairer de lucide manière, et cesser d’en faire une fatalité.

Il n’est plus temps de débattre indéfiniment du bon tempo entre élargir et approfondir. Il est temps de se demander si l’Europe veut encore être un sujet géopolitique, ou seulement un objet de rapports de force internes et d’impuissance externe.

Une Europe digne de ses peuples n’est pas celle qui calcule à l’infini les risques de bouger, mais celle qui assume, par la raison, la nécessité d’avancer.

Conclusion

Cette Europe ne pourra survivre — ni rayonner — qu’en créant les moyens de sa propre défense. Et la défense, qu’elle soit militaire, économique, énergétique ou démocratique, ne naît jamais de la tergiversation.

Elle naît de l’élan, de la clarté du dessein, et surtout de l’envie de faire bloc ensemble — non par réflexe identitaire, mais par ambition collective.

Faire bloc, non pour se replier, mais pour exister.
Non contre le monde, mais pour peser dans son destin.

C’est à cette condition que l’Europe cessera d’être un projet suspendu, pour devenir un projet pleinement assumé, pleinement partagé, pleinement souverain.