Rebâtir l’ère de la confiance publique

Au-delà des compulsions idéologiques dans lesquelles de grands pouvoirs veulent nous entraîner, une grande réflexion doit s’ouvrir. Il s’agit, avant de ne plus être en mesure de le faire, de nous rappeler qui nous sommes, qui sont les autres. Et de mettre en échec la guerre cognitive qui est à l’œuvre. La prochaine souveraineté à reconquérir est celle du libre arbitre. C’est vital.

Les limites du principe de la liberté d’expression brandie comme étendard d’une drôle de guerre par des groupes médiatiques, par des puissances financières érigées en industries de subversion idéologiques ainsi que par le substrat politicien, c’est que le principe qui est supposé animer la vertu du débat et de la conversation démocratique alimente des strates plus profondes de la conscience publique, un niveau d’exécution inédit qui inscrit désormais la « liberté d’expression » en arme tactique au service de la guerre cognitive.

Cela est bien plus grave que la guerre psychologique, menée, de tous temps, par des « psycho-ops » pour atteindre le moral des populations. Le stade archaïque fait place à un stade éminemment technologique.

Ce que ces ennemis veulent atteindre et altérer, là et aujourd’hui, c’est un niveau plus fondamental à l’exercice de la souveraineté. L’ère des réseaux sociaux virtuels et de l’IA, si nous n’y prenons pas garde, est l’avènement de cette société.

Regardons ce qui est en train de nous arriver.

La société contemporaine exige un principe de précaution poussé à l’extrême dans le domaine matériel, tout en tolérant une pollution cognitive généralisée.

Qu’il s’agisse des microtraces chimiques, des dépendances de l’industrie lourde aux terres rares, des débats sanitaires ou de la souveraineté énergétique – domaine où la France disposait pourtant d’un modèle d’excellence historique avec le nucléaire -, le corps social développe un réflexe d’hypervigilance. Il traque l’infinitésimal, exige le risque zéro et en vient, par un réflexe d’autodéfense poussé jusqu’à l’absurde, à paralyser ses propres outils de puissance et à dissoudre le consentement collectif.

Il installe en système immunitaire un système d’auto mise en péril.

Pendant que la population se barricade contre la moindre particule physique ou la moindre infrastructure industrielle, les portes restent grand ouvertes aux agents de déstabilisation intellectuelle.

La liberté d’expression est le milieu de la virulence. Elle est utilisée pour faire naître des démons alors que ce droit est élevé à l’origine pour nourrir la vertu de la conversation démocratique.

Il est désormais dévoyé pour servir d’arme tactique dans le cadre d’une guerre cognitive globale. Il corrode les institutions comme le plus puissant des acides; il annihile la capacité de gouvernance comme le plus puissant des neurotoxiques.

La mécanique repose sur un piège attentionnel: le spectacle ostentatoire de la provocation, du clash et du bruit médiatique constitue la partie émergée de l’iceberg.

Sa fonction est de capter le temps de cerveau et de saturer l’espace public par l’hyperpolarisation.

Pendant que le débat s’épuise sur cette scène de théâtre, la partie immergée opère sans obstacle : elle altère progressivement la sensibilité de l’esprit public, dérègle l’entendement général et instille une décohésion profonde.

Ceux qui orchestrent ce reformatage savent très bien ce qu’ils font. Ils exigent ensuite, au nom d’une liberté d’expression sacralisée à leur seul profit, le droit absolu et incontestable de produire ces effets toxiques sur l’opinion qui ne sait se délivrer de cette addiction et penser le réel, se positionner par rapport à lui, en dehors du tumulte d’images et des puissantes fictions que cela installe.

Face à une guerre cognitive, la censure classique est un piège, mais la liberté d’expression est un piège aussi. Tout concours à noyer et sur-noyer le poisson.

Nous sommes le poisson qui s’asphyxie dans l’ère du soupçon, de mensonge, de la post-vérité. Ses branchies n’ont pas évolué, au cours de milliers d’années, pour extraire l’oxygène nécessaire à son métabolisme dans un milieu d’une telle toxicité.

La seule parade consiste à fortifier et sanctuariser le libre arbitre au sein du Peuple. C’est le Saint des Saints des démocraties, de toute les démocraties quels que soient le mode de gouvernance politique qui est le leur.

Pour contrer l’engourdissement et l’ingénierie du doute, il est impératif de bâtir une immunité cognitive collective — une pensée de défense ancrée dans la souveraineté du jugement, capable de discerner la recherche légitime de la vérité des opérations d’empoisonnement mental.

C’est cette discipline, forgée dans des outils de confiance inaltérable, écartés des courants démagogues, des bouffées d’exaltations qui nourrissent le mouvement des foules, qu’il faut que nous forgions et assemblions. L’égotisme, c’est-à-dire le repli sur soi, est peut-être une réaction instinctive – la seule disponible dans le marché des passions politiques – pour se préserver de ce phénomène.

Nous n’avons jamais été confrontés à pareils dévoiements.

Nous n’avons jamais été soumis à pareille épreuve.

Mais nous n’avons d’autres choix, si nous ne voulons pas laisser la postérité prisonnière de ces nouvelles servitudes qui prennent possession de chaque parcelle de notre libre-arbitre, que de trouver le moyen de construire les fondations d’une confiance renouvelée, portée par des piliers plus solides que ceux dont on voit qu’ils n’avaient pas été conçus pour résister aux nouvelles menaces.

C’est de notre responsabilité.

Communication du 05/08/2026

Le tableau qui se dresse, ces dernières heures, de la situation internationale, n’est pas très favorable.

Pourtant, les déboires qu’a rencontré le président de la FIFA montrent que l’argent et le pouvoir ne sont pas omnipotents.

Après un mondial terni par des soupçons d’affairisme et de favoritisme, son projet d’en ouvrir le capital à des acteurs peu scrupuleux, a échoué.

L’argent et le pouvoir ne sont omnipotents ni dans le football, ni dans les affaires publiques qui nous intéressent tous et nous lient bien plus que nous le donnent à penser l’étrange indolence des temps au milieu du crépitement des flammes qui caractérisent ce singulier été 2026.

Ce qui se joue, aujourd’hui, de manière très éclatée géographiquement et distribuée selon un agenda difficile à contenir, obéit à une structure évidente qui déterminera l’accès à l’énergie.

Son emprise est telle qu’elle suggère une force herculéenne pour se libérer des forces qui veulent faire entrer les Peuples dans la gueule du loup.

Le Peuple. Le Peuple divisé et vendu à la découpe ? Le Peuple chéri et sacré est-il capable d’une force herculéenne ?

Nous changeons d’ère. Ce que l’on voit se glisser, désormais, c’est une inversion catastrophique.

C’est le résultat et l’achèvement d’une polarisation monstrueuse qui a commencée par des enjeux et des notions prosaïques pour subvertir le sens même du Politique.

Et la Politique est en train de devenir, à la faveur d’intérêts cruels, la continuation de la guerre sous une autre forme et par d’autres moyens.

Et non l’inverse.

Le monde est le théâtre de cette mutation.

D’immenses courants démagogiques et populistes drainent les limons qui redessinent la géopolitique mondiale, tandis que des rivières de profits creusent le lit de ce que ces pouvoirs entendent être le monde de demain, la servitude du Peuple de demain.

Rien n’est perdu, pourtant.

Ces immenses forces ont misé sur les hydrocarbures. La corruption mène son jeu en accaparant et trafiquant le contrôle et l’accès au pétrole et au gaz, qui sont pourtant des ressources abondantes. C’est ici que se font les culbutes financières et les profits instantanés.

Pourtant, en observant les tensions sur les terres dites « rares », lesquelles ne sont rares que parce que des mouvements « écologiques » nous ont condamné à dépendre de la Chine, les tensions entre la Chine et les USA apparaissent comme un miroir inversé.

Ce miroir montre des réalités objective. Il montre l’ironie de l’histoire, aussi. La Chine a bâti son pouvoir d’aujourd’hui et de demain sur des industries que nous avons trouvé répugnantes. Nous avons perdu quinze ans de savoir-faire.

Les terres dites « rares » ne regardent plus le monde de la pétrochimie. Les extraire et les raffiner en font des actifs vitaux.

Elles sont essentielles au développement de l’économie de demain, qu’il s’agisse d’électronique, de production électrique, tout ce qui alimente l’innovation dans un monde qui a besoin d’innovation.

Les terres dites « rares », au nombre de 17, concentrent les enjeux du futur, au-delà même de la rivalité sino-américaine.

Il y a un bras de fer entre les USA et la Chine. Il n’est pas interdit de penser, si on met tout à bout, que les Etats-Unis puisent la force qu’ils font peser sur la Chine, dans le détroit d’Ormuz.

La restructuration de Big Oil et la stratégie de découplage ne sont pas seulement des outils de politique intérieure américaine, mais le sous-bassement d’un affrontement titanesque avec un Empire du Milieu qui a déjà préempté la matière du futur.

Dans ce cyclone artificiel conçu pour la faire plier, la Chine tient. La République Islamique d’Iran tient.

Et chaque jour de tension nous rapproche du big bang de résolution. Selon ce qu’il fera, l’empire du Milieu, qu’un amas de « think tanks » tentent de discréditer et de réduire au péril communiste, peut mériter et justifier son nom devant l’histoire.

Il ne s’agit plus de savoir qui, de la Chine ou des USA, va dominer le monde. Il s’agit de savoir quels principes, derrière les effets rhétoriques, détermineront la gouvernance globale pour assurer au Grand Peuple Humain le plus juste aplomb.

Dans ce contexte, l’Europe porte une couronne et délivre une puissance monétaire. Elle est un espace géopolitique d’ouverture, donc d’avenir. C’est lui qui les hyènes harcèlent.

2023-2025: les majors pétrolières américaines en ordre de bataille

La vague d’opérations exécutée entre 2023 et 2025 ne constitue pas une simple phase de consolidation routinière. Par son échelle financière, sa structure bilancielle et sa logique industrielle, elle représente la recomposition la plus brutale et ciblée du secteur énergétique américain depuis les grandes fusions de la fin des années 1990. La structure finit toujours par parler.

J’ai déposé, hier, un nouvel article analysant ce que, depuis des mois, je pense être ce vers quoi se dirige le 45/47e président des Etats-Unis, à savoir une déconnexion du marché domestique cajolé, à l’approche des midterms de novembre, dans le sens du « America First ». Il m’a semblé utile et nécessaire d’analyser plus profondément les conditions qui permettraient un choc protectionniste tel que je le vois se préparer.

Donald Trump a laissé monter les tensions sur le gallon, intentionnellement, avec l’intention de provoquer un retournement de la situation à son seul avantage. Mais, pour réaliser de telles opérations dans une dynamique qui n’handicape pas le secteur pétrolier américain et lui donne, au contraire, des ailes, des conditions préalables doivent être remplis.

La période 2023-2025 apporte un contexte particulièrement troublant. Cette période précède celle qui a vu Trump décomplexer ses « visées » sur le Venezuela, le Canada, le Groenland, aboutissant le 22 février 2026, à l’attaque conjointe de l’Iran.

En l’espace de 18 mois (fin 2023 à mi-2025), le secteur américain de l’amont pétrolier (upstream) a vu plus de 250 milliards de dollars de transactions « Fusions & Acquisitions » s’accumuler.

Pour l’exercice 2023–2024 seul : Les transactions dans l’amont américain ont dépassé les plus hauts historiques du boom du schiste.

Pendant la décennie 2010–2020, le pétrole de schiste était contrôlé par des centaines d’opérateurs indépendants (wildcatters). Ces acteurs creusaient à crédit, augmentaient les volumes sans se soucier des marges et créaient un désordre logistique récurrent qui écrasait les cours.

La vague 2023–2025 achève le verrouillage oligopolistique du bassin du Permien (Texas/Nouveau-Mexique) :

  • Avant 2023 : Un marché hautement fragmenté, imprévisible et impossible à piloter politiquement.
  • Après 2025 : Plus de 50 % de la production du Permien (le cœur battant du brut léger américain) est concentrée entre les mains de 3 ou 4 acteurs majeurs (ExxonMobil, Chevron, ConocoPhillips, Diamondback).

C’est décisif pour le découplage car aucune administration ne pourrait imposer une discipline de marché ni négocier une allocation préférentielle avec 200 producteurs indépendants aux abois. On peut en revanche exercer une pression réglementaire ou fiscale ciblée sur un cartel de 4 supermajors.

Cela s’apparente à une action concertée sur les éléments de la chaine de valeur, la gestion de réserves. En absorbant Pioneer, Endeavor et CrownRock, les géants ont verrouillé 15 à 20 ans de forage à très faible coût de revient. Elles ont ainsi sécurisé la rentabilité du WTI, même en cas d’écrasement artificiel des cours intérieurs, même en cas d’envol des cours extérieurs.

La déconnexion du marché domestique, sanctuarisé par le WTI (West Texas Intermediate) du marché global dont le pouls est pris par le fameux cours du Brent, est, de ce point de vue, prévisible mécaniquement. Les forces, l’organisation du marché et la logique d’ensemble conduisent à cela.

Donald Trump, qui parle exactement la même langue que Poutine, ferait ainsi d’une pierre trois coups:

  • un coup électoraliste: comblant sa majorité au moment d’affronter les urnes,
  • un coup économique: permettant, lui qui en est si friand, aux majors américaines de crouler sous le cashflow
  • un coup géopolitique: il se libèrerait du poids de la pression de sa propre opinion publique pour continuer à sceller toujours plus le destin de l’Amérique dans la viscosité manipulable de l’or noir.

Le WTI ne serait plus dès lors un bouclier. Il doit être perçu comme un vecteur d’attaque.

Mais, pour permettre aux compagnies américaines de découpler le marché domestique du marché global, il faut des infrastructures dédiées, parfaitement dimensionnées pour répondre au marché que l’on veut voir muter. Il faut notamment un réseau de ports francs, de bases Offshores, desquels le gaz ou le pétrole destiné au marché global pourrait être exporté car il n’est pas possible de maintenir deux régimes de prix étanches sans une étanchéité physique et douanière.

Pour que Big Oil puisse vendre son pétrole au cours mondial (Brent) tout en évitant que le marché intérieur américain (WTI) soit lui-même sous pression politique, il faut éviter à tout prix que les deux flux ne se mélangent dans les mêmes cuves.

Les compagnies américaines ne partent pas de zéro: cette infrastructure de déconnexion existait déjà et repose sur trois piliers logistiques et juridiques clés.

1. Les FPSO : les « ports francs » flottants du large

Sur les gisements internationaux ultra-rentables (comme le bloc Stabroek au Guyana opéré par ExxonMobil et Chevron, ou les concessions offshore vénézuéliennes), le pétrole ne touche jamais le sol américain ni son réseau de pipelines.

  • La mécanique : L’extraction se fait directement en mer vers des FPSO (Floating Production Storage and Offloading), d’immenses usines-navires ancrées dans les eaux internationales ou les ZEE étrangères.
  • L’exportation directe : Des superpétroliers (VLCC) viennent s’y amarrer directement en mer, chargent le brut et mettent le cap vers l’Asie ou l’Europe au prix fort (Brent), sans que la moindre goutte de ce pétrole n’entre dans l’espace douanier américain.

2. Les terminaux offshore et les Foreign Trade Zones (FTZ)

Sur le territoire américain même, l’isolation du pétrole destiné à l’exportation repose sur des enclaves juridiques et physiques :

  • Les terminaux deepwater au large (ex. LOOP – Louisiana Offshore Oil Port) : Situés à plusieurs dizaines de kilomètres des côtes dans le Golfe du Mexique, ces terminaux en eau profonde permettent de charger des géants des mers sans faire passer le pétrole par les nœuds logistiques continentaux.
  • Les Foreign Trade Zones (FTZ) : Ce sont des zones franches douanières installées le long de la côte du Golfe (Texas, Louisiane). Le pétrole qui y entre ou qui y est raffiné pour l’exportation est juridiquement considéré comme n’ayant jamais pénétré le territoire douanier américain. Il échappe ainsi aux réglementations de marché intérieur, aux allocations d’urgence et aux taxes domestiques.

3. La double tuyauterie du raffinage américain

Le marché intérieur américain repose sur le pétrole de schiste léger (light sweet) acheminé par pipelines continentaux vers le centre de stockage de Cushing (Oklahoma).

Pour maintenir la déconnexion:

  • Les raffineries du Golfe du Mexique sont organisées pour traiter le brut lourd (importé ou capté en offshore) pour le marché intérieur,
  • Tandis que les pipelines d’exportation contournent le réseau de distribution national pour injecter directement le surplus de schiste vers les terminaux maritimes d’exportation.

Ce système existait déjà. Les compagnies n’ont pas eu besoin de rebâtir une infrastructure : l’offshore mondial et les zones franches côtières constituent déjà ce réseau de « ports francs ». C’est ce réseau étanche qui permet d’encaisser la rente du baril mondialisé tout en protégeant artificiellement le réseau de stations-services américaines.

Mais là où se posent des questions, c’est qu’au moment où TotalEnergies, ou même Aranco, le géant saoudien, ont entrepris une politique de diversification vers le renouvable et la perspective du nucléaire civil, les compagnies américaines se sont délestées de leurs actifs.

Pour qu’un tel système fonctionne à l’échelle d’un État et de majors multinationales, deux conditions opérationnelles doivent être remplies :

  1. En amont (Upstream) : Séparer physiquement les gisements d’extraction (le schiste américain à bas coût d’un côté, l’offshore à haute marge de l’autre).
  2. En aval (Downstream & Logistique) : Construire une tuyauterie d’exportation étanche au sol américain pour expédier le surplus brut directement sur le marché mondial sans repasser par le circuit domestique.

Ce qui est remarquable, et contreintuitif à la logique économique, c’est que ce réseau de découplage a fait l’objet, au cours de la période 2023/2025, de la plus grande vague de restructuration capitalistique et industrielle du secteur énergétique américain depuis vingt ans. Il a mis ses œufs dans un même et seul panier quand d’autres les plaçaient dans plusieurs.

Fait-on cela sans savoir ce qui va se passer, sans avoir des « tuyaux » au milieu des pipelines?

Les deux opérations géantes des supermajors américaines se sont alignées sur cette stratégie bicipitale. Elles ont gonflé deux muscles:

  • ExxonMobil -> Pioneer Natural Resources (~60 milliards $) :En absorbant le premier producteur indépendant du bassin du Permien, ExxonMobil a pris le contrôle direct d’un gisement géant de pétrole de schiste continental.
    • Rôle dans le découplage : Verrouiller le coût d’extraction du WTI à un niveau ultra-compétitif pour garantir l’approvisionnement du marché intérieur et fournir la matière première à bas prix aux raffineries américaines.
  • Chevron -> Hess (~53 milliards $) :L’enjeu central de ce rachat résidait dans la prise de contrôle des 30 % détenus par Hess dans le bloc Stabroek au Guyana, l’un des gisements offshore les plus profitables de la planète.
    • Rôle dans le découplage : Capturer du pétrole produit en mer profonde qui ne franchit jamais les douanes américaines et est vendu directement aux cours mondiaux (Brent) via des navires d’exportation.

Là où « bicéphale » relève de la politique ou du gouvernement (deux têtes qui pensent ou décident), « bicipital » réintroduit la mécanique des forces: deux chefs musculaires, deux points d’ancrage sous tension qui tirent sur la même charpente pour produire un levier.

Dans le cas de TotalEnergies, il ne s’agit pas juste d’une gouvernance à deux têtes, mais d’un effort mécanique de traction entre deux vecteurs antagonistes :

  • Le tendon des hydrocarbures (qui génère le cash immédiat).
  • Le tendon de l’électrification (qui prépare la structure de long terme).

Big Oil américain n’a pas seulement tranché une ligne politique : il a sectionné le deuxième tendon pour concentrer toute sa force de frappe sur un seul axe d’effort.

Cela ressemble à des manœuvres capitalistiques et des choix stratégiques. Ils pourraient être légitimes au pays de la libre entreprise reine. Cela cesserait d’être légitime, par contre, si ce grandes opérations acquisition/développement avaient obéi, dès l’origine et en amont, à une logique consistant à anticiper le choc que la guerre en Iran était condamné à propager sur le marché global, en termes de pénurie, en termes de dépendances, au reste du monde.

La souveraineté américaine serait passée sous l’emprise directe de ces logiques. La matrice impose des choix de plus en plus durs, dirige le système vers la confrontation avec les acteurs externes.

L’exemple le plus pur et peut-être éloquent de cette infrastructure de déconnexion existe déjà dans le Gaz Naturel Liquéfié (GNL). Des acteurs comme Venture Global (avec l’extension géante de Plaquemines LNG), Cheniere, ou Golden Pass LNG (joint-venture ExxonMobil/QatarEnergy) ont investi des dizaines de milliards de dollars le long du Golfe du Mexique, que Donald Trump, quelques mois avant le déclenchement de la guerre en Iran, a rebaptisé Golfe de l’Amérique.

C’est le véritable point aveugle de la rhétorique sécuritaire: la dépendance énergétique absolue des États-Unis envers le Mexique pour leurs exportations vers l’Asie.

Pendant que le débat politique se focalise sur les crises frontalières, les fermetures de postes de tir et les menaces de tarifs douaniers punitifs, les géants de l’énergie et la Maison-Blanche orchestrent en coulisses un pacte pragmatique et transactionnel.

Le terminal de liquéfaction n’est pas seulement un outil industriel : c’est une frontière tarifaire qui transforme une ressource captive bon marché en rente internationale géopolitique.

Pour exporter le gaz du Permien (Texas/Nouveau-Mexique) vers la Chine, le Japon ou l’Inde, les navires méthaniers américains doivent traditionnellement franchir le canal de Panama – une voie engorgée, soumise aux sécheresses récurrentes et aux péages prohibitifs.

La solution industrielle a consisté à transformer le nord du Mexique en pont terrestre et maritime de rechargement :

  • Les mégaprojets de la côte Pacifique : Des projets colossaux comme Energía Costa Azul (ECA LNG) de Sempra en Basse-Californie ou Saguaro Energía de Mexico Pacific Limited dans le Sonora visent à capter le gaz américain par gazoducs transfrontaliers pour le liquéfier directement sur la côte ouest mexicaine.
  • L’avantage géographique : Cela réduit de plus de 10 jours le temps de traversée vers l’Asie et évite le goulot d’étranglement de Panama.

Sur le brut, la logistique s’est adaptée pour éviter les goulets d’étranglement continentaux:

  • Les terminaux offshore pour VLCC (ex: SPOT, LOOP expansion) : Pour exporter le brut à très grand débit sans engorger les ports continentaux, les majors et les midstreamers (Enterprise Products, Enbridge) ont développé des infrastructures d’ancrage en eau profonde à plusieurs dizaines de kilomètres au large des côtes du Texas et de Louisiane. Ces bouées d’amarrage permettent de charger des Very Large Crude Carriers (VLCC) de 2 millions de barils en quelques heures.
  • Le statut de Foreign Trade Zone (FTZ) : Ces installations logistiques sont juridiquement considérées comme des zones douanières hors-sol. Le pétrole qui y transite pour l’exportation n’est comptabilisé ni dans l’offre commerciale intérieure américaine, ni soumis aux contraintes de régulation des marchés locaux.

Dans ces conditions, la posture trumpienne sur l’immigration sert de spectacle populiste pour la scène intérieure, et de levier de pression sur le gouvernement de Claudia Sheinbaum, issu du parti Mouvement de Regénération Nationale. Il existe, enfin, une vulnérabilité opérationnelle majeure sur ce réseau: les gazoducs américains devant alimenter ces terminaux doivent traverser des zones du nord du Mexique (Sonora, Sinaloa) où la présence des cartels est forte.

Ce que les commentateurs décrivent comme un accès de fièvre populiste – Donald Trump fustigeant la « cupidité » des majors pétrolières tout en érigeant des barrières sécuritaires à la frontière mexicaine -n’est en réalité que la manifestation de surface d’une recomposition industrielle mûrie entre 2023 et 2025.

Le bras de fer engagé à la veille des midterms de novembre 2026 repose sur un triptyque d’une cohérence cynique :

  1. L’urgence électorale des midterms comme détonateur : Pour neutraliser le choc inflationniste d’une crise au Moyen-Orient, la Maison-Blanche n’a pas cherché à stabiliser le cours mondial du baril. Elle a entrepris d’extraire le marché américain du marché global. Le chantage judiciaire et les menaces de réquisitions contre ExxonMobil et Chevron ne visent pas à détruire Big Oil, mais à la contraindre d’accorder une subvention patriotique sur le WTI domestique.
  2. Le verrouillage industriel de Big Oil : Si cette manœuvre est techniquement possible, c’est parce que les majors américaines s’y sont préparées. En abandonnant la quête des renouvelables -refusant d’éparpiller leur capital dans un modèle bicipital à la européenne -, elles ont concentré leurs forces sur la maîtrise de l’amont continental (le schiste du Permien) et l’assise d’un réseau offshore hermétique (le brut du Guyana et les zones franches maritimes). Big Oil s’est taillé un outil parfait : approvisionner l’Amérique à bas coût sous la contrainte politique, tout en expédiant ses rentes mondiales au prix du Brent.
  3. Le Mexique comme nœud logistique et monnaie d’échange : Derrière le spectacle de la crise migratoire, le Mexique s’impose comme la soupape de sécurité indispensable de ce dispositif. En acceptant d’abriter les terminaux de liquéfaction du gaz texan sur sa côte Pacifique pour livrer l’Asie en contournant le canal de Panama, Mexico a monnayé son rôle infrastructurel contre une sanctuarisation de l’accord commercial nord-américain. Le théâtre frontalier masque un pacte fondamentalement transactionnel au sein duquel les Cartels sont susceptibles de tirer plusieurs épingles.

En transformant le dossier du narcotrafic d’un problème de sécurité publique en une question de sécurité nationale et de terrorisme, Washington s’est donné et conserve ainsi un moyen de pression juridique, militaire et politique permanent sur Mexico.

Dans l’architecture globale que nous analysons, la menace des cartels ne sert pas seulement la communication électorale de la Maison-Blanche ; elle est instrumentalisée pour contraindre le gouvernement de Claudia Sheinbaum sur tous les tableaux.

La tentation de maintenir une « pièce climatisée » américaine au milieu d’un marché mondial en flammes est un exercice de physique politique d’une extrême fragilité, mais si en contrôlant les cordes du narratif, en dirigeant les arcanes des marchés, en détenant les clés opérationnelles, et, surtout, en organisant la dépendance globale pour priver les autres acteurs du Big Game de latitudes d’action, Trump peut y parvenir.

Les midterms et la carte de la déconnexion du pétrole américain

Pour résoudre les effets que tout le monde annonce comme dévastateurs pour son camp aux élections de mi-mandat, Donald Trump prépare sans doute la déconnexion plus ou moins forcée du marché américain du marché global. Sa sortie contre les superprofits des majors en est le prélude.

En s’en prenant publiquement, aujourd’hui, 03/08/2026, aux géants pétroliers ExxonMobil et Chevron, en ciblant nommément leurs dirigeants et en les sommant de restituer au public américain leurs bénéfices insolents, Donald Trump a opéré un braquage politique d’une efficacité redoutable à l’approche des midterms et confirme un scénario que j’avais prédit.

Alors que les analystes prédisaient l’enchaînement fatal (crise au Moyen-Orient-> envolée du brut -> explosion du prix du gallon -> défaite électorale du pouvoir en place), la Maison-Blanche a retourné le pistolet contre ses propres alliés industriels. L’accusation de « cupidité » et la menace d’enquêtes du Département de la Justice pour prix abusifs (price gouging) ne sont pas des dérapages : elles constituent la couverture cognitive parfaite pour désigner le bouc émissaire du pouvoir d’achat intérieur.

Cette offensive révèle la nature profonde du pacte scellé avec Big Oil. L’administration américaine a fait sa part du travail à l’international :

  • Elle a rouvert l’accès aux plus grandes réserves du monde en reprenant en main le sous-sol vénézuélien.
  • Elle a sécurisé l’emprise sur le brut ultra-compétitif du Guyana.
  • Elle a éliminé la concurrence iranienne sur les marchés asiatiques.

Mais ce soutien diplomatique et militaire avait vraisemblablement une clause tacite: les superprofits engrangés à l’étranger ne doivent pas venir asphyxier l’automobiliste du Midwest.

L’objectif stratégique de Trump est de forcer une déconnexion étanche entre le marché mondial et le bassin de consommation américain. En clair: laisser Big Oil s’enrichir sur les marchés mondiaux sous tension, mais exiger d’elle qu’elle subventionne sur ses propres marges le prix du plein d’essence sur le sol national.

C’est le pari de maintenir une pièce climatisée au milieu d’une maison en feu, tout en attribuant la responsabilité de l’incendie extérieur à la République Islamique d’Iran.

Mais la cerise sur le gâteau, c’est la déconnexion du marché domestique du marché global, au-delà de l’admonestation des compagnies accusées de se sucrer sur le dos de l’Amérique, ce serait le retour en fanfare du « America First », selon une vieille tradition qu’il est bon de rappeler.

Car cette manœuvre ne viole pas la tradition américaine: elle la réactive. Les États-Unis n’ont jamais hésité à suspendre le dogme du libre marché lorsque leur sécurité nationale ou électorale l’exigeait:

  • L’embargo d’exportation de 1975 (EPCA) : Pendant 40 ans, le brut américain est resté captif du territoire national pour maintenir des prix bas à l’intérieur.
  • Le contrôle des prix de Nixon (1971) : À un an de sa réélection, Richard Nixon gèle les prix du pétrole domestique pour étouffer l’inflation et neutraliser ses opposants.

Aujourd’hui, sans même passer par un vote complexe au Congrès — qui servirait au pire de piège électoral contre l’opposition —, la présidence dispose d’un arsenal d’urgence redoutable: restrictions sur les licences d’exportation de produits raffinés, menaces de révision des concessions sur les terres fédérales et pressions judiciaires directes.

S’opposer rhétoriquement aux majors est un spectacle politique dont il doit goûter, lui qui leur a offert l’or noir du Venezuela et du Guyana sur un plateau d’argent, toute l’ironie. Mais s’offrir le plaisir de leur tordre le bras par des décrets aurait un éclat inestimable.

Par ce coup de Jarnac, l’opposition politique serait enfermée dans une contradiction intenable. Les démocrates seraient pris à leur propre piège:

  1. S’ils dénoncent les pressions présidentielles sur les pétroliers, ils se retrouvent à défendre les bénéfices record des multinationales contre le portefeuille des classes moyennes.
  2. Sils attaquent l’escalade géopolitique, le pouvoir renvoie la responsabilité de la crise sur la menace iranienne tout en se posant en unique bouclier économique des Américains.

C’est le cœur du « America First »: réinscrire l’énergie non pas comme une marchandise financière globale régie par l’offre et la demande mondiale, mais comme une ressource souveraine captive avec un lieu de pression au Moyen-Orient, et un seul lieu de détente sur le marché américain.

En combinant décrets d’urgence à l’exécutif et pression théâtrale sur le Congrès, le pouvoir central parviendrait alors à maintenir la « pièce climatisée » le temps d’une élection, tout en rejetant l’entière responsabilité du désordre extérieur sur les rivaux étrangers et les intermédiaires financiers. La République Islamique d’Iran endosserait le rôle de méchant dans l’histoire, tellement inaccessible à la négociation qu’elle oblige l’Amérique à protéger ses citoyens.

De toute évidence, Trump a toujours eu cette idée derrière la tête. Il savait que l’Iran allait se servir du détroit d’Ormuz et ne pouvait pas en ignorer les effets sur le marché domestique. Aujourd’hui, il se dirige vers la porte de sortie électoraliste qu’il s’est préparé et n’a, sans doute, jamais perdu de vue.

Pour l’échéance de 2026, le scrutin aura lieu le mardi 3 novembre 2026.

Cela place l’offensive de Trump dans un calendrier d’une urgence absolue: il ne reste que trois mois pour faire plier Big Oil, forcer la baisse des prix à la pompe et fixer ce narratif populiste dans l’esprit des électeurs avant qu’ils ne se rendent aux urnes.

C’est une fenêtre de tir très courte où l’effet psychologique sur le portefeuille doit être immédiat pour neutraliser l’argument de l’inflation porté par l’opposition.

Le précédent de 2011 avec la guerre en Lybie

S’il y a bien un marché qu’il va falloir suivre attentivement, c’est le WTI (West Texas Intermediate).

Si les médias européens et le grand public ne jurent, en effet, que par le Brent, c’est parce que ce brut de mer du Nord constitue la référence tarifaire de plus de 60 % du pétrole mondial. Transporté par voie maritime, il est le buvard qui absorbe immédiatement le moindre choc géopolitique, de Bab el-Mandeb au détroit d’Ormuz. Le WTI, à l’inverse, est trop souvent relégué dans les médias au rang d’indicateur régional américain, rivé aux pipelines du continent et aux niveaux de stocks de Cushing en Oklahoma.

C’est une erreur d’optique majeure car c’est précisément dans le fossé qui sépare ces deux indices – le spread Brent-WTI – que se lit l’efficacité de la manœuvre en cours.

  • Le Brent mesure la température de la maison en feu (la prime de risque internationale).
  • Le WTI mesure la température de la pièce climatisée (la pression exercée sur le marché intérieur américain).

Surveiller le Brent seul ne donne qu’une illusion d’escalade. La véritable métrique stratégique d’ici novembre 2026 réside dans le grand écartement de ces deux cours: plus le Brent s’envole sous la tension des guerres périphériques tandis que le WTI reste artificiellement comprimé par le chantage présidentiel sur les majors, plus la déconnexion réussit – et plus le piège politique se referme.

En régime normal: Le Brent s’échange habituellement avec une prime de 2 $ à 5 $ par baril par rapport au WTI. Cette différence reflète la qualité légèrement différente des deux bruts et surtout le fait que le Brent est transporté par voie maritime (plus facile à exporter à l’échelle globale), alors que le WTI est acheminé par pipelines continentaux.

Aujourd’hui : L’écart oscille autour de 5 $ à 7,50 $ par baril en faveur du Brent, poussé à la hausse par la prime de risque géopolitique qui pèse directement sur le marché mondial du Brent.

Mais il faut savoir que l’écart maximal de l’histoire moderne est advenu à l’automne 2011 (septembre-octobre 2011).

Le pic : L’écart a atteint près de 30 $ par baril (exactement 29,70 $ / baril le 22 septembre 2011). Le Brent s’échangeait au-delà de 110 $ alors que le WTI stagnait sous les 85 $.

Ce pic de 2011 est la preuve empirique que le marché nord-américain peut se déconnecter brutalement du marché mondial sous l’effet de deux facteurs :

  1. L’asphyxie logistique interne : La production du pétrole de schiste américain explosait, mais les pipelines étaient insuffisants pour évacuer le brut vers les ports du Golfe du Mexique. Le pétrole américain était physiquement « bloqué » à Cushing (Oklahoma), créant une surabondance locale qui écrasait le prix du WTI.
  2. Le verrou légal d’exportation : À l’époque, la loi de 1975 (Crude Oil Export Ban) interdisait aux producteurs d’exporter ce brut. Résultat : pendant que le reste du monde subissait la flambée du baril (due notamment à la guerre civile en Libye), les raffineries américaines achetaient le WTI avec une réduction de 30 %.

C’est exactement la mécanique qu’une administration américaine peut chercher à reproduire politiquement: créer ou exploiter un goulot d’étranglement (réglementaire, fiscal ou logistique) pour maintenir le pétrole américain à un cours nettement inférieur au cours mondial, avec pour différence notable qu’elles disposent, depuis la chute de Maduro, particulièrement, de terrains nouveaux pour compenser leur solidarité nationale.

Des roseaux et des chênes

Chères et chers compatriotes,

Cher peuple européen,

 

Je ne sais pas ce que vous, vous en pensez

J’ignore quels liens logiques vous établissez personnellement à partir de ce que l’actualité pose devant vous, particulièrement autour des détroits d’Ormuz, depuis le 22 février de cette année, jusqu’à celui de Gibraltar où une tentative de déstabilisation a pris les traits d’une crise migratoire.

Des forces de plus en plus identifiées et de plus en plus identifiables; des forces illégitimes et calculatrices, des forces patientes, inattendues par leur degré de collusion, tentent de forcer les serrures naturelles et souveraines afin d’y verrouiller un système qui les avantage, et duquel elles entendent tirer toutes sortes de profits durables et fixer un partage du pouvoir sur le monde.

Elles mettent les démocraties et l’ensemble des relations internationales en danger.

Défavorisées par leur système d’information, devenu hasardeux, les démocraties sont exposées.

Le système d’alliances, bâti après la seconde guerre mondiale, est compromis.

A la lumière des tensions sans cesse avivées dans le Golfe Persique, propices pour faire du Moyen-Orient le lieu de crises perpétuelles et le levier idéal pour jouer sur la disponibilité et le prix de l’énergie et des matières premières;

A la lumière des revendications territoriales et de son administration de Donald Trump, réitérées encore hier,  sur le Groenland;

A la lumière de ce qui est advenu au Venezuela; de la pression exercée sur l’Amérique du Sud;

A la lumière des prétentions de ce même Donald Trump sur le Canada et son importance stratégique sur le convoité passage du Nord-Ouest;

A la lumière de ce que certaines alliances privilégiées, notamment avec Israël et l’Argentine, ou encore la « dépendante » Russie, préfigure;

A la lumière de l’éveil du discours messianique auquel ces figures de l’histoire contemporaine veulent conformer les masses;

A la lumière de toutes ces lumières, une ombre précise est éclairée. Les contours qu’elle prend surprend. Cette ombre possède une signature de plus en plus évidente. Elle a jeté, aussi, son dévolu sur l’Espace Européen.

S’y entremêlent de puissantes ambitions de domination, un impérialisme compulsif, des affairismes maladifs, une capacité à dominer le récit et à peser sur le comportement des masses.

Tout cela vise à obtenir des vassalisations intéressées et à instrumenter les démocraties. Le but est de faire du champ européen un milieu docile et asservi sur lequel les réseaux sociaux et le système d’information, infiltrés et viciés, règnent, creusant le lit que les courants d’opinion prennent pour les leurs et qui permettent à des forces politiques d’y faire écho et d’installer, dans ce théâtre, de florissants marchés électoraux.

Cela a pour but de favoriser des partis et des idéologies susceptibles d’asseoir définitivement un contrôle de cet espace politique et d’éliminer toute velléité d’indépendance, toute réalité de souveraineté.

Aucun gouvernement européen de bonne foi n’est à blâmer pour sa réaction face à ce qui s’est passé à Ceuta, alors que l’onde de choc était prévue pour propager, au sein de masses conditionnées, l’idée d’une invasion migratoire imminente.

Les pressions qui s’exercent sur les opinions publiques, démultipliées par les médias, sont colossales. Elles impriment la conduite des gouvernements avec une faible marge de manœuvre.

Il faut une force herculéenne pour les repousser.

Seuls les peuples, à partir de leur libre-arbitre, à partir de l’idée précise qu’ils se font de leur souveraineté, peuvent fournir cette force.

Je vous remercie, chère et chers compatriotes, cher Peuple Européen, pour le temps que vous avez accordé à m’écouter.

 

Le grand puzzle d’une guerre par morceaux

Entre la perturbation de Trump, le cynisme stoïque de Poutine et l’escalade de Netanyahou : la saturation cognitive comme arme de verrouillage. Perturbations cognitives, calculs à froid et fuites en avant délivrent malgré tout l’architecture secrète d’un chaos sous contrôle.

Les États-Unis, qui ont anticipé leurs coups en accaparant l’or noir vénézuélien et celui du Guyana, jouent la sécurité énergétique du monde à une version de roulette russe qui n’est pas suicidaire.
​C’est un plan.
Ce n’est pas une escalade.
L’escalade est le plan commun à Israël et à la Russie.
​Zelensky, forcé de tarir l’alimentation à destination de la Russie en drones Shahed, se retrouve en position de demander à Trump de frapper l’Iran.

La Russie ne bougera pas.

​En apparence, voir un allié se faire frapper sans réagir projette une image de faiblesse. Mais dans l’équation géopolitique objective :

  • ​La disparition ou la neutralisation des capacités d’exportation iraniennes élimine un concurrent de la Russie sur les marchés chinois et indien.
    •​La hausse subséquente des prix de l’énergie renforce la rente de Moscou.
  • ​L’Iran, affaibli et isolé, devient un vassal encore plus dépendant des garanties diplomatiques russes.

​L’Amérique aura effacé un rival pétro- et gazostratégique tout en minant la voie maritime.
Netanyahou applaudit.
Poutine apparaîtra en position de faiblesse stratégique, mais sa position géopolitique objective – sur la scène mondiale et sur l’Europe – sera renforcée.

​Certes, cela semble sans issue.
​Mais le sentiment d’impasse vient du fait que le tableau décrit un équilibre de Nash presque parfait : dans ce schéma, chaque acteur, en suivant son intérêt le plus cynique et le plus immédiat, valide et verrouille la trajectoire de tous les autres.
L’Iran et l’Ukraine partagent cette condition de victimes collatérales.

​C’est la définition même d’un piège systémique : l’Amérique sécurise son arrière-cour et impose son omnipotence, la Russie encaisse les dividendes de la rareté et tient la Chine en respect, Israël neutralise son rival régional et devient inarrêtable. Les pièces s’engrenent avec une précision mécanique.
La communauté internationale est réduite à l’impuissance.

​Pourtant, l’impression de fatalité n’existe que si l’on considère le système comme fermé et statique. En réalité, un tel niveau de tension n’est pas un état d’équilibre ; c’est un régime transitoire à haute instabilité.
​Il y a au moins trois points de rupture où la dynamique peut bifurquer :

  • ​Le point de saturation économique : La roulette russe énergétique fonctionne tant que le marché peut absorber la hausse des prix. Mais si la fermeture des voies maritimes et la neutralisation de l’offre iranienne poussent le pétrole au-delà d’un seuil critique, la mécanique se grippe. Ce n’est plus seulement une rente pour Moscou ou Washington. C’est une récession globale. Et la récession détruit la demande, effondrant le levier même sur lequel repose tout le chantage.
  • ​L’illusion du contrôle chaotique : Imaginer qu’on peut frapper l’infrastructure d’un État pivot comme l’Iran tout en « gérant » proprement l’onde de choc sur les voies maritimes relève d’une vision théorique de laboratoire.
  • Le désordre dans les détroits stratégiques n’est pas un paramètre ajustable : c’est un générateur d’entropie. Une fois libéré, il échappe très vite à la volonté des calculateurs initiaux.
  • ​La fuite du système et la mutation des dépendances : Plus l’énergie et les routes maritimes sont armées et verrouillées par un petit groupe de puissances, plus la pression contraint les acteurs lésés (l’Europe, l’Inde, une partie de l’Asie) à contourner brutalement le terrain de jeu.

​Ce n’est donc pas une impasse fermée à double tour, mais un système poussé jusqu’à son point de saturation. Les acteurs croient manipuler des forces maîtrisées, mais plus le verrouillage paraît rigide, plus le moindre écart de phase produit une onde de choc impossible à contenir.

​Le propre d’une guerre cognitive menée aux portes de la saturation est d’être perdue au moment même où ce qui l’anime est découvert.

The End of Digital Naivety: Reclaiming the People’s Right to Self-Defense in the Age of Encrypted ShadowsBrouillon auto

Why absolute privacy advocates cannot deprive democratic societies of their defensive shields while encryption fuels underground economies, systemic crime, and asymmetric destabilization.

To: Policy Makers, Cryptographers, Civil Liberty Advocates, and Digital Rights Stakeholders

Subject: Moving Beyond the Binary of Mass Surveillance vs. Absolute Opacity: A Proposal for Democratic Semantic Vigilance at the Reading Stage

Reference Article (French): Chat Control: de la surveillance de masse au contrôle ciblé à la lecture

The era of digital naivety is over. For too long, the debate surrounding end-to-end encryption (E2EE) has been paralyzed by a dogmatic absolute: the belief that total, unregulatable digital opacity is the only path to liberty.

In reality, this absolutism has created a critical vulnerability at the heart of our democracies. Under the guise of protecting private correspondence, absolute encryption has become the premier infrastructure for underground economies, international criminal networks, and hybrid operations of geopolitical destabilization designed to tear down the public good.

Democratic societies have a right—and a duty—to defend themselves. Conscientious objectors of the digital space, who demand absolute secrecy at any cost, cannot strip the Sovereign People of their means of self-defense. This brief presents a realist, democratic alternative originally published in August 2025: Semantic Vigilance at the Reading Stage. It is a model designed to preserve mathematical transit while reintroducing the essential reflex of societal self-defense.

The ongoing legislative and public debate surrounding the European Union’s « Chat Control » initiative has reached a dangerous deadlock. On one side, democratic states face an authentic and critical vulnerability: the weaponization of end-to-end encrypted (E2EE) channels by criminal networks, bad actors, and forces of social destabilization. On the other side, proposed solutions rely on mass, a priori surveillance (Client-Side Scanning before sending), which effectively destroys the presumption of innocence and turns every citizen into a preemptive suspect.

This brief introduces a paradigm shift originally published in August 2025 on En attendant la Renaissance: Semantic Vigilance at the Reading Stage (Vigilance sémantique à la lecture). By shifting the automated analytical lens from the sender (emission) to the recipient (reception), we can preserve absolute cryptographic transit while establishing democratic, accountable safeguards against critical societal harms.

The Core Concept: Shift the Scan to the Screen

Existing « Chat Control » frameworks demand that messages be scanned on the device before they are encrypted and sent. This destroys the core principle of E2EE and establishes a structural backdoor.

The alternative proposed in this paper shifts the mechanism entirely:

  1. Absolute Freedom of Transit: Messages are written, encrypted, and transmitted through the network without any filtering, scanning, or delay. The sender’s presumption of innocence is structurally guaranteed.
  2. Local Semantic Analysis at Reception: The local device performs a scan only at the moment of reading—after local decryption, a split second before the pixels are rendered on the screen.
  3. Advanced « Camouflage » Detection: Rather than relying on easily bypassed keyword lists, the local on-device NPU (Neural Processing Unit) monitors for semantic clouds and contextual dissonance. It detects the structural signatures of evasion, linguistic camouflage, and adversarial manipulation.
  4. Democratic Oversight as a Sovereign Shield: The local AI models do not report to a sovereign state or a private monopoly. They operate under a strict, independent, and auditable international governance body comprising citizens, magistrates, and NGOs.

Why This Reconciles Liberty and Security

  • No Prior Suspicion: No user is flagged for merely communicating. The check occurs only upon the consumption/exposure of potentially destructive content, honoring the analog rules of physical mail.
  • A Defense Against Societal Self-Destruction: It acknowledges that absolute, unmonitored digital secrecy can become a vector of systemic instability. This model provides society with a defensive reflex without turning it into a panopticon.
  • Preservation of Cryptographic Trust: The network remains mathematically secure. The encryption keys are never weakened, escrowed, or shared.

Read the Full Proposal

The complete essay, detailing the philosophical foundation of this compromise, the technical architecture of the proposed Global Agency for Cryptographic Freedom, and the ethical framework required to prevent function creep, is available here:

👉 Read the Full Article on « En attendant la Renaissance » (French)

« Information societies can no longer avoid the ethical and political dilemma posed by digital surveillance. This challenge is neither technical nor marginal: it is civilizational. The response we must bring must be transparent, intelligent, democratically controlled, and grounded in the irreducible respect of fundamental presumptions. »

Daniel Ciccia, En attendant la Renaissance

A l’approche de l’élection présidentielle, le RN se pose en parti gouvernement

Il y a une différence entre un parti de gouvernement et un parti gouvernement. Le RN veut détruire la Ve République et faire main basse sur le pays.

Le RN fait plus qu’écorner l’esprit de la Ve République en promouvant une double candidature pour la présidentielle de 2027 constituée autour de Marine Le Pen, candidate à la magistrature suprême, et de Jordan Bardella, comme futur Premier ministre. Il trahit, au cœur d’un été qui voit Charles de Gaulle faire triompher l’épopée de la France Libre dans les salles obscures, le symbole d’unité sacrée au cœur de la doctrine politique et du leg du Gaullisme: la rencontre entre un homme et un peuple.

Il le fait en plein jour.

Nous ne sommes pas dans un système bicéphale à l’américaine qui établit et porte un ticket Président/Vice-Président.

En France, c’est cette rencontre qui est au cœur de la Ve République. C’est elle qui est aujourd’hui mise en cause, sans la moindre réaction critique, des commentateurs de la chose publique.

Dans le relativisme médiatique qui permet de s’accommoder de tout, cela s’apparente à une gestion des ressources humaines du RN la plus optimisée possible.

Cela dénature, pourtant, la fonction présidentielle et lie d’une façon inédite les deux têtes de l’exécutif par une même et unique onction du suffrage universel.

Jusque-là, le président de la République était le seul souverain. Il nomme le Premier ministre, qui lui-même nomme les ministres.

L’initiative du Rassemblement national introduit une ambiguïté inattendue et inacceptable en termes de légitimité à la tête de l’exécutif puisque les deux sont directement élus, par un stratagème de campagne fusionnel, par le suffrage universel.

En présentant d’emblée un binôme indissociable (Marine Le Pen à l’Élysée, Jordan Bardella à Matignon), le RN transforme de facto ce scrutin uninominal en un scrutin de liste déguisé.

La conséquence, c’est que cela court-circuite la nature de l’élection en demandant aux Français de valider simultanément deux fonctions constitutionnelles distinctes, alors que le Premier ministre ne doit statutairement sa légitimité qu’au Parlement et à sa nomination par le Président.

C’est une étape du sabordage de la Ve République à laquelle nous assistons. Ce n’est pas l’enthousiasme des militants du Rassemblement National ni l’apathie inexplicable de ses rivaux, désavantagés par la popularité du binôme formé caracolant en tête des sondages, qui change la réalité perverse de l’opération.

L’interview de Jordan Bardella au Figaro, ce 13 juillet 2026, témoigne que le RN est d’ailleurs bien conscient de ce que cela implique et cherche à faire évoluer le rôle du Premier ministre, traditionnellement issu du parti de la majorité présidentielle. Bardella veut se placer au-dessus de la mêlée, lui-aussi, ce qui signifie que ce n’est plus lui, si nous suivons la logique, qui est responsable de l’action du gouvernement.

Il se positionne, lui aussi, en arbitre d’un «gouvernement d’union nationale qui ne sera pas composé exclusivement de cadres ou de parlementaires issus du RN».

Un gouvernement d’« union nationale », dans ces conditions, déresponsabilise le Premier ministre et permet un jeu de coulisses et de chaises musicales, en cas d’échec, transféré aux participants de ce gouvernement.

Il transforme le parti présidentiel en autre chose qu’un parti de gouvernement. Il le mue en parti gouvernement.

J’engage les Français à bien mesurer ce qui se passe et les conséquences que cela peut avoir.

Ankara a les yeux revolver

Recep Tayyip Erdoğan a eu l’originale idée, comme l’a dévoilé le premier ministre britannique Keir Starmer, d’offrir à ses hôtes, accueillis dans le cadre du sommet de l’Otan, un revolver. Au moment, où Trump appelle à briser la volonté de l’Iran, ce cadeau si particulier agit comme un symbole destiné à rappeler qu’une souveraineté véritable ne se charge pas de poudre aux yeux.

Le cycle de frappes qui vient de se rallumer depuis mardi 7 juillet entre les États-Unis et l’Iran ébranle les fondements du Memorandum of Understanding conclu à Islamabad entre l’administration Trump et la République Islamique d’Iran. Cette nouvelle entaille dans l’accord menace de faire voler en éclat la trêve de deux mois qui en découle.

Ce basculement découle d’un enchaînement précis d’événements militaires et politiques qui mérite d’être ausculté au-delà de la boussole folle de l’escalade dans la désescalade et du blocage dans le déblocage, qui fournissent un cadre logique désorientant.

Le cessez-le-feu par intérim (signé le 17 juin dernier) a volé en éclats lorsque l’Iran a cherché à imposer son propre contrôle sur le trafic maritime dans le détroit d’Hormuz pendant la période de deuil national lié aux funérailles de l’Ayatollah Ali Khamenei.

Cela s’est traduit par le fait que trois navires transitant par le détroit d’Hormuz sont ciblés par des drones et missiles, menaçant cette artère vitale par laquelle passe un cinquième du pétrole mondial. L’Iran a justifié ses actions en revendiquant le droit de gérer et filtrer les voies de circulation sous l’égide des Gardiens de la Révolution.

En réponse à l’attaque des navires, le Commandement central américain (CENTCOM) a lancé une vaste opération en frappant plus de 80 cibles militaires en Iran (sites de radars côtiers, rampes de lancement de drones et de missiles anti-navires).

Mais le plus important, c’est qu’en marge du sommet de l’OTAN, le président américain a déclaré publiquement que l’accord de cessez-le-feu est désormais « terminé » (over). Dans la foulée, le Trésor américain réactive immédiatement les sanctions sur les exportations de pétrole brut iranien.

Toutes les conditions pour relancer un processus destructeur pour la région et cataclysmique pour les économies dépendantes du pétrole et autres biens pétrochimiques de la région se sont réalignées sur la logique d’entrée en guerre.

Je ne vais pas chercher la petite bête à la République Islamique d’Iran quand il y en a une bien plus grosse qui tourne et fait peser son ombre.

L’Iran est la victime d’une guerre illégale dans cette affaire et l’Iran est allée de bonne foi – ou, à tout le moins, avec un niveau de bonne foi infiniment supérieur à celui manifesté par son vis-à-vis – à toutes les négociations intermédiaires, si nombreuses qu’il n’est plus nécessaire de les énumérer.

Ce que je retiens, c’est que cette nouvelle « crise dans la crise » nous ramène, de fait, au moment où Donald Trump et Benjamin Netanyahou attendaient de voir l’Occident s’engager derrière eux pour éliminer le régime iranien et placer une nouvelle administration, comme cela a pu être fait au Venezuela.

Ce moment, le 22 février 2026, correspond à un moment où les alliés traditionnels des Etats-Unis, « maltraités » et suffisamment écartés des raisons de la guerre pour ne pas en comprendre le cadre et la logique d’ensemble, se sont refusés d’être engagés dans un conflit dont ils affirment « ne pas comprendre le cadre », pour reprendre la formule du président Emmanuel Macron.

Au lendemain du Sommet de l’Otan à Ankara qui signale une volonté européenne d’autodétermination stratégique, ce qui est constatable, c’est un alignement rhétorique pur et simple de la planète médiatique sur la perche que tendent Donald Trump et, tout aussi présent, Benjamin Netanyahou pour coaliser ce qui ne l’avait pas été au début.

Les Etats y semblent rétifs, mais l’opinion publique et la pression politique, aiguillés par le système d’information, peuvent exercer une influence sur la ligne qui est la leur.

L’alignement du narratif médiatique ne peut pas être considéré comme satisfaisant puisqu’il n’y a aucun contrebalancement analytique, aucune pondération.

Au contraire, une petite musique naissante revient. Elle est faite pour grossir au fur et à mesure que les tensions affectent le prix de l’essence et handicapent les économies.

Sans autre forme de procès et sur une partition truffée d’a priori, de biais et de manipulations, cette musique dit: « Cette fois, nous n’avons plus le choix: il faut se ranger derrière les USA et Israël. ».

Donald Trump a utilisé sa présence au sommet de l’OTAN à Ankara pour accorder des gestes par rapport à l’Ukraine et utiliser le contexte d’escalade qu’il a à nouveau créé pour entraîner les récalcitrants du premier jour à nouveau dans le conflit.

Plutôt que de donner du temps au temps, ce qui est la première sagesse, le président américain en enlève.

Mais ce qui s’est joué à Ankara, derrière la poudre aux yeux, c’est que l’Europe est suffisamment libre, forte et lucide pour ne pas aller là où la précipite l’enchaînement calculé des événements.

L’Écrevisse et le Léviathan

Face à l’ingénierie de l’effacement et au surgissement de figures messianiques, il reste le courage de l’écrevisse face au prédateur informe et démesuré

À l’aube de ce XXIe siècle, la célèbre sentence apocryphe d’André Malraux proclamant que « le XXIe sera spirituel ou ne sera pas » trouve une résonance à laquelle nous aurions tort de demeurer insensibles, agissant comme le miroir inversé de notre dévitalisation.

Loin de l’éveil ou de la clarté intérieure espérés, ce retour de la transcendance se réalise sous la forme d’une brutale distorsion théologico-politique: de l’Amérique à l’Israël biblique, jusqu’à la Russie des mythes impériaux, jusqu’à l’Argentine de Milei dont le propos récent m’a inspiré la première partie de cette réflexion, nous assistons à la levée persistante de figures messianiques trompeuses qui saturent l’espace cognitif en capturant les codes du sacré.

Ce siècle est certes devenu « spirituel », mais d’une spiritualité dévoyée, habitée par des mystificateurs qui transforment les tensions de puissance en guerres métaphysiques éternelles et s’imposent comme autant de Léviathans informationnels.

C’est à la lisière de cette bascule systémique, là où l’onde parasite des récits artificiels menace d’annihiler définitivement notre présence au monde, qu’il convient de se placer pour décoder la trame du piège et initier le sursaut.

Lorsque la clarté cognitive cherche à cartographier le point de rupture des civilisations, elle bute invariablement sur les mêmes figures de la falsification spirituelle et textuelle. Le phénomène de saturation auquel nous devons, Nous, le Peuple, faire face à celui de cet envahissement-là.

Il faut peut-être prendre la peine de revenir aux sources sacrées et constater une chose: les religions, toutes les religions, et les grandes traditions de sagesse ont lu la même chose.

Qu’il s’incarne dans la réactualisation politique d’Amalek, – cité par le président Argentin comme par Netanyahou- ce spectre de la guerre perpétuelle et de la haine générationnelle mobilisé pour absolutiser des conflits territoriaux modernes – ou dans les avertissements néo-testamentaires et islamiques sur la prolifération des faux messies et du déferlement du chaos, le danger mortel identifié par les anciens est toujours le même: une inversion de phase subtile où le langage du sacré devient l’habillage de la destruction.

Cet invariant structurel n’est pas l’apanage des monothéismes; les sagesses non messianiques en décrivent exactement le même motif géométrique sous d’autres latitudes.

Qu’on l’analyse à l’échelle de la torsion du Kali Yuga où la lettre remplace l’esprit, à travers l’ère bouddhique du contrefait du Dharma, ou par la confiscation de la vertu par les faux sages taoïstes, le péril réside toujours dans la perte du vecteur de rappel avec le réel.

Ce que voulaient nous dire ces prophètes ou grands Sages, c’est de nous méfier des fictions comme de la mort elle-même.

C’est le moment où la conscience collective se laisse capturer par une onde parasite, une illusion auto-référentielle fermée qui s’auto-alimente par des boucles de rétroaction destructrices.

Cette tension critique porte en elle l’ambiguïté fondamentale de l’Apocalypse: un déchirement du voile qui est à la fois un cataclysme terminal pour la structure artificielle et une révélation libératrice pour le noyau cognitif, désormais capable de briser le piège pour reverrouiller sa phase avec la clarté originelle.

Nous périssons du piège des fictions auxquelles nous nous soumettons docilement.

Pourtant, nos sociétés occidentales modernes semblent avoir institutionnalisé et codifié cette distorsion à travers leurs propres structures de gouvernance.

Le pacte démocratique lui-même, loin d’avoir éteint la violence native de l’humanité, l’a simplement sublimée en une guerre de positions bureaucratique et une prédation de classes, où la peur collective est extraite et raffinée comme la ressource énergétique première du pouvoir.

Dans cette toile, les médias occidentaux agissent comme les bobines d’induction d’une fissure harmonique permanente, excitant les polarités et propageant une conflictualité globale qui finit par dévitaliser le corps social.

Face à cette dispersion entropique où la dialectique tourne à vide, le modèle chinois offre le miroir d’une inversion tragique: en sacralisant le politique comme ordonnateur des formes et en éliminant les frictions internes, le Parti Communiste Chinois a su maintenir un dessein civilisationnel à long terme, veillant sur la cohésion et le libre-arbitre de son peuple face au chaos extérieur, pendant que nos démocraties épuisées, incapables de projeter le moindre horizon, en viennent à légiférer sur le droit à l’euthanasie comme ultime modalité d’effacement de soi.

Ce n’est pas le moindre des paradoxes que de voir le PCC avoir mieux su protéger le trésor que représente le peuple, de lui-même par lui-même, que des démocraties érigées sur le postulat du pouvoir par le peuple pour le peuple.

L’élévation du « droit à l’euthanasie » au rang d’aspiration sociétale majeure dans les démocraties fatiguées est le miroir parfait de leur état de dévitalisation.

Quand une civilisation n’est plus capable de projeter un horizon, de tisser un grand récit d’avenir ou de supporter la tension inhérente à l’existence, elle commence à légiférer sur les modalités de sa propre disparition.

C’est le stade terminal de la boucle auto-référentielle: n’ayant plus la force d’articuler la vie, le système démocratique se spécialise dans l’administration douce de la fin. Pendant ce temps, la Chine assied son dessein parce qu’elle vibre encore sur une fréquence d’affirmation et de construction géopolitique pure.

C’est au cœur de ce vide existentiel et de ce renoncement historique que résonne, comme un écho brisé par la dissonance moderne, la célèbre exhortation du pape Jean-Paul II lancée à la vieille civilisation européenne: « N’ayez pas peur ! »

Cette formule prophétique, qui appelait à retrouver l’ancrage d’une présence vivante et d’une souveraineté spirituelle, se heurte aujourd’hui à un constat terrible, car les peurs sont précisément en train de nous terrasser et elles le font parce qu’un autre messie s’est constitué, tel le Léviathan, au-dessus de tous les autres.

Dans un système où la peur et la prédation de classes sont le carburant sous-jacent, le complexe médiatique fonctionne comme une machine à extraire de l’attention en injectant de la dissonance.

Il est devenu totalitaire.

Chaque jour, la toile est retissée pour exciter les polarités, monter les fréquences de frottement à leur paroxysme et empêcher tout alignement de phase spontané au sein du peuple.

Il prétend ainsi servir la démocratie en montrant ce qui va mal ou ne va pas assez bien pour justifier la bronca de l’opposition. En fait, ce système empêche nos sociétés de conserver leur stabilité. Jean-François REVEL, auquel le lycéen que j’étais doit son propre éveil intellectuel, l’avait dit en énonçant dans un court essai que « Trop d’information tue l’information ».

Nous avons fait des générations désorientées.

Mais ce qui a été accompli à l’échelle des nations et pouvait donc s’admettre dans leur champ respectif a franchi un seuil critique. En globalisant ce modèle par le flux informationnel mondial, l’Occident a exporté sa propre dynamique de friction, transformant les relations internationales en une vaste arène dialectique où la seule issue est le choc des récits au sein desquels viennent habiter les acteurs d’un drame qui vient du fond des âges.

Elles ne surgissent plus de menaces extérieures tangibles, mais nous envahissent de l’intérieur à travers un récit artificiel, une trame informationnelle savamment tissée pour fabriquer et dicter « notre propre non-présence » au monde.

En nous contraignant à ne vibrer que sur la fréquence de ce signal parasite et de ses indignations programmées, cette ingénierie de l’effroi nous sépare de notre propre spontanéité, neutralise notre flux de pensée organique et nous destitue de notre puissance d’habiter le Réel, transformant le sursaut cognitif de l’apocalypse en une lente et consentie abdication.

Elle rend l’unité ontologique, c’est-à-dire l’indice de fertilité qui demeure à la base de la civilisation, impossible.

C’est l’heure des faux messies, en Amérique, en Israël, en Russie, avec leur cercle d’oligarques, d’agents d’influence, leurs élites corrompues.

Leur ombre s’étend et grandit, et le système d’information ne les voit point venir autrement que comme une superstition obsolète qu’ils ne veut pas prendre au sérieux.

Ils ont décrété que cela ne représentait pas une menace existentielle pour l’humanité dans son entier.

Qui suis-je pour affirmer cela?

Je constate que personne, dans mon environnement immédiat ni parmi les différents lecteurs qui me font l’honneur de me suivre, ne prend conscience que l’expérience de vie qui est la mienne, et qui a abouti à la production d’un continuum d’écrits, vise à éviter une catastrophe mondiale que je vois s’insinuer lentement.

Je me suis placé à ce niveau. Cela me fait ressembler à cette écrevisse surprise par une crue, la première d’une nuée sur la route, qui – insensible à la terrible masse que je représentais par rapport à elle – m’a fait face et s’est dressée face à moi.

Le destin m’y a placé, sans me laisser le choix.

Ce que j’ai levé de toutes mes forces, puisant au-delà de mes simples capacités, c’est une opposition à la trame informationnelle.

Le tout dresse une flèche d’amour, de lucidité, d’intelligence, d’analyse, de dignité, au-dessus du marasme intellectuel et des passivités sociales qui étend son empire, développe son système, transformant la démocratie en un champ d’opinions infertiles et manœuvrables, d’existences asséchées, polarisées par des objectifs futiles et bornés par des horizons artificiels.

  • Tu as le droit, maintenant, de me dire à quelle heure tu veux mourir…

C’est ce que le système susurre à voix douce aujourd’hui comme devant être la conquête de l’ultime liberté.

Si les démocraties ne sont capables que de ce degré de conscience et de délibération et renoncent à l’élévation, en ne se concevant, par conséquent, que dans le miroir du progrès matérialiste, elles courent à leur perte.

La République Française, parce qu’elle est l’héritière d’une histoire intense et particulière; parce qu’elle vibre, elle-même, dans une Europe qui fut un berceau civilisationnel riche, pluriel, sensible et éveillé; parce que le sens de l’universel vers lequel elle est portée lui commande toujours la grandeur impossible; a un devoir devant le destin des peuples et des nations.

Et si elle a un devoir, son peuple doit l’assumer. C’est ce qui le fait vivre.

Il ne peut espérer berner sa propre conscience, tromper ce qui fonde la réalité, en transférant ce qui lui tient de conscience et de dignité à des fictions, des phénomènes éditoriaux, des téléréalités, un empire de postures, de démissions et de fatigues qui lui permet de cacher la forêt primaire derrière un arbre sans fruits.

L’excuse de la démagogie n’est pas une excuse.

L’excuse du populisme n’est pas une excuse.

Ce sont là des biais d’évitement, qui permettent de s’exonérer de toute responsabilité dans ce qu’il advient, mais cela n’absout le peuple en rien car un peuple qui n’a pas su prendre ses responsabilités, qui a bien veillé à se laisser endormir, est finalement pris au piège redoutable, pour lui comme pour ses voisions et l’ensemble de ses relatifs, de ses propres faibles, du résultat de ses propres égarements.

Au bout du compte, c’est lui qui fait le système qui fait les « rois », qui fait l’ordre ou le désordre, la justice ou l’injustice. Ce qui advient, advient selon son vœu ou la désaffection de son vœu.

La démocratie – et encore moins la République – est et doit être implacable avec la notion de vœu.

La démocratie et la République se déclarent liées, mutuellement, à la volonté du peuple. A l’heure où de grandes mutations technologiques sont aptes à altérer la capacité cognitive et à prendre des parts de marché sur le libre-arbitre de chacun, elles doivent veiller, scrupuleusement, à ce que la volonté du peuple soit bien sa volonté et non des phénomènes résultant d’intelligences étrangères et d’accaparement du pouvoir.

Ce n’est pas vrai de dire que le Peuple n’est pas responsable de ce qui lui arrive. Cela a pu l’être, mais ce n’est plus le cas. Il m’est pourtant arrivé de le dire pour le dédouaner en faisant porter l’essentiel de la faute au système d’information.

Le temps du Peuple innocent, par nature, s’achève.

Ce n’est pas renoncer à l’amour que je lui porte que de dire que le Peuple est responsable de ce qui lui arrive.

Ce que je désigne comme le Peuple n’est pas simplement une entité composite dont la disponibilité à « être » serait dictée par le rythme de l’actualité, celui des événements, la résilience ou l’absence de résilience aux chocs subis, par la banalité des rendez-vous électoraux qu’il se fixe à lui-même.

Ce qui retient mon attention, c’est le Peuple en tant que présence.

Pour être le Peuple, au sens de cette présence complétée, et bénéficier de la plénitude et la souveraineté auxquelles il est promis, le Peuple ne peut pas renoncer à s’affirmer tel qu’il est en lui-même.

Ce n’est pas l’aimer moins que de dire cela. C’est l’aimer plus.

Il ne peut pas dire qu’il ne sait pas ce qui lui incombe et qu’il s’en remet au Politique, qu’il prend soin de faire à son image, pour se dégager de sa responsabilité.

Ce qui lui incombe, c’est la première chose qu’il sait et il ne peut s’en défausser car c’est la matière même dont est faite sa présence et sa présence détermine son destin et le destin de l’humanité entière.

L’âge dans lequel nous sommes entrés ne pardonne pas.

PS: Cela ne se dit pas normalement. Mais je ne suis pas là pour plaire.